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  • 166. Du noir à la couleur

    166. Du noir à la couleur

    Du noir à la couleur.
Valparaiso, la capitale sudaméricaine du street-art.
    Valparaiso, la capitale sudaméricaine du street-art

    Nous approchons gentiment de Santiago, la capitale du Chili, à peu près à mi-parcours entre le Nord et le Sud, distants chacun de plus de 2000 km. Le début du parcours commence par une série noire, surtout pour Roberto, avant d’exploser de mille couleurs dans les ruelles pentues de Valparaiso, pour finalement revenir à un peu plus de raison en approchant de la mégapole chilienne.

    Le parcours décrit dans cet article, en version zoomable ici
    Le parcours décrit dans cet article, en version zoomable ici

    L’île noire

    Intéressante collection d'albums de Tintin en divers dialectes espagnols chez zephyrumediciones.com
    Intéressante collection d’albums de Tintin en divers dialectes espagnols chez zephyrumediciones.com

    Rien à voir avec la silhouette sinistre vers laquelle foncent Tintin en kilt et Milou apeuré, et de toutes façons ce n’est même pas une île : c’est le nom qu’a donné le célèbre poète chilien Pablo Neruda à sa maison préférée, en raison de la couleur des rochers sur la plage. C’était initialement une simple cabane que Pablo Neruda, tout frais nommé consul pour les émigrants espagnols à Paris, a acquise à un pêcheur en 1938. Peu à peu, il l’a faite agrandir et adapter à son goût par un architecte pour y intégrer une visibilité maximale sur la mer, sa grande source d’inspiration, des pièces arrondies, des recoins, une tour et le bar dans lequel il recevait ses amis. Lors de la visite, on découvre les incroyables collections du propriétaire : figures de proue, maquettes de bateaux, vaisselle, coquillages, sculptures, tableaux et autres œuvres d’art. Toute photographie étant interdite à l’intérieur, j’ai récupéré quelques clichés sur le net pour garder la mémoire de ce lieu étonnant. Après une vie bien remplie entre son art littéraire (prix Nobel de littérature) ses fonctions diplomatiques et ses engagements politiques, c’est ici que se fera enterrer Pablo Neruda, 19 ans après sa mort dans des conditions mystérieuses juste après le coup d’état de Pinochet en 1973, dans un jardin en forme de bateau.




    Valparaiso

    La « perle du Pacifique » ne ressemble guère aux autres villes chiliennes ou même sudaméricaines que nous avons visitées. Ce grand port autrefois prospère (le premier d’importance sur la route maritime passant par le détroit de Magellan) a vu son activité chuter après l’ouverture du canal de Panama. Outre cette dégringolade économique, les bâtiments qui l’entourent sont aussi victimes de séismes à répétition et font un peu misère dans l’attente de leur rénovation. Même s’il n’est plus le port principal du Pacifique, le port de Valparaiso reste l’un des ports majeurs et incontournables du Chili, avec l’attrait touristique de la ville en plus. A courte distance du port et dans les collines environnantes, de beaux bâtiments témoignent de cette période dorée dans des quartiers historiquement préservés. Nous allons avec grand plaisir retrouver nos amis Yves et Rosanne, rencontrés dans le ferry de Patagonie, pour passer une journée et visiter une partie de la ville ensemble.

    a) La ville haute en couleurs


    b) Portes et Porteños

    Dans cette facette architecturale de la ville, voici un petit échantillon de portes et de fenêtres qui reflètent bien le souci artistique des Valparaisiens. Qui au passage préfèrent s’appeler eux-mêmes Porteños, un terme générique pour plusieurs villes portuaires d’Amérique du Sud. Rien à voir avec portes, hein ?


    c) Le street-art comme force de résistance

    Dès 1969, des étudiants avaient entrepris d’embellir la ville de fresques, mais leur œuvre a été stoppée net par Pinochet qui dès sa prise de pouvoir en 1973 a fait tout recouvrir. Non mais ! Ce qui n’a pas empêché de nouvelles apparitions ça et là, au péril de la vie de leurs auteurs, faisant du street-art désormais un modèle de résistance. Après la chute du dictateur en 1990, la ville de Valparaiso a encouragé le mouvement, engageant des artistes renommés pour réaliser une vingtaine de fresques dans le quartier Bellavista, un lieu dénommé depuis lors « musée à ciel ouvert ». Peu ou pas entretenues, elles sont aujourd’hui assez ternes, et c’est dans deux autres quartiers, Concepción et Allegre, que les muralistes s’en donnent à cœur joie, pour le plus grand bonheur des touristes. Valparaiso est aujourd’hui considérée comme la capitale du street-art en Amérique du Sud, attirant des artistes du monde entier qui permettent un renouveau permanent des œuvres.


    d) En avant, marches !

