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  • 163. Option Chiloé

    163. Option Chiloé

    Nous avions prévu initialement de remonter la route australe jusqu’à son terminus Puerto Montt. Ce trajet nécessitait 2 traversées en ferry et surtout beaucoup de kilomètres sur des routes de terre. Visiter l’archipel de Chiloé était en option à partir de Puerto Montt, au cas où nous aurions suffisamment de temps avant de rejoindre l’aéroport de Santiago début décembre pour notre parenthèse familiale de Noël. Et puis 2 sentiers fermés dans un parc vont changer la donne…

    Le parcours décrit dans cet article, en version zoomable ici

    Le glacier suspendu

    Il ne s’agit pas ici d’un artisan interdit d’exercer pour avoir utilisé des mélanges de poudres chimiques et les avoir vendus sous l’appellation « glaces artisanales », ce qui est hélas permis par la législation actuelle, mais bien d’un vrai glacier de montagne dont la course se termine en haut d’une falaise de 200 mètre de hauteur : mieux vaut ne pas être en bas lorsque les séracs se rompent ! D’ailleurs pas de risque aujourd’hui, puisque les deux sentiers qui se rapprochent du glacier sont fermés pour cause de maintenance. Le prix de l’entrée au parc (Parque Nacional Queulat) n’a d’ailleurs pas diminué pour autant. Nous nous contentons des petites balades dans une forêt humide, à observer un nombre impressionnant de mousses, de lichens et de fougères, menant à deux points de vue relativement éloignés (désolé pour la piètre qualité des photos !). Mais au moins nous aurons vu le glacier. Ce qui n’était même pas évident a priori compte tenu de la couverture nuageuse tenace du jour. Un fait intéressant, le parc comme beaucoup d’autres sera fermé demain pour cause …d’élections. Il est carrément dit sur le site de la gestion des parcs que les élections augmentent le risque d’incendie. Les Chiliens ont le sang chaud !


    On part aux îles

    a) Le contexte

    En raison de la maintenance des sentiers principaux du parc au glacier suspendu, notre visite n’aura duré qu’une petite matinée au lieu de la journée entière. La conséquence est que nous avons le temps de rouler tout l’après-midi pour rejoindre à Chaíten l’embarcadère pour la grande île de Chiloé. Et prendre à temps le lendemain matin le ferry qui s’y rend chaque dimanche (et pas les autres jours !). Cette visite n’était initialement qu’une option, mais après réflexion, elle va nous permettre de rejoindre Puerto Montt, la fin de la route australe, en évitant sa fin de trajet toute en terre. Oui, nous commençons à saturer de toute cette poussière et on ne parle pas des pneus de Roberto ! Et puis Chiloé, ça n’est pas tout à fait le Chili. Les Espagnols y sont restés plus longtemps qu’ailleurs grâce au caractère assez docile des autochtones Huilliches, l’archipel de 40 îles a d’ailleurs été le dernier territoire à être intégré (par la force) au reste du Chili devenu indépendant. On nous promet outre le charme des îles une certaines authenticité, des maisons typiques, des églises en bois et quelques plats originaux. Ça donne envie, non ?

    b) La traversée

    Alors nous voilà embarqués sur le ferry Agios pour 5 heures de navigation par un temps superbe. Le départ a un peu traîné et nous accusons 2 heures de retard à l’arrivée à Castro, la ville principale de la grande île de Chiloé. Mais nous n’avons guère senti les 5 heures de traversée, entre l’observation des îles alentour et du trafic maritime, le rattrapage du retard dans le classement des photos, la rédaction du blog et la pause goûter dans Roberto. Un petit flashback pas désagréable de notre croisière dans les fjords !

