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  • 63. Six passages de frontières en 12 jours

    Un seul de ces passages de frontières était pourtant prévu à la sortie des États-Unis début juin pour la poursuite de notre périple au Canada, mais les circonstances en ont décidé autrement. D’abord une circonstance joyeuse aux Chutes du Niagara où nous a pris soudainement l’envie, alors que nous étions du côté américain, d’aller les observer du point de vue canadien avant de retrouver Roberto aux US. Un autre passage de frontière plus tragique nous obligera quelques jours plus tard à retourner au Canada puis en France pendant quelques jours avant de reprendre notre parcours là où nous l’avions laissé.


    Chutes du Niagara

    Ce sont l’une des merveilles de la Terre et la visite nous a paru incontournable. Nous avons joué le jeu à fond en allant les contempler de plusieurs points de vue : en longeant la rivière tumultueuse, en grimpant sur la tour d’observation et sa proue trônant 86 m au-dessus du vide, en escaladant la passerelle qui rejoint la cataracte à mi-hauteur, en embarquant munis de ponchos en plastique – car oui, ça éclabousse pas mal – sur un bateau qui s’aventure jusqu’aux pieds de la célèbre cascade du fer à cheval. Tout ça c’était du côté américain, mais comme nous n’en avions pas assez, nous sommes allés voir les chutes du côté canadien. Rien de plus facile, il a suffi de traverser à pied en moins de 10 mn le Rainbow Bridge qui relie les deux pays. Bon, honnêtement, il a bien fallu consacrer 15 mn supplémentaires aux formalités administratives d’entrée ay Canada, mais cela valait le coup. De l’autre côté, avec la lumière de l’après-midi et l’angle de vue différent, c’est un autre spectacle que nous avons contemplé. Le tout dans un bruit assourdissant et permanent. Et c’était vraiment impressionnant que de voir ces tonnes d’eau se déverser (2 800 chaque seconde !) dans une brume envahissante qui s’élève bien au-dessus des chutes et où de jolis arcs-en-ciel se forment. Une visite somme toute vivifiante. Saviez-vous qu’en 1948 les chutes se sont arrêtées de couler pendant 3 jours, en raison de la formation d’un gros bloc de glace en amont ? Certains se sont alors aventurés dans le cours d’eau soudain asséché, sous les falaises. Je ne crois pas que nous l’aurions fait.


    Corning ou l’art de se mettre au verre

    Le nom de Corning me disait quelque chose. Une marque inscrite sur la verrerie de laboratoire du temps où j’étais étudiant. Tubes à essais, Béchers, Erlenmeyers et autres cristallisoirs, réputés pour leur grande résistance aux chocs et aux changements brutaux de température. Normal, Corning est l’inventeur du Pyrex. C’est aussi et je l’ignorais le nom de la ville de Pennsylvanie d’où tout est parti. Apprenant que l’usine originale faisait encore référence en matière de verrerie d’art, les grands amateurs de la chose que sont Claudie et moi n’ont pas manqué de faire un crochet pour aller y jeter un œil. Nous nous sommes régalés pendant quelques heures à observer les magnifiques œuvres collectionnées comme réalisées sur place, à voir travailler en direct les souffleurs de verre, à apprendre les étapes de la maîtrise de la fabrication du matériau au fil des époques, à comprendre comment l’on fabrique en série des assiettes, des bouteilles ou encore des miroirs de télescopes.

    Et puis soudain la nouvelle est tombée. Mon père qui n’allait plus très bien depuis quelques jours venait à sont tout de franchir une frontière, bien plus terrible que notre passerelle, celle du monde des vivants. Certes il est parti en douceur à 90 ans, mais cela ne console qu’à moitié.


