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  • 177. Pérou 2003

    177. Pérou 2003

    Voici donc la suite de notre voyage itinérant sac au dos avec nos 4 enfants en 2003, retranscrite ici en guise de flash-back pendant la pause quadrimestrielle de la team Roberto. Après l’Équateur, c’est maintenant le Pérou que nous allons découvrir en famille.


    Courriel du 19/11/2003

    Entrée au Pérou à pied

    Après avoir passé la nuit dans la petite ville de Macara, totalement paumée et insipide, mais ayant le double avantage de se trouver à 3 km de la frontière et de bénéficier d’un climat chaud (comme en témoignent les hamacs suspendus devant chaque boutique de la rue principale), nous avons franchi la rivière qui sépare l’Équateur du Pérou le plus simplement du monde, à pied, sur le pont qui l’enjambe. Il n’y a pas de quoi fouetter un chat, mais c’est tout de même un peu plus marquant que de passer devant le guichet d’un douanier dans un aéroport, non ? C’est en tout cas le début de notre aventure péruvienne !

    Franchissement à pied du pont qui sépare l'Équateur du Pérou
    Franchissement à pied du pont qui sépare l’Équateur du Pérou

    Trois rencontres

    La première étape dans le pays, de la frontière à la première ville significative située à deux heures de voiture de là, a été marquée par trois rencontres, deux bonnes et une mauvaise. Commençons par une bonne, bien sûr, celle d’un sympathique couple de parisiens en voyage de noces pour dix mois autour du Monde. Nous avons longuement discuté avec eux des modalités pratiques de leur voyage – ça ne s’improvise pas ! – et échangé nos expériences. Leur parcours (Etats-Unis, Mexique, Amérique du Sud jusqu’en Patagonie, Ile de Pâques, Tahiti, Australie, Asie du Sud-Est et Transsibérien) a de quoi en faire rêver plus d’un nous compris !

    Nous avions aussi avec nous dans la voiture un péruvien qui ne pouvait qu’être gentil et sympathique puisque prénommé Juan Miguel. Arrangeant comme tout, il se proposa même de nous faire faire la seconde étape à bord de sa propre voiture. Mais arrivés à la ville intermédiaire, point de véhicule promis, et voilà notre ami qui se met à arrêter tout ce qui passe à quatre roues et à négocier avec les conducteurs notre passage jusqu’à la ville voisine. Le problème pour nous était de nous caser tous dans le véhicule (c’est à dire 6 Augé + les jeunes mariés + lui + les 9 sacs à dos de ce petit monde), alors que pour lui et les conducteurs qui voulaient bien s’arrêter, il s’agissait davantage d’une question de prix.

    Heureusement, une petite dame qui passait par là, après avoir fait une risette à nos enfants, nous a assuré que la solution proposée par le monsieur n’était pas convenable et qu’il était plus simple (et moins cher) de prendre le bus. Elle nous a d’ailleurs accompagné elle-même à la station, située pourtant à plus de 500m de là. Adorable !


    Le désert du Pérou

    Arrivés enfin à la ville de Piura, nous avons réservé un bus de nuit pour rejoindre Lima en une quinzaine d’heures. Nous avons décidé en effet de visiter principalement le sud du pays, là où se rassemblent la majorité des sites touristiques. Le trajet jusqu’à la capitale nous a fait longer toute la plaine côtière, parfaitement désertique, avec des dunes de sable comme nous n’aurions pu en imaginer qu’au Sahara ou au Moyen Orient. Mais bon, voilà nos idées reçues remises en place…

    Traversée au petit matin, la banlieue de Lima nous est apparue assez sinistre, avec des kilomètres de maisons pas finies, de terrains vagues, de détritus, d’ateliers miteux, de pancartes déglinguées, le tout dans une ambiance de brouillard qui accentuait encore l’impression de décadence. On comprend mal pourquoi tous ces gens ont fui la campagne pour venir habiter ici.


    Lima, en mieux

    Nous sommes depuis deux jours dans la capitale, plus précisément dans le quartier colonial, et notre opinion sur la ville remonte sérieusement. Malgré les multiples tremblements de terre, les édifices civils ou religieux sont systématiquement reconstruits et affichent une présence imposante un peu partout. Des balcons fermés de bois sculptés ornent souvent les façades. Côté culturel, il semble y avoir de quoi s’occuper. Nous avons commencé par un joli musée sur les civilisations pré et post-colombiennes du pays. Nous avons bien approfondi nos connaissances sur les us et coutumes de ces gens-là. Nos enfants ont bien aimé la fabrication des momies assises, les déformations des crânes en ogives ou en anneaux, et les trépanations de crânes étonnamment réussies à cette époque (début de l’ère chrétienne) puisque des signes de réparation osseuse étaient observables.

