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  • 160. La Terre de Feu

    160. La Terre de Feu

    Carte ancienne La Terre de Feu
    Carte ancienne de la Terre de Feu, photographiée au Musée Maritime d’Ushuaïa

    Nous allons rejoindre là un territoire mythique, que, abusé par une interprétation hâtive de son nom, j’imaginais à tort couvert de volcans actifs alors qu’elle n’en compte aucun. Mais alors, d’où vient ce nom ? Des torchères des nombreux puits de pétrole qui parsèment le nord de l’île ? Des incendies à répétition dus à l’absence d’entretien des forêts (depuis le grand incendie de 2023, tout allumage de feu est interdit) ? La solution est un peu plus bas…

    Parcours décrit dans cet article, en Terre de Feu
    Le parcours décrit dans cet article, en version zoomable ici

    Deux frontières en deux jours

    Quelques kilomètres après avoir quitté la Laguna Azul-Verde (cf. l’article précédent), nous nous présentons donc au poste frontière de sortie de l’Argentine. En moins de 10 mn, notre sortie du pays est dûment validée et l’autorisation de circuler de Roberto, que nous espérions conserver pour le lendemain, a été récupérée par le douanier. Pas d’autre choix que de gagner 200 m plus loin la douane chilienne pour retrouver une légitimité de circulation. Là aussi, une excellente organisation nous a permis sans devoir attendre dans une longue file d’avoir nos passeports tamponnés et un permis de circuler tout neuf établi pour notre véhicule. Le contrôle des aliments interdits a été très sommaire. En moins de 30 minutes nous étions sur les routes du Chili. Mais demain il faudra recommencer tout ça en sens inverse car nous repasserons en Argentine !

    Car oui, c’est étonnant, mais pour aller tout au sud de l’Argentine autrement qu’en avion ou par la mer, on ne peut pas faire autrement que de traverser un bout du Chili et notamment le détroit de Magellan qui est sur son territoire. Bon prince, le pays nous offre la traversée en mettant à disposition un service de bacs. C’est ainsi que nous rejoignons la plus grande île d’Amérique du Sud : la Terre de Feu. Je pensais d’ailleurs que le nom provenait de la présence d’une grande quantité de volcans, mais il aura fallu que je vienne ici pour apprendre que le nom original, Terre des Feux a été donné par Magellan lorsqu’il a aperçu en longeant le rivage pour la première fois les nombreux feux allumés par les Amérindiens Selk’nam qui occupaient les lieux depuis des millénaires. Désolé d’avoir interrompu mon récit avec cet éclairage.

    Après une nuit dans une petite ville chilienne toute modeste, un plein de gazole à 1,10 € le litre, nous poursuivons notre traversée de la pampa chilienne qui ressemble furieusement à sa sœur argentine, et 100 km plus loin, nous arrivons … à la frontière ! Même type de formalités mais dans l’autre sens. Re-tampons sur les passeports, re-annulation puis refabrication du permis de circuler pour Roberto. Et nous revoilà en Argentine !


    Étape à Rio Grande

    Nous sommes ici dans la première et la plus grande ville de la Terre de Feu et qui n’en est pourtant pas la capitale, la vedette lui ayant été volée par Ushuaïa créée ultérieurement et moins peuplée (60 000 contre 98 000 habitants). Le tourisme croissant de cette dernière a dû jouer en sa faveur. De ses débuts à la fin du XIXe siècle, il reste quelques bâtisses encore debout, comme l’église de la mission salésienne ou l’ancien bâtiment industriel dans lequel a été installé le Musée municipal Virginia Choquintel. Et pour ceux qui ont disparu, le musée en héberge des reproductions en céramique ou sous forme de tableaux. Virginia Choquintel, c’est la dernière descendante non métissée du peuple Selk’nam dont on reparle un peu plus bas. Elle est décédée en 1999, le lendemain de l’inauguration du musée, pas de chance. Rio Grande est aussi connue pour ses rivières riches en truites et saumons énormes, ses champs de pétrole, son rôle-clef dans la gestion de la guerre des Malouines qui ne sont qu’à 600 km de là. Et puis pour ses vents violents.  C’est ic qu’à été enregistrée la plus forte rafale de toute l’Argentine. 263 km/h tout de même !


