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  • 171. En remontant l’Altiplano

    171. En remontant l’Altiplano

    Ayant décidé de mettre de côté les plaines amazoniennes de la Bolivie, nous poursuivons notre traversée de l’Altiplano, le plus haut plateau habité du monde situé entre 3000 et 4000m d’altitude, coincé entre deux chaines de la Cordillère des Andes. Nous y croiserons deux villes importantes du pays, Cochabamba et La Paz, avant de terminer notre parcours bolivien par le Lac Titicaca.

    Le parcours correspondant à cet article, inhabituellement sur une carte en relief pour mieux visualiser l’Altiplano. En version zoomable ici
    J’ai photographié cette carte dans un musée. En version coupe, elle montre bien aussi la situation particulière de ce haut plateau

    Arrêt au Parc Crétacé

    Dans Sucre, on voit des effigies de dinosaures partout. C’est qu’en 1994, les engins de chantier d’une cimenterie au nord de la ville ont dégagé fortuitement tout un pan de montagne recelant, après avis des scientifiques bien sûr, plus de 12000 empreintes de ces sauriens préhistoriques. Soit le plus grand site mondial. La plus longue trace de pas atteint 347m, également un record. Elle est le fait d’un bébé T. rex qui a marché là il y a 68 millions d’années, alors que le sol était plat – une grande baie en bord de mer. Lorsque la Cordillère des Andes s’est formée, cette plage devenue pierre a formé la pente que l’on connaît aujourd’hui et qui a fini par dévoiler ses secrets en s’érodant. Sous pression de la ville, la cimenterie a dû aménager des visites guidées, tout en étant gênée dans son activité. Poursuivant des dynamitages proches de la paroi, elle serait responsable d’un glissement de terrain qui aurait entraîné la disparition d’une cinquantaine d’empreintes. Précisément 48 grand pas perdus pour l’humanité.


    Un vieux caoutchouc

    Nous nous garons pour la nuit près du lit d’une rivière à 90% asséchée. De la fenêtre de Roberto, nous pouvons apercevoir la cime d’un arbre de belle taille. C’est un caoutchouc tricentenaire (Ficus elastica) qui possède non seulement une belle envergure, 30m de haut, 20m de large, mais aussi de superbes racines en volutes rayonnant sur une quinzaine de mètres. Leur hauteur atteint les 4m près du tronc, ce qui est plutôt peu commun. C’est un agriculteur qui nous permet de visiter, moyennant 50 centimes d’euro par personne, l’arbre âgé aujourd’hui de 330 ans (daté au carbone 14 !) dans le champ qu’il a acquis en 1994. Le précédent propriétaire, un ancien président de la Bolivie, possédait pas mal de terres dans la région, qu’il a décidé de vendre en lots sans avoir évalué précisément la valeur de celui-ci. Pour un homme politique, rien d’étonnant !


    Le musée du charango

    Moi non plus je ne savais pas de quoi il s’agit. Mais je ne suis pas musicien. Le charango est une sorte de petite guitare typique d’Amérique du Sud. Il a été conçu par les amérindiens qui ont adapté à leurs sonorités favorites les guitares et autres vielles importées par les conquistadors. Mais comme ces derniers leur interdisaient la pratique des instruments à cordes, ils ont fabriqué des modèles miniatures qu’ils pouvaient dissimuler plus facilement. Un petit musée de la ville d’Aiquile collectionne des merveilles de réalisation de ces instruments. Elle en façonne environ 400 par an et organise en novembre de chaque année à la fois un concours du plus beau charango et un festival de musique dédié à l’instrument. Du fait du concours, des modèles extraordinaires sont réalisés et exposés ici, soit par la qualité de leur fabrication dans une pièce de bois taillée dans la masse, soit par les motifs qui sont gravés ou collés sur la coque. A noter que les charangos les plus anciens étaient réalisés à partir de la carapace d’un tatou local. Les exigences de protection de l’espèce ont fait abandonner cette pratique.

    A titre anecdotique, nous nous sommes présentés pour visiter le musée un samedi, le seul jour de fermeture, ce que nous ignorions. Un passant nous a aidé à téléphoner au conservateur qui a accepté d’ouvrir l’établissement un peu plus tard rien que pour nous ! Et ce passant était un chanteur de musique folklorique bolivienne. Vous trouverez ci-après 2 vidéos YouTube, l’une relatant son parcours musical et l’autre étant un clip d’une de ses chansons. Bon visionnage !


    Dormir sur un terrain de foot

    Perché sur un plateau à 3000m d’altitude, ce terrain de foot apparemment désaffecté, recommandé par d’autres voyageurs dans notre application iOverlander, nous tendait les bras. Avec un bel environnement montagneux et floral. J’ai encore découvert de nouvelles espèces d’ailleurs. Rester dormir sur un terrain de foot dans la nuit du samedi au dimanche paraissait un peu risqué. Mais nous avons passé une nuit super tranquille.


    Cochabamba

    Nous sommes là dans la 3ème ville de Bolivie, avoisinant le million d’habitants. L’altitude modérée (2800m, tout est relatif dans ce pays !) et le climat doux et ensoleillé toute l’année en font un lieu agréable à vivre, tout en favorisant l’agriculture : Cochabamba est le grenier de tous les Boliviens.

    a) Le Christ de la Concorde

    Partant un peu vite du Brésil, nous avions raté le Christ Rédempteur de Rio de Janeiro, mais celui de Cochabamba est encore plus grand : 34,20m de hauteur contre 33 pour son concurrent brésilien. Le sculpteur se serait un peu gouré sur les cheveux et n’aurait pas respecté les 33 ans du Christ comme son prédécesseur… Entre les deux mains, on est à un peu moins de 33m d’envergure. La construction de cette statue monumentale a été décidée en 1987, dans le but de perpétuer le souvenir de la visite du pape Jean-Paul II cette année-là. Elle a duré 7 ans. La statue située sur une colline au-dessus de la ville est rejoignable selon le budget et le courage soit à pied (gratuit), soit en télécabine (0,70€ le trajet – ça a été notre choix) soit enfin en taxi (6€ l’aller-retour avec 30mn d’attente, ça reste raisonnable). Le panorama sur la ville vaut dans tous les cas le déplacement.