    Réorganiser le voyage

    Il nous faut donc rentrer en France pour les obsèques, et réfléchir à l’endroit d’où nous allons partir. Notre visa américain était encore valable un peu plus de 2 semaines. Cela risquait d’être un peu juste en cas de retour retardé pour une raison quelconque : le nouveau visa qui nous serait attribué courrait alors pour 90 jours Canada compris. Le plus sûr est donc de faire l’aller-retour depuis le Canada et de shunter la partie Nord-Est des États-Unis. Nous prenons des billets d’avion aller-retour Toronto-Paris et du coup refranchissons la frontière aux Chutes du Niagara, avec Roberto cette fois. Presque une formalité. Personne côté américain – comment sauront-ils que nous avons quitté leur territoire ? – et un douanier sympathique côté canadien qui cède même sa place à un confrère francophone pour nous faciliter la tâche. Un simple contrôle des passeports et de l’enregistrement en ligne « arrivecan » que nous avions réalisé 2 jours plus tôt et nous voilà parvenus au pays à la feuille d’érable. Roberto n’aura même pas été contrôlé !


    Parenthèse française

    Je ne m’étendrai pas sur cette semaine éprouvante mais nécessaire dont le bon côté a été, comme toujours dans ces circonstances, de revoir toute la famille ou presque. Vous n’aurez ni humour ni photo, encore que j’ai hésité à vous mettre celle de la belle cathédrale de Bourges quasi comble de spectateurs venus assister comme nous à un spectacle de trompes de chasse, en essayant de vous faire croire à la forte popularité de mon papa. Mais non, j’ai respecté sa mémoire.


    Le dernier des 6 franchissements de frontières

    Un bel Airbus 350 d’Air France nous a ramenés au Canada. J’ai été un peu surpris d’emblée de partir plein Nord, en direction de Calais puis de l’Islande. Mon ingénieur de père m’aurait sûrement rappelé, s’il avait été encore là, que si le chemin le plus court sur une projection à plat de la Terre était bien la ligne droite, il devenait une ligne courbe appelée arc géodésique si l’on redonnait à notre planète ses rondeurs naturelles. Du coup nous sommes passés tout près de l’Islande avant de traverser le Sud du Groenland, immense étendue de plaines et de montagnes enneigées fendues par de grandes vallées glaciaires toutes gelées et entourées d’une banquise en cours de fragmentation formant sous les effets du vent et des courants de véritables galaxies des mers.


    Arrivée mouvementée

    L’arrivée à Toronto n’a pas été une sinécure. Pourtant partis à peu près à l’heure, nous avions déjà une trentaine de minutes de retard (peut-être que finalement l’avion aurait dû partir plein Est ?). Mais cela ne serait rien si l’on ne nous avait pas annoncé alors qu’en raison de l’engorgement des douanes, nous devrions rester un moment dans l’avion avant de débarquer 50 par 50. Plus d’une heure et demi après, nous sortons enfin de l’appareil, un peu énervés. Mais nos tracas ne s’arrêtent pas là car il nous faut alors patienter dans une très longue queue dont les zig-zags passent même par les toilettes tellement la salle est comble. Après un contrôle policier peu aimable, il nous reste à récupérer nos bagages qui ne circulent plus depuis longtemps sur les tapis mais ont été entassés au milieu de la salle. Ce n’est que 2h30 après notre arrivée que nous sortons enfin de l’aéroport, avec encore beaucoup de mal pour trouver la navette qui rejoint le parking, indiquée nulle part. Nous retrouvons avec joie Roberto, notre cabane au Canada, intact et démarrant au quart de tour, comme pressé lui aussi de reprendre la route. A bientôt alors !

  • 62. Washington sans état gère

    Avant d’arriver dans la capitale des États-Unis, nous avons traversé 3 états : la Pennsylvanie, la Virginie occidentale et le Maryland. Mais Washington DC n’est pas dans tous ces états et ne doit pas être confondue avec l’état de Washington qui est à l’Ouest, le pauvre. Non, la capitale est bien au-dessus de tout ça, malgré son absence de gratte-ciel. Puisqu’elle a été désignée pour gérer le pays, elle est hors d’état, dame !

    Petit quizz, il y avait longtemps : qui de ces personnages a donné son nom à l’état correspondant ?

    William Penn ?
    Virginie DePaul ?
    Mary Land ?