    Tolhuin et les Selk’nam

    Au bord d’un lac qui recouvre la faille géologique séparant les plaques sudaméricaine et antarctique, Tolhuin développe doucement son activité touristique avec un gros train de retard sur Ushuaïa située 100 km plus loin. Mais en ce printemps bien frisquet, nous n’avons guère envie de nous initier au ski nautique ou de nous lancer dans une course de paddle. Nous sommes intéressés par contre par le fait que c’est ici qu’a été restituée la première parcelle de terre aux descendants des amérindiens Selk’nam. La justice vient un peu tard après la quasi extermination de ce peuple par les colons européens, principalement britanniques. De 4000 à l’arrivée de ceux-ci en 1880, ils n’étaient plus que 500 en 1905. Le terme de génocide n’a été validé qu’en 2003. Il resterait aujourd’hui environ 300 Selk’nam en Terre de Feu. On découvre à Tolhuin leur art et leurs coutumes un peu partout dans la ville, et notamment les effigies colorées rappelant la cérémonie initiatique des jeunes hommes. Des personnages effrayants au corps peint, portant des masques de formes étonnantes, qui représentent les esprits surgissant du monde invisible pour enseigner les règles de vie à ces futurs adultes.

    Peut-être qu’on devrait remettre ça en place chez nous, ça ferait du bien, non ?


    Racines fuégiennes

    Ce titre est la traduction française du nom de cet endroit : Raices Fueginas. Un extraordinaire resto-bar-musée que nous n’avions jamais vu dans de telles proportions auparavant. C’est l’œuvre de Pedro Fernández, un collectionneur compulsif depuis l’âge de 6 ans qui a rassemblé au cours de sa vie plus de 11 000 objets dont 8 000 sont exposés ici dans ce hangar de 650 m² ouvert en 2022. Dans plusieurs salles, sur toute la hauteur des murs et sur des étagères centrales, mais aussi en vitrines thématiques sous chaque table du restaurant, on retrouve une accumulation d’antiquités totalement éclectique. Jouets anciens, motos, machines à écrire, appareils photo, vaisselle, secteurs complets consacrés aussi bien au chemin de fer argentin qu’à la vie de la famille Perón en passant par la guerre des Malouines, l’automobile, le football et les coutumes Selknam. Un rassemblement d’intérêt historique « pour toute l’Argentine » reconnu par la ville de Tolhuin dont tous les pontes étaient présents pour l’inauguration. Et cerise sur le gâteau, on y mange plutôt bien. Nous avons notamment goûté à l’une des spécialités de la Terre de Feu, le ragoût d’agneau, qui était excellent.


    Ushuaïa, la fin du monde

    Nous arrivons enfin près de l’extrémité sud de notre parcours latino-américain. Ushuaïa se revendique la ville la plus au sud de la Terre et l’argument commercial du bout du monde – appelé ici Fin del Mundo – est plus que largement repris : partout où porte le regard tout est à la sauce fin du monde. Du train au coiffeur, de l’épicerie à l’agence immobilière, de la prison au musée, jusqu’à l’inquiétant « ascenseur de la fin du monde » que nous avons pourtant emprunté. Immanquablement, cela fait des jaloux. L’agglomération de Puerto Williams, située au sud d’Ushuaïa sur l’île chilienne de Navarino, a ainsi été élevée au statut de ville par le Chili, et donc au statut de ville la plus australe du monde dans la foulée. Évidemment, l’Argentine n’est pas d’accord et soutient qu’il faut au minimum 30 000 habitants pour faire une ville…


    Arrivée décevante

    Une fois de plus, notre guide a péché par excès d’optimisme. Ushuaïa y est décrite comme un « méli-mélo multicolore d’architectures tyrolienne, Tudor et scandinave grimpant à l’assaut des pentes du glacier Martial ». Le temps gris, froid et pluvio-neigeux à notre arrivée n’a certes pas aidé, mais nous n’avons trouvé pour notre part qu’une ville tentaculaire aux constructions dénuées de toute harmonie prises entre deux montagnes de containers. Il est vrai que le splendide décor de montagnes enneigées et que la majestuosité tranquille du canal de Beagle étaient bien cachés – nous ne les découvrirons que plus tard – mais cela n’enlève rien à la pauvreté architecturale de la ville, très loin de notre attente. Nous sommes très loin des waouh de Nicolas Hulot…


