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  • 167. Al Norte

    167. Al Norte

    Ces fêtes sont passées tellement vite que nous sommes déjà repartis sur les routes du Chili, direction plein Nord comme l’indique le titre. Lequel nous a été inspirés par un panneau à l’entrée de l’autoroute n’indiquant que deux directions : Santiago et Al Norte. Cette orientation vague laisse à penser qu’aucune destination là-haut ne mérite d’être mentionnée plus qu’une autre. Nous allons nous faire un devoir de confirmer ou pas.

    Al Norte
Parcours décrit dans cet article
    Parcours décrit dans cet article, accessible en version zoomable ici

    Retour chez nous

    Depuis que nous sommes sur les routes depuis voilà bientôt cinq ans, la sensation est la même à chacun de nos retours de France : nous rentrons chez nous. Dans notre maison. Dans Roberto. Et le plaisir est le même de s’y retrouver, d’y retrouver ses affaires, son lit, son petit environnement douillet. Pourvu que ça dure ! Cela dit, ce voyage a été plutôt pénible. L’avancée de notre premier vol nous a conduit à partir plus tôt, le grand vol de Paris à Santiago est parti en retard, et après 14 heures de vol nous n’avions qu’une idée en tête, c’est sauter dans le taxi qui nous ramènerait à Roberto. Mais le débarquement de l’avion a été lent, surtout dans notre allée où un voyageur ne parvenait pas à rassembler ses bagages. Mais l’attente a été longue à l’immigration, essentiellement en raison de la lenteur de LA file d’attente que j’avais choisie, l’agent qui la gérait traitait une personne pendant que ses voisins en passaient dix. Mais évidemment au franchissement de la douane, nous avons été sélectionnés pour contrôle des bagages et donc dirigés vers une file d’attente supplémentaire tandis que beaucoup d’autres passagers sortaient librement, tout ça pour juste faire passer le sac-valise de Claudie aux rayons X mais pas ma valise ni nous bagages à main. Et il a fallu attendre un bon quart d’heure avant qu’un taxi se présente à la sortie. A la vue de Roberto notre énervement s’est vite estompé. Il a démarré au quart de tour et nous sommes vite partis faire quelques courses pour pouvoir déjeûner avant de nous poser sur un terrain ombragé afin de défaire nos bagages et tout ranger dans notre petit espace. Oui à l’ombre car nous avions dans les 28°C l’après-midi, au moins 15°C d’écart avec notre lieu de départ !


    Un peu de route

    Nous sommes réveillés de bonne heure grâce au décalage horaire et sommes prêts dès 9h pour reprendre la route, profitant des 20°C de ce début de matinée ensoleillée. Nous circulons d’abord sur des petites routes, dans un environnement semi-aride. Des collines jaunâtres parsemées de petits buissons. Nous suivons une vallée étroite un peu plus verte au milieu de laquelle se sont installés de petits hameaux, voire des fermes. Depuis notre route, aucun accès n’y mène, la petite ligne de chemin de fer et la rivière presque asséchée ayant sans doute rebuté les autorités. On devine des chemins de terre de l’autre côté, c’est de toutes façons la majorité des voies de circulation dans ce pays. Et d’ailleurs c’est pour cette raison que nous allons rapidement prendre l’autoroute, la seule voie asphaltée dans notre direction. Ça ressemble assez à chez nous, à l’exception des voies de retournement tous les 10 km, des péages à tarif fixe (environ 3 € pour nous) tous les 30 km environ, et des traversées possibles de piétons lorsqu’une station-service ou des petits commerces se trouvent d’un seul côté. Les conducteurs dans l’autre sens n’hésitent pas alors à se garer sur le bas-côté et traverser l’autoroute à pied pour aller acheter leurs empanadas ou leurs fruits ! Après 250 à 300 km (quand on aime on ne compte pas !) nous nous arrêtons pour la nuit sur la presqu’île de Tongoy. Nous filons de suite au sommet de la petite colline pour nous trouver un petit coin tranquille avec une vue magnifique sur la ville et l’océan Pacifique. Je profite de la pause pour installer le nouveau lanterneau que nous avons ramené de France. Pour rappel, le nôtre avait été arraché par le vent en Patagonie argentine. Nous avions pu le récupérer et le remettre en place, ce qui nous assurait heureusement la protection contre la pluie, mais plus question de l’ouvrir à cause des charnières cassées et des ficelles qui le maintenaient.


