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  • 192. Le Brésil sans Roberto

    192. Le Brésil sans Roberto

    Pendant que Roberto effectue sa traversée transatlantique, nous jouons les prolongations au Brésil, dont nous n’avions visité que le Sud-Est au début de notre boucle sud-américaine.

    Départ de Carthagène vers le Brésil pour nous et vers les Pays-Bas pour Roberto
    Départ de Carthagène vers le Brésil pour nous et vers les Pays-Bas pour Roberto

    Vol Carthagène-Rio : quand les taxis ont perdu la guerre

    Nous voici donc partis pour le Brésil. En partant dans le mauvais sens puisque la compagnie aérienne que nous avons choisie – pour son tarif le moins élevé – est panaméenne et que nous devrons faire escale à Panama city. Nous survolerons d’ailleurs au passage juste avant d’arriver le Fort Desaix, le porte-conteneur attitré de Roberto, qui attend son tour depuis presque 5 jours devant l’entrée Sud du canal. Un vol d’une heure, suivi d’un vol de 6 heures pour Rio de Janeiro. À l’arrivée, nous décidons de contourner les taxis officiels prépayés et de prendre un VTC Uber. Alors qu’en France et dans pas mal d’endroits du monde c’est la guerre avec les taxis, nous avons la surprise de découvrir qu’ici la compagnie privée a sa porte de sortie dédiée et même un parking réservé. Le succès est au rendez-vous, les véhicules disponibles sont nombreux et nous attendrons moins de 2 minutes. 8 euros pour 45 mn de trajet, c’est à la fois moins cher et plus sûr que les taxis classiques dont certains sont corrompus, vous rallongeant au mieux le trajet pour faire grimper la note et vous faisant faire au pire la « tournée des distributeurs de billets » à l’aide d’un complice sous la menace d’une arme.


    Premiers pas à Rio de Janeiro : pot d’accueil et logistique

    Nous prenons possession de notre location dans le centre historique avant de repartir à l’aéroport accueillir notre ami Christophe, qui nous fait le grand plaisir de nous rejoindre pour partager avec nous ce dernier tronçon en Amérique du Sud. Nos premières découvertes seront d’abord culinaires, avec pour fêter notre arrivée cette « caïpifruta », une variante de la caïpirinha remplaçant le citron vert par une purée de fruits rouges. Suivie d’un repas aussi gastronomique qu’économique (entrée-plat-dessert pour 14,50€) et d’un petit tour logistique où nous découvrirons des fruits plutôt géants au supermarché du coin.


    Architecture : brusque transition de style, du colonial au brutaliste

    Une pluie battante matinale nous donne quelques inquiétudes mais ne dure pas et nous voilà partis à explorer notre quartier. Bien que situé en plein centre historique, il est étonnamment délabré, tagué de partout – on vous épargne ça sur les photos -, mélangeant immeubles coloniaux décrépits et constructions datant de quelques décennies sans aucune harmonie architecturale. Un curieux cône de béton émerge de tout ça, qui pourrait être aussi bien une centrale nucléaire qu’un vélodrome ou un bâtiment public. Vous découvrirez l’étonnante solution dans le carrousel de photos. Avec en prime une vidéo sur une statue voisine.


    Belle architecture

    Heureusement, çà et là quelques beaux bâtiments sortent du lot, comme le théâtre ou la bibliothèque nationale, ou encore l’étonnante église de Notre-Dame de Lapa. À découvrir dans le carrousel de photos avec les commentaires


    Point sur le shipping de Roberto


    Un arbre extraordinaire

    Une petite place sur notre parcours de découverte du centre de Rio est ombragée par des arbres que nous n’avions pas rencontrés auparavant. Ce ne sont pas tant les branches et le feuillage, tous deux très haut perchés, qui attirent notre attention que les troncs qui sont couverts de grappes de gros fruits sphériques et auxquels sont rattachées d’imposantes fleurs aux pétales carmin et étamines en forme de serpent. Les fruits sphériques ont une carapace ferme et pèsent assez lourd, entre 1 et 2 kg pour ceux que nous pouvons soupeser. Il est dangereux de passer en dessous car lorsqu’ils se décrochent, ils peuvent créer de sérieux dégâts, aussi bien aux crânes humains qu’aux carrosseries automobiles. L’arbre tire son nom de ces projectiles : l’arbre à boulets de canon. Le vrai nom scientifique est Couroupita guianensis, attribué en l’honneur du pays de découverte par l’explorateur et botaniste français qui a décrit pour la première fois l’espèce au monde occidental.

    Les fleurs quant à elles sont responsable de l’adoption de l’arbre en Inde et au Sri Lanka, du fait de leur ressemblance avec le Naga, serpent emblème du dieu Chiva. On trouve ainsi l’arbre à boulets de canon dans beaucoup de temples hindouistes ou bouddhistes du sud-est asiatique. À noter un fait unique dans le monde végétal : les fleurs sont munies de 2 étages de pollen, l’un, inférieur, factice mais attirant les insectes. L’autre supérieur, fonctionnel, déposant le vrai pollen sur leur dos afin qu’ils aillent le propager vers d’autres arbres. Les graines quant-à-elles sont exposées lors de la chute des fruits, consommées par les pécaris (en Amérique) ou les éléphants (en Asie) qui les diffusent ensuite par leurs excréments.


    Point shipping Roberto (encore !)


    L’héritage africain de Rio

    Rio de Janeiro a été un haut lieu de la traite des esclaves dans le monde, au point de détenir le triste record du plus grand port d’arrivée des captifs Africains, 2 millions d’entre eux y étant débarqués entre le XVIe et le XIXe siècle. Si le trafic transatlantique a cessé en 1831 sous la pression de l’Angleterre, le commerce s’est poursuivi clandestinement jusqu’en 1850, et l’abolition n’a été prononcée qu’en 1888 par le Brésil, dernier pays de toute l’Amérique à mettre fin à cette pratique. Forcément, cette période a laissé de nombreuses traces. D’abord des quartiers à forte concentration de descendants d’esclaves africains, comme celui appelé la Petite Afrique, que nous avons trouvé moins africain que les 18e à 20e arrondissements de Paris. Et puis la musique et les danses dont l’emblématique samba, des lieux de culte syncrétiques, des spécialités culinaires dont la feijoada, plat national brésilien, et bien sûr de l’art graphique, volontiers mural mais pas que. Certains musées sont dédiés à la culture africaine, comme le Musée de l’histoire et de la culture afro-brésilienne, dont l’acronyme MUHCAB résonne bizarrement, ou encore la Casa Brasil. Intéressants mais loin de rendre justice (dans tous les sens du terme) à cette importante part de la population.


    Demain c’était hier

    Oui c’est ça, nous avons réservé hier nos billets pour le musée de demain que nous visitons aujourd’hui. Ce musée ne date pas d’hier, il a été inauguré en 2015. Il est censé évoquer la vie sur Terre en 2050. Le problème est que les informations et expériences sont un peu datées. D’un autre côté, comment anticiper en 2015 le Covid, l’IA et Trump ? Le plus amusant, et cynique à la fois, est la gratuité pour les plus de 60 ans. Dont la moitié n’arrivera pas en 2050. En même temps, vu que l’IA nous tuera tous dans les 10 ans qui viennent, la gratuité devrait être pour tous.