    Croisière impromptue

    Le lendemain de notre arrivée, la pluie a cessé et, si les montagnes restent assez couvertes, le ciel bleu domine au-dessus de nos têtes. Mais la météo n’est pas très optimiste et annonce un ciel couvert, des averses de neige et des températures frisquettes pour l’après-midi. Nous quittons Roberto pour aller découvrir la ville avec l’intention de revenir nous y réfugier l’après-midi bien au chaud. Mais nous passons devant les guichets des compagnies touristiques qui organisent des excursions sur le canal Beagle, ce que nous avions l’intention de faire dans les jours qui viennent. Nous avions un peu étudié la chose et décidé de privilégier la seule compagnie autorisée à débarquer sur une petite île peuplée de pingouins alors que les autres bateaux ne font que stationner devant. Nous tombons d’emblée sur son bureau et entrons pour voir comment tout cela pouvait s’organiser. Le bateau de demain dimanche est complet, lundi c’est fermé, mardi nous ne savons pas si nous serons encore là. Mais il reste des places dans le bateau qui part à 10h30, soit dans une demi-heure… Décision difficile à prendre, mais nous optons pour le départ immédiat, déniant la météo pessimiste et oubliant que peut-être il nous faudrait nous équiper autrement que pour un petit tour en ville par beau temps. Les billets pris, nous demandons combien de temps ça va durer. 8 heures. Ah quand même… Il y a possibilité de déjeuner à bord ? Oui. Bon, c’est toujours ça. Et nous voilà partis avec 38 autres passagers et 2 guides naturalistes.

    Ça démarre super fort avec les superbes paysages encore magnifiés par le recul du bateau, le passage tout près et au ralenti le long d’ilets couverts de cormorans ou de lions de mer, le tour du Phare des Éclaireurs planté au milieu du canal et dont on nous raconte l’histoire. Il doit son nom aux explorateurs français partis cartographier le canal de Beagle en 1882 et qui ont baptisé ainsi ces îlets en prévision de leur mission future de prévention des naufrages courants dans cette région dangereuse. Le phare n’a été construit qu’en 1920 et est resté habité jusqu’en 1998. Tandis que le ciel s’obscurcit complètement – tiens oui, au fait c’était prévu… – nous poursuivons notre croisière en dégustant une cassolette de mouton. Autant prendre quelques calories pour la suite. Alors que nous passons devant Puerto Williams, la ville la plus au sud du monde selon les Chiliens mais pas selon les Argentins (voir ci-dessus), c’est de la neige fondue qui se met à tomber. Nous arrivons bientôt au point le plus éloigné de notre croisière : l’Estancia Harberton, la première fondée en Terre de Feu en 1886 par un missionnaire anglais, avec la collaboration des Yamanas, un peuple d’autochtones. L’estancia fonctionne toujours aujourd’hui, continuant à élever des moutons et cultiver des fruits et légumes, tout en ayant intégré le tourisme dans son organisation. Une visite était prévue mais après 20mn debout dans le froid glacial et le vent à écouter le guide en raconter l’histoire (mais pourquoi dehors ?!), nous craquons et allons nous réfugier dans la cafet’ voisine. Le temps d’attendre que l’on vienne nous chercher pour le clou de la croisière : un petit voyage en zodiac vers l’île Martillo où nous allons débarquer et côtoyer plusieurs espèces de pingouins. Certains vivent là à l’année comme ces manchots Papous, d’autre pour la saison de reproduction, les manchots de Magellan que nous commençons à bien connaître. Et puis un manchot Royal, plus grand que les autres, tout seul, personne pas même les guides qui viennent là chaque jour ne sait ce qu’il est venu faire là. La visite est intéressante, mais les conditions météo sont atroces. Nous grelottons sous nos blousons légers et nos pantalons mouillés par la pluie. Heureusement, la visite est un peu plus courte que prévu et nous repartons sur le zodiac. Un taud nous protège de la pluie et des embruns, mais une vague réussit tout de même à s’engouffrer par l’arrière et asperger Claudie qui n’avait pas besoin de ça ! Dur dur la vie de touristes ! Nous nous réfugions à l’arrivée dans le bus par bonheur chauffé qui va nous ramener à Ushuaïa, tandis que notre bateau est déjà reparti avec les gens arrivés eux par le bus, ça fonctionne comme ça. Des conditions difficiles mais un souvenir impérissable !

    Spot nocturne près du Club Nautique d'Ushuaïa
    De retour de la croisière, nous sommes venus passer la nuit ici, près du club nautique.
    Avec le mauvais temps, peu de risque d’avoir une activité intense !