    b) Une nonne pour une Rolex

    « Si à cinquante ans, on n’a pas une Rolex, on a quand même raté sa vie« , disait le publicitaire français Jacques Séguéla. A Cochabamba, ont prenait les choses beaucoup moins à la légère. Pour ne pas rater sa vie, pour montrer son rang social, il fallait avoir mis au moins une de ses filles au couvent. Et la doter suffisamment pour qu’elle puisse porter le voile noir, ce qui lui permettait de se faire servir par les nonnes au voile blanc qui elles-mêmes se faisaient servir par les nonnes sans voile, les plus pauvres. Si toutes étaient assurées d’avoir une place au paradis, ce qui maintenait la paix sociale à l’intérieur du couvent, étaient-elles conscientes de l’incertitude sur l’absence de hiérarchie là-haut ? Cela dit, les conditions de vie étaient particulièrement austères, même pour les plus aisées des nonnes. Nous avons vu leurs chambres qui étaient plus petites que l’habitacle de Roberto, leur bibliothèque limitée à la littérature religieuse (un petit San Antonio aurait pu passer discrètement et donner un peu de piment à la vie monastique), leurs étagères tournantes qui leur permettaient d’échanger des denrées avec l’extérieur sans jamais voir la personne en face. Certes, les bâtiments sont de toute beauté, mais rester enfermé là-dedans la vie entière, était-ce vraiment une vie ? Heureusement, cela n’a plus lieu aujourd’hui, le Vatican a rendu la liberté aux nonnes qui le souhaitaient en 1960. Et les pères s’offrent une Rolex…


    c) Le jardin des villes et le jardin des champs

    Toujours sous un soleil radieux, nous commençons nos visites ce matin par le Palacio Portales. Notre guide nous la présente comme la maison la plus luxueuse jamais construite en Bolivie. Ce palais a été construit par Simon I Patino, le magnat de l’étain bolivien. Dans les années 1940, il fut l’homme le plus riche du monde. Alors il avait largement de quoi se faire bâtir de somptueuses maisons. Au milieu d’adorables jardins à la française parfaitement entretenus, le Palacio Portales est d’une grande élégance, autant dans les raffinements architecturaux de ses façades que dans le luxe de son aménagement intérieur. Les pièces s’inspirent volontiers de chefs d’œuvres européens comme cette galerie entourée de miroirs comme pour la bibliothèque du Vatican, cette réplique de la chapelle Sixtine ou encore une salle de style mauresque influencée par les palais de l’Alhambra. Tous les matériaux respirent la qualité, des sols en marbre de Carrare aux tapisseries murales en damas, des lustres vénitiens aux meubles finement sculptés à la main. Les chambres dans des teintes pastel dégagent une grande douceur. Mais vous n’en reviendrez peut-être pas quand vous saurez que ni le propriétaire ni aucun membre de sa famille n’ont habité ce palais. Le comble du luxe sans doute !

    Juste après, et ce n’était probablement pas une bonne idée, je suis allé faire un tour au jardin botanique de la ville. Le contraste a été saisissant. Les allées sont tout juste balayées, la végétation est à peine entretenue, beaucoup de bassins sont vides, les serres sont désertées et poussiéreuses, les statues sont rongées par le temps, les quelques fleurs meurent de soif. Moi qui aime beaucoup les jardins botaniques, je suis très déçu. La ville n’a manifestement pas les moyens ou la volonté d’entretenir ce lieu. Le plus grand paradoxe est qu’en marchant dans les rues après être sorti du parc, je trouve de jolies fleurs et de jolis massifs chez ou devant les particuliers. Comme quoi, au moins en matière d’embellissement végétal, l’argent privé l’emporte largement sur l’argent public.


    d) Cochabamba, en vrac

    Ci-dessous quelques images prises au cours de nos déambulations dans la ville, la plupart avec un petit commentaire.


    Détente…


    Bouchon

    C’est le moment de reprendre la route. Nous traversons l’interminable banlieue de Cochabamba pour nous retrouver enfin dans les montagnes. Mais après une quarantaine de kilomètres, nous voilà derrière une très longue file de poids-lourds arrêtés sur la route. Avec l’habitude des franchissements de douanes, nous doublons tout le monde. Nous arrivons bientôt à un village où tout semble bloqué. Les gens dorment ou pique-niquent à l’ombre de leur véhicule. Les marchandes du village passent et repassent pour vendre des glaces, des chips ou des boissons sucrées. Nous nous garons sur le côté, derrière un bus, laissant libre le côté gauche de la route. Il est 14h30, je pars aux renseignements. La route est fermée pour travaux depuis 9h ce matin et jusqu’à 17h ce soir, et cela tous les jours pour un peu plus de 2 mois. Pourtant, c’est l’unique route asphaltée entre la capitale et la 3ème ville du pays, sans alternative possible. Imaginez le capharnaüm si l’autoroute entre Paris et Lyon et toutes les alternatives possibles étaient fermées 8 heures par jour pendant 2 mois. On crierait au scandale ! Mais non ici, tout est calme, les gens sont habitués et attendent tranquillement la réouverture. Par contre, une demi-heure avant, c’est la pagaille totale : les premiers véhicules de la file mettent en route leur moteur et tout le monde fait de même. Tous ceux qui étaient sur les côtés, y compris une pauvre ambulance et des camions d’animaux de ferme, se précipitent sur la file du milieu. Je me demande comment vont passer les véhicules bloqués dans l’autre sens, mais je suis le mouvement. Il doit y avoir une raison. Les barrières n’ouvriront qu’à 17h pile et là c’est un grand concert de moteurs, de fumée, de klaxons et de pousse-toi-de-là-que-je-m ‘y-mette ! Finalement, tout se dégage lentement et la voie de gauche devrait être libre lorsque les véhicules venant en sens inverse, plusieurs kilomètres en amont, arriveront dans le village.


    Cultures de l’Altiplano

    Tout au long de notre route qui serpente entre 3500 et 4500 m d’altitude entre les montagnes de la Cordillère Est, nous passons de charmants villages et hameaux. Les murs et les clôtures des maisons sont généralement en briques d’adobe tandis que la toiture est en paille. Devant, une cour héberge souvent un four hémisphérique et quelques animaux : poules, ânes, cochons et lamas. Autour, on cultive quinoa, maïs, blé et pommes de terre, et ça a l’air de bien pousser malgré l’altitude. Dans un de ces villages, nous avons trouvé une petite église abandonnée, toute en adobe également. Nous croisons rarement du monde, mais les contacts sont en général sympathiques et accompagnés d’un généreux sourire. Par respect et sachant qu’ils n’aiment pas ça, nous nous retenons de les photographier, mais ce n’est pas l’envie qui nous manque, d’autant que, aussi bien les gens que les tenues traditionnelles qu’ils portent au quotidien sont hautement photogéniques.