    Le Brésil sans Roberto - Visite du Musée de Demain à Rio de Janeiro
    Le Brésil sans Roberto – Visite du Musée de Demain à Rio de Janeiro

    L’escalero Selarón

    Vu d’en haut, on se demande ce qui fait la réputation de ce long escalier en béton de 250 marches. Mais il suffit d’en descendre quelques unes, et idéalement la totalité, puis de se retourner pour comprendre : la totalité du versant aval des marches est décorée de carreaux de faïence ! C’est l’œuvre d’un riverain, Jorge Selarón, qui a tout simplement commencé par rénover les marches de sa maison. Y mettant tout son talent de peintre et sculpteur. Encouragé par ses voisins et les passants, Jorge Selarón a consacré 10 ans de sa vie – de 1990 à 2000 – à étendre son œuvre à la totalité de l’escalier, installant plus de 2 000 carreaux provenant de 60 pays du monde entier. Quelques articles dans des revues renommées et surtout l’effet de mode d’Instagram ont rendu le lieu très populaire. Il faut se lever tôt pour échapper à la foule. À noter que l’artiste a été retrouvé mort dans son escalier en 2013. Même si les circonstances restent mystérieuses, pouvait-il rêver d’une meilleure fin ?


    Copacabana

    L’un des lieux les plus mythiques de Rio de Janeiro tire en fait son nom d’une ville bolivienne située au bord du lac Titicaca, que nous connaissons bien pour l’avoir visitée il y a quelques mois. La Vierge de Copacabana, sculptée par un descendant des Incas au XVIe siècle faisait déjà l’objet d’une dévotion en Bolivie, quand un marchand de Rio en rapporta une effigie et fit bâtir une chapelle autour. Le quartier finit par adopter son nom, devenu si célèbre qu’on pense que c’est la Bolivie qui a copié.

    Copacabana c’est avant tout une plage de 4km de long bordée d’immeubles vieillots, pas top pour la baignade en raison de gros rouleaux, d’un ressac important et d’une pollution fréquente. Mais c’est, comme pour Miami Beach, l’endroit où l’on se montre, où l’on fait son jogging, où l’on grignote un morceau face à la mer. Pour autant, ce n’est pas un lieu spécialement tranquille, avec des vendeurs incessants le jour et une insécurité notoire la nuit. Curieusement, il nous paraissait impensable de passer à côté une fois venus à Rio.


    Le jardin botanique, cher à nos yeux

    C’était l’un des incontournables de Rio de Janeiro d’après notre guide, mais nous aurions pu contourner ce Jardin Botanique. Sa réputation (mondiale) vient manifestement davantage de son grand centre de recherches et de son classement à l’UNESCO comme réserve de biosphère que de la qualité de son entretien. Et je parle davantage de la manière de faire pousser les plantes que du coup de balai qui, lui, est donné. Nous sommes pourtant au début du printemps austral et la nature devrait exploser, ce qui est loin d’être le cas. Parmi ses attraits vantés sur les guides figurent notamment un lac couvert de nénuphars géants et des serres d’orchidées et de broméliacées. Nous n’avons trouvé sur le premier que de rares nénuphars rabougris et dans les seconds moins de 10% des plants exposés en floraison.

    Il restait pour nous consoler un peu de faune (ouistitis, singes capucins, héron cendré, poissons à tête de serpent, insectes dont plusieurs colonies d’abeilles), de flore dont quelques orchidées inhabituelles et les fruits en forme de montgolfière d’un pinta-noiva et de jolies allées de palmiers impériaux. Une autre allée était même consacrée à nos arbres à boulets de canon vus en début de visite de Rio. Mais globalement, alors que beaucoup de musées à Rio sont gratuits, rien ne justifie ici le tarif déjà élevé pour les locaux et pire doublé pour les étrangers (13 €, le prix d’un bon repas)


    La foule des grands jours

    Le Français est râleur c’est bien connu, alors il n’y a pas de raison pour que nous échappions à la règle. Notre sujet de polémique n’est rien d’autre que le Christ Rédempteur de Rio, sans doute le plus célèbre du monde. On comprend alors que cela attire les foules. Le problème est que la terrasse aux pieds du géant de béton n’est pas très grande et que tout le monde s’y bouscule. Et pire tout le monde veut se faire photographier dans cet endroit mythique, certains n’hésitant pas à faire reculer les visiteurs pour poser un pied photo et attendre qu’une bimbo se pâme en pauses interminables qui susciteront hélas beaucoup de likes sur Instagram. L’accès se fait pourtant par tranches horaires, avec un joli petit train à crémaillère bien organisé, mais le temps sur place étant illimité, la terrasse se remplit progressivement jusqu’à saturation. Nous nous étions bien présentés assez tôt le matin au guichet, mais tout était réservé jusqu’au milieu d’après-midi et nous n’avons pas pu échapper à cette foule des grands jours qui a gâché notre visite. Maintenant, il parait impensable de ne pas voir ce Christ géant en venant à Rio et nous aurions certainement regretté d’avoir shunté cette visite.


    Rio de Janeiro, en vrac

    Nous aurons passé 5 jours chez les Cariocas, ce qui est amplement suffisant pour nous qui ne sommes pas trop citadophiles. Si les visites majeures ont fait l’objet de paragraphes particuliers, il est de nombreux détails glanés au fil de nos pas – nous avons marché plus de 10 km chaque jour – qui n’ont rien à y voir. Mais dont j’avais envie de vous parler, d’où ce chapitre vrac. Tous les commentaires sont dans les photos.



    Rio c’est fini !

    Nous allons maintenant changer totalement de décor, nous dirigeant vers le cœur de l’Amazonie, avec un passage obligé tout de même par sa capitale Manaus. Mais nous avons prévu un séjour d’immersion dans la forêt afin de voir de plus près ce qui s’y trouve. À très bientôt alors !

  • 171. En remontant l’Altiplano

    171. En remontant l’Altiplano

    Ayant décidé de mettre de côté les plaines amazoniennes de la Bolivie, nous poursuivons notre traversée de l’Altiplano, le plus haut plateau habité du monde situé entre 3000 et 4000m d’altitude, coincé entre deux chaines de la Cordillère des Andes. Nous y croiserons deux villes importantes du pays, Cochabamba et La Paz, avant de terminer notre parcours bolivien par le Lac Titicaca.

    Le parcours correspondant à cet article, inhabituellement sur une carte en relief pour mieux visualiser l’Altiplano. En version zoomable ici
    J’ai photographié cette carte dans un musée. En version coupe, elle montre bien aussi la situation particulière de ce haut plateau

    Arrêt au Parc Crétacé

    Dans Sucre, on voit des effigies de dinosaures partout. C’est qu’en 1994, les engins de chantier d’une cimenterie au nord de la ville ont dégagé fortuitement tout un pan de montagne recelant, après avis des scientifiques bien sûr, plus de 12000 empreintes de ces sauriens préhistoriques. Soit le plus grand site mondial. La plus longue trace de pas atteint 347m, également un record. Elle est le fait d’un bébé T. rex qui a marché là il y a 68 millions d’années, alors que le sol était plat – une grande baie en bord de mer. Lorsque la Cordillère des Andes s’est formée, cette plage devenue pierre a formé la pente que l’on connaît aujourd’hui et qui a fini par dévoiler ses secrets en s’érodant. Sous pression de la ville, la cimenterie a dû aménager des visites guidées, tout en étant gênée dans son activité. Poursuivant des dynamitages proches de la paroi, elle serait responsable d’un glissement de terrain qui aurait entraîné la disparition d’une cinquantaine d’empreintes. Précisément 48 grand pas perdus pour l’humanité.


    Un vieux caoutchouc

    Nous nous garons pour la nuit près du lit d’une rivière à 90% asséchée. De la fenêtre de Roberto, nous pouvons apercevoir la cime d’un arbre de belle taille. C’est un caoutchouc tricentenaire (Ficus elastica) qui possède non seulement une belle envergure, 30m de haut, 20m de large, mais aussi de superbes racines en volutes rayonnant sur une quinzaine de mètres. Leur hauteur atteint les 4m près du tronc, ce qui est plutôt peu commun. C’est un agriculteur qui nous permet de visiter, moyennant 50 centimes d’euro par personne, l’arbre âgé aujourd’hui de 330 ans (daté au carbone 14 !) dans le champ qu’il a acquis en 1994. Le précédent propriétaire, un ancien président de la Bolivie, possédait pas mal de terres dans la région, qu’il a décidé de vendre en lots sans avoir évalué précisément la valeur de celui-ci. Pour un homme politique, rien d’étonnant !