    Dès l’arrivée au port de Castro, nous apercevons nos premiers palafitos, ces maisons sur pilotis caractéristiques de l’architecture chilote. Nous en retrouverons même un autre groupe près du petit parking où nous avons choisi de passer la nuit. Ces maisons de pêcheurs bien adaptées aux marées et au temps breton de l’archipel sont hélas de moins en moins nombreuses, une grosse partie ayant été détruites par les gros séismes et les tsunamis de 1960 et 2010. Nous profitons du bel éclairage du soleil couchant pour prendre le pouls du quartier : les maisons terrestres ne sont pas mal non plus, construites comme les palafitos en bois – la ressource est plus abondante dans la région que le béton – et peintes de couleurs vives. Il parait que c’est nécessaire pour le moral dans cette région où le ciel s’assombrit quand même très souvent. Le temps breton je vous dis !


    c) Un matin de pluie

    Nous nous réveillons le lendemain sous la pluie. C’est particulièrement rageant pour la visite d’une ville parmi les plus colorées du globe. La météo s’annonçant un peu plus clémente pour l’après-midi, nous commençons notre visite par quelques activités en intérieur : courses au supermarché, exploration du musée de la ville et repas au restaurant où nous allons goûter à LA spécialité chilote : le curanto. En théorie cuit dans un trou dans le sol sur des pierres chaudes selon la tradition huilliche (peu probable pour ce qui nous a été servi), ce plat associe des fruits de mer (grosses moules, palourdes, clams, …), des viandes (saucisse fumée, poulet, travers de porc, …), des pommes de terre volontiers en galettes et quelques légumes. Un petit bouillon est servi à côté. Difficile d’avoir faim en sortant ! Bon, nous n’avons pas trouvé cela extraordinaire, mais avec le trou dans la terre et les pierres chaudes, l’expérience aurait peut-être été différente.


    d) Un après-midi breton

    Le ciel de l’après-midi alterne entre éclaircies et passages nuageux, ce qui est éprouvant en terme de photographie. En ce qui me concerne en tout cas. Il m’arrive volontiers de retourner faire la même photo si le soleil est apparu entre temps. Ce qui agace Claudie qui pense que les photos avec ciel gris sont plus authentiques. J’ai fini l’après-midi tout seul en randonnée photo lorsque le soleil a daigné se montrer un peu plus souvent. Et encore !


    Les églises en bois

    La colonisation par les Espagnols s’est accompagnée d’une évangélisation massive, notamment par les Jésuites puis par les Franciscains. Chaque paroisse devait avoir son église et, compte tenu de l’accès difficile et du nombre d’îles, il y en a eu beaucoup. L’abondance d’espèces de bois résistantes à l’humidité élevée de la région (cyprès, mélèze, coigüe, canelo, etc.), la résistance supérieure à la brique aux séismes fréquents et les bonnes connaissances des charpentiers – souvent de marine – dans l’assemblage sans cheville a conduit à élever quasi exclusivement des édifices en bois. Le mélange des styles européens (baroque, néoclassique, etc.) et locaux (motifs amérindiens et multitude de couleurs) en ont fait des ouvrages remarquables. La fréquentation élevée, l’arrivée des touristes et le classement au patrimoine mondial de l’UNESCO pour 16 d’entre elles ont favorisé une bonne conservation de ces églises, effectivement spectaculaires pour celles que nous avons visitées.


    À part les églises

    Pour le reste, nous avons trouvé dans Chiloé d’adorables petits villages, avec toujours ces maisons colorées, mais aussi des ports de pêche très actifs, des boutiques aux vitrines amusantes, un fleurissement abondant, une population qui ne fait pas attention à nous mais qui est prête à nous aider à la moindre requête.


    Encore des églises

    En guise de conclusion, nous avons trouvé à Ancud, pratiquement la dernière ville avant de quitter Chiloé, l’étonnante exposition d’une association qui œuvre pour la préservation des églises chilotes. On retrouve beaucoup d’éléments architecturaux anciens, sans doute récupérés avant restauration et parfaitement mis en scène, pas mal d’informations sur les différentes églises de l’archipel, et surtout une impressionnante collection de maquettes et de tableaux en reliefs. Qui semble exhaustive qui plus est. Nous avons bien évidemment reconnu celles que nous avions visitées.


