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  • 161. Le Chili pour de bon

    161. Le Chili pour de bon

    Le Chili pour de bon
    Pas moyen de se tromper, c’est le Chili pour de bon !

    Nous voici donc partis à la découverte du Chili, ce pays à la géographie étonnante cerné de toutes parts par des frontières plus naturelles que politiques : 4 300 km de littoral pacifique à l’Ouest, 4 300 km de Cordillère des Andes à l’Est, le désert d’Atacama au Nord et le désert de Patagonie au Sud. Le tout pour une largeur moyenne de 177 km ! Avec un fort vent de face, « destructeur » selon la météo, nous nous dirigeons péniblement vers la ville de Punta Arenas.


    Stop tatou

    Après une traversée de frontière plus simple que prévu (papiers simples et rapides, inspection du véhicule a minima), nous voilà repartis sur les routes du Chili, mais pour de bon cette fois. Nous tentons un ravitaillement du frigo, laissé vide pour la douane, à Cerro Sombrero, la première ville rencontrée sur notre parcours, mais les deux mini-mercados, de la taille d’une maisonnette sont fermés en ce milieu d’après-midi. Ils n’ouvrent que de 18 à 20 heures, de vrais mini-horaires assortis à leur taille ! Et puis nous refranchissons dans le même bac gratuit qu’à l’aller le détroit de Magellan, sous la pluie. Peu de risque que la Terre de Feu s’embrase aujourd’hui. Nous quittons cette grande et superbe île pour le Chili continental, longeant d’abord la rive nord du détroit. La pluie se calme mais nous en avons assez pour aujourd’hui : nous nous garons pour la nuit près d’une plage de galets. Isolés du vent et du bruit de la route par une petite butte, c’est parfait. Nous aurons de plus la chance de voir un tatou. Ça court vite ces bêtes-là ! Le temps de sortir mon téléphone, il m’a fallu le courser pour le rattraper et le prendre en photo, de quoi enrichir notre collection faunique patagonne.


    Encore un village fantôme

    L’Estancia San Gregorio était au début du XXe siècle l’une des principales productrices de laine, de viande et de cuir de mouton de la Patagonie chilienne. Une réussite économique dans la région. Comme beaucoup d’établissements similaires à cette époque, elle vivait en quasi autarcie avec tous les services utiles aux travailleurs : maisons, écoles, cuisine, garage, chapelle, infirmerie, bibliothèque, etc. Sans oublier une belle cave à vin. Elle disposait même de quais pour l’expédition des marchandises par train ou par bateau. Après une période d’apogée vers 1930, elle connut un déclin brutal, peut-être en raison d’une mauvaise gestion, entraînant l’abandon des bâtiments qui sont restés aujourd’hui dans leur jus. On y trouve même des ballots de laine prêts à être exportés et, en cherchant bien mais l’accès est plus dangereux, des carcasses de moutons non encore tondus. Dommage, car l’industrie ovine semble encore assez active dans le sud du Chili, à en voir les grands troupeaux qui paissent un peu partout. Entre autres bâtiments à l’abandon, on trouve sur le rivage l’épave de l’Amadeo, le navire exportateur des propriétaires, qui a donc échoué avec eux…


    Punta Arenas

    Cette ville est le pendant chilien d’Ushuaïa en Argentine mais – c’est une opinion personnelle – en mieux. Là où l’architecture argentine était terne, nous avons plaisir à retrouver des couleurs et quelques bâtiments historiques. La tôle ondulée et le bardage bois semblent être la règle, au moins dans le sud du Chili, mais au moins c’est coloré ! Sur le boulevard côtier de Punta Arenas, la Costanera, on trouve une statue d’un capitaine chilien ayant sauvé un bateau expéditionnaire brisé par les glaces, des pontons qui ne sont plus accessibles qu’aux oiseaux de mer, et diverses œuvres d’art. Le port est très actif, bien que son activité ne soit plus aussi florissante depuis la mise en service du canal de Panama qui a détourné une grosse partie du trafic du détroit de Magellan. Le centre-ville comporte pas mal de bâtiments historiques de style, souvent des demeures des premiers (et riches !) commerçants de la laine ou de la viande ovine, mais aussi des édifices religieux comme la cathédrale du Sacré-Cœur, reconstruite en briques quelques années après que la version initiale en bois ait totalement brûlé en 1892 quatre mois seulement après son inauguration. Eh les gars, vous aviez pensé que les fidèles allaient forcément allumer des cierges ?! Au centre de la place principale trône une statue de Magellan, grâce à qui tout a commencé pour les colons européens mais à cause de qui tout a foutu le camp pour les autochtones qui vivaient paisiblement dans la région. Symboliquement, Magellan situé en haut de l’édifice est hors de portée des passants, mais caresser le pied de l’indien Selk’nam représenté au-dessous porte chance. Ça lui fait une belle jambe, tiens !

