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  • 170. Roberto en Bolivie

    170. Roberto en Bolivie

    Nous rêvions depuis longtemps de visiter ce pays, surtout après l’avoir approché de près lorsque nous étions sur la rive péruvienne du Lac Titicaca avec nos enfants en 2002. Quelquefois, la concrétisation des images que l’on se fait d’un pays n’est pas à la hauteur de l’idée qu’on s’en faisait. Les pénuries d’essence, les barrages routiers et l’état des routes (seulement 10% sont asphaltées) nous inquiètent aussi un peu. Alors la Bolivie va-t-elle nous séduire ou nous décevoir ? Nous allons bientôt le savoir.

    Carte du parcours correspondant à cet article
    Parcours correspondant à cet article, en version zoomable ici

    Sortir avant d’entrer

    Le poste frontière de Tambo Quemado semble d’emblée bien mieux organisé que celui qui nous avait tenu 6 heures deux semaines plus tôt. Les flux des camionneurs, des bus et des voitures particulières sont séparés dans des bâtiments différents. Une petite fiche en 6 étapes nous est remise au début, il suffit de valider chacune d’elles pour compléter le process. Et nous complèterons tout ça en 50 minutes, dont 30 pour le seul permis de circuler de Roberto en Bolivie. Nous entrons ainsi dans le pays 10 minutes AVANT d’avoir quitté le Chili, un miracle dû à la différence de fuseau horaire entre les deux pays.

    Document de passage de la frontière du Chili à la Bolivie
    Le document qui nous guide étape par étape à recueillir tous les coups de tampons nécessaires…

    Premières impressions

    Nous gagnons rapidement le village situé juste après la frontière pour tenter (en vain) d’y acquérir quelques fruits et légumes et acheter (avec succès) une carte SIM locale pour mon téléphone, SOSH ne couvrant pas la Bolivie. La puce me coûte 5 € (50 bob, la monnaie bolivienne au nom sympathique) et autant pour un forfait illimité de 12 jours que je pourrai renouveler si besoin. Plutôt pas cher. Déjà autour de nous, nous voyons circuler de nombreuses femmes en tenue traditionnelle avec chapeau rond, tresses et ample jupe plissée multicolore. Ça promet ! Côté paysage, bien que nous n’ayons fait que franchir un col, le changement est important aussi. Nous sommes dans l’altiplano, de grandes étendues planes entourées de superbes montagnes. Sur parfois un gazon vert tendre ou plus souvent des petits buissons en forme de flamme à perte de vue paissent tranquillement des centaines de lamas, vigognes ou alpagas. Avec beaucoup de petits qu’on aurait envie de prendre dans ses bras si ce n’était une certaine appréhension de la réaction haddockienne des parents. Et puis cet autre volcan majestueux, encore plus haut que le précédent avec ses 6 542m. Le Sajama est d’ailleurs le point culminant de la Bolivie. Nous nous arrêtons pour déjeuner dans un autre petit village appelé Lagunas, charmant avec son église de style andin sur sa place centrale. Et puis nous roulons vers notre prochaine destination : Oruro. La route est plutôt bonne et la portion qui n’était pas asphaltée s’avère cimentée. Nous ne sommes interrompus que par deux péages (environ 1 € à chaque fois) et un points de contrôle où il faudra montrer les tickets de péage. Heureusement que nous les avions gardés ! Nous terminons la journée sur un petit chemin de traverse dans une zone riche en cactus et en chullpas, les tours funéraires que construisaient les Aymaras pour abriter les restes momifiés de certains membres de leur communauté. Curieux petits édifices en adobe munis d’une porte triangulaire sur leur façade Est. Encore du typique. Au total de premières impressions trèèès favorables !


