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  • 171. En remontant l’Altiplano

    171. En remontant l’Altiplano

    Ayant décidé de mettre de côté les plaines amazoniennes de la Bolivie, nous poursuivons notre traversée de l’Altiplano, le plus haut plateau habité du monde situé entre 3000 et 4000m d’altitude, coincé entre deux chaines de la Cordillère des Andes. Nous y croiserons deux villes importantes du pays, Cochabamba et La Paz, avant de terminer notre parcours bolivien par le Lac Titicaca.

    Le parcours correspondant à cet article, inhabituellement sur une carte en relief pour mieux visualiser l’Altiplano. En version zoomable ici
    J’ai photographié cette carte dans un musée. En version coupe, elle montre bien aussi la situation particulière de ce haut plateau

    Arrêt au Parc Crétacé

    Dans Sucre, on voit des effigies de dinosaures partout. C’est qu’en 1994, les engins de chantier d’une cimenterie au nord de la ville ont dégagé fortuitement tout un pan de montagne recelant, après avis des scientifiques bien sûr, plus de 12000 empreintes de ces sauriens préhistoriques. Soit le plus grand site mondial. La plus longue trace de pas atteint 347m, également un record. Elle est le fait d’un bébé T. rex qui a marché là il y a 68 millions d’années, alors que le sol était plat – une grande baie en bord de mer. Lorsque la Cordillère des Andes s’est formée, cette plage devenue pierre a formé la pente que l’on connaît aujourd’hui et qui a fini par dévoiler ses secrets en s’érodant. Sous pression de la ville, la cimenterie a dû aménager des visites guidées, tout en étant gênée dans son activité. Poursuivant des dynamitages proches de la paroi, elle serait responsable d’un glissement de terrain qui aurait entraîné la disparition d’une cinquantaine d’empreintes. Précisément 48 grand pas perdus pour l’humanité.


    Un vieux caoutchouc

    Nous nous garons pour la nuit près du lit d’une rivière à 90% asséchée. De la fenêtre de Roberto, nous pouvons apercevoir la cime d’un arbre de belle taille. C’est un caoutchouc tricentenaire (Ficus elastica) qui possède non seulement une belle envergure, 30m de haut, 20m de large, mais aussi de superbes racines en volutes rayonnant sur une quinzaine de mètres. Leur hauteur atteint les 4m près du tronc, ce qui est plutôt peu commun. C’est un agriculteur qui nous permet de visiter, moyennant 50 centimes d’euro par personne, l’arbre âgé aujourd’hui de 330 ans (daté au carbone 14 !) dans le champ qu’il a acquis en 1994. Le précédent propriétaire, un ancien président de la Bolivie, possédait pas mal de terres dans la région, qu’il a décidé de vendre en lots sans avoir évalué précisément la valeur de celui-ci. Pour un homme politique, rien d’étonnant !


    Le musée du charango

    Moi non plus je ne savais pas de quoi il s’agit. Mais je ne suis pas musicien. Le charango est une sorte de petite guitare typique d’Amérique du Sud. Il a été conçu par les amérindiens qui ont adapté à leurs sonorités favorites les guitares et autres vielles importées par les conquistadors. Mais comme ces derniers leur interdisaient la pratique des instruments à cordes, ils ont fabriqué des modèles miniatures qu’ils pouvaient dissimuler plus facilement. Un petit musée de la ville d’Aiquile collectionne des merveilles de réalisation de ces instruments. Elle en façonne environ 400 par an et organise en novembre de chaque année à la fois un concours du plus beau charango et un festival de musique dédié à l’instrument. Du fait du concours, des modèles extraordinaires sont réalisés et exposés ici, soit par la qualité de leur fabrication dans une pièce de bois taillée dans la masse, soit par les motifs qui sont gravés ou collés sur la coque. A noter que les charangos les plus anciens étaient réalisés à partir de la carapace d’un tatou local. Les exigences de protection de l’espèce ont fait abandonner cette pratique.

    A titre anecdotique, nous nous sommes présentés pour visiter le musée un samedi, le seul jour de fermeture, ce que nous ignorions. Un passant nous a aidé à téléphoner au conservateur qui a accepté d’ouvrir l’établissement un peu plus tard rien que pour nous ! Et ce passant était un chanteur de musique folklorique bolivienne. Vous trouverez ci-après 2 vidéos YouTube, l’une relatant son parcours musical et l’autre étant un clip d’une de ses chansons. Bon visionnage !


    Dormir sur un terrain de foot

    Perché sur un plateau à 3000m d’altitude, ce terrain de foot apparemment désaffecté, recommandé par d’autres voyageurs dans notre application iOverlander, nous tendait les bras. Avec un bel environnement montagneux et floral. J’ai encore découvert de nouvelles espèces d’ailleurs. Rester dormir sur un terrain de foot dans la nuit du samedi au dimanche paraissait un peu risqué. Mais nous avons passé une nuit super tranquille.


    Cochabamba

    Nous sommes là dans la 3ème ville de Bolivie, avoisinant le million d’habitants. L’altitude modérée (2800m, tout est relatif dans ce pays !) et le climat doux et ensoleillé toute l’année en font un lieu agréable à vivre, tout en favorisant l’agriculture : Cochabamba est le grenier de tous les Boliviens.

    a) Le Christ de la Concorde

    Partant un peu vite du Brésil, nous avions raté le Christ Rédempteur de Rio de Janeiro, mais celui de Cochabamba est encore plus grand : 34,20m de hauteur contre 33 pour son concurrent brésilien. Le sculpteur se serait un peu gouré sur les cheveux et n’aurait pas respecté les 33 ans du Christ comme son prédécesseur… Entre les deux mains, on est à un peu moins de 33m d’envergure. La construction de cette statue monumentale a été décidée en 1987, dans le but de perpétuer le souvenir de la visite du pape Jean-Paul II cette année-là. Elle a duré 7 ans. La statue située sur une colline au-dessus de la ville est rejoignable selon le budget et le courage soit à pied (gratuit), soit en télécabine (0,70€ le trajet – ça a été notre choix) soit enfin en taxi (6€ l’aller-retour avec 30mn d’attente, ça reste raisonnable). Le panorama sur la ville vaut dans tous les cas le déplacement.


    b) Une nonne pour une Rolex

    « Si à cinquante ans, on n’a pas une Rolex, on a quand même raté sa vie« , disait le publicitaire français Jacques Séguéla. A Cochabamba, ont prenait les choses beaucoup moins à la légère. Pour ne pas rater sa vie, pour montrer son rang social, il fallait avoir mis au moins une de ses filles au couvent. Et la doter suffisamment pour qu’elle puisse porter le voile noir, ce qui lui permettait de se faire servir par les nonnes au voile blanc qui elles-mêmes se faisaient servir par les nonnes sans voile, les plus pauvres. Si toutes étaient assurées d’avoir une place au paradis, ce qui maintenait la paix sociale à l’intérieur du couvent, étaient-elles conscientes de l’incertitude sur l’absence de hiérarchie là-haut ? Cela dit, les conditions de vie étaient particulièrement austères, même pour les plus aisées des nonnes. Nous avons vu leurs chambres qui étaient plus petites que l’habitacle de Roberto, leur bibliothèque limitée à la littérature religieuse (un petit San Antonio aurait pu passer discrètement et donner un peu de piment à la vie monastique), leurs étagères tournantes qui leur permettaient d’échanger des denrées avec l’extérieur sans jamais voir la personne en face. Certes, les bâtiments sont de toute beauté, mais rester enfermé là-dedans la vie entière, était-ce vraiment une vie ? Heureusement, cela n’a plus lieu aujourd’hui, le Vatican a rendu la liberté aux nonnes qui le souhaitaient en 1960. Et les pères s’offrent une Rolex…


    c) Le jardin des villes et le jardin des champs

    Toujours sous un soleil radieux, nous commençons nos visites ce matin par le Palacio Portales. Notre guide nous la présente comme la maison la plus luxueuse jamais construite en Bolivie. Ce palais a été construit par Simon I Patino, le magnat de l’étain bolivien. Dans les années 1940, il fut l’homme le plus riche du monde. Alors il avait largement de quoi se faire bâtir de somptueuses maisons. Au milieu d’adorables jardins à la française parfaitement entretenus, le Palacio Portales est d’une grande élégance, autant dans les raffinements architecturaux de ses façades que dans le luxe de son aménagement intérieur. Les pièces s’inspirent volontiers de chefs d’œuvres européens comme cette galerie entourée de miroirs comme pour la bibliothèque du Vatican, cette réplique de la chapelle Sixtine ou encore une salle de style mauresque influencée par les palais de l’Alhambra. Tous les matériaux respirent la qualité, des sols en marbre de Carrare aux tapisseries murales en damas, des lustres vénitiens aux meubles finement sculptés à la main. Les chambres dans des teintes pastel dégagent une grande douceur. Mais vous n’en reviendrez peut-être pas quand vous saurez que ni le propriétaire ni aucun membre de sa famille n’ont habité ce palais. Le comble du luxe sans doute !

