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Tout sur notre voyage autour du monde en fourgon aménagé, des étapes préparatoires au parcours détaillé pays par pays

  • 169. L’extrême-Nord

    169. L’extrême-Nord

    Nous voici partis pour notre dernière étape chilienne, encore majoritairement dans le désert d’Atacama, son aridité extrême, ses mines de salpêtre actuelles ou passées, ses stations balnéaires, mais aussi ses traces de météorites, ses géoglyphes, ses momies. Et puis le retour des hautes montagnes à l’approche de la Bolivie. Du beau Monde tout ça, dans le sens propre du terme.

    Parcours correspondant à cet article, en version zoomable ici

    Maria Elena la rescapée

    De la centaine de villes qui exploitaient l’or blanc du Chili, le salpêtre, Maria Elena est la seule encore en activité. Rappelons que le Chili regorge de ce minerai autrefois indispensable en tant qu’engrais naturel ou comme ingrédient majeur des explosifs et carburants pour fusées. Le Pérou, la Bolivie et le Chili se sont même battus à l’époque pour détenir ces gisements précieux du désert d’Atacama, comme on se bat aujourd’hui pour les métaux rares ou encore le pétrole. C’est le Chili qui l’a emporté, faisant perdre à la Bolivie son accès à la mer. Entre temps, des engrais azotés ont pu être synthétisés à partir de 1909 et toute l’activité d’extraction chilienne a commencé à décliner, s’effondrant d’un coup après la crise de 1929. Maria Elena (du prénom de l’épouse du premier directeur de la mine…) est la seule à avoir maintenu une petite activité, grâce notamment au regain d’intérêt pour les produits naturels par rapport aux chimiques, et puis aussi en se diversifiant dans la production d’iode, de lithium et …d’énergie solaire. La ville a pu conserver une bonne partie de son architecture du XIXe siècle et un côté un peu Far West nord-américain. Un joli musée gratuit décrit toute l’histoire de cette épopée, en commençant par les premiers habitants des lieux, en décrivant la progression des techniques d’extraction, l’essor de la ville à l’âge d’or et les mouvements ouvriers qui ont suivi la chute brutale de la demande.


    Impacts de météorites

    Le désert d’Atacama est le plus vieux désert sur Terre, avec des âges de surface dépassant par endroits les 20 millions d’années. Son aridité extrême permet une excellente conservation du sol et de tout ce qui y tombe. Et notamment des météorites, dont la densité d’environ 200/km² est l’une des plus élevées au monde. Régulièrement, des battues très similaires à celles des enquêtes criminelles sont organisées pour recueillir des échantillons. D’autres météorites de plus grande taille laissent des cratères, et en apprenant que l’un d’eux se trouvait presque sur notre route, près de la ville de Quillaga, nous sommes allés y jeter un œil. Un joli ruban de bitume posé sur le désert mène jusqu’au sommet et pas un mètre de plus, montrant par là les efforts du gouvernement chilien pour faciliter l’accès aux attractions touristiques, en général très bien indiquées. Le diamètre du plus grand cratère – il en existe de plus petits au voisinage – fait 280 m, ce qui permet d’estimer celui de la météorite ayant créé l’impact à environ 12 mètres. Un peu comme si la maison de deux étages de votre conseillère fiscale s’était écrasée sur le sol.


    Drôles d’oiseaux

    C’est lors d’une pause déjeuner que nous remarquons ces gros oiseaux agglutinés sur les arbres et de vieilles tours métalliques subsistant après le déclin d’un village minier (un de plus). Manifestement des oiseaux de proie mais lesquels ? Je m’approche prudemment de l’un de ces volatiles peu engageants pour lui tirer le portrait et l’envoyer sans préjuger de ses droits à l’image à Google Lens. Verdict : un urubu à tête rouge, qui ne se nourrit que de charognes. Ouf ! Je peux alors détourner le regard et examiner l’environnement. Je tombe sur des fleurs jaunes d’où émanent des sortes de fils rouges à la manière des tentacules des méduses. Google Lens est encore mon ami, bien que me sortant un nom d’oiseau. Cette fleur originaire d’Argentine et d’Uruguay, appelée a priori Césalpinie de Gillies (ou plus scientifiquement Erythrostemon gilliesii) est aussi connue sur place sous le nom d’oiseau de paradis. Mais rien à voir avec la fleur que nous connaissons tous et qui tire son nom de son analogie morphologique avec le paradisier, le véritable oiseau de paradis.


    Géoglyphes

    C’est une autre particularité de ce désert d’Atacama qui décidément en regorge : la région est couverte de géoglyphes, ces figures réalisées sur le sol en le creusant légèrement, en y accumulant des roches foncées ou bien en associant les deux techniques. Le tout en profitant d’une longue durée de conservation grâce aux conditions climatiques locales. Loin de vouloir communiquer avec les extra-terrestres comme à Nazca, l’objectif était ici plus prosaïque : fournir des repères de navigation et indiquer les points d’eau ou de repos aux caravanes de lamas et autres utilisateurs des routes commerciales à travers le désert. Les grandes figures humanoïdes sur les flancs des montagnes, comme ce géant d’Atacama de 86m de haut, permettaient de vénérer les dieux. Des repères astronomiques permettaient de mieux se situer dans les saisons. Et puis la grande diversité des figures témoigne d’une volonté de représenter le quotidien. Cela dit, tout n’a pas été décrypté. Nous avons vu plusieurs de ces sites, dont celui de Cerros Pintados avec ses nombreuses figures sur plusieurs kilomètres, celui du Cerro Unita portant le géant d’Atacama et celui de Tiviliche avec ses colonnes de lamas. Sans parler de nombreux géoglyphes visibles au bord des routes. Nous étions presque toujours seuls lors de ces visites. Les Chiliens semblent blasés, à moins qu’ils n’en aient dans leur jardin…

    En complément des photos traditionnelles, le drone est ici souvent utile. Vous pouvez aussi vous aider de Google Maps en mode satellite ou de Google Earth pour découvrir ces structures depuis votre ordinateur ou smartphone. J’ai mis quelques exemples. Ne manquez pas les « cas particuliers » dans le second diaporama.


    Piquant de lapin à Pica

    Pica serait la seule vraie oasis du Chili, nichées en plein cœur du désert d’Atacama. L’explosion de la végétation à ces endroits après avoir conduit des centaines de kilomètres sans voir même un buisson est toujours spectaculaire. Elle est liée à la résurgence dans son sous-sol de nombreuses sources dont plusieurs thermales. Outre la production de vin, de fruits et légumes, Pica a bien développé un tourisme plutôt familial. Parc aux dinosaures, escalade, baignade dans des bassins naturels et nombreuses pensions et restaurants. La ville est colorée, à échelle humaine, et nous y avons fait une pause agréable. Les bains thermaux n’étaient pas à la hauteur de leur réputation, mais j’ai pu déguster au restaurant mon premier picante de coñejo, un plat typique de la région que je cherchais depuis un moment. Des morceaux de lapin mijotés dans une sauce mêlant piment et épices, accompagnés de pommes de terre cuites à l’eau enrobées de coriandre. Miam ! Claudie a préféré un ragoût de bœuf qui n’était pas mal non plus. En boisson, nous avons naturellement opté pour un jus de mangue savoureux et parfumé. Avec les immenses manguiers présents partout dans l’oasis, cela s’imposait. 1,5 litre à deux tout de même…

    Le lien pour l’histoire du petit chien de Lipigas c’est ici. C’est en Espagnol, lancez si besoin la traduction de votre navigateur.