    Le soufflet retombe

    Nous arrivons à Oruro, la première grande ville depuis la frontière. Difficile d’ouvrir un guide ou un article qui ne parle pas majoritairement de son carnaval, un évènement majeur en Bolivie qui attire chaque année plus de 400 000 visiteurs. Et qui tombe la semaine prochaine. Ce qui pourrait paraître une bonne nouvelle n’en est pas une : la ville est en pleins préparatifs, avec installation en cours de nombreuses tribunes et échoppes qui prennent toutes les places de parking et rendent les rues du centre aussi bouchonnées que peu circulables, d’autant que beaucoup de monde est déjà arrivé. Après avoir tourné une bonne heure dans les embouteillages sans pouvoir nous stationner, nous avons renoncé à visiter Oruro. Les principales attractions de la ville sont inaccessibles et nous n’avons pas l’intention d’attendre 1 semaine pour voir ce carnaval. Si le côté pittoresque et culturel est indéniable, nous goûtons peu aux bains de foule et craignons les débordements et autres batailles d’eau qui accompagnent les festivités. Nous nous échappons du centre pour remplir le frigo et le réservoir de Roberto. Pas de supermarché ici, rien que des petites supérettes où manquent beaucoup des produits que nous consommons habituellement comme les yaourts et les fruits par exemple. Quant au carburant, nous n’en trouverons qu’à la 4ème station-service testée, les précédentes, outre une file d’attente impressionnante, n’avaient pas ou plus de diesel. Mais la dernière a été la bonne, ouf !

    Nous prenons la direction de Potosi, au Sud du pays. Et là encore, ça ne se passe pas très bien, une longue portion de route (30 km peut-être) s’avère être une déviation en terre suivant en parallèle la nationale en cours de réfection. Pour couronner le tout, le ciel est gris et fréquemment pluvieux. Demain sera un autre jour ?


    Notre premier marché

    Découvert par hasard dans la petite ville de Challapata où nous avons fait étape pour la nuit, il nous réconcilie d’emblée avec le pays. Pittoresque, coloré, animé, c’est un enchantement et un dépaysement total, grâce notamment aux cholitas, ces femmes boliviennes qui ont su garder leur tenue traditionnelle : petit chapeau rond, tresses, vêtements multicolores tissés et triple ou quadruple jupon de laine qui leur donne une allure inimitable. Cela nous rappelle un peu le Guatemala, où les tenues permettaient d’identifier, sinon l’ethnie, le village d’origine de ces femmes, et ceci hors de toute pression touristique.


    La feuille de coca en symbole national

    Dans ce marché et dans d’autres après, un commerce insolite est très répandu : celui de la feuille de coca disponible dans de gros sacs en toile de jute parfois ornés de tissus aux motifs autochtones, que les vendeurs détaillent en sacs plastiques comme ceux que l’on trouve de moins en moins dans nos supermarchés. La production, la vente et l’usage de la coca sont autorisés en Bolivie, mentionnés dans la constitution et encadrés par une loi de 2017 sous l’impulsion du président d’alors Evo Morales, lui-même président du puissant syndicat des producteurs de coca. Outre le côté traditionnel et culturel qui remonte aux Incas, mastiquer des feuilles de coca aide les travailleurs à trouver le surplus l’énergie nécessaire dans les environnements de haute altitude où l’oxygène est raréfié. Accessoirement, les tourismes en consomment pour prévenir ou soigner le mal des montagnes ou plus simplement pour donner l’air de s’encanailler. La tradition c’est tout à fait honorable, d’autant que la plante à l’état naturel ne crée apparemment pas de dépendance. Le seul problème est que 2/3 de la production est transformé en cocaïne.

    On trouve parallèlement sur les marchés des vendeurs de lepta, une pâte de chaux et de cendres présentée en petits bâtonnets ou galettes séchées, qui aide à donner une consistance plus homogène à la chique de feuilles de coca.

    NB. La boisson Coca Cola ne contient plus de cocaïne depuis 1929. La Bolivie en consommerait curieusement moins que les Européens alors que plusieurs pays d’Amérique latine sont dans le peloton de tête. Le premier consommateur mondial est le Mexique avec 200 litres par habitant et par an, devant le Chili et l’Argentine (130 l), les États-Unis (100l). À côté, la France est plutôt sobre en Coca (23 l) mais ça reste énorme.


    Encore un environnement spectaculaire

    À partir de Challapata, la route s’embellit de kilomètre en kilomètre. Les montagnes prennent de jolies couleurs. Les lamas nous saluent du bord des routes où ils se rassemblent comme si la végétation avait précisément là bien meilleur goût que quelques mètres en retrait, au point de justifier le danger de se faire renverser à tout moment. Des murets de pierres dessinent de jolis motifs géométriques sur les reliefs, sans doute placés là pour délimiter des parcs à animaux d’élevage, ce que nous n’avons pu confirmer qu’une seule fois malgré la multitude des emplacements observés. Peut-être qu’ils étaient davantage utilisés par les autochtones avant qu’ils ne subissent la pression espagnole ? Et puis nous voyons pas mal de petites maisons en adobe, la construction par excellence à la campagne. Beaucoup semblent inhabitées d’ailleurs, mais il est vrai qu’une maison en adobe, soit ça s’entretient, soit ça se jette… Dans certains villages traversés, nous avons pu observer des danses traditionnelles animées par quelques musiciens. Ce serait assez courant. Ambiance typique garantie en tout cas.