    a) La ville


    b) Les couleurs


    c) L’insolite


    d) L’épave du Lord Lonsdale

    Jamais nous n’avions vu autant d’épaves qu’en Patagonie, même sans s’approcher du Cap Horn dont la réputation est terrible à ce sujet. Près d’un quartier sud de Punta Arenas, c’est la silhouette rouillée de la frégate anglaise Lord Lonsdale, un trois-mâts en acier, qui barbote dans l’eau tout près de la route. De son port d’origine Hambourg à sa destination Mazatlán, sur la côte ouest du Mexique, ce navire n’avait d’autre solution en 1909 que de passer par le détroit de Magellan. En escale aux Malouines, il a pris feu, et n’est plus restée que la coque. Il a finalement été remorqué jusqu’ici pour finir ses jours à la plage. Beaucoup de gens rêvent de faire pareil, vous savez.


    Puerto Natales

    Puerto Natales, Chili
    Puerto Natales, Chili

    De taille plus modeste que Punta Arenas, cette ville portuaire n’en est pas moins charmante avec ses petites maisons colorées, ses sculptures sur le port (les Amoureux du Vent, puis une main géante semblant sortir du trottoir pour attraper les passants) et ses cygnes à bec noir près du rivage. Nous achetons ici des cartes SIM pour le Chili (4,50€ pour 40 Go et réseaux sociaux illimités, ça va !), nous faisons nettoyer Roberto qui en avait bien besoin et faisons 2 ou 3 courses. Côté excursions, nous avons prévu de rendre une petite visite à la grotte du paresseux géant et à une usine frigorifique reconvertie en hôtel 5 étoiles.


    La Cueva del Mylodon

    C’est un Allemand qui a découvert en 1895, dans une grotte creusée par les vagues poussées par le vent, les restes d’un paresseux géant de 4 mètres de hauteur. Une reconstitution grandeur nature est d’ailleurs placée à l’entrée de la grotte. C’est mieux pour éveiller l’imaginaire que de contempler une phalange, un tibia et une crotte (oui, ça faisait partie des restes retrouvés !) vieux de plusieurs dizaines de milliers d’années. L’animal, un paisible herbivore a disparu il y a 10 à 12 000 ans à cause du réchauffement climatique (fin d’une période de glaciation !) et peut-être de l’appétit des premiers humains arrivés dans la région.


    Un hôtel singulier

    A 6 km au nord de Puerto Natales, vers 1910, alors que l’industrie ovine était en plein essor dans la région, une grande usine d’abattage des moutons avec transformation de la viande et de la laine a été construite. Les deux produits étaient congelés à l’aide d’une installation très moderne pour l’époque, venue d’Angleterre, pour être exportés vers l’Europe et d’autres contrées lointaines. A son apogée, le complexe traitait entre 150 et 250 000 moutons par an. Il ferma ses portes en 1980, fut déclaré monument national en 1996, avant d’être reconverti en hôtel de luxe. Les architectes de l’Hôtel Singular ont remarquablement conservé la structure et transformé quelques salles en musée. Un court funiculaire est disponible pour accéder aux chambres ou au restaurant. Nous n’avons pas résisté à nous offrir un petit goûter dans cet environnement très …singulier.


    Croisière dans les fjords chiliens

    Si nous sommes venus à Puerto Natales, c’est surtout parce que c’est le terminus sud des lignes de ferry circulant dans les fjords chiliens. Et une ligne nous intéresse particulièrement, c’est celle qui va nous conduire 700 km plus au nord à Puerto Yungay. De là, nous pourrons emprunter cette longue route de 1240 km qu’est la Carretera Austral, réputée magnifique en termes de paysages. Nous aurions pu la rejoindre plus haut en repassant par l’Argentine et beaucoup d’endroits que nous avions déjà vus, mais ça aurait été dommage.