    Vous trouverez une réponse détaillée à la fin du chapitre suivant… En attendant, voici nos quelques étapes jusqu’à la capitale :

    1°) Pittsburgh, Pennsylvanie, ville aux multiples facettes

    Construite au confluent de 3 rivières dans une région très vallonnée, on y accède ou y circule par l’un des 400 ponts (excusez du peu) ou l’un des 2 funiculaires (nous avons pris les deux tant qu’à faire). Les sommets alentours offrent de super vues sur la skyline, les rives des rivières offrent de bons spots nocturnes, et la ville comporte quelques pépites. D’une part ce jardin botanique dont les grandes serres mettent en scène des tableaux d’artistes ou plus simplement des pays ou des environnements climatiques. Notez le jardin vertical à l’entrée en forme de cadre. La ville est aussi la patrie natale d’Andy Warhol et donc forcément y consacre un musée que nous avons trouvé magnifique et très pédagogique, nous permettant de comprendre toute la démarche artistique de cet artiste de renom. On découvre enfin dans un quartier banal de Pittsburgh cette maison étonnante appelée Randyland, du nom de son créateur Randy Gilson. On s’y balade librement. Des tables invitent éventuellement à y prendre un verre à condition d’amener sa boisson avec soi. L’ensemble est aussi hétéroclite qu’harmonieux, ce qui parait bizarre à dire. Une débauche de couleurs et d’excentricités en tous genres qui ne peut laisser indifférent. L’artiste était d’ailleurs présent sur le pas de sa porte, expliquant sa démarche dans un langage aussi émotionnellement coloré que son œuvre.

    LA VILLE







    LE JARDIN BOTANIQUE


    LE MUSÉE ANDY WARHOL




    RANDYLAND


    Réponse au quizz : C’est William Penn, à qui le roi Charles II d’Angleterre octroya cette région en remboursement du prêt que lui avait accordé son père. Virginie, l’amoureuse de Paul s’appelait de la Tour (rien à voir donc avec une quelconque servante d’une quelconque couleur). Et la Mary en portrait n’est autre que Mary Tudor, la reine sanglante ou Bloody Mary. Vingt dieux la Mary !


    2°) Bekerley Springs (Virginie occidentale)

    Si vous ne le saviez pas encore, j’ai une affinité particulière pour les stations thermales, ayant travaillé dans ce domaine une grande partie de ma vie. A chaque fois qu’il s’en présente une, il me faut aller l’explorer. Bekerley Springs est loin d’avoir le charme des stations françaises, allemandes ou tchèques. Elle a tout de même le mérite d’avoir été la première station thermale aux États-Unis, et s’enorgueillit d’avoir eu la visite à maintes reprises de George Washington, dont la baignoire en extérieur a été conservée. Le petit parc thermal est très classique avec son kiosque, sa pelouse et ses bancs. Ce qui est inhabituel ce sont les bassins en extérieur où l’on peut se baigner ou simplement tremper les pieds. Des bulles qui remontent et quelques remous semblent indiquer que l’eau arrive par en dessous. Pas de quoi s’y réchauffer en tout cas, la température de l’eau à l’émergence est de 23°C, produisant peut-être une petite brume en hiver. Une buvette à l’américaine (vous savez, le petit jet qui sort quand on appuie sur le bouton) permet de goûter l’eau, qui n’a pas de saveur particulière. La composition est affichée, mais pour une fois j’ai du mal à l’interpréter, les sels minéraux étant dosés en grains par gallon, système impérial oblige. Sachant qu’il y a 14 millions de grains dans une tonne US, que la tonne US est un peu plus légère que la tonne UE (907,18474 kg), qu’un gallon US vaut 231 pouces-cubes qui valent chacun 0,16387 litres, quelle est la teneur en calcium de cette eau ?


    3°) Washington DC

    Blague à part

    Quand j’étais petit, une blague traînait à l’école : on demandait à son voisin « Comment tu écris ‘nouille’ » ? Et tout de suite après « Quelle est la capitale des États-Unis » ? Invariablement, le voisin répondait sans réfléchir ‘Nouillork’ et l’on pouvait se taper sur les cuisses. Car bien entendu, la capitale c’est Washington.

    Enfin seulement depuis 1790 parce qu’au début le gouvernement a été dirigé depuis New York puis Philadelphie. Il a fallu, afin de ne pas risquer de favoritisme, trouver un endroit qui ne soit pas un état pour installer la capitale, et on a piqué pour cela un petit morceau de terrain de 175 km² au Maryland et à la Virginie, appelé District de Columbia.