    Les nombreux escaliers que comporte la ville n’échappent pas aux pinceaux des grapheurs, avec quelques œuvres assez mythiques comme les marches multicolores des passages Fischer ou Galvez, bordées de petits cafés et restaurants à l’ambiance bohème, l’escalier en touches de piano qui reflète bien le contexte artistique au sens large de Valparaiso, ou encore celui décoré d’une fresque représentant deux fillettes qui jouent, en hommage aux enfants du quartier. Il parait que pendant la dictature, les graffitis sur les parois des escaliers servaient de messages codés pour la résistance. Aujourd’hui encore, de nombreux messages éphémères


    e) Les ascensores de Valparaiso

    S’il y a autant d’escaliers, c’est parce que Valparaiso est constituée d’une multitude de collines (42 !) entourant une zone plane appelée avec inspiration El Plan et sur laquelle donne le port. Très vite, dès 1892, des ascensores (en réalité des funiculaires) ont été installés pour faciliter le déplacement des habitants. Sur les 30 initiaux, seule la moitié est encore visible et 8 sont encore en activité régulière, très peu modifiés par rapport à leur construction d’origine, si ce n’est le remplacement des moteurs à vapeur… Le débit n’est pas très élevé, on fait volontiers la queue pour les trajets, mais le charme de ce mode de transport et la vue sans effort offerte au sommet valent le coup. Pour un prix qui reste modique (20 à 30 centimes d’euro).


    f) Même pas peur !

    Les enfants sont plutôt gâtés au Chili, si l’on en juge par le nombre de parcs de jeux rencontrés dans tout le pays, bien davantage qu’en France en tout cas. Les petites villes ont aussi assez souvent leurs manèges dans un style mélangeant nostalgie, bricolage, sono puissante, couleurs vives et contrefaçon Disney. Les structures de ces manèges de villages sont loin des standards européens : les boulons apparents, les fils qui traînent, les moteurs diesel fumants et les traces de rouille pourraient inquiéter des parents touristes, mais ici on semble s’en accommoder, d’autant que les prix sont souvent modestes. Qu’on ne s’y trompe pas, le Chili n’est en rien arriéré et possède des attractions de niveau mondial dans les grandes villes, ces pittoresques petits manèges de quartier sont juste un truc en plus.


    g) Dans la fleur de son art

    Valparaiso, à l’instar de nombreuses villes du centre du Chili, est particulièrement fleurie, au moins dans la partie que nous avons parcourue. Il est vrai que nous sommes au printemps, mais nous avons remarqué tout au long de notre parcours chilien un souci de fleurissement des villes qui n’avait pas attiré notre attention jusque-là. Cela s’accorde parfaitement avec l’exigence esthétique générale de Valparaiso. On oubliera bien sûr les immeubles décatis au sud du port, encore que ceux-ci font volontiers l’objet d’un fleurissement … pictural.


    h) Les oiseaux

    Ambiance hitchcockienne inattendue sur ce port de pêche que nous visitons « parce qu’il nous reste un peu de temps ». Alors que nous longeons la plage et les quais emplis de bateaux et de baraques de pêcheurs, un nombre incalculable d’oiseaux de mer volent au-dessus de nos têtes à toute vitesse, parfois tout près. En nous rapprochant du petit marché aux poissons, ce sont des pélicans qui s’incorporent dans ce trafic, certains en vol, d’autres posés sur un muret près des marchands ou sur les toits environnants. En en nous rapprochant encore de la plage, alors que le mouvement et le nombre des oiseaux s’intensifie, nous tombons cette fois sur une colonie de lions de mer grognant et rugissant pour repousser tous ces volatiles. Car tout ce petit monde est là pour profiter des abats de la fin du marché, qu’un employé amène par brouettes entières pendant que son acolyte repousse avec son balai les lions de mer les plus hargneux. Du grand spectacle pourtant presque sans spectateurs, les guides en parlant assez peu et les autres touristes préférant se prélasser sur les plages voisines ou investir les restaurants.


    i) R6 GTL ça vous parle ?

    Sur le parking près du port de pêche, une voiture ancienne est garée. Bien que le logo de la marque ait disparu sur la calandre et sur le coffre, je reconnais la silhouette de la Renault 6. Ma dernière rencontre avec ce modèle de véhicule doit remonter à plus de trente ans ! Renseignement pris, la Renault 6 a été produite au en Argentine et en Colombie jusqu’en 1984, soit plus longtemps qu’en France, en jusqu’en 1986 en Espagne. Le Chili assemblait d’autres Renault, comme les R4, R12, R18 et R19 dans une usine commune à Peugeot. Le pays produisait aussi de nombreuses boîtes de vitesse. Le modèle GTL de notre véhicule n’aurait été produit qu’en Amérique du Sud et en Espagne, mais pas en France. La R6 a fait une carrière honnête avec plus de 1,7 millions de véhicules vendus dans l’Hexagone, davantage pour des raisons utilitaires que pour son esthétique austère. Louis de Funès parait-il en possédait deux !


    j) bonus

    Pas possible de quitter Valparaiso sans revenir sur son attrait de charme : l’art de rue. Voici quelques inédits, juste pour le plaisir !