    Juste après, et ce n’était probablement pas une bonne idée, je suis allé faire un tour au jardin botanique de la ville. Le contraste a été saisissant. Les allées sont tout juste balayées, la végétation est à peine entretenue, beaucoup de bassins sont vides, les serres sont désertées et poussiéreuses, les statues sont rongées par le temps, les quelques fleurs meurent de soif. Moi qui aime beaucoup les jardins botaniques, je suis très déçu. La ville n’a manifestement pas les moyens ou la volonté d’entretenir ce lieu. Le plus grand paradoxe est qu’en marchant dans les rues après être sorti du parc, je trouve de jolies fleurs et de jolis massifs chez ou devant les particuliers. Comme quoi, au moins en matière d’embellissement végétal, l’argent privé l’emporte largement sur l’argent public.


    d) Cochabamba, en vrac

    Ci-dessous quelques images prises au cours de nos déambulations dans la ville, la plupart avec un petit commentaire.


    Détente…


    Bouchon

    C’est le moment de reprendre la route. Nous traversons l’interminable banlieue de Cochabamba pour nous retrouver enfin dans les montagnes. Mais après une quarantaine de kilomètres, nous voilà derrière une très longue file de poids-lourds arrêtés sur la route. Avec l’habitude des franchissements de douanes, nous doublons tout le monde. Nous arrivons bientôt à un village où tout semble bloqué. Les gens dorment ou pique-niquent à l’ombre de leur véhicule. Les marchandes du village passent et repassent pour vendre des glaces, des chips ou des boissons sucrées. Nous nous garons sur le côté, derrière un bus, laissant libre le côté gauche de la route. Il est 14h30, je pars aux renseignements. La route est fermée pour travaux depuis 9h ce matin et jusqu’à 17h ce soir, et cela tous les jours pour un peu plus de 2 mois. Pourtant, c’est l’unique route asphaltée entre la capitale et la 3ème ville du pays, sans alternative possible. Imaginez le capharnaüm si l’autoroute entre Paris et Lyon et toutes les alternatives possibles étaient fermées 8 heures par jour pendant 2 mois. On crierait au scandale ! Mais non ici, tout est calme, les gens sont habitués et attendent tranquillement la réouverture. Par contre, une demi-heure avant, c’est la pagaille totale : les premiers véhicules de la file mettent en route leur moteur et tout le monde fait de même. Tous ceux qui étaient sur les côtés, y compris une pauvre ambulance et des camions d’animaux de ferme, se précipitent sur la file du milieu. Je me demande comment vont passer les véhicules bloqués dans l’autre sens, mais je suis le mouvement. Il doit y avoir une raison. Les barrières n’ouvriront qu’à 17h pile et là c’est un grand concert de moteurs, de fumée, de klaxons et de pousse-toi-de-là-que-je-m ‘y-mette ! Finalement, tout se dégage lentement et la voie de gauche devrait être libre lorsque les véhicules venant en sens inverse, plusieurs kilomètres en amont, arriveront dans le village.


    Cultures de l’Altiplano

    Tout au long de notre route qui serpente entre 3500 et 4500 m d’altitude entre les montagnes de la Cordillère Est, nous passons de charmants villages et hameaux. Les murs et les clôtures des maisons sont généralement en briques d’adobe tandis que la toiture est en paille. Devant, une cour héberge souvent un four hémisphérique et quelques animaux : poules, ânes, cochons et lamas. Autour, on cultive quinoa, maïs, blé et pommes de terre, et ça a l’air de bien pousser malgré l’altitude. Dans un de ces villages, nous avons trouvé une petite église abandonnée, toute en adobe également. Nous croisons rarement du monde, mais les contacts sont en général sympathiques et accompagnés d’un généreux sourire. Par respect et sachant qu’ils n’aiment pas ça, nous nous retenons de les photographier, mais ce n’est pas l’envie qui nous manque, d’autant que, aussi bien les gens que les tenues traditionnelles qu’ils portent au quotidien sont hautement photogéniques.


    La capitale la plus haute du monde

    La Paz est une capitale étonnante à plus d’un titre. D’abord par son histoire, la ville ayant été créée en 1548 pour pacifier – d’où son nom – le Haut-Pérou et le Bas-Pérou qui s’entre-tuaient, une guéguerre entre deux conquistadors à gros ego. La ville était si bien placée sur le plan commercial qu’elle vola en 1900 le titre de capitale à Sucre, victime du déclin de l’argent. La Paz est étonnante aussi de par sa géographie, occupant une immense cuvette située entre 4000 m et 3400 m d’altitude. Contrairement à ce qui se passe généralement, les habitants les plus pauvres sont sur les hauteurs tandis que les plus riches sont tout au fond, profitant d’un taux d’oxygène plus élevé et de températures plus clémentes. Arpenter les rues les plus touristiques – pas pour autant chargées de touristes – est un régal pour les yeux. L’artisanat andin et ses couleurs vives y est omniprésent, aussi bien devant et dans les boutiques qu’au-dessus des ruelles. Les classiques parapluies sont ici remplacés par de jolis carrés suspendus aux motifs géométriques ainsi que des guirlandes de pompons et autres babioles. La vieille ville est aussi un marché à ciel ouvert avec des vendeurs envahissant les trottoirs et proposant un peu de tout, du maïs égrené aux bas nylon en tas, en passant par des fromages frais vendus sans réfrigération voisinant avec des articles de plomberie. On trouve dans la capitale bolivienne davantage de fresques murales que dans les autres villes que nous avons pu visiter. Pas toujours bien entretenues mais très locales dans le style. L’auteur le plus typique est Mamani Mamani, mais il est loin d’être le seul sur place. Les motifs quechua ou aymara sont fréquemment retrouvés sur les devantures ou sur quelques véhicules. Je ne sais pas si on peut faire rentrer ça dans le street-art mais les vieux bus Dodge bringuebalants aux couleurs vives et accessoires chromés font aussi partie du décor des rues.


    Un papier sur une feuille

    Le jour de nos noces de papier, il a été amusant et adéquat de visiter un musée dédié à une feuille. Mais pas n’importe laquelle : la feuille de coca. Dans l’argumentaire très instructif, on apprend vite à différencier la cocaïne, drogue éminemment addictive et danger mondial, de la coca, psychostimulant d’usage traditionnel depuis des millénaires dans les Andes qui est comparé ici à notre utilisation quotidienne du café. On apprend aussi que, outre la mastication des feuilles pour supporter la fatigue, la faim et surtout l’altitude, la coca participe à de nombreux rituels religieux, dont des offrandes à la Pachamama ou au démon des mines El Tio, aux voyages à pied dans la cordillère, à la dot des futurs mariés et même à certaines négociations sociales. Étonnamment, la feuille de coca a été utilisée directement comme une monnaie. On nous parle aussi de l’influence négative des occidentaux. Les conquistadors ont d’emblée interdit l’usage de la coca aux amérindiens avant de s’apercevoir que le rendement des travailleurs était bien meilleur s’ils en consommaient. La réintroduction a été rapide… accompagnée d’une taxation. Ces mêmes conquistadors ont alors compris les profits qu’ils pouvaient tirer de la petite feuille et ont lancé des cultures intensives. Ils se sont effectivement enrichis, mais pas les amérindiens. Devant la hausse de la demande mondiale, la cocaïne a été synthétisée. Cette fois, ce sont des multinationales qui se sont enrichies. Les amérindiens sont restés aussi pauvres mais en bonne santé alors que celle des occidentaux en pâtissait lourdement. Et la situation continue de se dégrader. Paradoxalement, on préfère aujourd’hui rejeter la faute sur les pays producteurs, qui n’ont pourtant fait que s’adapter à la demande. C’est tellement plus pratique que de taper sur les consommateurs. Et heureusement pour les populations andines, l’ONU a bien fait la différence entre la cocaïne et la coca et autorisé cette dernière dans les pays où l’usage est traditionnel. Alors nous on n’a pas encore trop mâchouillé les feuilles, mais nous avons par contre testé les bonbons et l’élixir qui se pulvérise sous la langue. Ça a l’air de plutôt marcher. Sinon il y a un petit café à côté qui sert toutes sortes de préparations à base de coca.


    Parcourir la ville en télécabine

    Depuis 2012, la ville de La Paz est équipée d’un réseau de télécabines, appelé ici Mi Teleferico. Cela fonctionne à la manière d’un métro, peu envisageable ici en raison des importants reliefs de la ville (de 3600 à 4200 m d’altitude). En 2026, 10 lignes sont installées, chacune baptisée par une couleur, pour un parcours total de 30 km Pour un prix modique (0,30 € le premier téléphérique puis 0,20 € les suivants), nous nous sommes régalés à survoler toute la ville, observer le magnifique panorama, voir de haut l’animation des rues, explorer l’architecture éclectique et colorée, repérer des endroits que nous aimerions visiter par la suite. Si l’on inclut la pause de midi au restaurant entre 2 télécabines, c’est presque une journée entière que nous avons passé dans les transports en commun et pourtant nous avons adoré !