    Matin d’été

    Encore du beau temps au réveil, qui nous frappe encore après une période assez froide et couverte en France. Après le petit déjeûner, je pars en exploration dans le maquis environnant pendant que Claudie émerge doucement. Je vais faire une petite visite à la statue de la Vierge qui domine ce belvédère avant d’aller faire quelques découvertes botaniques, dont une curieuse plante endémique que nous ne reverrons plus en quittant le Chili, par définition. Les détails sont dans les images ci-dessous. Et puis nous reprenons Roberto pour la destination suivante, nous arrêtant au passage jeter un œil au pittoresque port de pêche de Tongoy. Étonnamment, alors que nous sommes l’équivalent du 15 juillet en France et en pleines vacances scolaires, les touristes sont très peu nombreux, sur le port comme sur les plages avoisinantes.


    De fer à béton

    Nous avons rejoint Coquimbo, une cité balnéaire. Notre première visite est pour une église étonnante loin du centre-ville. Toute en métal et en rivets, elle nous rappelle vaguement quelque chose. Ou plutôt quelqu’un. Mais oui, c’est bien Gustave Eiffel qui en a dessiné les plans. L’église a été préfabriquée en France à une époque où les colonies françaises en avaient besoin en grand nombre. Elle a fini par être assemblée ici en 1889. Malgré une restauration en 1960 et un classement aux monuments nationaux, elle ne semble guère être entretenue, ce qui attriste nos cœurs hexagonaux. Nous partons alors à la recherche d’une autre église, celle qui fait la fierté de la ville. Pas besoin de la chercher bien longtemps, le monument qui la recouvre, un édifice cruciforme de 93 mètres de haut perché au sommet d’une colline, est visible à des kilomètres à la ronde. Cette fois c’est le béton qui domine, et ça n’est pas plus heureux que ça. Notamment dans l’église où le plafond suinte déjà alors que la construction ne date que de l’an 2000. Cette année d’inauguration n’est pas le fruit du hasard, ce monument a été bâti pour célébrer le 2000e anniversaire de la naissance du Christ et l’entrée dans le 3e millénaire de ses fidèles. Et accessoirement procurer quelque notoriété à la ville. Mais le style brutaliste n’a pas forcément convaincu. La France a bien fait de miser sur Gustave Eiffel !


    Une dent contre la France

    Rencontrer un problème de santé en voyage apparait toujours comme une crainte, notamment celle de pas trouver les mêmes standards de qualité qu’en France. Mais avec la dégradation générale du service dans l’Hexagone, le rapport peut s’inverser du tout au tout et je viens d’en faire l’expérience. En plein repas de midi à Coquimbo, je perds brutalement un groupe de 3 couronnes. Le premier réflexe est de se dire que ça tombe mal moins d’une semaine après notre retour de France. Mais aurais-je pu me faire soigner rapidement ? Je teste les éventuels rendez-vous disponibles dans la région d’Agen : rien avant plusieurs mois et la plupart des praticiens ne prennent plus de nouveaux patients. C’est malheureusement devenu la règle en France, la dernière fois où j’ai eu besoin d’un dentiste, j’ai du attendre 3 semaines et faire 200 km ! Pas le choix de toutes façons que de trouver une solution locale. Nous cherchons un cabinet dentaire près de l’endroit où nous sommes. Il y en a un à 9 mn. Le temps de ranger après le repas, il est 13h30 et nous nous y rendons. J’explique mon cas à la secrétaire et j’obtiens un rendez-vous le jour même à 15h ! Je redoutais l’absence de possibilité de résoudre mon problème, mais le dentiste en 1 heure de travail m’a tout assaini la zone concernée et m’a recollé mes couronnes. Je n’en espérais pas tant ! Un praticien agréable de surcroît et dans un cabinet tout ce qu’il y a de plus moderne. Et pour un coût modique compte-tenu du temps passé. Vive le service de santé chilien !


    La Serena

    C’est la grande ville à côté de la précédente. Seconde plus ancienne ville du Chili, elle conserve encore de beaux restes dans son centre historique malgré un incendie qui a fait de gros ravages au XIXe siècle. Les touristes y viendraient plutôt pour ses 6 km de sable fin, mais ça n’est pas notre truc, surtout en période de vacances scolaires. Nous avons simplement parcouru les rues du centre, admiré les belles églises en pierre, la façade similaire du musée d’histoire (nous n’y sommes pas entrés), le palais de justice dans le plus pur style hispanique, le paisible jardin japonais au travers de ses grilles car il était fermé, et les bâtiments néo-coloniaux autour de la classique place des armes, plutôt paisible aujourd’hui. On pourrait dire sereine, comme la ville.