    Le musée du charango

    Moi non plus je ne savais pas de quoi il s’agit. Mais je ne suis pas musicien. Le charango est une sorte de petite guitare typique d’Amérique du Sud. Il a été conçu par les amérindiens qui ont adapté à leurs sonorités favorites les guitares et autres vielles importées par les conquistadors. Mais comme ces derniers leur interdisaient la pratique des instruments à cordes, ils ont fabriqué des modèles miniatures qu’ils pouvaient dissimuler plus facilement. Un petit musée de la ville d’Aiquile collectionne des merveilles de réalisation de ces instruments. Elle en façonne environ 400 par an et organise en novembre de chaque année à la fois un concours du plus beau charango et un festival de musique dédié à l’instrument. Du fait du concours, des modèles extraordinaires sont réalisés et exposés ici, soit par la qualité de leur fabrication dans une pièce de bois taillée dans la masse, soit par les motifs qui sont gravés ou collés sur la coque. A noter que les charangos les plus anciens étaient réalisés à partir de la carapace d’un tatou local. Les exigences de protection de l’espèce ont fait abandonner cette pratique.

    A titre anecdotique, nous nous sommes présentés pour visiter le musée un samedi, le seul jour de fermeture, ce que nous ignorions. Un passant nous a aidé à téléphoner au conservateur qui a accepté d’ouvrir l’établissement un peu plus tard rien que pour nous ! Et ce passant était un chanteur de musique folklorique bolivienne. Vous trouverez ci-après 2 vidéos YouTube, l’une relatant son parcours musical et l’autre étant un clip d’une de ses chansons. Bon visionnage !


    Dormir sur un terrain de foot

    Perché sur un plateau à 3000m d’altitude, ce terrain de foot apparemment désaffecté, recommandé par d’autres voyageurs dans notre application iOverlander, nous tendait les bras. Avec un bel environnement montagneux et floral. J’ai encore découvert de nouvelles espèces d’ailleurs. Rester dormir sur un terrain de foot dans la nuit du samedi au dimanche paraissait un peu risqué. Mais nous avons passé une nuit super tranquille.


    Cochabamba

    Nous sommes là dans la 3ème ville de Bolivie, avoisinant le million d’habitants. L’altitude modérée (2800m, tout est relatif dans ce pays !) et le climat doux et ensoleillé toute l’année en font un lieu agréable à vivre, tout en favorisant l’agriculture : Cochabamba est le grenier de tous les Boliviens.

    a) Le Christ de la Concorde

    Partant un peu vite du Brésil, nous avions raté le Christ Rédempteur de Rio de Janeiro, mais celui de Cochabamba est encore plus grand : 34,20m de hauteur contre 33 pour son concurrent brésilien. Le sculpteur se serait un peu gouré sur les cheveux et n’aurait pas respecté les 33 ans du Christ comme son prédécesseur… Entre les deux mains, on est à un peu moins de 33m d’envergure. La construction de cette statue monumentale a été décidée en 1987, dans le but de perpétuer le souvenir de la visite du pape Jean-Paul II cette année-là. Elle a duré 7 ans. La statue située sur une colline au-dessus de la ville est rejoignable selon le budget et le courage soit à pied (gratuit), soit en télécabine (0,70€ le trajet – ça a été notre choix) soit enfin en taxi (6€ l’aller-retour avec 30mn d’attente, ça reste raisonnable). Le panorama sur la ville vaut dans tous les cas le déplacement.


    b) Une nonne pour une Rolex

    « Si à cinquante ans, on n’a pas une Rolex, on a quand même raté sa vie« , disait le publicitaire français Jacques Séguéla. A Cochabamba, ont prenait les choses beaucoup moins à la légère. Pour ne pas rater sa vie, pour montrer son rang social, il fallait avoir mis au moins une de ses filles au couvent. Et la doter suffisamment pour qu’elle puisse porter le voile noir, ce qui lui permettait de se faire servir par les nonnes au voile blanc qui elles-mêmes se faisaient servir par les nonnes sans voile, les plus pauvres. Si toutes étaient assurées d’avoir une place au paradis, ce qui maintenait la paix sociale à l’intérieur du couvent, étaient-elles conscientes de l’incertitude sur l’absence de hiérarchie là-haut ? Cela dit, les conditions de vie étaient particulièrement austères, même pour les plus aisées des nonnes. Nous avons vu leurs chambres qui étaient plus petites que l’habitacle de Roberto, leur bibliothèque limitée à la littérature religieuse (un petit San Antonio aurait pu passer discrètement et donner un peu de piment à la vie monastique), leurs étagères tournantes qui leur permettaient d’échanger des denrées avec l’extérieur sans jamais voir la personne en face. Certes, les bâtiments sont de toute beauté, mais rester enfermé là-dedans la vie entière, était-ce vraiment une vie ? Heureusement, cela n’a plus lieu aujourd’hui, le Vatican a rendu la liberté aux nonnes qui le souhaitaient en 1960. Et les pères s’offrent une Rolex…


    c) Le jardin des villes et le jardin des champs

    Toujours sous un soleil radieux, nous commençons nos visites ce matin par le Palacio Portales. Notre guide nous la présente comme la maison la plus luxueuse jamais construite en Bolivie. Ce palais a été construit par Simon I Patino, le magnat de l’étain bolivien. Dans les années 1940, il fut l’homme le plus riche du monde. Alors il avait largement de quoi se faire bâtir de somptueuses maisons. Au milieu d’adorables jardins à la française parfaitement entretenus, le Palacio Portales est d’une grande élégance, autant dans les raffinements architecturaux de ses façades que dans le luxe de son aménagement intérieur. Les pièces s’inspirent volontiers de chefs d’œuvres européens comme cette galerie entourée de miroirs comme pour la bibliothèque du Vatican, cette réplique de la chapelle Sixtine ou encore une salle de style mauresque influencée par les palais de l’Alhambra. Tous les matériaux respirent la qualité, des sols en marbre de Carrare aux tapisseries murales en damas, des lustres vénitiens aux meubles finement sculptés à la main. Les chambres dans des teintes pastel dégagent une grande douceur. Mais vous n’en reviendrez peut-être pas quand vous saurez que ni le propriétaire ni aucun membre de sa famille n’ont habité ce palais. Le comble du luxe sans doute !

    Juste après, et ce n’était probablement pas une bonne idée, je suis allé faire un tour au jardin botanique de la ville. Le contraste a été saisissant. Les allées sont tout juste balayées, la végétation est à peine entretenue, beaucoup de bassins sont vides, les serres sont désertées et poussiéreuses, les statues sont rongées par le temps, les quelques fleurs meurent de soif. Moi qui aime beaucoup les jardins botaniques, je suis très déçu. La ville n’a manifestement pas les moyens ou la volonté d’entretenir ce lieu. Le plus grand paradoxe est qu’en marchant dans les rues après être sorti du parc, je trouve de jolies fleurs et de jolis massifs chez ou devant les particuliers. Comme quoi, au moins en matière d’embellissement végétal, l’argent privé l’emporte largement sur l’argent public.


    d) Cochabamba, en vrac

    Ci-dessous quelques images prises au cours de nos déambulations dans la ville, la plupart avec un petit commentaire.