    La prison du bout du monde

    Avec ces conditions météorologiques extrêmes de cette région appelée aussi la « Sibérie du Sud », il n’est pas étonnant que l’on ait décidé de construire ici un bagne aux tout débuts d’Ushuaïa qui ne comptait alors que 40 maisons. Ce sont les bagnards eux-mêmes qui ont construit la prison à partir de 1902. Avec ce froid, on peut comprendre qu’ils aient mis du cœur à l’ouvrage pour avoir le plus tôt possible un toit sur la tête. Les conditions de détention étaient tout de même assez rudes et la surpopulation carcérale était tout aussi la règle qu’aujourd’hui en France. Une fois la prison construite, on leur fit bâtir la ville : routes, chemin de fer, port, bâtiments administratifs, etc. Et puis couper du bois dans la forêt parce qu’il faut bien chauffer tout ce petit monde. L’établissement fut fermé par le président Perón en 1947, jugé trop coûteux à entretenir pour une inefficacité démontrée (taux de récidives très élevé). Et puis l’idée première d’occuper le terrain qui était convoité par les Chiliens n’était plus d’actualité, la région étant désormais suffisamment peuplée.

    La cafeteria du musée aménagée en hall de prison
    La cafeteria du musée aménagée en hall de prison

    Alors aujourd’hui c’est un musée. Consacré en partie bien sûr à l’histoire du bagne, mais aussi à l’activité maritime de la région, aux populations autochtones, au milieu antarctique et à l’art local. Nous y avons passé 2 bonnes heures, mais rassurez-vous, nous ne vous détaillerons pas la visite. Juste quelques photos pour avoir une idée de l’atmosphère du lieu.

    D’autres musées font partie de l’enceinte, dont un musée maritime, un musée antarctique et de petites galeries d’art. Les deux premiers font la part belle à l’exploration de ces terres à l’accès difficile, avec leur part de risque, comme en témoignent les cartes des naufrages de la région du Cap Horn et des Îles des États. De nombreuses maquettes sont exposées dont celles du Trinidad, ayant permis à Magellan de découvrir en 1520 ce détroit facilitant grandement le passage atlantico-pacifique au niveau de la Patagonie, et celle du Beagle. Ce navire anglais dirigé par le capitaine FitzRoy (on en parlait dans l’article précédent) a permis d’une part de mieux cartographier entre 1826 et 1830 le canal auquel il a donné son nom mais qui était déjà connu – et sans doute dénommé autrement – par les Yamana (autochtones) qui l’avaient découvert bien avant. C’est aussi à bord du Beagle que Darwin a fait ses découvertes les plus importantes sur l’évolution des espèces.


    Le parc national de la Terre de Feu.

    Le grand beau temps est de retour, c’est le moment idéal pour aller explorer le parc naturel qui se trouve à l’extrémité de la route nationale n°3. Le vrai bout du monde pour l’Argentine, à 3 079 km de Buenos Aires. A noter que c’est aussi l’extrémité Sud de la route panaméricaine à 17 848 km de son départ en Alaska. L’occasion d’avoir une petite pensée pour ceux qui font ça à pied ou en vélo… Pour nous, c’est un environnement de montagne comme on les aime, avec de très nombreux sommets enneigés, des lacs bien froids, des forêts immenses (ça fait du bien après la pampa), des tourbières et une végétation caractéristiques du climat antarctique, proches de ce que nous avions pu voir à St Pierre et Miquelon. Peu d’animaux en contrepartie : quelques oiseaux dont ces couples d’oies qu’on voit partout, mais pas les renards argentés ni les castors que l’on aurait pu espérer rencontrer. Et tiens, une particularité : il n’y a aucun amphibien en Terre de Feu. Mais alors, comment apparaissent ici les princes charmants si les princesses n’ont pas de grenouilles à embrasser ?


    La Laguna Esmeralda

    C’est un petit lac dont la couleur cette fois est bien en accord avec le nom. Nous l’avons rejoint au terme d’une randonnée de 4,5 km, peu pentue mais presque entièrement boueuse. Au point que dès le départ du sentier, des loueurs de chaussures attendent que les visiteurs veuillent bien troquer leurs escarpins ou leurs baskets blanc-immaculé contre des chaussures de randonnées rendues doublement étanches par l’interposition d’un sac plastique entre la chaussure et la chaussette. Nous n’avons pas opté pour cet équipement supplémentaire, sans trop savoir d’ailleurs quelles conditions nous allions rencontrer. Mais il faut bien dire que la boue, il y en avait vraiment partout. Parfois accessible directement car peu épaisse, parfois enjambables entre deux gros cailloux, parfois franchissable sur quelques planches de bois instables et elles-mêmes boueuses, ou enfin – le graal – évitable grâce à quelques passerelles (5% du trajet, à peine). Nous avons réussi à ne pas ni nous étaler ni nous embourber, rejoignant le lac d’une belle couleur émeraude effectivement en environ 2 heures. Entouré de montagnes enneigées mais très venté et moyennement ensoleillé avec le voile nuageux permanent du jour. Nous avons apprécié notre pique-nique, bien abrités derrière des rochers, avant de nous décider à redescendre …dans les mêmes conditions hélas. Mais heureux d’avoir fait cet exercice dans un environnement toujours superbe et d’avoir marché 9 km. C’est bon pour la santé, ça.