    Le Palais de Justice et son style hispanique (La Serena, Chili)
    Le Palais de Justice et son style hispanique (La Serena, Chili)

    Spot de rêve

    C’est ainsi que les vanlifers décrivent habituellement leur lieu de bivouac, pour peu qu’il se situe en zone naturelle, ou même sur un parking en bord de mer du moment que l’on puisse ouvrir les portes arrière face à l’eau et faire une jolie photo instagrammable, peu importe la présence de voisins. Nous préférons pour notre part le terme de spot nature, l’absence de construction, de voisins et de bruit étant nos principaux critères de choix. Oui, nous reconnaissons volontiers être asociaux, surtout la nuit ! Cet endroit un peu perdu sur les falaises à une quinzaine de kilomètres au nord de La Serena remplissait en tout cas toutes nos attentes, si ce n’est un accès délicat par des chemins orniérés. C’était peut-être le prix à payer pour la tranquillité. En prime quelques découvertes botaniques, dont ce Solanum crispum (📷 3 & 4) endémique du Chili. Quant à la plante aux tiges renflées (📷 5 à 7) je cherche encore ce que c’est !


    Quand t’es dans le désert

    Roberto dans le désert d'Atacama (Chili)
    Roberto dans le désert d’Atacama (Chili)

    Ah qui se souvient de ce tube de Jean-Patrick Capdevielle datant de 1979 ? Et comment est-il stocké dans mon cerveau pour qu’il me revienne au moment où nous entrons dans le désert d’Atacama, le plus aride du monde ? Après être devenue rase, la végétation disparaît au fil des kilomètres tandis que le paysage devient jaune puis ocre. Étonnamment, la bande de bitume est en excellent état, même si par endroits le sable semble vouloir en reprendre possession. Et puis toute forme de vie n’a pas disparu pour autant : de temps en temps, de multiples petits buissons tout ronds parsèment les collines, voire même de petites fleurs jaunes sur des massifs assez verts pour qu’on se demande où ils ont puisé leur eau. Les lézards semblent la seule forme de vie animale apparente, mais des trous dans le sol en laissent présager d’autres. Pas question d’y mettre la main pour vérifier !


    Combo #33

    Je l’ai déjà dit à plusieurs reprises, nous adorons faire coïncider le visionnage d’un film relatant un évènement particulier et la visite du lieu où il s’est produit. Alors juste avant de nous rendre à la mine San José près de la ville de Copiapo, en plein désert d’Atacama, nous avons regardé le film « Les 33 ». Il raconte la terrible mésaventure survenue en 2010 à 33 mineurs coincés à 700m de profondeur dans leur mine après effondrement du tunnel d’accès principal. Réfugiés dans une cavité de secours, ils n’avaient que 2 à 3 jours de réserves en eau et en nourriture et aucun moyen de faire savoir à la surface qu’ils étaient encore en vie. La ténacité des secouristes et surtout celle des familles qui ont fait pression auprès du gouvernement et des médias ont permis une heureuse issue, si l’on peut dire, après un suspense qui a tenu le monde entier en haleine. Je ne vais pas vous donner les détails dans ce texte afin de ne pas vous gâcher le film si vous aviez envie de le voir, ce que je vous conseille vivement, mais vous en saurez un peu plus en regardant les photos ci-dessous. surtout à partir de la n°6. Claudie a fait par ailleurs un excellent reportage sur notre groupe Facebook. Le lendemain du visionnage du film, nous nous sommes rendus sur place, nous avons rencontré l’un des survivants, nous avons concrétisé notre image des lieux et appris moult détails supplémentaires sur le sauvetage. Un beau moment d’émotion.


    Concurrence déloyale

    La Grotte du Père Noir est un petit bâtiment insolite sur une placette de la ville de Caldera. Malgré sa forme de parallélépipède rectangle, il s’agit bien d’une grotte, posée au sommet d’un petit promontoire. Elle a été bâtie en 1934 à l’initiative d’un père franciscain d’origine colombienne qui débordait parait-il d’empathie et d’humour. L’idée initiale était de reproduire la grotte de Notre-Dame de Lourdes. Mais si effectivement un décor évocateur a été placé à un bout de l’unique pièce, c’est à l’autre bout que vont d’emblée les fidèles, là où se trouvent plusieurs effigies du père franciscain appelé Padre Negro, entourées d’une multitude d’ex-voto. En comparaison, la Vierge de la grotte n’en a aucun ! Comme quoi l’empathie et l’humour payent ! A signaler par ailleurs de jolies fresques religieuses très expressives sur les murs et le plafond.