    Santiago

    Notre départ pour notre escapade de Noël en France étant proche, nous ne consacrons dans un premier temps qu’une seule journée à la visite de Santiago, la capitale du Chili. C’est aussi parce que nous ne sommes pas vraiment fans des grandes villes, et que des raisons de sécurité et de circulation nous incitent à ne pas y entrer avec Roberto. Nous nous garons au parking de l’aéroport – où nous passerons la nuit d’ailleurs – et prenons un bus puis un métro pour gagner le centre-ville. Nous arpentons le centre historique, très calme car nous y sommes un dimanche. Peu de commerces sont ouverts, mais nous profitons des beaux bâtiments entourant la Place des Armes ou bordant les rues avoisinantes. La ville, dans ce que nous avons pu voir, a franchement moins de charme que Valparaiso, surtout dès lors que l’on s’éloigne de l’hypercentre. On se sent petits dans cette mégapole de 7 millions d’habitants qui héberge un tiers des chiliens. En comparaison, « seulement » un sixième des Français demeurent dans la zone métropolitaine de Paris, ce qui est déjà beaucoup. Santiago se revendique tout de même le cœur de l’activité culturelle et commerciale du Chili et en tout cas sa ville la plus moderne. Cela est particulièrement vrai si l’on songe que son maire de 2021 à 2024 était une mairesse, qu’elle était communiste … et qu’elle avait 20 ans au moment de son élection ! Elle a depuis été remplacée par un maire RN (mêmes initiales et mêmes orientations que chez nous) confirmant en cela la tendance du pays qui vient d’amener un président d’extrême-droite au pouvoir.


    Décabossage improvisé

    La veille de notre départ pour la France, nous amenons Roberto dans un garage proche de l’aéroport. L’intention initiale était de prendre contact, d’évaluer la réparabilité et de revenir après notre retour, après avoir éventuellement commandé des pièces de rechange, pour les travaux. Mais nous avons été pris en charge immédiatement, les uns commençant à démonter le pare-chocs pour mieux évaluer les dégâts pendant que d’autres cherchaient des pièces d’occasion sur des sites spécialisés et que la secrétaire nous enregistrait. Le bilan nous semble assez négatif, avec le pare-chocs très tordu et partiellement cassé, l’un de ses supports fortement déformé, le revêtement plastique déchiré, un gros creux sur le plancher, sans parler de la tôle enfoncée de la portière. Et pas de pièce d’occasion disponible pour couronner le tout. Mais nos garagistes ne semblent pas plus affectés que ça et se mettent à l’ouvrage pendant que le patron nous donne des bouteilles d’eau et nous invite à nous installer dans la cuisine du personnel. Pendant 7 heures (moins 30 mn pour déjeûner) deux ouvriers vont s’appliquer à tout défroisser, détordre, redresser, recoller. Ils vont souder des pièces de métal sur l’arrière de Roberto pour pouvoir y accrocher un chariot-élévateur et tirer afin de décabosser le plancher centimètre par centimètre. A la fin, la porte est remontée et fonctionnelle. Avec cette méthode « à l’ancienne » le résultat n’est naturellement pas parfait mais tout à fait honnête, d’autant plus que le garage ne nous demandera, pour 14 heures de travail, que 280 euros ! Nous repartons bien soulagés que les portes arrière puissent s’ouvrir et se fermer à nouveau.


    Storage

    Avec la même application mobile que celle qui nous a permis de trouver le garage, nous avons déniché un « storage » à 15 minutes de l’aéroport, un parking sécurisé où Roberto sera bien gardé – enfin on espère ! – pendant le mois que nous allons passer en France.

    Nous vous donnons rendez-vous au retour pour la suite du périple. Hasta luego !

  • 131. Turquie

    Premières impressions

    Des formalités d’entrée relativement simples et rapides, de belles routes, de l’essence pas chère et même de l’AdBlue à la première pompe venue, des magasins modernes : tout porte à penser que, paradoxalement, la Turquie est économiquement plus développée que la Grèce. Cela va-t-il se confirmer dans la durée ?


    Le Mémorial des Dardanelles

    La bataille des Dardanelles a été un moment fort du début de la 1ère guerre mondiale. La France et la Grande Bretagne, alors alliés de la Russie, souhaitaient protéger son approvisionnement qui transitaient par le détroit des Dardanelles, entre la Mer Égée et la Mer Marmorata, contrôlé par l’Empire ottoman aidé des Allemands. Tout étant barré côté terrestre, ils organisèrent un débarquement, aidés aussi des Australiens et des Néozélandais. Mais, mal organisés, ils échouèrent et le conflit se termina au profit des Ottomans, chaque camp perdant au passage 56 000 soldats. Le succès permit tout de même à la Turquie de proclamer son indépendance, et en reconnaissance d’élever un grand mémorial en hommage aux victimes. Curieusement, le fait d’avoir participé rendit très fiers les Australiens et Néozélandais fraîchement libérés de l’emprise britannique. Le 25 avril, anniversaire du débarquement, est chez eux un jour férié et bien davantage célébré que le 11 novembre. Nous avons visité aussi l’un des cimetières français, mentionnant notamment la perte des 4 sous-marins et de leurs équipages qui avaient été engagés dans le conflit. Indispensable devoir de mémoire.



