Pour ce centième article du blog, nous rejoignons le Sud du Nicaragua. Tout aussi riche en paysages volcaniques que la précédente, avec des lacs de cratères et des volcans en activité, dont le célèbre Masaya où nous observerons pour la première fois un superbe lac de lave en fusion. Les villes aussi ont leur intérêt, de la capitale Managua et sa forêt d’arbres lumineux à son ancienne rivale Granada qui n’a pas besoin du miroir de son lac pour dire qu’elle est la plus belle, en passant par les Villages blancs, pas si blancs que ça. Un beau programme, non ?
Managua-la-forêt
C’est depuis le début de notre voyage l’un de nos plus jolis spots urbains pour passer la nuit. Nous sommes sur la Place de la Foi, en plein cœur de Managua, la capitale du Nicaragua. La place a été baptisée ainsi suite aux passages de Jean-Paul II dans le pays en 1983 et 1996, et est centrée par un grand obélisque en l’honneur du pape. Mais la particularité du lieu est liée à l’installation en nombre croissant d’arbres de vie, reproduisant le design créé par l’autrichien Gustav Klimt. Ces structures métalliques géantes, de 12 à 17 m de hauteur, déjà fort esthétiques dans la journée, s’illuminent merveilleusement la nuit.
D’étranges reflets sur les phares de Roberto…C’est que nous sommes garés au pied d’un arbre, ou plutôt d’une forêt……un des plus beaux endroits que nous ayons trouvé en ville pour passer la nuitMais le mieux, c’est le soir. Ces « arbres de la vie » s’éclairent tous les uns après les autreset plus le ciel s’assombrit, plus les arbres ressortent, y compris sur la carrosserie de RobertoA la nuit noire, quel spectacle ! A 22 000 $ l’arbre, ça peut !
Nous serions admiratifs sans réserves s’il n’y avait LA polémique. Dans l’un des pays les plus pauvres du monde, les détracteurs sont nombreux à dénoncer la multiplication dans toute la ville de ces structures à 22 000 $ pièce, 170 actuellement, et qui consommeraient 1 million de $ en électricité chaque année. Ils sont à l’initiative de la première dame du pays, également vice-présidente, connue pour d’autres excentricités comme la construction de patinoires dans un pays où la température moyenne est de 35°C, son allocution quotidienne de midi sur l’une des 4 chaînes gouvernementales, ou encore la récupération de la religion pour son propre compte. Elle est tantôt surnommée la sorcière, tantôt la seigneure des anneaux en raison de la trentaine de bagues qui ornent ses doigts. Le site elle.fr en fait une description éloquente ici. Ces arbres sont devenus la cible des manifestants dès lors que l’on veut toucher à la sécurité sociale ou aux retraites. 30 d’entre eux ont été abattus ainsi lors des émeutes de 2018. Plus efficace ici que de bloquer les dépôts de carburant ou les incinérateurs d’ordures.
Si la nuit a été calme, nous avons été réveillés au lever du soleil (5h30…) par une manif qui passait
Du coup le spectacle a un goût amer, tout en étant sublîme à la fois. Étrange sensation…
Le reste de la ville parait fade à côté, entre vieille cathédrale abandonnée suite à 2 tremblements de terre majeurs, grands bâtiments publics et statues en l’honneur de quelques personnalités dont le poète Ruben Dario mais surtout en l’honneur des révolutionnaires et du parti au pouvoir dont on peut même lire le sigle sur une colline voisine. Hollywood en version nicaraguayenne…
Une avenue de Managua, et encore des arbres de métalUne grande place quasi déserte, bordée de bâtiments publics, de statues et de la vieille cathédrale abandonnée pour cause de séismes à répétitionIci le palais du gouvernement… transformé en muséeUn peu de propagande ne fait pas de mal… Notez la signature sur l’afficheUn lac de cratère en plein coeur de la capitale. Théoriquement très couru par les habitants. Mais personne ce jour làLes couleurs et l’effigie de Sandino dominent la ville. Le char qui lui a été offert par Mussolini en personne aussi.Malgré tout un beau panorama de là-haut, malgré la brume. On voit nos fameux arbres en haut à gauche et les drapeaux de l’assemblée nationale à droiteQue ce soit sur une colline au loin ou sur les drapeaux qui flottent partout, le sigle du parti sandiniste est partout. Le Hollywood en version locale.Tiens, sauriez-vous déchiffrer cette inscription mystérieuse ?
Un lac de lave accessible au public !
Je ne crois pas qu’il existe beaucoup d’endroits au monde où de la lave incandescente est à la portée de non-vulcanologues comme nous. Malgré nos multiples voyages, jamais nous n’avions rencontré cette situation en tout cas. Et la cerise sur le gâteau est que l’accès est simplissime : une bonne route asphaltée mène directement au bord du cratère, à 600 m d’altitude. Aucun effort !
Par la route au-dessus, on arrive directement au bord du cratère Santiago du Volcan Masaya
L’entrée se fait en fin d’après-midi, pour un prix modique (compte-tenu de la rareté de la chose) de 10 $ par personne. Une jolie petite route serpentant entre les coulées de lave (la dernière date de 1999) mène d’abord à un petit musée donnant toutes les explications nécessaires, puis à un parking où des employés s’affairent à vous mettre en bonne place. Déjà, juste avant d’arriver, on aperçoit une fumée gris-orangée – elle a pris les couleurs du soleil couchant – s’élever au-dessus du bord du cratère. En s’approchant, nous constatons qu’elle sort d’une espèce de puits cylindrique, bizarrement sans odeur. Il faut dire que le vent souffle dans le bon sens, c’est-à-dire pas vers nous. Il est trop tôt pour voir la lave, alors nous allons faire une petite balade sur les cratères voisins.
Une belle route pour monter, un parking pile poil où il faut et de superbes volutes de vapeurMême avant la nuit, c’est déjà du grand spectacle que cet immense chaudron !Le temps que la nuit tombe, une petite visite au cratère San Fernando, celui par où tout a commencé ici
Une vingtaine de minutes après le coucher du soleil, les premières lueurs rougeâtres apparaissent au fond du cratère, variant en intensité selon la quantité de vapeurs. C’est déjà impressionnant, mais plus la nuit va s’installer, plus le lac de lave va devenir visible. Il est à une cinquantaine de mètres de nous environ, mais on voit bien les mouvements de la lave visqueuse, les fractures plus claires qui se forment. Aux jumelles, c’est encore plus fascinant.
Il ne reste plus qu’à reprendre notre petite route en sens inverse. Les gardiens du site, qui veillent sur l’accès 24h sur 24, autorisent les voyageurs nomades à stationner la nuit juste devant l’entrée, gratuitement qui plus est. Ils ne sont pas venus nous border mais c’était tout comme. Et pas besoin de raconter d’histoire ce soir-là, elle était dans notre tête.