    À deux doigts du cénozoïque

    Il y a 8 millions d’années, la région du Chili ou nous sommes était recouverte par la mer. Les sédiments qui s’y sont déposés recèlent nombre de fossiles des animaux marins qui vivaient à cette époque (le cénozoïque) : dauphins, gavials, grands requins blancs, marlins, phoques, paresseux marins, oiseaux de haute-mer et aussi mégalodons, ces requins géants capables de dévorer des baleines. Un parcours d’un kilomètre dans la zone fouillée expose des répliques de ces bestioles, accompagnées de panneaux informatifs. Le rôle est surtout pédagogique, le site n’ayant manifestement pas misé sur la qualité des répliques, mais les amateurs d’authenticité peuvent se rattraper en examinant les quelques vrais fossiles rassemblés autour des faux : on découvre ainsi des dents de requin incluses dans la pierre, des morceaux d’arbres pétrifiés et des os de je-ne-sais-pas-quoi (oui, il y en avait aussi au cénozoïque). Un intéressant voyage dans le passé, totalement gratuit qui plus est. Ah, j’oubliais, ce parc paléontologique s’appelle Los Dedos, les doigts en Français. Les zones en relief du site représenteraient vu d’en haut les doigts d’une main. Ça ne m’a pas paru évident, mais ça m’a permis de trouver un titre à ce paragraphe !


    Voilà pour cette fois. Nous avons adoré cette reprise de notre périple sudaméricain, découvrir tant de nouveautés que nous ne voyons pas chez nous, et profiter de températures et d’un temps cléments. La suite est prometteuse. Hâte de la découvrir et de vous la partager.

  • 166. Du noir à la couleur

    166. Du noir à la couleur

    Du noir à la couleur.
Valparaiso, la capitale sudaméricaine du street-art.
    Valparaiso, la capitale sudaméricaine du street-art

    Nous approchons gentiment de Santiago, la capitale du Chili, à peu près à mi-parcours entre le Nord et le Sud, distants chacun de plus de 2000 km. Le début du parcours commence par une série noire, surtout pour Roberto, avant d’exploser de mille couleurs dans les ruelles pentues de Valparaiso, pour finalement revenir à un peu plus de raison en approchant de la mégapole chilienne.

    Le parcours décrit dans cet article, en version zoomable ici
    Le parcours décrit dans cet article, en version zoomable ici

    L’île noire

    Intéressante collection d'albums de Tintin en divers dialectes espagnols chez zephyrumediciones.com
    Intéressante collection d’albums de Tintin en divers dialectes espagnols chez zephyrumediciones.com

    Rien à voir avec la silhouette sinistre vers laquelle foncent Tintin en kilt et Milou apeuré, et de toutes façons ce n’est même pas une île : c’est le nom qu’a donné le célèbre poète chilien Pablo Neruda à sa maison préférée, en raison de la couleur des rochers sur la plage. C’était initialement une simple cabane que Pablo Neruda, tout frais nommé consul pour les émigrants espagnols à Paris, a acquise à un pêcheur en 1938. Peu à peu, il l’a faite agrandir et adapter à son goût par un architecte pour y intégrer une visibilité maximale sur la mer, sa grande source d’inspiration, des pièces arrondies, des recoins, une tour et le bar dans lequel il recevait ses amis. Lors de la visite, on découvre les incroyables collections du propriétaire : figures de proue, maquettes de bateaux, vaisselle, coquillages, sculptures, tableaux et autres œuvres d’art. Toute photographie étant interdite à l’intérieur, j’ai récupéré quelques clichés sur le net pour garder la mémoire de ce lieu étonnant. Après une vie bien remplie entre son art littéraire (prix Nobel de littérature) ses fonctions diplomatiques et ses engagements politiques, c’est ici que se fera enterrer Pablo Neruda, 19 ans après sa mort dans des conditions mystérieuses juste après le coup d’état de Pinochet en 1973, dans un jardin en forme de bateau.




    Valparaiso

    La « perle du Pacifique » ne ressemble guère aux autres villes chiliennes ou même sudaméricaines que nous avons visitées. Ce grand port autrefois prospère (le premier d’importance sur la route maritime passant par le détroit de Magellan) a vu son activité chuter après l’ouverture du canal de Panama. Outre cette dégringolade économique, les bâtiments qui l’entourent sont aussi victimes de séismes à répétition et font un peu misère dans l’attente de leur rénovation. Même s’il n’est plus le port principal du Pacifique, le port de Valparaiso reste l’un des ports majeurs et incontournables du Chili, avec l’attrait touristique de la ville en plus. A courte distance du port et dans les collines environnantes, de beaux bâtiments témoignent de cette période dorée dans des quartiers historiquement préservés. Nous allons avec grand plaisir retrouver nos amis Yves et Rosanne, rencontrés dans le ferry de Patagonie, pour passer une journée et visiter une partie de la ville ensemble.