    500 km en sens inverse

    La route vers Ushuaïa est un cul-de-sac. Il n’y a pas de jonction routière vers l’extrême sud du Chili, alors nous allons devoir refaire une bonne partie de la route en sens inverse. Certes, nous aurions pu tenter une succession de traversées en ferries, mais avec des horaires aléatoires, une prise en charge pas forcément systématique de véhicules du gabarit de Roberto. Mais notre ami franco-argentin Julian nous a suggéré, afin d’éviter 600 ou 700 km supplémentaires en sens inverse en Argentine, de prendre un ferry qui traversera les fjords chiliens pendant 2 jours et 3 nuits. Nous avons réservé ce trajet et l’attendons avec impatience. En attendant, nous remontons la route 3 avec sa pampa et ses guanacos, en repassant par Tolhuin et Rio Grande avant de refranchir dans l’autre sens la frontière de San Sebastian vers le Chili. Mais cette fois c’est pour de bon. Nous en avons terminé avec l’Argentine. Ne manquez pas les 2 trajets animés récapitulatifs du carrousel ci-dessous, le premier reprenant notre parcours argentin et l’autre l’ensemble de notre voyage depuis Montevideo.


    A bientôt au Chili !

  • 128. La Grèce de Corfou aux Météores

    Une fois n’est pas coutume, nous arrivons dans un nouveau pays via une île. En même temps, les îles, ce n’est pas ça qui manque en Grèce. Mais Corfou avait un côté mythique et romantique qui nous attirait. Sans parler du lien avec Achille…

    Premier contact corfiote.

    À peine débarqués à Corfou, nous sommes saisis par une avalanche de couleurs. Celles de l’eau bien sûr, qui nous rappellent celles de nos Caraïbes, mais aussi celles du décor à terre qui n’est pas en reste. Les maisons et les villages sont très fleuris par leurs habitants, mais la nature se débrouille pas mal toute seule et les bouillées multicolores des lauriers et des bougainvilliers parsèment la campagne sur un fond de cyprès, d’oliviers et de montagnes suffisamment élevées pour accrocher les nuages. La route côtière longe tantôt des rochers abrupts, tantôt d’adorables criques plus ou moins sablonneuses. Nous finissons par succomber au charme d’une plage de graviers blancs, peu fréquentée, et décidons d’y passer notre première nuit. Avec un superbe coucher de soleil à la clef.


    Prolongations

    Au petit matin, nous sommes seuls avec les voiliers ancrés dans la baie. L’eau est cristalline. Pourquoi bouger ? Rien ne presse ! Nous restons là toute la journée dans le secteur, profitant à la fois de cette plage agréable avec une eau pas trop fraîche et des sentiers de randonnée qui conduisent, à l’exclusion de toute route, à d’autres plages dans le coin. Croisant très peu de randonneurs, nous les pensions désertes, mais c’était sans compter sur l’accessibilité par la mer. De fait, elles étaient toutes occupées. Dont l’une par un de ces bateaux de croisière à la journée avec musique rythmée à fond, boissons à volonté et tous les cris qui vont avec. Beurk. Nous retrouvons avec bonheur notre petite plage pour une seconde nuit et ouvrons pour l’occasion notre bouteille d’ouzo.


    L’effet Ouzo

    Non ce n’est pas ce que vous croyez, nous n’avons abusé de cette boisson nationale grecque, un double distillat d’alcool neutre mélangé à divers aromates dont principalement l’anis. Incolore, le liquide prend un bel aspect blanc laiteux lorsqu’on y ajoute des glaçons et de l’eau. Cette transformation, liée à la précipitation des microgouttelettes d’huile essentielle d’anis dans l’eau, est appelée effet ouzo, même lorsqu’on l’obtient à partir du pastis, n’en déplaise aux Marseillais. Qui ne vont pas aimer non plus l’origine du nom : il serait lié aux inscriptions faites sur les caisses d’ouzo que l’on expédiait à Marseille « Uso Massalia » (à l’usage de Marseille). Et qui vont encore moins aimer, en adorateurs de leur savant fou, que ceux qui ont su résister à la tentation de l’hydroxychloroquine en se faisant vacciner ont pour la plupart profité de l’effet ouzo utilisé pour fabriquer les nano-vecteurs d’ARN messager anti Covid-19.