    La capitale la plus haute du monde

    La Paz est une capitale étonnante à plus d’un titre. D’abord par son histoire, la ville ayant été créée en 1548 pour pacifier – d’où son nom – le Haut-Pérou et le Bas-Pérou qui s’entre-tuaient, une guéguerre entre deux conquistadors à gros ego. La ville était si bien placée sur le plan commercial qu’elle vola en 1900 le titre de capitale à Sucre, victime du déclin de l’argent. La Paz est étonnante aussi de par sa géographie, occupant une immense cuvette située entre 4000 m et 3400 m d’altitude. Contrairement à ce qui se passe généralement, les habitants les plus pauvres sont sur les hauteurs tandis que les plus riches sont tout au fond, profitant d’un taux d’oxygène plus élevé et de températures plus clémentes. Arpenter les rues les plus touristiques – pas pour autant chargées de touristes – est un régal pour les yeux. L’artisanat andin et ses couleurs vives y est omniprésent, aussi bien devant et dans les boutiques qu’au-dessus des ruelles. Les classiques parapluies sont ici remplacés par de jolis carrés suspendus aux motifs géométriques ainsi que des guirlandes de pompons et autres babioles. La vieille ville est aussi un marché à ciel ouvert avec des vendeurs envahissant les trottoirs et proposant un peu de tout, du maïs égrené aux bas nylon en tas, en passant par des fromages frais vendus sans réfrigération voisinant avec des articles de plomberie. On trouve dans la capitale bolivienne davantage de fresques murales que dans les autres villes que nous avons pu visiter. Pas toujours bien entretenues mais très locales dans le style. L’auteur le plus typique est Mamani Mamani, mais il est loin d’être le seul sur place. Les motifs quechua ou aymara sont fréquemment retrouvés sur les devantures ou sur quelques véhicules. Je ne sais pas si on peut faire rentrer ça dans le street-art mais les vieux bus Dodge bringuebalants aux couleurs vives et accessoires chromés font aussi partie du décor des rues.


    Un papier sur une feuille

    Le jour de nos noces de papier, il a été amusant et adéquat de visiter un musée dédié à une feuille. Mais pas n’importe laquelle : la feuille de coca. Dans l’argumentaire très instructif, on apprend vite à différencier la cocaïne, drogue éminemment addictive et danger mondial, de la coca, psychostimulant d’usage traditionnel depuis des millénaires dans les Andes qui est comparé ici à notre utilisation quotidienne du café. On apprend aussi que, outre la mastication des feuilles pour supporter la fatigue, la faim et surtout l’altitude, la coca participe à de nombreux rituels religieux, dont des offrandes à la Pachamama ou au démon des mines El Tio, aux voyages à pied dans la cordillère, à la dot des futurs mariés et même à certaines négociations sociales. Étonnamment, la feuille de coca a été utilisée directement comme une monnaie. On nous parle aussi de l’influence négative des occidentaux. Les conquistadors ont d’emblée interdit l’usage de la coca aux amérindiens avant de s’apercevoir que le rendement des travailleurs était bien meilleur s’ils en consommaient. La réintroduction a été rapide… accompagnée d’une taxation. Ces mêmes conquistadors ont alors compris les profits qu’ils pouvaient tirer de la petite feuille et ont lancé des cultures intensives. Ils se sont effectivement enrichis, mais pas les amérindiens. Devant la hausse de la demande mondiale, la cocaïne a été synthétisée. Cette fois, ce sont des multinationales qui se sont enrichies. Les amérindiens sont restés aussi pauvres mais en bonne santé alors que celle des occidentaux en pâtissait lourdement. Et la situation continue de se dégrader. Paradoxalement, on préfère aujourd’hui rejeter la faute sur les pays producteurs, qui n’ont pourtant fait que s’adapter à la demande. C’est tellement plus pratique que de taper sur les consommateurs. Et heureusement pour les populations andines, l’ONU a bien fait la différence entre la cocaïne et la coca et autorisé cette dernière dans les pays où l’usage est traditionnel. Alors nous on n’a pas encore trop mâchouillé les feuilles, mais nous avons par contre testé les bonbons et l’élixir qui se pulvérise sous la langue. Ça a l’air de plutôt marcher. Sinon il y a un petit café à côté qui sert toutes sortes de préparations à base de coca.


    Parcourir la ville en télécabine

    Depuis 2012, la ville de La Paz est équipée d’un réseau de télécabines, appelé ici Mi Teleferico. Cela fonctionne à la manière d’un métro, peu envisageable ici en raison des importants reliefs de la ville (de 3600 à 4200 m d’altitude). En 2026, 10 lignes sont installées, chacune baptisée par une couleur, pour un parcours total de 30 km Pour un prix modique (0,30 € le premier téléphérique puis 0,20 € les suivants), nous nous sommes régalés à survoler toute la ville, observer le magnifique panorama, voir de haut l’animation des rues, explorer l’architecture éclectique et colorée, repérer des endroits que nous aimerions visiter par la suite. Si l’on inclut la pause de midi au restaurant entre 2 télécabines, c’est presque une journée entière que nous avons passé dans les transports en commun et pourtant nous avons adoré !

    Plan des lignes du télécabine de La Paz en 2026
    Plan des lignes du télécabine de La Paz en 2026

    Le marché aux sorcières

    Un quartier est réservé à la médecine traditionnelle amérindienne (quechua ou aymara) avec de nombreuses potions, herbes médicinales, amulettes et autres objets utilisés dans les rituels chamaniques comme les fœtus de lamas. Les Espagnols ont appelé cet endroit « marché des sorcières« , et les commerçants en jouent auprès des touristes en exposant des portraits de sorcières grimaçantes au chapeau pointu telles qu’on les imagine dans le monde occidental, mais ici rien à voir. C’est plutôt du chamanisme.


    Un beau musée d’art

    Le Museo Nacional de Arte est installé dans un magnifique palais colonial datant du XVIIIe siècle, une œuvre d’art en lui-même avec son élégant patio entouré d’arches de pierre sur 3 étages. Il est dédié à la diffusion de l’art bolivien, de la période coloniale à l’art contemporain. Que des œuvres de qualité et dans un style différent de ce que l’on a l’habitude de voir, quelle que soit la période. Voici une petite sélection de nos œuvres préférées.