    Nous avions réservé plus d’un mois auparavant notre passage sur le Crux Australis, dont les départs ne se font que tous les 5 à 7 jours selon la saison. Le trajet dure 3 nuits et 2 jours. Il n’y a pas de cabines individuelles mais une grande salle aux sièges très inclinables pour les passagers. Le gros plus pour nous est que nous pourrons dormir dans Roberto. Nous embarquons à 18h30 pour un départ prévu à …5h du matin.

    Après, eh bien c’est une vraie petite croisière. Le bateau circule dans de larges canaux entourés de montagnes aux sommets enneigés. Le spectacle est permanent. Le ciel est un peu gris le premier jour mais se découvre le second. Nous sommes nourris 3 fois par jour. Le personnel est aux petits soins. Nous avons largement le temps de discuter avec quelques passagers, dont un couple de Français de notre âge qui circule en voiture de location pour 1 mois. Et puis avec d’autres voyageurs, dont plusieurs circulent en véhicule de loisirs comme nous.


    Deux escales sont prévues. La première, 26 heures après notre départ, est Puerto Eden, un petit port de pêcheurs presque tous descendants du peuple Kawésqar, présent dans la région depuis plusieurs millénaires, et qui n’est accessible que par la mer, ceci expliquant sans doute cela. Seuls les passagers dont c’est la destination finale auront d’ailleurs le droit d’y pénétrer. Ceux qui poursuivent comme nous ne pourront que descendre sur le quai et faire quelques photos, voire acheter un peu de nourriture. Il a été étonnant de voir d’ailleurs, alors que nous sommes généreusement nourris, de nombreux passagers se précipiter sur les stands d’empanadas. Et nous voilà vite repartis jusqu’à l’escale suivante. Mais nous avons le temps, elle est à 25 heures de navigation !


    A un moment, le Crux Australis ralentit nettement. Un navire s’approche en sens inverse. Et plus il se rapproche, plus il a une allure bizarre. A la fois rouillé et couvert de mousses et de végétation dense, c’est presque un bateau fantôme que nous allons frôler… Lorsque nous sommes tout près, notre ferry se met au ralentit pour que nous observions mieux cette véritable épave, dont nous apprenons bientôt l’histoire étonnante.

    Construit en 1937, vaisseau de guerre sous pavillon norvégien pendant la Seconde Guerre Mondiale, puis cargo plus tranquille, ayant changé plusieurs fois de nom et de propriétaire, ce navire est devenu le Captain Leonidas en décembre 1966 tout en battant pavillon grec. Il avait pour mission en avril 1968 de transporter du sucre de Santos au Brésil à Valparaiso au Chili. Sa route passait par le détroit de Magellan puis, comme nous dans cette croisière, par le canal de Messier dans les fjords chiliens. A un endroit qui fait 5 km de large, où il avait pourtant largement la place, il s’est échoué sur un haut-fond situé juste au milieu et connu depuis longtemps, dûment signalé par une balise. C’est là que nous l’avons croisé. L’enquête initiale a conclu à une erreur de pilotage, mais la compagnie d’assurances a eu des doutes. Son enquête a montré que, non seulement le sucre aurait été livré ailleurs avant l’accident, mais qu’en outre le capitaine du navire volontairement jeté ce dernier sur des hauts-fonds pour toucher la prime à la fois sur le bateau et sur la cargaison. Les deux, mon capitaine !


    A 7 heures du matin le lendemain, avec un éclairage sublime, nous atteignons notre seconde escale, Caleta Tortel. Un autre petit village de pêcheurs, dont les maisons sont construites comme le précédent sur pilotis et reliées entre elles par des passerelles en guise de routes. Mais Caleta Tortel est reliée au reste du Chili par une piste accessible aux voitures. Bien évidemment, cela a créé un afflux de touristes, réduit l’authenticité en même temps que l’isolement. Pas de débarquement possible pour Roberto, mais nous avons prévu d’y revenir par la route.

    Et puis, après encore quelques méandres dans ces magnifiques canaux chiliens, nous découvrons au détour d’une pointe de végétation une minuscule crique au fond de laquelle nous attendent une rampe de débarquement en ciment quelques hangars. Mais pas de maison. Puerto Yungay ne doit son existence qu’au fait d’être raccordé à la Carretera Austral, la plus célèbre route du Sud du Chili. Alors que nous nous réjouissons de débarquer et de circuler sur cette route mythique, Roberto refuse tout simplement de démarrer et de quitter le navire !

    C’est évidemment là que je vous laisse… La suite de nos aventures au prochain article ! A très bientôt !