    Plan des lignes du télécabine de La Paz en 2026
    Plan des lignes du télécabine de La Paz en 2026

    Le marché aux sorcières

    Un quartier est réservé à la médecine traditionnelle amérindienne (quechua ou aymara) avec de nombreuses potions, herbes médicinales, amulettes et autres objets utilisés dans les rituels chamaniques comme les fœtus de lamas. Les Espagnols ont appelé cet endroit « marché des sorcières« , et les commerçants en jouent auprès des touristes en exposant des portraits de sorcières grimaçantes au chapeau pointu telles qu’on les imagine dans le monde occidental, mais ici rien à voir. C’est plutôt du chamanisme.


    Un beau musée d’art

    Le Museo Nacional de Arte est installé dans un magnifique palais colonial datant du XVIIIe siècle, une œuvre d’art en lui-même avec son élégant patio entouré d’arches de pierre sur 3 étages. Il est dédié à la diffusion de l’art bolivien, de la période coloniale à l’art contemporain. Que des œuvres de qualité et dans un style différent de ce que l’on a l’habitude de voir, quelle que soit la période. Voici une petite sélection de nos œuvres préférées.

    Fraternidad de Cristian Laime
    Fraternidad de Cristian Laime – 2023 – Museo Nacional de Arte – La Paz

    Lustrabotas

    Sur la très animée place Murillo de La Paz, un cireur de chaussures muni d’une cagoule remontée jusqu’au nez propose à Claudie de cirer ses chaussures pour 3 pesos (30 centimes d’euro). La cagoule, c’est une particularité des cireurs de chaussures de La Paz. Initialement moyen de se protéger du froid et du soleil (la ville est à 4000m d’altitude), la cagoule a permis ensuite de dissimuler le travail des enfants et adolescents, nombreux dans la profession. C’est aussi et surtout un symbole d’appartenance à un groupe social, une façon de lutter activement et avec fierté contre la stigmatisation dont est victime le métier. Notre lustrabota n’était manifestement pas un enfant. Il a fait du super boulot malgré une bonne part de textile sur les chaussures. Nous avons « généreusement » donné 10 pesos (1 €…) au lieu des 3 pesos demandés. Il ne faut pas casser le marché !


    Textiles, masques et art plumaire

    Les capitales, c’est bien connu, hébergent souvent les plus beaux musées du pays. Après le superbe Museo Nacional de Arte (voir ci-dessus) nous voilà maintenant à visiter, lui aussi installé dans un ancien palais colonial, le Museo Nacional Etnografia y Folklore. Vous voyez à peu près de quoi il s’agit. De nouveau des collections de grande qualité, très bien présentées. Nous nous sommes régalés. Difficile de raconter tout cela. Voici en collections de photos nos 3 expositions préférées : la première sur les textiles andins et leur technique de fabrication plus complexe qu’elle n’en a l’air, la seconde sur une incroyable collection de masques issus des différentes régions de Bolivie, et la troisième sur l’art plumaire (oui oui, ça existe !).


    Détente (bis)


    Tout sur la bolivianite

    Le suffixe pourrait faire penser à une sorte de tourista chopée dans les stands de nourriture des marchés de La Paz ou Sucre, mais non. D’abord ces marchés n’ont pas si mauvaise réputation, on y mange des plats basiques et sains à tout petit prix. Et puis la bolivianite, appelée aussi amétrine, est une variété très rare de quartz qui combine l’améthyste (violet) et la citrine (jaune) dans un même cristal, formant des zones de couleur distinctes. Ce minéral est presque uniquement extrait dans le sud-est de la Bolivie, notamment dans la mine Anahí, et est apprécié en joaillerie pour son aspect unique. Amé (thyste) + (ci) trine = amétrine, vous l’avez ?

    P.S. Il n’est pas certain que la première photo corresponde bien à un minerai de bolivianite, j’ai oublié de photographier la légende dans ce musée de Potosi. Quant à la dernière, je ne sais pas trop ce que c’est que cette « boulangerite » mais le nom m’a amusé…


    L’empire méconnu

    Si tout le monde ou presque (j’ai un doute pour la moitié des étatsuniens d’Amérique qui pense que ) a entendu parler de l’empire Inca, peu connaissent la civilisation qui les a précédé, les Tiwanakus. De leur petit village naissant au bord du Lac Titicaca en 1580 av. J.-C., où ils furent les initiateurs mondiaux de la culture de la pomme de terre et où ils élevaient déjà des lamas, ils réussirent jusqu’en 1200 ap. J.-C. à constituer un véritable empire similaire à celui que développeront les Incas 2 siècles plus tard. Leur première grande cité fut Tiahuanaco, occupant 400ha et hébergeant jusqu’à 100 000 habitants. Si les Tiwanakus étaient capables très tôt de travailler les métaux précieux, leur économie reposait essentiellement sur l’agriculture, grâce notamment à la maîtrise de la sélection de variétés, de la culture en terrasses et de l’irrigation (bien avant les Incas à qui pourtant on attribue ces découvertes). C’est grâce à la fabrication du bronze et de l’étain – ces deux métaux conférant des avantages sur le plan militaire – qu’ils commencèrent à étendre leur territoire. Mais leur dépendance à l’agriculture restait grande et c’est probablement une grande période de sécheresse qui entraîna un déclin rapide de cette civilisation au début du XIIIe siècle. Nous visitons aujourd’hui les ruines de leur capitale. Pyramides à degrés, temples, portes du soleil et de la lune : beaucoup de points communs avec les autres civilisations andines. Nous avons été particulièrement été intéressés par un temple semi-enterré dont une centaine de visages émergent des parois, par de nombreux monolithes sculptés (le plus grand fait 7m de haut) ou pas, inclus alors dans la structure des murs d’enceinte d’un temple, entourés de pierres taillées un peu à la manière des Incas. Et puis cette porte du soleil qui nous rappelait vaguement quelque chose… Mais oui, c’est probablement celle qui a inspiré Hergé pour son album Tintin et le temple du soleil !


    Dormir sur une île du Lac Titicaca

    Nous rêvions depuis longtemps de retourner au Lac Titicaca, que nous avions vu du côté péruvien il y a 24 ans. La Bolivie de l’autre côté nous faisait envie. Nous en avons presque terminé avec ce pays qui nous a enchantés, mais nous n’étions pas encore arrivés près de ce lac dont le nom ravit les enfants. Le découvrant en milieu d’après-midi, nous décidons de faire halte pour la nuit sur une île, ou plutôt une presqu’île car elle est reliée au continent par un petit chemin de terre qui chemine entre les joncs. Nous découvrons un paysage sauvage, une vue étendue sur le lac et passerons encore une nuit super tranquille au milieu de la nature.


    L’art du totora

    Le totora est une plante de la famille des roseaux, très répandue tout autour du lac Titicaca. Il est utilisé depuis des millénaires, parfois en adjonction avec du balsa, pour fabriquer des bateaux, un savoir qui se transmet de génération en génération. Nous nous arrêtons justement près de la maison de la famille de Paulino Esteban, un Bolivien maîtrisant suffisamment la technique de la totora pour avoir été convié à la fabrication de bateaux transocéaniques et notamment le célèbre Kon-Tiki. En 1947, ce bateau a relié la Polynésie à partir du Pérou. L’initiateur de cette traversée, le norvégien Thor Heyerdahl, voulait démontrer que les peuples sud-américains pouvaient avoir atteint la Polynésie à bord d’embarcations rudimentaires. Paulino Esteban participera à d’autres expéditions similaires dans différents endroits du monde. Et transmettra son savoir-faire à sa famille. C’est son fils qui nous a expliqué tout cela, photos et articles de presse à l’appui. Autour de sa maison, plusieurs embarcations sont en cours de fabrication. Et pour satisfaire les besoins des touristes, la famille fabrique aussi de multiples objets en totora et tous les textiles traditionnels de la culture Aymara. Un car de touristes est venu se joindre à nous, nous donnant l’occasion de faire quelques jolis clichés.


    Complètement barge !