    Un de Troie

    Il nous aura fallu venir en Turquie, aussi bien Claudie que moi, pour apprendre que la ville de Troie était ici, sur la côte Ouest du pays. Et pas en Grèce comme nous le pensions. Et pas dans l’Aube non plus, je vous vois venir. Le site est presque aussi vieux que les pyramides d’Égypte, mais n’a été mis au jour qu’à partir de 1871. Il est bien sûr célèbre pour avoir été le théâtre de l’affrontement entre les rois grecs, dont Achille, venus récupérer la belle Hélène volée au roi de Sparte par le prince troyen Pâris. Après 10 ans de siège et une ruse chevaline que l’on connait tous, les Grecs ont fini par remporter et la guerre et l’épouse du roi.

    Il ne s’agirait pas simplement de la légende rapportée par Homère dans l’Iliade, les fouilles archéologiques réalisées à Troie confirmeraient une partie du conflit. Nous avons trouvé sur les lieux un musée moderne mais cher (2 fois le prix du déjeuner que nous avons pris après la visite) et un site archéologique agréable à parcourir sur de petites passerelles en bois. Notre vraie déception a été que la réplique grandeur nature du Cheval de Troie était … en travaux. De quoi ruer dans les brancards.



    Nulle autre qu’Assos…

    Qu’Assos me fasse sourire n’étonne pas Claudie, habituée à mes jeux de mots vaseux. J’espère tout de même transmettre ce sourire par contagion à quelques lecteurs.

    Pour le reste, le site que pourtant notre guide préférait largement à Troie nous a déçus. Accès mal indiqué, longue file de boutiques de souvenirs et de bars-restaurants avant de parvenir à l’entrée, édifices ressortant peu du paysage en raison d’une couleur similaire au sol, stigmates encore très présents du dernier incendie. Quant au « magnifique » temple d’Athéna perché sur sa colline au-dessus de la Mer Égée, il n’avait pas toute la superbe promise.

    Dommage pour un site fondé au 1er millénaire av. J.-C. par des Lesbiens et des Lesbiennes. Les habitants de Lesbos, l’île grecque juste en face, vous pensiez quoi ?

    Deux heures de route plus tard, nous trouvons un chouette endroit pour dormir. Une aire de pique-nique dans une petite forêt dont les arbres ont les pieds peints en blanc. L’ambiance tranquille à l’arrivée ne durera pas. Vers 19h les voitures ont commencé à défiler, haut-parleurs vrombissants et glacières pleines de bouteilles. Misère…

    Nous avons vite laissé ce petit monde à leur soirée animée pour rejoindre un spot plus paisible jouxtant un cimetière. Las, à 21h, deux voitures sont arrivées et ont commencé à sortir les bouteilles et les chaises. Re-misère !

    Mais la sono était discrète cette fois, au point que nous nous sommes endormis avant leur départ. À se demander le matin si nous n’avions pas rêvé. Mais les bouteilles et papiers gras étaient bien là sur le sol à l’emplacement des voitures…


    Immersion

    Parmi les choses que nous aimons le plus en voyage, il y a le fait de se retrouver au milieu d’une population qui ne nous ressemble pas et qui vit sa vie normalement, sans être pervertie par un quelconque attrait touristique, ni éventuellement par nous-mêmes. Cela ne nous était pas encore vraiment arrivés depuis notre arrivée en Turquie, jusqu’à ce que nous visitions Bursa, la 4ème ville du pays. Une journée de marche citadine qui nous aura conquis, nous menant des bazars très animés aux superbes mosquées et mausolées appelés ici turbë. Dans les deux cas nous avons eu l’impression d’être les seuls touristes du jour, du moins non turcs. Avec tous nous sens en éveil car très sollicités. La vision de cette architecture ottomane, d’un grand nombre de femmes voilées, des couleurs vives des boutiques de soie installées dans un ancien caravansérail. L’ambiance sonore des camelots, des klaxons et des appels à la prière mélangés. L’alternance des parfums d’encens, de savons ou encore de café. Alors que les lieux de cultes musulmans nous sont souvent refusés en Europe tout en étant par ailleurs assez austères dans leur décoration jusqu’ici, nous sommes entrés sans problème – du moment que le dress code était respecté – dans de grandes et magnifiques mosquées merveilleusement bien décorées. Une véritable immersion que nous attendions depuis un moment.

    Nous prenons la route de la station de ski située au sud de Bursa, sans monter jusqu’au sommet (2545 m d’altitude) pour dormir au frais dans une petite forêt déserte trouvée par hasard à environ 1100 m. Nous décidons d’y rester 2 nuits. La Turquie s’avère aussi hospitalière que la Grèce pour les véhicules aménagés, et c’est une bonne nouvelle.


    Cumalikizik

    Ce petit village au nom rigolo est l’exemple typique des conséquences désastreuses de la surpopulation touristique. Bien conservé depuis le moyen-âge, il attire forcément les citadins lassés du béton de leurs façades et du bitume de leurs rues. Mais les citadins ça a besoin de manger, de boire et de faire pipi. Alors on leur construit des bars et restaurants. Et puis un ou deux parkings. Et puis pourquoi ne pas les appâter avec des babioles multicolores ou des sirops de fruits locaux ? Alors les boutiques poussent et cachent les façades moyenâgeuses, empiètent sur les rues pavées.