  • 102. Costa Rica deuxième décade

    Nous explorons maintenant la vallée centrale du pays et ses alentours, en poussant une petite pointe vers le nord de la côte Caraïbe. Cette « vallée » est en fait un haut plateau avoisinant les 1000 mètres d’altitude, ce qui nous apporte une fraîcheur bienvenue. En dehors de la capitale San José, notre quotidien sera encore dominé largement par la nature, avec des rencontres animalières exceptionnelles.

    Las termales del bosque

    Vous vous doutez que le nom nous a attirés comme des aimants. Cet ensemble méconnu de bassins d’eau thermale vaut pourtant assurément le déplacement, tant il est l’antithèse des installations commerciales de La Fortuna. Après avoir laissé Roberto tout seul au parking (à 10h nous sommes les premiers visiteurs), nous nous acquittons d’un droit d’entrée modique d’environ 5 € par personne – c’était entre 8 et 75 à La Fortuna ! – puis traversons à pied la forêt tropicale luxuriante qui mène au site. 10 minutes plus tard, nous découvrons cette série de bassins, une dizaine environ, groupés par 2 ou 3, emplis d’une eau parfois claire ou parfois trouble, allant du jaune paille au bleu foncé, et dont la température, indiquée sur de petits panneaux s’étage entre 30 et 48°C. Nous n’avons que l’embarras du choix et allons les tester tous un par un. Ma préférence va pour le 44 jaune paille, tandis que Claudie préfèrera le 39 bleu opalescent. Très relaxés, nous allons prendre une excellente piña colada au petit bar et nous restaurer d’un repas rapide. Sans doute préparé par l’hôtel voisin, que nous avons traversé pour arriver au parking. Une petite dizaine de visiteurs en tout ce matin-là. A la fin nous nous connaissions tous et le dernier nous a dit « au revoir ». En Français bien sûr !

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    Il s’agit bien d’eau thermale, de 30 à 48°C comme celui du dessus. Claudie a préféré 36 et moi 44…
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    Un endroit calme et relaxant. Le pied, quoi !
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    Un moment inoubliable

    Sur les conseils d’amis voyageurs, nous faisons étape chez José, un guide naturaliste ayant décidé au moment du confinement, alors qu’il avait perdu toute activité chez son employeur, de se mettre au vert en accueillant des voyageurs nomades ou non dans un petit jardin tropical qu’il aménagerait lui-même, idéalement situé près d’une forêt avec tous ses attraits. Le résultat est déjà très probant. Roberto a droit à un emplacement ombragé sur une belle pelouse, bordé de fleurs tropicales parfaitement entretenues. Tous les services de base sont à disposition, dont une petite cuisine et de grandes tables pour les visiteurs. Rien que cela vaudrait le déplacement. Mais l’énorme plus, c’est José, qui propose spontanément une visite des lieux, du jardin dont il connait chaque recoin et dont il est tellement admiratif qu’il prend presque autant de photos que nous, à la forêt voisine où il va nous faire découvrir faune et flore pendant plus de 3 heures, que nous n’avons pas vu passer. Nous avons vu des arbres et fleurs magnifiques, nous avons senti les feuilles du cannellier, nous avons goûté à divers fruits ainsi qu’au café et au thé qu’il produit, nous avons cherché et trouvé les célèbres petites grenouilles « blue jeans », nous avons observé pas mal d’oiseaux, nous avons tordu le cou pour repérer des singes hurleurs très hauts dans les arbres et j’ai pu photographier mon premier toucan. Et bien entendu, l’endroit s’appelant Caribbean Rainforest Sloth, nous avons vu une demi-douzaine de paresseux, dont deux tout près de notre emplacement.

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    Arrivée chez notre hôte qui a le sens de la réception
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    Nous sommes hébergés dans un jardin tropical luxuriant que José a aménagé lui-même et dont il propose d’emblée la visite
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    Nous rêvons d’un jardin comme ça Claudie et moi
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    Après le jardin, la balade commentée se poursuit dans la forêt adjacente. Les découvertes seront encore nombreuses, comme ces plantes rampantes qui épousent les rochers ou les arbres, ce tronc moussu qu’on dirait enneigé ou encore ces graines velues dont on se sert pour garnir les oreillers