    Étapes sur la côte

    1. Le Cap Drastis

    Une avancée spectaculaire de falaises toutes blanches sur une mer bleu azur. L’accès par des routes étroites n’est pas si facile, surtout lorsque les gens s’y garent n’importe comment, mais le lieu est très photogénique.

    Toujours adeptes du synchronisme films ou séries / lieux visités, nous avons regardé La Folle Aventure des Durrell, l’histoire autobiographique d’une famille anglaise venue s’installer à Corfou, précisément dans le coin du Cap Drastis. Le ton est léger et humoristique, les personnages sont attachants. Surtout, l’ambiance de l’île est bien rendue. De quoi se détendre si l’été est pluvieux…


    2. La plage Saint-Stéphane

    Bien plus fréquentée que celle que nous avons quittée le matin. Nous y avons stationné sur le sable le temps d’une petite baignade. Bien qu’il soit étonnamment possible d’y rester la nuit, nous avons préféré la tranquillité d’un petit surplomb rocheux un peu plus loin.


    3. La baie Saint-Georges

    Une grande plage de galets et de sable aux eaux cristallines attirant beaucoup de familles, le bruit et les commerces qui vont avec. Mais vue de loin, c’est magnifique.


    4. Le petit village traditionnel de Krini

    C’est l’un des plus vieux villages de Corfou, avec sa typique place circulaire centrale où les habitants aiment se retrouver, voire s’asseoir des heures à regarder ce qui se passe. Souhaitant respecter leur intimité, nous n’avons pas fait de photo. Mais nous avons retrouvé la petite place est ses habitants sur Google Street View, dont le véhicule muni de caméras multiples a eu moins de scrupules. Imaginez tout de même que nous sommes passés là avec Roberto, en essayant de n’écraser personne !


    5. Le château byzantin d’Angelokastro

    On ne peut aller le voir qu’en traversant le village précédent. Il a fière allure, perché au sommet de son rocher. L’intérieur est plutôt en ruines mais offre un magnifique panorama sur la grande bleue 300 m au-dessous et sur le nord de l’île.


    6. La zone touristique de Paleokastritsa

    Elle est probablement l’un des endroits les plus spectaculaires de Corfou, avec ses criques turquoise entourées de collines vertes et fleuries. Avec la contrepartie d’une fréquentation maximum genre serviette contre serviette sur les plages et bouée contre bouée dans l’eau, sans parler de la circulation difficile. Nous nous sommes contentés d’admirer le paysage et de prendre quelques photos avant de fuir.


    7. Le raté des plages de Limni

    Ce sont deux plages jumelles qui se tournent le dos de part et d’autre d’un isthme. Aucune route n’y mène. On y accède soit par bateau, soit par un sentier très pentu. Le ciel devenant menaçant, nous nous garons au plus proche du sentier, dans le virage d’une route très peu fréquentée et remettons la balade au lendemain. Mais le temps n’était pas bien meilleur, alors nous nous sommes épargnés le sentier raide et devenu du coup potentiellement glissant. Nous avons repris la route.


    8. Un petit restau à Pelekas

    Nous étions venus dans ce petit village pour voir un panorama à 360° depuis l’observatoire du Kaiser. Mais le temps toujours grisâtre ne m’a pas donné envie d’immortaliser le paysage depuis cet endroit. Il nous  est resté le village, pas extraordinaire, mais doté de quelques restaurants dont l’un nous a donné envie de goûter à la cuisine grecque. Rien d’exceptionnel pour commencer, juste deux petites spécialités courantes mais surtout locales. C’est comme pour le ti ‘punch : il n’est jamais meilleur que consommé aux Antilles !


    9. L’Achilleion

    Elisabeth d’Autriche, la fameuse Sissi, était passionnée par la culture hellénique et notamment la mythologie. Son personnage préféré était Achille, auquel elle s’identifiait en raison de sa propre nature rebelle et indépendante. Lorsqu’après plusieurs drames familiaux et une sorte de road trip en Europe elle décida d’établir résidence à Corfou, c’est tout naturellement qu’elle dédia son palais au héros d’Homère, le baptisant Achilleion. Elle décora l’intérieur et le jardin de multiples œuvres d’art. Le premier étant en travaux, seul le second nous était accessible le jour de notre visite. Nous avons entre autres été impressionnés par la grande statue d’ »Achille triomphant » de 6 mètres de haut (11 m avec le piedestal). A ceux qui souhaiteraient savoir si Sissi a fini ses jours à Corfou, je dis non non non, elle est morte assassinée à Genève 7 ans après la fin de la construction de l’Achilleion.