    Fraternidad de Cristian Laime
    Fraternidad de Cristian Laime – 2023 – Museo Nacional de Arte – La Paz

    Lustrabotas

    Sur la très animée place Murillo de La Paz, un cireur de chaussures muni d’une cagoule remontée jusqu’au nez propose à Claudie de cirer ses chaussures pour 3 pesos (30 centimes d’euro). La cagoule, c’est une particularité des cireurs de chaussures de La Paz. Initialement moyen de se protéger du froid et du soleil (la ville est à 4000m d’altitude), la cagoule a permis ensuite de dissimuler le travail des enfants et adolescents, nombreux dans la profession. C’est aussi et surtout un symbole d’appartenance à un groupe social, une façon de lutter activement et avec fierté contre la stigmatisation dont est victime le métier. Notre lustrabota n’était manifestement pas un enfant. Il a fait du super boulot malgré une bonne part de textile sur les chaussures. Nous avons « généreusement » donné 10 pesos (1 €…) au lieu des 3 pesos demandés. Il ne faut pas casser le marché !


    Textiles, masques et art plumaire

    Les capitales, c’est bien connu, hébergent souvent les plus beaux musées du pays. Après le superbe Museo Nacional de Arte (voir ci-dessus) nous voilà maintenant à visiter, lui aussi installé dans un ancien palais colonial, le Museo Nacional Etnografia y Folklore. Vous voyez à peu près de quoi il s’agit. De nouveau des collections de grande qualité, très bien présentées. Nous nous sommes régalés. Difficile de raconter tout cela. Voici en collections de photos nos 3 expositions préférées : la première sur les textiles andins et leur technique de fabrication plus complexe qu’elle n’en a l’air, la seconde sur une incroyable collection de masques issus des différentes régions de Bolivie, et la troisième sur l’art plumaire (oui oui, ça existe !).


    Détente (bis)


    Tout sur la bolivianite

    Le suffixe pourrait faire penser à une sorte de tourista chopée dans les stands de nourriture des marchés de La Paz ou Sucre, mais non. D’abord ces marchés n’ont pas si mauvaise réputation, on y mange des plats basiques et sains à tout petit prix. Et puis la bolivianite, appelée aussi amétrine, est une variété très rare de quartz qui combine l’améthyste (violet) et la citrine (jaune) dans un même cristal, formant des zones de couleur distinctes. Ce minéral est presque uniquement extrait dans le sud-est de la Bolivie, notamment dans la mine Anahí, et est apprécié en joaillerie pour son aspect unique. Amé (thyste) + (ci) trine = amétrine, vous l’avez ?

    P.S. Il n’est pas certain que la première photo corresponde bien à un minerai de bolivianite, j’ai oublié de photographier la légende dans ce musée de Potosi. Quant à la dernière, je ne sais pas trop ce que c’est que cette « boulangerite » mais le nom m’a amusé…


    L’empire méconnu

    Si tout le monde ou presque (j’ai un doute pour la moitié des étatsuniens d’Amérique qui pense que ) a entendu parler de l’empire Inca, peu connaissent la civilisation qui les a précédé, les Tiwanakus. De leur petit village naissant au bord du Lac Titicaca en 1580 av. J.-C., où ils furent les initiateurs mondiaux de la culture de la pomme de terre et où ils élevaient déjà des lamas, ils réussirent jusqu’en 1200 ap. J.-C. à constituer un véritable empire similaire à celui que développeront les Incas 2 siècles plus tard. Leur première grande cité fut Tiahuanaco, occupant 400ha et hébergeant jusqu’à 100 000 habitants. Si les Tiwanakus étaient capables très tôt de travailler les métaux précieux, leur économie reposait essentiellement sur l’agriculture, grâce notamment à la maîtrise de la sélection de variétés, de la culture en terrasses et de l’irrigation (bien avant les Incas à qui pourtant on attribue ces découvertes). C’est grâce à la fabrication du bronze et de l’étain – ces deux métaux conférant des avantages sur le plan militaire – qu’ils commencèrent à étendre leur territoire. Mais leur dépendance à l’agriculture restait grande et c’est probablement une grande période de sécheresse qui entraîna un déclin rapide de cette civilisation au début du XIIIe siècle. Nous visitons aujourd’hui les ruines de leur capitale. Pyramides à degrés, temples, portes du soleil et de la lune : beaucoup de points communs avec les autres civilisations andines. Nous avons été particulièrement été intéressés par un temple semi-enterré dont une centaine de visages émergent des parois, par de nombreux monolithes sculptés (le plus grand fait 7m de haut) ou pas, inclus alors dans la structure des murs d’enceinte d’un temple, entourés de pierres taillées un peu à la manière des Incas. Et puis cette porte du soleil qui nous rappelait vaguement quelque chose… Mais oui, c’est probablement celle qui a inspiré Hergé pour son album Tintin et le temple du soleil !


    Dormir sur une île du Lac Titicaca

    Nous rêvions depuis longtemps de retourner au Lac Titicaca, que nous avions vu du côté péruvien il y a 24 ans. La Bolivie de l’autre côté nous faisait envie. Nous en avons presque terminé avec ce pays qui nous a enchantés, mais nous n’étions pas encore arrivés près de ce lac dont le nom ravit les enfants. Le découvrant en milieu d’après-midi, nous décidons de faire halte pour la nuit sur une île, ou plutôt une presqu’île car elle est reliée au continent par un petit chemin de terre qui chemine entre les joncs. Nous découvrons un paysage sauvage, une vue étendue sur le lac et passerons encore une nuit super tranquille au milieu de la nature.