    Les paresseux, c’est difficile à photographier, surtout avec un smartphone. Non pas à cause de leur vitesse de déplacement -loin de là, nous avons largement le temps de les cadrer – mais parce qu’ils vont tout de même se percher assez haut afin de ne pas trop être dérangés, et le téléobjectif des smartphones, lorsqu’il est présent, est très limité. Après le déjeuner, Claudie décide de retourner en forêt compléter sa collection de graines « œil de bœuf » en vue de se faire un collier. Mais à peine partie, elle m’appelle : « Viens voir vite ! ». Je la rejoins en courant et la trouve devant l’un des paresseux de l’entrée, cramponné à la hauteur de nos yeux sur un petit arbre qu’il a sans doute entrepris de descendre, arrêté en route par l’apparition de Claudie. Nous nous rapprochons lentement pour mieux observer l’animal qui nous regarde fixement, et arrivons à prendre des photos de cette scène extraordinaire, tant-il est rare de voir un paresseux descendre d’un arbre. Dans le milieu naturel en tout cas. L’animal, peut-être apeuré, finit par remonter, pas bien haut parce que l’arbuste est frêle, puis semble se rendormir. Claudie repart chercher ses graines, je repars discuter avec Jose et d’autres visiteurs qui viennent d’arriver. Moins d’une heure plus tard, Claudie va jeter un œil du côté du paresseux et j’entends de nouveau : « Viens voir vite ! ». Je me précipite et cette fois, ce sont deux paresseux qui sont entrain de descendre de leur arbre. Ça arrive normalement une fois par jour (ils descendent pour faire leurs besoins ou changer de perchoir) et plutôt la nuit par souci de discrétion. Il est en tout cas exceptionnel d’assister à cela, notre hôte nous affirme que c’est la première fois que ça arrive ici et que nous sommes vraiment chanceux. Figés comme des statues, nous assistons à la lente descente des paresseux puis à leur progression lente sur le sol tout près de nous. Assise, Claudie en verra un passer à un mètre d’elle ! Un moment extraordinaire. Nous les suivons ensuite à distance raisonnable jusqu’à leur nouvelle résidence pour la nuit à venir. Ils y seront d’ailleurs encore le lendemain.

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    Claudie m’appelle : un premier paresseux est entrain de descendre de son arbre. Effrayé par notre présence, il va remonter…

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    Mais il va finir par redescendre, accompagné par un autre, et ce sont 2 paresseux qui vont traverser le chemin devant nous !

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    Des endroits comme ça, on en redemande !


    Tortuguero, l’Amazonie costaricienne

    Cet enchevêtrement de canaux, de marais et de rivières dans une forêt tropicale au nord du pays, sur la côte caraïbe, est probablement mieux préservé par sa difficulté d’accès (uniquement par voie fluviale ou par la mer) que par sa classification en parc national en 1970. Lors de notre visite en 2009, il nous avait fallu plus de 4 heures de bateau pour le rejoindre depuis Limon. Certes un embarcadère plus proche, La Pavona, existait déjà, mais il n’était relié au réseau routier principal que par une mauvaise piste souvent boueuse que n’empruntaient pas les transports en commun. Cette piste est aujourd’hui goudronnée et nous avons passé la nuit à La Pavona, la dernière de la saison sèche qui s’étend de décembre à avril. De fait, le lendemain, le premier mai à 6h du matin, il s’est mis à pleuvoir pour la première fois depuis longtemps. Incroyable cette météo si ponctuelle !

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    Embarcadère de La Pavona. Ci-dessus le 30 avril, dernier jour de la saison sèche… Ci-dessous le lendemain 1er mai, premier jour de la saison humide. Incroyable comme la météo est ponctuelle ici !
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    Enfin bon, ça ne va pas durer si longtemps et nous pourrons profiter pleinement du paysage

    6 heures du matin et pourtant nous étions prêts à embarquer pour une excursion d’une journée dans le parc. Car pour voir la nature, il vaut mieux se lever tôt. Une visite encore une fois de qualité, avec un guide naturaliste qui n’avait pas son pareil pour repérer tout ce qui bouge, du colibri sirotant son nectar au caïman dont seuls les yeux émergent de l’eau trouble du canal, en passant par les singes araignées qui se balancent sous les branches, loin au-dessus de nous. Il savait identifier les chants des oiseaux, qu’il reproduisait ensuite avec son smartphone pour communiquer avec eux. Enfant de la région, il en connaissait bien sûr toute l’histoire, depuis l’arrivée des nicaraguayens chasseurs de tortues (le littoral est propice à la ponte, c’est d’ailleurs la signification du nom du lieu) venus finalement s’installer ici à l’invasion touristique croissante depuis les années 70. La flore est aussi particulièrement riche et belle, bien entretenue par la pluviosité particulièrement élevée du lieu (plus de 6 m par an !). Mon secteur préféré a été l’ »allée des palmiers », un canal étroit dont l’eau calme reflète en miroir les palmiers et autres palétuviers qui la bordent.