    Visite de la ville de Corfou

    Corfou, comme Oléron, est la capitale de l’île éponyme. Reste à savoir qui a commencé le premier. La vieille ville, bien conservée ou restaurée, est un melting pot des influences des différents occupants des Vénitiens aux Grecs en passant par les Français et les Anglais. Récit en images.




    Passage en Grèce continentale

    Nous reprenons le ferry pour la ville d’Igoumenista. Cette fois le navire est de grande taille et Roberto n’a aucun mal à y rentrer, même si la marche arrière est encore de mise. Si la soute est quasi pleine de véhicules, les passagers sont en petit nombre. Comme si personne n’avait envie de quitter Corfou… Mais c’est que nous avons beaucoup de choses à voir, nous !


    Les montagnes du Nord-Ouest

    Dans la logique de l’itinéraire et parce que nous avons envie de prendre un peu le frais, nous nous dirigeons vers la région des Zagoria, toute proche de l’Albanie, alternant montagnes toutes vertes, vallées profondes et quantité de roches calcaires, le tout traversé par des petites routes étroites et particulièrement sinueuses.

    Notre première route, en cul-de-sac, nous amène aux villages de Micro Papigo et Mégalo Papigo, dont les maisons aux murs de roches calcaires et aux toits de lauzes sont typiques de la région, formant de beaux ensembles homogènes, entourés de falaises montagneuses impressionnantes. Entre les deux, nous passons la nuit près d’un petit canyon bordé de piscines naturelles, encore un peu fraîches pour la baignade au moment de notre visite.


    Nous gagnons ensuite les Gorges de Vikos, formant le canyon le plus profond du monde si l’on en croit l’inscription sur le Livre Guinness des Records. Dans ce cas précis, c’est en tenant compte de la profondeur (900m) proportionnée à sa largeur. Parce que le Grand Canyon dépasse tout de même les 1300m de profondeur si je ne m’abuse. A ce tarif là, Roberto est le plus vaillant fourgon du monde si l’on se limite aux Fiat Ducato bleu impérial ayant parcouru 32 pays en 3 ans avec 2 trous bleus au côté gauche (si vous avez envie de relire « Le baptême du van », cliquez ici). Mais revenons à notre canyon qui est tout de même assez impressionnant, surtout lorsque l’on s’avance jusqu’au bout de l’étroit chemin à flanc de falaise qui se termine dans le vide sans aucune protection.


    Sur la route du retour, nous nous arrêtons au bord d’une autre curiosité de la région : la forêt de pierre. En fait des colonnes de couches de calcaires empilées parsemant une vraie forêt. Curieusement l’endroit est moins visité que le belvédère du canyon, et nous le trouverons suffisamment calme pour y passer la nuit. Le terrain était en légère pente, mais autant dire que nous n’avons pas eu de mal à trouver de belles pierres plates pour horizontaliser Roberto. Beaucoup de voyageurs nomades transportent avec eux des cales à cet effet, mais c’est assez encombrant et nous nous accommodons volontiers d’inclinaisons jusqu’à environ 3%, d’autant que nous n’avons pas de frigo à gaz qui supporte mal les pentes.


    Perte de latin

    Une des grosses difficultés du voyage en Grèce est la langue. Pas tant l’oral, beaucoup de Grecs parlant Anglais, voire Français dans les lieux touristiques, que l’écrit qui apparaît pour nous comme des hiéroglyphes. La lecture des panneaux routiers est délicate. A la vue d’un panneau d’avertissement, nous nous demandons toujours sur quoi nous allons tomber, pourquoi pas sur une bombe nucléaire qui vient d’exploser, qui sait. Tout est possible ! Et nous ne pouvons même pas compter sur les cartes de Google Maps, envahies elles-aussi par les caractères grecs. Quant au traducteur de Google qui marche plutôt bien dans pas mal de langues, il apparaît ici assez limité. Bon, pour l’instant on se débrouille, mais nous avons totalement intégré l’expression « y perdre son latin » !


    Le tour de Jannine

    Ok, la ville s’appelle Ioannina, ce qui veut tout de même dire Jannine en Grec. Elle est située au bord du plus grand lac de la région, au niveau d’une péninsule de forme carrée que recouvre une citadelle. Une jolie route arborée longe le lac sur toute la limite de la ville, permettant aussi bien aux promeneurs et autres joggers de s’y promener qu’aux voitures de se garer à l’ombre. Et gratuitement qui plus est, comme cela semble être la règle dans la majorité du pays pour l’instant. Un très bon point pour la Grèce. La circulation, bien que raisonnable n’est pas compatible avec un bivouac, aussi nous prenons un peu de hauteur pour aller contempler la ville de haut et dormir au frais. Avec une vue splendide aussi bien à la nuit tombée qu’au petit matin. Le récit de nos visites – dont un superbe Musée de l’Orfèvrerie – en photos.