L’enseigne lumineuse à l’entrée du siteP.S J’oubliais l’histoire de cet acrobate américain qui en 2020 a traversé le cratère sur un fil tendu au dessus du lac de lave. Moi ce que j’adore, c’est le gilet de sauvetage…
Roberto au château
Le portail de pierre ne déparerait pas dans un village médiéval français, mais une fois franchi, c’est une tout autre affaire. Roberto doit se mouvoir sur une route asphaltée qui a perdu plus de la moitié de son revêtement, heureusement pas très longue, et se garer tant bien que mal sur l’unique place au pied du château, par chance inoccupée. Le château lui-même, la Fortaleza El Coyotepe, n’a strictement rien à voir avec ceux de la Loire. Il s’agit plutôt d’une forteresse en béton érigée à la hâte en 1893 d’abord pour protéger la ville de Masaya des assaillants américains, avant d’être récupérée ensuite par le régime du dictateur Somoza pour incarcérer et torturer ses opposants. Une courte visite guidée nous permet d’imaginer cette période terrible, où des personnes emprisonnées pour leurs seules opinions politiques pouvaient être enfermées en nombre dans des cellules sombres, voire totalement privées de lumière pendant des périodes pouvant aller jusqu’à cinq ans. Roberto et nous en sommes repartis tout tremblants. Et pas seulement à cause des trous sur la route.
Nous avions envie de voir un château, mais rien à voir avec ceux de la LoirePlusieurs centaines de prisonniers politiques ont été incarcérés ici, dans des conditions épouvantables, sous le régime de Somoza. Cachots infâmes, salles de torture, sang sur les murs, la visite a de quoi émouvoirHeureusement un beau panorama en guise de bouffée d’oxygène !Bon, nous sommes allés voir un château au Nicaragua…
Les villages blancs
C’est un petit groupe de villages dans la région du volcan que nous venons de visiter. Appelés ainsi en raison de la teinte initiale de leurs murs qui ont largement repris depuis les couleurs vives du pays. Chassez le naturel, il revient au galop. En tout cas le blanc était rare, touriste compris. Rien qu’à Catarina, village d’horticulteurs dont les productions multicolores inondent joliment les rues et dont les « miradors » donnent sur le bleu intense du Lac Apoyo. Ses voisins ont tous leur particularité, de ceux spécialisés dans la fabrication des chaises à bascule, d’objets en osier ou de poterie à celui qui s’enorgueillit d’avoir vu naître le « sauveur de la nation » Augusto Sandino, parti en guerre contre les occupants américains avec seulement 29 hommes. Il a fini par gagner, tout en perdant la vie, deux bonnes raisons pour que sa popularité soit au sommet et que les drapeaux rouge et noir de son parti flottent encore largement dans tout le pays. Y compris dans les villages blancs.
Certes la fleur du frangipanier, fleur nationale du Nicaragua, est d’un blanc éclatant. Mais c’est bien la seule. Le premier village blanc, Catarina, est la ville des horticulteurs, c’est dire si les rues sont colorées !Quant au Lac Apoyo, un lac de cratère, c’est un oeil bleu qu’il partage avec ses villages blancs riverainsEt si, à gauche nous sommes loin de la semaine du blanc (c’est courant ici que les boutiques de vêtements s’étalent sur les façades des bâtiments), à droite ce sont plutôt les couleurs rouge et noir de la bannière sandiniste qui envahissent les villages « blancs »
Granada, une des plus belles villes coloniales d’Amérique centrale ?
C’est ce qu’en dit notre guide en tout cas, mais rien ne vaut la vérification par soi-même. Déjà la ville a une histoire tumultueuse. Fondée en 1524 par les Espagnols, elle se développa rapidement, du fait d’une position géographique favorable pour le commerce, entre le grand Lac Nicaragua et l’Océan Pacifique. Devenue riche, elle attira malheureusement la convoitise des bandits en tous genres, dont de nombreux pirates qui l’ont occupée tour à tour, l’incendiant à chaque fois qu’ils en furent chassés. Mais la ville est résiliente et, si elle a laissé quelques plumes, comme la perte de sa fonction de capitale ou les traces de fumée sur les façades de ses églises, elle s’est à la fois reconstruite et maintenue. Ce qui nous laisse aujourd’hui un grand nombre d’édifices de style colonial en bon état, des rues larges et colorées à souhait, une ambiance paisible à part peut-être celle du marché, et pratiquement sans touriste occidental, ce qui la distingue d’autres villes de charme comme nous avons pu en voir au Mexique mais dénaturées par le tourisme excessif. Ici pas de magasins de souvenirs ou de bars à gogo(s), pas d’agressivité des marchands, pas de conversations anglo-européennes dans les rues. Nous nous sommes sentis en pleine immersion, et ça nous adorons.
Il ne faut pas se laisser influencer par le marché en pleine rue passante et très animé,
…au point que ces bus ont du mal à se frayer un chemin dans la foule. Et remarquez à la fin de la vidéo de gauche ce commerçant qui remet sa marchandise à vendre sur la route après le passage du véhicule
Vraiment, je n’aimerais pas être à la place de cet agent de circulation !Les tickets de loterie sont vendus en plein marché à l’aide de conseils numérologiques ou astrologiquesMais toutes les rues de Granada ne sont pas si agitées, c’est même plutôt le contraire. La plupart sont très calmes, larges et coloréesOn ne se contente plus d’une couleur différente par façade, le bi-ton est de rigueur. Et les fenêtres grillagées sont la règle ici, tandis que la végétation urbaine reste assez présente malgré la chaleur et la sècheresseLes guides n’en faisaient pas mention, mais nous avons bien aimé cette Capilla Maria AuxilliadoraLa façade ne laissait pas supposer une aussi riche décoration intérieureJe me suis demandé pourquoi, alors que la lumière naturelle était généreuse, ce tableau derrière l’autel était allumé en permanence. Eh bien la réponse était dehors. Regardez la main du petit Jésus !Entre autres situations dangereuses, nous avons été effarés de voir ce jeune garçon enrouler le fil de son cerf-volant (la petite tache près d’un fil du poteau de droite) si près des lignes électriques, tandis qu’à droite, dans l’escalier du campanile que nous grimperons juste après, les fils de courant plus ou moins rafistolés au scotch longeaient la main courante !Le campanile, c’était celui de cette jolie église ci-dessus, richement décorée elle aussi. La grimpette permettait d’apprécier la ville de haut, avec ses toits en tuiles et le volcan Mochambo au fondUn petit jardin superbement aménagé aux pieds de l’égliseA gauche, la façade de l’église de la Merced, noircie par les incendies à répétition. A droite, la façon singulière ici de disposer les tuiles …sur de la tôle !Nombreux bâtiments coloniaux autour du Parque Central, quelques calèches pour touristes mais peu ou pas de touriste dedansLa cathédrale de Granada, fermée à l’heure de notre passageLa mosaïque du patio de la Casa de los Tres Mundos, peu parlante à hauteur d’homme mais si différente vue de haut ! Cette fondation expose des oeuvres contemporaines et possède des ateliers de peinture et une école de musique.Une grande rue piétonne qui part de la cathédrale. Ce n’est pas vraiment la cohue. Nous y avons tout de même déniché un petit restaurant. Pas celui de l’Hôtel Dario qui n’en possédait pas, sinon ça nous aurait bien tentés !Terminons par ce double duo, un mignon câlin des chevaux d’une calèche et les 2 bières les plus typiques du Nicaragua
C’était une belle façon de terminer notre visite du Nicaragua. Un pays plein d’attraits que nous sommes ravis d’avoir découvert. Mais nous avons hâte de rejoindre demain le Costa Rica, d’une part pour le plaisir de changer de pays et d’autre part pour retrouver un peu de fraîcheur en prenant de l’altitude, car en ce dernier mois avant la saison des pluies, les températures très élevées dans la journée, tombant à peine le soir, commencent à nous peser.