    Metro, centro, dodo

    Les centres des grandes villes étant souvent embouteillés et peu propices au stationnement, nous préférons en général nous garer en périphérie et faire le reste du trajet en transport en commun. A Washington DC, nous avons choisi comme parking diurne et nocturne celui de la station de métro Greenbelt. Sur plusieurs centaines de places, une trentaine seulement sont réservées aux véhicules souhaitant stationner plus de 24 heures. Quelques-unes heureusement étaient encore disponibles lors de notre arrivée.

    C’est assez couru car le prix est modique : 4,95 $ par 24h les jours de semaine et gratuit les week-ends, à condition de payer avec la carte Smartrip utilisée pour rejoindre la station de métro. Cette carte est très utile par ailleurs car le prix des trajets est très variable, selon que l’on prend le bus ou le métro, selon le nombre de stations, selon le jour de la semaine et selon l’heure de la journée. Avec la carte pas de souci, on y met le montant que l’on veut sur des automates – à hauteur variable également – et le montant à payer est débité en sortie de station.

    Sinon les stations elles-mêmes sont très austères : toutes en béton brut de décoffrage y compris les bancs pour s’asseoir, sans aucune décoration ni publicité. Les rames sont larges. La couleur bleu délavé des banquettes va bien avec la sobriété ambiante. Difficile de croire que l’on est dans la capitale des États-Unis d’Amérique ! Heureusement, les 6 lignes sont aériennes dès que l’on sort du centre-ville et ça permet de voir un peu de verdure.


    L’Enfant terrible qui dessina la capitale des États-Unis d’Amérique

    L’aménagement du District de Columbia fut l’objet d’un concours en 1791, et c’est un architecte français, Pierre-Charles L’enfant, qui le gagna. Il était déjà connu des Américains pour avoir accompagné les généraux La Fayette puis Washington lors de la guerre d’indépendance. Le problème c’est que L’Enfant était capricieux au point qu’on lui retirât son projet et qu’il emmena, boudeur, ses plans avec lui. Une partie seulement des travaux se fit, de mémoire. Il fallut attendre 1901, soit 27 ans après la mort de l’architecte, pour que l’on remette la main dessus et que l’on lance enfin la réalisation du projet, ce grand parc central autour duquel sont disposés tous les monuments importants du gouvernement fédéral, mémoriaux compris. En raison de sa réaction, L’Enfant ne fut jamais payé, ou si peu, pour son travail et mourut dans la pauvreté. Le gouvernement fédéral se rattrapa, bien qu’un peu tard, en l’enterrant au cimetière d’Arlington, aux côtés des sommités du pays. Un rare privilège pour un étranger.


    Le National Mall

    Nous avons parcouru le premier jour sous un temps grisâtre (désolé pour les photos) et le second jour heureusement avec le soleil, une grande partie de ce parc. Nous avons rendu une petite visite aux édifices qui l’entourent, présentés ci-dessous en commentaires.













    Il est temps pour nous de reprendre notre route vers le Nord Ouest cette fois, en direction de Buffalo et des Chutes du Niagara. A très bientôt !

  • 60. Du Kentucky à l’Illinois

    Depuis Nashville qui clôturait notre visite du Tennessee, nous avons fait un bout de chemin puisque nous sommes maintenant à Chicago. A vol d’oiseau, la distance séparant les 2 villes est de 640 km, mais le compteur de Roberto en a compté 1300. Il est vrai qu’à défaut de 4X4 tout terrain nous évitons la ligne droite, qui pourrait d’ailleurs être intéressante, prenant plutôt le temps de faire des détours, au gré des renseignements fournis par notre guide papier et quelques sites Internet. Voici donc les étapes qui nous ont marqué au fil de ce trajet, état par état.


    KENTUCKY



    1°) Le Mammoth Cave National Park

    C’est une grande forêt de feuillus de 400 km2 parcourue de multiples chemins de randonnées mais qui est surtout connue pour son immense réseau de galeries souterraines, le plus grand du monde parait-il avec près de 700 km répertoriés à ce jour. Une partie se visite, mais seulement avec guide et réservation obligatoire. Le parking du Visitor Center bien rempli nous a confirmé nos craintes : en cette période de vacances scolaires américaines, tout était complet pour les jours qui viennent. Nous nous sommes donc contentés de l’exposition pour la partie intellectuelle et des chemins de randonnée pour la détente.