    Nous approchons de la fin de notre parcours bolivien, prévoyant de traverser le Lac Titicaca au niveau de l’isthme de Copacabana. Seulement pour parvenir à cette ville, il y a un chenal à franchir. Alors que nous pensions monter sur un ferry digne de ce nom, nous voilà embarqués sur de simples barges en bois, éloignées du quai à l’aide de perches et mues par des moteurs de hors-bord. L’apparence fragile est contrebalancée par le fait que ce sont essentiellement des bus et des camions qui traversent, deux à la fois en général. C’est donc derrière un bus de tourisme que nous avons effectué la traversée. Bon finalement, pas de chavirage intempestif ! Pour situer notre inquiétude, je rappelle que Roberto n’est assuré qu’au tiers – il n’était pas possible de faire autrement – et que nous perdrions tout en cas de naufrage…


    Copacabana, Bolivie

    Copacabana est accessoirement une petite ville touristique de 6000 habitants, mais surtout un sanctuaire religieux, à la fois catholique et inca. Pour la partie catholique, la grande basilique Notre-Dame de Copacabana, toute blanche, abrite la célèbre sculpture de la Virgen de la Candelaria, figure religieuse majeure en Bolivie, sculptée par un descendant direct de la famille royale inca en 1580 et capable (entre autres miracles) de faire pleuvoir après de longues périodes de sécheresse. Ce qui a facilité la conversion au christianisme des amérindiens, très attachés par nature à tout ce qui touche la terre et les cultures. D’ailleurs, cette Virgen de Candelaria (ou Copacabana, c’est pareil) a été élevée au rang de vierge nationale de la Bolivie en 1825. Et c’est bien grâce à elle, grâce à une église qui lui était dédiée, que le célèbre quartier Copacabana de Rio de Janeiro porte ce nom.



    L’autre fait religieux majeur qui fait de Copacabana un sanctuaire religieux est la présence des Îles du Soleil et de la Lune. C’est de là que le dieu créateur inca Viracocha aurait lancé le Soleil et la Lune dans le ciel, et nous ne le savions pas ! Bon sang, mais c’est bien sûr ! Alors nous sommes allés visiter ces îles mythiques, en bateau avec une dizaine d’autres personnes. D’abord l’Île de la Lune (le temps pluvieux aurait desservi l’autre) où nous avons découvert le Temple des Vierges du Soleil. Des jeunes filles de bonne famille y apprenaient les taches domestiques pour soit être mariées à des Incas de l’Île du Soleil, soit être retenues pour des sacrifices humains. Qui perd perd en quelque sorte… Nous avons assisté là-bas par surprise à une cérémonie Inca. Le soleil étant revenu, nous sommes repartis vers le nord de l’ile éponyme pour admirer quelques vestiges incas dans un environnement superbe. Une table dédiée aux sacrifices humains (brrr), un rocher sacré avec une tête de puma* et un temple labyrinthique. Toucher le rocher sacré et boire de l’eau sacrée du temple nous a fait gagner au moins dix ans de vie ! Le bateau nous a ramené ensuite vers un ponton avant Copacabana où nous avons enfin pu déjeuner (il était 15 h !) d’une truite juste sortie d’un vivier sous le restaurant.

    *le condor, le puma et le serpent représentent les trois mondes de la cosmologie inca. Le premier domine le ciel, le second la terre et le troisième le sous-sol. Le lac Titicaca, sacré pour les Incas a d’ailleurs une forme de puma. Et Titicaca signifie en Quechua « puma de pierre ».

    Les contours du lac Titicaca dessinent un puma
    On peut voir un puma dans les contours du lac Titicaca. Les deux sont sacrés pour les Incas

    Actualité brûlante

    Comme en France, ce sont les élections en Bolivie. Probablement afin d’éviter les débordements, la législation prévoit de sévères restrictions, ainsi que le communique l’Ambassade de France sur les réseaux sociaux :


    Le port de Copacabana, où nous avons passé notre dernière nuit en Bolivie
    Le port de Copacabana, où nous avons passé notre dernière nuit en Bolivie

    Après avoir passé la nuit sur le port, nous avons tranquillement rejoint la frontière avec le Pérou. Adios la Bolivie, nous avons beaucoup aimé ce pays, à la fois beau et authentique. Un vrai coup de cœur !

  • 170. Roberto en Bolivie

    170. Roberto en Bolivie

    Nous rêvions depuis longtemps de visiter ce pays, surtout après l’avoir approché de près lorsque nous étions sur la rive péruvienne du Lac Titicaca avec nos enfants en 2002. Quelquefois, la concrétisation des images que l’on se fait d’un pays n’est pas à la hauteur de l’idée qu’on s’en faisait. Les pénuries d’essence, les barrages routiers et l’état des routes (seulement 10% sont asphaltées) nous inquiètent aussi un peu. Alors la Bolivie va-t-elle nous séduire ou nous décevoir ? Nous allons bientôt le savoir.

    Carte du parcours correspondant à cet article
    Parcours correspondant à cet article, en version zoomable ici

    Sortir avant d’entrer

    Le poste frontière de Tambo Quemado semble d’emblée bien mieux organisé que celui qui nous avait tenu 6 heures deux semaines plus tôt. Les flux des camionneurs, des bus et des voitures particulières sont séparés dans des bâtiments différents. Une petite fiche en 6 étapes nous est remise au début, il suffit de valider chacune d’elles pour compléter le process. Et nous complèterons tout ça en 50 minutes, dont 30 pour le seul permis de circuler de Roberto en Bolivie. Nous entrons ainsi dans le pays 10 minutes AVANT d’avoir quitté le Chili, un miracle dû à la différence de fuseau horaire entre les deux pays.

    Document de passage de la frontière du Chili à la Bolivie
    Le document qui nous guide étape par étape à recueillir tous les coups de tampons nécessaires…

    Premières impressions

    Nous gagnons rapidement le village situé juste après la frontière pour tenter (en vain) d’y acquérir quelques fruits et légumes et acheter (avec succès) une carte SIM locale pour mon téléphone, SOSH ne couvrant pas la Bolivie. La puce me coûte 5 € (50 bob, la monnaie bolivienne au nom sympathique) et autant pour un forfait illimité de 12 jours que je pourrai renouveler si besoin. Plutôt pas cher. Déjà autour de nous, nous voyons circuler de nombreuses femmes en tenue traditionnelle avec chapeau rond, tresses et ample jupe plissée multicolore. Ça promet ! Côté paysage, bien que nous n’ayons fait que franchir un col, le changement est important aussi. Nous sommes dans l’altiplano, de grandes étendues planes entourées de superbes montagnes. Sur parfois un gazon vert tendre ou plus souvent des petits buissons en forme de flamme à perte de vue paissent tranquillement des centaines de lamas, vigognes ou alpagas. Avec beaucoup de petits qu’on aurait envie de prendre dans ses bras si ce n’était une certaine appréhension de la réaction haddockienne des parents. Et puis cet autre volcan majestueux, encore plus haut que le précédent avec ses 6 542m. Le Sajama est d’ailleurs le point culminant de la Bolivie. Nous nous arrêtons pour déjeuner dans un autre petit village appelé Lagunas, charmant avec son église de style andin sur sa place centrale. Et puis nous roulons vers notre prochaine destination : Oruro. La route est plutôt bonne et la portion qui n’était pas asphaltée s’avère cimentée. Nous ne sommes interrompus que par deux péages (environ 1 € à chaque fois) et un points de contrôle où il faudra montrer les tickets de péage. Heureusement que nous les avions gardés ! Nous terminons la journée sur un petit chemin de traverse dans une zone riche en cactus et en chullpas, les tours funéraires que construisaient les Aymaras pour abriter les restes momifiés de certains membres de leur communauté. Curieux petits édifices en adobe munis d’une porte triangulaire sur leur façade Est. Encore du typique. Au total de premières impressions trèèès favorables !


    Le soufflet retombe

    Nous arrivons à Oruro, la première grande ville depuis la frontière. Difficile d’ouvrir un guide ou un article qui ne parle pas majoritairement de son carnaval, un évènement majeur en Bolivie qui attire chaque année plus de 400 000 visiteurs. Et qui tombe la semaine prochaine. Ce qui pourrait paraître une bonne nouvelle n’en est pas une : la ville est en pleins préparatifs, avec installation en cours de nombreuses tribunes et échoppes qui prennent toutes les places de parking et rendent les rues du centre aussi bouchonnées que peu circulables, d’autant que beaucoup de monde est déjà arrivé. Après avoir tourné une bonne heure dans les embouteillages sans pouvoir nous stationner, nous avons renoncé à visiter Oruro. Les principales attractions de la ville sont inaccessibles et nous n’avons pas l’intention d’attendre 1 semaine pour voir ce carnaval. Si le côté pittoresque et culturel est indéniable, nous goûtons peu aux bains de foule et craignons les débordements et autres batailles d’eau qui accompagnent les festivités. Nous nous échappons du centre pour remplir le frigo et le réservoir de Roberto. Pas de supermarché ici, rien que des petites supérettes où manquent beaucoup des produits que nous consommons habituellement comme les yaourts et les fruits par exemple. Quant au carburant, nous n’en trouverons qu’à la 4ème station-service testée, les précédentes, outre une file d’attente impressionnante, n’avaient pas ou plus de diesel. Mais la dernière a été la bonne, ouf !

    Nous prenons la direction de Potosi, au Sud du pays. Et là encore, ça ne se passe pas très bien, une longue portion de route (30 km peut-être) s’avère être une déviation en terre suivant en parallèle la nationale en cours de réfection. Pour couronner le tout, le ciel est gris et fréquemment pluvieux. Demain sera un autre jour ?