    Par chance, le village est assez grand et en pente. Vers l’extérieur et les hauteurs, les chalands se font plus rares et les maisons redeviennent accessibles. Et les boutiques sont plus intimes, comme celle où nous avons pris notre premier thé turc. Une seule table au milieu d’une grande pièce en désordre, à laquelle sont déjà attablés la patronne et quelqu’un de la maison. Mais ils s’écartent un peu et nous rajoutent 2 chaises, nous invitant à leurs côtés. Nous avons échangé un peu et bu notre thé, servi noir et dans de tout petits verres. 35 centimes le çay, comme on l’appelle là-bas. L’expérience valait le jus, si on peut dire.


    Ça rime

    Oui, Iznik ça rime avec céramique. L’activité a été prédominante entre le XVIe et le XVIIe siècle, au point que l’on retrouve de jolies faïences créées dans la ville sur les plus grandes mosquées du pays. La demande est moindre maintenant, mais de nombreuses boutiques restent dédiées à l’activité, dont un pôle de créateurs dans une ancienne école coranique. Du très beau travail qu’on aimerait rapporter avec nous. Mais il faudrait atteler une remorque à Roberto.


    Limite : 82 km/h

    Impressionnés par la qualité du réseau routier au départ, nous révisons peu à peu notre opinion. Il est vrai que le large temps dont nous disposons et notre quête des bivouacs en altitude et en nature nous conduisent fréquemment à emprunter les axes secondaires. Et là force est de constater que le niveau d’entretien n’est pas extraordinaire et rejoint en bien des points, on pourrait même dire en bien des trous, celui des derniers pays traversés. L’absence de revêtement est par ailleurs fréquente sur ces routes, et Roberto est presque en permanence recouvert de poussière. Le côté amusant de ces petites routes, c’est le nombre d’animaux qui y circulent en liberté, vaches principalement, mais aussi moutons, chèvres, chiens et chats. Il faut être vigilant.

    Sur les grands axes, nous empruntons habituellement la route à 2×2 voies qui longe l’autoroute – que par principe nous ne prenons pas, même si en Turquie le coût est modeste. La limite de vitesse y est extrêmement variable, passant de 110 km/h par défaut à 50 km/h au moindre croisement, les deux panneaux correspondants pouvant se suivre à quelques mètres seulement. Autant dire que personne ne respecte, d’autant plus que la fin du 50 n’est jamais annoncée. Le plus compliqué, c’est que la limite est variable selon les véhicules. Apparemment, c’est 100 pour les fourgons comme le nôtre ou 90 pour les camions. Quand la 2×2 voies traverse des villes, la limite descend à 82 km/h pour les voitures (il parait que c’est pour pouvoir flasher à 90…) et 50 à 60 km/h selon la ville et la taille du véhicule pour les autres.

    Mais le pire, c’est la mise en place depuis quelques années du contrôle de la vitesse moyenne, qui peut se faire sur plusieurs dizaines de kilomètres avec aussi des sections plus restrictives. On trouve des portiques avec caméras un peu partout, difficile de savoir si elles sont juste pour le contrôle de sécurité ou pour celui de la vitesse. Nous n’avons pas perçu de flash pour le moment, il n’y en a peut-être pas d’ailleurs. Mais il parait que pour les étrangers, la note tombe à la frontière, au moment de quitter le pays…


    La ville du safran

    Difficile de cacher son passé quand on s’appelle Safranbolu. Cette ville a été un poste caravanier important entre l’Orient et l’Occident du XIIIe au XVIIIe siècle, où l’arrivée du chemin de fer a mis fin à ce type d’activité. Entre autres commerces, on y vendait du safran, la ville en étant le principal producteur en Turquie. De ce passé, Safranbolu garde une architecture ottomane remarquablement conservée, qui l’a faite inscrire au patrimoine mondial de l’Unesco.

    Nous n’aurons pas le plaisir de voir les champs de crocus en fleur ni d’assister à la récolte, le tout se produisant à l’automne, mais nous pourrons déguster un « thé » au safran chez Mehmet, un commerçant réputé de la vieille ville. J’ai mis thé entre guillemets car de thé il n’y en a point : l’eau chaude est directement versée sur une pincée de pistils rouges de safran au fond d’un petit verre, le liquide prenant immédiatement une magnifique couleur jaune d’or.  En parlant d’or, le safran est l’épice la plus chère du marché, se vendant entre 30 et 45 000 € le kilo, soit à peine moins que le métal précieux (54 000 € le lingot)


    Thé ou café ?


    Le repos du gosier

    Bien sûr, nous avons craqué pour un petit assortiment….