    Rien de tout cela ne nous a coupé l’appétit, puisque nous sommes allés nous sustenter dès la sortie du musée d’empanadas (petits chaussons fourrés à la viande) et de cochons d’Inde EN CHOCOLAT, accompagnés de chicha morada, boisson sucrée à base de maïs violet. Très bonne, mais nous attendons mieux demain avec la visite de la région de Pisco.

    À bientôt….


    Courriel du 29/11/2003

    Boires et déboires à Pisco

    Les bus péruviens ne sont pas aussi performants qu’en Équateur, nous l’avons constaté à nos dépens. Les horaires sont fantaisistes, les annulations pour cause de remplissage insuffisant sont monnaie courante et le personnel est aussi aimable que le lama qui vient de cracher. Pour notre seule étape de Pisco, nous avons essuyé deux retards de plus de deux heures, le second s’étant même terminé par une annulation. Et tout ça pour découvrir que la boisson nationale est originaire en fait de la ville voisine d’Ica, devant son nom au port d’expédition vers l’Espagne qui, lui, figurait en grosses lettres sur les caisses ! Nous nous rattraperons de rage sur l’Inca Kola, l’autre boisson nationale péruvienne, plus vendue que sa concurrente nord américaine malgré sa couleur jaune fluo et son goût de médicament.


    La baleine, le singe et le colibri

    Cela sonne comme une fable de La Fontaine, mais les initiés auront reconnu quelques-unes des figures des fameuses lignes de Nazca, tracées en plein désert il y a plus de mille ans, et qui résistent à la fois aux intempéries (qui se résument ici à quelques minutes de pluie par an, ça aide !) et à la sagacité des scientifiques de tous bords, lesquels se demandent bien pourquoi on a tracé ces lignes visibles seulement du ciel bien avant la découverte de l’aéroplane. Les hypothèses les plus sérieuses vont du calendrier solaire géant aux pistes d’atterrissage pour extra-terrestres… La moitié d’entre nous souffrant du mal de l’air (le secret médical m’interdit de vous dire qui, non, non, n’insistez pas !), nous avons choisi de ne voir qu’un échantillon de ces lignes du haut d’un mirador, et cela nous a paru suffisant.

    L'une des figures de Nazca, vue d'un "mirador"
    L’une des figures de Nazca, vue d’un « mirador »

    Le retour des momies

    Nazca est aussi le site d’un cimetière pré-inca assez impressionnant, une étendue de sable de plusieurs kilomètres carrés parsemée d’ossements et de tissus âgés d’un millier d’années, d’où l’on extrait peu à peu des dizaines de momies assez bien conservées, avec encore la peau sur les os (après tant d’années sans manger, c’est normal) et plein de cheveux. Elles sont ensuite replacées dans les tombes, qui restent par contre à ciel ouvert afin que des détraqués comme nous viennent les photographier, ce qui ne devait pas être prévu dans le programme initial…


    Arequipa et Juanita

    Nous avons quitté les déserts côtiers, assez insipides en dehors des quelques curiosités sus-décrites, pour la belle ville d’Arequipa, située sur les contreforts de la Cordillère des Andes, aux pieds de trois volcans dépassant les 6000m d’altitude. Arequipa elle-même est à 2600m mais bénéficie pourtant de températures douces et d’un ensoleillement de plus de 300 heures par an. C’est dire que, là encore, rien ne pousse sans irrigation. Heureusement, les Incas sont passés par là et ont installé des aqueducs partout, après avoir essayé en vain de faire pleuvoir en sacrifiant des jeunes filles prépubères, comme la célèbre Juanita, retrouvée il y a quelques années dans un glacier des environs et exposée dans un musée de la ville.


    Le Mont-Blanc dans un fauteuil

    Le must d’Arequipa, c’est l’excursion au Canyon du Colca, le plus profond du monde (3600m) et pourtant peu connu car découvert seulement en 1986. On y accède en cinq heures de bus par une route non revêtue et donc assez inconfortable, mais qui nous permet de franchir sans effort un col à 4910m d’altitude, un peu plus élevé que notre montagne nationale. Tout autour, des cimes bien plus élevées encore, c’est dire le gigantisme du lieu, tout au long de la route, des pampas arides parfois tachées de vert lorsqu’un torrent les traverse, et surtout, des colonies de lamas, alpagas et vigognes parfaitement intégrés au décor.


    Comment distinguer un lama d’un alpaga et d’une vigogne, et vice versa ?