    Détente…


    Bouchon

    C’est le moment de reprendre la route. Nous traversons l’interminable banlieue de Cochabamba pour nous retrouver enfin dans les montagnes. Mais après une quarantaine de kilomètres, nous voilà derrière une très longue file de poids-lourds arrêtés sur la route. Avec l’habitude des franchissements de douanes, nous doublons tout le monde. Nous arrivons bientôt à un village où tout semble bloqué. Les gens dorment ou pique-niquent à l’ombre de leur véhicule. Les marchandes du village passent et repassent pour vendre des glaces, des chips ou des boissons sucrées. Nous nous garons sur le côté, derrière un bus, laissant libre le côté gauche de la route. Il est 14h30, je pars aux renseignements. La route est fermée pour travaux depuis 9h ce matin et jusqu’à 17h ce soir, et cela tous les jours pour un peu plus de 2 mois. Pourtant, c’est l’unique route asphaltée entre la capitale et la 3ème ville du pays, sans alternative possible. Imaginez le capharnaüm si l’autoroute entre Paris et Lyon et toutes les alternatives possibles étaient fermées 8 heures par jour pendant 2 mois. On crierait au scandale ! Mais non ici, tout est calme, les gens sont habitués et attendent tranquillement la réouverture. Par contre, une demi-heure avant, c’est la pagaille totale : les premiers véhicules de la file mettent en route leur moteur et tout le monde fait de même. Tous ceux qui étaient sur les côtés, y compris une pauvre ambulance et des camions d’animaux de ferme, se précipitent sur la file du milieu. Je me demande comment vont passer les véhicules bloqués dans l’autre sens, mais je suis le mouvement. Il doit y avoir une raison. Les barrières n’ouvriront qu’à 17h pile et là c’est un grand concert de moteurs, de fumée, de klaxons et de pousse-toi-de-là-que-je-m ‘y-mette ! Finalement, tout se dégage lentement et la voie de gauche devrait être libre lorsque les véhicules venant en sens inverse, plusieurs kilomètres en amont, arriveront dans le village.


    Cultures de l’Altiplano

    Tout au long de notre route qui serpente entre 3500 et 4500 m d’altitude entre les montagnes de la Cordillère Est, nous passons de charmants villages et hameaux. Les murs et les clôtures des maisons sont généralement en briques d’adobe tandis que la toiture est en paille. Devant, une cour héberge souvent un four hémisphérique et quelques animaux : poules, ânes, cochons et lamas. Autour, on cultive quinoa, maïs, blé et pommes de terre, et ça a l’air de bien pousser malgré l’altitude. Dans un de ces villages, nous avons trouvé une petite église abandonnée, toute en adobe également. Nous croisons rarement du monde, mais les contacts sont en général sympathiques et accompagnés d’un généreux sourire. Par respect et sachant qu’ils n’aiment pas ça, nous nous retenons de les photographier, mais ce n’est pas l’envie qui nous manque, d’autant que, aussi bien les gens que les tenues traditionnelles qu’ils portent au quotidien sont hautement photogéniques.


    La capitale la plus haute du monde

    La Paz est une capitale étonnante à plus d’un titre. D’abord par son histoire, la ville ayant été créée en 1548 pour pacifier – d’où son nom – le Haut-Pérou et le Bas-Pérou qui s’entre-tuaient, une guéguerre entre deux conquistadors à gros ego. La ville était si bien placée sur le plan commercial qu’elle vola en 1900 le titre de capitale à Sucre, victime du déclin de l’argent. La Paz est étonnante aussi de par sa géographie, occupant une immense cuvette située entre 4000 m et 3400 m d’altitude. Contrairement à ce qui se passe généralement, les habitants les plus pauvres sont sur les hauteurs tandis que les plus riches sont tout au fond, profitant d’un taux d’oxygène plus élevé et de températures plus clémentes. Arpenter les rues les plus touristiques – pas pour autant chargées de touristes – est un régal pour les yeux. L’artisanat andin et ses couleurs vives y est omniprésent, aussi bien devant et dans les boutiques qu’au-dessus des ruelles. Les classiques parapluies sont ici remplacés par de jolis carrés suspendus aux motifs géométriques ainsi que des guirlandes de pompons et autres babioles. La vieille ville est aussi un marché à ciel ouvert avec des vendeurs envahissant les trottoirs et proposant un peu de tout, du maïs égrené aux bas nylon en tas, en passant par des fromages frais vendus sans réfrigération voisinant avec des articles de plomberie. On trouve dans la capitale bolivienne davantage de fresques murales que dans les autres villes que nous avons pu visiter. Pas toujours bien entretenues mais très locales dans le style. L’auteur le plus typique est Mamani Mamani, mais il est loin d’être le seul sur place. Les motifs quechua ou aymara sont fréquemment retrouvés sur les devantures ou sur quelques véhicules. Je ne sais pas si on peut faire rentrer ça dans le street-art mais les vieux bus Dodge bringuebalants aux couleurs vives et accessoires chromés font aussi partie du décor des rues.


    Un papier sur une feuille

    Le jour de nos noces de papier, il a été amusant et adéquat de visiter un musée dédié à une feuille. Mais pas n’importe laquelle : la feuille de coca. Dans l’argumentaire très instructif, on apprend vite à différencier la cocaïne, drogue éminemment addictive et danger mondial, de la coca, psychostimulant d’usage traditionnel depuis des millénaires dans les Andes qui est comparé ici à notre utilisation quotidienne du café. On apprend aussi que, outre la mastication des feuilles pour supporter la fatigue, la faim et surtout l’altitude, la coca participe à de nombreux rituels religieux, dont des offrandes à la Pachamama ou au démon des mines El Tio, aux voyages à pied dans la cordillère, à la dot des futurs mariés et même à certaines négociations sociales. Étonnamment, la feuille de coca a été utilisée directement comme une monnaie. On nous parle aussi de l’influence négative des occidentaux. Les conquistadors ont d’emblée interdit l’usage de la coca aux amérindiens avant de s’apercevoir que le rendement des travailleurs était bien meilleur s’ils en consommaient. La réintroduction a été rapide… accompagnée d’une taxation. Ces mêmes conquistadors ont alors compris les profits qu’ils pouvaient tirer de la petite feuille et ont lancé des cultures intensives. Ils se sont effectivement enrichis, mais pas les amérindiens. Devant la hausse de la demande mondiale, la cocaïne a été synthétisée. Cette fois, ce sont des multinationales qui se sont enrichies. Les amérindiens sont restés aussi pauvres mais en bonne santé alors que celle des occidentaux en pâtissait lourdement. Et la situation continue de se dégrader. Paradoxalement, on préfère aujourd’hui rejeter la faute sur les pays producteurs, qui n’ont pourtant fait que s’adapter à la demande. C’est tellement plus pratique que de taper sur les consommateurs. Et heureusement pour les populations andines, l’ONU a bien fait la différence entre la cocaïne et la coca et autorisé cette dernière dans les pays où l’usage est traditionnel. Alors nous on n’a pas encore trop mâchouillé les feuilles, mais nous avons par contre testé les bonbons et l’élixir qui se pulvérise sous la langue. Ça a l’air de plutôt marcher. Sinon il y a un petit café à côté qui sert toutes sortes de préparations à base de coca.


    Parcourir la ville en télécabine

    Depuis 2012, la ville de La Paz est équipée d’un réseau de télécabines, appelé ici Mi Teleferico. Cela fonctionne à la manière d’un métro, peu envisageable ici en raison des importants reliefs de la ville (de 3600 à 4200 m d’altitude). En 2026, 10 lignes sont installées, chacune baptisée par une couleur, pour un parcours total de 30 km Pour un prix modique (0,30 € le premier téléphérique puis 0,20 € les suivants), nous nous sommes régalés à survoler toute la ville, observer le magnifique panorama, voir de haut l’animation des rues, explorer l’architecture éclectique et colorée, repérer des endroits que nous aimerions visiter par la suite. Si l’on inclut la pause de midi au restaurant entre 2 télécabines, c’est presque une journée entière que nous avons passé dans les transports en commun et pourtant nous avons adoré !