Fin du parcours au Nicaragua. Version zoomable ici
Nous avons fait une petite boucle vers l’ouest, passant par Guadalajara, la seconde ville du Mexique, Tequila, qui nous paraissait incontournable culturellement et gustativement, Pazcuaro, le fief du peuple Purépecha, Tzintzuntzan, la ville où passent les colibris et Morelia, la capitale rose de l’état du Michoacan. Au passage nous aurons ascensionné le plus jeune volcan du monde et renoué avec la randonnée équestre. Que du bonheur !
Nous sommes maintenant dans l’état de Jalisco
Moi qui suis le jeune curé…
Partout dans le Mexique on voit des statues, des rues, des musées, des plaques commémoratives et des portraits au nom de Miguel Hidalgo, un écclésiastique peu orthodoxe qui libéra le Mexique de l’emprise hispanico-française.
Miguel Hidalgo, le curé mercenaire
Ordonné prêtre à l’âge de 25 ans, il remettait déjà en question la tradition catholique, jugeant les intérêts de l’église plus politiques que religieux. Il lisait les livres censurés, jouait, dansait, donnait des réceptions somptueuses menées par sa maîtresse dont il eut 5 enfants. Il avait aussi été accusé de détournement de fonds au début de ses fonctions… Il finit par être convoqué par l’église mais, faute de preuves suffisantes, il fut simplement muté dans une petite ville, Dolores, qu’il développa économiquement (ce n’était pas vraiment sa fonction) et surtout qu’il rendit célèbre en y poussant en 1810 son « cri pour l’indépendance ». Aimé de ses paroissiens, il n’eut pas de mal à les convaincre de se lancer avec lui dans son combat. Les Espagnols évidemment l’excommunièrent mais cela ne fit qu’attiser les braises du soulèvement. Alors ils le firent prisonnier puis le fusillèrent et exposèrent sa tête pendant 10 ans au coin d’une rue de Guanajuato. Mais tout se passa comme si la tête du prêtre continuait de guider le peuple : le Mexique devint indépendant en 1821 et voue depuis lors une admiration sans faille à Miguel Hidalgo, considéré comme le « père de la patrie ».
Il est représenté partout, comme au milieu de cette fresque,ou encore ici sur les billets actuels de 1000 pesos
La communauté vous remercie
C’est le message qui figure sur le mail que m’adresse l’équipe de Park4night après que j’aie inscrit un nouveau lieu dans leur base de données. Ce qui honnêtement n’a pas été très difficile puisque dans la ville concernée, Guadalajara, la seconde ville du Mexique après Mexico, une seule autre adresse était référencée. C’est que Park4night, curieusement, n’est pas encore très développé au Mexique, ni en Amérique en général, largement devancé par un concurrrent qui à l’inverse est peu utilisé en Europe.
Park4night l’application n° 1 des camping-caristes européens
Pourtant j’aime bien Park4night, pour l’avoir largement utilisé à nos débuts en vie nomade, parce que l’application est très ergonomique et que, bien que française, chacun peut s’y exprimer dans sa langue natale (la traduction est accessible en un clic), ce qui reflète bien l’état d’esprit européen. Chez la concurrence, il est plutôt malvenu de s’exprimer autrement qu’en anglais. Alors, depuis que je suis en Amérique et que je cherche un spot, je consulte systématiquement les 2 applications. Et comme Park4night est moins fournie, les endroits indiqués auront moins de risque d’être envahis ou pris en haine par les locaux pour utilisation abusive.
Elle recense les points d’intérêt ajoutés par les utilisateursComme ce parking sécurisé référencé par mes soins
Chercher de nouveaux endroits et ne pas se contenter des applis que tout le monde a, est aussi une démarche excitante, qui a le vrai sens du mot « aventure » (notion d’inconnu) que beaucoup emploient à tort en ne fréquentant que des lieux préalablement déterminés par d’autres.
Alors, voyageurs d’Amérique ou d’ailleurs, êtes vous prêts à vous engager à chercher et publier un nouveau spot sur Park4night, ne serait-ce qu’une fois ou deux par mois ?
Pause jeux de mots laids
Une pou-ponnière ?
Roberto, notre monstre sacrée
Les « évènements » de Guadalajara
Nous avons fait étape deux nuits et une journée dans la seconde ville du Mexique après Mexico, Guadalajara, comptant 4,3 millions d’âmes dans son agloomération. Le centre historique possède encore un caractère colonial marqué, avec des bâtiments publics massifs, des grandes places arborées, de nombreuses églises toujours très fréquentées, etc. Il est assez étendu et il faut bien une journée pour le parcourir. Davantage si l’on souhaite explorer l’intérieur des édifices, encore que.
L’enseigne de la ville, squattée par un touriste
Car nous avons peut-être joué de malchance, mais pas mal de monuments étaient fermés, parfois de façon prévisible (le guide nous prévenant que les horaires n’étaient pas toujours respectés), parfois pour travaux (dans deux musées, nous n’avons pu visiter que 10% des salles, le reste étant soi-disant en rénovation), mais à plusieurs reprises en raison d’ »évènements » dont on nous a parfois donné la durée – de un jour à une semaine – mais jamais donné l’explication. A noter aussi que dans la ville, malgré notre visite un jour de semaine, de nombreuses boutiques semblaient fermées, mais de façon variable selon les quartiers.
Le « Temple Expiatoire du Saint Sacrement » et ses apôtres qui sortent prendre l’air toutes les heures
Nous retiendrons de cette ville les 12 apôtres du Temple Expiatoire du Saint Sacrement, qui sortent du clocher faire un petit tour toutes les heures au son du carillon, les deux flèches bleu et or de la cathédrale, l’immense théâtre de style néo-classique, l’omniprésence des fresques de Jose Clemente Orozco dont nous n’avons pourtant pas apprécié le côté sombre, les curieuses calèches électriques qui baladent sans cheval les touristes (heureusement, quelques vraies hippomobiles restent en circulation), et notre petit restaurant du midi, en balcon au-dessus de la Place des Armes, ou nous avons dégusté un plat de poisson tout en écoutant de la musique populaire mexicaine et en observant les passants.
La Place des Armes et sa belle cathédraledont voici l’intérieurDes portraits sur livres (Guadalajara serait la « capitale du livre 2022 »)dans l’enceinte du Palais du Gouverneur, dont on admire architecture et fresquesLe théâtre…Pause restaurationDeux musées à moitié fermés dédiés au muraliste local Jose Clemente OrozcoOn n’aime pas trop en fait, mais chut ! les mexicains en sont fiersPetites fantaisies dans la rue pour finir. Au moins, pas de risque de fermeture pour ces attractions là
Pause ravitaillement
Non ! 25 centimes le litre d’essence ?