    L’art du totora

    Le totora est une plante de la famille des roseaux, très répandue tout autour du lac Titicaca. Il est utilisé depuis des millénaires, parfois en adjonction avec du balsa, pour fabriquer des bateaux, un savoir qui se transmet de génération en génération. Nous nous arrêtons justement près de la maison de la famille de Paulino Esteban, un Bolivien maîtrisant suffisamment la technique de la totora pour avoir été convié à la fabrication de bateaux transocéaniques et notamment le célèbre Kon-Tiki. En 1947, ce bateau a relié la Polynésie à partir du Pérou. L’initiateur de cette traversée, le norvégien Thor Heyerdahl, voulait démontrer que les peuples sud-américains pouvaient avoir atteint la Polynésie à bord d’embarcations rudimentaires. Paulino Esteban participera à d’autres expéditions similaires dans différents endroits du monde. Et transmettra son savoir-faire à sa famille. C’est son fils qui nous a expliqué tout cela, photos et articles de presse à l’appui. Autour de sa maison, plusieurs embarcations sont en cours de fabrication. Et pour satisfaire les besoins des touristes, la famille fabrique aussi de multiples objets en totora et tous les textiles traditionnels de la culture Aymara. Un car de touristes est venu se joindre à nous, nous donnant l’occasion de faire quelques jolis clichés.


    Complètement barge !

    Nous approchons de la fin de notre parcours bolivien, prévoyant de traverser le Lac Titicaca au niveau de l’isthme de Copacabana. Seulement pour parvenir à cette ville, il y a un chenal à franchir. Alors que nous pensions monter sur un ferry digne de ce nom, nous voilà embarqués sur de simples barges en bois, éloignées du quai à l’aide de perches et mues par des moteurs de hors-bord. L’apparence fragile est contrebalancée par le fait que ce sont essentiellement des bus et des camions qui traversent, deux à la fois en général. C’est donc derrière un bus de tourisme que nous avons effectué la traversée. Bon finalement, pas de chavirage intempestif ! Pour situer notre inquiétude, je rappelle que Roberto n’est assuré qu’au tiers – il n’était pas possible de faire autrement – et que nous perdrions tout en cas de naufrage…


    Copacabana, Bolivie

    Copacabana est accessoirement une petite ville touristique de 6000 habitants, mais surtout un sanctuaire religieux, à la fois catholique et inca. Pour la partie catholique, la grande basilique Notre-Dame de Copacabana, toute blanche, abrite la célèbre sculpture de la Virgen de la Candelaria, figure religieuse majeure en Bolivie, sculptée par un descendant direct de la famille royale inca en 1580 et capable (entre autres miracles) de faire pleuvoir après de longues périodes de sécheresse. Ce qui a facilité la conversion au christianisme des amérindiens, très attachés par nature à tout ce qui touche la terre et les cultures. D’ailleurs, cette Virgen de Candelaria (ou Copacabana, c’est pareil) a été élevée au rang de vierge nationale de la Bolivie en 1825. Et c’est bien grâce à elle, grâce à une église qui lui était dédiée, que le célèbre quartier Copacabana de Rio de Janeiro porte ce nom.



    L’autre fait religieux majeur qui fait de Copacabana un sanctuaire religieux est la présence des Îles du Soleil et de la Lune. C’est de là que le dieu créateur inca Viracocha aurait lancé le Soleil et la Lune dans le ciel, et nous ne le savions pas ! Bon sang, mais c’est bien sûr ! Alors nous sommes allés visiter ces îles mythiques, en bateau avec une dizaine d’autres personnes. D’abord l’Île de la Lune (le temps pluvieux aurait desservi l’autre) où nous avons découvert le Temple des Vierges du Soleil. Des jeunes filles de bonne famille y apprenaient les taches domestiques pour soit être mariées à des Incas de l’Île du Soleil, soit être retenues pour des sacrifices humains. Qui perd perd en quelque sorte… Nous avons assisté là-bas par surprise à une cérémonie Inca. Le soleil étant revenu, nous sommes repartis vers le nord de l’ile éponyme pour admirer quelques vestiges incas dans un environnement superbe. Une table dédiée aux sacrifices humains (brrr), un rocher sacré avec une tête de puma* et un temple labyrinthique. Toucher le rocher sacré et boire de l’eau sacrée du temple nous a fait gagner au moins dix ans de vie ! Le bateau nous a ramené ensuite vers un ponton avant Copacabana où nous avons enfin pu déjeuner (il était 15 h !) d’une truite juste sortie d’un vivier sous le restaurant.

    *le condor, le puma et le serpent représentent les trois mondes de la cosmologie inca. Le premier domine le ciel, le second la terre et le troisième le sous-sol. Le lac Titicaca, sacré pour les Incas a d’ailleurs une forme de puma. Et Titicaca signifie en Quechua « puma de pierre ».

    Les contours du lac Titicaca dessinent un puma
    On peut voir un puma dans les contours du lac Titicaca. Les deux sont sacrés pour les Incas

    Actualité brûlante

    Comme en France, ce sont les élections en Bolivie. Probablement afin d’éviter les débordements, la législation prévoit de sévères restrictions, ainsi que le communique l’Ambassade de France sur les réseaux sociaux :


    Le port de Copacabana, où nous avons passé notre dernière nuit en Bolivie
    Le port de Copacabana, où nous avons passé notre dernière nuit en Bolivie

    Après avoir passé la nuit sur le port, nous avons tranquillement rejoint la frontière avec le Pérou. Adios la Bolivie, nous avons beaucoup aimé ce pays, à la fois beau et authentique. Un vrai coup de cœur !

  • 164. Chaud devant !

    164. Chaud devant !

    Après cette parenthèse chilote, nous voici repartis sur le continent, avec de bonnes routes pour le moment. Notre amour pour les zigzags aidant, nous repartons vers les montagnes, ou plutôt vers les volcans, dont la région possède des exemplaires particulièrement actifs. Et qui dit volcan dit thermalisme. Nous allons bien sûr goûter à tout ça !

    Chaud devant
Le parcours correspondant à cet article
    Le parcours correspondant à cet article, en version zoomable ici

    Un bateau dans la façade

    Arrivés à Puerto Varas, une ville de 53 000 habitants située au bord d’un grand lac, nous remarquons d’abord de grands hôtels de style international, puis des maisons haut de gamme. Manifestement, la ville est économiquement plus riche que les précédentes que nous avons visitées. Mais c’est une maison très singulière qui va tout particulièrement attirer notre attention. D’abord parce que la proue d’un bateau en dépasse, tout comme la moitié droite d’un autobus. Mais le reste de la façade est tout aussi atypique, très désorganisé et émaillé d’objets hétéroclites. L’entrée de ce Musée Pablo Fierro est gratuite mais à horaires variables, nous devrons nous y reprendre à deux fois. L’intérieur confirme la première impression : le bâtiment est fait de multiples pièces, recoins, escaliers, alcôves, greniers, dans lesquels on circule en explorateur. Le sol, les murs, les plafonds, les étagères, les placards sont emplis d’objets des plus divers accumulés au fil du temps par le propriétaire qui a construit et aménagé tout cela de A à Z, en commençant par y exposer ses propres peintures. Car oui, c’est un artiste-peintre qui a commencé sa carrière en dessinant les vieilles maisons de la région pour en conserver le souvenir. Et chiné de nombreux objets pour la même raison. Tout en mettant tout cela en scène avec passion et poésie. Un doux-rêveur comme on les aime ! A noter que le bâtiment était autrefois une station de pompage pour l’eau de la ville (on voit encore les supports des canalisations sur le lac) qui a été offerte par la municipalité à l’artiste au vu de ses nobles intentions. Ils n’ont certainement pas été déçus !