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    La lagune de Tortuguero n’est plus séparée de la Mer des Caraïbes ici que par cette mince bande de terre
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    Nous avons ascensionné un petit volcan pour aller profiter du panorama. C’est vert, non ?
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    Le village de Tortuguero lui-même n’est pas extraordinaire, totalement centré sur les activités touristiques. On y déguste toutefois une excellente cuisine créole dans un décor sympathique
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    Visite du volcan Poas

    Nous l’avions ratée lors de notre voyage de 2009, l’accès au volcan étant fermé en raison de glissements de terrains. Les fermetures sont d’ailleurs relativement fréquentes, en raison de l’activité volcanique continue depuis plus de deux siècles. La dernière éruption date de 2019, mais le Poas produit continuellement des tremblements et des fumerolles.  L’ascension est facile puisque la route parvient à quelques centaines de mètres du cratère, l’un des plus grands du monde avec un diamètre de 1320 m, hébergeant un beau lac gris-bleu parcouru de brumes mobiles. L’accès est bien sûr interdit, en raison des caractéristiques de l’eau, très chaude et acide, et du potentiel éruptif du volcan. Des abris sont d’ailleurs disponibles un peu partout, y compris sur le chemin d’accès, et un système visuel et sonore alerte en cas d’augmentation de la teneur en soufre de l’atmosphère.

    C’est un joli spectacle, qui s’apprécie plutôt le matin de bonne heure (entre 8h et 9h), afin d’éviter les hordes de touristes qui débarquent des bus après cela et surtout les nuages qui se forment rapidement en cours de matinée et peuvent masquer complètement la vue. Nous avons pour notre part dormi sur le parking d’un hôtel juste à côté, profitant au passage d’une fraîcheur bienvenue grâce à l’altitude (2200 m pour le parking, 2700m pour le volcan).

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    Au point de bivouac, à 2200m d’altitude, le panorama sur la vallée de San José est splendide, de jour comme de nuit. Et la fraîcheur est au rendez-vous.
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    Nous nous imaginons coinçés là, à lire tout ce qui va bien pouvoir nous tomber dessus…

    Arrivés au sommet (2760m) le cratère s’offre à nous, ainsi que son joli lac dont la couleur menthe glaciale reflète mal une température élevée (40 à 60°C) et un pH très acide. Pas vraiment envie de se baigner ou de tomber dedans !

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    Mais pour la photo de famille c’était sans problème. Nous avons trouvé des touristes français pour nous faire le cliché !
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    En tout cas, les abondantes fumerolles et les frémissements de l’eau montre bien l’activité permanente du volcan Poas. Impressionnant. Au fait vous aviez remarqué que le lac avait la bouche en coeur ?

    SOS Animaux en détresse

    Le Rescate Wildlife Rescue Center, près d’Alajuela, est une association à but non lucratif qui depuis plus de 30 ans se consacre à la récupération des animaux en difficulté, à leur remise en état et à leur libération dans la nature lorsque c’est possible, dans 89% des cas. Les 11% restants, inaptes pour diverses raisons au retour à la vie sauvage, sont gardés ici. Il peut s’agir d’une infirmité, genre perte d’un aile pour un oiseau, ou bien d’un contact initial trop fréquent avec les humains. Dans cet endroit, ils sont aux petits soins. Beaucoup restent en liberté et se baladent dans les allées, voir se posent sur le grillage à l’extérieur des quelques cages comme pour narguer leurs occupants. A noter la présence de plusieurs cages à oiseaux dans le parc utilisées pour protéger …de jeunes plants que les animaux dévoreraient. Assez souvent sur les pancartes, les motifs fréquents des accidents ayant amené les animaux ici sont expliqués, et l’humain a une place prépondérante. L’environnement est de qualité et bien entretenu. Nous nous sommes régalés.

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    Malgré les grilles, nous ne sommes pas dans un zoo : les animaux sont posés AU-DESSUS !
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    Ils se passionnent aussi pour la vie nomade et s’exhibent volontiers au volant. Attention tout de même dans les allées, y a du monde qui circule !
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    Il est possible aussi que ces animaux ne s’échappent pas parce qu’ils sont handicapés. Les plus chanceux sont finalement ceux qui sont dans des cages parce qu’ils vont pouvoir être relâchés. Comme ce toucan par exemple ? Je suis assez content de ma photo en tout can euh en tout cas.