    C’est encore en ferry que nous quittons l’archipel de Chiloé. Une belle découverte. C’est toujours réconfortant de trouver des populations qui ne se laissent pas envahir plus que ça par l’uniformité occidentale et parviennent à conserver une grande part de leurs traditions. À bientôt pour la prochaine étape !

  • 161. Le Chili pour de bon

    161. Le Chili pour de bon

    Le Chili pour de bon
    Pas moyen de se tromper, c’est le Chili pour de bon !

    Nous voici donc partis à la découverte du Chili, ce pays à la géographie étonnante cerné de toutes parts par des frontières plus naturelles que politiques : 4 300 km de littoral pacifique à l’Ouest, 4 300 km de Cordillère des Andes à l’Est, le désert d’Atacama au Nord et le désert de Patagonie au Sud. Le tout pour une largeur moyenne de 177 km ! Avec un fort vent de face, « destructeur » selon la météo, nous nous dirigeons péniblement vers la ville de Punta Arenas.


    Stop tatou

    Après une traversée de frontière plus simple que prévu (papiers simples et rapides, inspection du véhicule a minima), nous voilà repartis sur les routes du Chili, mais pour de bon cette fois. Nous tentons un ravitaillement du frigo, laissé vide pour la douane, à Cerro Sombrero, la première ville rencontrée sur notre parcours, mais les deux mini-mercados, de la taille d’une maisonnette sont fermés en ce milieu d’après-midi. Ils n’ouvrent que de 18 à 20 heures, de vrais mini-horaires assortis à leur taille ! Et puis nous refranchissons dans le même bac gratuit qu’à l’aller le détroit de Magellan, sous la pluie. Peu de risque que la Terre de Feu s’embrase aujourd’hui. Nous quittons cette grande et superbe île pour le Chili continental, longeant d’abord la rive nord du détroit. La pluie se calme mais nous en avons assez pour aujourd’hui : nous nous garons pour la nuit près d’une plage de galets. Isolés du vent et du bruit de la route par une petite butte, c’est parfait. Nous aurons de plus la chance de voir un tatou. Ça court vite ces bêtes-là ! Le temps de sortir mon téléphone, il m’a fallu le courser pour le rattraper et le prendre en photo, de quoi enrichir notre collection faunique patagonne.


    Encore un village fantôme

    L’Estancia San Gregorio était au début du XXe siècle l’une des principales productrices de laine, de viande et de cuir de mouton de la Patagonie chilienne. Une réussite économique dans la région. Comme beaucoup d’établissements similaires à cette époque, elle vivait en quasi autarcie avec tous les services utiles aux travailleurs : maisons, écoles, cuisine, garage, chapelle, infirmerie, bibliothèque, etc. Sans oublier une belle cave à vin. Elle disposait même de quais pour l’expédition des marchandises par train ou par bateau. Après une période d’apogée vers 1930, elle connut un déclin brutal, peut-être en raison d’une mauvaise gestion, entraînant l’abandon des bâtiments qui sont restés aujourd’hui dans leur jus. On y trouve même des ballots de laine prêts à être exportés et, en cherchant bien mais l’accès est plus dangereux, des carcasses de moutons non encore tondus. Dommage, car l’industrie ovine semble encore assez active dans le sud du Chili, à en voir les grands troupeaux qui paissent un peu partout. Entre autres bâtiments à l’abandon, on trouve sur le rivage l’épave de l’Amadeo, le navire exportateur des propriétaires, qui a donc échoué avec eux…


