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  • 174. La côte péruvienne

    174. La côte péruvienne

    Nous allons maintenant remonter la côte du Pérou jusqu’à la frontière équatorienne. Coincée entre l’Océan Pacifique et la Cordillère des Andes, c’est une longue bande de désert qui s’étend sur plus de 3000 km. Ponctuée ça et là de sortes d’oasis lorsque les rivières qui descendent des montagnes permettent l’irrigation. Mais partout ailleurs, c’est un paysage aride et purement minéral. La richesse de l’océan, renforcée par le courant froid de Humboldt, a favorisé il y a des millénaires le développement de nombreuses civilisations dont on retrouve pas mal de traces, et aujourd’hui la prospérité de la pêche (le Pérou est le second producteur mondial de poissons après la Chine) ainsi que l’hébergement de la majorité de la population du pays.

    Parcours Pérou 3 - La côte péruvienne
    Parcours correspondant à cet article, en version zoomable ici

    En premières lignes

    Les lignes de Palpa sont moins connues que celles de Nazca, et pourtant elles leur sont antérieures, tracées par le peuple Paracas précurseur des Nazcas. Plus souvent à flanc de colline, elles sont volontiers visibles depuis des petits sommets avoisinants. Nous avons pu en observer quelques-unes sans nous éloigner beaucoup de la route, notamment lors d’une pause déjeuner dans le désert où nous avons eu l’opportunité de garer Roberto sous l’unique pergola à des dizaines de kilomètres à la ronde.


    S’endormir au champ des baleines

    Nous nous garons pour la nuit près du centre-ville d’Ocucaje, le long d’un mur couvert de fresques de baleines et autres animaux marins. Y aurait-il une sorte de Marineland de l’autre côté du mur ? Sur ma carte, il s’agit plutôt d’une entreprise viticole fabriquant du Pisco. Pas étonnant puisque nous sommes dans la région d’Ica, là où est produit le fameux alcool national péruvien. La ville de Pisco n’en est que le port exportateur. Pour les baleines il faut une autre explication, que je vais trouver sur le site internet d’Ocucaje. On a retrouvé ici, dans un vaste bassin sédimentaire, de nombreux squelettes et fossiles de baleines et autres animaux marins datant pour certains de 36 millions d’années. C’est assez 😉 pour faire venir de nouveaux touristes qui en profiteront au passage pour déguster un Pisco sour.


    Les sorcières de Cachiche

    Cachiche est un ancien village dans la banlieue non pas de Marcheille mais de la ville d’Ica. C’était autrefois une forêt, dans laquelle se sont réfugiées quelques sorcières chassées par les conquistadors à l’époque coloniale. Nous nous rendons d’abord près d’un étrange palmier, dont six têtes rampantes ondulent près du sol comme les tentacules d’un poulpe. Une septième tête voudrait bien se rajouter aux précédentes, mais elle est régulièrement coupée par les habitants. Car selon la prophétie d’une des sorcières évincées, si la tête pousse, la ville d’Ica est détruite. D’ailleurs, en 1998, après un moment de négligence où la tête avait commencé à repousser, une aussi grave qu’exceptionnelle inondation a touché la ville. Depuis, le palmier est surveillé par les habitants d’Ica comme le lait sur le feu. Ou comme la potion magique dans le chaudron, terme plus approprié. Nous nous rendons ensuite au Parc des Sorcières de Cachiche, un lieu dédié aux sorcières du village, dont beaucoup sont en exercice et que l’on peut consulter. D’après les mentions au-dessous des statues, leurs pouvoirs sont surtout bénéfiques : santé, prospérité, nature, sagesse, amour, etc. La statue la plus vénérée est celle de Julia Hernandez Pecho, la vieille sorcière de 106 ans qui avait émis la prophétie. Étonnamment, elle apparait sous les traits d’une très jeune femme. Une preuve de ses pouvoirs ? A moins que son second nom ne soit synonyme d’espoir ?


    La fausse patate multicolore

    L’ulluco est une plante particulière à l’Amérique du Sud. Elle produit des tubercules qui ressemblent à de petites pommes de terre, avec la différence qu’elles sont multicolores pour une même récolte … et qu’il ne s’agit pas de l’une des 10 000 variétés connues de pommes de terre. Au contraire, l’ulluco est unique. Avec un goût proche par contre de celui des tubercules ramenés par Parmentier, l’utilisation est similaire : soupes, purées, cuisson à la vapeur et même chips ou frites. Bon appétit M’sieurs Dames !


    Le lac rose

    Nous sortons de la route Panaméricaine pour explorer le parc national de Paracas, occupant une péninsule et quelques îles. Ces dernières sont d’ailleurs surnommées les « Galápagos du Pérou », mais à l’inverse de ces dernières, on ne peut y débarquer. Comme nous n’avions pas envie de revoir des animaux marins mais de loin et d’un bateau plein de touristes, nous nous sommes contentés de la partie terrestre qui déjà vaut largement la visite. Une petite exception pour la route, toute en « tôle ondulée », éprouvante pour nous comme pour l’habitacle de Roberto. Le reste, c’est du désert, avec de belles dunes dans des mélanges de rose et de jaune, mais comportant un certain nombre de plans d’eau. Dont de belles lagunes d’un bleu profond tranchant sur le désert, ou encore rose bonbon, comme celle du célèbre Lac Rose sénégalais. La couleur est, c’est connu, liée à une microalgue, et permet de jolies photos. Le vent n’a pas permis de faire voler le drone, dommage. Pas sûr que ce soit autorisé d’ailleurs à cause de la réserve naturelle.


    La plage rouge

    Vous avez vu, nous restons dans les couleurs et dans l’exceptionnel. Cette « Playa Roja » ne payait pourtant pas de mine vue du premier observatoire que nous avons atteint. Mais c’était à cause du soleil de face. Lorsque nous sommes descendus au bord, du bon côté du soleil cette fois, la couleur rouge du sable est apparue dans toute sa splendeur. Jamais nous n’avions vu ça auparavant. Cette fois, la couleur n’est pas due à une algue mais tout simplement à celle du sable formé par les rochers bordant la plage. Nous avons eu l’occasion d’y observer quelques oiseaux, dont des urubus à tête rouge, emblématiques de la région et finalement parfaitement assortis à la plage.


    Pisco, juste un port


    Lima, juste une ville

    Nous n’avons fait que traverser Lima. Notre décision de ne pas nous y arrêter a reposé sur plusieurs arguments. D’abord nous avons déjà visité cette ville avec nos enfants il y a plus de 20 ans et elle ne nous avait pas laissé un souvenir impérissable. Ensuite parce que circuler avec Roberto dans la 4ème ville la plus embouteillée du monde ne nous tentait guère, sans parler d’y séjourner dans une chaleur étouffante. Rien que de traverser la ville en restant sur les différentes branches de la route Panaméricaine nous a confirmé dans notre choix. La conduite péruvienne est de l’ordre du chacun pour soi, aucune règle ne semble applicable et la police est totalement absente, si ce n’est pour des verbalisations abusives pour tout et n’importe quoi dans certains lieux heureusement identifiés sur notre application et que nous avons pu contourner. La notion de voie de circulation semble inconnue, le dépassement peut se faire aussi bien à gauche qu’à droite et parfois même sur le trottoir si besoin. Les poids-lourds n’hésitent pas à forcer le passage en vous collant à 2 ou 3 cm. Et je ne parle pas des klaxons permanents, des 2 et 3 roues qui se faufilent de façon encore plus périlleuse au milieu de tout ça et des trous dans la chaussée. Il faut être à la fois concentré et zen pour ne pas se laisser submerger par ce rodéo urbain. Et ça ne serait pas plus facile avec une voiture. Bref, vous aurez compris que ne n’ai pas eu vraiment le temps de prendre des photos, et Claudie était sans doute trop stressée pour ça aussi !