    Humberstone, la mine de salpêtre la mieux conservée

    Nous complétons en beauté notre collection de villes du salpêtre avec Humberstone, une vraie ville-musée inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO. 3000 habitants y vivaient à son âge d’or et l’on n’en doute aucun instant en flânant dans les rues restées paradoxalement assez vivantes grâce à une bonne mise en valeur. Les maisons d’habitation ont été réaménagées en petits musées à thème portant sur les outils, les jouets, la santé ou tout simplement le logement de l’époque. Les commerces et les bâtiments publics sont mis en scène. Les difficultés de la vie des mineurs et de leurs familles ne sont pas occultées, comme par exemple la paie en forme de bons d’achats utilisables exclusivement dans les boutiques de l’usine ou les difficultés d’accès à la santé. Côté industriel, c’est un régal pour les amateurs de vieilles usines : la plupart des infrastructures sont conservées et illustrent bien les procédés de traitement du minerai. Les bâtiments sont rouillés à souhait, la lumière et le vent jouent merveilleusement dans les trous des tôles du plafond. Enfin, une salle commémore l’un des évènements terribles de la chute de l’activité, avec l’assassinat de 2 à 3000 grévistes venus se réfugier dans une école. L’usine a fermé en 1960 mais la mémoire du site reste intacte grâce à cette bonne mise en valeur. Très inspiré, j’ai pris 216 photos lors de cette visite. La sélection pour le blog va être difficile !


    Iquique entre sable et sable

    Iquique est une station balnéaire très prisée des Chiliens. L’accès n’est pourtant pas si simple, la ville étant coincée entre une sorte de méga-Dune du Pilat et l’océan Pacifique. Les touristes viennent profiter des plages, surfer sur des vagues renommées, s’envoyer en l’air en parapente ou encore acheter hors-taxes dans la zone franche. Et rien que sur les plages, ils étaient nombreux le dimanche de notre visite, avec leurs parasols « à tout-touche » (une expression que nous sommes peu à connaître mais que je trouve très imagée), les nombreux vendeurs ambulants et les maîtres-nageurs peu enclins à faire sortir les gens de l’eau malgré le drapeau rouge hissé partout. En fait, c’est plutôt l’histoire de cette ville qui nous a intéressés : enrichie grâce au salpêtre comme beaucoup de ses voisines, elle a été au cœur de la bataille du Pacifique qui a opposé le Chili à ses 2 voisins pour s’accaparer davantage de terrains miniers. Une bataille navale célèbre a eu lieu dans ses eaux et l’un des navires les plus emblématiques de la flotte chilienne a été reconstitué. La rue piétonne centrale a conservé aussi beaucoup des bâtiments que se faisaient construire les riches exploitants de ce marché juteux du salpêtre. Importées directement des USA avec leur structure en bois d’Oregon. Un style qui n’a rien à voir avec les maisons chiliennes. Malgré tout, nous n’avons pas été emballés plus que ça par la visite. Contournable donc.


    San Miguel de Azapa et la culture Chinchorro

    Les Chinchorros étaient un peuple andin qui a vécu entre 7000 et 1000 av. J.-C, principalement le long des côtes car ils vivaient de la pêche, de la chasse et de la cueillette. Et particulièrement dans la région de San Miguel de Azapa où nous sommes aujourd’hui. Disparus bien avant l’arrivée des Espagnols, les Chinchorros sont pourtant célèbres pour leurs pratiques funéraires : ils momifiaient leurs défunts plusieurs millénaires avant les Égyptiens, pourtant réputés maîtres en la matière. A la différence de ces derniers, il n’était pas besoin d’être de haute classe pour être momifié. On retrouve notamment les restes de nombreux fœtus et nouveau-nés. La méthode était aussi particulière : après avoir enlevé peau et viscères, ils consolidaient les membres  avec des tiges de bois et remettaient la peau qu’ils enduisaient de pigments rouges ou noirs , avant de recouvrir le visage d’un masque d’argile. Un musée étonnamment moderne pour une petite ville qui ne le parait pas, nous décrit parfaitement tout ça, en y ajoutant la culture des Aymaras, un peuple précolombien qui, lui, a survécu, principalement sur les hauts-plateaux andins. Ils représentent aujourd’hui 25% de la population bolivienne, alors nous devrions de nouveau en entendre parler !


    Culture ancestrale

    A l’instar des chenilles dont l’aspect ne présage en rien du papillon qui suivra, ces grandes fleurs jaunes du jardin du musée n’offrent aucune indication sur leur potentiel. Et pourtant, elles sont cultivées depuis plus de cinq millénaires pour produire quelque chose que vous portez probablement sur vous aujourd’hui. La fibre textile naturelle la plus utilisée au monde encore en 2026. Je veux parler bien sûr du coton. Cela dit, ces fleurs n’étaient que décoratives, le Chili n’étant pas un pays producteur. Dans le même jardin, j’ai pu filmer quelques colibris dans une allée d’hibiscus.


    Arica, la ville au climat parfait

    La station portuaire et balnéaire chilienne est la dernière ville que nous visitons au Chili. Très prisée des touristes péruviens et boliviens, peu revanchards d’avoir perdu leur port après la guerre du Pacifique. Les plages sont plus nombreuses qu’à Iquique, l’eau y serait plus chaude et plus tranquille. Et puis le climat est idéal : températures jamais en dehors de la tranche 12-27°C, 0,1mm de pluie par an, 70% de ciel bleu entre mai et septembre. Un climat doux et sec toute l’année qui fait surnommer Arica « la ville de l’éternel printemps ». Ça ne vous fait pas envie ? En plus les Français sont bien vus ici : la cathédrale et l’ancienne gare ont été conçues par Gustave Eiffel. Et puis nous on a fait tourner le commerce en changeant les plaquettes de Roberto, en le faisant nettoyer et en augmentant de 50% son autonomie en diesel à l’aide de bidons. En prévision de notre passage en Bolivie où les stations-services sont espacées, pas toujours prêtes à servir les étrangers et parfois non accessibles à cause des fréquents barrages routiers.


    Peuples andins

    11% de la population chilienne se revendique autochtone. L’état a reconnu 11 peuples différents, dont 80% de Mapuches, ardents défenseurs de leur communauté occupant le centre-sud du Chili. C’est le drapeau de droite sur la photo. Au nord, on retrouve plutôt des Aymaras et des Quechuas, unis sous la bannière de la Whapala et ses 49 cases, disposées en 7 colonnes de 7 cases de 7 couleurs. Selon la couleur figurant sur la diagonale, le peuple représenté vient d’une région différente de l’empire inca. Plus nous approchons de la Bolivie, plus ces drapeaux fleurissent partout, volontiers accrochés à la ceinture des habitants. Car là-bas, c’est la moitié de la population qui est d’origine autochtone.