    Avant ce voyage, nos connaissances sur les camélidés andins se limitaient au lama du capitaine Haddock. Désormais, nous savons qu’il en existe beaucoup d’autres, et notre œil exercé identifie les trois principales espèces à 30m. Bien que l’éventualité d’une rencontre dans l’hexagone soit faible, il nous est apparu opportun de vous communiquer notre expérience, au travers des différentes méthodes utilisables :

    1. méthode descriptive : une robe caramel et une allure élancée orientent vers une vigogne ; une épaisse tignasse noire ou blanche et une démarche pataude désignent plutôt un alpaga ; des couleurs multiples et une attitude hautaine sont des caractéristiques du lama.

    2. méthode géographique : si vous découvrez votre animal dans une pampa aride, c’est un lama (tout comme le capitaine, ils n’aiment pas l’eau) ; dans une réserve naturelle, c’est une vigogne (elle n’aime pas les gens) ; partout ailleurs, y compris dans les endroits les plus insolites comme un jardin public, une salle de restaurant, les bras d’une petite fille ou l’étal d’un boucher, c’est un alpaga (il aime tout le monde, et ça lui attire parfois des ennuis).

    3. méthode monétaire : profitez d’un moment d’inattention de l’animal pour lui dérober un peu de laine, et tentez de vendre votre récolte au marché le plus proche. Si l’on vous donne des dollars, c’est une vigogne, des soles, c’est un alpaga, une claque dans le dos, c’est un lama.

    4. méthode comparative : empruntez les lunettes de vue de votre petite sœur et observez l’animal à une distance raisonnable afin d’éviter les coups de pieds (de votre petite sœur). S’il ressemble alors plutôt à un mouton, c’est un alpaga ; à une biche, c’est une vigogne ; à un lama, c’est … un lama.

    5. méthode risquée : essayez de chatouiller la bête sous le menton. Si elle crache, c’est un lama ; si elle mord, c’est un alpaga ; si elle vous envoie une bonne ruade, c’est une vigogne.


    El condor pasa

    Le point ultime de notre excursion était le lieu-dit « la cruz del condor », que nos progrès en espagnol nous ont permis de traduire par « la croix du condor ». Il s’agit d’un éperon rocheux surplombant de 1200m le torrent qui coule au fond du canyon juste au-dessous, connu pour être fréquenté par les condors, les oiseaux-emblèmes du pays. Et nous en avons vu effectivement passer pas mal, planant majestueusement (2 à 3 mètres d’envergure tout de même) dans un silence parfait, les serres apparentes comme le train d’atterrissage d’un Airbus en finale, l’écharpe de plumes blanches bien ajustée autour du cou. Le long du sentier bordant le canyon, nous avons vu l’espace de quelques secondes « passer » l’un de ces oiseaux entre nous et le vide, sans un bruit, et avons subitement mis pour longtemps une image sur le titre de la chanson « El Condor Pasa ».

    À bientôt…


    Courriel du 6/12/2003

    Toujours plus hauts

    Après avoir franchi un col à 5000m cette fois, sans même nous en apercevoir (serions-nous blasés ?), nous sommes parvenus au point le plus au sud de notre parcours, le Lac Titicaca, dont le nom ne manque pas de ravir Achille, évidemment. C’est une véritable mer intérieure, sur laquelle naviguent de gros bateaux, que l’on s’attend peu à trouver à une altitude proche de celle de l’Aiguille du Midi. Pour échapper aux Incas, des populations s’y sont établies sur des îles artificielles entièrement faites de couches de roseaux empilées, qu’il faut renouveler régulièrement (de 2 à 8 fois par mois selon la saison) au risque de se retrouver rapidement les pieds dans l’eau. De plus, il faut surveiller attentivement les pieux d’eucalyptus qui ancrent les îles au fond du lac afin de les remplacer au moindre signe de défaillance, sous peine de se réveiller en Bolivie, juste de l’autre côté du lac, au premier coup de vent. Quelle précarité ! Nous avons apprécié pour notre part la façon très spéciale dont s’enfoncent les pieds dans le sol lorsque l’on marche sur ces îles, la traversée d’une île à l’autre sur un frêle esquif de roseau tressé, et l’atmosphère générale du lac, aussi riche en sensations que pauvre en oxygène.


    Le Machu Picchu, entre mythe et réalité

    1 – Le mythe : un petit train de bois débordant d’indiens aux habits multicolores, jouant de la flûte de pan ou buvant du café, monte péniblement la paroi abrupte d’une montagne, changeant de sens à chaque extrémité tellement la pente est forte. La route est longue, une journée ou deux peut-être, mais l’ambiance est joyeuse et les quelques touristes privilégiés sont invités à partager la chicha et les danses des autochtones. Au sommet apparaît, baignée de soleil et déserte, la cité mystérieuse des Incas, étonnamment intacte, comme abandonnée la veille par ses habitants effrayés par on ne sait quoi. L’atmosphère calme incite fortement à la méditation et personne ne souhaite en redescendre.