    a) La ville haute en couleurs


    b) Portes et Porteños

    Dans cette facette architecturale de la ville, voici un petit échantillon de portes et de fenêtres qui reflètent bien le souci artistique des Valparaisiens. Qui au passage préfèrent s’appeler eux-mêmes Porteños, un terme générique pour plusieurs villes portuaires d’Amérique du Sud. Rien à voir avec portes, hein ?


    c) Le street-art comme force de résistance

    Dès 1969, des étudiants avaient entrepris d’embellir la ville de fresques, mais leur œuvre a été stoppée net par Pinochet qui dès sa prise de pouvoir en 1973 a fait tout recouvrir. Non mais ! Ce qui n’a pas empêché de nouvelles apparitions ça et là, au péril de la vie de leurs auteurs, faisant du street-art désormais un modèle de résistance. Après la chute du dictateur en 1990, la ville de Valparaiso a encouragé le mouvement, engageant des artistes renommés pour réaliser une vingtaine de fresques dans le quartier Bellavista, un lieu dénommé depuis lors « musée à ciel ouvert ». Peu ou pas entretenues, elles sont aujourd’hui assez ternes, et c’est dans deux autres quartiers, Concepción et Allegre, que les muralistes s’en donnent à cœur joie, pour le plus grand bonheur des touristes. Valparaiso est aujourd’hui considérée comme la capitale du street-art en Amérique du Sud, attirant des artistes du monde entier qui permettent un renouveau permanent des œuvres.


    d) En avant, marches !

    Les nombreux escaliers que comporte la ville n’échappent pas aux pinceaux des grapheurs, avec quelques œuvres assez mythiques comme les marches multicolores des passages Fischer ou Galvez, bordées de petits cafés et restaurants à l’ambiance bohème, l’escalier en touches de piano qui reflète bien le contexte artistique au sens large de Valparaiso, ou encore celui décoré d’une fresque représentant deux fillettes qui jouent, en hommage aux enfants du quartier. Il parait que pendant la dictature, les graffitis sur les parois des escaliers servaient de messages codés pour la résistance. Aujourd’hui encore, de nombreux messages éphémères


    e) Les ascensores de Valparaiso

    S’il y a autant d’escaliers, c’est parce que Valparaiso est constituée d’une multitude de collines (42 !) entourant une zone plane appelée avec inspiration El Plan et sur laquelle donne le port. Très vite, dès 1892, des ascensores (en réalité des funiculaires) ont été installés pour faciliter le déplacement des habitants. Sur les 30 initiaux, seule la moitié est encore visible et 8 sont encore en activité régulière, très peu modifiés par rapport à leur construction d’origine, si ce n’est le remplacement des moteurs à vapeur… Le débit n’est pas très élevé, on fait volontiers la queue pour les trajets, mais le charme de ce mode de transport et la vue sans effort offerte au sommet valent le coup. Pour un prix qui reste modique (20 à 30 centimes d’euro).


    f) Même pas peur !

    Les enfants sont plutôt gâtés au Chili, si l’on en juge par le nombre de parcs de jeux rencontrés dans tout le pays, bien davantage qu’en France en tout cas. Les petites villes ont aussi assez souvent leurs manèges dans un style mélangeant nostalgie, bricolage, sono puissante, couleurs vives et contrefaçon Disney. Les structures de ces manèges de villages sont loin des standards européens : les boulons apparents, les fils qui traînent, les moteurs diesel fumants et les traces de rouille pourraient inquiéter des parents touristes, mais ici on semble s’en accommoder, d’autant que les prix sont souvent modestes. Qu’on ne s’y trompe pas, le Chili n’est en rien arriéré et possède des attractions de niveau mondial dans les grandes villes, ces pittoresques petits manèges de quartier sont juste un truc en plus.


    g) Dans la fleur de son art

    Valparaiso, à l’instar de nombreuses villes du centre du Chili, est particulièrement fleurie, au moins dans la partie que nous avons parcourue. Il est vrai que nous sommes au printemps, mais nous avons remarqué tout au long de notre parcours chilien un souci de fleurissement des villes qui n’avait pas attiré notre attention jusque-là. Cela s’accorde parfaitement avec l’exigence esthétique générale de Valparaiso. On oubliera bien sûr les immeubles décatis au sud du port, encore que ceux-ci font volontiers l’objet d’un fleurissement … pictural.