    La grimpette

    Nous allons maintenant traverser le Nord du Chili d’Ouest en Est, partant d’Arica au niveau de la mer pour rejoindre 200 km plus loin la frontière bolivienne à 4 680 m d’altitude. Une belle grimpette en perspective ! La route est magnifique encore une fois, mais elle monte comme prévu de façon soutenue et permanente. En deux à trois heures, nous allons encaisser un dénivelé de 3760 m. Nous sommes à Putre, un mignon petit village perdu dans une vallée verte au creux de grandes montagnes, et il nous reste encore 62 km jusqu’à la frontière. Cette ascension brutale nous a donné quelques maux de tête, sans parler d’un essoufflement au moindre effort (comme faire la vaisselle ou mettre ses chaussures, mais oui), alors nous décidons de rester une journée de plus ici pour nous acclimater. Des thermes sont à proximité, c’est le moment idéal !


    Les thermes jurassiques

    Je ne sais pas si c’est la traduction exacte de Termas Jurasic, mais ce côté préhistorique leur va bien. Au bout d’une petite route revêtue d’asphalte mais aussi de beaucoup de trous, ayant dépassé les 4000 m d’altitude, nous tombons sur des bâtiments assez sommaires. L’accueil est chaleureux. Nous acquittons le droit d’entrée de 4€/personne puis le propriétaire nous indique la direction des thermes 200m plus bas. Le décor de montagnes parfois ocres parfois vertes est superbe. Un torrent boueux coule au fond d’un vallon. À mi-pente, nous découvrons un ensemble de petits bassins fumants, certains en béton à moitié carrelé, d’autres comme de simples mares, alimentés par des tuyaux aériens. Le vestiaire est plus que rustique mais rien de gênant dans tout ça. Nous sommes seuls. Nous nous mettons en tenue et faisons trempette dans les bassins successifs. La température dans les 38-40°C est idéale, surtout avec la température ambiante qui avoisine les 10°C. Impossible par contre de se placer sous l’eau des tuyaux qui alimentent les bassins : elle est brûlante. Nous passons un bon moment dans cet endroit hors du commun et en sortons totalement délassés et sans plus aucun mal de tête. La composition affichée indique une eau riche en chlorures et sulfates, un peu comme aux thermes de St Gervais où j’ai travaillé 25 ans. Séquence nostalgie…


    La fin du Chili

    Après cette petite pause, nous reprenons notre ascension vers la frontière bolivienne et ses 4 680m d’altitude. C’est un nouveau record pour Roberto qui avait atteint au maximum les 4 350m à la montagne des 14 couleurs en Argentine. De notre côté, je n’ai plus le chiffre exact en tête, mais nous étions parvenus un peu au-dessus de l’altitude du Mont Blanc lors d’un voyage au Pérou en 2002. A ces altitudes, l’air particulièrement transparent met bien en valeur le contraste entre les sommets enneigés et les différents tons de vert de la végétation. Les abords du volcan Parinacota (6 348m) sont d’une beauté à couper le souffle déjà peu vaillant, surtout aux abords du Lac Chungara lorsqu’il s’y reflète.


    Le poste frontière chilio-bolivien est maintenant tout proche. Allons-nous connaître les mêmes déboires que notre passage précédent à Ollaguë ? Vous le saurez dans le prochain article, un peu de suspense ne fait pas de mal ! Alors à très bientôt en Bolivie.

  • 168. Toujours dans le désert

    168. Toujours dans le désert

    Nous n’en sommes qu’au début du désert d’Atacama qui n’est pas loin de couvrir le quart du nord du Chili avec plus de 1000 km de longueur. 105 000 km² de sable et de roches, 4 000 km² de lacs salés asséchés. On trouve tout de même ça et là quelques oasis, dont celle de l’une des villes les plus touristiques du Chili : San Pedro de Atacama.

    Parcours correspondant à cet article, en version zoomable ici

    Dernière plage

    Nous quittons la côte avant de nous enfoncer dans l’intérieur du pays. L’occasion de confirmer que les plages – du moins celles que nous avons vues – n’attirent pas les foules, même en période de vacances scolaires. Il faut dire qu’avec le courant de Humbolt (l’inverse de notre Gulf Stream) venu de l’Antarctique, l’océan Pacifique est plutôt frais tout le long de la côte Ouest de l’Amérique du Sud. A Valparaiso, l’eau de mer atteint au grand maximum 18°C au cœur de l’été, alors qu’à Casablanca, ville de latitude équivalente dans l’hémisphère Nord, on est plus proche des 23°C. A notre niveau, Caldera, de même latitude équivalente que Nassau, c’est 21°C maximum contre 29°C pour la capitale bahaméenne. Nous nous contenterons donc d’un joli lieu de bivouac.

    Au cours de notre progression dans le désert d’Atacama, nous croisons de nombreux chemins de traverses menant à des mines. Voire même lors d’une pause déjeuner au milieu de nulle part, nous trouvons dans des tas de cailloux de jolies pierres aux reflets verts. Difficiles à identifier, même avec Google Lens qui me propose au moins 10 minéraux différents. Le secteur minier est le secteur-phare de l’économie chilienne. Il est le premier employeur du pays (11% des emplois) et représente 60% de ses exportations, ce qui le rend sensible aux variations de cours et freine la diversification. Le Chili est le premier producteur mondial de cuivre, le second en lithium, le 3ème en molybdène et le 7ème en argent. La première entreprise minière mondiale est la société Codelco, détenue à 100% par l’état chilien et dont deux de ses engins géants sont exposés à l’entrée de la ville de Calama.


    Les yeux et la main du désert

    Le désert d’Atacama, c’est connu, est propice à l’observation du ciel, grâce à une altitude élevée (2500 à plus de 5000m), une pluviosité rare (moins de 100 mm par an) qui associée à une faible humidité de l’air donne un ciel dégagé plus de 300 nuits par an, et puis une faible pollution lumineuse. Normal, c’est le désert ! Conséquemment, 70% des observatoires du monde s’y sont installés, dont beaucoup sont plurinationaux. Nous avons fait un léger détour pour passer voir les installations du Very Large Telescope du Cerro Paranal, à 2635 m d’altitude. C’est en fait un ensemble de 4 télescopes de 8,20 m de diamètre qui peuvent fonctionner ensemble ou séparément, géré par l’Observatoire Européen Austral (ESO). Des visites sont organisées pour le public mais seulement de jour et le week-end, et il faut s’inscrire longtemps à l’avance. Un voisin est presque fini de construire à 20 km de là, très prometteur avec son miroir de 39 m de diamètre. Nous le verrons briller de loin, mais sans possibilité de s’approcher. Grâce à nos bivouacs en nature, nous nous contentons d’apprécier les magnifiques ciels étoilés de la région. Peut-être que nous pourrons participer à une expédition nocturne dans une prochaine étape, mais tout est souvent verrouillé pas mal de temps à l’avance et nous n’avons pas envie de casser notre liberté avec des rendez-vous précis.