    Punta Arenas

    Cette ville est le pendant chilien d’Ushuaïa en Argentine mais – c’est une opinion personnelle – en mieux. Là où l’architecture argentine était terne, nous avons plaisir à retrouver des couleurs et quelques bâtiments historiques. La tôle ondulée et le bardage bois semblent être la règle, au moins dans le sud du Chili, mais au moins c’est coloré ! Sur le boulevard côtier de Punta Arenas, la Costanera, on trouve une statue d’un capitaine chilien ayant sauvé un bateau expéditionnaire brisé par les glaces, des pontons qui ne sont plus accessibles qu’aux oiseaux de mer, et diverses œuvres d’art. Le port est très actif, bien que son activité ne soit plus aussi florissante depuis la mise en service du canal de Panama qui a détourné une grosse partie du trafic du détroit de Magellan. Le centre-ville comporte pas mal de bâtiments historiques de style, souvent des demeures des premiers (et riches !) commerçants de la laine ou de la viande ovine, mais aussi des édifices religieux comme la cathédrale du Sacré-Cœur, reconstruite en briques quelques années après que la version initiale en bois ait totalement brûlé en 1892 quatre mois seulement après son inauguration. Eh les gars, vous aviez pensé que les fidèles allaient forcément allumer des cierges ?! Au centre de la place principale trône une statue de Magellan, grâce à qui tout a commencé pour les colons européens mais à cause de qui tout a foutu le camp pour les autochtones qui vivaient paisiblement dans la région. Symboliquement, Magellan situé en haut de l’édifice est hors de portée des passants, mais caresser le pied de l’indien Selk’nam représenté au-dessous porte chance. Ça lui fait une belle jambe, tiens !

    a) La ville


    b) Les couleurs


    c) L’insolite


    d) L’épave du Lord Lonsdale

    Jamais nous n’avions vu autant d’épaves qu’en Patagonie, même sans s’approcher du Cap Horn dont la réputation est terrible à ce sujet. Près d’un quartier sud de Punta Arenas, c’est la silhouette rouillée de la frégate anglaise Lord Lonsdale, un trois-mâts en acier, qui barbote dans l’eau tout près de la route. De son port d’origine Hambourg à sa destination Mazatlán, sur la côte ouest du Mexique, ce navire n’avait d’autre solution en 1909 que de passer par le détroit de Magellan. En escale aux Malouines, il a pris feu, et n’est plus restée que la coque. Il a finalement été remorqué jusqu’ici pour finir ses jours à la plage. Beaucoup de gens rêvent de faire pareil, vous savez.


    Puerto Natales

    Puerto Natales, Chili
    Puerto Natales, Chili

    De taille plus modeste que Punta Arenas, cette ville portuaire n’en est pas moins charmante avec ses petites maisons colorées, ses sculptures sur le port (les Amoureux du Vent, puis une main géante semblant sortir du trottoir pour attraper les passants) et ses cygnes à bec noir près du rivage. Nous achetons ici des cartes SIM pour le Chili (4,50€ pour 40 Go et réseaux sociaux illimités, ça va !), nous faisons nettoyer Roberto qui en avait bien besoin et faisons 2 ou 3 courses. Côté excursions, nous avons prévu de rendre une petite visite à la grotte du paresseux géant et à une usine frigorifique reconvertie en hôtel 5 étoiles.


    La Cueva del Mylodon

    C’est un Allemand qui a découvert en 1895, dans une grotte creusée par les vagues poussées par le vent, les restes d’un paresseux géant de 4 mètres de hauteur. Une reconstitution grandeur nature est d’ailleurs placée à l’entrée de la grotte. C’est mieux pour éveiller l’imaginaire que de contempler une phalange, un tibia et une crotte (oui, ça faisait partie des restes retrouvés !) vieux de plusieurs dizaines de milliers d’années. L’animal, un paisible herbivore a disparu il y a 10 à 12 000 ans à cause du réchauffement climatique (fin d’une période de glaciation !) et peut-être de l’appétit des premiers humains arrivés dans la région.