Sauf que, l’aspect de la pompe le confirme, elle a cessé de fonctionner en 1940… Dommage !
Le chocolat, un produit de luxe au Mexique !
Les tablettes sont, dans certains magasins, sous double emballage et munies d’un badge antivol. Nous en avons même vu sous cassette plastique comme pour les DVD.
Tequila
Aah, boire de la téquila à Tequila, c’est comme boire du Cognac à Cognac, du Bordeaux à Bordeaux ou du rhum à … euh non ça ne marche pas pour celui-là… Enfin bref, ça laisse un souvenir impérissable, gustativement et olfactivement lié à l’ambiance du lieu de consommation, surtout s’il coïncide comme pour nous avec le lieu de fabrication.
Sur la route de Tequila, les plants d’agave couvrent l’horizonOn en trouve partout, au bord des chemins de terre comme de fer
Nous avons pu en effet visiter l’une des nombreuses distilleries de la région, dénommée La Cofradia (trad. La Confrérie), une entreprise familiale qui produit de la tequila depuis plus de 50 ans. Elle se démarque des autres par son intérêt pour la préservation de l’environnement (récupération des fibres d’agave pour produire la vapeur nécessaire à la cuisson des ananas ou bien pour fabriquer des briques), un respect de la méthode traditionnelle, la fabrication sur place des bouteilles en céramique ou en verre soufflé. Nos connaissances sur le processus de fabrication n’étaient que théoriques. Nous avons pu les mettre en pratique en assistant à toutes les étapes, de la cuisson des ananas d’agave bleue à la distillation, en passant par le broyage et la fermentation. Nous avons dégusté la tequila à plusieurs étapes : fraîchement sortie de la 2nde distillation, blanche (embouteillée sans conservation), reposée (11 à 12 mois en fût) et vieille (2 ans ou plus en fût) et en margarita (tequila, jus de citron, glace pilée dans un verre glacé au sel et au piment).
Après 8 a 10 ans de culture, les « ananas » d’agaves sont récoltés et transportésjusqu’à l’usine, que nous visitons en pleine activitéL’agave y est cuite à la vapeur dans des fours, puis broyée pour en extraire le jus,lequel est mis à fermenter pendant quelques jours. Vous n’imaginez même pas l’odeur !Vient ensuite le temps de la distillation, puis du vieillissement, en tonneaux français s’il vous plaîtPour l’embouteillage, la distillerie fabrique ses propres flacons en céramique,mais aussi des bouteilles en verre souffléNous terminons bien entendu par la dégustation de tequilas pures ou en margarita¡Salud! comme on dit là-bas !
Histoire de ne pas reprendre la route de suite, nous avons visité l’hôtel de la propriété, où l’on dort dans de grands tonneaux entourés de plants d’agaves, avec peut-être un petit shot de tequila sur les tables de chevet. L’immersion quoi.
L’hôtel sur place, avec ses chambres-tonneaux au milieu des agavesUne grande traversée nous amène dans l’état de Michoacan
A l’assaut du volcan Paricutin
Nous sommes partis sur les pentes de l’un des plus jeunes volcans du Monde, le Paricutin, âgé d’à peine 80 ans. Il est né là, au Mexique, le 20 février 1943, au beau milieu d’un champ de maïs, sous les yeux de son propriétaire qui n’en revenait pas. D’abord la terre qui tremble, puis des fumerolles et de la lave qui sort. Un an après, le volcan atteignait 410m de hauteur et les coulées de lave avaient englouti 2 villages voisins. Seule une église émerge encore partiellement de ces blocs noirs et monstrueux et l’autel préservé par miracle est régulièrement fleuri par les locaux. Le volcan est maintenant calmé et s’ascensionne. Le sentier pour arriver à sa base fait 12km (il faut contourner 20km2 de lave !) et nous avons préféré parcourir la distance à cheval, ayant un excellent souvenir de notre première à Real de Catorce. Nos montures nous ont amené dans un chemin de roches et de sable volcaniques auprès du dernier cratère, dans un environnement de fumerolles, de bouches émettant une vapeur brûlante et de roches chaudes tachées de soufre. De là, il faut encore grimper jusqu’au sommet du volcan. C’est pentu et difficile car les roches roulent sous les pas, mais une triple récompense nous attend au sommet : le panorama splendide sur les environs bien sûr, une vue plongeante sur l’immense caldera entourée de fumerolles, et une coulée de sable rectiligne que l’on descend « en ramasse » et qui permet de rejoindre agréablement et sans effort en 2mn le point de départ quitté 40mn auparavant. Le retour passe par la visite de l’église partiellement ensevelie, un grand moment également. Pour les intéressés, la balade de 7 heures dont 5 à cheval revient à 34€ par personne, guide juste pour nous deux compris ! Quand vous lancez-vous ?
Le volcan Paricutin à l’aube. Cherchez les fumerollesRoberto bien garé sous les sapins de l’observatoire,nous enfourchons nos montures et partons à l’ascension du volcanVous ne me trouvez pas un petit air de Lucky Luke ?2 heures 30 plus tard, nous sommes au pied du volcan. Ça fume de partout !La randonnée se poursuit à pied dans les champs de lave, les éboulis chauds et tachés de soufre, les bouches de vapeur brûlanteLe guide explique à Claudie que son père a vu naître le volcan il y a 80 ansAscension finale. On devrait théoriquement suivre les flèches, mais le guide part tout droit…Au sommet, une superbe caldera encore toute fumanteet bien entendu un panorama splendideLe chemin du retour, c’est cette grande balafre sur la montagne !Et c’est encore plus impressionnant vu den haut. Mais pas le temps de réfléchir, on suit le guide !Descente en « ramasse », en 2 mn chronoIl est temps de reprendre nos monturespour aller voir l’église partiellement ensevelie sous 14 m de laveSeul l’autel en a réchappé et reste très vénéréUn petit en-cas et retour au parkingUne journée mémorable, vraiment
Pause minimalisme
Le minimalisme est une des clefs de la vie nomade : se limiter à l’essentiel pour occuper le moins de place possible et être léger
Alors là, quand on voit ce gars installer à demeure dans son coffre cette enceinte monstrueuse, on est choqués. Mais chacun son truc.