    Le palais du désert

    J’en ai déjà parlé, la bande littorale péruvienne n’est qu’un long désert. Au nord de la capitale, ça reste la règle et nous parcourons des centaines de kilomètres dans des environnements purement minéraux bordés de plages sauvages et immenses mais inaccessibles, aucun chemin n’y menant. C’est côté montagne que nous allons faire notre pause pour la nuit, au pied d’une construction qu’on dirait faite spécialement pour un décor de cinéma. Ce pourrait être le palais d’un seigneur pré-inca ou encore un hôtel abandonné. En réalité, c’est une sorte d’usine de triage de gravier et de sable, qui a effectivement été abandonnée et dont les intérieurs ont été comblés. Mais l’ambiance était surréaliste et l’isolement parfait.


    Le premier centre d’études anatomiques au monde

    Nous avons la chance apparemment de visiter près de Casma le plus ancien site urbain connu des Amériques déjà présent plus de 2000 ans avant notre ère. Faute de moyens, seule une toute petite partie a été dégagée, le Cerro Sechin (du nom du peuple de l’époque), révélant déjà des gravures peu communes le long du mur d’enceinte. Ce sont surtout des humains qui sont représentés, les uns en situation de guerriers avec haches, épées, etc. et les autres au titre de victimes très malmenées : membres arrachés, sang giclant des crânes, abdomens éventrés, yeux enfilés sur des brochettes et j’en passe. À y regarder de plus près, si j’ose dire, les experts estiment que ces probables victimes de guerre ont servi à des études anatomiques approfondies. On retrouve gravés dans la pierre des schémas de poumons, reins et autres colonnes vertébrales clairement identifiables. Si la cause peut être noble, j’espère au moins que les victimes étaient mortes au moment des études de cas…


    De beau à Moche

    À l’approche de la ville de Moche – pas de chance pour eux leurs ancêtres du 1er millénaire de notre ère s’appelaient comme ça – nous côtoyons (paradoxalement ?)  des kilomètres de haies en bougainvilliers. Quel luxe! La ville revendique haut et fort son appartenance à cette civilisation évoluée, en exposant le long d’une avenue tout son panthéon de divinités, totalement Moches donc. De l’énigmatique être mi-homme mi-crabe à l’imposant poisson humanoïde à l’air maléfique, en passant par le « décapiteur » responsable des sacrifices humains. Nous trouverons un peu plus loin un autre témoignage de cette civilisation : les poteries érotiques, dans une allée bordée de reproductions géantes devant lesquelles les familles décomplexées photographient volontiers leurs enfants. C’était Vendredi Saint en plus…


    Trujillo en technicolor

    Moche est une petite ville de la banlieue de Trujillo, capitale régionale et 3ème ville du Pérou de par le nombre d’habitants (820 000, environ la population des métropoles de Nice ou Toulouse). Comme beaucoup de villes péruviennes, l’architecture en périphérie est plus que quelconque. Mais le centre-ville se distingue par une profusion de couleurs dans les bâtiments coloniaux situés autour et à proximité de la Plaza Mayor. Quand on y rajoute les balcons en bois sculpté, les façades en adobe, les fenêtres artistiquement grillagées et les toits de tuiles rouges, cela fait un ensemble plutôt agréable à regarder. En ce week-end pascal, les églises étaient plutôt animées, et notamment le parvis de la cathédrale avec des reconstitutions de scènes de la vie de Jésus.


    Un jour aux courses

    C’est le moment de mon petit inventaire épisodique des rayons des supermarchés. Axé principalement sur les boissons. J’y ai déjà retrouvé le lait Gloria de mon enfance, je ne sais pas si c’est encore vendu en France. Gloria fait aussi dans la colada morada, cette boisson sucrée à base de maïs violet typiquement péruvienne. Pas besoin de chercher longtemps dans les rayons pour trouver de la Cusqueño, cette bière très populaire originaire comme son nom l’indique de Cuzco. Et puis l’inévitable Inca-Kola, disponible ici en pack de 2 fois 3 litres, témoignant de la forte consommation locale. Coca-Cola est jaloux de cette boisson qui lui vole la vedette, et c’est peut-être l’entreprise américaine qui pousse à la commercialisation de packs mixtes : 3 litres d’Inca-Kola + 3 litres de Coca-Cola. Avec une possibilité pour que la boisson locale ne perde pas la face : des packs de 6 litres d’Inca-Kola pour 3 litres de Coca-Cola. Cela dit, c’est plus la santé que la face qui est à perdre pour les péruviens, avec pas loin d’un kilogramme de sucre dans ce pack de 9 litres ! On termine sur une particularité bien sud-américaine avec ce rayon intitulé carnes y aves, soit viandes et volaille. Là-bas, attention, la volaille ça n’est pas de la viande !


    Chan Chan

    Nous faisons connaissance, toujours dans la banlieue de Trujillo, avec un nouveau peuple précolombien, les Chimú, qui ont vécu ici du IXe au XVe siècle de notre ère jusqu’à être absorbés par les Incas (dans le sens figuré, ce n’était pas des anthropophages !). Avant de disparaitre, ils ont largement eu le temps de bâtir un ensemble de 9 citadelles toutes en argile et paille. Ce n’est rien moins que la plus grande ville en adobe au monde, et elle a remarquablement survécu au temps. Seule l’un des citadelles est en cours de restauration. On peut y apprécier des murs décorés de motifs représentant la mer, les poissons et les oiseaux, les Chimú rendant hommage ainsi à leur dépendance à l’océan Pacifique et à leurs croyances animistes. Et puis de grandes salles de réunions administratives (tribunaux, etc.) ou publiques et un système avancé de gestion de l’eau, essentiel dans cette région pour transformer le désert en terres fertiles. Encore un site étonnant où beaucoup reste à découvrir.


    David et Goliath

    2 véhicules que tout oppose mais volontiers choisis pour la vie nomade. Faut-il privilégier l’aspect passe-partout ou le confort ? Et vous, seriez-vous plutôt David ou Goliath ?


    Retour sur la culture Moche

    Dans un musée qui leur est consacré, nous en apprenons un peu plus sur la culture Moche (ou Mochica, c’est plus joli) qui a prospéré sur la côte nord du Pérou entre 100 et 700 ap. J.-C. Cette société avancée était dirigée par une élite guerrière et religieuse, avec des prêtres, des artisans et des paysans. Leurs villes en adobe étaient entourées par des pyramides qui n’étaient accessibles qu’aux élites. La guerre préoccupait leur quotidien, tout comme le climat. Finalement nous ne faisons pas mieux, sauf qu’à l’époque pour faire pleuvoir, on sacrifiait des humains aux dieux des montagnes. Tout ceci se retrouve parfaitement illustré sur leurs poteries, un art dans lequel ils excellaient. Et à moindre degré dans des objets en métal dont ils maîtrisaient aussi la technique.