    Après 400 km de route ce jour-là, nous sommes toujours dans le désert. Et nous décidons de nous laisser prendre par la main pour y passer la nuit. La main du désert, c’est une sculpture au milieu de nulle part, une main géante qui semble sortir du sable pour nous faire un signe désespéré. Ce serait d’ailleurs la signification voulue par l’auteur, montrer la vulnérabilité et l’impuissance humaine. Malgré l’isolement, le lieu est assez visité car visible de l’autoroute à 450 m de là. Nous ne serons d’ailleurs pas les seuls à y passer la nuit, entre un groupe de motards venus planter leur tente assez loin et un poids-lourd venu se reposer tout près. Cette main surgissant du sable nous en a rappelé une autre, vue sur une plage d’Uruguay il y a de cela 7 ou 8 mois, et ça n’est pas une coïncidence : elle est du même artiste chilien, Mario Irarrazabal. Et puis encore une autre, plus récemment à Puerto Natales au sud du Chili. Mais là c’est une tentative de copie.


    Les deux faces d’Antofagasta

    L’arrivée dans cette grande ville minière de la côte Pacifique n’est pas des plus réjouissantes : montagnes de résidus de minerais, alignements de camions-bennes à n’en plus finir et larges bas-côtés couverts de baraques de tôle, de pneus et de poussière donnent envie de vite poursuivre la route vers une autre destination. Mais il faut savoir gagner le centre historique et le port. La vieille gare, les bâtiments de style colonial, la place centrale avec sa tour de l’horloge qui carillonne sur les mêmes notes que Big Ben toutes les heures (normal, elle a été offerte par les Anglais) et la jetée en bois avec ses lions de mer ont un charme certain, même si le trafic routier est un peu trop envahissant. Nous déjeunerons au restaurant pour la première fois depuis notre retour, d’une bonne viande chilienne pour Claudie et d’un excellent ceviche pour moi. Le seul malheureux était Roberto, garé très en pente à l’entrée d’un parking couvert dont la limite de hauteur à 2,15m n’était pas signalée. C’était la seule place possible, mais il n’aurait pas fallu le pousser beaucoup pour qu’il se renverse !


    Les fantômes du salpêtre

    Au XIXe siècle, l’extraction du salpêtre battait son plein au Chili dans le désert d’Atacama, et de nombreux villages poussaient comme des champignons pour héberger tous ceux qui venaient profiter de ce que l’on pourrait appeler la fièvre du nitrate ou encore la ruée vers l’or blanc. Au début du XXe siècle, on trouva le moyen de synthétiser le salpêtre, ce qui fit péricliter toute cette activité. Ce ne fut pas forcément une mauvaise chose pour les mineurs qui perdaient leur santé dans ce travail harassant, mais forcément, ce la les obligea à quitter les lieux. C’est ainsi que l’on trouve dans la région de nombreux villages fantômes. Nous nous sommes arrêtés pour jeter un œil à celui appelé Pampa Union. Il ne reste guère que les murs des bâtiments, dont la faible résistance au temps semble montrer qu’ils ont été construits à la hâte. Le mieux conservé, si l’on peut dire, c’est le cimetière, empli de petites tombes en terre entourées d’une grille de bois ou de métal. Le long d’un mur, des caveaux contiennent encore des cercueils dont le contenu a manifestement été transposé ailleurs. Mais les âmes sont peut-être restées, de nombreuses histoires circulent sur des fantômes se promenant et hurlant la nuit dans ces villages…

    Nous prévoyons de visiter d’autres villages abandonnés sur notre route, nous aurons certainement l’occasion d’en reparler. C’est d’importance majeure dans la région.


    San Pedro de Atacama

    C’est l’une des destinations touristiques phares du Chili, alors il y a du monde. D’autant que le village, charmant avec ses rues en terre et ses murs en adobe, n’est pas très grand. Deux ou trois rues principales concentrent l’essentiel des besoins des touristes : hôtels, bars, restaurants, boutiques de souvenirs, et surtout agences de voyage car on vient ici principalement pour découvrir l’environnement. Si le paysage visible depuis San Pedro de Atacama est déjà superbe, avec ses montagnes lunaires, sa coulée verte et son arrière-plan de volcans, la plupart des sites à visiter nécessitent d’être véhiculés. Certaines excursions durent même plusieurs jours, notamment celles qui vont au Salar d’Uyuni en Bolivie. Arrivés dans l’après-midi, nous commençons par nous trouver un joli coin dégagé pour passer la nuit. Nous visitons le centre-ville le lendemain, avant de nous éloigner un peu vers une réserve de flamants roses qui, complètement asséchée, n’en comportera aucun. Nous passons la nuit dans une petite forêt.

    Certaines photos ont une histoire particulière. En voilà une où le hasard a transformé un cliché ordinaire en image insolite :

    Le lendemain, nous réfléchissons à la suite potentielle des visites, mais, à lire les commentaires des autres voyageurs sur notre application, rien ne nous tente. Les geysers d’El Tatio ne se réveillent qu’entre 6 et 7 heures du matin, il faut dormir à plus de 4000 m d’altitude et faire la queue le matin derrière une longue colonne de minibus. Comment cela peut-il être mieux que le merveilleux site de Yellowstone, accessible le jour entier et avec des températures clémentes ? Différents bassins d’eau thermale ou très salée nous tentaient, mais les commentaires font état de températures plutôt basses, genre 11°C le matin. Brrr ! Quand aux montagnes colorées finalement sans couleurs et au « bus magique » qui attire les foules alors que ce n’est qu’une épave taguée de bus rouillé en plein désert, bof. Nous aurions bien participé à une sortie nocturne pour voir les étoiles, mais le ciel habituellement clair s’est mis à se couvrir la nuit pendant notre séjour. Alors nous décidons de quitter la ville et de reprendre notre route vers le nord. Mais cela ne va pas se passer comme prévu…


    Mon permis confisqué !

    Nous quittons San Pedro de Atacama par la route principale. Très vite, les maisons disparaissent et nous nous retrouvons dans le désert. Nous sommes toujours pourtant dans les limites administratives de la ville (qui ne sont indiquées par aucun panneau) avec une vitesse limitée à 50km/h. Malheureusement, un policier de brigade mobile me flashe à 69 km/h. Je ne conteste pas, il remplit les papiers et je m’attends à ce qu’il m’indique le montant de l’amende. Mais à la place, il conserve mon permis de conduire et me tend un papier qu’il faudra présenter au Tribunal de Police 4 jours plus tard afin de récupérer mon précieux document. En échange sans doute du paiement de l’amende. Le terme de Tribunal de Police fait un peu peur, mais il s’agit probablement d’un simple guichet administratif. Manifestement, il s’agit à la fois d’un système anticorruption en interdisant aux policiers de percevoir de l’argent et d’une garantie de paiement pour le gouvernement en obligeant à se présenter pour récupérer son permis, à l’instar des policiers mexicains qui dévissaient les plaques d’immatriculation des véhicules qu’ils verbalisaient. Il ne s’agit pas d’une suspension de permis, puisque je suis autorisé à circuler avec le papier qu’ls m’ont donné, mais c’est tout de même pénalisant.