    L’œil était dans la tombe…

    Toujours dans cette région aux superbes montagnes multicolores, nous approchons d’un lieu un peu particulier appelé « l’œil de l’Inca ». Il s’agit d’un tout petit lac circulaire d’à peine 100 m de diamètre au fond duquel jaillit une source chaude. Un chef Inca aurait découvert le lieu au XIVe siècle et s’y serait baigné pour soulager quelque problème de santé. C’est après cette visite qu’il aurait fait retravailler les berges du lac pour qu’elles forment un cercle presque parfait, digne de convertir l’endroit en lieu de culte de la Pachamama et autres divinités inca. Voilà pourquoi l’œil de l’Inca surveille maintenant tous ceux qui passent. C’est peut-être lui qui génère régulièrement des tourbillons qui aspirent régulièrement des touristes venus profiter de l’eau à 30°C. Après quelques décès par noyade, le lieu est désormais interdit à la baignade et le gardien se targue d’un diplôme de maître-nageur sauveteur. Deux précautions valent mieux qu’une !


    Potosi, première ville du capitalisme

    Ce n’est pas moi qui le dis, c’est un professeur d’anthropologie qui a qualifié ainsi la plus célèbre ville minière de Bolivie. Car dès la fin du XVIe siècle, ce qui était alors le plus grand gisement d’argent du monde, exploité par l’Espagne impériale grâce au travail forcé des esclaves Quechua et africains, a financé la conquête du Nouveau Monde et alimenté la Renaissance européenne. Dès 1600, l’argent bolivien avait multiplié par 8 la masse monétaire en circulation en Europe. Cet afflux massif a malheureusement (pour la ville et pour les Espagnols) entraîné un déclin économique rapide au XVIIe siècle, aggravé par le fait que l’épuisement des filons de surface, les plus accessibles, rendait l’exploitation plus compliquée. La mine est toujours en activité bien que de façon moins effrénée qu’auparavant et curieusement exploitée par des Quechua malgré les millions de leurs ancêtres engloutis dans les entrailles du Cerro Rico (la montagne riche). Après avoir lu les conditions difficiles et dangereuses de la visite, appréhendé le côté voyeur et intrusif dès lors que l’on s’introduit dans une entreprise en activité, nous avons renoncé à visiter la mine. Mais Potosi a beaucoup d’autres attraits. Le déclin économique a figé la ville dans son architecture coloniale espagnole avec les beaux bâtiments construits par tout ceux qui vivaient de la ruée vers l’argent et les 33 couvents et églises dans lesquels ils venaient prier pour que ça continue. Tout ça est classé au patrimoine mondial de l’UNESCO.

    Le minerai d’argent qui a fait la fortune de Potosi, de l’Europe et des USA

    La Casa de la Moneda

    La Casa de la Moneda est un incontournable de la visite de Potosi. Un quart de la production de la mine d’argent, soit environ 10 000 tonnes par an, y était dirigé pour y être frappé en monnaie. Une visite guidée, aussi encadrée que s’il s’agissait de la Casa de Papel madrilène, nous montre les différentes étapes de la fabrication des pièces au cours des siècles. À commencer par les gigantesques fours aux plafonds encore tout noircis par le traitement du minerai et tous les moules qui servaient à couler les lingots. Et puis les ateliers, où jusqu’en 1773, les pièces étaient frappées une par une à coup de marteau (c’est de là que vient l’expression…). Et encore les imposants laminoirs qui transformaient les lingots en feuilles d’argent d’1 mm d’épaisseur grâce à des engrenages en bois de chêne entraînés par des chevaux en sous-sol. On nous montre bien entendu la progression technologique de la fabrication avec l’avènement de la vapeur puis de l’électricité. Aujourd’hui, c’est toujours à Potosi qu’est fabriquée la monnaie bolivienne, mais dans un autre lieu. La Casa de la Moneda en tant que musée expose aussi des peintres locaux, une salle de numismatique et une autre de minéralogie.