    Deux de ces pyramides sont d’importance archéologique majeure dans la région : celle du soleil (Huaca del Sol) et celle de la lune (Huaca de la Luna). Si la première est au stade zéro des explorations (elle était consacrée au pouvoir politique – on craint peut-être d’y découvrir des horreurs), la seconde a été en grande partie dégagée. Cette pyramide haute d’environ 21 mètres, entièrement construite en briques d’adobe, a, autour d’une cour intérieure, une apparence de gradins. Elle est composée en fait de plusieurs plates-formes superposées, chacune correspondant à une phase de construction différente. A chaque niveau, les murs sont décorés de fresques polychromes toutes originales et remarquablement conservées, représentant des divinités, des scènes mythologiques et des motifs géométriques. Une visite extraordinaire en immersion dans une civilisation disparue. Obligatoirement guidée mais par des gens compétents et utiles à la compréhension du site.


    Mur Murs documenteurs

    C’est par ce clin d’œil aux documentaires jumeaux d’Agnès Varda que j’aborde cette immense fresque historique proposée à ses habitants et peut-être aussi aux touristes par la ville de Chiclayo. Sur 390 m le long d’une avenue est illustrée l’histoire des civilisations précolombiennes Moche et Lambayeque. Conçues par des archéologues et des artistes locaux, ces fresques sont un véritable livre à ciel ouvert, un plus culturel indéniable pour la ville.

    Elles prolongent en fait une série de statues relatives à ces 2 civilisations et à leur divinités monstrueuses, que nous avons revues avec plaisir après notre première rencontre dans la ville de Moche.


    Toutous nus

    Depuis que nous sommes dans cette région du nord du Pérou, nous rencontrons d’étranges chiens totalement démunis de poils ou presque (parfois ils ont un petit toupet sur la tête ou le dos) comme s’ils sortaient tondus de chez un véto ayant suspecté une teigne généralisée. Ça leur donne un air à la fois maladif et attendrissant, d’autant que ce sont des animaux plutôt gentils avec les humains. Les civilisations pré-incas ne s’y sont pas trompées et ont élevé ce chien tout nu au rang d’animal sacré. Il existait donc déjà il y a 2 ou 3000 ans et figure sur des poteries de l’époque, aux côtés de prêtres notamment. On prêtait autrefois à ces animaux des vertus curatives liées à la chaleur que leur corps procurait en peau à peau avec les humains. De vraies bouillottes vivantes !


    Scanner à toute heure


    Vamos a la playa

    Le littoral péruvien, avec ses 3000 km, comporte de très nombreuses plages, dont la plupart sont aussi sauvages qu’inaccessibles, notamment dans le Sud. De toutes façons, les vagues fortes et la température basse de l’eau n’attire guère les baigneurs. Près des grandes villes du milieu du pays, c’est la pollution et l’insécurité qui posent problème, notamment autour de la capitale Lima. Finalement, les plages qui commencent à avoir un peu d’intérêt pour les touristes sont celles du nord, à proximité de la frontière équatorienne, où les courants tropicaux affrontent le courant froid de Humboldt venu de l’Antarctique, rendant l’eau tempérée en été (décembre à avril). C’est là que nous avons daigné faire trempette, du côté de la ville de Mancora. Une station balnéaire qui n’a rien à voir avec nos standards européens : rue principale défoncée et poussiéreuse, rues secondaires en terre et insécures. Comment imaginer que si la ville ne dispose pas des moyens pour entretenir sa voirie elle puisse mettre en place un réseau d’assainissement correct ? Nous nous sommes éloignés le plus possible du centre et des quelques affluents douteux, en nous installant dans la cour d’un petit hôtel pour pouvoir garder nos fenêtres ouvertes la nuit (29°C au plus bas, 37°C dans la journée !).

    L’ambiance générale était plutôt agréable, j’ai eu le temps d’observer quelques fleurs intéressantes, mais la chaleur nous a donné très envie de retourner dans les montagnes. C’est le bon moment pour quitter le Pérou et gagner l’Équateur ! A bientôt là-bas !

  • 170. Roberto en Bolivie

    170. Roberto en Bolivie

    Nous rêvions depuis longtemps de visiter ce pays, surtout après l’avoir approché de près lorsque nous étions sur la rive péruvienne du Lac Titicaca avec nos enfants en 2002. Quelquefois, la concrétisation des images que l’on se fait d’un pays n’est pas à la hauteur de l’idée qu’on s’en faisait. Les pénuries d’essence, les barrages routiers et l’état des routes (seulement 10% sont asphaltées) nous inquiètent aussi un peu. Alors la Bolivie va-t-elle nous séduire ou nous décevoir ? Nous allons bientôt le savoir.

    Carte du parcours correspondant à cet article
    Parcours correspondant à cet article, en version zoomable ici

    Sortir avant d’entrer

    Le poste frontière de Tambo Quemado semble d’emblée bien mieux organisé que celui qui nous avait tenu 6 heures deux semaines plus tôt. Les flux des camionneurs, des bus et des voitures particulières sont séparés dans des bâtiments différents. Une petite fiche en 6 étapes nous est remise au début, il suffit de valider chacune d’elles pour compléter le process. Et nous complèterons tout ça en 50 minutes, dont 30 pour le seul permis de circuler de Roberto en Bolivie. Nous entrons ainsi dans le pays 10 minutes AVANT d’avoir quitté le Chili, un miracle dû à la différence de fuseau horaire entre les deux pays.

    Document de passage de la frontière du Chili à la Bolivie
    Le document qui nous guide étape par étape à recueillir tous les coups de tampons nécessaires…

    Premières impressions

    Nous gagnons rapidement le village situé juste après la frontière pour tenter (en vain) d’y acquérir quelques fruits et légumes et acheter (avec succès) une carte SIM locale pour mon téléphone, SOSH ne couvrant pas la Bolivie. La puce me coûte 5 € (50 bob, la monnaie bolivienne au nom sympathique) et autant pour un forfait illimité de 12 jours que je pourrai renouveler si besoin. Plutôt pas cher. Déjà autour de nous, nous voyons circuler de nombreuses femmes en tenue traditionnelle avec chapeau rond, tresses et ample jupe plissée multicolore. Ça promet ! Côté paysage, bien que nous n’ayons fait que franchir un col, le changement est important aussi. Nous sommes dans l’altiplano, de grandes étendues planes entourées de superbes montagnes. Sur parfois un gazon vert tendre ou plus souvent des petits buissons en forme de flamme à perte de vue paissent tranquillement des centaines de lamas, vigognes ou alpagas. Avec beaucoup de petits qu’on aurait envie de prendre dans ses bras si ce n’était une certaine appréhension de la réaction haddockienne des parents. Et puis cet autre volcan majestueux, encore plus haut que le précédent avec ses 6 542m. Le Sajama est d’ailleurs le point culminant de la Bolivie. Nous nous arrêtons pour déjeuner dans un autre petit village appelé Lagunas, charmant avec son église de style andin sur sa place centrale. Et puis nous roulons vers notre prochaine destination : Oruro. La route est plutôt bonne et la portion qui n’était pas asphaltée s’avère cimentée. Nous ne sommes interrompus que par deux péages (environ 1 € à chaque fois) et un points de contrôle où il faudra montrer les tickets de péage. Heureusement que nous les avions gardés ! Nous terminons la journée sur un petit chemin de traverse dans une zone riche en cactus et en chullpas, les tours funéraires que construisaient les Aymaras pour abriter les restes momifiés de certains membres de leur communauté. Curieux petits édifices en adobe munis d’une porte triangulaire sur leur façade Est. Encore du typique. Au total de premières impressions trèèès favorables !