    Si vous voulez en savoir plus, ou pourquoi pas faire un don pour sauver un toucan ou un jaguar, c’est ici.


    Nous avons visité un « arteroport »

    Si la morphologie de ce Museo de Arte Costarricence vous rappelle vaguement quelque chose, vous avez raison. Il ne s’agit ni plus ni moins que du premier aéroport international de San José, ayant fonctionné de 1940 à 1955 jusqu’à l’inauguration de son successeur actuel avant d’être reconverti en musée en 1958. Et la haute structure centrale est bien son ancienne tour de contrôle. Si un petit contrôle de sécurité est encore appliqué à l’entrée, point n’est besoin de montrer son billet pour accéder aux salles d’embar euh d’exposition puisque ce musée est entièrement gratuit.

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    L’actuel Museo de Arte Costarricense et l’ancien aéroport du pays (image récupérée sur le site du MAC)
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    Les artistes exposés sont principalement des costariciens ayant vécu de la seconde moitié du XIXème siècle jusqu’à maintenant. Sur les 1700 œuvres que possède le musée, seulement une partie est exposée dans 4 salles dites d’art visuel pour rester ouvertes à différentes techniques.



    A l’étage, nous visitons l’ancien salon diplomatique, appelé salon doré, dont les murs sont entièrement décorés de bas-reliefs retraçant l’histoire du pays depuis la vie paisible des première tribus indiennes jusqu’à l’inauguration de l’aéroport. Et le sculpteur était français, un certain Louis Féron, qui a peut-être été oublié par ses compatriotes pour s’être ensuite fait naturaliser américain.

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    Le salon doré : l’histoire du Costa Rica en bas reliefs racontée par un Français
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    A l’entrée du salon est exposé un collier reproduisant toute la frise. Réalisé par notre même artiste français Louis Féron, qui était aussi (et surtout) orfèvre.

    Nous terminons par le jardin des sculptures, occupant une partie de l’ancien tarmac, et présentant également des artistes locaux. Une visite virtuelle est disponible sur le site du musée.

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    Attenant au musée, sur l’ancien tarmac, un agréable jardin de sculptures

    San José, en or, en jade …et en béton

    La capitale du Costa Rica ne reflète en rien l’image de ce beau pays. La nature si belle ailleurs y a presque disparu, les routes, plutôt bonnes en campagne, sont ici mauvaises et pleines de trous, la circulation est dense et bruyante et la pollution est à l’avenant. Nous nous y sommes tout de même arrêtés 48 heures, pour explorer à pied sont centre-ville colonial agrémenté de beaux bâtiments et de quelques musées intéressants, comme celui de l’or précolombien ou encore celui du jade.

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    Le centre-ville, en majorité sans charme, possède tout de même quelques beaux restes, comme cette poste en service depuis 1917,
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    ce Théâtre National, construit en 1890 après qu’une diva espagnole en tournée en Amérique latine ait boudé le Costa Rica faute de salle convenant à sa petite personne,
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    cet « Edificio Metalico », de fabrication française, tout en pièces de métal préfabriquées en Belgique, abritant des écoles,
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    et cette scultpture urbaine dans le Parc National appelée « Nouveau Paradigme » (si vous savez pourquoi dites-le moi !)
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    Objets de la vie quotidienne, amulettes des chamans, offrandes funéraires, nombreux furent les usages de l’or par les Amérindiens, qui exploitaient le métal précieux depuis au moins 2000 ans av. J.-C.
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    En cours de journée, nous sommes tombés sur le musée du jade. La visite n’était pas prévue, mais comme notre guide disait que les pièces étaient bien mises en valeur par un éclairage en transparence, nous sommes entrés jeter un œil. Sauf qu’aucune pièce n’était mise en valeur de cette façon. Déçu, j’ai décroché et même un peu dérapé…

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    Musée du Jade : de belles pièces, oui, mais où est le rétro-éclairage promis ?
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    Un peu énervé, j’ai cliqué sur l’audioguide en Brunka (un langage amérindien). Forcément, les légendes des photos suivantes en seront quelque peu perturbées…
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    Là, j’imagine que les Brunka avaient inventé la pétanque… C’était bien avant les Marseillais qui n’ont découvert le jeu qu’en 1908.
    C
    Séance de fouilles en cours. Moi, je dirais que le personnage était peintre. Et vous ?
    D
    Administration de suppositoire par un chamane qui hésite entre la petite et la grande sarbacane
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    Père Brunka récompensant ses enfants d’une crêpe au Nutella.
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    Assiette amérindienne. Quant on vous dit que ces civilisations étaient en avance !