    S’il te plaît, dessine-moi un volcan

    Rares sont les cartes postales de Puerto Varas qui ne montrent pas le cône parfait en enneigé du volcan Osorno se reflétant sur le lac. Garés au moment du déjeûner face à l’eau, nous aurions DÛ voir ce volcan.

    Mais le ciel gris en a décidé autrement, nous ne pouvons qu’imaginer le spectacle. À moins d’utiliser l’une des ces petites astuces que permettent aujourd’hui nos smartphones. Je prends une photo derrière le pare-brise de Roberto, je découpe le paysage gris en 3 secondes avec la fonction lasso de mon gestionnaire d’images, et je le remplace par la photo du fameux volcan récupérée sur Internet. 2 minutes maximum et vous pouvez profiter avec nous du spectacle … que nous aurions dû contempler !


    Le volcan pour de vrai

    Maintenant que ce volcan nous a fait de l’œil, nous ne résistons pas à aller voir ce volcan Osorno de plus près. C’est juste à 50 km, de l’autre côté du lac. Une petite route étroite et bien pentue, mais goudronnée, quitte la côte à un endroit fréquenté par des renards argentés. Nous regardons un instant ces animaux à peine farouches avant d’y engager Roberto. Au sommet, le parking est déjà un gravier de pierres volcaniques de couleur rouille. La base du volcan est toute proche, mais son sommet est toujours dissimulé par les nuages. Le verrons-nous un jour ? Nous empruntons un télésiège pour gagner un peu de temps car nous sommes arrivés en milieu d’après-midi, et entamons une jolie randonnée sur les crêtes des cratères secondaires qui entourent le principal. Nous aurions bien pris dans la foulée le second tronçon du télésiège qui menait jusqu’à un glacier, mais malheureusement fermé pour cause de travaux. Nous profiterons tout de même de superbes paysages (nous sommes à plus de 900 m d’altitude) et de couleurs extraordinaires au niveau du sol. 17 h il est temps de redescendre, sans avoir pu apercevoir le sommet de ce volcan décidément bien timide. Nous serions bien restés dormir là-haut, mais la zone étant classée réserve naturelle, ce n’était pas permis.


    Le volcan pour de vrai (bis)

    Redescendus au niveau du lac, nous trouvons une zone dégagée un peu à l’écart de la route pour y passer la nuit. Nous vaquons à nos occupations de fin de journée (diamond painting + podcasts pour Claudie, travail sur les photos et le blog pour moi) quand nous nous apercevons soudain, en jetant un œil par la fenêtre, que pratiquement tous les nuages autour du volcan Osorno se sont évaporés et que celui-ci apparait dans toute la splendeur du soleil du soir ! Magique ! Au petit matin, il est encore là, mais c’est un rapace planté devant le pare-brise de Roberto qui accapare notre attention. Bien décidé à nous observer, il ne se sauvera qu’au moment où je vais démarrer le moteur… J’ai bien pensé aux essuie-glaces, mais ç’aurait été méchant !


    Marins d’eau douce ?

    À 200 km au nord-est de là, Valdivia est une ville assez déroutante. C’est un port fluvial important qui a dû sa croissance à sa position idéale comme escale pour les bateaux qui remontaient par l’océan Pacifique en provenance du détroit de Magellan. Sa rivière d’eau douce, curieusement appelée Calle Calle (Rue Rue…) est pourtant fréquentée par des lions de mer, dont un individu nous a surpris, sommeillant sur le gazon d’une route fréquentée, loin du rivage. Mais comment était-il arrivé là ? Le marché aux poissons, qui semble très actif, vend principalement des espèces et des coquillages provenant du Pacifique. Ce sont d’ailleurs probablement les déchets générés qui expliquent la présence des lions de mer, prêts à braver l’eau douce pour glaner un peu de nourriture. On peut être étonné aussi de trouver sur les quais une réplique du pendule de Foucault, la plus au sud de la Terre, et dont le mouvement apparent du socle se fait dans le sens inverse de l’exemplaire parisien. Dans un parc de la ville, nous avons trouvé aussi de drôles d’oiseaux, guères communs chez nous : des ibis à tête noire, particulièrement râleurs et bruyants. Dans le même parc, nous visitons une maison d’une famille … allemande. Eh oui, les Allemands ont été parmi les premiers migrants européens à arriver au Chili vers 1850. Il y en a eu d’autres vers 1945, mais les premiers étaient tout à fait respectables. Quant à ce sous-marin d’origine anglaise, revendu à la marine chilienne, amarré définitivement au quai de Valdivia pour y être transformé après des années de bons et loyaux services sous les mers du monde, c’est parce qu’il avait moins de risque de rouiller qu’il est arrivé là. Ce n’est pas parce qu’il était dirigé par des marins d’eau douce !


    Hyperactif

    Alors que la dernière éruption du paisible Osorno datait de 1869, le volcan Villarica, surplombant le lac du même nom, est l’un des plus actifs du Chili. La dernière éruption a duré de 2014 à avril 2025, ce qui a laissé le temps de bien réévaluer le risque et de mettre en place nombre d’alertes et de panneaux de signalisation pour les habitants. Si elle n’a pas fait de victime, elle a tout de même entraîné l’évacuation de plus de 3000 personnes. L’éruption la plus grave, en 1849, a causé la mort de plus de 100 personnes, emportées dans des torrents de boues, de lave ou intoxiquées par des gaz toxiques. La colonne de cendres au-dessus du volcan dépassait les 8 km de hauteur. Étonnamment, au sommet se trouvent à la fois un cratère de lave à ciel ouvert et un glacier. De quoi attraper un chaud et froid pour les alpinistes/andinistes qui s’y risquent ! Pour notre part, nous sommes restés bien sagement au bord du lac, à profiter du panorama, de la flore et d’une jolie plage de pierres de lave rouge brique. Contrairement aux Chiliens, nous n’avons pas tenté la baignade. Le trempage d’un seul doigt nous en a dissuadé. Il nous faut au minimum 26°C ! Mais nous allons bientôt trouver « chaussure à notre pied », voire mieux encore, à l’étape suivante.