    Le soufflet retombe

    Nous arrivons à Oruro, la première grande ville depuis la frontière. Difficile d’ouvrir un guide ou un article qui ne parle pas majoritairement de son carnaval, un évènement majeur en Bolivie qui attire chaque année plus de 400 000 visiteurs. Et qui tombe la semaine prochaine. Ce qui pourrait paraître une bonne nouvelle n’en est pas une : la ville est en pleins préparatifs, avec installation en cours de nombreuses tribunes et échoppes qui prennent toutes les places de parking et rendent les rues du centre aussi bouchonnées que peu circulables, d’autant que beaucoup de monde est déjà arrivé. Après avoir tourné une bonne heure dans les embouteillages sans pouvoir nous stationner, nous avons renoncé à visiter Oruro. Les principales attractions de la ville sont inaccessibles et nous n’avons pas l’intention d’attendre 1 semaine pour voir ce carnaval. Si le côté pittoresque et culturel est indéniable, nous goûtons peu aux bains de foule et craignons les débordements et autres batailles d’eau qui accompagnent les festivités. Nous nous échappons du centre pour remplir le frigo et le réservoir de Roberto. Pas de supermarché ici, rien que des petites supérettes où manquent beaucoup des produits que nous consommons habituellement comme les yaourts et les fruits par exemple. Quant au carburant, nous n’en trouverons qu’à la 4ème station-service testée, les précédentes, outre une file d’attente impressionnante, n’avaient pas ou plus de diesel. Mais la dernière a été la bonne, ouf !

    Nous prenons la direction de Potosi, au Sud du pays. Et là encore, ça ne se passe pas très bien, une longue portion de route (30 km peut-être) s’avère être une déviation en terre suivant en parallèle la nationale en cours de réfection. Pour couronner le tout, le ciel est gris et fréquemment pluvieux. Demain sera un autre jour ?


    Notre premier marché

    Découvert par hasard dans la petite ville de Challapata où nous avons fait étape pour la nuit, il nous réconcilie d’emblée avec le pays. Pittoresque, coloré, animé, c’est un enchantement et un dépaysement total, grâce notamment aux cholitas, ces femmes boliviennes qui ont su garder leur tenue traditionnelle : petit chapeau rond, tresses, vêtements multicolores tissés et triple ou quadruple jupon de laine qui leur donne une allure inimitable. Cela nous rappelle un peu le Guatemala, où les tenues permettaient d’identifier, sinon l’ethnie, le village d’origine de ces femmes, et ceci hors de toute pression touristique.


    La feuille de coca en symbole national

    Dans ce marché et dans d’autres après, un commerce insolite est très répandu : celui de la feuille de coca disponible dans de gros sacs en toile de jute parfois ornés de tissus aux motifs autochtones, que les vendeurs détaillent en sacs plastiques comme ceux que l’on trouve de moins en moins dans nos supermarchés. La production, la vente et l’usage de la coca sont autorisés en Bolivie, mentionnés dans la constitution et encadrés par une loi de 2017 sous l’impulsion du président d’alors Evo Morales, lui-même président du puissant syndicat des producteurs de coca. Outre le côté traditionnel et culturel qui remonte aux Incas, mastiquer des feuilles de coca aide les travailleurs à trouver le surplus l’énergie nécessaire dans les environnements de haute altitude où l’oxygène est raréfié. Accessoirement, les tourismes en consomment pour prévenir ou soigner le mal des montagnes ou plus simplement pour donner l’air de s’encanailler. La tradition c’est tout à fait honorable, d’autant que la plante à l’état naturel ne crée apparemment pas de dépendance. Le seul problème est que 2/3 de la production est transformé en cocaïne.

    On trouve parallèlement sur les marchés des vendeurs de lepta, une pâte de chaux et de cendres présentée en petits bâtonnets ou galettes séchées, qui aide à donner une consistance plus homogène à la chique de feuilles de coca.

    NB. La boisson Coca Cola ne contient plus de cocaïne depuis 1929. La Bolivie en consommerait curieusement moins que les Européens alors que plusieurs pays d’Amérique latine sont dans le peloton de tête. Le premier consommateur mondial est le Mexique avec 200 litres par habitant et par an, devant le Chili et l’Argentine (130 l), les États-Unis (100l). À côté, la France est plutôt sobre en Coca (23 l) mais ça reste énorme.


    Encore un environnement spectaculaire

    À partir de Challapata, la route s’embellit de kilomètre en kilomètre. Les montagnes prennent de jolies couleurs. Les lamas nous saluent du bord des routes où ils se rassemblent comme si la végétation avait précisément là bien meilleur goût que quelques mètres en retrait, au point de justifier le danger de se faire renverser à tout moment. Des murets de pierres dessinent de jolis motifs géométriques sur les reliefs, sans doute placés là pour délimiter des parcs à animaux d’élevage, ce que nous n’avons pu confirmer qu’une seule fois malgré la multitude des emplacements observés. Peut-être qu’ils étaient davantage utilisés par les autochtones avant qu’ils ne subissent la pression espagnole ? Et puis nous voyons pas mal de petites maisons en adobe, la construction par excellence à la campagne. Beaucoup semblent inhabitées d’ailleurs, mais il est vrai qu’une maison en adobe, soit ça s’entretient, soit ça se jette… Dans certains villages traversés, nous avons pu observer des danses traditionnelles animées par quelques musiciens. Ce serait assez courant. Ambiance typique garantie en tout cas.


    L’œil était dans la tombe…

    Toujours dans cette région aux superbes montagnes multicolores, nous approchons d’un lieu un peu particulier appelé « l’œil de l’Inca ». Il s’agit d’un tout petit lac circulaire d’à peine 100 m de diamètre au fond duquel jaillit une source chaude. Un chef Inca aurait découvert le lieu au XIVe siècle et s’y serait baigné pour soulager quelque problème de santé. C’est après cette visite qu’il aurait fait retravailler les berges du lac pour qu’elles forment un cercle presque parfait, digne de convertir l’endroit en lieu de culte de la Pachamama et autres divinités inca. Voilà pourquoi l’œil de l’Inca surveille maintenant tous ceux qui passent. C’est peut-être lui qui génère régulièrement des tourbillons qui aspirent régulièrement des touristes venus profiter de l’eau à 30°C. Après quelques décès par noyade, le lieu est désormais interdit à la baignade et le gardien se targue d’un diplôme de maître-nageur sauveteur. Deux précautions valent mieux qu’une !


    Potosi, première ville du capitalisme

    Ce n’est pas moi qui le dis, c’est un professeur d’anthropologie qui a qualifié ainsi la plus célèbre ville minière de Bolivie. Car dès la fin du XVIe siècle, ce qui était alors le plus grand gisement d’argent du monde, exploité par l’Espagne impériale grâce au travail forcé des esclaves Quechua et africains, a financé la conquête du Nouveau Monde et alimenté la Renaissance européenne. Dès 1600, l’argent bolivien avait multiplié par 8 la masse monétaire en circulation en Europe. Cet afflux massif a malheureusement (pour la ville et pour les Espagnols) entraîné un déclin économique rapide au XVIIe siècle, aggravé par le fait que l’épuisement des filons de surface, les plus accessibles, rendait l’exploitation plus compliquée. La mine est toujours en activité bien que de façon moins effrénée qu’auparavant et curieusement exploitée par des Quechua malgré les millions de leurs ancêtres engloutis dans les entrailles du Cerro Rico (la montagne riche). Après avoir lu les conditions difficiles et dangereuses de la visite, appréhendé le côté voyeur et intrusif dès lors que l’on s’introduit dans une entreprise en activité, nous avons renoncé à visiter la mine. Mais Potosi a beaucoup d’autres attraits. Le déclin économique a figé la ville dans son architecture coloniale espagnole avec les beaux bâtiments construits par tout ceux qui vivaient de la ruée vers l’argent et les 33 couvents et églises dans lesquels ils venaient prier pour que ça continue. Tout ça est classé au patrimoine mondial de l’UNESCO.