    Changement de plans

    Cette immobilisation nous force à changer nos plans. Nous avions prévu de partir vers le nord du Chili et de quitter le pays avant l’expiration de l’autorisation de circuler de Roberto (ATV) 6 jours plus tard. Mais là, avec les 4 jours pour récupérer le permis, ça sera trop juste. Soit il nous faut demander une prolongation de l’ATV en cours, soit faire un aller-retour en Bolivie pour obtenir une ATV toute neuve. Nous avions déjà demandé pour la prolongation : celle-ci ne peut se faire qu’au bureau de douane qui nous a délivré le papier, celui de Patagonie. Mais il n’est pas obligatoire de retourner là-bas (heureusement !) cela peut se faire par courriel. Sauf qu’ils n’ont jamais répondu à aucune de nos 2 demandes. Il nous reste donc la solution de l’aller-retour en Bolivie. Le problème est que la frontière la plus proche, à 35 km de là, mais à 4500 m d’altitude, est fermée pour plusieurs jours en raison d’une tempête de neige annoncée. L’alternative est d’aller à celle d’Ollaguë, à 300 km de là, dans un secteur que nous n’avions pas prévu de visiter. Nous prenons la journée pour y réfléchir et nous remettre de nos émotions. Nous allons visiter le matin la forteresse de Quitor, datant du XIIe siècle, à l’époque où les Atacamas (premiers habitants) devaient se protéger des agressions extérieures avant d’être finalement envahis par les Incas au XVe siècle. C’est à l’état de ruines, mais le panorama vaut largement les efforts.

    L’après-midi, nous allons nous installer près d’une ancienne mine de soufre. Du jaune partout et une odeur familière certes, mais beaucoup d’immondices autour de nous et bientôt du vent fort, de la pluie et des éclairs : la tempête annoncée arrive ! Nous nous déplaçons de dessous notre arbre en attendant l’accalmie.

    La nuit ayant porté conseil, nous confirmons notre décision d’aller faire un bref saut en Bolivie pour renouveler l’ATV de Roberto. Cela nous redonnera beaucoup de liberté pour la fin de notre parcours chilien.


    Vers la Bolivie

    Nous partons vers le Nord-Est, nous rapprochant peu à peu de la frontière avec la Bolivie. La route ne cesse de monter mais s’avère spectaculaire : à droite une chaîne de volcans enneigés qui disparaissent peu à peu sous les nuages qui s’accumulent en noircissant peu à peu. A gauche, des plateaux arides dont la végétation rousse s’assortit à la couleur de la roche qui l’accueille. La circulation est très peu dense. Nous allons droit vers le mauvais temps, et une forte pluie s’abat bientôt sur nous. Générant aussi de grosses flaques sur la route assez irrégulière, qui nous font soulever de belles gerbes d’eau argilo-boueuse. Je ne vous dis pas l’état de Roberto à l’arrivée ! Nous parvenons en fin d’après-midi à Ollaguë, 3 660 m d’altitude, le poste frontière côté chilien. Une ville minière de style très far-west avec sa gare envahissante, ses maisons de bois, ses commerces quasi-inexistants. Mais du charme malgré tout. Nous décidons d’y passer la nuit et de franchir la frontière le lendemain matin. Il est prévu qu’elle ouvre à 8h30.


    Le chaos total de la frontière

    A 8h30 tapantes, nous nous présentons à la douane, nous étonnant au passage d’être seuls. Le douanier nous annonce que, en raison des conditions météorologiques, le côté bolivien n’ouvrira qu’à midi, et qu’eux vont en faire de même. Nous retournons en ville pour attendre et faire quelques photos, le soleil étant revenu. Cela dit, nous apprenons sur les réseaux que des torrents de boue ont traversé San Pedro de Atacama, que de nombreuses maisons ont été inondées. Nous avons bien fait de nous en échapper ! Nous déjeunons de bonne heure pour nous présenter à midi précis à la frontière. Mais l’ambiance n’est plus la même que ce matin : une file d’une soixantaine, peut-être d’une centaine de véhicules fait déjà la queue sur la route. Nous nous en voulons d’être restés tranquillement en ville alors que tout ce petit monde arrivait peu à peu dans la matinée. Nous aurions mieux fait de rester stationnés à la douane ! Bon, c’est fait, nous remontons l’immense file de camions jusqu’au dernier. Tout en apercevant au passage, à mi-distance, des minibus en double file à côté des camions. Nous faisons alors demi-tour, doublons la moitié des camions et allons nous installer derrière un pick-up arrivé entre temps. Une longue attente va commencer. Déjà nous n’allons pas bouger avant deux ou trois heures. La frontière est opérationnelle, mais pour les piétons seulement, et essentiellement ceux descendant des bus venant de Bolivie. De temps en temps, les poids-lourds à notre droite avancent aussi, par groupes de quatre ou cinq. Et puis c’est enfin notre tour. En fait c’est ce que nous croyions : seuls des gros 4×4 conduits par un seul chauffeur passent. Au bout de 3 heures, c’est enfin le tour des véhicules particuliers. Nous sommes envoyés 5 par 5 sous l’auvent de la douane. Autant dire que ça avance plutôt lentement. Là, nous nous retrouvons dans une queue impressionnante, mal organisée, avec 3 pauvres guichets pour tout ce monde. On nous fait changer de file plusieurs fois, c’est incompréhensible. Nous finissons tout de même par en sortir, avec le coup de tampon qu’il faut sur nos passeports, et allons déposer l’ATV de Roberto au bureau de la circulation. Nous quittons enfin le Chili. La douane Bolivienne est à 5 km de là, mais sera tout autant chaotique et désordonnée. Si la validation de nos passeports est plutôt rapide, l’établissement du permis de circuler pour Roberto va prendre 20 mn. Tout ça pour l’annuler le lendemain matin ! Nous entrons en Bolivie épuisés, après 6 heures de démarches au total pour franchir cette frontière qui avait plutôt réputation de simplicité. Peut-être ont-ils été débordés par une affluence inhabituelle liée aux intempéries, les deux autres points de passage étant fermés ? Le retour le lendemain va-t-il se faire dans les mêmes conditions ?