    Les thermes géométriques

    Les magnifiques couleurs des Termas Geometricas au Chili
    Les magnifiques couleurs des Termas Geometricas au Chili

    Lorsque des sources chaudes ont été découvertes dans une étroite vallée proche du volcan Villarica, les propriétaires ont eu la bonne idée de faire appel à un architecte pour les aménager. Le résultat appelé Termas Geometricas (thermes géométriques) tranche avec les installations quelconques autour des autres sources des environs et est plutôt exceptionnel, se situant parmi les plus beaux thermes que nous ayons vu. Au milieu de cette vallée de 15 à 30 m de largeur circule une passerelle en zigzags peinte d’un beau rouge vif qui tranche avec la végétation exubérante environnante, la mettant particulièrement bien en valeur. De part et d’autre se répartissent une quinzaine de petits bassins aux contours anguleux, soigneusement revêtus de pierres naturelles taillées. Pour chacun d’entre eux, la température est indiquée, avec un chiffre des unités amovible pour s’adapter aux caprices de la nature. Cela va de 36 à 45°C pour ceux remplis d’eau thermale. Les plus intrépides peuvent profiter de cascades qui viennent des montagnes au-dessus avec une eau bien plus fraîche, annoncée alors à 8°C (le chiffre lui aussi est amovible, on imagine que cela peut descendre encore en dessous !). Avant de nous immerger dans différents bassins, nous avons gravi la passerelle jusqu’au fond du ravin, dans une superbe ambiance de fumerolles et de relents soufrés. Arrivés de bonne heure, nous avons presque eu le site pour nous seuls la première heure. Après, le monde est arrivé… c’est que le lieu est réputé, et il y a de quoi !


    Le poète et les locomotives

    Nous effectuons un arrêt technique à Temuco, 600 km au sud de Santiago, pour y changer les pneus de Roberto, bien éprouvés par les routes en gravier de Patagonie. La ville est connue pour ses liens étroits avec Pablo Neruda, poète et prix Nobel de littérature, qui a passé son enfance et son adolescence ici. La directrice de son lycée, Gabriela Mistral, a été elle-même prix Nobel de littérature. L’expression « les grands esprits se rencontrent » a pris ici tout son sens ! Nous profitons de notre passage pour visiter le musée ferroviaire, qui a aussi un lien avec le poète primé car le père de Pablo Neruda était cheminot. Temuco a été la première gare importante sur les chemins de fer du sud et constituait un poste de ravitaillement en eau et en charbon indispensable aux locomotives à vapeur du tout début du XXe siècle. Elle comprenait également un atelier de maintenance et de réparation, avec une plate-forme tournante pouvant héberger 34 locomotives. Cette zone qui a accueilli aussi des locomotives diesel et électriques de 1954 à 1983 est aujourd’hui transformée en musée. Nous avons admiré les belles machines, pour beaucoup d’origine allemande ou japonaise, tout en glanant des informations sur l’histoire du lieu. Nous avons regretté l’absence de possibilité d’accès aux machines et surtout aux voitures spécialisées (couchettes, restaurant, suite présidentielle, etc.) en dehors des visites guidées. Une jolie exposition de peinture évidemment sur le thème du rail nous a permis de terminer sur une bonne note. On y parlait aussi de Pablo Neruda, mais nous aurons l’occasion de revenir très bientôt sur ce personnage majeur dans la culture chilienne.


    Les gens de la terre

    C’est comme ça qu’ils s’appellent, les Mapuche, dans leur langue le Mapudungun. Ce peuple autochtone était là bien avant l’arrivée des colons européens et, malgré les multiples tentatives d’annihilation de la part de nos congénères, est toujours bien présent. Ce sont les amérindiens majoritaires dans la région centre-sud du Chili et d’Argentine. Particulièrement résistants aux envahisseurs, ils ont réussi à repousser les Incas et ont tenu longtemps face aux Espagnols, bien après l’indépendance du Chili. D’ailleurs, leur autonomie a été reconnue par un traité en 1641, un cas unique en Amérique coloniale. Aujourd’hui, les Mapuche n’ont de cesse de revendiquer leurs droits et les terres qui leur ont été volées, admirables de fierté et de résilience. Ils sont depuis toujours profondément liés à la nature, notamment dans les esprits en qui ils croient. Ça et là, de petits musées dédiés nous en apprennent un peu plus à chaque fois. Notamment à Temuco, centre géographique de leur culture.


    Un bisou et au revoir !

    En Français dans le texte, c’est l’expression que l’on peu lire sur les murs et grilles d’un grand bâtiment de la ville de Traiguén. En gagnant le portail on trouve confirmation de la présence française avec l’inscription « Alliance Française Louis Pasteur » au-dessus de la porte. Une alliance française dans une petite ville de 20 000 habitants à 600 km de la capitale ? Mais pourquoi donc ? Nous allons nous renseigner à l’accueil de ce collège. Curieusement, personne n’y parle Français, mais ils connaissent l’histoire de l’établissement : ce fut le premier collège français du Chili, installé là en raison d’une immigration française importante dans la région au début du XIXe siècle. Et ce fut la première Alliance Française chilienne, inaugurée en 1892. Aujourd’hui, de nombreuses exploitations agricoles du secteur sont tenues par des descendants d’immigrés français.


    Allez, un bisou et au revoir, on vous retrouve la semaine prochaine du côté des plages. C’est qu’en effet, l’été arrive bientôt ici !