    Plan des lignes du télécabine de La Paz en 2026
    Plan des lignes du télécabine de La Paz en 2026

    Le marché aux sorcières

    Un quartier est réservé à la médecine traditionnelle amérindienne (quechua ou aymara) avec de nombreuses potions, herbes médicinales, amulettes et autres objets utilisés dans les rituels chamaniques comme les fœtus de lamas. Les Espagnols ont appelé cet endroit « marché des sorcières« , et les commerçants en jouent auprès des touristes en exposant des portraits de sorcières grimaçantes au chapeau pointu telles qu’on les imagine dans le monde occidental, mais ici rien à voir. C’est plutôt du chamanisme.


    Un beau musée d’art

    Le Museo Nacional de Arte est installé dans un magnifique palais colonial datant du XVIIIe siècle, une œuvre d’art en lui-même avec son élégant patio entouré d’arches de pierre sur 3 étages. Il est dédié à la diffusion de l’art bolivien, de la période coloniale à l’art contemporain. Que des œuvres de qualité et dans un style différent de ce que l’on a l’habitude de voir, quelle que soit la période. Voici une petite sélection de nos œuvres préférées.

    Fraternidad de Cristian Laime
    Fraternidad de Cristian Laime – 2023 – Museo Nacional de Arte – La Paz

    Lustrabotas

    Sur la très animée place Murillo de La Paz, un cireur de chaussures muni d’une cagoule remontée jusqu’au nez propose à Claudie de cirer ses chaussures pour 3 pesos (30 centimes d’euro). La cagoule, c’est une particularité des cireurs de chaussures de La Paz. Initialement moyen de se protéger du froid et du soleil (la ville est à 4000m d’altitude), la cagoule a permis ensuite de dissimuler le travail des enfants et adolescents, nombreux dans la profession. C’est aussi et surtout un symbole d’appartenance à un groupe social, une façon de lutter activement et avec fierté contre la stigmatisation dont est victime le métier. Notre lustrabota n’était manifestement pas un enfant. Il a fait du super boulot malgré une bonne part de textile sur les chaussures. Nous avons « généreusement » donné 10 pesos (1 €…) au lieu des 3 pesos demandés. Il ne faut pas casser le marché !


    Textiles, masques et art plumaire

    Les capitales, c’est bien connu, hébergent souvent les plus beaux musées du pays. Après le superbe Museo Nacional de Arte (voir ci-dessus) nous voilà maintenant à visiter, lui aussi installé dans un ancien palais colonial, le Museo Nacional Etnografia y Folklore. Vous voyez à peu près de quoi il s’agit. De nouveau des collections de grande qualité, très bien présentées. Nous nous sommes régalés. Difficile de raconter tout cela. Voici en collections de photos nos 3 expositions préférées : la première sur les textiles andins et leur technique de fabrication plus complexe qu’elle n’en a l’air, la seconde sur une incroyable collection de masques issus des différentes régions de Bolivie, et la troisième sur l’art plumaire (oui oui, ça existe !).


    Détente (bis)


    Tout sur la bolivianite

    Le suffixe pourrait faire penser à une sorte de tourista chopée dans les stands de nourriture des marchés de La Paz ou Sucre, mais non. D’abord ces marchés n’ont pas si mauvaise réputation, on y mange des plats basiques et sains à tout petit prix. Et puis la bolivianite, appelée aussi amétrine, est une variété très rare de quartz qui combine l’améthyste (violet) et la citrine (jaune) dans un même cristal, formant des zones de couleur distinctes. Ce minéral est presque uniquement extrait dans le sud-est de la Bolivie, notamment dans la mine Anahí, et est apprécié en joaillerie pour son aspect unique. Amé (thyste) + (ci) trine = amétrine, vous l’avez ?

    P.S. Il n’est pas certain que la première photo corresponde bien à un minerai de bolivianite, j’ai oublié de photographier la légende dans ce musée de Potosi. Quant à la dernière, je ne sais pas trop ce que c’est que cette « boulangerite » mais le nom m’a amusé…


    L’empire méconnu

    Si tout le monde ou presque (j’ai un doute pour la moitié des étatsuniens d’Amérique qui pense que ) a entendu parler de l’empire Inca, peu connaissent la civilisation qui les a précédé, les Tiwanakus. De leur petit village naissant au bord du Lac Titicaca en 1580 av. J.-C., où ils furent les initiateurs mondiaux de la culture de la pomme de terre et où ils élevaient déjà des lamas, ils réussirent jusqu’en 1200 ap. J.-C. à constituer un véritable empire similaire à celui que développeront les Incas 2 siècles plus tard. Leur première grande cité fut Tiahuanaco, occupant 400ha et hébergeant jusqu’à 100 000 habitants. Si les Tiwanakus étaient capables très tôt de travailler les métaux précieux, leur économie reposait essentiellement sur l’agriculture, grâce notamment à la maîtrise de la sélection de variétés, de la culture en terrasses et de l’irrigation (bien avant les Incas à qui pourtant on attribue ces découvertes). C’est grâce à la fabrication du bronze et de l’étain – ces deux métaux conférant des avantages sur le plan militaire – qu’ils commencèrent à étendre leur territoire. Mais leur dépendance à l’agriculture restait grande et c’est probablement une grande période de sécheresse qui entraîna un déclin rapide de cette civilisation au début du XIIIe siècle. Nous visitons aujourd’hui les ruines de leur capitale. Pyramides à degrés, temples, portes du soleil et de la lune : beaucoup de points communs avec les autres civilisations andines. Nous avons été particulièrement été intéressés par un temple semi-enterré dont une centaine de visages émergent des parois, par de nombreux monolithes sculptés (le plus grand fait 7m de haut) ou pas, inclus alors dans la structure des murs d’enceinte d’un temple, entourés de pierres taillées un peu à la manière des Incas. Et puis cette porte du soleil qui nous rappelait vaguement quelque chose… Mais oui, c’est probablement celle qui a inspiré Hergé pour son album Tintin et le temple du soleil !


    Dormir sur une île du Lac Titicaca

    Nous rêvions depuis longtemps de retourner au Lac Titicaca, que nous avions vu du côté péruvien il y a 24 ans. La Bolivie de l’autre côté nous faisait envie. Nous en avons presque terminé avec ce pays qui nous a enchantés, mais nous n’étions pas encore arrivés près de ce lac dont le nom ravit les enfants. Le découvrant en milieu d’après-midi, nous décidons de faire halte pour la nuit sur une île, ou plutôt une presqu’île car elle est reliée au continent par un petit chemin de terre qui chemine entre les joncs. Nous découvrons un paysage sauvage, une vue étendue sur le lac et passerons encore une nuit super tranquille au milieu de la nature.


    L’art du totora

    Le totora est une plante de la famille des roseaux, très répandue tout autour du lac Titicaca. Il est utilisé depuis des millénaires, parfois en adjonction avec du balsa, pour fabriquer des bateaux, un savoir qui se transmet de génération en génération. Nous nous arrêtons justement près de la maison de la famille de Paulino Esteban, un Bolivien maîtrisant suffisamment la technique de la totora pour avoir été convié à la fabrication de bateaux transocéaniques et notamment le célèbre Kon-Tiki. En 1947, ce bateau a relié la Polynésie à partir du Pérou. L’initiateur de cette traversée, le norvégien Thor Heyerdahl, voulait démontrer que les peuples sud-américains pouvaient avoir atteint la Polynésie à bord d’embarcations rudimentaires. Paulino Esteban participera à d’autres expéditions similaires dans différents endroits du monde. Et transmettra son savoir-faire à sa famille. C’est son fils qui nous a expliqué tout cela, photos et articles de presse à l’appui. Autour de sa maison, plusieurs embarcations sont en cours de fabrication. Et pour satisfaire les besoins des touristes, la famille fabrique aussi de multiples objets en totora et tous les textiles traditionnels de la culture Aymara. Un car de touristes est venu se joindre à nous, nous donnant l’occasion de faire quelques jolis clichés.