    Quand l’actualité nous rattrape…

    En 2026, la production des pièces de monnaie boliviennes est toujours localisée à Potosi, mais dans un autre endroit. Les billets de banque quant à eux sont imprimés à Santa Cruz, une autre grande ville du pays. Et l’on vient d’en entendre parler avec cet avion militaire qui, lors de sa livraison à la banque centrale de La Paz, s’est crashé à l’atterrissage, éparpillant son chargement de billets. Inutile de dire que la police a eu un peu de mal à disperser les curieux !


    Balade en ville

    Nous flânons bien sûr dans les rues de la ville, appréciant les façades blanches, les portails baroques, les balcons et fenêtres en encorbellement, les multiples églises et le marché. Au-delà du centre historique, on aperçoit les maisons en briques et couvertes de tôle des mineurs et du « petit peuple », ainsi que les sommets environnants dont le célèbre Cerro Rico qui contiendrait encore suffisamment d’argent pour assurer 6 ans de PIB à la Bolivie. Faut-il aller le chercher.


    Un privilège partagé avec Sao Paulo

    Dans toute l’Amérique du Sud, seules deux villes partagent un privilège très spécial : Potosi et Sao Paulo. Toutes deux et seulement elles ont été « envahies » par notre artiste français Invader. C’est-à-dire qu’il y a apposé un certain nombre de mosaïques dans les rues sur le thème de base des Space Invaders mais généralement personnalisé pour chaque ville. Si vous êtes lecteur(trice) régulier(ère) du blog, vous savez que Claudie et moi faisons partie des chasseurs de ces œuvres d’art, utilisant notamment l’application dédiée. C’est en 2022 que Invader s’est rendu à Potosi pour y installer 53 de ses œuvres, dont la 4000ème de sa carrière, un symbole pour une ville située à 4000m d’altitude. Nous nous sommes contentés d’en flasher une douzaine, ce qui n’est pas si mal. Nous avons apprécié d’y retrouver les éléments caractéristiques de Potosi : Cerro Rico, condors, cholitas, mineurs, lamas, etc.


    Sucre

    La ville de Sucre vue des toits de la cathédrale
    La ville de Sucre vue des toits de la cathédrale

    Voilà une ville considérée par beaucoup comme la plus belle de Bolivie, et la pompiste avec qui j’ai causé un peu pendant mon plein de diesel n’a pas démenti. Mais elle était peut-être d’ici… Sucre (prononcer soucré) a été la première capitale du pays, ayant été la première ville à obtenir son indépendance de l’empire espagnol. Devenue riche grâce à sa voisine Potosi, grand centre intellectuel et culturel, elle était le lieu idéal pour que les révolutionnaires développent leur idéaux d’émancipation. Ce qui fut obtenu le 25 mai 1809, grâce notamment aux actions guerrières du maréchal …Sucre. La capitale fut transférée à La Paz 90 ans plus tard, mais Sucre a gardé un statut de capitale constitutionnelle et juridique. La ville a gardé de cette période faste tout le charme de l’architecture coloniale espagnole mélangée à des styles empruntés aux européens et aux nord-américains. Nous avons consacré plusieurs jours à la visite, profitant par ailleurs d’un climat idéal, chaud et ensoleillé le jour, frais la nuit grâce aux 2700m d’altitude. Ci-dessous quelques photos commentées d’une partie de nos découvertes.

    La ville blanche


    Sucre d’art


    Un cimetière touristique

    On met un peu à part la visite du cimetière général de Sucre, une sorte de ville dans la ville qui en reproduit toutes les particularités, souvent même en mieux : rues et avenues tracées au cordeau, végétation abondante et bien entretenue, chapelles et mausolées plus somptueux que la plupart des habitations de la ville. De la ville on reproduit ici hélas aussi les inégalités criantes : les défunts riches sommeillent pour toujours à l’aise dans de larges et beaux bâtiments, tandis que les pauvres sont entassés dans des caveaux familiaux disposés dans des sortes d’HLM en béton bordant des ruelles étroites. Même dans la pauvreté on fait des distinctions avec le coffre vitré apposé en façade, au cadre zingué à doré en fonction des revenus et dont le contenu censé évoquer la mémoire du défunt varie énormément selon le niveau social antérieur de celui-ci. A noter que les Boliviens procèdent en 2 étapes pour les sépultures : d’abord un enterrement comme en majorité chez nous, puis une exhumation du corps 10 jours après pour une incinération. Les urnes peuvent se retrouver dans les petits coffres mais pas toujours.