    Roberto libéré

    Tôt réveillés par un petit mal de crâne sans doute lié à l’altitude, nous nous insérons de bonne heure dans la file d’attente de la douane bolivienne. 1 heure avant l’ouverture en fait. Nous prenons tranquillement le petit déjeuner en observant la file de voitures s’allonger derrière nous. Des 4×4 tous couverts de boue, témoignant de la piètre qualité des routes boliviennes dans ce secteur. Et puis ça démarre. Les véhicules venant du Chili n’étant pas encore arrivés, les formalités vont aller assez vite. Nous quittons assez rapidement la Bolivie, après avoir annulé tout ce que nous avions péniblement obtenu la veille ! Il ne reste plus qu’à se reconstruire côté Chili. Là aussi, finalement, ça passe bien. Et, environ 1h30 après le début des formalités, nous voilà munis du précieux sésame pour Roberto, autorisé à circuler au Chili jusqu’à fin avril, largement plus qu’il n’en faut. Tout ça pour ça, pourrait-on penser, mais la pression qui retombe et la sensation de liberté qui la remplace font que nous ne regrettons déjà aucunement cette aventure. D’autant plus que nous allons, grâce au retour du beau temps, profiter encore mieux le fabuleux paysage de ce secteur.

    Nous nous arrêterons au bord d’un grand lac pour photographier des vigognes et des flamants roses. Et puis nous referons des courses dans un supermarché ouvert un dimanche après-midi (pour la douane il fallait que le frigo soit vide…). Et puis nous finirons au milieu du désert à une trentaine de kilomètres de San Pedro de Atacama. Où je devrais pouvoir récupérer mon permis le lendemain après-midi. En théorie…


    Delayed

    Arrivés à San Pedro, nous nous installons sur un petit parking à proximité du Tribunal de Police. Je m’y rends à l’ouverture à 14h30 (c’est un lundi). Alors que je m’attendais à une longue attente – un a priori sur la bureaucratie chilienne ? – je suis pris presque tout de suite. Je tends les papiers au guichet. On m’annonce le montant de l’amende avec d’après ce que je comprends un « discount » mais que le seul moyen de paiement du jour est un transfert bancaire. Autant dire la galère à partir d’un compte français. Mais on me dit aussi que le lendemain matin, tous les moyens de paiement seront disponibles… Qu’à cela ne tienne, Roberto est autorisé jusqu’en avril, je peux revenir demain ! De toutes façons, nous avons rendez-vous dans l’après-midi avec une famille française (un couple et 2 garçons de 5 et 8 ans) qui traverse en 2 ans l’Amérique du Nord au Sud dans un camion aménagé. Nous les suivions depuis un moment sur les réseaux et attendions le moment de les rencontrer à l’endroit où nous allions nous croiser puisque nous allions en sens inverse. Et ça c’est trouvé justement ici, à San Pedro de Atacama. Nous échangeons un bon moment sur nos aventures respectives et plus largement nos vies. La passion des voyages en famille cumulée avec la vie nomade est toujours agréable à partager entre initiés. Nous les quittons en fin de journée après l’apéro. Chacun de nous a réservé une soirée d’observation des étoiles avec une agence différente. Mais le ciel semble bien couvert ce soir. Parfois ça se dégage, parfois pas, nous verrons bien.

    Vous pouvez suivre le parcours de notre petite famille sur Polarsteps ou encore Facebook en cliquant sur les liens correspondants.


    La récup

    Retour sur la nuit d’hier soir : le ciel est resté couvert et la sortie a été annulée, pour nos amis comme pour nous. Ce sera pour une prochaine fois, en Bolivie peut-être. Dommage car les ciels étoilés exceptionnels de la région permettent normalement de belles observations, dans des ambiances souvent conviviales : pour compenser le froid nocturne on vous offre couramment Pisco Sour ou chocolat chaud… Allez, me revoilà au Tribunal de Police. Cette fois devrait être la bonne ! Je présente mes papiers. Il est possible de payer en carte aujourd’hui, mais pas ici… On me renvoie vers la mairie, à 500 m de là. Je m’y rends, je paye en carte, je retourne avec le reçu au Tribunal et l’on me rend enfin mon permis. Yesss ! Bilan de l’opération : 5 jours d’attente, 77 euros d’amende, mais un voyage libre dans le Nord du Chili grâce au nouveau permis de circuler de Roberto. Nous passons dire au revoir à nos amis français et reprenons la route du Nord.


    Du vert de gris à la coulée verte

    C’est reparti pour le plaisir de prendre son temps sur la route. Cela dit, à cause de nombreux travaux et des circulations alternées d’une longueur impensable en Europe (parfois plus d’une heure voire une demi-journée entre chaque sens de circulation), nous ne ferons que la moitié du parcours prévu. Un premier arrêt est pour la mine de Chuquicamata, inratable dans le paysage. Fierté du Chili, et pilier de son économie, elle a été la plus grande mine de cuivre à ciel ouvert du monde, phagocytant tout lors de son expansion sur plus de 5 kilomètres de longueur et 3 de largeur, même la ville qui l’a vue naître. La montagne des résidus de traitement du minerai qui en résulte est aussi gigantesque que multicolore. Contrairement à l’univers, elle n’est plus en expansion, l’exploitation se poursuivant désormais en souterrain pour cesser de polluer le voisinage, dont la toute proche ville de Calama, 165 000 habitants. Tout en consommant beaucoup d’eau dans l’une des régions les plus arides du monde. Paradoxalement, le cuivre produit participe à la transition écologique, où l’utilisation des éoliennes, de l’énergie solaire et des voitures électriques nécessite beaucoup plus de cuivre que lors de l’utilisation des énergies fossiles ou des véhicules thermiques…

    Après avoir parcouru plus d’une centaine de kilomètres sans voir la moindre végétation, nous jetons notre dévolu pour la nuit sur la coulée verte de l’une des très rares rivières qui traversent le désert d’Atacama : le rio Loa. L’eau est foncée, peu incitative à la baignade, mais le paysage et la fraîcheur qui en résultent rendent l’endroit apaisant et propice à un repos réparateur. Comme d’habitude, nous serons seuls sur le lieu.

    Et vous l’avez compris, ça n’est toujours pas la fin du désert, il nous reste à découvrir l’extrême nord du Chili, rarement visité par les touristes européens lambda. C’est-à-dire pas nous ! Alors à très bientôt !

  • 167. Al Norte

    167. Al Norte

    Ces fêtes sont passées tellement vite que nous sommes déjà repartis sur les routes du Chili, direction plein Nord comme l’indique le titre. Lequel nous a été inspirés par un panneau à l’entrée de l’autoroute n’indiquant que deux directions : Santiago et Al Norte. Cette orientation vague laisse à penser qu’aucune destination là-haut ne mérite d’être mentionnée plus qu’une autre. Nous allons nous faire un devoir de confirmer ou pas.