    Le minerai d’argent qui a fait la fortune de Potosi, de l’Europe et des USA

    La Casa de la Moneda

    La Casa de la Moneda est un incontournable de la visite de Potosi. Un quart de la production de la mine d’argent, soit environ 10 000 tonnes par an, y était dirigé pour y être frappé en monnaie. Une visite guidée, aussi encadrée que s’il s’agissait de la Casa de Papel madrilène, nous montre les différentes étapes de la fabrication des pièces au cours des siècles. À commencer par les gigantesques fours aux plafonds encore tout noircis par le traitement du minerai et tous les moules qui servaient à couler les lingots. Et puis les ateliers, où jusqu’en 1773, les pièces étaient frappées une par une à coup de marteau (c’est de là que vient l’expression…). Et encore les imposants laminoirs qui transformaient les lingots en feuilles d’argent d’1 mm d’épaisseur grâce à des engrenages en bois de chêne entraînés par des chevaux en sous-sol. On nous montre bien entendu la progression technologique de la fabrication avec l’avènement de la vapeur puis de l’électricité. Aujourd’hui, c’est toujours à Potosi qu’est fabriquée la monnaie bolivienne, mais dans un autre lieu. La Casa de la Moneda en tant que musée expose aussi des peintres locaux, une salle de numismatique et une autre de minéralogie.


    Quand l’actualité nous rattrape…

    En 2026, la production des pièces de monnaie boliviennes est toujours localisée à Potosi, mais dans un autre endroit. Les billets de banque quant à eux sont imprimés à Santa Cruz, une autre grande ville du pays. Et l’on vient d’en entendre parler avec cet avion militaire qui, lors de sa livraison à la banque centrale de La Paz, s’est crashé à l’atterrissage, éparpillant son chargement de billets. Inutile de dire que la police a eu un peu de mal à disperser les curieux !


    Balade en ville

    Nous flânons bien sûr dans les rues de la ville, appréciant les façades blanches, les portails baroques, les balcons et fenêtres en encorbellement, les multiples églises et le marché. Au-delà du centre historique, on aperçoit les maisons en briques et couvertes de tôle des mineurs et du « petit peuple », ainsi que les sommets environnants dont le célèbre Cerro Rico qui contiendrait encore suffisamment d’argent pour assurer 6 ans de PIB à la Bolivie. Faut-il aller le chercher.


    Un privilège partagé avec Sao Paulo

    Dans toute l’Amérique du Sud, seules deux villes partagent un privilège très spécial : Potosi et Sao Paulo. Toutes deux et seulement elles ont été « envahies » par notre artiste français Invader. C’est-à-dire qu’il y a apposé un certain nombre de mosaïques dans les rues sur le thème de base des Space Invaders mais généralement personnalisé pour chaque ville. Si vous êtes lecteur(trice) régulier(ère) du blog, vous savez que Claudie et moi faisons partie des chasseurs de ces œuvres d’art, utilisant notamment l’application dédiée. C’est en 2022 que Invader s’est rendu à Potosi pour y installer 53 de ses œuvres, dont la 4000ème de sa carrière, un symbole pour une ville située à 4000m d’altitude. Nous nous sommes contentés d’en flasher une douzaine, ce qui n’est pas si mal. Nous avons apprécié d’y retrouver les éléments caractéristiques de Potosi : Cerro Rico, condors, cholitas, mineurs, lamas, etc.


    Sucre

    La ville de Sucre vue des toits de la cathédrale
    La ville de Sucre vue des toits de la cathédrale

    Voilà une ville considérée par beaucoup comme la plus belle de Bolivie, et la pompiste avec qui j’ai causé un peu pendant mon plein de diesel n’a pas démenti. Mais elle était peut-être d’ici… Sucre (prononcer soucré) a été la première capitale du pays, ayant été la première ville à obtenir son indépendance de l’empire espagnol. Devenue riche grâce à sa voisine Potosi, grand centre intellectuel et culturel, elle était le lieu idéal pour que les révolutionnaires développent leur idéaux d’émancipation. Ce qui fut obtenu le 25 mai 1809, grâce notamment aux actions guerrières du maréchal …Sucre. La capitale fut transférée à La Paz 90 ans plus tard, mais Sucre a gardé un statut de capitale constitutionnelle et juridique. La ville a gardé de cette période faste tout le charme de l’architecture coloniale espagnole mélangée à des styles empruntés aux européens et aux nord-américains. Nous avons consacré plusieurs jours à la visite, profitant par ailleurs d’un climat idéal, chaud et ensoleillé le jour, frais la nuit grâce aux 2700m d’altitude. Ci-dessous quelques photos commentées d’une partie de nos découvertes.

    La ville blanche


    Sucre d’art


    Un cimetière touristique

    On met un peu à part la visite du cimetière général de Sucre, une sorte de ville dans la ville qui en reproduit toutes les particularités, souvent même en mieux : rues et avenues tracées au cordeau, végétation abondante et bien entretenue, chapelles et mausolées plus somptueux que la plupart des habitations de la ville. De la ville on reproduit ici hélas aussi les inégalités criantes : les défunts riches sommeillent pour toujours à l’aise dans de larges et beaux bâtiments, tandis que les pauvres sont entassés dans des caveaux familiaux disposés dans des sortes d’HLM en béton bordant des ruelles étroites. Même dans la pauvreté on fait des distinctions avec le coffre vitré apposé en façade, au cadre zingué à doré en fonction des revenus et dont le contenu censé évoquer la mémoire du défunt varie énormément selon le niveau social antérieur de celui-ci. A noter que les Boliviens procèdent en 2 étapes pour les sépultures : d’abord un enterrement comme en majorité chez nous, puis une exhumation du corps 10 jours après pour une incinération. Les urnes peuvent se retrouver dans les petits coffres mais pas toujours.


    C’en est terminé pour la visite de la capitale administrative de la Bolivie. Nous avons bien apprécié ces quelques jours de visite. Nous allons repartir maintenant vers le Nord du pays, tout en restant dans l’Altiplano. Nous n’envisageons pas à ce point d’aller du côté de l’Amazonie. Mais tout peut toujours changer !

    Hasta luego !

  • 168. Toujours dans le désert

    168. Toujours dans le désert

    Nous n’en sommes qu’au début du désert d’Atacama qui n’est pas loin de couvrir le quart du nord du Chili avec plus de 1000 km de longueur. 105 000 km² de sable et de roches, 4 000 km² de lacs salés asséchés. On trouve tout de même ça et là quelques oasis, dont celle de l’une des villes les plus touristiques du Chili : San Pedro de Atacama.