    Noir c’est bleu

    Nous voici arrivés sur le littoral de la Mer Noire, et vous savez quoi ? Eh bien elle est toute bleue, parfois même d’un joli turquoise dans les zones de hauts fonds ! Encore un mythe qui tombe… Certes, tard le soir ou même la nuit, une couleur sombre apparait, mais la nuit, toutes les mers sont grises, c’est bien connu. Le pire, c’est que l’origine du nom n’a pas été élucidée. Il se pourrait que « noire » désigne le « nord », cette mer se situant au nord de la Turquie, mais ça n’est qu’une hypothèse parmi d’autres. Ce qui est admis, c’est que cette mer était autrefois un lac d’eau douce, 150 m au-dessous du niveau actuel. L’élévation suite à une fonte glaciaire aurait fait monter le niveau de la Méditerranée, qui se serait déversée par le détroit des Dardanelles dans la Mer de Marmara, qui se serait déversée par le détroit du Bosphore dans la Mer Noire. En profondeur, c’est toujours ce qui se passe d’ailleurs : l’eau y est très salée alors que très peu en surface.

    Nous avons longé la Mer Noire d’Ouest en Est sur plusieurs centaines de kilomètres. C’est parfois très sauvage avec une petite route tranquille qui se faufile entre une végétation abondante – favorisée par le microclimat – et de jolies petites criques, ou plus urbanisé avec des cités portuaires ou des stations balnéaires aux constructions quelconques, reliées par une route côtière à 2 x 2 voies souvent envahie de camions.


    Sinop, en bref


    Les mythes tombent comme des mouches

    Après la Mer Noire toute bleue, nous découvrons la ville de Samsun, qu’on imaginait plutôt sud-coréenne que turque. D’accord, c’est juste pour rire, il manque quand même le g final. Mais dans un parc de la ville, en bord de mer, nous tombons sur la statue d’une jeune guerrière, arc à la main, jupe et mocassins en daim, et la mention « Amazone » en dessous. Mais les Amazones ne sont-elles pas originaires d’Amazonie ? Eh bien non, je me suis encore fait piéger. Un panneau explicatif nous apprend qu’un peuple de femmes guerrières aurait vécu ici entre 2000 et 1000 av. J.-C. ce que les historiens jugent peu probable selon d’autres sources, aucun vestige archéologique correspondant n’ayant été retrouvé. Par contre, des traces tangibles de femmes guerrières ont été retrouvées en Ukraine et en Russie. Autant dire que le conflit actuel remonte à loin. Ç’est quand même drôle de voir réunis ici Samsun et Amazon.

    Et un petit chez soi reconstitué. Admirez au passage l’intégration du déshumidificateur d’air ! Tout ça était un peu kitsch et sujet à controverse historiquement parlant, mais bon à 0,40 € l’entrée, on n’a pas demandé à être remboursés !


    Ainsi s’achève cette première partie de la Turquie. Le pays est grand, prévoyez au moins 2 ou 3 autres articles sur le sujet. Alors à bientôt !

    Le parcours correspondant à cet article, en version zoomable ici pour les passionnés et ci-dessous les boutons pour commenter, pour vous abonner ou pour nous retrouver sur les réseaux sociaux

  • 107. En route sans Roberto

    Pendant que notre véhicule préféré (bah oui, nous n’en avons qu’un) attend sa croisière sur le Titus, nous arpentons les rues de Panama City, et plus particulièrement celles du Casco Viejo puisque nous y logeons. C’est le quartier où la ville initiale s’est reconstruite après le saccage par le corsaire anglais Henry Morgan en 1671. Si ses habitants ont fui en périphérie pour se réfugier dans des tours de béton, les touristes redécouvrent aujourd’hui sa belle architecture coloniale et toute son histoire, provoquant de fait sa réhabilitation progressive. Pendant quelques jours, nous vous partagerons quelques points qui ont attiré notre attention.

    Le Café Coca-Cola

    Le Café Coca-Cola est le plus ancien café de la ville, présent depuis 1875, et le seul au monde à porter ce nom. Tandis que Wikipédia relie cela à l’amitié entre les américains et les panaméens à cette époque (mon œil, oui), le café lui-même et d’autres sources assurent que l’établissement a gagné son procès contre la firme américaine, celle-ci ayant malencontreusement oublié de protéger sa marque au Panama (ils en étaient au tout début de leur expansion mondiale). L’établissement est resté dans son jus, parfait pour un café, et continue à servir – il fait aussi restaurant – une cuisine locale saine, copieuse et bon marché, que les locaux accompagnent bien plus souvent de café que de la boisson aux 7 morceaux de sucre par canette de 33cl.

    Et c’est probablement de bon café panaméen que se sont abreuvés les hôtes célèbres du lieu, comme le couple Perón, Pablo Neruda, Fidel Castro, Ernesto Che Guevara ou encore (sans comparaison aucune) Julio Iglesias et Daniel Craig.

    Mine de rien, le Café Coca-Cola est inscrit pour sa valeur historique au patrimoine mondial de l’Unesco !


    La Mercedes dans l’église

    Désolé pour les vanlifers qui roulent en Sprinter, nous ne parlons pas de leur véhicule favori, mais de l’église Nuestra Señora de las Mercedes, alias La Merced, du vieux quartier de Panama City.