    Complètement barge !

    Nous approchons de la fin de notre parcours bolivien, prévoyant de traverser le Lac Titicaca au niveau de l’isthme de Copacabana. Seulement pour parvenir à cette ville, il y a un chenal à franchir. Alors que nous pensions monter sur un ferry digne de ce nom, nous voilà embarqués sur de simples barges en bois, éloignées du quai à l’aide de perches et mues par des moteurs de hors-bord. L’apparence fragile est contrebalancée par le fait que ce sont essentiellement des bus et des camions qui traversent, deux à la fois en général. C’est donc derrière un bus de tourisme que nous avons effectué la traversée. Bon finalement, pas de chavirage intempestif ! Pour situer notre inquiétude, je rappelle que Roberto n’est assuré qu’au tiers – il n’était pas possible de faire autrement – et que nous perdrions tout en cas de naufrage…


    Copacabana, Bolivie

    Copacabana est accessoirement une petite ville touristique de 6000 habitants, mais surtout un sanctuaire religieux, à la fois catholique et inca. Pour la partie catholique, la grande basilique Notre-Dame de Copacabana, toute blanche, abrite la célèbre sculpture de la Virgen de la Candelaria, figure religieuse majeure en Bolivie, sculptée par un descendant direct de la famille royale inca en 1580 et capable (entre autres miracles) de faire pleuvoir après de longues périodes de sécheresse. Ce qui a facilité la conversion au christianisme des amérindiens, très attachés par nature à tout ce qui touche la terre et les cultures. D’ailleurs, cette Virgen de Candelaria (ou Copacabana, c’est pareil) a été élevée au rang de vierge nationale de la Bolivie en 1825. Et c’est bien grâce à elle, grâce à une église qui lui était dédiée, que le célèbre quartier Copacabana de Rio de Janeiro porte ce nom.



    L’autre fait religieux majeur qui fait de Copacabana un sanctuaire religieux est la présence des Îles du Soleil et de la Lune. C’est de là que le dieu créateur inca Viracocha aurait lancé le Soleil et la Lune dans le ciel, et nous ne le savions pas ! Bon sang, mais c’est bien sûr ! Alors nous sommes allés visiter ces îles mythiques, en bateau avec une dizaine d’autres personnes. D’abord l’Île de la Lune (le temps pluvieux aurait desservi l’autre) où nous avons découvert le Temple des Vierges du Soleil. Des jeunes filles de bonne famille y apprenaient les taches domestiques pour soit être mariées à des Incas de l’Île du Soleil, soit être retenues pour des sacrifices humains. Qui perd perd en quelque sorte… Nous avons assisté là-bas par surprise à une cérémonie Inca. Le soleil étant revenu, nous sommes repartis vers le nord de l’ile éponyme pour admirer quelques vestiges incas dans un environnement superbe. Une table dédiée aux sacrifices humains (brrr), un rocher sacré avec une tête de puma* et un temple labyrinthique. Toucher le rocher sacré et boire de l’eau sacrée du temple nous a fait gagner au moins dix ans de vie ! Le bateau nous a ramené ensuite vers un ponton avant Copacabana où nous avons enfin pu déjeuner (il était 15 h !) d’une truite juste sortie d’un vivier sous le restaurant.

    *le condor, le puma et le serpent représentent les trois mondes de la cosmologie inca. Le premier domine le ciel, le second la terre et le troisième le sous-sol. Le lac Titicaca, sacré pour les Incas a d’ailleurs une forme de puma. Et Titicaca signifie en Quechua « puma de pierre ».

    Les contours du lac Titicaca dessinent un puma
    On peut voir un puma dans les contours du lac Titicaca. Les deux sont sacrés pour les Incas

    Actualité brûlante

    Comme en France, ce sont les élections en Bolivie. Probablement afin d’éviter les débordements, la législation prévoit de sévères restrictions, ainsi que le communique l’Ambassade de France sur les réseaux sociaux :


    Le port de Copacabana, où nous avons passé notre dernière nuit en Bolivie
    Le port de Copacabana, où nous avons passé notre dernière nuit en Bolivie

    Après avoir passé la nuit sur le port, nous avons tranquillement rejoint la frontière avec le Pérou. Adios la Bolivie, nous avons beaucoup aimé ce pays, à la fois beau et authentique. Un vrai coup de cœur !

  • 149. Santa Catarina & Parana

    Après le Rio Grande do Sul, nous remontons tranquillement vers le Nord, c’est à dire vers le soleil. Oui je sais, c’est perturbant pour moi aussi ! Nous traverserons en une dizaine de jours les états de Santa Catarina et de Paraná, un peu plus montagneux que le précédent, mais tout aussi performants en matière économique. C’est que ces 3 états sont ceux ayan le plus bénéficié de la politique d’immigration du début du XIXe siècle. Aujourd’hui, le taux de pauvreté y est plus faible que les états du nord du Brésil (1 sur 6 contre 1 sur 2).

    Parcours objet de cette publication, en version zoomable ici

    Désorientation spatiale

    Santa Catarina est à la fois une île et un état du Brésil, situé juste au Nord de celui que nous venons de quitter. Pour aller au Nord, il faut ici se diriger …vers le soleil, dont le mouvement apparent est différent dans l’hémisphère Sud. Si le soleil se lève toujours à l’Est et se couche toujours à l’Ouest, il va de l’un à l’autre en montant vers le Nord. Et ça, ça me perturbe beaucoup, j’ai toujours l’impression d’aller dans la mauvaise direction. Je ne me rendais pas compte à quel point mon sens de l’orientation était lié à ce mouvement. Claudie ne ressent aucune gêne par contre… Mais, me direz-vous, la nuit, voit-on l’étoile polaire au Nord ou au Sud ? Eh bien ni l’un ni l’autre, on ne la voit tout simplement pas de l’hémisphère Sud car elle est pile dans l’axe de rotation de notre planète en direction du Nord. Mais, me direz-vous, et les boussoles, s’orientent-elles vers le Nord ou le Sud ? Allez, je vous laisse le plaisir de chercher ou de donner votre langue au Chat. Pour ceux qui ne savent pas, l’application Le Chat est l’équivalent français du Chat GPT américain. Soyez patriotes, utilisez Le Chat et virez l’autre de votre ordi ou de votre téléphone !

    Pour en savoir davantage sur les astres et l’hémisphère Sud, cliquez sur ce lien

    Florianópolis, ville fantôme ou ville magique ?

    Cette ville est la porte d’entrée pour accéder à l’île de Santa Catarina. Elle est en outre la capitale de l’état brésilien éponyme. Visitée un dimanche en début d’après-midi, nous l’avons trouvée presque déserte, surtout en parcourant les rues piétonnes du centre historique. La population était-elle partie profiter des nombreuses plages de l’île ? ou plongée dans une sieste ? ou paniquée par un retour des sorcières ? Car en effet, de nombreuses sorcières auraient exercé dans l’île aux XVIIe et XVIIIe siècles, certaines étant accusées de provoquer des naufrages en éteignant les phares ou de séduire les marins, d’autres ayant perdu leur combat avec le diable ayant été pétrifiées, expliquant la forme bizarre de certains rochers sur les plages… Nous n’avons rien vu de tout ça, mais juste des ruelles vides avec des maisons colorées et de beaux muraux, un parc centré par un ficus au moins centenaire, une cathédrale et un musée fermés comme tout le reste.