    2 – La réalité : 6 heures du mat devant la gare, les vendeurs nous assaillent pour nous proposer de l’eau, des pellicules photo et, plus inquiétant, des imperméables. Exhibant au contrôleur nos billets informatisés à 55 $ (l’équivalent de 4000 Km en bus dans le pays !), nous réussissons à leur échapper pour nous réfugier dans un train semi-moderne aux fauteuils confortables et inclinables, rempli de exclusivement de touristes puisque ce moyen de transport leur est réservé et imposé. 4 heures plus tard, le ghetto-sur-rails s’arrête et le « grupo » (« groupe » en espagnol, ça sonne un peu comme « troupeau », non ?) est transféré dans un convoi de bus à 9 $ (rappelons que la monnaie locale est le Sol) et hissé jusqu’à l’hôtel à 300 $ la nuit (mais là, ce n’est pas imposé, du moins pas encore…) qui marque l’entrée du site, c’est à dire … la billetterie. Délestés de 20 $ supplémentaires par tête, nous gravissons sans effort les dernières marches et commençons enfin notre visite. Nous essayons d’éviter au mieux les « grupos » éparpillés un peu partout mais surtout aux endroits précis que nous souhaitons prendre en photo. Au bout de 2 heures, le soleil nous abandonne, et une pluie torrentielle se met à tomber. Les imperméables de la gare ! Bon sang, mais c’est bien sûr ! Bien que correctement équipés (vous en doutiez ?), nous effectuons un retour quelque peu tristounet en ghetto-sur-roues puis en ghetto-sur-rails. Ce dernier se traîne interminablement dans la nuit, au point que – mais ne serait-ce pas fait exprès ? – des taxis-vautours viennent proposer leurs services dans les gares à ceux qui auraient encore quelques dollars à dépenser pour les ramener un peu plus vite à destination.

    Bon, redevenons positifs : Le site est d’une grande beauté, avec ses ruines remarquablement construites et bien conservées, ses cultures en terrasses d’un beau vert vif parfaitement alignées, l’ensemble trônant au sommet d’une montagne abrupte, elle-même surplombée de pitons rocheux baignés de brume. Le vide environnant, la vue vertigineuse sur les torrents très loin en contrebas renforcent encore l’impression d’isolement, et permettent de comprendre la découverte tardive du site en 1911 après 4 siècles d’oubli. Ce qui impressionne le plus, c’est le mystère qui entoure encore le rôle exact de cette citadelle construite puis abandonnée en un seul siècle alors qu’y vivaient près de 1200 personnes. Avec de tels vestiges, notre science ne devrait pas être aussi limitée ! En tout cas, ce sont toutes ces réflexions et ces images magnifiques qui nous resteront, et non pas les quelques tracasseries arnaquo-touristiques que nous avons rencontrées. Notre mémoire est heureusement sélective !


    Cuzco

    Avant-dernière étape de notre périple, l’ancienne capitale des Incas garde, comparativement au reste du pays, d’assez nombreuses traces de cette civilisation : les ruelles étroites et pavées au caniveau central, les soubassements de nombreux bâtiments, typiquement inclinés vers l’intérieur pour résister aux séismes et faits de pierres bombantes taillées au dixième de millimètre près, parfois sur plus de 10 faces, pour permettre un ajustement parfait. Ce sont encore les aqueducs et les multiples fontaines présents en pleine ville tout comme dans la campagne environnante, et les cultures en terrasses de celle-ci. C’est beaucoup et peu à la fois. Les conquistadores se sont en effet employés à détruire méticuleusement, avec une rage inouïe toutes traces des civilisations antérieures pour les transformer en métal fondu ou en cathédrales. La décoration de celles-ci, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur, a beau être d’une richesse exceptionnelle, l’arrière-pensée omniprésente du pillage ne nous en laisse qu’une impression mitigée. La ville est néanmoins très agréable à parcourir. Elle regorge de boutiques d’artisanat en tous genres et jouit d’un bel environnement montagneux. Nous y avons consacré presque une semaine, excursion au Machu Picchu comprise, mais cela n’aura pas suffi à Achille, qui cherche toujours désespérément l’empereur mégalo.

    L’avant-dernière image, c’est l’école du matin sur le toit de notre hôtel à Cuzco, juste au-dessus de la place principale. Quel endroit magnifique pour étudier !

    Nous partons demain pour Lima, alors à très bientôt !