    h) Les oiseaux

    Ambiance hitchcockienne inattendue sur ce port de pêche que nous visitons « parce qu’il nous reste un peu de temps ». Alors que nous longeons la plage et les quais emplis de bateaux et de baraques de pêcheurs, un nombre incalculable d’oiseaux de mer volent au-dessus de nos têtes à toute vitesse, parfois tout près. En nous rapprochant du petit marché aux poissons, ce sont des pélicans qui s’incorporent dans ce trafic, certains en vol, d’autres posés sur un muret près des marchands ou sur les toits environnants. En en nous rapprochant encore de la plage, alors que le mouvement et le nombre des oiseaux s’intensifie, nous tombons cette fois sur une colonie de lions de mer grognant et rugissant pour repousser tous ces volatiles. Car tout ce petit monde est là pour profiter des abats de la fin du marché, qu’un employé amène par brouettes entières pendant que son acolyte repousse avec son balai les lions de mer les plus hargneux. Du grand spectacle pourtant presque sans spectateurs, les guides en parlant assez peu et les autres touristes préférant se prélasser sur les plages voisines ou investir les restaurants.


    i) R6 GTL ça vous parle ?

    Sur le parking près du port de pêche, une voiture ancienne est garée. Bien que le logo de la marque ait disparu sur la calandre et sur le coffre, je reconnais la silhouette de la Renault 6. Ma dernière rencontre avec ce modèle de véhicule doit remonter à plus de trente ans ! Renseignement pris, la Renault 6 a été produite au en Argentine et en Colombie jusqu’en 1984, soit plus longtemps qu’en France, en jusqu’en 1986 en Espagne. Le Chili assemblait d’autres Renault, comme les R4, R12, R18 et R19 dans une usine commune à Peugeot. Le pays produisait aussi de nombreuses boîtes de vitesse. Le modèle GTL de notre véhicule n’aurait été produit qu’en Amérique du Sud et en Espagne, mais pas en France. La R6 a fait une carrière honnête avec plus de 1,7 millions de véhicules vendus dans l’Hexagone, davantage pour des raisons utilitaires que pour son esthétique austère. Louis de Funès parait-il en possédait deux !


    j) bonus

    Pas possible de quitter Valparaiso sans revenir sur son attrait de charme : l’art de rue. Voici quelques inédits, juste pour le plaisir !


    Santiago

    Notre départ pour notre escapade de Noël en France étant proche, nous ne consacrons dans un premier temps qu’une seule journée à la visite de Santiago, la capitale du Chili. C’est aussi parce que nous ne sommes pas vraiment fans des grandes villes, et que des raisons de sécurité et de circulation nous incitent à ne pas y entrer avec Roberto. Nous nous garons au parking de l’aéroport – où nous passerons la nuit d’ailleurs – et prenons un bus puis un métro pour gagner le centre-ville. Nous arpentons le centre historique, très calme car nous y sommes un dimanche. Peu de commerces sont ouverts, mais nous profitons des beaux bâtiments entourant la Place des Armes ou bordant les rues avoisinantes. La ville, dans ce que nous avons pu voir, a franchement moins de charme que Valparaiso, surtout dès lors que l’on s’éloigne de l’hypercentre. On se sent petits dans cette mégapole de 7 millions d’habitants qui héberge un tiers des chiliens. En comparaison, « seulement » un sixième des Français demeurent dans la zone métropolitaine de Paris, ce qui est déjà beaucoup. Santiago se revendique tout de même le cœur de l’activité culturelle et commerciale du Chili et en tout cas sa ville la plus moderne. Cela est particulièrement vrai si l’on songe que son maire de 2021 à 2024 était une mairesse, qu’elle était communiste … et qu’elle avait 20 ans au moment de son élection ! Elle a depuis été remplacée par un maire RN (mêmes initiales et mêmes orientations que chez nous) confirmant en cela la tendance du pays qui vient d’amener un président d’extrême-droite au pouvoir.


    Décabossage improvisé

    La veille de notre départ pour la France, nous amenons Roberto dans un garage proche de l’aéroport. L’intention initiale était de prendre contact, d’évaluer la réparabilité et de revenir après notre retour, après avoir éventuellement commandé des pièces de rechange, pour les travaux. Mais nous avons été pris en charge immédiatement, les uns commençant à démonter le pare-chocs pour mieux évaluer les dégâts pendant que d’autres cherchaient des pièces d’occasion sur des sites spécialisés et que la secrétaire nous enregistrait. Le bilan nous semble assez négatif, avec le pare-chocs très tordu et partiellement cassé, l’un de ses supports fortement déformé, le revêtement plastique déchiré, un gros creux sur le plancher, sans parler de la tôle enfoncée de la portière. Et pas de pièce d’occasion disponible pour couronner le tout. Mais nos garagistes ne semblent pas plus affectés que ça et se mettent à l’ouvrage pendant que le patron nous donne des bouteilles d’eau et nous invite à nous installer dans la cuisine du personnel. Pendant 7 heures (moins 30 mn pour déjeûner) deux ouvriers vont s’appliquer à tout défroisser, détordre, redresser, recoller. Ils vont souder des pièces de métal sur l’arrière de Roberto pour pouvoir y accrocher un chariot-élévateur et tirer afin de décabosser le plancher centimètre par centimètre. A la fin, la porte est remontée et fonctionnelle. Avec cette méthode « à l’ancienne » le résultat n’est naturellement pas parfait mais tout à fait honnête, d’autant plus que le garage ne nous demandera, pour 14 heures de travail, que 280 euros ! Nous repartons bien soulagés que les portes arrière puissent s’ouvrir et se fermer à nouveau.