    Notre premier marché

    Découvert par hasard dans la petite ville de Challapata où nous avons fait étape pour la nuit, il nous réconcilie d’emblée avec le pays. Pittoresque, coloré, animé, c’est un enchantement et un dépaysement total, grâce notamment aux cholitas, ces femmes boliviennes qui ont su garder leur tenue traditionnelle : petit chapeau rond, tresses, vêtements multicolores tissés et triple ou quadruple jupon de laine qui leur donne une allure inimitable. Cela nous rappelle un peu le Guatemala, où les tenues permettaient d’identifier, sinon l’ethnie, le village d’origine de ces femmes, et ceci hors de toute pression touristique.


    La feuille de coca en symbole national

    Dans ce marché et dans d’autres après, un commerce insolite est très répandu : celui de la feuille de coca disponible dans de gros sacs en toile de jute parfois ornés de tissus aux motifs autochtones, que les vendeurs détaillent en sacs plastiques comme ceux que l’on trouve de moins en moins dans nos supermarchés. La production, la vente et l’usage de la coca sont autorisés en Bolivie, mentionnés dans la constitution et encadrés par une loi de 2017 sous l’impulsion du président d’alors Evo Morales, lui-même président du puissant syndicat des producteurs de coca. Outre le côté traditionnel et culturel qui remonte aux Incas, mastiquer des feuilles de coca aide les travailleurs à trouver le surplus l’énergie nécessaire dans les environnements de haute altitude où l’oxygène est raréfié. Accessoirement, les tourismes en consomment pour prévenir ou soigner le mal des montagnes ou plus simplement pour donner l’air de s’encanailler. La tradition c’est tout à fait honorable, d’autant que la plante à l’état naturel ne crée apparemment pas de dépendance. Le seul problème est que 2/3 de la production est transformé en cocaïne.

    On trouve parallèlement sur les marchés des vendeurs de lepta, une pâte de chaux et de cendres présentée en petits bâtonnets ou galettes séchées, qui aide à donner une consistance plus homogène à la chique de feuilles de coca.

    NB. La boisson Coca Cola ne contient plus de cocaïne depuis 1929. La Bolivie en consommerait curieusement moins que les Européens alors que plusieurs pays d’Amérique latine sont dans le peloton de tête. Le premier consommateur mondial est le Mexique avec 200 litres par habitant et par an, devant le Chili et l’Argentine (130 l), les États-Unis (100l). À côté, la France est plutôt sobre en Coca (23 l) mais ça reste énorme.


    Encore un environnement spectaculaire

    À partir de Challapata, la route s’embellit de kilomètre en kilomètre. Les montagnes prennent de jolies couleurs. Les lamas nous saluent du bord des routes où ils se rassemblent comme si la végétation avait précisément là bien meilleur goût que quelques mètres en retrait, au point de justifier le danger de se faire renverser à tout moment. Des murets de pierres dessinent de jolis motifs géométriques sur les reliefs, sans doute placés là pour délimiter des parcs à animaux d’élevage, ce que nous n’avons pu confirmer qu’une seule fois malgré la multitude des emplacements observés. Peut-être qu’ils étaient davantage utilisés par les autochtones avant qu’ils ne subissent la pression espagnole ? Et puis nous voyons pas mal de petites maisons en adobe, la construction par excellence à la campagne. Beaucoup semblent inhabitées d’ailleurs, mais il est vrai qu’une maison en adobe, soit ça s’entretient, soit ça se jette… Dans certains villages traversés, nous avons pu observer des danses traditionnelles animées par quelques musiciens. Ce serait assez courant. Ambiance typique garantie en tout cas.


    L’œil était dans la tombe…

    Toujours dans cette région aux superbes montagnes multicolores, nous approchons d’un lieu un peu particulier appelé « l’œil de l’Inca ». Il s’agit d’un tout petit lac circulaire d’à peine 100 m de diamètre au fond duquel jaillit une source chaude. Un chef Inca aurait découvert le lieu au XIVe siècle et s’y serait baigné pour soulager quelque problème de santé. C’est après cette visite qu’il aurait fait retravailler les berges du lac pour qu’elles forment un cercle presque parfait, digne de convertir l’endroit en lieu de culte de la Pachamama et autres divinités inca. Voilà pourquoi l’œil de l’Inca surveille maintenant tous ceux qui passent. C’est peut-être lui qui génère régulièrement des tourbillons qui aspirent régulièrement des touristes venus profiter de l’eau à 30°C. Après quelques décès par noyade, le lieu est désormais interdit à la baignade et le gardien se targue d’un diplôme de maître-nageur sauveteur. Deux précautions valent mieux qu’une !


    Potosi, première ville du capitalisme

    Ce n’est pas moi qui le dis, c’est un professeur d’anthropologie qui a qualifié ainsi la plus célèbre ville minière de Bolivie. Car dès la fin du XVIe siècle, ce qui était alors le plus grand gisement d’argent du monde, exploité par l’Espagne impériale grâce au travail forcé des esclaves Quechua et africains, a financé la conquête du Nouveau Monde et alimenté la Renaissance européenne. Dès 1600, l’argent bolivien avait multiplié par 8 la masse monétaire en circulation en Europe. Cet afflux massif a malheureusement (pour la ville et pour les Espagnols) entraîné un déclin économique rapide au XVIIe siècle, aggravé par le fait que l’épuisement des filons de surface, les plus accessibles, rendait l’exploitation plus compliquée. La mine est toujours en activité bien que de façon moins effrénée qu’auparavant et curieusement exploitée par des Quechua malgré les millions de leurs ancêtres engloutis dans les entrailles du Cerro Rico (la montagne riche). Après avoir lu les conditions difficiles et dangereuses de la visite, appréhendé le côté voyeur et intrusif dès lors que l’on s’introduit dans une entreprise en activité, nous avons renoncé à visiter la mine. Mais Potosi a beaucoup d’autres attraits. Le déclin économique a figé la ville dans son architecture coloniale espagnole avec les beaux bâtiments construits par tout ceux qui vivaient de la ruée vers l’argent et les 33 couvents et églises dans lesquels ils venaient prier pour que ça continue. Tout ça est classé au patrimoine mondial de l’UNESCO.

    Le minerai d’argent qui a fait la fortune de Potosi, de l’Europe et des USA

    La Casa de la Moneda

    La Casa de la Moneda est un incontournable de la visite de Potosi. Un quart de la production de la mine d’argent, soit environ 10 000 tonnes par an, y était dirigé pour y être frappé en monnaie. Une visite guidée, aussi encadrée que s’il s’agissait de la Casa de Papel madrilène, nous montre les différentes étapes de la fabrication des pièces au cours des siècles. À commencer par les gigantesques fours aux plafonds encore tout noircis par le traitement du minerai et tous les moules qui servaient à couler les lingots. Et puis les ateliers, où jusqu’en 1773, les pièces étaient frappées une par une à coup de marteau (c’est de là que vient l’expression…). Et encore les imposants laminoirs qui transformaient les lingots en feuilles d’argent d’1 mm d’épaisseur grâce à des engrenages en bois de chêne entraînés par des chevaux en sous-sol. On nous montre bien entendu la progression technologique de la fabrication avec l’avènement de la vapeur puis de l’électricité. Aujourd’hui, c’est toujours à Potosi qu’est fabriquée la monnaie bolivienne, mais dans un autre lieu. La Casa de la Moneda en tant que musée expose aussi des peintres locaux, une salle de numismatique et une autre de minéralogie.


    Quand l’actualité nous rattrape…

    En 2026, la production des pièces de monnaie boliviennes est toujours localisée à Potosi, mais dans un autre endroit. Les billets de banque quant à eux sont imprimés à Santa Cruz, une autre grande ville du pays. Et l’on vient d’en entendre parler avec cet avion militaire qui, lors de sa livraison à la banque centrale de La Paz, s’est crashé à l’atterrissage, éparpillant son chargement de billets. Inutile de dire que la police a eu un peu de mal à disperser les curieux !


    Balade en ville

    Nous flânons bien sûr dans les rues de la ville, appréciant les façades blanches, les portails baroques, les balcons et fenêtres en encorbellement, les multiples églises et le marché. Au-delà du centre historique, on aperçoit les maisons en briques et couvertes de tôle des mineurs et du « petit peuple », ainsi que les sommets environnants dont le célèbre Cerro Rico qui contiendrait encore suffisamment d’argent pour assurer 6 ans de PIB à la Bolivie. Faut-il aller le chercher.