    Santa Catarina, expérience mitigée

    Nous l’avons vite compris, ce que viennent chercher les gens à Santa Catarina, ce sont les plages et la vie nocturne. Ni l’un ni l’autre ne sont notre tasse de maté… En cherchant un peu dans ce fouillis désorganisé de routes bosselées (un ralentisseur tous les 200m environ) incapables de faire le tour de l’île, bordées de constructions d’architecture anarchique (on aurait cru Sint Maarten pour ceux qui connaissent), nous avons tout de même réussi à dégotter quelques coins sympathiques. D’abord une belle randonnée vers la pointe Nord-Est de l’île à partir d’un village qui semble oublié des touristes et nommé Lagune du Nord. Le soleil avait un peu de mal à pointer son nez, mais comme on le sait, les gens du Nord ont dans leur cœur etc. Claudie a pu apercevoir un singe qui se promenait dans les arbres.


    Pour rester sur le thème de la faune, nous avons visité ensuite le Projeto Tamar, une association à but non lucratif engagée dans la préservation des tortues marines au Brésil, surtout les espèces en voie de disparition. Ils ont 26 centres sur le pays et font beaucoup de pédagogie auprès des écoles, tout en soutenant les communautés de pêcheurs pour les orienter vers des alternatives.


    Enfin, nous nous sommes rendus au petit village de Ribeirao da Ilha, fondé par des pêcheurs venus des Açores et ayant relativement préservé son aspect initial : jolies maisons colorées de style colonial portugais dans la rue principale et une petite église dont la porte est surmontée d’une colombe géante. C’est apparemment récent, puisque les photos disponibles sur le net ne la montrent pas. A noter le grand nombre de parcs à huîtres dans la baie qui sépare le village du continent. Le coin serait la première région productrice d’huîtres de tout le Brésil.


    Quelques courses au retour sur le continent

    Comme à l’habitude, je furète toujours un peu dans les supermarchés à la recherche de produits insolites. En voici quelques-uns ajoutés à ma collection.


    Essor balnéaire

    Longeant un peu la côte pour en comprendre la gestion, nous trouvons une multitude de stations balnéaires se succédant les unes aux autres, sans espace intermédiaire non construit. Bien au contraire, le nombre de tours en construction est impressionnant. Pas sûr que cette bétonisation intensive soit accompagnée de mesures appropriées pour les consommations en eau et électricité ou pour les rejets. Difficile de le mesurer à notre échelle, mais nous avons cependant remarqué que même en ville, si le réseau mobile est bien présent, la bande passante est très faible (en clair, ça rame !). Vu de loin, le littoral a encore un peu de charme, mais ça risque de ne pas durer. Nous nous arrêtons pour la journée à Balneario Camboriu, une cité balnéaire très construite qui aurait des airs de Rio de Janeiro : plage immense longée de gratte-ciels étincelants (les 3 plus hauts du Brésil sont ici !), de bars-restaurants, et d’établissements nocturnes. La plage est très bien entretenue, apparemment ratissée tous les matins, mais quasi-déserte malgré le beau temps. Il faut dire que l’eau est assez fraîche, selon Claudie qui a osé y tremper les pieds. Nous admirons la grande roue de 85 m que nous n’aurons pas le plaisir de voir tourner ou de chevaucher pour cause d’ouverture rare en basse saison. Autre ressemblance avec Rio : la statue du Christ sur la colline. 5 m de moins que son homologue carioca, soit 33 m ce qui n’est pas si mal, mais celui de Balneario Camboriu émet la nuit des rayons de lumière multicolores vers la ville. Nous avons même attendu ce moment avant de quitter la ville pour dormir dans un endroit plus tranquille.


    Little Germany

    Après la Little Italy de Bento Gonçalves, nous découvrons maintenant la ville de Blumenau, colonisée majoritairement par des Allemands au début du XIXe siècle. Même si 90% de la ville affiche la même architecture indéterminée que les autres villes brésiliennes, certaines constructions résiduelles ou maintenues en état, essentiellement dans la rue principale de la ville, peuvent effectivement faire croire aux visiteurs qu’ils se trouvent au pays de Goethe. Si quelques maisons sont authentiques, comme la préfecture ou le joli bâtiment qu’occupe le magasin Havan (vous savez, celui se signalant par des statues de la liberté), la Vila Germanica a été construite uniquement dans un but touristique, reproduisant un petit quartier typico-allemand avec ses maisons à colombages, ses boutiques de souvenirs germaniques et ses brasseries aux menus riches en saucisses, jarret de porc et pommes de terre. Elle est le lieu d’une Oktoberfest (fête de la bière) la seconde plus importante au monde après celle de Munich, qui aurait la seconde fréquentation touristique du Brésil après le carnaval de Rio.

    Plus authentique est le petit musée qui préserve l’histoire du créateur de la ville en 1850, le Dr Hermann Blumenau, dans la maison originale de son neveu. On y raconte aussi l’histoire d’Edith Gaertner, la petite nièce du fondateur, 8ème enfant de la famille et seule fille. Alors qu’elle avait entrepris une carrière d’actrice en Allemagne, elle a du rentrer au Brésil pour soigner un de ses frères tombé malade, mœurs de l’époque. Pour tromper son ennui, elle aménagea un joli jardin tropical et recueillit une soixantaine de chats dont la plupart furent enterrés dans un cimetière dédié.

    Le cimetière pour chats d'Edith Gaertner
    Le cimetière pour chats d’Edith Gaertner
    plaques mortuaires

    C’est entre la ville de Blumenau et celle de Curitiba que nous passons dans l’état du Paraná


    Crash-test à Curitiba

    Nous nous présentons devant la grille de ce centre d’éducation à la sécurité routière. L’agent de sécurité fait des va-et-vient, apparemment nous aurions dû réserver. Mais non, la grille s’ouvre et nous sommes invités à nous garer et à nous présenter à l’accueil. Une dame du personnel, probablement la seule qui parle quelques mots d’Anglais, va nous prendre en charge pendant presque une heure, pas en continu mais en s’assurant que tout se passe bien pour nous. Ils sont comme ça les Brésiliens. Dans ce centre, les enfants comme les adultes viennent apprendre les bases de la sécurité routière, son coût humain dans le monde, la prévention des accidents, etc. Avec une mise en situation dans un camion qui se renverse, en soufflant dans un éthylomètre avant et après avoir croqué une cerise à l’eau de vie (enfin pas pour les enfants), en montant sur une balance qui indique combien on pèse en fonction de la vitesse (incroyable, à 80 km/h je pèse 15 tonnes !) et en subissant le fameux crash-test. Assis et sanglé sur un siège de voiture qui va circuler sur un rail, muni de lunettes de réalité virtuelle, on se retrouve, virtuellement donc, au volant d’un véhicule qui va foncer droit dans un mur. Mais le déplacement et le blocage soudain du siège n’ont rien de virtuels et tant le choc que le bruit qui l’accompagne sont impressionnants, d’autant plus que la vitesse testée n’était que de 10km/h. Un test qui devrait être proposé au moins une fois à tous les conducteurs. Nous n’aurons pas de diplôme à la sortie, mais nous serons pris en photo pour publication sur leur page Facebook la semaine prochaine. Avec notre accord bien sûr.


    Ah, un jardin botanique !