Le village des purépechas
Au pied du volcan, le village qui en permet l’accès s’appelle Angahuan, ce qui signifie justement « au bas de la pente » en langue purépecha. Du nom du peuple qui y habite, des amérindiens qui étaient là bien avant les Espagnols et qui ne se sont pas laissés envahir. Ils ont gardé du coup une grande partie de leurs traditions. Les deux plus flagrantes sont les jolies tenues aux couleurs éclatantes que portent au quotidien les femmes, et les messages de bienvenue et de santé publique diffusés plusieurs heures par jour sur des haut-parleurs. Vivant essentiellement de l’agriculture (avocat et maïs surtout) et de l’artisanat (poterie, vannerie, sculpture sur bois, tissages, etc.) ils sont d’un niveau économique modestes. Nous avons beaucoup aimé nous balader dans ce village aux rues mi-pavées mi-en terre, aux boutiques sommaires, où règne une animation tranquille. Les gens nous abordent facilement dans les rues et sont toujours agréables, comme presque partout au Mexique. Les poules, les chiens et les chevaux sont partout dans les rues, peu effrayés par les rares voitures. Nous avons visité une jolie petite église datant du XVIème siècle, construite en pierre et en pisé, dotée d’une belle arche de pierre finement sculptée autour de son entrée principale, mélangeant des motifs islamiques, chrétiens et amérindiens (autant ratisser large pour attirer les fidèles). Au centre du retable trône St Jacques l’Apôtre, saint patron du lieu.
Deux rues typiques d’Angahuan, le village purépechaLes véhicules sont rares, mais les chevaux sont communs (et beaux !)J’aime beaucoup cette continuité entre les guirlandes et le linge qui sècheLa petite église toute en pierre au portail joliment sculpté mélange les styles mauresque et amérindienSaint Jacques l’Apôtre, saint patron du lieuPour finir quelques jolies mozaïques mexicaines représentant les Purépechas
Pour en savoir plus sur les traditions des purépechas, lire cet article bien documenté.
Pause joies du GPS
500 mètres avant l’arrivée à notre destination, le GPS nous fait prendre un petit chemin de terre. La chose étant assez commune au Mexique, nous ne nous inquiétons pas, jusqu’à ce dernier virage à seulement 137 mètres du but où le chemin se resserre franchement. Je descends tout de même voir si en roulant un peu sur l’herbe on pourrait franchir ce dernier virage, mais je tombe sur ÇA (voir photo ci-dessous). Il faut me rendre à l’évidence et enclencher la marche arrière !
L’embarcadère pour l’île de Janitzio
Après la petite mésaventure précédente, nous avons finalement trouvé ce que nous cherchions, l’embarcadère San Pedrito, d’où partent les week-ends les bateaux pour l’île de Janitzio. Nous étions surtout intéressés par le grand parking gazonné et calme qu’ils mettent à la disposition des visiteurs, sans vérifier s’ils embarquent ou pas. Nous nous y sommes trouvés si bien que nous y avons passé 2 nuits. Nous y avons rencontré juste avant de partir des voyageurs que nous avons cru Français d’après l’immatriculation de leur camping-car. Mais Eric et Nancy sont Belges, émigrés en Namibie …et grands voyageurs autour du monde. Ils ont simplement acheté leur véhicule à des Français avant de traverser l’Altantique en cargo avec. Nous avons bien échangé nos tuyaux, nos parcours, nos téléphones et nous nous suivrons désormais, comme d’autres voyageurs rencontrés en route. La communauté s’aggrandit !
Notre parking sympathique et l’embarcadère San PedritoLes bateaux attendant leur cargaison de touristesqui commencent tout juste à arriver. Très attendus par les marchands de souvenirs.
Pittoresque Patzcuaro
Lorsque les Espagnols ont envahi le nouveau monde, la ville de Patzcuaro existait déjà, créée et habitée par les Purépechas, dont la religion n’avait rien à voir avec le christianisme. C’est pourquoi la grande place centrale fait exception au Mexique : c’est la seule du pays, et pourtant elle est de belle taille, à n’être pas bordée par une église ou une cathédrale. Bien sûr les colonisateurs et leurs fusils ont imposé la religion chrétienne, et la ville comporte plusieurs lieux de culte intéressants, mais l’attrait de la cité est ailleurs : d’une belle unité architecturale, elle est faite d’un quadrillage de rues pavées (le plus souvent de pierres volcaniques) bordées de maisons d’un ou deux étages aux toits de tuiles et poutres apparentes et aux murs d’adobe rouge et blancs, du plus bel effet. L’harmonie est également dans les enseignes, toutes peintes directement au-dessus des commerces et volontiers illustrées. La ville était noire de monde le dimanche de notre passage, en raison d’une fête religieuse combinée à une foire au chocolat et au vin, et peut-être aussi à cause du marché très achalandé dont nous n’avons pas su si c’était le seul jour d’activité dans la semaine. En tout cas, si les touristes étaient nombreux, ils nous ont semblé exclusivement mexicains.
Patzcuaro et son architecture singulièreDerrière les facades rouges et blanches, d’adorables patiosDes petites mammies y vendent un artisanat de qualitéSur la place centrale, c’était l’effervescence, malgré la pluieLes arcades autour faisaient le pleinEncore de belles maisons en adobe et toits de tuilesJ’oubliais aussi ce marché très animé. Au fait, connaissez-vous ces fruits à gauche ?Les rois de la cavale……et les reines de la pluie !
Tzintzuntzan
Le nom de cette petite ville est aussi exotique que sa signification : le pays des colibris. Si notre guide papier tente de nous faire croire que c’est parcequ’il y en a eu beaucoup autrefois et que devant leur disparition la municipalité fleurit la ville pour les faire revenir, si l’encyclopédie en ligne qui commence par Wi et finit par dia se contente de donner la signification mais pas l’explication dans sa version française, j’ai dû pour comprendre chercher la version espagnole de ladite encyclopédie. On y apprend que les colibris étaient des messagers pour les dieux du panthéon purépecha, qui communiquaient ainsi entre eux depuis les 5 temples et les 5 pyramides qui leur étaient dédiés. Il s’agissait donc de colibris divins, autant dire que les fleurs du guide ont peu de chance de les attirer. Et puis les dieux sont possiblement allés voir ailleurs, depuis que les Espagnols ont cassé les pyramides des Purépechas qui s’étaient gentiment rendus en espérant le contraire. Vous verrez sur les photos ce qu’il reste de ces étranges pyramides à base ronde.
Tzintzuntzan le pays des colibris et des yacatas (le nom donné aux pyramides locales)
Sinon Tzintzuntzan (essayez de le prononcer 10 fois de suite et vous comprendrez pourquoi nous avons trouvé un nombre inhabituel de gens porteurs d’appareils orthodontiques) est une ville agréable, avec un grand marché d’artisanat ou l’art de la vannerie excelle plus que tout autre, avec les oliviers pentacentenaires du jardin du couvent franciscain, rivalisant en taille de tronc avec les séquoias vus en Californie.
mais aussi le pays de la sculpture sur boiset surtout de la vannerieOn aimerait tout rapporter, même les oliviers !
Pause sculpte moi une maison
Au Mexique, on aime bien les arbres ronds, carrés, rectangulaires, et pourquoi pas en forme de maison
Morelia
Pourtant classée au patrimoine mondial de l’humanité pour ses 250 monuments historiques de pierres roses mélangeant adroitement de nombreux genres architecturaux, dont 21 églises, 20 monuments administratifs, 1 acqueduc de 253 arches, Morelia ne nous a pas transcendés. La grande taille du centre historique y était peut-être pour quelque chose. Nous n’avons pas réussi à ressentir l’âme de la ville, comme cela est régulièrement arrivé précédemment. Reconnaissons tout de même avoir vu quelques splendeurs, comme l’enchevêtrement de dorures et de roses sur les murs et plafond du Sanctuaire de la Vierge de Guadalupe, les fresques géantes et les patios du Palais de Justice et du Palais du Gouverneur, les 22000 livres de la bibliothèque universitaire installée dans un ancien temple.