    Courriel du 13/12/2003

    Dernière semaine à Lima

    La fin d’un séjour de 2 mois est toujours marquée par quelques formalités du genre confirmation des billets d’avion, achat des souvenirs, ajustement fin des programmes scolaires en fonction des dernières informations de nos correspondants (merci à eux !), et rien de tel qu’une grande ville pour ça. La capitale du Pérou s’est révélée bien adaptée à la situation avec une échelle humaine, un quartier colonial bien agréable pour résider, pas mal de choses à visiter et de beaux marchés et magasins pour les souvenirs. Nous avons déniché un hôtel sympathique, ancienne bâtisse coloniale qui a gardé de cette époque une superbe façade aux balcons-jalousies de bois et un intérieur tarabiscoté avec des escaliers et des recoins partout. Les propriétaires ont de plus décoré leur établissement comme un musée polyvalent, avec des statues de toutes tailles (y compris des têtes de 3m de haut), des momies, des crânes couverts de mousse, des poteries pré-incaïques, des tableaux anciens à l’huile ou en photo sépia, des plantes vertes exotiques un peu partout profitant du patio central à ciel ouvert. À signaler enfin une faune assez riche, aussi bien empaillée que vivante, avec notamment des perroquets et tortues en liberté qui venaient faire causette aux enfants – à leur grand ravissement – dans la salle du petit-déjeuner. Et l’ensemble pour le prix d’un non pas 5 ni 4 ni 3 ni 2 ni même 1 étoile : moins de 15 euros la chambre à 5 lits ! De là, donc, nous avons rayonné vers les différentes curiosités de la ville, en particulier l’horrible plage municipale dont le gris du gravier rivalise en sinistre avec le marron de l’eau, les catacombes avec leurs caisses d’os bien rangés (le tri sélectif bien avant l’heure, en quelque sorte), le célèbre (allez, avouez que comme nous vous en ignoriez l’existence) musée de l’or péruvien, dont les trésors sont bien gardés puisque juste au-dessus se trouve aussi la plus grande collection d’armes au monde, et enfin tout simplement les rues commerçantes en cours de décoration en cette période de Noël, contrairement aux pays asiatiques que nous avions jusqu’ici visités.


    Le bonheur est au bout du mitigeur

    Quelques 13 heures de vol à 900km/h (non, non, nous n’avons pas fait faire cet exercice à nos collégiens) plus tard et plus loin, et nous voici de retour sur le plancher des vaches (d’Abondance bien sûr). S’il est trop tôt pour se risquer à un bilan de ce voyage – c’est en général la découverte des photographies et diapositives qui initie la première analyse – le moment est opportun pour découvrir ce qui nous a manqué. Vous n’imaginez pas, par exemple, à quel point l’autoroute de Genève à Saint-Gervais est bien revêtue et confortable, à quel point il est agréable de prendre une douche à exactement 38° ou encore à dormir dans son propre lit. Bien d’autres petits plaisirs comme cela vont nous revenir dans les prochains jours, que nous n’aurions jamais soupçonnés si nous n’étions pas partis. Quelques désagréments aussi, sans doute, mais nous n’allons pas nous plaindre…

    À ce propos, si nous avons rencontré un certain nombre de français-voyageurs comme nous, partis pour quelques mois ou une année (le tour du monde en une année sabbatique connaît apparemment un grand succès), il s’est toujours agi d’adultes sans enfants. Nous n’avons pas cette fois en 2 mois rencontré une seule famille en voyage. Serions-nous une espèce en voie de disparition ? Nous le regrettons car les obstacles sont de plus en plus limités (facilité des déplacements, élargissement des congés annuels, variété des destinations adaptable à la plupart des budgets) et sont sans commune mesure avec l’enrichissement global que nous procurent nos voyages. La prochaine destination est d’ailleurs déjà fixée…

    À bientôt, et merci de nous avoir lus

    Jean-Michel, Claudie, Amandine, Basile, Mélusine et Achille.

  • 173. De Cuzco à Nazca

    173. De Cuzco à Nazca

    Notre parcours en zigzags (le luxe d’avoir le temps de voyager) nous amène d’abord à Cuzco, le nombril du monde Inca, puis Nazca et ses célèbres géoglyphes que nous espérons pouvoir survoler en avion. Y parviendrons-nous ?