    Storage

    Avec la même application mobile que celle qui nous a permis de trouver le garage, nous avons déniché un « storage » à 15 minutes de l’aéroport, un parking sécurisé où Roberto sera bien gardé – enfin on espère ! – pendant le mois que nous allons passer en France.

    Nous vous donnons rendez-vous au retour pour la suite du périple. Hasta luego !

  • 163. Option Chiloé

    163. Option Chiloé

    Nous avions prévu initialement de remonter la route australe jusqu’à son terminus Puerto Montt. Ce trajet nécessitait 2 traversées en ferry et surtout beaucoup de kilomètres sur des routes de terre. Visiter l’archipel de Chiloé était en option à partir de Puerto Montt, au cas où nous aurions suffisamment de temps avant de rejoindre l’aéroport de Santiago début décembre pour notre parenthèse familiale de Noël. Et puis 2 sentiers fermés dans un parc vont changer la donne…

    Le parcours décrit dans cet article, en version zoomable ici

    Le glacier suspendu

    Il ne s’agit pas ici d’un artisan interdit d’exercer pour avoir utilisé des mélanges de poudres chimiques et les avoir vendus sous l’appellation « glaces artisanales », ce qui est hélas permis par la législation actuelle, mais bien d’un vrai glacier de montagne dont la course se termine en haut d’une falaise de 200 mètre de hauteur : mieux vaut ne pas être en bas lorsque les séracs se rompent ! D’ailleurs pas de risque aujourd’hui, puisque les deux sentiers qui se rapprochent du glacier sont fermés pour cause de maintenance. Le prix de l’entrée au parc (Parque Nacional Queulat) n’a d’ailleurs pas diminué pour autant. Nous nous contentons des petites balades dans une forêt humide, à observer un nombre impressionnant de mousses, de lichens et de fougères, menant à deux points de vue relativement éloignés (désolé pour la piètre qualité des photos !). Mais au moins nous aurons vu le glacier. Ce qui n’était même pas évident a priori compte tenu de la couverture nuageuse tenace du jour. Un fait intéressant, le parc comme beaucoup d’autres sera fermé demain pour cause …d’élections. Il est carrément dit sur le site de la gestion des parcs que les élections augmentent le risque d’incendie. Les Chiliens ont le sang chaud !


    On part aux îles

    a) Le contexte

    En raison de la maintenance des sentiers principaux du parc au glacier suspendu, notre visite n’aura duré qu’une petite matinée au lieu de la journée entière. La conséquence est que nous avons le temps de rouler tout l’après-midi pour rejoindre à Chaíten l’embarcadère pour la grande île de Chiloé. Et prendre à temps le lendemain matin le ferry qui s’y rend chaque dimanche (et pas les autres jours !). Cette visite n’était initialement qu’une option, mais après réflexion, elle va nous permettre de rejoindre Puerto Montt, la fin de la route australe, en évitant sa fin de trajet toute en terre. Oui, nous commençons à saturer de toute cette poussière et on ne parle pas des pneus de Roberto ! Et puis Chiloé, ça n’est pas tout à fait le Chili. Les Espagnols y sont restés plus longtemps qu’ailleurs grâce au caractère assez docile des autochtones Huilliches, l’archipel de 40 îles a d’ailleurs été le dernier territoire à être intégré (par la force) au reste du Chili devenu indépendant. On nous promet outre le charme des îles une certaines authenticité, des maisons typiques, des églises en bois et quelques plats originaux. Ça donne envie, non ?

    b) La traversée

    Alors nous voilà embarqués sur le ferry Agios pour 5 heures de navigation par un temps superbe. Le départ a un peu traîné et nous accusons 2 heures de retard à l’arrivée à Castro, la ville principale de la grande île de Chiloé. Mais nous n’avons guère senti les 5 heures de traversée, entre l’observation des îles alentour et du trafic maritime, le rattrapage du retard dans le classement des photos, la rédaction du blog et la pause goûter dans Roberto. Un petit flashback pas désagréable de notre croisière dans les fjords !