    Un hôtel singulier

    A 6 km au nord de Puerto Natales, vers 1910, alors que l’industrie ovine était en plein essor dans la région, une grande usine d’abattage des moutons avec transformation de la viande et de la laine a été construite. Les deux produits étaient congelés à l’aide d’une installation très moderne pour l’époque, venue d’Angleterre, pour être exportés vers l’Europe et d’autres contrées lointaines. A son apogée, le complexe traitait entre 150 et 250 000 moutons par an. Il ferma ses portes en 1980, fut déclaré monument national en 1996, avant d’être reconverti en hôtel de luxe. Les architectes de l’Hôtel Singular ont remarquablement conservé la structure et transformé quelques salles en musée. Un court funiculaire est disponible pour accéder aux chambres ou au restaurant. Nous n’avons pas résisté à nous offrir un petit goûter dans cet environnement très …singulier.


    Croisière dans les fjords chiliens

    Si nous sommes venus à Puerto Natales, c’est surtout parce que c’est le terminus sud des lignes de ferry circulant dans les fjords chiliens. Et une ligne nous intéresse particulièrement, c’est celle qui va nous conduire 700 km plus au nord à Puerto Yungay. De là, nous pourrons emprunter cette longue route de 1240 km qu’est la Carretera Austral, réputée magnifique en termes de paysages. Nous aurions pu la rejoindre plus haut en repassant par l’Argentine et beaucoup d’endroits que nous avions déjà vus, mais ça aurait été dommage.

    Nous avions réservé plus d’un mois auparavant notre passage sur le Crux Australis, dont les départs ne se font que tous les 5 à 7 jours selon la saison. Le trajet dure 3 nuits et 2 jours. Il n’y a pas de cabines individuelles mais une grande salle aux sièges très inclinables pour les passagers. Le gros plus pour nous est que nous pourrons dormir dans Roberto. Nous embarquons à 18h30 pour un départ prévu à …5h du matin.

    Après, eh bien c’est une vraie petite croisière. Le bateau circule dans de larges canaux entourés de montagnes aux sommets enneigés. Le spectacle est permanent. Le ciel est un peu gris le premier jour mais se découvre le second. Nous sommes nourris 3 fois par jour. Le personnel est aux petits soins. Nous avons largement le temps de discuter avec quelques passagers, dont un couple de Français de notre âge qui circule en voiture de location pour 1 mois. Et puis avec d’autres voyageurs, dont plusieurs circulent en véhicule de loisirs comme nous.


    Deux escales sont prévues. La première, 26 heures après notre départ, est Puerto Eden, un petit port de pêcheurs presque tous descendants du peuple Kawésqar, présent dans la région depuis plusieurs millénaires, et qui n’est accessible que par la mer, ceci expliquant sans doute cela. Seuls les passagers dont c’est la destination finale auront d’ailleurs le droit d’y pénétrer. Ceux qui poursuivent comme nous ne pourront que descendre sur le quai et faire quelques photos, voire acheter un peu de nourriture. Il a été étonnant de voir d’ailleurs, alors que nous sommes généreusement nourris, de nombreux passagers se précipiter sur les stands d’empanadas. Et nous voilà vite repartis jusqu’à l’escale suivante. Mais nous avons le temps, elle est à 25 heures de navigation !


    A un moment, le Crux Australis ralentit nettement. Un navire s’approche en sens inverse. Et plus il se rapproche, plus il a une allure bizarre. A la fois rouillé et couvert de mousses et de végétation dense, c’est presque un bateau fantôme que nous allons frôler… Lorsque nous sommes tout près, notre ferry se met au ralentit pour que nous observions mieux cette véritable épave, dont nous apprenons bientôt l’histoire étonnante.

    Construit en 1937, vaisseau de guerre sous pavillon norvégien pendant la Seconde Guerre Mondiale, puis cargo plus tranquille, ayant changé plusieurs fois de nom et de propriétaire, ce navire est devenu le Captain Leonidas en décembre 1966 tout en battant pavillon grec. Il avait pour mission en avril 1968 de transporter du sucre de Santos au Brésil à Valparaiso au Chili. Sa route passait par le détroit de Magellan puis, comme nous dans cette croisière, par le canal de Messier dans les fjords chiliens. A un endroit qui fait 5 km de large, où il avait pourtant largement la place, il s’est échoué sur un haut-fond situé juste au milieu et connu depuis longtemps, dûment signalé par une balise. C’est là que nous l’avons croisé. L’enquête initiale a conclu à une erreur de pilotage, mais la compagnie d’assurances a eu des doutes. Son enquête a montré que, non seulement le sucre aurait été livré ailleurs avant l’accident, mais qu’en outre le capitaine du navire volontairement jeté ce dernier sur des hauts-fonds pour toucher la prime à la fois sur le bateau et sur la cargaison. Les deux, mon capitaine !