    Parcours de Cuzco à Nazca
    Parcours correspondant à cet article, en version zoomable ici

    Les 3 ponts (ou l’étroit pont) de Checacupe

    Un air de déjà vu ? En effet, un article et 10 km en amont, nous avions observé un ensemble de 3 ponts datant de 3 époques radicalement différentes, et notamment un frêle pont inca que, je vous rassure, nous n’avons pas tenté de franchir. À peine quelques tours de roues plus loin, c’est un nouvel ensemble de 3 ponts qui retient notre attention. Le pont inca cette fois semble de bonne facture et nous n’hésitons pas à le franchir. Paradoxalement, c’est le pont moderne, comme perché sur un frêle échafaudage, qui parait le plus fragile. Cette fois, c’est Roberto que nous n’y engagerons pas, même si le GPS nous incitait à le franchir. La ville est par ailleurs très mignonne, assez typée amérindienne si l’on en juge par la façade de l’église et ses croix incas, par les décorations plumaires sur les maisons et par le condor qui domine la ville telle un Christ rédempteur. Et si l’on n’était pas convaincu, un parc thématique achève la démonstration (voir ci-dessous)


    Un pneu, de tout…

    Non loin de là, dans le même village, se trouve une attraction inhabituelle : un petit parc thématique représentant personnages et animaux de la cosmologie andine, réalisés principalement avec 30 tonnes de pneus usagés et quelques autres matériaux, tous récupérés sur la route Panaméricaine entre la ville voisine et ici. Ce sont des artistes de Cusco qui ont œuvré, à l’initiative de la municipalité. Parmi ces « statues », on distingue la trilogie inca (condor, puma et serpent), d’autres animaux sacrés tels le lion, le jaguar et le lama, les apus – montagnes transformées en dieux – tutélaires de la ville, et quelques autres personnages tirés de légendes locales, comme ce coq mocco.


    Insolites


    Cuzco, le nombril du monde Inca

    Cuzco, est l’une des villes les plus emblématiques du Pérou. Perchée à 3 400 mètres d’altitude dans l’Altiplano andin, elle fut la capitale de l’Empire inca. Et même si ça n’a duré que trois siècles, les traces sont encore bien perceptibles aujourd’hui. En grande partie parce que les Incas savaient construire solide. Même si les Espagnols lorsqu’ils ont conquis la ville au XVIe siècle ont bâti leurs monuments sur les fondations des édifices incas tout en récupérant les pierres d’autres bâtiments, ils n’ont eu de cesse de reconstruire leur propre partie, régulièrement affectée par les tremblements de terre. Tandis que la base inca souvent était la seule chose qui tenait encore debout. On retrouve un peu partout en partie basse ces murs incas, dont les pierres s’assemblent si intimement les unes aux autres que l’on ne peut glisser une feuille de papier entre elles. La plus emblématique d’entre elle possède pas moins de 12 angles. Quel savoir-faire ! Il reste que les nombreux monuments coloniaux de la ville, même reconstruits, sont agréables à regarder et visiter. En 1983, Cuzco a été classée au patrimoine mondial de l’UNESCO.


    Manger une paire de cuy…

    La grande spécialité culinaire du Pérou, que l’on rencontre forcément dans une ville truffée de restaurants comme Cusco, c’est le cochon d’Inde, appelé ici cuy. Qui se prononce bien comme vous pensez. Lors de notre séjour précédent il y a 24 ans, avec nos enfants, possédant un cochon d’Inde à la maison, nous avions d’emblée écarté l’idée de déguster la chose. Mais avec le temps, sans enfant avec nous, il ‘était plus question de passer à côté de cette expérience gustative. Nous avons jeté notre dévolu sur le restaurant Mr Cuy (prononcer misteure couille) en plein centre-ville, spécialisé dans la cuisine de ces rongeurs. Bah finalement, passée la surprise de l’arrivée du plat, nous n’avons pas trouvé ça extraordinaire. Une chair rosée peu abondante et difficile à détacher, un gout entre le poulet et le lapin. Pas de quoi se pâmer comme un péruvien. L’accompagnement était très andin avec maïs blanc, pommes de terres, fèves, risotto de quinoa. Ne buvant pas d’alcool à cette altitude (ça favorise le mal des montagnes), nous avons opté pour la chicha morada, boisson andine associant maïs violet, ananas, pommes, cannelle, clous de girofle et citron vert. Plutôt bon quand ça n’est pas trop sucré.


    Le quartier de San Blas

    On vous emmène faire un petit tour dans ce quartier pittoresque perché sur les hauteurs de Cusco. Du temps des Incas, c’est là qu’étaient logés les artisans de haut niveau. Les Espagnols ont maintenu la tradition, détruisant juste le temple inca local pour le remplacer par une église appelée San Blas qui donne son nom au quartier. Si l’on excepte l’ascension difficile de ces étroites ruelles – à 3 400 m d’altitude il faut souvent reprendre son souffle – la promenade est pleine de charme. Artisanat de qualité partout, décoration des rues soignée, aspect moyenâgeux lié aux pavés et caniveaux centraux : une vie de bohème. Le plus dur est de devoir ralentir le pas pour redescendre !