    Dès l’arrivée au port de Castro, nous apercevons nos premiers palafitos, ces maisons sur pilotis caractéristiques de l’architecture chilote. Nous en retrouverons même un autre groupe près du petit parking où nous avons choisi de passer la nuit. Ces maisons de pêcheurs bien adaptées aux marées et au temps breton de l’archipel sont hélas de moins en moins nombreuses, une grosse partie ayant été détruites par les gros séismes et les tsunamis de 1960 et 2010. Nous profitons du bel éclairage du soleil couchant pour prendre le pouls du quartier : les maisons terrestres ne sont pas mal non plus, construites comme les palafitos en bois – la ressource est plus abondante dans la région que le béton – et peintes de couleurs vives. Il parait que c’est nécessaire pour le moral dans cette région où le ciel s’assombrit quand même très souvent. Le temps breton je vous dis !


    c) Un matin de pluie

    Nous nous réveillons le lendemain sous la pluie. C’est particulièrement rageant pour la visite d’une ville parmi les plus colorées du globe. La météo s’annonçant un peu plus clémente pour l’après-midi, nous commençons notre visite par quelques activités en intérieur : courses au supermarché, exploration du musée de la ville et repas au restaurant où nous allons goûter à LA spécialité chilote : le curanto. En théorie cuit dans un trou dans le sol sur des pierres chaudes selon la tradition huilliche (peu probable pour ce qui nous a été servi), ce plat associe des fruits de mer (grosses moules, palourdes, clams, …), des viandes (saucisse fumée, poulet, travers de porc, …), des pommes de terre volontiers en galettes et quelques légumes. Un petit bouillon est servi à côté. Difficile d’avoir faim en sortant ! Bon, nous n’avons pas trouvé cela extraordinaire, mais avec le trou dans la terre et les pierres chaudes, l’expérience aurait peut-être été différente.


    d) Un après-midi breton

    Le ciel de l’après-midi alterne entre éclaircies et passages nuageux, ce qui est éprouvant en terme de photographie. En ce qui me concerne en tout cas. Il m’arrive volontiers de retourner faire la même photo si le soleil est apparu entre temps. Ce qui agace Claudie qui pense que les photos avec ciel gris sont plus authentiques. J’ai fini l’après-midi tout seul en randonnée photo lorsque le soleil a daigné se montrer un peu plus souvent. Et encore !


    Les églises en bois

    La colonisation par les Espagnols s’est accompagnée d’une évangélisation massive, notamment par les Jésuites puis par les Franciscains. Chaque paroisse devait avoir son église et, compte tenu de l’accès difficile et du nombre d’îles, il y en a eu beaucoup. L’abondance d’espèces de bois résistantes à l’humidité élevée de la région (cyprès, mélèze, coigüe, canelo, etc.), la résistance supérieure à la brique aux séismes fréquents et les bonnes connaissances des charpentiers – souvent de marine – dans l’assemblage sans cheville a conduit à élever quasi exclusivement des édifices en bois. Le mélange des styles européens (baroque, néoclassique, etc.) et locaux (motifs amérindiens et multitude de couleurs) en ont fait des ouvrages remarquables. La fréquentation élevée, l’arrivée des touristes et le classement au patrimoine mondial de l’UNESCO pour 16 d’entre elles ont favorisé une bonne conservation de ces églises, effectivement spectaculaires pour celles que nous avons visitées.


    À part les églises

    Pour le reste, nous avons trouvé dans Chiloé d’adorables petits villages, avec toujours ces maisons colorées, mais aussi des ports de pêche très actifs, des boutiques aux vitrines amusantes, un fleurissement abondant, une population qui ne fait pas attention à nous mais qui est prête à nous aider à la moindre requête.


    Encore des églises

    En guise de conclusion, nous avons trouvé à Ancud, pratiquement la dernière ville avant de quitter Chiloé, l’étonnante exposition d’une association qui œuvre pour la préservation des églises chilotes. On retrouve beaucoup d’éléments architecturaux anciens, sans doute récupérés avant restauration et parfaitement mis en scène, pas mal d’informations sur les différentes églises de l’archipel, et surtout une impressionnante collection de maquettes et de tableaux en reliefs. Qui semble exhaustive qui plus est. Nous avons bien évidemment reconnu celles que nous avions visitées.


    C’est encore en ferry que nous quittons l’archipel de Chiloé. Une belle découverte. C’est toujours réconfortant de trouver des populations qui ne se laissent pas envahir plus que ça par l’uniformité occidentale et parviennent à conserver une grande part de leurs traditions. À bientôt pour la prochaine étape !