    C’en est terminé pour la visite de la capitale administrative de la Bolivie. Nous avons bien apprécié ces quelques jours de visite. Nous allons repartir maintenant vers le Nord du pays, tout en restant dans l’Altiplano. Nous n’envisageons pas à ce point d’aller du côté de l’Amazonie. Mais tout peut toujours changer !

    Hasta luego !

  • 128. La Grèce de Corfou aux Météores

    Une fois n’est pas coutume, nous arrivons dans un nouveau pays via une île. En même temps, les îles, ce n’est pas ça qui manque en Grèce. Mais Corfou avait un côté mythique et romantique qui nous attirait. Sans parler du lien avec Achille…

    Premier contact corfiote.

    À peine débarqués à Corfou, nous sommes saisis par une avalanche de couleurs. Celles de l’eau bien sûr, qui nous rappellent celles de nos Caraïbes, mais aussi celles du décor à terre qui n’est pas en reste. Les maisons et les villages sont très fleuris par leurs habitants, mais la nature se débrouille pas mal toute seule et les bouillées multicolores des lauriers et des bougainvilliers parsèment la campagne sur un fond de cyprès, d’oliviers et de montagnes suffisamment élevées pour accrocher les nuages. La route côtière longe tantôt des rochers abrupts, tantôt d’adorables criques plus ou moins sablonneuses. Nous finissons par succomber au charme d’une plage de graviers blancs, peu fréquentée, et décidons d’y passer notre première nuit. Avec un superbe coucher de soleil à la clef.


    Prolongations

    Au petit matin, nous sommes seuls avec les voiliers ancrés dans la baie. L’eau est cristalline. Pourquoi bouger ? Rien ne presse ! Nous restons là toute la journée dans le secteur, profitant à la fois de cette plage agréable avec une eau pas trop fraîche et des sentiers de randonnée qui conduisent, à l’exclusion de toute route, à d’autres plages dans le coin. Croisant très peu de randonneurs, nous les pensions désertes, mais c’était sans compter sur l’accessibilité par la mer. De fait, elles étaient toutes occupées. Dont l’une par un de ces bateaux de croisière à la journée avec musique rythmée à fond, boissons à volonté et tous les cris qui vont avec. Beurk. Nous retrouvons avec bonheur notre petite plage pour une seconde nuit et ouvrons pour l’occasion notre bouteille d’ouzo.


    L’effet Ouzo

    Non ce n’est pas ce que vous croyez, nous n’avons abusé de cette boisson nationale grecque, un double distillat d’alcool neutre mélangé à divers aromates dont principalement l’anis. Incolore, le liquide prend un bel aspect blanc laiteux lorsqu’on y ajoute des glaçons et de l’eau. Cette transformation, liée à la précipitation des microgouttelettes d’huile essentielle d’anis dans l’eau, est appelée effet ouzo, même lorsqu’on l’obtient à partir du pastis, n’en déplaise aux Marseillais. Qui ne vont pas aimer non plus l’origine du nom : il serait lié aux inscriptions faites sur les caisses d’ouzo que l’on expédiait à Marseille « Uso Massalia » (à l’usage de Marseille). Et qui vont encore moins aimer, en adorateurs de leur savant fou, que ceux qui ont su résister à la tentation de l’hydroxychloroquine en se faisant vacciner ont pour la plupart profité de l’effet ouzo utilisé pour fabriquer les nano-vecteurs d’ARN messager anti Covid-19.


    Étapes sur la côte

    1. Le Cap Drastis

    Une avancée spectaculaire de falaises toutes blanches sur une mer bleu azur. L’accès par des routes étroites n’est pas si facile, surtout lorsque les gens s’y garent n’importe comment, mais le lieu est très photogénique.

    Toujours adeptes du synchronisme films ou séries / lieux visités, nous avons regardé La Folle Aventure des Durrell, l’histoire autobiographique d’une famille anglaise venue s’installer à Corfou, précisément dans le coin du Cap Drastis. Le ton est léger et humoristique, les personnages sont attachants. Surtout, l’ambiance de l’île est bien rendue. De quoi se détendre si l’été est pluvieux…


    2. La plage Saint-Stéphane

    Bien plus fréquentée que celle que nous avons quittée le matin. Nous y avons stationné sur le sable le temps d’une petite baignade. Bien qu’il soit étonnamment possible d’y rester la nuit, nous avons préféré la tranquillité d’un petit surplomb rocheux un peu plus loin.