    Un privilège partagé avec Sao Paulo

    Dans toute l’Amérique du Sud, seules deux villes partagent un privilège très spécial : Potosi et Sao Paulo. Toutes deux et seulement elles ont été « envahies » par notre artiste français Invader. C’est-à-dire qu’il y a apposé un certain nombre de mosaïques dans les rues sur le thème de base des Space Invaders mais généralement personnalisé pour chaque ville. Si vous êtes lecteur(trice) régulier(ère) du blog, vous savez que Claudie et moi faisons partie des chasseurs de ces œuvres d’art, utilisant notamment l’application dédiée. C’est en 2022 que Invader s’est rendu à Potosi pour y installer 53 de ses œuvres, dont la 4000ème de sa carrière, un symbole pour une ville située à 4000m d’altitude. Nous nous sommes contentés d’en flasher une douzaine, ce qui n’est pas si mal. Nous avons apprécié d’y retrouver les éléments caractéristiques de Potosi : Cerro Rico, condors, cholitas, mineurs, lamas, etc.


    Sucre

    La ville de Sucre vue des toits de la cathédrale
    La ville de Sucre vue des toits de la cathédrale

    Voilà une ville considérée par beaucoup comme la plus belle de Bolivie, et la pompiste avec qui j’ai causé un peu pendant mon plein de diesel n’a pas démenti. Mais elle était peut-être d’ici… Sucre (prononcer soucré) a été la première capitale du pays, ayant été la première ville à obtenir son indépendance de l’empire espagnol. Devenue riche grâce à sa voisine Potosi, grand centre intellectuel et culturel, elle était le lieu idéal pour que les révolutionnaires développent leur idéaux d’émancipation. Ce qui fut obtenu le 25 mai 1809, grâce notamment aux actions guerrières du maréchal …Sucre. La capitale fut transférée à La Paz 90 ans plus tard, mais Sucre a gardé un statut de capitale constitutionnelle et juridique. La ville a gardé de cette période faste tout le charme de l’architecture coloniale espagnole mélangée à des styles empruntés aux européens et aux nord-américains. Nous avons consacré plusieurs jours à la visite, profitant par ailleurs d’un climat idéal, chaud et ensoleillé le jour, frais la nuit grâce aux 2700m d’altitude. Ci-dessous quelques photos commentées d’une partie de nos découvertes.

    La ville blanche


    Sucre d’art


    Un cimetière touristique

    On met un peu à part la visite du cimetière général de Sucre, une sorte de ville dans la ville qui en reproduit toutes les particularités, souvent même en mieux : rues et avenues tracées au cordeau, végétation abondante et bien entretenue, chapelles et mausolées plus somptueux que la plupart des habitations de la ville. De la ville on reproduit ici hélas aussi les inégalités criantes : les défunts riches sommeillent pour toujours à l’aise dans de larges et beaux bâtiments, tandis que les pauvres sont entassés dans des caveaux familiaux disposés dans des sortes d’HLM en béton bordant des ruelles étroites. Même dans la pauvreté on fait des distinctions avec le coffre vitré apposé en façade, au cadre zingué à doré en fonction des revenus et dont le contenu censé évoquer la mémoire du défunt varie énormément selon le niveau social antérieur de celui-ci. A noter que les Boliviens procèdent en 2 étapes pour les sépultures : d’abord un enterrement comme en majorité chez nous, puis une exhumation du corps 10 jours après pour une incinération. Les urnes peuvent se retrouver dans les petits coffres mais pas toujours.


    C’en est terminé pour la visite de la capitale administrative de la Bolivie. Nous avons bien apprécié ces quelques jours de visite. Nous allons repartir maintenant vers le Nord du pays, tout en restant dans l’Altiplano. Nous n’envisageons pas à ce point d’aller du côté de l’Amazonie. Mais tout peut toujours changer !

    Hasta luego !

  • 168. Toujours dans le désert

    168. Toujours dans le désert

    Nous n’en sommes qu’au début du désert d’Atacama qui n’est pas loin de couvrir le quart du nord du Chili avec plus de 1000 km de longueur. 105 000 km² de sable et de roches, 4 000 km² de lacs salés asséchés. On trouve tout de même ça et là quelques oasis, dont celle de l’une des villes les plus touristiques du Chili : San Pedro de Atacama.

    Parcours correspondant à cet article, en version zoomable ici

    Dernière plage

    Nous quittons la côte avant de nous enfoncer dans l’intérieur du pays. L’occasion de confirmer que les plages – du moins celles que nous avons vues – n’attirent pas les foules, même en période de vacances scolaires. Il faut dire qu’avec le courant de Humbolt (l’inverse de notre Gulf Stream) venu de l’Antarctique, l’océan Pacifique est plutôt frais tout le long de la côte Ouest de l’Amérique du Sud. A Valparaiso, l’eau de mer atteint au grand maximum 18°C au cœur de l’été, alors qu’à Casablanca, ville de latitude équivalente dans l’hémisphère Nord, on est plus proche des 23°C. A notre niveau, Caldera, de même latitude équivalente que Nassau, c’est 21°C maximum contre 29°C pour la capitale bahaméenne. Nous nous contenterons donc d’un joli lieu de bivouac.

    Au cours de notre progression dans le désert d’Atacama, nous croisons de nombreux chemins de traverses menant à des mines. Voire même lors d’une pause déjeuner au milieu de nulle part, nous trouvons dans des tas de cailloux de jolies pierres aux reflets verts. Difficiles à identifier, même avec Google Lens qui me propose au moins 10 minéraux différents. Le secteur minier est le secteur-phare de l’économie chilienne. Il est le premier employeur du pays (11% des emplois) et représente 60% de ses exportations, ce qui le rend sensible aux variations de cours et freine la diversification. Le Chili est le premier producteur mondial de cuivre, le second en lithium, le 3ème en molybdène et le 7ème en argent. La première entreprise minière mondiale est la société Codelco, détenue à 100% par l’état chilien et dont deux de ses engins géants sont exposés à l’entrée de la ville de Calama.


    Les yeux et la main du désert

    Le désert d’Atacama, c’est connu, est propice à l’observation du ciel, grâce à une altitude élevée (2500 à plus de 5000m), une pluviosité rare (moins de 100 mm par an) qui associée à une faible humidité de l’air donne un ciel dégagé plus de 300 nuits par an, et puis une faible pollution lumineuse. Normal, c’est le désert ! Conséquemment, 70% des observatoires du monde s’y sont installés, dont beaucoup sont plurinationaux. Nous avons fait un léger détour pour passer voir les installations du Very Large Telescope du Cerro Paranal, à 2635 m d’altitude. C’est en fait un ensemble de 4 télescopes de 8,20 m de diamètre qui peuvent fonctionner ensemble ou séparément, géré par l’Observatoire Européen Austral (ESO). Des visites sont organisées pour le public mais seulement de jour et le week-end, et il faut s’inscrire longtemps à l’avance. Un voisin est presque fini de construire à 20 km de là, très prometteur avec son miroir de 39 m de diamètre. Nous le verrons briller de loin, mais sans possibilité de s’approcher. Grâce à nos bivouacs en nature, nous nous contentons d’apprécier les magnifiques ciels étoilés de la région. Peut-être que nous pourrons participer à une expédition nocturne dans une prochaine étape, mais tout est souvent verrouillé pas mal de temps à l’avance et nous n’avons pas envie de casser notre liberté avec des rendez-vous précis.

    Après 400 km de route ce jour-là, nous sommes toujours dans le désert. Et nous décidons de nous laisser prendre par la main pour y passer la nuit. La main du désert, c’est une sculpture au milieu de nulle part, une main géante qui semble sortir du sable pour nous faire un signe désespéré. Ce serait d’ailleurs la signification voulue par l’auteur, montrer la vulnérabilité et l’impuissance humaine. Malgré l’isolement, le lieu est assez visité car visible de l’autoroute à 450 m de là. Nous ne serons d’ailleurs pas les seuls à y passer la nuit, entre un groupe de motards venus planter leur tente assez loin et un poids-lourd venu se reposer tout près. Cette main surgissant du sable nous en a rappelé une autre, vue sur une plage d’Uruguay il y a de cela 7 ou 8 mois, et ça n’est pas une coïncidence : elle est du même artiste chilien, Mario Irarrazabal. Et puis encore une autre, plus récemment à Puerto Natales au sud du Chili. Mais là c’est une tentative de copie.


    Les deux faces d’Antofagasta

    L’arrivée dans cette grande ville minière de la côte Pacifique n’est pas des plus réjouissantes : montagnes de résidus de minerais, alignements de camions-bennes à n’en plus finir et larges bas-côtés couverts de baraques de tôle, de pneus et de poussière donnent envie de vite poursuivre la route vers une autre destination. Mais il faut savoir gagner le centre historique et le port. La vieille gare, les bâtiments de style colonial, la place centrale avec sa tour de l’horloge qui carillonne sur les mêmes notes que Big Ben toutes les heures (normal, elle a été offerte par les Anglais) et la jetée en bois avec ses lions de mer ont un charme certain, même si le trafic routier est un peu trop envahissant. Nous déjeunerons au restaurant pour la première fois depuis notre retour, d’une bonne viande chilienne pour Claudie et d’un excellent ceviche pour moi. Le seul malheureux était Roberto, garé très en pente à l’entrée d’un parking couvert dont la limite de hauteur à 2,15m n’était pas signalée. C’était la seule place possible, mais il n’aurait pas fallu le pousser beaucoup pour qu’il se renverse !