Les lettres géantes de Morelia, la capitale de l’état de MichoacanLa ville est inscrite au patrimoine de l’Unesco pour son architecture particulièreUn bel aqueduc de 253 arches. Et le sanctuaire de la Virgen de Guadalupe, si banal à l’extérieur,mais si richement décoré à l’intérieur !Le Palais du Gouverneur est décoré de fresques racontant l’histoire de la ville mieux qu’un livreEt en parlant de livres, la bibliothèque universitaire c’est tout un poème !
Nous avons découvert aussi à Morelia un autre curé mercenaire, héros de la lutte pour l’indépendance mexicaine, représenté partout la tête recouverte d’un bandeau de pirate, à qui on aurait volontiers confié les commandes du Black Pearl. Au fait, je ne vous ai pas dit son nom : c’est Jose Maria Morelos. La ville a préféré abandonner son ancien nom de Valladolid pour prendre le sien.
Statue équestre de Jose Maria Morelos et moultes peintures à son effigie dans les bâtiments publics
Nous allons bientôt rejoindre l’état de Mexico, car là-bas, dans quelques endroits précis, les papillons monarques arrivent en masse depuis le Canada ou les USA pour passer l’hiver au chaud. Nous avons hâte de vivre ça, et bien sûr de vous le raconter, c’est promis !
Après débat sur la suite de notre itinéraire, nous décidons d’éviter la Basse Californie, province mexicaine envahie de touristes principalement américains qui viennent passer ici l’hiver au chaud. Prix en dollars, foules sur les plages, restaurants de burgers, ce n’est pas le Mexique que nous attendons. Nous entrerons dans le pays par la province de Sonora. Cela implique de repartir un peu vers l’Est pour terminer notre périple américain. Tant mieux, il y a plein de choses à voir !
The Joshua Tree
Ce titre sonne double. A la fois comme l’un des albums les plus célèbres du groupe irlandais U2, celui qui a lancé leur carrière aux USA, mais aussi comme cet arbre mythique qui n’en est pas un (c’est un agave arborescent) et qui peuple le parc national américain éponyme. Le spécimen qui figure sur le disque, contrairement à la légende et à ce qu’affirme France Info (ne croyez pas aveuglément ce qu’ils racontent), n’a pas été photographié dans le parc national Joshua Tree mais dans celui de Death Valley. L’endroit était resté tenu secret, mais c’était sans compter sur la ténacité d’un fan qui l’a découvert en 2003, 16 ans après la sortie de l’album. Arriva ce qui devait arriver, l’arbre fut vandalisé à la tronçonneuse avant de mourir. Dommage parce que les Arbres de Josué peuvent vivre plus de 500 ans.
Roberto au Joshua Tree National ParkJoshua Tree c’est d’abord un album de U2mais aussi des arbres étonnantsnommés d’après le prophète Josué et doués de multiples propriétésIls vivent en moyenne 150 ans mais parfois plus de 500 !
Nous avons visité ce super parc où des milliers de ces « arbres » étonnants forment une vraie forêt à perte de vue. On y trouve de belles formations rocheuses et, à une altitude plus basse, un champ immense de Cactus de Cholla, aussi appelés « Teddy Bear Cactus » du fait de leur ressemblance avec la célèbre peluche. Mais pas touche ! Les épines sont nombreuses et tenaces. Malgré la mise en garde très nette sur plusieurs panneaux d’information du site, une visiteuse (adulte, je précise) n’y a pas cru. Elle n’arrivait même pas à retirer le morceau entier de cactus planté dans sa main quand nous sommes partis, peut-être qu’elle est encore en train d’enlever des épines.
Plus ils sont vieux, plus ils ont de bras et de fleursL’environnement minéral vaut également le déplacementavec des formes qui stimulent l’imaginaireLe mélange des deux est spectaculaireUn peu plus bas dans la vallée on trouve des cactus « nounours »Des champs de cactus « nounours » en fait…Mais attention de ne pas les prendre dans les bras !Ah, et Roberto a eu un instant un rêve de couleurs vives. Mais on lui a rappelé qu’on avait choisi la sienne pour la discrétion
Sale temps pour la mer Salton
Mer bleue, sable blond, soleil généreux, température élevée : le cocktail idéal pour des stations balnéaires de luxe ? C’est ce à quoi ont cru les promoteurs immobiliers en construisant à tout va sur des terrains désertiques qui ne valaient rien autour d’une « mer » créée par erreur suite à la rupture d’un barrage sur le Colorado en 1905. L’eau s’est alors répandue dans une vaste cuvette de 55 km de long sur 20 de large, 69 mètres sous le niveau de la mer, à quelques dizaines de kilomètres de Palm Springs. Et au début tout a fonctionné comme prévu. Tout le gratin de Hollywood est venu là en vacances, dans des stations prestigieuses comme Salton City ou Bombay Beach, mais aussi les campeurs, les baigneurs, les pêcheurs, etc.
La Mer de Salton
Mais c’était sans compter qu’en l’absence d’alimentation naturelle, l’eau n’était plus renouvelée que par la faible pluviosité naturelle de la région, pluie qui entraînait au passage tous les polluants qui traînaient et qui aujourd’hui atteignent des concentrations dangereuses. Avec en plus une salinité qui ne cesse de croître, les poissons meurent en masse et une odeur désagréable permanente a fait fuir tous les habitants qui en avaient les moyens. Seuls restent de vieilles caravanes déglinguées, de vieilles enseignes rouillées et des routes inondées. Le rêve est fini. La mer est presque morte. Comme l’autre.
Au premier abord, ça présente bien…mais la réalité est tout autre !Vestiges de béton sur la plage et rue du front de mer inondée,carcasses de voitures aux pneus crevés, mobile homes effondrés, etc. Le rêve est terminé !
La montagne du salut
Au beau milieu du désert, un panneau et un vieux camion multicolores. C’est là.
La foi de Léonard était grande comme une montagne. Elle débordait tellement qu’il en a FAIT une montagne. C’est là, devant nos yeux, au beau milieu du désert. Une sorte d’église en argile et paille recouverte d’une débauche de motifs et de slogans multicolores. On y trouve même une grotte et la silhouette d’une montgolfière couchée, symbole de celle qu’il a toujours rêvé de construire, d’abord pour lui puis pour les habitants de Slab City, le squatt du désert voisin. Mais chacune de ses tentatives s’est soldée par un échec. C’est en consolation qu’il aurait décidé de leur bâtir un petit bâtiment avant de partir. Ce qui ne devait durer qu’une semaine aura pris 30 ans ! Leonard avait prévu d’habiter dans cette montgolfière, mais jusqu’à la fin de ses jours (il est décédé en 2014) il a préféré rester dans son camion de pompiers aménagé. Comme on le comprend !