    Parcours correspondant à cet article, en version zoomable ici

    Dernière plage

    Nous quittons la côte avant de nous enfoncer dans l’intérieur du pays. L’occasion de confirmer que les plages – du moins celles que nous avons vues – n’attirent pas les foules, même en période de vacances scolaires. Il faut dire qu’avec le courant de Humbolt (l’inverse de notre Gulf Stream) venu de l’Antarctique, l’océan Pacifique est plutôt frais tout le long de la côte Ouest de l’Amérique du Sud. A Valparaiso, l’eau de mer atteint au grand maximum 18°C au cœur de l’été, alors qu’à Casablanca, ville de latitude équivalente dans l’hémisphère Nord, on est plus proche des 23°C. A notre niveau, Caldera, de même latitude équivalente que Nassau, c’est 21°C maximum contre 29°C pour la capitale bahaméenne. Nous nous contenterons donc d’un joli lieu de bivouac.

    Au cours de notre progression dans le désert d’Atacama, nous croisons de nombreux chemins de traverses menant à des mines. Voire même lors d’une pause déjeuner au milieu de nulle part, nous trouvons dans des tas de cailloux de jolies pierres aux reflets verts. Difficiles à identifier, même avec Google Lens qui me propose au moins 10 minéraux différents. Le secteur minier est le secteur-phare de l’économie chilienne. Il est le premier employeur du pays (11% des emplois) et représente 60% de ses exportations, ce qui le rend sensible aux variations de cours et freine la diversification. Le Chili est le premier producteur mondial de cuivre, le second en lithium, le 3ème en molybdène et le 7ème en argent. La première entreprise minière mondiale est la société Codelco, détenue à 100% par l’état chilien et dont deux de ses engins géants sont exposés à l’entrée de la ville de Calama.


    Les yeux et la main du désert

    Le désert d’Atacama, c’est connu, est propice à l’observation du ciel, grâce à une altitude élevée (2500 à plus de 5000m), une pluviosité rare (moins de 100 mm par an) qui associée à une faible humidité de l’air donne un ciel dégagé plus de 300 nuits par an, et puis une faible pollution lumineuse. Normal, c’est le désert ! Conséquemment, 70% des observatoires du monde s’y sont installés, dont beaucoup sont plurinationaux. Nous avons fait un léger détour pour passer voir les installations du Very Large Telescope du Cerro Paranal, à 2635 m d’altitude. C’est en fait un ensemble de 4 télescopes de 8,20 m de diamètre qui peuvent fonctionner ensemble ou séparément, géré par l’Observatoire Européen Austral (ESO). Des visites sont organisées pour le public mais seulement de jour et le week-end, et il faut s’inscrire longtemps à l’avance. Un voisin est presque fini de construire à 20 km de là, très prometteur avec son miroir de 39 m de diamètre. Nous le verrons briller de loin, mais sans possibilité de s’approcher. Grâce à nos bivouacs en nature, nous nous contentons d’apprécier les magnifiques ciels étoilés de la région. Peut-être que nous pourrons participer à une expédition nocturne dans une prochaine étape, mais tout est souvent verrouillé pas mal de temps à l’avance et nous n’avons pas envie de casser notre liberté avec des rendez-vous précis.

    Après 400 km de route ce jour-là, nous sommes toujours dans le désert. Et nous décidons de nous laisser prendre par la main pour y passer la nuit. La main du désert, c’est une sculpture au milieu de nulle part, une main géante qui semble sortir du sable pour nous faire un signe désespéré. Ce serait d’ailleurs la signification voulue par l’auteur, montrer la vulnérabilité et l’impuissance humaine. Malgré l’isolement, le lieu est assez visité car visible de l’autoroute à 450 m de là. Nous ne serons d’ailleurs pas les seuls à y passer la nuit, entre un groupe de motards venus planter leur tente assez loin et un poids-lourd venu se reposer tout près. Cette main surgissant du sable nous en a rappelé une autre, vue sur une plage d’Uruguay il y a de cela 7 ou 8 mois, et ça n’est pas une coïncidence : elle est du même artiste chilien, Mario Irarrazabal. Et puis encore une autre, plus récemment à Puerto Natales au sud du Chili. Mais là c’est une tentative de copie.


    Les deux faces d’Antofagasta

    L’arrivée dans cette grande ville minière de la côte Pacifique n’est pas des plus réjouissantes : montagnes de résidus de minerais, alignements de camions-bennes à n’en plus finir et larges bas-côtés couverts de baraques de tôle, de pneus et de poussière donnent envie de vite poursuivre la route vers une autre destination. Mais il faut savoir gagner le centre historique et le port. La vieille gare, les bâtiments de style colonial, la place centrale avec sa tour de l’horloge qui carillonne sur les mêmes notes que Big Ben toutes les heures (normal, elle a été offerte par les Anglais) et la jetée en bois avec ses lions de mer ont un charme certain, même si le trafic routier est un peu trop envahissant. Nous déjeunerons au restaurant pour la première fois depuis notre retour, d’une bonne viande chilienne pour Claudie et d’un excellent ceviche pour moi. Le seul malheureux était Roberto, garé très en pente à l’entrée d’un parking couvert dont la limite de hauteur à 2,15m n’était pas signalée. C’était la seule place possible, mais il n’aurait pas fallu le pousser beaucoup pour qu’il se renverse !


    Les fantômes du salpêtre

    Au XIXe siècle, l’extraction du salpêtre battait son plein au Chili dans le désert d’Atacama, et de nombreux villages poussaient comme des champignons pour héberger tous ceux qui venaient profiter de ce que l’on pourrait appeler la fièvre du nitrate ou encore la ruée vers l’or blanc. Au début du XXe siècle, on trouva le moyen de synthétiser le salpêtre, ce qui fit péricliter toute cette activité. Ce ne fut pas forcément une mauvaise chose pour les mineurs qui perdaient leur santé dans ce travail harassant, mais forcément, ce la les obligea à quitter les lieux. C’est ainsi que l’on trouve dans la région de nombreux villages fantômes. Nous nous sommes arrêtés pour jeter un œil à celui appelé Pampa Union. Il ne reste guère que les murs des bâtiments, dont la faible résistance au temps semble montrer qu’ils ont été construits à la hâte. Le mieux conservé, si l’on peut dire, c’est le cimetière, empli de petites tombes en terre entourées d’une grille de bois ou de métal. Le long d’un mur, des caveaux contiennent encore des cercueils dont le contenu a manifestement été transposé ailleurs. Mais les âmes sont peut-être restées, de nombreuses histoires circulent sur des fantômes se promenant et hurlant la nuit dans ces villages…

    Nous prévoyons de visiter d’autres villages abandonnés sur notre route, nous aurons certainement l’occasion d’en reparler. C’est d’importance majeure dans la région.


    San Pedro de Atacama

    C’est l’une des destinations touristiques phares du Chili, alors il y a du monde. D’autant que le village, charmant avec ses rues en terre et ses murs en adobe, n’est pas très grand. Deux ou trois rues principales concentrent l’essentiel des besoins des touristes : hôtels, bars, restaurants, boutiques de souvenirs, et surtout agences de voyage car on vient ici principalement pour découvrir l’environnement. Si le paysage visible depuis San Pedro de Atacama est déjà superbe, avec ses montagnes lunaires, sa coulée verte et son arrière-plan de volcans, la plupart des sites à visiter nécessitent d’être véhiculés. Certaines excursions durent même plusieurs jours, notamment celles qui vont au Salar d’Uyuni en Bolivie. Arrivés dans l’après-midi, nous commençons par nous trouver un joli coin dégagé pour passer la nuit. Nous visitons le centre-ville le lendemain, avant de nous éloigner un peu vers une réserve de flamants roses qui, complètement asséchée, n’en comportera aucun. Nous passons la nuit dans une petite forêt.