    Les fantômes du salpêtre

    Au XIXe siècle, l’extraction du salpêtre battait son plein au Chili dans le désert d’Atacama, et de nombreux villages poussaient comme des champignons pour héberger tous ceux qui venaient profiter de ce que l’on pourrait appeler la fièvre du nitrate ou encore la ruée vers l’or blanc. Au début du XXe siècle, on trouva le moyen de synthétiser le salpêtre, ce qui fit péricliter toute cette activité. Ce ne fut pas forcément une mauvaise chose pour les mineurs qui perdaient leur santé dans ce travail harassant, mais forcément, ce la les obligea à quitter les lieux. C’est ainsi que l’on trouve dans la région de nombreux villages fantômes. Nous nous sommes arrêtés pour jeter un œil à celui appelé Pampa Union. Il ne reste guère que les murs des bâtiments, dont la faible résistance au temps semble montrer qu’ils ont été construits à la hâte. Le mieux conservé, si l’on peut dire, c’est le cimetière, empli de petites tombes en terre entourées d’une grille de bois ou de métal. Le long d’un mur, des caveaux contiennent encore des cercueils dont le contenu a manifestement été transposé ailleurs. Mais les âmes sont peut-être restées, de nombreuses histoires circulent sur des fantômes se promenant et hurlant la nuit dans ces villages…

    Nous prévoyons de visiter d’autres villages abandonnés sur notre route, nous aurons certainement l’occasion d’en reparler. C’est d’importance majeure dans la région.


    San Pedro de Atacama

    C’est l’une des destinations touristiques phares du Chili, alors il y a du monde. D’autant que le village, charmant avec ses rues en terre et ses murs en adobe, n’est pas très grand. Deux ou trois rues principales concentrent l’essentiel des besoins des touristes : hôtels, bars, restaurants, boutiques de souvenirs, et surtout agences de voyage car on vient ici principalement pour découvrir l’environnement. Si le paysage visible depuis San Pedro de Atacama est déjà superbe, avec ses montagnes lunaires, sa coulée verte et son arrière-plan de volcans, la plupart des sites à visiter nécessitent d’être véhiculés. Certaines excursions durent même plusieurs jours, notamment celles qui vont au Salar d’Uyuni en Bolivie. Arrivés dans l’après-midi, nous commençons par nous trouver un joli coin dégagé pour passer la nuit. Nous visitons le centre-ville le lendemain, avant de nous éloigner un peu vers une réserve de flamants roses qui, complètement asséchée, n’en comportera aucun. Nous passons la nuit dans une petite forêt.

    Certaines photos ont une histoire particulière. En voilà une où le hasard a transformé un cliché ordinaire en image insolite :

    Le lendemain, nous réfléchissons à la suite potentielle des visites, mais, à lire les commentaires des autres voyageurs sur notre application, rien ne nous tente. Les geysers d’El Tatio ne se réveillent qu’entre 6 et 7 heures du matin, il faut dormir à plus de 4000 m d’altitude et faire la queue le matin derrière une longue colonne de minibus. Comment cela peut-il être mieux que le merveilleux site de Yellowstone, accessible le jour entier et avec des températures clémentes ? Différents bassins d’eau thermale ou très salée nous tentaient, mais les commentaires font état de températures plutôt basses, genre 11°C le matin. Brrr ! Quand aux montagnes colorées finalement sans couleurs et au « bus magique » qui attire les foules alors que ce n’est qu’une épave taguée de bus rouillé en plein désert, bof. Nous aurions bien participé à une sortie nocturne pour voir les étoiles, mais le ciel habituellement clair s’est mis à se couvrir la nuit pendant notre séjour. Alors nous décidons de quitter la ville et de reprendre notre route vers le nord. Mais cela ne va pas se passer comme prévu…


    Mon permis confisqué !

    Nous quittons San Pedro de Atacama par la route principale. Très vite, les maisons disparaissent et nous nous retrouvons dans le désert. Nous sommes toujours pourtant dans les limites administratives de la ville (qui ne sont indiquées par aucun panneau) avec une vitesse limitée à 50km/h. Malheureusement, un policier de brigade mobile me flashe à 69 km/h. Je ne conteste pas, il remplit les papiers et je m’attends à ce qu’il m’indique le montant de l’amende. Mais à la place, il conserve mon permis de conduire et me tend un papier qu’il faudra présenter au Tribunal de Police 4 jours plus tard afin de récupérer mon précieux document. En échange sans doute du paiement de l’amende. Le terme de Tribunal de Police fait un peu peur, mais il s’agit probablement d’un simple guichet administratif. Manifestement, il s’agit à la fois d’un système anticorruption en interdisant aux policiers de percevoir de l’argent et d’une garantie de paiement pour le gouvernement en obligeant à se présenter pour récupérer son permis, à l’instar des policiers mexicains qui dévissaient les plaques d’immatriculation des véhicules qu’ils verbalisaient. Il ne s’agit pas d’une suspension de permis, puisque je suis autorisé à circuler avec le papier qu’ls m’ont donné, mais c’est tout de même pénalisant.


    Changement de plans

    Cette immobilisation nous force à changer nos plans. Nous avions prévu de partir vers le nord du Chili et de quitter le pays avant l’expiration de l’autorisation de circuler de Roberto (ATV) 6 jours plus tard. Mais là, avec les 4 jours pour récupérer le permis, ça sera trop juste. Soit il nous faut demander une prolongation de l’ATV en cours, soit faire un aller-retour en Bolivie pour obtenir une ATV toute neuve. Nous avions déjà demandé pour la prolongation : celle-ci ne peut se faire qu’au bureau de douane qui nous a délivré le papier, celui de Patagonie. Mais il n’est pas obligatoire de retourner là-bas (heureusement !) cela peut se faire par courriel. Sauf qu’ils n’ont jamais répondu à aucune de nos 2 demandes. Il nous reste donc la solution de l’aller-retour en Bolivie. Le problème est que la frontière la plus proche, à 35 km de là, mais à 4500 m d’altitude, est fermée pour plusieurs jours en raison d’une tempête de neige annoncée. L’alternative est d’aller à celle d’Ollaguë, à 300 km de là, dans un secteur que nous n’avions pas prévu de visiter. Nous prenons la journée pour y réfléchir et nous remettre de nos émotions. Nous allons visiter le matin la forteresse de Quitor, datant du XIIe siècle, à l’époque où les Atacamas (premiers habitants) devaient se protéger des agressions extérieures avant d’être finalement envahis par les Incas au XVe siècle. C’est à l’état de ruines, mais le panorama vaut largement les efforts.

    L’après-midi, nous allons nous installer près d’une ancienne mine de soufre. Du jaune partout et une odeur familière certes, mais beaucoup d’immondices autour de nous et bientôt du vent fort, de la pluie et des éclairs : la tempête annoncée arrive ! Nous nous déplaçons de dessous notre arbre en attendant l’accalmie.

    La nuit ayant porté conseil, nous confirmons notre décision d’aller faire un bref saut en Bolivie pour renouveler l’ATV de Roberto. Cela nous redonnera beaucoup de liberté pour la fin de notre parcours chilien.


    Vers la Bolivie

    Nous partons vers le Nord-Est, nous rapprochant peu à peu de la frontière avec la Bolivie. La route ne cesse de monter mais s’avère spectaculaire : à droite une chaîne de volcans enneigés qui disparaissent peu à peu sous les nuages qui s’accumulent en noircissant peu à peu. A gauche, des plateaux arides dont la végétation rousse s’assortit à la couleur de la roche qui l’accueille. La circulation est très peu dense. Nous allons droit vers le mauvais temps, et une forte pluie s’abat bientôt sur nous. Générant aussi de grosses flaques sur la route assez irrégulière, qui nous font soulever de belles gerbes d’eau argilo-boueuse. Je ne vous dis pas l’état de Roberto à l’arrivée ! Nous parvenons en fin d’après-midi à Ollaguë, 3 660 m d’altitude, le poste frontière côté chilien. Une ville minière de style très far-west avec sa gare envahissante, ses maisons de bois, ses commerces quasi-inexistants. Mais du charme malgré tout. Nous décidons d’y passer la nuit et de franchir la frontière le lendemain matin. Il est prévu qu’elle ouvre à 8h30.