    A 7 heures du matin le lendemain, avec un éclairage sublime, nous atteignons notre seconde escale, Caleta Tortel. Un autre petit village de pêcheurs, dont les maisons sont construites comme le précédent sur pilotis et reliées entre elles par des passerelles en guise de routes. Mais Caleta Tortel est reliée au reste du Chili par une piste accessible aux voitures. Bien évidemment, cela a créé un afflux de touristes, réduit l’authenticité en même temps que l’isolement. Pas de débarquement possible pour Roberto, mais nous avons prévu d’y revenir par la route.

    Et puis, après encore quelques méandres dans ces magnifiques canaux chiliens, nous découvrons au détour d’une pointe de végétation une minuscule crique au fond de laquelle nous attendent une rampe de débarquement en ciment quelques hangars. Mais pas de maison. Puerto Yungay ne doit son existence qu’au fait d’être raccordé à la Carretera Austral, la plus célèbre route du Sud du Chili. Alors que nous nous réjouissons de débarquer et de circuler sur cette route mythique, Roberto refuse tout simplement de démarrer et de quitter le navire !

    C’est évidemment là que je vous laisse… La suite de nos aventures au prochain article ! A très bientôt !

  • 145. Todo tranqui

    C’est la devise non officielle de l’Uruguay qui signifie « tout est calme ». Et extraordinairement, c’est exactement la première impression que nous avons en arrivant dans le pays. Il faut dire que nous sortons de près d’un mois de grandes villes, Paris puis Buenos Aires avec le bruit, l’agitation et la circulation que vous imaginez. Alors est-ce le seul fait d’arriver dans une petite ville de Province ou cela s’applique-t-il à tout le pays ? Seul l’avenir nous le dira !

    La petite traversée


    Colonia del Sacramento

    Et nous voilà partis à la découverte de la ville, ou tout du moins le quartier historique dans lequel nous logeons. Les rues pavées sont très calmes, la circulation automobile rare. Avec la végétation luxuriante et le mélange des fleurs et des couleurs de l’automne, c’est une vraie bouffée d’oxygène que nous respirons. Cette ville a un charme fou. Ce n’est pas pour rien que l’UNESCO l’a inscrite à son patrimoine.


    Un agréable mélange d’art et de patrimoine

    Plus nous avançons dans les rues bordées de platanes, plus nous nous rendons compte de la richesse culturelle, artistique et visuelle de la ville. Cela nous rappelle par certains côtés la ville d’Antigua au Guatemala. Tout ceci attire bien sûr quelques touristes, mais qui restent en nombre raisonnable, venant pour la plupart en petits groupes de Montevideo ou de Buenos Aires en excursion à la journée. Alors voici quelques autres de nos découvertes :


    Des musées ordinaires et plus si affinité

    Colonia del Sacramento recèle un nombre important de musées comparé à la taille de sa population, essentiellement basés sur l’histoire mouvementée de la ville. Fondée par des Portugais en 1680 qui avaient vu à cet endroit un bon potentiel pour le commerce, notamment avec Buenos Aires juste de l’autre côté de l’estuaire, et s’étaient installés malgré les colonies espagnoles déjà présentes autour. Les Espagnols n’ont pas aimé et s’en est suivi une série de guerres avec les troupes portugaises pour reprendre tour à tour le territoire, jusqu’à l’indépendance de l’Uruguay en 1828. L’architecture de la ville reflète bien ces différents conflits, et plusieurs musées sont consacrés à des pans ou des populations de cette histoire, nous en avons visité plusieurs, dont voici quelques images commentées ci-dessous.