    Une disparition inquiétante et l’autre pas

    Les centres d’accueil des parcs nationaux sont en général riches de renseignements et proposent généralement des expositions dignes d’un musée d’histoire naturelle sur la flore et la faune du parc. Nous n’y trouverons pas de mammouth puisque comme chacun sait ils ont disparu depuis longtemps. Le nom du parc est en fait lié à la forme particulière de l’une des salles souterraines. Mais la faune ce sont aussi des êtres vivants beaucoup plus petits, comme les araignées. Un microscope braqué sur un porte-lame était d’ailleurs censé nous en montrer un exemplaire, mais le champ de vision restait vierge et un petit message au-dessous nous donnait cette explication étonnante et inquiétante à la fois : « Nous regrettons que l’araignée ait disparu ». Mais où diable était-elle donc passée ?


    Le cimetière de Miles Davis

    Puisque nous voilà décidés pour une randonnée, Claudie me propose une boucle de 12 km dont le point ultime est le cimetière de Miles Davis. Ah, on va chercher des trompettes de la mort, lui réponds-je malicieusement. Après avoir pris une petite route et même un bac (Roberto a adoré) pour rejoindre le point de départ de la randonnée, nous voilà partis par un temps de soleil voilé et plutôt frais sur un chemin s’enfonçant dans une forêt d’arbres très hauts dont on devine tout juste le feuillage vert tendre naissant au niveau de la canopée. Un calme absolu règne, aucun chant d’oiseau ne vient troubler le silence, aucun écureuil ne vient nous saluer. Même les insectes sont absents. Nous avançons péniblement, ayant fréquemment à contourner des zones boueuses placées comme un fait exprès juste sur notre chemin. Après environ 7 km, nous arrivons enfin à notre cimetière, une zone perdue en plein cœur de la forêt mais tout de même délimitée sur les 4 côtés par un grillage rouillé. J’aperçois une vingtaine de pierres tombales, cherche en vain du regard celle qui dominerait les autres, avec peut-être une statue du célèbre jazzman ou une trompette fleurie. Mais je ne trouve que de vieilles pierres moussues de tailles diverses, visiblement non entretenues. L’épitaphe la plus récente date de 1915. Devant ma perplexité, Claudie comprend ma méprise et m’explique qu’il ne s’agit là que du cimetière de 2 familles, les Miles et les Davis, qui ont vécu dans ce coin perdu de la forêt pendant quelques décennies. A lire les inscriptions gravées, on imagine des conditions de vie difficiles. Ainsi ce couple Georges et Sarah dont la petite Mary est morte en 1892 le jour de sa naissance. C’est sûr, pas de service de néonatalogie au milieu de la forêt. La tragédie familiale se confirme en observant les stèles les plus récentes, près de l’entrée, de plus en plus petites et bancales. Le dernier des Miles-Davis n’aurait-il pas eu d’autre choix que de s’enterrer tout seul ? 😥




    2°) Louisville et les Bourbon

    Nous avons fait un stop dans la ville la plus peuplée du Kentucky non pas pour compter ses habitants mais pour y découvrir quelques curiosités. Le musée consacré à Mohamed Ali (le célèbre boxeur étant originaire d’ici) étant malheureusement fermé, nous effectuerons à la place un petit parcours urbain où nous découvrirons quelques surprises. La journée du lendemain sera consacrée à la visite d’une distillerie de bourbon.   


    Ils ont re-décapité Louis XVI !