    1 arche, 3 croix, 3 cènes et 21 crèches

    C’est un petit moment de détente qui nous attend au Musée d’Art Populaire de Cuzco. Ce petit musée est dédié à la présentation des œuvres d’artisans locaux, aussi bien traditionnelles que contemporaines, avec des sculptures, des céramiques, des travaux sur métal, des retables et bien d’autres créations artisanales. Ce musée est géré par l’Institut Américain d’Art de Cuzco, une institution active depuis 1937, et il participe chaque année à l’organisation d’une foire qui se tient le 24 décembre de chaque année et qui fait un peu office de concours, notamment sur le thème de la Nativité. Pas étonnant donc d’y trouver de nombreuses crèches avec de multiples déclinaisons en matériaux, ethnies, humour.


    Sacsayhuamán

    Sacsayhuamán est l’un des sites archéologiques les plus impressionnants et mystérieux de la civilisation inca, situé à quelques kilomètres au nord du centre historique de Cuzco, au Pérou. Perchée à plus de 3 700 mètres d’altitude, cette forteresse domine la ville et offre une vue panoramique sur la vallée de Cuzco. Elle a été construite au XVe siècle, principalement sous le règne de l’empereur Pachacútec, qui a redessiné la ville de Cuzco en forme de puma, Sacsayhuamán représentant la tête de l’animal, symbole de puissance dans la culture inca. Le site servait à la fois de forteresse militaire, de lieu de culte dédié au dieu Soleil (Inti), et de scène pour des cérémonies religieuses et des rassemblements publics. On retrouve dans son architecture les fantastiques murs incas, avec ces pierres parfois énormes et pourtant intimement assemblées. Sur un côté, 3 murs forment des zigzags parallèles. Une astuce défensive pour les uns, les dents du fameux puma pour les autres. En face de la forteresse aux formes anguleuses, une colline couverte de nappes ondulées et striées tranche. On dirait de grands toboggans, et le plus curieux c’est que c’est bien l’usage qui a été fait des ces coulées de boues solidifiées. Des enfants Incas aux touristes adulescents, des milliers de postérieurs ont dévalé ces pentes depuis au moins 7 siècles. La roche étant humide, nous n’avons pas tenté l’expérience, mais j’avoue que l’idée m’a effleuré.


    Le coup du bébé alpaga

    Dans les zones les plus touristiques de Cuzco, la scène est commune : une femme en habits traditionnels Quechua (très colorés et avec cette sorte de grande galette sur la tête) portant un adorable bébé alpaga dans les bras vous propose de faire, moyennant quelques soles, la photo du siècle : vous avec cette peluche vivante dans les bras à côté d’une autochtone, faisant croire à votre entourage que vous venez de participer à « Rendez-vous en terre inconnue ». Certes, l’aspect pécuniaire est évident et peut donner des états d’âme (que nous avons eus). Et l’intérêt du bébé alpaga n’est pas évident. D’un autre côté, c’est peut-être la seule rémunération de ces femmes, et c’est aussi une façon d’affirmer leur identité. Alors pourquoi pas…


    Avant l’indigestion

    Le site de Pisac, à une heure de Cuzco
    Le site de Pisac, à une heure de Cuzco

    Les ruines incas abondent dans la région de Cuzco qui était le fief de cette civilisation. Notamment le long de ce que l’on appelle la Vallée Sacrée des Incas. Un billet groupé permet d’en visiter plusieurs, pour le bonheur des passionnés de vieilles pierres et le malheur des autres s’ils accompagnent les premiers. Je ne parle pas pour nous sommes entre les deux : si l’on s’émerveille des premiers vestiges rencontrés, on sature vite. Alors, comme on ne vous parlera pas du Macchu Pichu que nous avons décidé de ne pas revisiter, nous nous permettons de mentionner le site de Pisac, à 1 heure de Cusco. Un peu différent des précédemment cités, il se distingue par ses terrasses agricoles en demi-cercle, ses temples éparpillés, ses tours de surveillance et ses habitations reconstituées. Les magnifiques terrasses bien vertes ne sont entretenues aujourd’hui que par les alpagas (déjà photogéniques par nature, mais dans un tel décor…) mais servaient autrefois à cultiver maïs, pommes de terre, quinoa et autres plantes. Le site est immense et parcouru de chemins de randonnées, depuis lesquels la vue est époustouflante. Quelques passerelles et tunnels très pentus peuvent même générer un peu d’adrénaline. Tandis qu’un vertigineux pan de mur inaccessible de l’autre côté d’un ravin, percé de centaines de tombes malheureusement pillées, peut susciter, lui, un brin d’émotion. Allez, c’est fini, on ne parle plus des ruines Incas.


    Pisac, le village


    Flore et faune

    Les trouvailles sont quotidiennes, avec toujours beaucoup d’espèces jamais rencontrées auparavant.