    Al Norte
Parcours décrit dans cet article
    Parcours décrit dans cet article, accessible en version zoomable ici

    Retour chez nous

    Depuis que nous sommes sur les routes depuis voilà bientôt cinq ans, la sensation est la même à chacun de nos retours de France : nous rentrons chez nous. Dans notre maison. Dans Roberto. Et le plaisir est le même de s’y retrouver, d’y retrouver ses affaires, son lit, son petit environnement douillet. Pourvu que ça dure ! Cela dit, ce voyage a été plutôt pénible. L’avancée de notre premier vol nous a conduit à partir plus tôt, le grand vol de Paris à Santiago est parti en retard, et après 14 heures de vol nous n’avions qu’une idée en tête, c’est sauter dans le taxi qui nous ramènerait à Roberto. Mais le débarquement de l’avion a été lent, surtout dans notre allée où un voyageur ne parvenait pas à rassembler ses bagages. Mais l’attente a été longue à l’immigration, essentiellement en raison de la lenteur de LA file d’attente que j’avais choisie, l’agent qui la gérait traitait une personne pendant que ses voisins en passaient dix. Mais évidemment au franchissement de la douane, nous avons été sélectionnés pour contrôle des bagages et donc dirigés vers une file d’attente supplémentaire tandis que beaucoup d’autres passagers sortaient librement, tout ça pour juste faire passer le sac-valise de Claudie aux rayons X mais pas ma valise ni nous bagages à main. Et il a fallu attendre un bon quart d’heure avant qu’un taxi se présente à la sortie. A la vue de Roberto notre énervement s’est vite estompé. Il a démarré au quart de tour et nous sommes vite partis faire quelques courses pour pouvoir déjeûner avant de nous poser sur un terrain ombragé afin de défaire nos bagages et tout ranger dans notre petit espace. Oui à l’ombre car nous avions dans les 28°C l’après-midi, au moins 15°C d’écart avec notre lieu de départ !


    Un peu de route

    Nous sommes réveillés de bonne heure grâce au décalage horaire et sommes prêts dès 9h pour reprendre la route, profitant des 20°C de ce début de matinée ensoleillée. Nous circulons d’abord sur des petites routes, dans un environnement semi-aride. Des collines jaunâtres parsemées de petits buissons. Nous suivons une vallée étroite un peu plus verte au milieu de laquelle se sont installés de petits hameaux, voire des fermes. Depuis notre route, aucun accès n’y mène, la petite ligne de chemin de fer et la rivière presque asséchée ayant sans doute rebuté les autorités. On devine des chemins de terre de l’autre côté, c’est de toutes façons la majorité des voies de circulation dans ce pays. Et d’ailleurs c’est pour cette raison que nous allons rapidement prendre l’autoroute, la seule voie asphaltée dans notre direction. Ça ressemble assez à chez nous, à l’exception des voies de retournement tous les 10 km, des péages à tarif fixe (environ 3 € pour nous) tous les 30 km environ, et des traversées possibles de piétons lorsqu’une station-service ou des petits commerces se trouvent d’un seul côté. Les conducteurs dans l’autre sens n’hésitent pas alors à se garer sur le bas-côté et traverser l’autoroute à pied pour aller acheter leurs empanadas ou leurs fruits ! Après 250 à 300 km (quand on aime on ne compte pas !) nous nous arrêtons pour la nuit sur la presqu’île de Tongoy. Nous filons de suite au sommet de la petite colline pour nous trouver un petit coin tranquille avec une vue magnifique sur la ville et l’océan Pacifique. Je profite de la pause pour installer le nouveau lanterneau que nous avons ramené de France. Pour rappel, le nôtre avait été arraché par le vent en Patagonie argentine. Nous avions pu le récupérer et le remettre en place, ce qui nous assurait heureusement la protection contre la pluie, mais plus question de l’ouvrir à cause des charnières cassées et des ficelles qui le maintenaient.


    Matin d’été

    Encore du beau temps au réveil, qui nous frappe encore après une période assez froide et couverte en France. Après le petit déjeûner, je pars en exploration dans le maquis environnant pendant que Claudie émerge doucement. Je vais faire une petite visite à la statue de la Vierge qui domine ce belvédère avant d’aller faire quelques découvertes botaniques, dont une curieuse plante endémique que nous ne reverrons plus en quittant le Chili, par définition. Les détails sont dans les images ci-dessous. Et puis nous reprenons Roberto pour la destination suivante, nous arrêtant au passage jeter un œil au pittoresque port de pêche de Tongoy. Étonnamment, alors que nous sommes l’équivalent du 15 juillet en France et en pleines vacances scolaires, les touristes sont très peu nombreux, sur le port comme sur les plages avoisinantes.


    De fer à béton

    Nous avons rejoint Coquimbo, une cité balnéaire. Notre première visite est pour une église étonnante loin du centre-ville. Toute en métal et en rivets, elle nous rappelle vaguement quelque chose. Ou plutôt quelqu’un. Mais oui, c’est bien Gustave Eiffel qui en a dessiné les plans. L’église a été préfabriquée en France à une époque où les colonies françaises en avaient besoin en grand nombre. Elle a fini par être assemblée ici en 1889. Malgré une restauration en 1960 et un classement aux monuments nationaux, elle ne semble guère être entretenue, ce qui attriste nos cœurs hexagonaux. Nous partons alors à la recherche d’une autre église, celle qui fait la fierté de la ville. Pas besoin de la chercher bien longtemps, le monument qui la recouvre, un édifice cruciforme de 93 mètres de haut perché au sommet d’une colline, est visible à des kilomètres à la ronde. Cette fois c’est le béton qui domine, et ça n’est pas plus heureux que ça. Notamment dans l’église où le plafond suinte déjà alors que la construction ne date que de l’an 2000. Cette année d’inauguration n’est pas le fruit du hasard, ce monument a été bâti pour célébrer le 2000e anniversaire de la naissance du Christ et l’entrée dans le 3e millénaire de ses fidèles. Et accessoirement procurer quelque notoriété à la ville. Mais le style brutaliste n’a pas forcément convaincu. La France a bien fait de miser sur Gustave Eiffel !


    Une dent contre la France

    Rencontrer un problème de santé en voyage apparait toujours comme une crainte, notamment celle de pas trouver les mêmes standards de qualité qu’en France. Mais avec la dégradation générale du service dans l’Hexagone, le rapport peut s’inverser du tout au tout et je viens d’en faire l’expérience. En plein repas de midi à Coquimbo, je perds brutalement un groupe de 3 couronnes. Le premier réflexe est de se dire que ça tombe mal moins d’une semaine après notre retour de France. Mais aurais-je pu me faire soigner rapidement ? Je teste les éventuels rendez-vous disponibles dans la région d’Agen : rien avant plusieurs mois et la plupart des praticiens ne prennent plus de nouveaux patients. C’est malheureusement devenu la règle en France, la dernière fois où j’ai eu besoin d’un dentiste, j’ai du attendre 3 semaines et faire 200 km ! Pas le choix de toutes façons que de trouver une solution locale. Nous cherchons un cabinet dentaire près de l’endroit où nous sommes. Il y en a un à 9 mn. Le temps de ranger après le repas, il est 13h30 et nous nous y rendons. J’explique mon cas à la secrétaire et j’obtiens un rendez-vous le jour même à 15h ! Je redoutais l’absence de possibilité de résoudre mon problème, mais le dentiste en 1 heure de travail m’a tout assaini la zone concernée et m’a recollé mes couronnes. Je n’en espérais pas tant ! Un praticien agréable de surcroît et dans un cabinet tout ce qu’il y a de plus moderne. Et pour un coût modique compte-tenu du temps passé. Vive le service de santé chilien !