    Au cours de notre balade, nous remarquons sur notre carte Osmand (notre appli GPS) la mention d’une statue de Louis XVI juste devant la mairie de la ville. Nous ne sommes pas loin et décidons d’y faire un tour, par curiosité. Mais déception, après avoir cherché et bien cherché, nous ne trouvons qu’un carré de bitume au sol. Mais qu’a-t-il bien pu se passer et pourquoi y avait-il une statue de Louis XVI à cet endroit ? Et y aurait-il un lien avec le nom de la ville ? Internet, en ressource inépuisable, nous apprend déjà que la Louisville a été baptisée ainsi en hommage au soutien de Louis XVI pendant la guerre d’indépendance américaine. C’est sans doute pour les mêmes raisons que nous ne sommes qu’à quelques dizaines de kilomètres de Versailles ou encore mieux Paris. On nous dit par ailleurs que c’est la ville de Montpellier qui a généreusement offert à sa jumelle américaine cette imposante statue en marbre de Carrare. En fait, la cité languedocienne se serait plutôt débarrassée d’une statue encombrante qui traînait dans ses réserves depuis longtemps. Commandée en 1815, en plein rétablissement de la monarchie en France, elle ne resta exposée que 23 mois à Montpellier après les émeutes parisiennes conduisant à la monarchie de Juillet. Après une période de calme sur son nouveau territoire, la statue redevient l’objet de l’hostilité des foules : on lui casse un bras, puis on la tague : le maire de Louisville craignant davantage la déboulonne et la met en réserve. Il lui reste maintenant à déterminer à qui va-t-il refiler la patate chaude 😉


    Au palais, bourbon !

    Nous parlons ici de la boisson reine du Kentucky et non pas du bâtiment qui héberge l’Assemblée Nationale. Mais il y a tout de même un petit lien entre les deux puisque la boisson américaine tient son nom du Comté de Bourbon, lui-même baptisé ainsi en hommage aux héritiers de Louis-Philippe qui, chassés de France, se sont engagés aux côtés de l’Union pendant la Guerre de Sécession. Le siège du Comté de Bourbon est la petite ville de Paris, 8 500 habitants. Oui, je sais c’est compliqué. Mais revenons à notre bourbon. Nous n’avons pas laissé s’échapper l’occasion de visiter la distillerie Buffalo Trace, l’une des 4 (sur 183) qui a survécu à la prohibition. Une visite comme on aime, gratuite qui plus est, dans une usine superbe et en activité, merveilleusement odorante et toutes cheminées fumantes, où l’on apprend tout sur le processus de fabrication de ce whisky américain. Contrairement au scotch (le whisky écossais), la purée de céréales mise en fermentation comporte au moins 51% de maïs et le vieillissement se fait toujours en fûts de chêne neufs (ils sont ensuite revendus aux Écossais). La visite se termine bien entendu par une dégustation de 5 de leurs spécialités. Pas les mêmes d’un jour à l’autre, c’est incitatif à revenir, ça !


    Churchill Downs

    C’est l’hippodrome le plus célèbre des États-Unis, où se déroule chaque année en mai depuis 1875, sans avoir jamais failli à la règle, y compris pendant les guerres, le Derby du Kentucky, une course qui attire plus de 170 000 personnes. Une autre course a lieu à l’automne, le Kentucky Oaks, réservée aux pouliches, tandis que la première concerne les poulains et hongres (chevaux castrés), dans tous les cas âgés de 3 ans. Le restant de l’année, on s’y entraîne et les bâtiments sont ouverts à la visite. Nous en avons profité pour recueillir quelques connaissances sur ce milieu qui nous est peu familier. A noter que la région est depuis longtemps vouée à l’élevage des chevaux, que l’on envoyait volontiers depuis l’Europe pour paître dans la blue grass, une herbe épaisse et longue appelée ainsi pour la teinte qu’elle prend au printemps. La route entre Louisville et Lexington est d’ailleurs particulièrement pittoresque, bordée de grands champs entourés de multiples barrières en bois, parfois doublées ou triplées, ou encore formant des cercles autour des arbres.


    Batte-man

    On peut appeler ainsi M. Hillerich qui confectionna la première* batte de base-ball en bois en 1884 et continue avec sa société à en fabriquer aujourd’hui à Louisville. Les locaux et un petit musée se visitent, annoncés depuis la rue par une batte géante qui dépasse le toit de l’immeuble.
    * à regarder de près le gourdin tenu par les hommes préhistoriques lorsqu’on les représente, je me demande si l’invention n’est pas antérieure…


    3°) Lexington

    Encore une ville axée sur le cheval et le bourbon. Si l’envie de visiter une autre distillerie de bourbon nous a effleurés, nous avons préféré voir une petite exposition artistique, de la Lexington Art League, située dans une demeure de style néogothique américain au charme certain. Les lieux étaient quasi-déserts, nous avons attendu un peu dans l’entrée avant qu’une dame vienne nous accueillir, nous dire qu’ils étaient normalement fermés aujourd’hui mais que puisque nous étions là nous pouvions jeter un œil. Une exposition assez éclectique mais avec de jolies trouvailles, comme vous verrez sur les photos.