    Ça faisait longtemps que nous n’en avions pas visité. Celui de Buenos Aires semblait assez miséreux d’après les descriptions, rien d’encourageant non plus en Uruguay ou depuis notre entrée au Brésil. Et puis là, à Curitiba, il s’en trouve un avec bonne réputation. Il est même un emblème de la ville, figurant sur de nombreux supports et gadgets touristiques. Datant de 1991, il est constitué de jardins à la française (massifs et symétriques associant parterres de fleurs et haies bien taillées) au milieu desquels trône une superbe serre en verre et métal de style art-nouveau. On y trouve des espèces typiques de la flore tropicale humide brésilienne. A noter que le jardin botanique possède aussi un centre de recherches réputés, qui n’est pas accessible au grand public, aux sens propre comme figuré. J’adore trouver dans les nouveaux pays que nous visitons des espèces que je n’ai encore jamais vues. Et il y en a eu quelques-unes !


    Curitiba, la ville du pin bénit

    Bien que les coquilles orthographiques restent possibles, ce titre n’en contient pas. Il s’agit évidemment d’un jeu de mots qui m’a semblé judicieux – tant pis si je suis le seul à le penser – pour relier l’étymologie du nom de la ville et le casse-croûte favori de ses habitants. C’est un chef indien de la tribu Tingui qui aurait désigné par les mots « Coré Etuba » aux colons portugais l’endroit « rempli de pins » où construire leur ville. Quant au casse-croûte, il s’agit d’un chausson fourré aux pignons et farine de pin (c’est la pleine saison) avec saucisse ou viande. Le chausson lui-même a la forme d’un pignon de pin. Sur la place très animée où nous avons remarqué le stand, une longue file d’attente nous a dissuadés, mais manifestement, ça partait comme des petits pains !


    Sous son œil

    Mon titre est évidemment un clin d’œil à la série La Servante Écarlate qui vient de se terminer, mais la pièce maîtresse de ce Museu Oscar Niemeyer, du nom d’un architecte brésilien renommé qui finalisa ce projet à l’âge de 95 ans, est bien cet œil géant comme posé en équilibre sur un petit support quadrangulaire. Oscar Niemeyer était surnommé le « génie des courbes », on voit bien pourquoi dans certaines de ses œuvres exposées en maquettes dans le bâtiment.

    Nous reviendrons plus tard sur le contenu de la salle de l’œil, que l’on visite en général en dernier car l’accès se fait à partir du bâtiment principal du musée, paradoxalement un grand parallélépipède rectangle, comme pour mieux mettre l’autre en valeur. Neuf salles dans ce bâtiment sont consacrées à des expositions temporaires ou de moyenne durée, suffisamment pour satisfaire tous les goûts. J’en ai sélectionné trois et un outsider.

    D’abord celle de Gabriel de la Mora, un artiste mexicain qui travaille principalement avec des objets trouvés ou du quotidien. Mais loin de se contenter d’assemblages sommaires, il va réaliser ses œuvres avec une méticulosité qui force le respect. Et en parcourant l’exposition, on se prend au jeu de deviner devant une œuvre quel est le matériau de base qui a servi à sa réalisation. Je vous laisse le plaisir de deviner à votre tour, même si c’est encore plus difficile lorsqu’il s’agir d’une photo. Les réponses sont à la fin du carrousel.


    En seconde place arrive l’exposition de sculptures africaines baptisée « Afrique : expressions artistiques d’un continent« . Nous avons été impressionnés par la qualité des œuvres et du travail de présentation par les conservateurs.


    Et notre troisième lauréat est l’exposition d’art asiatique intitulée « Asie, la terre, les hommes, les dieux » tirée d’une collection de 3000 pièces donnée au musée par le diplomate et professeur Fausto Godoy. Toute l’Asie est représentée, là aussi avec des œuvres de qualité.


    En outsider, je rajouterais cette exposition de tapis afghans, datant des années 1980, et utilisant des motifs liés à la guerre : chars, missiles, hélicoptères, etc. qu’on s’attend peu à voir dans de tels objets. Les tisserands afghans ont toujours par tradition intégré leur quotidien dans leurs tapis, alors pourquoi pas la guerre ? Une seconde exposition juste à côté montre pour donner l’équilibre des tapis comportant cette fois des motifs de paix (les 2 dernières photos). L’honneur est sauf !


    Mais revenons à la pièce maîtresse du musée : la salle de l’œil, une immense pièce de 70m de longueur et 30m de largeur, qui expose depuis seulement 4 jours (pour une fois nous avons de la chance) et jusqu’à fin août des œuvres d’Eva Jospin (oui, la fille de Lionel…) dont une immense fresque en broderie couvrant la quasi-totalité des murs, soit près de 200 mètres linéaires, qui a déjà fait l’objet d’une exposition l’an dernier au Château de Versailles. Regardez les photos, c’est tout bonnement fabuleux. Le tissage a été réalisé à Mumbai sous la direction de l’artiste et à partir de ses dessins, où chaque trait a été remplacé par un fil de soie, de coton ou de jute avec plus de 400 nuances différentes. Quelques sculptures sur carton sont également présentées dans la salle, tout aussi bluffantes dans leur réalisation. Voir notamment La Forêt sur les photos. A noter que les thèmes de prédilection d’Eva Jospin sont la nature, la déambulation et les folies architecturales. Tout était dans cette pièce !

    Pour finir, ajoutons cette cerise sur le gâteau : les plus de 60 ans rentrent gratuitement, c’est-à-dire … à l’œil ! Aucune idée du prix pour les autres, mais quel qu’il soit, ça les vaut…


    La spécialité de Morretes

    La petite ville de Morretes, toute proche d’un parc naturel et de montagnes toutes vertes, a de quoi séduire les visiteurs, d’autant plus qu’on peut la rejoindre depuis Curitaba avec le train de la Sierra Verde, une expérience touristique à part entière avec des wagons refaits à l’ancienne comportant de petits balcons qui permettent d’admirer le paysage et de frémir lorsque le train passe quelques éperons rocheux. Mais ce train ne fonctionne que le week-end et nous arrivons bien sûr en semaine. En contrepartie, nous avons la ville pour nous seuls, en tant que touristes du moins. Nous flânons dans les rues aux maisons colorées qui restent lumineuses malgré la bruine ambiante, nous observons les ouistitis dans les arbres et nous nous arrêtons dans un restaurant pour goûter la spécialité locale : le barreado. C’est un ragout de viande de bœuf mijotée 20 heures durant dans un pot en terre que l’on scelle avec de la pâte. C’est servi avec des beignets de bananes, des quartiers d’orange et de la farine de manioc que chacun dose à sa façon pour épaissir la sauce de cuisson. Des accompagnements supplémentaires sont possibles. Nous avons eu pour notre part une salade de crudités et une assiette de riz blanc.

    Quand nous sommes repartis, toujours sous la pluie, nous avons traversé sur une route étonnamment pavée une forêt tropicale humide, brumeuse à souhait. Les bas-côtés abondaient de palmiers, bananiers, lianes, fougères. Nous aurions pu apprécier sereinement ce spectacle si nous n’avions pas vu dès le départ deux panneaux indiquant une hauteur limitée à 2,50m. Roberto fait 2,54m, mais nous avons tout de même tenté notre chance, la carte routière ne faisant état d’aucun tunnel. Respecter l’interdiction nous aurait conduit à reprendre la route de la veille que nous savions envahie de camions en roulant 60 kilomètres supplémentaires. Plus nous approchions de la fin de cette route traversière, plus nous redoutions de voir cet obstacle en hauteur, mais au final, rien de tel n’est apparu. La limitation était un pur bluff, pour sans doute obliger les poids-lourds à contourner cette route pavée et très sinueuse. Nous avons bien fait de passer outre, non mais !

    Nous quittons maintenant cet état du Paraná pour celui de São Paulo, dominé par la mégapole du même nom, qui n’est pas forcément renommée pour sa sécurité. Mais aura-t-elle un intérêt touristique ? Vous le saurez dans la prochaine publication…