    3. La baie Saint-Georges

    Une grande plage de galets et de sable aux eaux cristallines attirant beaucoup de familles, le bruit et les commerces qui vont avec. Mais vue de loin, c’est magnifique.


    4. Le petit village traditionnel de Krini

    C’est l’un des plus vieux villages de Corfou, avec sa typique place circulaire centrale où les habitants aiment se retrouver, voire s’asseoir des heures à regarder ce qui se passe. Souhaitant respecter leur intimité, nous n’avons pas fait de photo. Mais nous avons retrouvé la petite place est ses habitants sur Google Street View, dont le véhicule muni de caméras multiples a eu moins de scrupules. Imaginez tout de même que nous sommes passés là avec Roberto, en essayant de n’écraser personne !


    5. Le château byzantin d’Angelokastro

    On ne peut aller le voir qu’en traversant le village précédent. Il a fière allure, perché au sommet de son rocher. L’intérieur est plutôt en ruines mais offre un magnifique panorama sur la grande bleue 300 m au-dessous et sur le nord de l’île.


    6. La zone touristique de Paleokastritsa

    Elle est probablement l’un des endroits les plus spectaculaires de Corfou, avec ses criques turquoise entourées de collines vertes et fleuries. Avec la contrepartie d’une fréquentation maximum genre serviette contre serviette sur les plages et bouée contre bouée dans l’eau, sans parler de la circulation difficile. Nous nous sommes contentés d’admirer le paysage et de prendre quelques photos avant de fuir.


    7. Le raté des plages de Limni

    Ce sont deux plages jumelles qui se tournent le dos de part et d’autre d’un isthme. Aucune route n’y mène. On y accède soit par bateau, soit par un sentier très pentu. Le ciel devenant menaçant, nous nous garons au plus proche du sentier, dans le virage d’une route très peu fréquentée et remettons la balade au lendemain. Mais le temps n’était pas bien meilleur, alors nous nous sommes épargnés le sentier raide et devenu du coup potentiellement glissant. Nous avons repris la route.


    8. Un petit restau à Pelekas

    Nous étions venus dans ce petit village pour voir un panorama à 360° depuis l’observatoire du Kaiser. Mais le temps toujours grisâtre ne m’a pas donné envie d’immortaliser le paysage depuis cet endroit. Il nous  est resté le village, pas extraordinaire, mais doté de quelques restaurants dont l’un nous a donné envie de goûter à la cuisine grecque. Rien d’exceptionnel pour commencer, juste deux petites spécialités courantes mais surtout locales. C’est comme pour le ti ‘punch : il n’est jamais meilleur que consommé aux Antilles !


    9. L’Achilleion

    Elisabeth d’Autriche, la fameuse Sissi, était passionnée par la culture hellénique et notamment la mythologie. Son personnage préféré était Achille, auquel elle s’identifiait en raison de sa propre nature rebelle et indépendante. Lorsqu’après plusieurs drames familiaux et une sorte de road trip en Europe elle décida d’établir résidence à Corfou, c’est tout naturellement qu’elle dédia son palais au héros d’Homère, le baptisant Achilleion. Elle décora l’intérieur et le jardin de multiples œuvres d’art. Le premier étant en travaux, seul le second nous était accessible le jour de notre visite. Nous avons entre autres été impressionnés par la grande statue d’ »Achille triomphant » de 6 mètres de haut (11 m avec le piedestal). A ceux qui souhaiteraient savoir si Sissi a fini ses jours à Corfou, je dis non non non, elle est morte assassinée à Genève 7 ans après la fin de la construction de l’Achilleion.


    Visite de la ville de Corfou

    Corfou, comme Oléron, est la capitale de l’île éponyme. Reste à savoir qui a commencé le premier. La vieille ville, bien conservée ou restaurée, est un melting pot des influences des différents occupants des Vénitiens aux Grecs en passant par les Français et les Anglais. Récit en images.