Si le personnage ou le lieu vous rappellent quelque chose, c’est peut-être bien grâce à la scène qui lui a été dédiée par le réalisateur Sean Penn dans le film culte Into the Wild. A voir ou revoir.
Entrée, plat, désert
Nous en avons terminé avec la Californie. Nous nous dirigeons maintenant vers l’Arizona et il fait de plus en plus chaud et sec. De là à regretter la grisaille de la côte ouest, tout de même pas ! Plus nous avançons et plus la végétation se raréfie, au point de disparaître complètement : il ne nous reste plus que du sable et des dunes. Un joli spectale derrière notre fenêtre pour la pause déjeuner. Le temps de faire quelques photos sympas, nous reprenons la route avant que la peinture ne fonde sur la carrosserie de Roberto. Nous allons bientôt retrouver quelques cailloux, de maigres buissons et quelques montagnes couleur chocolat au loin. Notre traversée du désert n’aura pas duré trop longtemps !
La route traverse soudain un paysage saharienC’est le moment de s’arrêterpour jouer dans le sable,accessoirement déjeuner avec vue,et rejouer dans le sable !La végétation réapparaît bientôt
Dîner aux chandelles
Nous arrivons dans la soirée dans le Parc National Saguaro, nommé ainsi en raison des nombreux cactus éponymes qu’il abrite. Les cactus Saguaro, ce sont ces fameuses colonnes ou chandeliers qui forment le décor de tout bon western ou de toute BD qui traite du sujet. Ils prennent leur temps pour grandir, atteignant tout juste 30 cm à l’âge de 25 ans, et 2 m entre 50 et 60 ans, l’âge où ils peuvent commencer à fleurir et porter des fruits. La floraison a lieu entre avril et juin, la nuit et ne dure que 24h. Autant dire qu’en octobre et pour des couche-tôt comme nous, les chances de voir des fleurs frisaient le moins l’infini. Les fameux bras n’apparaissent pas avant 75 ans, alors quant on voit un Saguaro qui ressemble à Shiva, on le salue respectueusement !
Soleil couchant à l’arrivée au Saguaro National ParkL’ambiance idéale pour un dîner aux chandelles
Nous avons trouvé un petit camping sympatique juste au sud du parc, et le décor de chandelles pour dîner était très romantique. Les chandelles étaient encore là le lendemain pour l’anniversaire de Claudie, mais nous avons préféré allumer les bougies d’un gâteau trouvé sur place. Suite à notre passage à l’empire du soda (voir l’article précédent) nous arroserons le repas avec un genre de saké méthode champenoise – pas terrible en fait. Tenter de goûter à tout fait partie de la découverte mais ne génère pas que des bonnes surprises.
Le lendemain. Il y a pire comme route…Balade au milieu des cactus SaguaroDes plus jeunes (à gauche une branche naissante) aux plus vieux (on voit bien le squelette)Il y en a à perte de vueOn trouve bien sûr d’autres espèces de cactusLieu magique pour l’anniversaire de ClaudieLes années passent mais mon coeur reste grand comme ça !
Il nous reste une inoubliable balade dans ce parc au milieu de centaines de cactus Saguaro de toutes formes, accompagnés de congénères tout aussi attrayants. Vraiment une belle étape. Par contre mieux vaut éviter le « Musée du Désert », un mélange peu réussi de zoo pitoyable et de jardin botanique peu entretenu, au bien piètre rapport qualité prix.
Nuit en BLM (Bureau of Land Management = terrain appartenant à l’état et mis gracieusement pour un maximum de 14 jours consécutifs à la disposition du public. Du pain bénit pour les adeptes de la vanlife !
Tucson et ses curiosités
Tucson un mural tout frais
La seconde ville de l’Arizona est surtout connue pour son université, mais nous ne nous sommes pas arrêtés pour ça, nous estimant encore un peu trop jeunes pour suivre les cours destinés au 3ème âge. Nous y avons déniché quelques curiosités qui méritaient notre petit stop de 2 jours. Les voici en vrac :
Le serpont à sonnette
Il n’y a pas de coquille dans ce titre dont le néologisme me parait bien adapté à la situation : nous avons traversé cette passerelle piétonne au-dessus d’une voie rapide, représentant un serpent à sonnette : on y entre par la gueule béante entre les 2 crochets à venin en baissant un peu la tête (ok j’exagère) et on en ressort par la queue dont le calme rassure (lorsque le serpent l’agite, il vaut mieux se méfier, un peu comme lorsque l’inspecteur des impôts sonne chez vous). Bon, rien à voir avec une attraction de parc à thème, c’est juste amusant.
Le serpont a sonnette, de son vrai nom le Rattlesnake Bridge
La stravenue
Encore un néologisme, mais cette fois ce n’est pas moi qui l’ai inventé. Vous connaissez le système des rues américaines avec ses rues qui vont d’est en ouest et ses avenues du nord au sud. Mais comment nommer alors celles, pas si rares, qui sont en diagonale ? Le Comité LOcal pour l’Uniformisation des Noms et numéros (l’acronyme français est un régal, malheureusement il ne doit pas se traduire…) a décidé de contracter les mots « street » et « avenue » pour biaiser la difficulté. Il y aurait 30 stravenues dans la ville de Tucson et ce serait une exclusivité mondiale.
La Cherrybell Stravenue
Le repas champêtre
C’est un mini jardin pas loin du centre-ville, 30 mètres carrés à tout casser, dans lequel on distingue en s’en approchant une (s)cène de pique-nique surréaliste. Malgré le soleil généreux, les invités sont très pâles. Il s’agit en fait de statues de Jésus et ses apôtres partageant leur dernier repas. Quelques autres personnages religieux sont dressés, couchés ou cloués autour. A l’entrée, sous le buste de l’artiste, un panneau précise l’origine de son œuvre : gravement blessé au cours de la seconde guerre mondiale, notre homme s’est alors tourné vers Dieu et lui a promis en remerciement de consacrer le reste de sa vie à lui construire des statues. Pas trop riche – on connait la reconnaissance des états envers les anciens soldats – il a utilisé du sable et des débris trouvés dans la rivière voisine, protégeant le mélange avec une couche de plâtre. 70 ans et quelques actes de vandalisme après, l’état de conservation étonne : il va falloir soumettre tout ça au comité de validation des miracles.
Repas champêtreFelix Lucero, l’artiste
La fin des livreurs
Dans le quartier de l’université, de mignons petits robots suivent ou croisent les passants, s’arrêtant prudemment aux passages piétons avant de traverser, évitant adroitement réverbères, bipèdes, quadrupèdes et congénères à roues. Si leur forme cylindrique rappelle un peu R2D2, il leur manque toutefois cruellement le gazouillis du héros intergalactique. Dommage, mais la parole leur sera sans doute donnée dans un avenir proche. Une petite vérification sur Internet confirme qu’il s’agit bien de robots-livreurs, capables de parcourir plus de 3 km pour aller livrer une pizza, le dernier iphone ou, qui sait, la dépouille de votre chihuahua. En espérant qu’il n’y aura pas d’erreur de destinataire. On n’arrête pas le progrès, 7 robots.