    Au musée du jade, il n’y avait pas que du jade (non rétro-éclairé) mais aussi quelques expos temporaires, dont celle de Isidro Con Wang, un costaricien d’origine chinoise. Libéré de la pression de son père qui l’a fait travailler dur, dans les fermes notamment, jusqu’à l’âge de 40 ans, il a pu enfin assouvir son désir de devenir artiste, puisant son inspiration à la fois dans ses racines et dans son expérience agricole. D’où la présence quasi constante de taureaux dans ses œuvres, très colorées par ailleurs, voire psychédéliques. Ça nous a reposé du jade.

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    La plus belle cathédrale du Costa Rica

    La Basilique Notre Dame des Anges à Cartago mérite en effet à elle seule un petit chapitre. Une statuette de vierge noire découverte ici en 1625 sur un rocher puis y retournant obstinément dès qu’on la déplaçait poussa la communauté catholique à édifier une cathédrale à cet endroit. L’ouvrage fut détruit par un tremblement de terre en 1926. Mais comme à l’inverse de la vierge elle ne réapparut pas spontanément, elle fut reconstruite en 1929. En acier recouvert de béton, on n’est jamais trop prudent. L’édifice de style byzantin présente plutôt bien avec une façade ouvragée, une superbe coupole octogonale. A l’intérieur, le plafond lambrissé et compartimenté est de toute beauté, tout comme les multiples colonnes en albâtre décorées comme les murs de motifs floraux et les vitraux très lumineux. La foule ne s’y trompe pas et vient en nombre depuis la capitale, traversant la cathédrale à genoux jusqu’à l’autel.

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    Façade de la Basilique, de style néo-byzantin
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    Vue panoramique de l’intérieur
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    l’une des chapelles

    A la rencontre des quetzals

    Cet oiseau sacré des Mayas ne se rencontre qu’en Amérique centrale, mais il est particulièrement difficile à observer. On ne le trouve pas en captivité car il meurt rapidement s’il est enfermé, ce qui en fait un symbole de liberté. Il faut aller dans les forêts d’altitude, se lever très tôt et bien ouvrir les yeux pour avoir des chances de l’apercevoir, car un oiseau vert sur fond vert, ça n’est pas évident à distinguer. Nous avions déjà aperçu le vol furtif de 2 de ces oiseaux lors de notre séjour au Panama en 2020, le plumage vert étincelant devenant bien visible lors du déplacement d’un arbre à un autre. Mais c’était vraiment fugace. Pour nous donner toutes les chances, nous sommes allés nous garer pour la nuit tout près du Parc National des Quetzals, à San Gerardo précisément.

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    Roberto sur une épaisse moquette. A l’heure de la publication, nous n’étions pas sûrs de pouvoir en sortir…

    Réveillés à 5h du matin, nous étions à l’endroit le plus propice, à 1 km de là, au lever du soleil. Quelques petits groupes accompagnés d’un guide étaient déjà là. Ça aide pour voir dans quelle direction pointer son regard puis ses jumelles. Et puis bingo, nous les avons vus. D’abord fendant l’air, bien reconnaissables grâce à leur longue queue, puis posés sur les branches, alors immobiles quelques minutes avant de redécoller, nous permettant de bien les observer, à distance raisonnable. Pour la photographie, c’est plus difficile, car nous ne sommes équipés que de smartphones et si ces appareils font des photos honnêtes en focale standard, ils sont très limités en téléobjectif. Mais cette observation rare est bien dans la boîte, je veux parler de notre boîte crânienne bien sûr. Une croix de plus cochée sur notre « wish list ».

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    Si les gens regardent tous par là, c’est qu’il doit y avoir une bonne raison

    Quoi de mieux que ces magnifiques et rares oiseaux, l’espèce locale s’appelant d’ailleurs le quetzal resplendissant, pour terminer cette seconde partie de notre parcours costaricien. La richesse de ce que nous avons pu voir ces dix derniers jours a mis la barre assez haut. L’Est du pays va-t-il être à la hauteur ? Vous le saurez dans le prochain épisode !

    Parcours Costa Rica
    Parcours Costa Rica 2ème décade, en version zoomable ici