    > Le Musée Municipal

    Il est incontournable puisque c’est là qu’on achète à prix modique un billet valable pour 9 autres musées de la ville. Installé dans une demeure portugaise, il est étonnamment éclectique avec des salles thématiques abordant aussi bien l’archéologie précolombienne que l’arène de corridas de la ville voisine, le mobilier de la période portugaise, ou encore la paléontologie et l’histoire naturelle. On y trouve ainsi des ossements peu communs de gliptodonte, un squelette complet de paresseux géant, une abondante collection de taxidermie comportant oiseaux mammifères et reptiles, et enfin des tableaux d’entomologie avec de superbes papillons et autres insectes. L’histoire municipale a ici un sens vraiment très large !


    > L’Espace Portugais

    Situé à deux pas du précédent, il aurait pu faire redite, mais il est plus axé sur le côté militaire, décrivant la vie des soldats aux XVI et XVIIe siècle, et expose une superbe collection de cartes anciennes du temps des grands explorateurs. Nous y avons trouvé aussi de jolis azuleros, ces céramiques bleu-cobalt si typiques de la culture arabo-hispano-portugaise, qui nous ont consolés de la fermeture du musée de la ville qui leur était dédié.

    Nous n’avons trouvé qu’un intérêt modéré aux autres musées, ce qui m’évitera de les énumérer. Mais parlons maintenant d’une perle, hors forfait précédent, mais qui pour les amateurs mérite absolument la visite :


    > Le Musée de l’Origami

    Malgré sa petite taille, la ville de Colonia del Sacramento recèle un trésor, le Musée de l’Origami. Il est décrit comme l’un des rares dans le monde dédié à ce sujet. Il a été aménagée par une citoyenne de la ville passionnée par le sujet. Ce musée ne possède que 3 petites salles, mais on y passe facilement une heure à lire les panneaux informatifs, à admirer de près chaque création et bien sûr à les photographier pour en garder la mémoire. On découvre l’histoire du pliage, son évolution depuis l’époque où l’on réalisait des plis simples jusqu’à la façon dont on le travaille aujourd’hui, en intégrant souvent des concepts mathématiques qui permettent de travailler le papier sans le couper. On aboutit ainsi à des pliages complexes qu’on jurerait faits avec plusieurs feuilles de papier alors qu’il n’en a été utilisé qu’une feuille.

    On découvre aussi les avancées scientifiques qui utilisent les techniques de l’origami, comme le déploiement des panneaux solaires des satellites, les stents pour maintenir les artères du cœur ouvertes lorsqu’elles ne le sont pas assez, des armatures installées à partir d’un ballonnet pour solidifier des vertèbres affaissées par l’ostéoporose, et bien d’autres encore. L’art de l’origami est utilisé aussi en accompagnement des personnes atteintes d’Alzheimer. Le musée accueille aussi les scolaires, dispense des cours de pliage, accueille régulièrement des conférenciers dont on peut retrouver des vidéos sur le site internet. Enfin, le Musée de l’Origami expose des œuvres d’artistes de renom dans le domaine. Elles sont magnifiques.


    Lumière divine

    Le couvent de St François Xavier dans la zone classée maintenant historique de Colonia del Sacramento possédait une tour qui servait non seulement à appeler les fidèles, mais aussi à guider les bateaux naviguant sur le rio de la Plata, d’autant que les courants y étaient particulièrement dangereux, ayant entraîné de multiples naufrages. Lorsqu’un incendie détruisit en grande partie le couvent en 1705, les marins se plaignirent rapidement de la perte de leur point de repère. On leur construisit alors un phare, dont la base carrée se calquait sur les restes de l’ancienne tour, tandis que la partie supérieure était plus classiquement cylindrique. Voilà pourquoi, aujourd’hui, il reste le seul phare du pays à avoir ce double profil. Les murs du couvent tenant encore debout ont été laissés en place, contribuant à la solidité de l’ouvrage.