    Le monolithe de Saihuite

    C’est un gros caillou trouvé au sommet d’une colline du sud du Pérou. Comme brisé en deux et avec une tranche très irrégulière, à la manière d’un fossile. Alors quelle bestiole préhistorique se cache à l’intérieur ? En fait il ne faut pas hésiter à employer le pluriel, car ce sont plus de 200 figures animales et végétales qui seraient présentes là. Ça paraît évident sur le dessin des experts mais beaucoup moins quand nos yeux profanes regardent le caillou. Par contre, lesdits experts n’arrivent pas à s’accorder sur la fonction du caillou : maquette de test pour le circuit de l’eau d’une ville, représentation symbolique de l’univers ou encore support d’adoration religieuse ? Moi je dirais zoo miniature pour la petite sœur du sculpteur. Jusqu’à preuve du contraire, ma version se tient.


    Élections prochaines

    Le 12 avril prochain, ce sera au Pérou le premier tour des élections présidentielles, en parallèle avec les législatives. Le président sera élu pour 5 ans au suffrage universel à 2 tours, comme chez nous quoi. Avec au moins 3 différences notables. La première est que les affiches électorales ne sont pas placardées à droite et à gauche, mais peintes sur une multitude de murs et autres bâtiments. Dont une ruine en pleine campagne juste derrière notre emplacement de bivouac. Nous avons pris en flagrant délit l’équipe venue peindre ces vieux murs. Cela dit, ils étaient peut-être en règle. La seconde différence, c’est que 35 candidats sont en lice, dont seulement 3 femmes. Et la troisième, last but not least, c’est que 7 ex-présidents sont soit incarcérés soit en cours de poursuites pour corruption… Le président élu en 2021 a été destitué moins de 2 ans plus tard pour « incapacité morale ». Sa colistière qui avait pris le relais a connu le même sort fin 2025, ainsi que le président du parlement nommé par intérim peu de temps après. La fonction semble éminemment éphémère ! Manifestement, la population n’en peut plus et souhaite évidemment du changement. Mais les partis politiques les plus en avance dans les sondages sont proches des sortants. A part une révolution, on ne voit pas trop comment la situation peut évoluer. Nous avions vu qu’en Bolivie, outre l’interdiction de la vente et de la consommation d’alcool, toutes les routes et aéroports nationaux étaient fermés les jours d’élections. Il ne semble pas que cela soit aussi radical au Pérou, mais nous nous interrogeons sur l’opportunité de sortir du pays avant les élections.


    Pêche à la ligne

    Qu’est-ce que qui a bien pu passer par la tête de ce peuple Nazca lorsqu’il s’est mis à dessiner sur le sol des araignées ou des colibris de 50 m de long ou encore ce pélican de 285 m d’envergure alors que personne à l’époque (de -500 à +500 av./ap. J.-C.) n’avait la possibilité de voir ces œuvres dans leur globalité ? Distraire les dieux ? Distraire ou rebuter les extra-terrestres ? Personne n’a la réponse aujourd’hui et probablement personne ne l’aura demain. Les Nazca eux-mêmes ne soupçonnaient peut-être même pas que leurs petites rigoles creusées dans le sol seraient encore là 2000 ans plus tard, ni que des gaspilleurs d’énergies fossiles comme nous auraient la possibilité de voir leurs dessins depuis les airs en lieu et place des dieux ou des extra-terrestres espérés. En tout cas pour nous ça a été une chouette expérience. D’abord une revanche sur le fait de n’avoir pas pu les survoler lors de notre premier voyage, pour cause essentielle de budget insuffisant. Et puis le plaisir de découvrir tout ça depuis les airs, avec l’aide quasi indispensable du guide-copilote car on peut très vite manquer ces figures – malgré leur taille – si on ne regarde pas à l’endroit précis. Merci donc à l’équipage d’AeroMoche (oui ça fait bizarre, mais les Moche – prononcer motché – sont un autre peuple précolombien) de nous avoir fait découvrir ces étonnants géoglyphes et de nous avoir ramenés en vie, à défaut d’être en forme. En effet, l’alternance des rotations à angle élevé, une fois dans le sens horaire puis une fois dans le sens antihoraire autour de chacune des 21 figures afin que chacun puisse bien voir a chaviré l’estomac de 4 passagers sur 6. Dans la moyenne parait-il…

    Et ci-dessous une version en images statiques pour ceux qui auraient le mal de l’air ou du mal à charger la vidéo


    C’est avec Nazca que nous clôturons ce second parcours péruvien. Nous allons maintenant remonter le long de la côte en empruntant la route Panaméricaine. D’autres découvertes à suivre donc, ne nous abandonnez pas !