    Construite à partir de 1522 à l’entrée de la ville primitive, elle fut le seul édifice épargné par le saccage du corsaire Henry Morgan en 1671. Alors quand la capitale fut reconstruite plus loin, sur l’actuel Casco Viejo, l’église y fut transportée pierre par pierre à dos de mule et d’esclave. Du moins la façade, parce que les pierres de ses murs furent réquisitionnées pour les nouvelles constructions. C’est pourquoi les tours qui encadrent la façade sont d’aspect plus récent.

    Peu reconnaissante, l’église catholique expropria deux siècles plus tard l’ordre des mercédaires (créé en 1218 pour le rachat des chrétiens captifs des musulmans) qui avait tout retapé. Sachant qu’ils ne pourraient dire que merci (traduction française du latin merces). Ils ont tout de même fini par récupérer leur bien en 1983. La morale est sauve !

    À l’intérieur de l’église, on remarque la structure en bois (d’origine) qui soutient la charpente, frêle d’aspect mais apparemment efficace et le bel autel doré copie fidèle de l’original où trône la Vierge de la Miséricorde, sainte patronne du lieu. Sur les côtés sont aussi très vénérées (j’ai dû revenir pour faire les photos) la Virgen del Carmen qui protège les marins, avec son bateau dans la main, Sainte Edwige, protectrice des foyers, reconnaissable aux multiples maisonnettes déposées à ses pieds en guise d’ex-voto, et la Vierge de la Charité, sainte patronne des Cubains, avec en dessous la barque des 3 hommes qui l’ont découverte flottant près d’une île.


    Réhabilitation

    Le « vieux quartier » de Panama City, érigé après la destruction de la ville initiale en 1671, a connu son apogée entre 1850 et 1920, une fois le chemin de fer et le canal en service. La plupart des bâtiments reflètent le style colonial espagnol de cette époque. La fuite de la population aisée vers la périphérie vers 1970 a conduit à un appauvrissement du quartier et au développement de la criminalité qui ont encore aggravé les choses. Petit à petit, l’habitat s’est détérioré. Heureusement, après la qualification en monument historique national par le gouvernement en 1976 et surtout en patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO en 1997, le Casco Viejo a commencé à renaître. Les bâtiments restaurés ont une certaine classe et attirent maintenant les touristes aisés. Le contraste avec les anciens immeubles dont souvent ne persistent que les façades et dont les ouvertures du rez-de-chaussée ont été murées est saisissant. Mais ces vieux bâtiments aux couleurs tantôt fades tantôt vives, aux boiseries d’un autre âge, souvent décorés de peintures murales et hébergeant une population authentique ont aussi un charme fou. Je les préfère personnellement aux précédents.

    A noter que pour favoriser la réhabilitation, le gouvernement offre 30 ans de taxe foncière et 10 ans d »impôts à ceux qui s’y lancent. Autant dire que les chantiers sont nombreux !


    Carludovica Palmata

    Ah ah, je sens que ce titre ne vous évoque pas grand-chose. Il s’agit d’un palmier qui ne pousse qu’en Équateur, dont la paille aussi fine que souple et légère était utilisée par les habitants de certaines régions du pays pour tresser des chapeaux de soleil.

    Efficace et robuste, le chapeau a suscité une demande forte des autres régions puis du monde entier, accentuée peut-être par son usage chez les ouvriers du canal ou quelques personnalités comme Roosevelt ou Churchill.

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    Je suis quasiment le seul sans chapeau !

    Son expédition par caisses estampillées « PANAMA », puisque devant transiter par ce pays pour l’export, a fait croire à ceux qui les recevaient que le chapeau venait de là et son nom panaméen a fini par tomber dans l’usage courant. L’Équateur aurait pu se plaindre, mais comme les recettes s’envolaient…

    On en trouve de toutes les qualités, mais sachez qu’un vrai panama se reconnait à son tressage très fin qui démarre par une rosace au sommet du chapeau. Autant dire que la totalité de ceux pris en photo ici sont des faux !

    Enfin, le chapeau panama, équatorien donc, est inscrit au patrimoine culturel de l’humanité, comme le Café Coca-Cola d’ailleurs. Mais ça n’a rien à voir.


    Cerro Ancón

    Lorsque la première ville de Panama fut saccagée par les pirates en 1621, on décida de la reconstruire en un lieu plus sûr que sur une simple plage, car les plages c’est difficile à défendre, les Allemands en ont fait les frais en 44. Enfin les Alliés aussi mais ça n’est pas le propos. Donc la ville fut déplacée sur une péninsule placée au pied d’une colline qui permettrait de la surveiller tout en l’alimentant en eau potable et qui fut baptisée Cerro Ancón.

    Vous le savez, j’aime bien savoir l’origine des noms. Pas besoin de lancer Google Traduction pour savoir que « cerro » signifie « colline » en Espagnol, mais nous l’avons interrogé pour « Ancón », qu’il a traduit bêtement par « ancon », ce qui pourrait désigner cette année coronavirale qui nous a pourri la vie, mais non.

    J’essaie alors sur Wikipédia, qui m’en donne la définition suivante : « En géographie , un ancón est un corps aquifère navigable plus grand qu’une entrée et moins profond qu’un creux« . Misère… Je tente ma chance avec une traduction en Anglais, et oh miracle, j’obtiens le mot « cove », qui signifie « crique ».