    Transition saisonnière

    Le printemps vient de se terminer, c’est l’occasion d’une petite pause florale avec nos dernières découvertes


    Incitation à fumer

    Encore une petite ville de montagne appelée Metsovo. Notre guide disait « Avant d’y arriver, vous sentirez peut-être un entêtant mélange de pin, de viande grillée et de feu de bois. Vous distinguerez ensuite des gracieux panaches de fumée s’élever au-dessus des toits de tuile (…) ». Eh bien c’était exactement ça ! La fumée au-dessus de chacun des restaurants alignés sur la rue principale semblait être la meilleure publicité du lieu. Plus ça fumait, plus grand était le nombre de gens attablés.

    Ce n’était pas l’heure du repas pour nous, alors nous nous sommes contentés de fouiner dans quelques boutiques, de découvrir quelques spécialités fromagères et liquoreuses locales, et d’aller jeter un œil à une galerie artistique qui nous en faisait, de l’œil. Bon, ça ne se raconte pas trop, ça, alors je vous ai préparé un petit jeu des légendes.

    a) Un bateau avec des Grecs ?
    b) La conquête du Péloponnèse ?
    c) Vacances en famille ?


    a) L’heure de l’insuline ?
    b) Bain oriental ?
    c) Le Hammam des Caryatides ?

    a) L’universalité de la sieste ?
    b) Homard m’a tuer ?
    c) Nature morte avec une femme ?


    a) Portrait de la Reine Deinej ?
    b) Portrait de la Reine Denim ?
    c) Portrait de la Reine Sofia ?


    a) Les ravages de la peste
    b) Les ravages de l’alcool
    c) Auto portrait

    Réponses (avec les auteurs)


    Compagnons d’abreuvoir

    Encore un petit bivouac sympathique, juste à côté d’abreuvoirs en pierre. Ça n’a pas manqué, un troupeau de chèvres est venu nous y retrouver. Et puis le fermier qui habite juste au-dessus. Nous pensions nous faire virer, mais c’était juste pour discuter. Avec l’aide pas terrible de Google Traduction car il ne parlait pas plus Anglais que nous Grec. Nous avons tenté de lui offrir un petit verre de liqueur locale, mais il nous a dit qu’il fallait qu’il aille travailler et que ça n’était pas raisonnable…


    Les Météores

    Un incontournable de la Grèce que nous ne pouvions manquer : sur la région d’un ancien delta se sont formées de multiples colonnes de grès pouvant aller jusqu’à 400m de hauteur. Au Xe siècle, des moines se sont dit qu’il n’y avait pas meilleur endroit pour s’isoler du monde et prier en paix. Ils avaient d’abord occupé des grottes, mais finirent par trouver le moyen d’ascensionner certains de ces pitons rocheux à l’aide de cordes et d’échelles. Et d’y bâtir des monastères pour tenir dans la durée et mieux se défendre. Certes l’approvisionnement et les déplacements étaient ardus, principalement basés sur des filets que l’on montait avec un treuil, hissant aussi bien de la nourriture que des humains. Sur plusieurs dizaines de constructions, seuls 6 monastères fonctionnent encore et sont accessibles à la visite. Compte-tenu de la réputation et de l’originalité du lieu, nous ne sommes évidemment pas seuls. Mais les cars de touristes se contentent des monastères les plus accessibles, c’est-à-dire avec le moins de marches. Ça reste un lieu magique, tant par le décor que par l’histoire.


    Le Monastère Varlaam, ci-dessous, porte le nom de l’ermite qui s’y installa pour la 1ère fois au XVe siècle. Malgré la petite chapelle et les quelques cellules qu’il avait aménagées, il y resta seul pendant 10 ans avant de mourir. Après plusieurs années d’inoccupation, deux frères vinrent s’y installer et transformer les lieux en profondeur grâce à des dons. Aujourd’hui on y trouve, outre le monastère, deux églises, un musée qui expose quelques œuvres d’art religieux et surtout explique les difficultés de la vie monacale dans les premiers temps.

    L’approvisionnement et l’accès se faisaient uniquement via un treuil et des filets, pour les marchandises comme pour les humains !

    C’est avec cette vue sur les Météores que s’achève ce premier chapitre sur la Grèce. Le pays est grand, nous avons encore beaucoup à découvrir. Et donc à partager. A bientôt !

    Le parcours correspondant à cet article, en version zoomable ici