    Certaines photos ont une histoire particulière. En voilà une où le hasard a transformé un cliché ordinaire en image insolite :

    Le lendemain, nous réfléchissons à la suite potentielle des visites, mais, à lire les commentaires des autres voyageurs sur notre application, rien ne nous tente. Les geysers d’El Tatio ne se réveillent qu’entre 6 et 7 heures du matin, il faut dormir à plus de 4000 m d’altitude et faire la queue le matin derrière une longue colonne de minibus. Comment cela peut-il être mieux que le merveilleux site de Yellowstone, accessible le jour entier et avec des températures clémentes ? Différents bassins d’eau thermale ou très salée nous tentaient, mais les commentaires font état de températures plutôt basses, genre 11°C le matin. Brrr ! Quand aux montagnes colorées finalement sans couleurs et au « bus magique » qui attire les foules alors que ce n’est qu’une épave taguée de bus rouillé en plein désert, bof. Nous aurions bien participé à une sortie nocturne pour voir les étoiles, mais le ciel habituellement clair s’est mis à se couvrir la nuit pendant notre séjour. Alors nous décidons de quitter la ville et de reprendre notre route vers le nord. Mais cela ne va pas se passer comme prévu…


    Mon permis confisqué !

    Nous quittons San Pedro de Atacama par la route principale. Très vite, les maisons disparaissent et nous nous retrouvons dans le désert. Nous sommes toujours pourtant dans les limites administratives de la ville (qui ne sont indiquées par aucun panneau) avec une vitesse limitée à 50km/h. Malheureusement, un policier de brigade mobile me flashe à 69 km/h. Je ne conteste pas, il remplit les papiers et je m’attends à ce qu’il m’indique le montant de l’amende. Mais à la place, il conserve mon permis de conduire et me tend un papier qu’il faudra présenter au Tribunal de Police 4 jours plus tard afin de récupérer mon précieux document. En échange sans doute du paiement de l’amende. Le terme de Tribunal de Police fait un peu peur, mais il s’agit probablement d’un simple guichet administratif. Manifestement, il s’agit à la fois d’un système anticorruption en interdisant aux policiers de percevoir de l’argent et d’une garantie de paiement pour le gouvernement en obligeant à se présenter pour récupérer son permis, à l’instar des policiers mexicains qui dévissaient les plaques d’immatriculation des véhicules qu’ils verbalisaient. Il ne s’agit pas d’une suspension de permis, puisque je suis autorisé à circuler avec le papier qu’ls m’ont donné, mais c’est tout de même pénalisant.


    Changement de plans

    Cette immobilisation nous force à changer nos plans. Nous avions prévu de partir vers le nord du Chili et de quitter le pays avant l’expiration de l’autorisation de circuler de Roberto (ATV) 6 jours plus tard. Mais là, avec les 4 jours pour récupérer le permis, ça sera trop juste. Soit il nous faut demander une prolongation de l’ATV en cours, soit faire un aller-retour en Bolivie pour obtenir une ATV toute neuve. Nous avions déjà demandé pour la prolongation : celle-ci ne peut se faire qu’au bureau de douane qui nous a délivré le papier, celui de Patagonie. Mais il n’est pas obligatoire de retourner là-bas (heureusement !) cela peut se faire par courriel. Sauf qu’ils n’ont jamais répondu à aucune de nos 2 demandes. Il nous reste donc la solution de l’aller-retour en Bolivie. Le problème est que la frontière la plus proche, à 35 km de là, mais à 4500 m d’altitude, est fermée pour plusieurs jours en raison d’une tempête de neige annoncée. L’alternative est d’aller à celle d’Ollaguë, à 300 km de là, dans un secteur que nous n’avions pas prévu de visiter. Nous prenons la journée pour y réfléchir et nous remettre de nos émotions. Nous allons visiter le matin la forteresse de Quitor, datant du XIIe siècle, à l’époque où les Atacamas (premiers habitants) devaient se protéger des agressions extérieures avant d’être finalement envahis par les Incas au XVe siècle. C’est à l’état de ruines, mais le panorama vaut largement les efforts.

    L’après-midi, nous allons nous installer près d’une ancienne mine de soufre. Du jaune partout et une odeur familière certes, mais beaucoup d’immondices autour de nous et bientôt du vent fort, de la pluie et des éclairs : la tempête annoncée arrive ! Nous nous déplaçons de dessous notre arbre en attendant l’accalmie.

    La nuit ayant porté conseil, nous confirmons notre décision d’aller faire un bref saut en Bolivie pour renouveler l’ATV de Roberto. Cela nous redonnera beaucoup de liberté pour la fin de notre parcours chilien.


    Vers la Bolivie

    Nous partons vers le Nord-Est, nous rapprochant peu à peu de la frontière avec la Bolivie. La route ne cesse de monter mais s’avère spectaculaire : à droite une chaîne de volcans enneigés qui disparaissent peu à peu sous les nuages qui s’accumulent en noircissant peu à peu. A gauche, des plateaux arides dont la végétation rousse s’assortit à la couleur de la roche qui l’accueille. La circulation est très peu dense. Nous allons droit vers le mauvais temps, et une forte pluie s’abat bientôt sur nous. Générant aussi de grosses flaques sur la route assez irrégulière, qui nous font soulever de belles gerbes d’eau argilo-boueuse. Je ne vous dis pas l’état de Roberto à l’arrivée ! Nous parvenons en fin d’après-midi à Ollaguë, 3 660 m d’altitude, le poste frontière côté chilien. Une ville minière de style très far-west avec sa gare envahissante, ses maisons de bois, ses commerces quasi-inexistants. Mais du charme malgré tout. Nous décidons d’y passer la nuit et de franchir la frontière le lendemain matin. Il est prévu qu’elle ouvre à 8h30.


    Le chaos total de la frontière

    A 8h30 tapantes, nous nous présentons à la douane, nous étonnant au passage d’être seuls. Le douanier nous annonce que, en raison des conditions météorologiques, le côté bolivien n’ouvrira qu’à midi, et qu’eux vont en faire de même. Nous retournons en ville pour attendre et faire quelques photos, le soleil étant revenu. Cela dit, nous apprenons sur les réseaux que des torrents de boue ont traversé San Pedro de Atacama, que de nombreuses maisons ont été inondées. Nous avons bien fait de nous en échapper ! Nous déjeunons de bonne heure pour nous présenter à midi précis à la frontière. Mais l’ambiance n’est plus la même que ce matin : une file d’une soixantaine, peut-être d’une centaine de véhicules fait déjà la queue sur la route. Nous nous en voulons d’être restés tranquillement en ville alors que tout ce petit monde arrivait peu à peu dans la matinée. Nous aurions mieux fait de rester stationnés à la douane ! Bon, c’est fait, nous remontons l’immense file de camions jusqu’au dernier. Tout en apercevant au passage, à mi-distance, des minibus en double file à côté des camions. Nous faisons alors demi-tour, doublons la moitié des camions et allons nous installer derrière un pick-up arrivé entre temps. Une longue attente va commencer. Déjà nous n’allons pas bouger avant deux ou trois heures. La frontière est opérationnelle, mais pour les piétons seulement, et essentiellement ceux descendant des bus venant de Bolivie. De temps en temps, les poids-lourds à notre droite avancent aussi, par groupes de quatre ou cinq. Et puis c’est enfin notre tour. En fait c’est ce que nous croyions : seuls des gros 4×4 conduits par un seul chauffeur passent. Au bout de 3 heures, c’est enfin le tour des véhicules particuliers. Nous sommes envoyés 5 par 5 sous l’auvent de la douane. Autant dire que ça avance plutôt lentement. Là, nous nous retrouvons dans une queue impressionnante, mal organisée, avec 3 pauvres guichets pour tout ce monde. On nous fait changer de file plusieurs fois, c’est incompréhensible. Nous finissons tout de même par en sortir, avec le coup de tampon qu’il faut sur nos passeports, et allons déposer l’ATV de Roberto au bureau de la circulation. Nous quittons enfin le Chili. La douane Bolivienne est à 5 km de là, mais sera tout autant chaotique et désordonnée. Si la validation de nos passeports est plutôt rapide, l’établissement du permis de circuler pour Roberto va prendre 20 mn. Tout ça pour l’annuler le lendemain matin ! Nous entrons en Bolivie épuisés, après 6 heures de démarches au total pour franchir cette frontière qui avait plutôt réputation de simplicité. Peut-être ont-ils été débordés par une affluence inhabituelle liée aux intempéries, les deux autres points de passage étant fermés ? Le retour le lendemain va-t-il se faire dans les mêmes conditions ?