    La Serena

    C’est la grande ville à côté de la précédente. Seconde plus ancienne ville du Chili, elle conserve encore de beaux restes dans son centre historique malgré un incendie qui a fait de gros ravages au XIXe siècle. Les touristes y viendraient plutôt pour ses 6 km de sable fin, mais ça n’est pas notre truc, surtout en période de vacances scolaires. Nous avons simplement parcouru les rues du centre, admiré les belles églises en pierre, la façade similaire du musée d’histoire (nous n’y sommes pas entrés), le palais de justice dans le plus pur style hispanique, le paisible jardin japonais au travers de ses grilles car il était fermé, et les bâtiments néo-coloniaux autour de la classique place des armes, plutôt paisible aujourd’hui. On pourrait dire sereine, comme la ville.

    Le Palais de Justice et son style hispanique (La Serena, Chili)
    Le Palais de Justice et son style hispanique (La Serena, Chili)

    Spot de rêve

    C’est ainsi que les vanlifers décrivent habituellement leur lieu de bivouac, pour peu qu’il se situe en zone naturelle, ou même sur un parking en bord de mer du moment que l’on puisse ouvrir les portes arrière face à l’eau et faire une jolie photo instagrammable, peu importe la présence de voisins. Nous préférons pour notre part le terme de spot nature, l’absence de construction, de voisins et de bruit étant nos principaux critères de choix. Oui, nous reconnaissons volontiers être asociaux, surtout la nuit ! Cet endroit un peu perdu sur les falaises à une quinzaine de kilomètres au nord de La Serena remplissait en tout cas toutes nos attentes, si ce n’est un accès délicat par des chemins orniérés. C’était peut-être le prix à payer pour la tranquillité. En prime quelques découvertes botaniques, dont ce Solanum crispum (📷 3 & 4) endémique du Chili. Quant à la plante aux tiges renflées (📷 5 à 7) je cherche encore ce que c’est !


    Quand t’es dans le désert

    Roberto dans le désert d'Atacama (Chili)
    Roberto dans le désert d’Atacama (Chili)

    Ah qui se souvient de ce tube de Jean-Patrick Capdevielle datant de 1979 ? Et comment est-il stocké dans mon cerveau pour qu’il me revienne au moment où nous entrons dans le désert d’Atacama, le plus aride du monde ? Après être devenue rase, la végétation disparaît au fil des kilomètres tandis que le paysage devient jaune puis ocre. Étonnamment, la bande de bitume est en excellent état, même si par endroits le sable semble vouloir en reprendre possession. Et puis toute forme de vie n’a pas disparu pour autant : de temps en temps, de multiples petits buissons tout ronds parsèment les collines, voire même de petites fleurs jaunes sur des massifs assez verts pour qu’on se demande où ils ont puisé leur eau. Les lézards semblent la seule forme de vie animale apparente, mais des trous dans le sol en laissent présager d’autres. Pas question d’y mettre la main pour vérifier !


    Combo #33

    Je l’ai déjà dit à plusieurs reprises, nous adorons faire coïncider le visionnage d’un film relatant un évènement particulier et la visite du lieu où il s’est produit. Alors juste avant de nous rendre à la mine San José près de la ville de Copiapo, en plein désert d’Atacama, nous avons regardé le film « Les 33 ». Il raconte la terrible mésaventure survenue en 2010 à 33 mineurs coincés à 700m de profondeur dans leur mine après effondrement du tunnel d’accès principal. Réfugiés dans une cavité de secours, ils n’avaient que 2 à 3 jours de réserves en eau et en nourriture et aucun moyen de faire savoir à la surface qu’ils étaient encore en vie. La ténacité des secouristes et surtout celle des familles qui ont fait pression auprès du gouvernement et des médias ont permis une heureuse issue, si l’on peut dire, après un suspense qui a tenu le monde entier en haleine. Je ne vais pas vous donner les détails dans ce texte afin de ne pas vous gâcher le film si vous aviez envie de le voir, ce que je vous conseille vivement, mais vous en saurez un peu plus en regardant les photos ci-dessous. surtout à partir de la n°6. Claudie a fait par ailleurs un excellent reportage sur notre groupe Facebook. Le lendemain du visionnage du film, nous nous sommes rendus sur place, nous avons rencontré l’un des survivants, nous avons concrétisé notre image des lieux et appris moult détails supplémentaires sur le sauvetage. Un beau moment d’émotion.


    Concurrence déloyale

    La Grotte du Père Noir est un petit bâtiment insolite sur une placette de la ville de Caldera. Malgré sa forme de parallélépipède rectangle, il s’agit bien d’une grotte, posée au sommet d’un petit promontoire. Elle a été bâtie en 1934 à l’initiative d’un père franciscain d’origine colombienne qui débordait parait-il d’empathie et d’humour. L’idée initiale était de reproduire la grotte de Notre-Dame de Lourdes. Mais si effectivement un décor évocateur a été placé à un bout de l’unique pièce, c’est à l’autre bout que vont d’emblée les fidèles, là où se trouvent plusieurs effigies du père franciscain appelé Padre Negro, entourées d’une multitude d’ex-voto. En comparaison, la Vierge de la grotte n’en a aucun ! Comme quoi l’empathie et l’humour payent ! A signaler par ailleurs de jolies fresques religieuses très expressives sur les murs et le plafond.


    À deux doigts du cénozoïque

    Il y a 8 millions d’années, la région du Chili ou nous sommes était recouverte par la mer. Les sédiments qui s’y sont déposés recèlent nombre de fossiles des animaux marins qui vivaient à cette époque (le cénozoïque) : dauphins, gavials, grands requins blancs, marlins, phoques, paresseux marins, oiseaux de haute-mer et aussi mégalodons, ces requins géants capables de dévorer des baleines. Un parcours d’un kilomètre dans la zone fouillée expose des répliques de ces bestioles, accompagnées de panneaux informatifs. Le rôle est surtout pédagogique, le site n’ayant manifestement pas misé sur la qualité des répliques, mais les amateurs d’authenticité peuvent se rattraper en examinant les quelques vrais fossiles rassemblés autour des faux : on découvre ainsi des dents de requin incluses dans la pierre, des morceaux d’arbres pétrifiés et des os de je-ne-sais-pas-quoi (oui, il y en avait aussi au cénozoïque). Un intéressant voyage dans le passé, totalement gratuit qui plus est. Ah, j’oubliais, ce parc paléontologique s’appelle Los Dedos, les doigts en Français. Les zones en relief du site représenteraient vu d’en haut les doigts d’une main. Ça ne m’a pas paru évident, mais ça m’a permis de trouver un titre à ce paragraphe !


    Voilà pour cette fois. Nous avons adoré cette reprise de notre périple sudaméricain, découvrir tant de nouveautés que nous ne voyons pas chez nous, et profiter de températures et d’un temps cléments. La suite est prometteuse. Hâte de la découvrir et de vous la partager.