    Passage en Grèce continentale

    Nous reprenons le ferry pour la ville d’Igoumenista. Cette fois le navire est de grande taille et Roberto n’a aucun mal à y rentrer, même si la marche arrière est encore de mise. Si la soute est quasi pleine de véhicules, les passagers sont en petit nombre. Comme si personne n’avait envie de quitter Corfou… Mais c’est que nous avons beaucoup de choses à voir, nous !


    Les montagnes du Nord-Ouest

    Dans la logique de l’itinéraire et parce que nous avons envie de prendre un peu le frais, nous nous dirigeons vers la région des Zagoria, toute proche de l’Albanie, alternant montagnes toutes vertes, vallées profondes et quantité de roches calcaires, le tout traversé par des petites routes étroites et particulièrement sinueuses.

    Notre première route, en cul-de-sac, nous amène aux villages de Micro Papigo et Mégalo Papigo, dont les maisons aux murs de roches calcaires et aux toits de lauzes sont typiques de la région, formant de beaux ensembles homogènes, entourés de falaises montagneuses impressionnantes. Entre les deux, nous passons la nuit près d’un petit canyon bordé de piscines naturelles, encore un peu fraîches pour la baignade au moment de notre visite.


    Nous gagnons ensuite les Gorges de Vikos, formant le canyon le plus profond du monde si l’on en croit l’inscription sur le Livre Guinness des Records. Dans ce cas précis, c’est en tenant compte de la profondeur (900m) proportionnée à sa largeur. Parce que le Grand Canyon dépasse tout de même les 1300m de profondeur si je ne m’abuse. A ce tarif là, Roberto est le plus vaillant fourgon du monde si l’on se limite aux Fiat Ducato bleu impérial ayant parcouru 32 pays en 3 ans avec 2 trous bleus au côté gauche (si vous avez envie de relire « Le baptême du van », cliquez ici). Mais revenons à notre canyon qui est tout de même assez impressionnant, surtout lorsque l’on s’avance jusqu’au bout de l’étroit chemin à flanc de falaise qui se termine dans le vide sans aucune protection.


    Sur la route du retour, nous nous arrêtons au bord d’une autre curiosité de la région : la forêt de pierre. En fait des colonnes de couches de calcaires empilées parsemant une vraie forêt. Curieusement l’endroit est moins visité que le belvédère du canyon, et nous le trouverons suffisamment calme pour y passer la nuit. Le terrain était en légère pente, mais autant dire que nous n’avons pas eu de mal à trouver de belles pierres plates pour horizontaliser Roberto. Beaucoup de voyageurs nomades transportent avec eux des cales à cet effet, mais c’est assez encombrant et nous nous accommodons volontiers d’inclinaisons jusqu’à environ 3%, d’autant que nous n’avons pas de frigo à gaz qui supporte mal les pentes.


    Perte de latin

    Une des grosses difficultés du voyage en Grèce est la langue. Pas tant l’oral, beaucoup de Grecs parlant Anglais, voire Français dans les lieux touristiques, que l’écrit qui apparaît pour nous comme des hiéroglyphes. La lecture des panneaux routiers est délicate. A la vue d’un panneau d’avertissement, nous nous demandons toujours sur quoi nous allons tomber, pourquoi pas sur une bombe nucléaire qui vient d’exploser, qui sait. Tout est possible ! Et nous ne pouvons même pas compter sur les cartes de Google Maps, envahies elles-aussi par les caractères grecs. Quant au traducteur de Google qui marche plutôt bien dans pas mal de langues, il apparaît ici assez limité. Bon, pour l’instant on se débrouille, mais nous avons totalement intégré l’expression « y perdre son latin » !


    Le tour de Jannine

    Ok, la ville s’appelle Ioannina, ce qui veut tout de même dire Jannine en Grec. Elle est située au bord du plus grand lac de la région, au niveau d’une péninsule de forme carrée que recouvre une citadelle. Une jolie route arborée longe le lac sur toute la limite de la ville, permettant aussi bien aux promeneurs et autres joggers de s’y promener qu’aux voitures de se garer à l’ombre. Et gratuitement qui plus est, comme cela semble être la règle dans la majorité du pays pour l’instant. Un très bon point pour la Grèce. La circulation, bien que raisonnable n’est pas compatible avec un bivouac, aussi nous prenons un peu de hauteur pour aller contempler la ville de haut et dormir au frais. Avec une vue splendide aussi bien à la nuit tombée qu’au petit matin. Le récit de nos visites – dont un superbe Musée de l’Orfèvrerie – en photos.