    Roberto libéré

    Tôt réveillés par un petit mal de crâne sans doute lié à l’altitude, nous nous insérons de bonne heure dans la file d’attente de la douane bolivienne. 1 heure avant l’ouverture en fait. Nous prenons tranquillement le petit déjeuner en observant la file de voitures s’allonger derrière nous. Des 4×4 tous couverts de boue, témoignant de la piètre qualité des routes boliviennes dans ce secteur. Et puis ça démarre. Les véhicules venant du Chili n’étant pas encore arrivés, les formalités vont aller assez vite. Nous quittons assez rapidement la Bolivie, après avoir annulé tout ce que nous avions péniblement obtenu la veille ! Il ne reste plus qu’à se reconstruire côté Chili. Là aussi, finalement, ça passe bien. Et, environ 1h30 après le début des formalités, nous voilà munis du précieux sésame pour Roberto, autorisé à circuler au Chili jusqu’à fin avril, largement plus qu’il n’en faut. Tout ça pour ça, pourrait-on penser, mais la pression qui retombe et la sensation de liberté qui la remplace font que nous ne regrettons déjà aucunement cette aventure. D’autant plus que nous allons, grâce au retour du beau temps, profiter encore mieux le fabuleux paysage de ce secteur.

    Nous nous arrêterons au bord d’un grand lac pour photographier des vigognes et des flamants roses. Et puis nous referons des courses dans un supermarché ouvert un dimanche après-midi (pour la douane il fallait que le frigo soit vide…). Et puis nous finirons au milieu du désert à une trentaine de kilomètres de San Pedro de Atacama. Où je devrais pouvoir récupérer mon permis le lendemain après-midi. En théorie…


    Delayed

    Arrivés à San Pedro, nous nous installons sur un petit parking à proximité du Tribunal de Police. Je m’y rends à l’ouverture à 14h30 (c’est un lundi). Alors que je m’attendais à une longue attente – un a priori sur la bureaucratie chilienne ? – je suis pris presque tout de suite. Je tends les papiers au guichet. On m’annonce le montant de l’amende avec d’après ce que je comprends un « discount » mais que le seul moyen de paiement du jour est un transfert bancaire. Autant dire la galère à partir d’un compte français. Mais on me dit aussi que le lendemain matin, tous les moyens de paiement seront disponibles… Qu’à cela ne tienne, Roberto est autorisé jusqu’en avril, je peux revenir demain ! De toutes façons, nous avons rendez-vous dans l’après-midi avec une famille française (un couple et 2 garçons de 5 et 8 ans) qui traverse en 2 ans l’Amérique du Nord au Sud dans un camion aménagé. Nous les suivions depuis un moment sur les réseaux et attendions le moment de les rencontrer à l’endroit où nous allions nous croiser puisque nous allions en sens inverse. Et ça c’est trouvé justement ici, à San Pedro de Atacama. Nous échangeons un bon moment sur nos aventures respectives et plus largement nos vies. La passion des voyages en famille cumulée avec la vie nomade est toujours agréable à partager entre initiés. Nous les quittons en fin de journée après l’apéro. Chacun de nous a réservé une soirée d’observation des étoiles avec une agence différente. Mais le ciel semble bien couvert ce soir. Parfois ça se dégage, parfois pas, nous verrons bien.

    Vous pouvez suivre le parcours de notre petite famille sur Polarsteps ou encore Facebook en cliquant sur les liens correspondants.


    La récup

    Retour sur la nuit d’hier soir : le ciel est resté couvert et la sortie a été annulée, pour nos amis comme pour nous. Ce sera pour une prochaine fois, en Bolivie peut-être. Dommage car les ciels étoilés exceptionnels de la région permettent normalement de belles observations, dans des ambiances souvent conviviales : pour compenser le froid nocturne on vous offre couramment Pisco Sour ou chocolat chaud… Allez, me revoilà au Tribunal de Police. Cette fois devrait être la bonne ! Je présente mes papiers. Il est possible de payer en carte aujourd’hui, mais pas ici… On me renvoie vers la mairie, à 500 m de là. Je m’y rends, je paye en carte, je retourne avec le reçu au Tribunal et l’on me rend enfin mon permis. Yesss ! Bilan de l’opération : 5 jours d’attente, 77 euros d’amende, mais un voyage libre dans le Nord du Chili grâce au nouveau permis de circuler de Roberto. Nous passons dire au revoir à nos amis français et reprenons la route du Nord.


    Du vert de gris à la coulée verte

    C’est reparti pour le plaisir de prendre son temps sur la route. Cela dit, à cause de nombreux travaux et des circulations alternées d’une longueur impensable en Europe (parfois plus d’une heure voire une demi-journée entre chaque sens de circulation), nous ne ferons que la moitié du parcours prévu. Un premier arrêt est pour la mine de Chuquicamata, inratable dans le paysage. Fierté du Chili, et pilier de son économie, elle a été la plus grande mine de cuivre à ciel ouvert du monde, phagocytant tout lors de son expansion sur plus de 5 kilomètres de longueur et 3 de largeur, même la ville qui l’a vue naître. La montagne des résidus de traitement du minerai qui en résulte est aussi gigantesque que multicolore. Contrairement à l’univers, elle n’est plus en expansion, l’exploitation se poursuivant désormais en souterrain pour cesser de polluer le voisinage, dont la toute proche ville de Calama, 165 000 habitants. Tout en consommant beaucoup d’eau dans l’une des régions les plus arides du monde. Paradoxalement, le cuivre produit participe à la transition écologique, où l’utilisation des éoliennes, de l’énergie solaire et des voitures électriques nécessite beaucoup plus de cuivre que lors de l’utilisation des énergies fossiles ou des véhicules thermiques…

    Après avoir parcouru plus d’une centaine de kilomètres sans voir la moindre végétation, nous jetons notre dévolu pour la nuit sur la coulée verte de l’une des très rares rivières qui traversent le désert d’Atacama : le rio Loa. L’eau est foncée, peu incitative à la baignade, mais le paysage et la fraîcheur qui en résultent rendent l’endroit apaisant et propice à un repos réparateur. Comme d’habitude, nous serons seuls sur le lieu.

    Et vous l’avez compris, ça n’est toujours pas la fin du désert, il nous reste à découvrir l’extrême nord du Chili, rarement visité par les touristes européens lambda. C’est-à-dire pas nous ! Alors à très bientôt !