    Le phare de Colonia del Sacramento
    Le phare et les murs restants du couvent initial

    L’art dans le bastion

    Dans la période où la ville était fortifiée, pour la défense des colonisateurs en alternance que furent les Portugais et les Espagnols, plusieurs bastions la défendaient. Devenus inutiles depuis l’indépendance, ils furent soit détruits soit reconvertis, comme ce Bastion del Carmen devenu une usine à colle et à savon puis entrepôt de stockage d’aliments. Rien de tout ça n’étant nécessaire aujourd’hui, le lieu est maintenant un Centre Culturel, avec salle de concert et expositions temporaires. Voici celle qui était en cours au moment de notre passage.


    Cabotage pour Roberto

    Le navire porte-container qui transporte Roberto est arrivé sur les côtes Est de l’Amérique du Sud. Nous découvrons les escales au fur et à mesure, car rien ne les indiquait au départ. Il s’est donc arrêté à Santos puis Panaragua au Brésil. Dans les deux destinations il s’est enfoncé assez loin dans les terres. C’est peut-être notre carte qui manque de précision.


    Montevideo, enfin

    En 3 heures de bus, nous rejoignons la capitale de l’Uruguay, Montevideo. Nous n’en bougerons plus jusqu’à l’arrivée de Roberto. Nous découvrirons juste avant d’arriver que notre porte-containers passera devant Montevideo sans s’arrêter, pour rejoindre en premier Buenos Aires … juste là où nous étions une semaine auparavant. C’est rageant ! Espérons tout de même que nous serons bien sa prochaine escale.


    Encore un logement de caractère

    Nous allons loger dans le centre historique. Comme pour Buenos Aires, l’architecture est très variée, mêlant les styles ou pas de style du tout. La façade de l’immeuble où se trouve notre appartement est quelconque, mais l’intérieur rattrape le coup. Au sommet d’un escalier en marbre nous attend un palier décoré d’un plafond en vitrail, d’un piano et de quelques bibelots. 2 autres appartements donnent dessus et peuvent se partager une salle à manger de 8 personnes, une buanderie, et au sommet d’un escalier métallique plusieurs terrasses dont une avec piscine. En cette saison d’automne, elle a été vidée, mais il nous reste les terrasses pour la vue panoramique sur la mer.


    Un jour aux courses

    À l’arrivée comme toujours, il nous faut remplir le frigo. La fréquentation des magasins du quartier nous amène à quelques découvertes intéressantes, voir surprenantes.


    Postres (desserts)

    Les Uruguayens ne mangent pas que de la viande. Ce sont manifestement des « becs sucrés » et les vitrines des pâtisseries sont hautes en couleurs. Comme d’habitude ici, les parts sont énormes. Mais on trouve aussi des desserts plus délicats, comme ces alfajores, la version uruguayenne du macaron. Prêts à saliver ?


    La vanlife version Uruguay

    Nos rares rencontres avec des véhicules de loisirs


    Façades

    Montevideo a été fondée en 1726 par les Espagnols afin d’éviter l’expansion des Portugais installés dans la ville voisine de Colonia del Arte. Un moment intégrée au Brésil, la ville gagna son indépendance en 1828, tout en restant sous influence des Britanniques pendant près d’un siècle. Ces derniers voulaient empêcher le contrôle commercial de la région par l’Argentine et le Brésil. Enfin, les liaisons maritimes ont favorisé les échanges avec l’Europe. L’architecture qui en ressort est un mélange de toutes ces influences, avec des bâtiments de style aussi bien art-déco, néoclassique, éclectique que moderne. Un petit tour en ville avec nous ?

    On va terminer là pour cette session. Pas mal de choses à vous relater pour la prochaine. Et puis on l’espère vivement, la récupération de Roberto qui est dans sa dernière ligne (presque) droite. A très bientôt !