    Transition saisonnière

    Le printemps vient de se terminer, c’est l’occasion d’une petite pause florale avec nos dernières découvertes


    Incitation à fumer

    Encore une petite ville de montagne appelée Metsovo. Notre guide disait « Avant d’y arriver, vous sentirez peut-être un entêtant mélange de pin, de viande grillée et de feu de bois. Vous distinguerez ensuite des gracieux panaches de fumée s’élever au-dessus des toits de tuile (…) ». Eh bien c’était exactement ça ! La fumée au-dessus de chacun des restaurants alignés sur la rue principale semblait être la meilleure publicité du lieu. Plus ça fumait, plus grand était le nombre de gens attablés.

    Ce n’était pas l’heure du repas pour nous, alors nous nous sommes contentés de fouiner dans quelques boutiques, de découvrir quelques spécialités fromagères et liquoreuses locales, et d’aller jeter un œil à une galerie artistique qui nous en faisait, de l’œil. Bon, ça ne se raconte pas trop, ça, alors je vous ai préparé un petit jeu des légendes.

    a) Un bateau avec des Grecs ?
    b) La conquête du Péloponnèse ?
    c) Vacances en famille ?


    a) L’heure de l’insuline ?
    b) Bain oriental ?
    c) Le Hammam des Caryatides ?

    a) L’universalité de la sieste ?
    b) Homard m’a tuer ?
    c) Nature morte avec une femme ?


    a) Portrait de la Reine Deinej ?
    b) Portrait de la Reine Denim ?
    c) Portrait de la Reine Sofia ?


    a) Les ravages de la peste
    b) Les ravages de l’alcool
    c) Auto portrait

    Réponses (avec les auteurs)


    Compagnons d’abreuvoir

    Encore un petit bivouac sympathique, juste à côté d’abreuvoirs en pierre. Ça n’a pas manqué, un troupeau de chèvres est venu nous y retrouver. Et puis le fermier qui habite juste au-dessus. Nous pensions nous faire virer, mais c’était juste pour discuter. Avec l’aide pas terrible de Google Traduction car il ne parlait pas plus Anglais que nous Grec. Nous avons tenté de lui offrir un petit verre de liqueur locale, mais il nous a dit qu’il fallait qu’il aille travailler et que ça n’était pas raisonnable…


    Les Météores

    Un incontournable de la Grèce que nous ne pouvions manquer : sur la région d’un ancien delta se sont formées de multiples colonnes de grès pouvant aller jusqu’à 400m de hauteur. Au Xe siècle, des moines se sont dit qu’il n’y avait pas meilleur endroit pour s’isoler du monde et prier en paix. Ils avaient d’abord occupé des grottes, mais finirent par trouver le moyen d’ascensionner certains de ces pitons rocheux à l’aide de cordes et d’échelles. Et d’y bâtir des monastères pour tenir dans la durée et mieux se défendre. Certes l’approvisionnement et les déplacements étaient ardus, principalement basés sur des filets que l’on montait avec un treuil, hissant aussi bien de la nourriture que des humains. Sur plusieurs dizaines de constructions, seuls 6 monastères fonctionnent encore et sont accessibles à la visite. Compte-tenu de la réputation et de l’originalité du lieu, nous ne sommes évidemment pas seuls. Mais les cars de touristes se contentent des monastères les plus accessibles, c’est-à-dire avec le moins de marches. Ça reste un lieu magique, tant par le décor que par l’histoire.


    Le Monastère Varlaam, ci-dessous, porte le nom de l’ermite qui s’y installa pour la 1ère fois au XVe siècle. Malgré la petite chapelle et les quelques cellules qu’il avait aménagées, il y resta seul pendant 10 ans avant de mourir. Après plusieurs années d’inoccupation, deux frères vinrent s’y installer et transformer les lieux en profondeur grâce à des dons. Aujourd’hui on y trouve, outre le monastère, deux églises, un musée qui expose quelques œuvres d’art religieux et surtout explique les difficultés de la vie monacale dans les premiers temps.

    L’approvisionnement et l’accès se faisaient uniquement via un treuil et des filets, pour les marchandises comme pour les humains !

    C’est avec cette vue sur les Météores que s’achève ce premier chapitre sur la Grèce. Le pays est grand, nous avons encore beaucoup à découvrir. Et donc à partager. A bientôt !

    Le parcours correspondant à cet article, en version zoomable ici