    OHIO



    1°) Cincinnati

    C’est notre première ville dans cet état. On y accède depuis Covington au Kentucky en franchissant le Roebling suspension bridge, construit en 1867, précurseur du pont de Brooklyn du même architecte. Sa chaussée très particulière faite d’une grille métallique le rend très sonore, faisant « chanter » les voitures. D’un côté, une jolie frise historique raconte l’histoire de la région et de la construction du pont. De l’autre, le National Underground Railroad Freedom Center relate la période des années 1830 à 1860 ou la population s’érigeant en passeurs bénévoles permit à environ 100 000 esclaves de rejoindre la liberté de l’autre côté de la rivière. Les états du Nord avaient aboli l’esclavage en 1833. Les pays du Sud y rechignaient et c’est l’une des raisons principales de la Guerre de Sécession.




    2°) Dayton : 1 musée, 2 frères, 3 axes

    A Dayton dans l’Ohio se trouve le Musée National de l’US Air Force. Sous 4 hangars géants sont exposés plus de 300 avions, des missiles, des fusées et même une navette spatiale. L’entrée est gratuite, le vétéran du Vietnam qui nous a donné le plan de visite à l’entrée nous a même présenté une bonne vingtaine des avions que nous allions trouver sur notre parcours. Nous n’avons pas tout compris mais nous l’avons remercié chaleureusement. Allez, parlons du premier avion présenté, celui des frères Wright, le tout premier à voler muni d’un moteur en 1902. Toutefois, l’appareil devant être propulsé sur un rail au décollage, les 2 frères n’ont pas eu la primauté de l’invention qui fut attribuée au français Clément Ader pour avoir fait décoller du sol de façon autonome 3 engins volants motorisés entre 1895 et 1897, même si c’était sur des distances limitées (300m pour le dernier). Le mérite des frères Wright reste d’avoir été les premiers à contrôler le vol dans ses 3 axes (tangage, roulis et lacet). Pour les 299 avions qui restent, je vous laisse voir quelques photos et prendre votre billet pour les États-Unis.



    INDIANA



    1°) Indianapolis

    N’étant pas trop fan des grandes villes, nous ne sommes pas restés très longtemps dans la capitale de l’état d’Indiana, juste le temps de visiter 2 attractions : le Museum of Art, centré sur l’art européen, africain et asiatique, et l’incontournable Motor Speedway, circuit culte des 500 miles d’Indianapolis, avec toute l’histoire et les voitures de la course automobile qui a lieu chaque année depuis 1911.






    2°) Fairmount

    Cette petite ville d’à peine 2800 habitants s’enorgueillit d’être le lieu de naissance de deux héros : James Dean et Jim Davis. Si vous connaissez forcément le premier, l’acteur prometteur de la Fureur de Vivre décédé prématurément à l’âge de 24 ans dans un accident de voiture, le second vous parle sûrement moins. Mais le chat qu’il dessine, Garfield, est plus connu aux États-Unis que celui de Geluck. Nous avons (re)découvert leur vie dans un petit musée et roulé dans un cimetière avec Roberto (oui, là bas c’est comme ça qu’on fait !) jusqu’à la tombe de James Dean, toujours maculée parait-il de rouge à lèvres.