    Le chaos total de la frontière

    A 8h30 tapantes, nous nous présentons à la douane, nous étonnant au passage d’être seuls. Le douanier nous annonce que, en raison des conditions météorologiques, le côté bolivien n’ouvrira qu’à midi, et qu’eux vont en faire de même. Nous retournons en ville pour attendre et faire quelques photos, le soleil étant revenu. Cela dit, nous apprenons sur les réseaux que des torrents de boue ont traversé San Pedro de Atacama, que de nombreuses maisons ont été inondées. Nous avons bien fait de nous en échapper ! Nous déjeunons de bonne heure pour nous présenter à midi précis à la frontière. Mais l’ambiance n’est plus la même que ce matin : une file d’une soixantaine, peut-être d’une centaine de véhicules fait déjà la queue sur la route. Nous nous en voulons d’être restés tranquillement en ville alors que tout ce petit monde arrivait peu à peu dans la matinée. Nous aurions mieux fait de rester stationnés à la douane ! Bon, c’est fait, nous remontons l’immense file de camions jusqu’au dernier. Tout en apercevant au passage, à mi-distance, des minibus en double file à côté des camions. Nous faisons alors demi-tour, doublons la moitié des camions et allons nous installer derrière un pick-up arrivé entre temps. Une longue attente va commencer. Déjà nous n’allons pas bouger avant deux ou trois heures. La frontière est opérationnelle, mais pour les piétons seulement, et essentiellement ceux descendant des bus venant de Bolivie. De temps en temps, les poids-lourds à notre droite avancent aussi, par groupes de quatre ou cinq. Et puis c’est enfin notre tour. En fait c’est ce que nous croyions : seuls des gros 4×4 conduits par un seul chauffeur passent. Au bout de 3 heures, c’est enfin le tour des véhicules particuliers. Nous sommes envoyés 5 par 5 sous l’auvent de la douane. Autant dire que ça avance plutôt lentement. Là, nous nous retrouvons dans une queue impressionnante, mal organisée, avec 3 pauvres guichets pour tout ce monde. On nous fait changer de file plusieurs fois, c’est incompréhensible. Nous finissons tout de même par en sortir, avec le coup de tampon qu’il faut sur nos passeports, et allons déposer l’ATV de Roberto au bureau de la circulation. Nous quittons enfin le Chili. La douane Bolivienne est à 5 km de là, mais sera tout autant chaotique et désordonnée. Si la validation de nos passeports est plutôt rapide, l’établissement du permis de circuler pour Roberto va prendre 20 mn. Tout ça pour l’annuler le lendemain matin ! Nous entrons en Bolivie épuisés, après 6 heures de démarches au total pour franchir cette frontière qui avait plutôt réputation de simplicité. Peut-être ont-ils été débordés par une affluence inhabituelle liée aux intempéries, les deux autres points de passage étant fermés ? Le retour le lendemain va-t-il se faire dans les mêmes conditions ?


    Roberto libéré

    Tôt réveillés par un petit mal de crâne sans doute lié à l’altitude, nous nous insérons de bonne heure dans la file d’attente de la douane bolivienne. 1 heure avant l’ouverture en fait. Nous prenons tranquillement le petit déjeuner en observant la file de voitures s’allonger derrière nous. Des 4×4 tous couverts de boue, témoignant de la piètre qualité des routes boliviennes dans ce secteur. Et puis ça démarre. Les véhicules venant du Chili n’étant pas encore arrivés, les formalités vont aller assez vite. Nous quittons assez rapidement la Bolivie, après avoir annulé tout ce que nous avions péniblement obtenu la veille ! Il ne reste plus qu’à se reconstruire côté Chili. Là aussi, finalement, ça passe bien. Et, environ 1h30 après le début des formalités, nous voilà munis du précieux sésame pour Roberto, autorisé à circuler au Chili jusqu’à fin avril, largement plus qu’il n’en faut. Tout ça pour ça, pourrait-on penser, mais la pression qui retombe et la sensation de liberté qui la remplace font que nous ne regrettons déjà aucunement cette aventure. D’autant plus que nous allons, grâce au retour du beau temps, profiter encore mieux le fabuleux paysage de ce secteur.

    Nous nous arrêterons au bord d’un grand lac pour photographier des vigognes et des flamants roses. Et puis nous referons des courses dans un supermarché ouvert un dimanche après-midi (pour la douane il fallait que le frigo soit vide…). Et puis nous finirons au milieu du désert à une trentaine de kilomètres de San Pedro de Atacama. Où je devrais pouvoir récupérer mon permis le lendemain après-midi. En théorie…


    Delayed

    Arrivés à San Pedro, nous nous installons sur un petit parking à proximité du Tribunal de Police. Je m’y rends à l’ouverture à 14h30 (c’est un lundi). Alors que je m’attendais à une longue attente – un a priori sur la bureaucratie chilienne ? – je suis pris presque tout de suite. Je tends les papiers au guichet. On m’annonce le montant de l’amende avec d’après ce que je comprends un « discount » mais que le seul moyen de paiement du jour est un transfert bancaire. Autant dire la galère à partir d’un compte français. Mais on me dit aussi que le lendemain matin, tous les moyens de paiement seront disponibles… Qu’à cela ne tienne, Roberto est autorisé jusqu’en avril, je peux revenir demain ! De toutes façons, nous avons rendez-vous dans l’après-midi avec une famille française (un couple et 2 garçons de 5 et 8 ans) qui traverse en 2 ans l’Amérique du Nord au Sud dans un camion aménagé. Nous les suivions depuis un moment sur les réseaux et attendions le moment de les rencontrer à l’endroit où nous allions nous croiser puisque nous allions en sens inverse. Et ça c’est trouvé justement ici, à San Pedro de Atacama. Nous échangeons un bon moment sur nos aventures respectives et plus largement nos vies. La passion des voyages en famille cumulée avec la vie nomade est toujours agréable à partager entre initiés. Nous les quittons en fin de journée après l’apéro. Chacun de nous a réservé une soirée d’observation des étoiles avec une agence différente. Mais le ciel semble bien couvert ce soir. Parfois ça se dégage, parfois pas, nous verrons bien.

    Vous pouvez suivre le parcours de notre petite famille sur Polarsteps ou encore Facebook en cliquant sur les liens correspondants.


    La récup

    Retour sur la nuit d’hier soir : le ciel est resté couvert et la sortie a été annulée, pour nos amis comme pour nous. Ce sera pour une prochaine fois, en Bolivie peut-être. Dommage car les ciels étoilés exceptionnels de la région permettent normalement de belles observations, dans des ambiances souvent conviviales : pour compenser le froid nocturne on vous offre couramment Pisco Sour ou chocolat chaud… Allez, me revoilà au Tribunal de Police. Cette fois devrait être la bonne ! Je présente mes papiers. Il est possible de payer en carte aujourd’hui, mais pas ici… On me renvoie vers la mairie, à 500 m de là. Je m’y rends, je paye en carte, je retourne avec le reçu au Tribunal et l’on me rend enfin mon permis. Yesss ! Bilan de l’opération : 5 jours d’attente, 77 euros d’amende, mais un voyage libre dans le Nord du Chili grâce au nouveau permis de circuler de Roberto. Nous passons dire au revoir à nos amis français et reprenons la route du Nord.


    Du vert de gris à la coulée verte

    C’est reparti pour le plaisir de prendre son temps sur la route. Cela dit, à cause de nombreux travaux et des circulations alternées d’une longueur impensable en Europe (parfois plus d’une heure voire une demi-journée entre chaque sens de circulation), nous ne ferons que la moitié du parcours prévu. Un premier arrêt est pour la mine de Chuquicamata, inratable dans le paysage. Fierté du Chili, et pilier de son économie, elle a été la plus grande mine de cuivre à ciel ouvert du monde, phagocytant tout lors de son expansion sur plus de 5 kilomètres de longueur et 3 de largeur, même la ville qui l’a vue naître. La montagne des résidus de traitement du minerai qui en résulte est aussi gigantesque que multicolore. Contrairement à l’univers, elle n’est plus en expansion, l’exploitation se poursuivant désormais en souterrain pour cesser de polluer le voisinage, dont la toute proche ville de Calama, 165 000 habitants. Tout en consommant beaucoup d’eau dans l’une des régions les plus arides du monde. Paradoxalement, le cuivre produit participe à la transition écologique, où l’utilisation des éoliennes, de l’énergie solaire et des voitures électriques nécessite beaucoup plus de cuivre que lors de l’utilisation des énergies fossiles ou des véhicules thermiques…

    Après avoir parcouru plus d’une centaine de kilomètres sans voir la moindre végétation, nous jetons notre dévolu pour la nuit sur la coulée verte de l’une des très rares rivières qui traversent le désert d’Atacama : le rio Loa. L’eau est foncée, peu incitative à la baignade, mais le paysage et la fraîcheur qui en résultent rendent l’endroit apaisant et propice à un repos réparateur. Comme d’habitude, nous serons seuls sur le lieu.

    Et vous l’avez compris, ça n’est toujours pas la fin du désert, il nous reste à découvrir l’extrême nord du Chili, rarement visité par les touristes européens lambda. C’est-à-dire pas nous ! Alors à très bientôt !