    Nous partons donc ascensionner la Colline de la Crique, un petit havre de paix végétale au cœur de la ville. Certains y rencontrent des animaux, mais les seuls troupeaux que l’on ait croisé étaient euh humains. Du haut des 199m, sous les ondulations du plus grand drapeau du pays, de jolis panoramas s’offrent sur la ville nouvelle hérissée de tours, le vieux quartier où nous reconnaissons quelques édifices religieux caractéristiques, et le canal dans toute sa splendeur avec des montagnes de containers hérissées cette fois de grues. Peu de navires circulent en revanche. Nous apercevons au loin le Titus qui aurait dû récupérer Roberto il y a 3 jours mais qui reste mystérieusement ancré à l’entrée du canal.

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    Vue dégagée sur Panama City : les tours de la ville moderne à gauche, le quartier historique à droite
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    Le port de commerce et une belle perspective du canal avec les écluses de Miraflores au fond

    Le grand échange

    Il y a un peu plus de 3 millions d’années, le Panama n’existait pas. Ou plutôt c’était un canal de grande largeur qui séparait les deux Amériques. Les porte-containers auraient pu y circuler facilement et gratuitement s’ils avaient existé. Mais à l’époque, l’espèce humaine commençait tout juste à se redresser sur ses jambes, autant dire que le porte-container était le cadet de ses soucis.

    Et puis la plaque pacifique s’est glissée un peu plus sous la plaque caraïbe, provoquant un soulèvement du sol ainsi que l’éruption de volcans qui ont fini par boucher le canal. C’est ballot, puisqu’il a fallu le recreuser plus tard, mais surtout cela a permis à tout ce qui vivait au Sud de passer au Nord et réciproquement. C’est ce que l’on a appelé le grand échange. Sans cela, il n’y aurait pas de paresseux en Amérique du Nord, ni de lamas en Amérique du Sud. Le Pérou ne serait pas le Pérou. Le Costa Rica ne produirait pas d’ananas. Les Mayas auraient du se passer de cacao. Le plus étonnant dans ce grand échange, c’est que 3 millions d’années après, il n’y a toujours pas de route reliant les deux Amériques !

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    Nous avons entendu parler de tout cela au Biomuseo de Panama City, qu’on repère de loin grâce à ses toits multicolores. La visite est idéale pour occuper un jour de pluie.


    Yakadi va pêcher !

    Yakadi, c’est le nom d’un navire de pêche panaméen parti pêcher illégalement le 6 avril dernier. L’année dernière, il aurait pu sans doute dévaliser l’océan sans vergogne, mais sous la pression de l’Union Européenne, le Panama a dû prendre des mesures, s’équiper d’une surveillance satellite et de moyens d’interpellation. Car sinon l’Europe aurait interdit toute importation de poisson en provenance de ce pays. Les États-Unis font aussi pression de leur côté. C’est comme ça, les gros imposent leur loi aux petits. Mais c’est aussi une façon de protéger les honnêtes pêcheurs locaux, qui connaissent les mêmes difficultés que partout : raréfaction de la ressource, pollution, augmentation du prix du carburant, etc.

    Le petit port de pêche de Panama City, avec ses bateaux d’un autre âge ancrés devant la skyline imposante de la ville, reste assez plaisant à visiter. Et les petits restaurants du marché au poisson sont toujours bien achalandés. Il va falloir que l’on teste leur ceviche très réputé avant de quitter le pays !  

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    Tomates d’arbres et soupes de pattes

    A défaut de subir la malbouffe locale (c’est loin d’être une spécialité panaméenne hélas) nous restons curieux de ce qui peut être proposé sur les étals des marchés ou les menus des restaurants.

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    Sur les premiers nous avons retrouvé ces « tomates d’arbres », des tamarillos en fait, que nous avions vues dans la nature au Costa Rica, des grappes de raisin aux grains très allongés et sans pépins et une multitude d’avocats. Au pays des Panama Papers, rien d’étonnant… Et un rien détonnant que cette soupe aux « municiones », non ?

    Sur les seconds, nous avons repéré cette « soupe de pattes », une sorte de ragoût aux pieds de porc ou de vache, et des plats revendiqués créoles faisant la part belle au riz et aux haricots rouges, l’accompagnement pluriquotidien des repas en Amérique latine.

    Et puis avouons-le, il nous est arrivé de craquer aussi pour quelques spécialités françaises, comme ce petit camembert dont l’emballage permettait une conservation d’un an (!) et tout à fait honorable au goût.


    Cet article aurait dû clôturer notre séjour au Panama, mais ce n’est pas tout à fait le cas. Nous avions prolongé un peu notre location pour attendre le départ de Roberto, mais à l’heure où j’écris, celui-ci attend toujours son bateau-hôte, lui-même « scotché » à l’entrée du canal depuis 9 jours sans aucune autre explication. Le départ qui était annoncé le 17 juin est maintenant reporté au 29. Nous quitterons le Panama avant. A bientôt pour la suite du feuilleton…