Les robots livreurs
La Mini Time Machine
Ce titre est bien l’intitulé exact de cet exceptionnel musée des miniatures de Tucson. C’est à la base une association sans but lucratif destinée à la préservation et à l’approndissement des connaissances sur l’art des minitatures. La passion de la présidente fondatrice a démarré le jour où, jeune fille, elle a reçu en cadeau une collection de meubles pour maison de poupées. La collection s’est enrichie avec le temps et permet d’explorer différentes époques de la création des miniatures, d’où la dénomination. De nombreux pays sont représentés et la part belle est faite aux mondes imaginaires, notamment dans cette période d’Halloween. Nous avons été émerveillés aussi bien par les performances techniques que par la diversité et la qualité des réalisations. Nous y avons passé 3 bonnes heures que nous n’avons pas vu passer. A conseiller aux petits comme aux grands.
Découverte du monde des minitatures (détaisl ci-dessous)La maison de la Famille AdamsUn monde enchanté avec son arbre dont les niches hébergent des sourisUn autre monde fantastique et un peu morbideUn grand magasin et ses 4 étagesUn sculpteur de mines de crayonOn arrive dans l’infiniment petitQuelques éléments sont là pour donner l’échelleAdmirez cet appartement luxueux fin XXème siècle et la finesse des détails ci-dessousLa boutique joue évidemment le thème à fond
La Mission San Xavier
Une Mission de plus après celle vues en Californie ? Eh bien non, celle-ci a un cachet particulier et serait la plus fine architecture mexicaine baroque des États-Unis. La construction débutée en 1783 ne s’est interrompue que 14 ans plus tard, les moyens attribués initialement étant épuisés. Il en résulte une certaine asymétrie, l’une des tours n’ayant pas de dôme comme l’autre, mais les travaux ont repris en 1978 et la Mission s’embellit d’année en année.
La Mission San Xavier
Difficile de décrire tout cela, les photos parlent mieux. Au fait, les drapeaux de 4 nations ont flotté sur l’édifice. Dans l’ordre chronologique ceux de l’Espagne, du Mexique, des États-Unis. Saurez-vous dire quel est le dernier ?
Un riche intérieur baroqueLes extérieurs sont bien aussiIci un petit clin d’oeil à nos amies voyageuses @saltyfarside, rencontrées au Québec, qui ont fait un vrai parcours d’aventure jusqu’en Alaska
Tombstone
A moins que vous n’ayez vu le film, le nom de cette ville ne vous dit peut-être pas grand chose, mais si je vous parle d’OK Corral, quelques uns de vos neurones vont sans doute se reconnecter. OK Corral est d’ailleurs le premier nom de cette ville, et en tout cas celui qu’elle portait au moment où l’histoire qui l’a rendue célèbre est arrivée. Mais une fois n’est pas coutume, je ne vais pas vous la raconter. Parce que d’autres l’ont fait mieux que moi, avec un humour qui me va bien qui plus est, sur le site roadtripin.com. A l’heure où nous terminons notre périple étatsunien, je voulais rendre hommage à ce site qui nous a beaucoup servi, détaillant un bon nombre de nos étapes mieux que notre guide papier, tout en fournissant beaucoup de services utiles aux roadtrippeurs de zéro à dix roues. Alors si vous voulez mieux connaître l’une de nos sources d’information préférées où si vous voulez tout savoir sur l’affrontement des frères Earp et de leur ami Doc Holliday avec la bande des Cochise County Cowboys, suivez ce lien.
Tombstone et son fameux OK CorralLieu d’un affrontement célèbre de bandes rivales en pleine rueC’était en 1881 mais tout a été retapéCalèches, saloons, bordels etc.On se croirait vraiment au far westTrois fois par jour on rejoue la célèbre scènedevant un public conquisOn ne vous dit pas qui gagne, faites comme nous revoyez l’un des 3 films sur le sujet
Bisbee
Lorsque l’on s’éloigne de Tombstone, la nature redevient verte, peut-être parce qu’elle n’a plus peur de pousser, mais plus sûrement grâce à l’altitude. Et de nouveau, à l’approche de Bisbee, la végétation se raréfie tandis que la montagne prend de belles couleurs, un savant mélange de marron-roux et de vert-de-gris. Nous sommes en effet sur l’emplacement d’une ancienne mine de cuivre. Le gigantisme des fosses laisse imaginer la quantité énorme de travail fourni ici pendant un peu moins d’une centaine d’années. La mine a fermé en 1970, non pas parce qu’elle était épuisée mais pour des raisons de rentabilité insuffisante. Les mineurs ont laissé leurs maisons à une communauté d’artistes, inspirés sans doute par le décor. Les galeries de peinture, les boutiques d’art et d’antiquités sont légion et la ville est plutôt agréable. Ce sera notre avant-dernière étape aux USA.
Oh les belles couleurs !C’est que nous sommes dans une ancienne mine de cuivreBisbee héberge maintenant une communauté d’artistesLes rues ont été « repeintes »…et les voitures aussi. Pas mal le Roberto local, non ?Vue générale de Old Bisbee et son B sur la montagne qui s’éclaire la nuit
Douglas
Nous sommes maintenant à la frontière avec le Mexique. Une courte pause y est nécessaire pour nous organiser avant la traversée : demander le visa (FFM) en ligne puis l’imprimer, sortir les autres papiers qui nous seront demandés, essentiellement l’autorisation d’import (TIP) et l’assurance mexicaine pour Roberto et les passeports pour nous. Nous avons vidé progressivement le frigo pour ne rien laisser qui puisse irriter les douaniers mexicains, comme les denrées fraîches. Nous avons fait le plein d’eau car ce sera un peu moins facile au Mexique. Et puis nous avons préparé les premières étapes de notre parcours. Tout ça garés sur le parking que l’office de tourisme partage avec la police, ces derniers acceptant que l’on y stationne toute la nuit à condition de leur laisser nos coordonnées au préalable. Il nous est resté un peu de temps pour parcourir la rue principale de la ville et de visiter le hall d’entrée de son hôtel emblématique ouvert en 1907, le Gadsden Hotel. Une petite exposition en décrit les diverses péripéties et évoque ses hôtes les plus célèbres comme Ava Gardner, John Wayne, Pancho Villa ou encore Paul Newman.
Le Gadsden Hotel de DouglasMagnifique verrière dans le hall d’entréeBureau d’accueil (les toiles d’araignées c’est pour Halloween, parce que sinon c’est impeccable !)et hôtes célèbres
Cette traversée de l’Ouest des États-Unis aura été un ravissement, de la beauté très diversifiée des parcs nationaux ou des territoires immenses qui les relient à la richesse culturelle des grandes villes, en passant par la gentillesse et la serviabilité des américains. Nous avons véritablement découvert ce Nouveau Monde que nous connaissions mal. Mais nous sommes tout aussi ravis de retourner au Mexique dont une grosse partie nous est encore inconnue. Ah, soif de découverte, quand tu nous tiens !