    ILLINOIS



    A la découverte de Chicago

    Ce sera notre seule étape dans l’Illinois, mais Chicago, n’est rien moins que la 3ème ville des États-Unis. Le centre-ville a la particularité d’être délimité par une vieille ligne de métro aérienne formant une boucle et appelée pour cette raison le « loop ». Ce métro et les vieilles arches métalliques qui le supportent tranchent par leur charme désuet avec les gratte-ciels qui l’entourent. Beaucoup. La ville en compte presque autant que New York. Elle a même eu le plus haut du continent américain jusqu’en 1998, la Willis Tower, 442 m sans l’antenne, et quelques originalités comme ces immeubles jumeaux de l’entreprise Wrigleys (vous savez, les chewing-gums) aux contours polyédriques et reliés par une élégante passerelle. Ou encore ce bâtiment construit pour les 75 ans du journal Chicago Tribune à la base duquel ont été incluses des pierres rapportées du monde entier (Pearl Harbor, Fort Alamo, mais aussi Antarctique, Taj Mahal ou cathédrale de Reims. Curieuses aussi sont ces deux tours en forme d’épis de maïs. Vive la biodiversité urbaine !

    Les halls d’entrée de ces beaux immeubles sont parfois accessibles à la visite et réservent des trésors. Les oeuvres d’art sont tout aussi fabuleuses à l’extérieur, dans les parcs ou au coin des rues, comme cette sculpture de Picasso qui n’a pas réussi à trouver de nom, cette mosaïque géante de Chagall représentant les 4 saisons avec parait-il un nombre de nuances de couleurs inégalé pour une telle oeuvre, ou encore la « porte des nuages » d’Anish Kapor, une structure réfléchissante en forme de haricot qui reflète aussi bien la skyline de Chicago que les visiteurs qui la contemplent et s’y prennent en photo.

    Enfin, Chicago est aussi une cité portuaire, bordant l’immense Lac Michigan. Bien qu’il ne s’agisse que d’une mer fermée, les mouettes, les phares et les navires de plaisance sont là pour donner l’ambiance. On imagine les foules rassemblées sur les jetées et le ballet incessant des bateaux pendant la saison estivale. Mais rien de tout cela lors de notre visite. A moins de 10°C dehors, personne en maillot de bain !


    Remettre les pendules à l’heure

    L’expression fait sens ici car depuis notre arrivée aux États-Unis, nous avons changé d’heure 7 fois. 6 fois en raison de la traversée de la ligne de séparation entre les zones horaires du centre et de l’est du pays, 1 fois en raison du passage à l’heure d’été. Et nous le découvrons le plus souvent par surprise, devant un coucher de soleil plus précoce ou plus tardif que d’habitude. Car rien n’est simple. Les États-Unis comportent 9 fuseaux horaires, dont 3 concernent la vaste étendue continentale. La démarcation pourrait se faire sur les frontières entre les états, mais si c’est souvent le cas, c’est loin d’être la règle. Notamment, parmi les 11 états que nous avons traversés, 3 sont coupés en 2 par cette ligne, que nous avons dû franchir à plusieurs reprises en raison de nos trajets zig-zaguants. Pour que vous vous rendiez mieux compte, la carte de notre trajet inclut pour cet article au moins les fuseaux horaires.

    Mais tout ceci ne serait rien s’il n’y avait en plus le problème du passage à l’heure d’été. Certes cela n’arrive que deux fois par an, mais, si le gouvernement fédéral conseille l’adoption de l’heure d’été, il laisse le soin à chaque état d’en décider. Et bien entendu, les nations indiennes font ce qu’elles veulent. L’exemple le plus significatif est celui de l’état de l’Arizona, qui a décidé contrairement à ses voisins de ne pas adopter l’heure d’été. Mais dans le coin Nord-Ouest de l’Arizona se trouve le territoire indien Navajo qui, lui, choisit de l’appliquer. Mais au sein du territoire Navajo se trouve le territoire indien Hopi qui ne veut pas entendre parler de l’heure d’été. Vous suivez ? Ah, j’oubliais un truc, les jours de changement ne sont évidemment pas les mêmes qu’en Europe et ont été modifiés à deux reprises dans les 20 dernières années. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?

    Heure appliquée dans les différents comtés de l’Indiana. En jaune, UTC -5h. En rouge, UTC -6h.
    En vieux rose, les parties de l’Arizona refusant le changement d’heure, en jaune celles qui l’appliquent. Les états autour l’appliquent tous, mais avec un décalage horaire d’une heure pour les états en bleu (Nevada et Californie)

    Désolé d’avoir été si long, mais la séquence anniversaire m’a fichu dedans. Le prochain article devrait être plus restreint territorialement parlant. A très bientôt !