  • 154. De Salta à Fiambalá

    154. De Salta à Fiambalá

    Depuis Salta, nous longeons vers le Sud les contreforts de la Cordillère des Andes avant de nous y engager plus franchement jusqu’à apercevoir les sommets enneigés des plus hautes montagnes d’Amérique. Un superbe parcours à découvrir avec nous

    De Salta à Fiambala
Carte du parcours
    Parcours décrit dans cet article, zoomable en cliquant ici

    La ruée vers le rail

    De Salta, nous prenons une route Sud qui va se faufiler parfois dans des ravins, parfois dans des vallées plus larges, entre des montagnes où l’ocre et le rouge dominent. Notre premier arrêt est pour Alemanía, une ville presque fantôme qui a connu un destin proche des baraquements proches des mines d’or dans le Far West. Mais ici, ce n’est pas l’or qui a attiré les néo-habitants, c’est le chemin de fer qui venait de relier cet endroit perdu au reste de l’Argentine, voire du monde, via la ville de Salta. Le projet initial étant d’aller jusqu’à la région de Cafayate, productrice de vins et de chèvres, puis au Chili pour renforcer les échanges commerciaux. Sur une ligne pareille, il y avait forcément matière à ouvrir des commerces, et dans un premier temps à compléter la liaison ferroviaire. Plus de 1000 personnes seraient arrivées là entre 1916 et 1920, restées à Alemanía pendant quelques décennies tant que la gare était en activité, transitant les biens amenés de Cafayate en charrette. Mais la gare resta le terminus de la ligne qui ne se termina jamais, en raison des difficultés économiques liées aux différentes guerres et surtout en raison de l’arrivée d’une vraie route depuis Cafayate. Le vin et les chèvres transitèrent désormais par camion et l’activité de la gare cessa brusquement, entraînant le départ de presque tous les habitants. Ville et gare fantômes un temps, Alemanía voit revenir quelques familles venues profiter des touristes qui, comme nous, parcourent cette belle vallée.


    Le ravin des coquillages

    Ce nom sonnant bizarrement est pourtant celui de la route qui va d’Alemania jusqu’à Cafayate, la Quebrada de las Conchas en Espagnol. Cela est dû au fait que l’on retrouve dans les montagnes beaucoup de  coquillages, déposés au fond de la mer qui existait là au Crétacé. Le plissement montagneux qui s’est formé ensuite a ascensionné ces couches sédimentaires que l’érosion a alors rendu apparentes et formant de jolis feuilletages rocheux multicolores, dessinant parfois des amphithéâtres, ou encore des animaux, des obélisques, etc. La route est jalonnée de ces curiosités naturelles, tandis que les montagnes rouges en arrière-plan, très riches en oxyde de fer, constituent un décor fabuleux. Une fois de plus, nous nous sommes régalés de ce cadeau géologique de la nature.


    Cafayate, vin sur vin

    La route arrivant à Cafayate traversant des vignobles à perte de vue, il est facile d’imaginer l’activité dominante de la ville. Ce qui ne l’empêche pas de recevoir de nombreux touristes, venus profiter non seulement de la route des vins mais aussi des magnifiques massifs montagneux environnants. Heureusement pour nous, la saison touristique est actuellement au ralenti, nous nous en rendrons compte en visitant la ville le lendemain matin de notre arrivée : les rues du centre-ville sont paisibles, les magasins n’attendent que vous. Nous prenons le pouls de la place centrale qui rassemble comme d’habitude les bâtiments historiques de la ville, et notamment une belle église dont la façade jaune ressort sur le plafond grisâtre qui cache encore un peu les montagnes. La particularité de l’édifice est d’avoir 5 nefs, ce qui n’est pas si fréquent et qui doit tout de même gêner les fidèles assis sur les rangées latérales pendant les messes, ne voyant pas l’autel. Dans la petite chapelle, les exvotos représentant des parties du corps sont nombreux dans l’armoire placée devant la Vierge Marie témoignant d’un taux de réussite élevé aux prières lui ayant été adressées. Quelques rues plus loin, une maison étrange affichant des animaux andins géants en façade attire l’œil. Nous n’avons guère trouvé d’explications sur les motivations de son propriétaire. Nous visiterons le musée du vin juste en face, donnant pas mal d’explications sur les facteurs climatiques qui expliquent pourquoi les vins de la région sont (bien sûr) exceptionnels : altitude de 1600 m, faible nébulosité, faible pluviosité et larges écarts de température entre le jour et la nuit (une vingtaine de degrés toute l’année) sans quasiment jamais subir de gel. On regrettera l’absence de dégustation, qui sera largement compensée dans la journée, comme vous le verrez.


    La suite au restaurant…


    Attendez l’autre suite …


    Le musée de la Pachamama

    C’est devant une forteresse de pierres que nous garons Roberto dans cette petite ville de 2000 habitants qu’est Amaichá. Ce Musée de la Pachamama est l’œuvre d’un seul homme, Héctor Cruz, un artiste d’origine amérindienne comme la majorité de la ville. Il a voulu créer ici à la fois un lieu de mémoire pour la religion de ses concitoyens et un territoire symbolique qui leur est réservé, très au-dessous bien entendu de l’étendue des territoires volés que la population amérindienne tente, sans beaucoup de succès, de se voir restituer. Un bâtiment est réservé à l’archéologie, un autre à l’ethnologie (le mode de vie des populations autochtones est restitué sous forme d’affiches informatives, de vitrines d’objets du quotidien et de dioramas) et les deux derniers aux peintures et tapis aux motifs ethniques réalisés par Héctor Cruz. Tout le reste, une multitude d’escaliers, de terrasses, de niches, de portes, de sculptures et de motifs au sol en hommage à la religion des Incas, Pachamama et dieux du soleil et de la lune inclus, a été réalisé par l’artiste lui-même, sans l’assistance d’un architecte. C’est un univers étrange et fabuleux, tout en ayant un sens tout à fait louable, dans lequel nous nous sommes promenés avec délectation. Sous le soleil bien sûr, qui brillerait ici entre 340 et 365 jours par an selon les sources.


    La fête du poncho

    Ou bien c’est le temps gris, ou bien c’est la ville elle-même, mais nous n’avons pas trouvé grand intérêt à la capitale régionale San Miguel de Tucuman. Si ce n’est l’intérêt historique d’avoir été l’endroit où l’indépendance du pays a été signée le 9 juillet 1816. La salle où a eu lieu cette signature est d’ailleurs la seule du bâtiment – une grande maison individuelle – qui a été préservée. Après destruction du reste des locaux, quelqu’un a fini par soulever l’idée qu’il avait peut-être un peu d’importance, et tout a été reconstruit selon les plans d’origine, autour de la fameuse salle. Nommé maintenant « maison de l’indépendance », le lieu est ouvert aux visiteurs qui se pressent nombreux à l’ouverture, groupes scolaires en premier, pour le visiter. C’est d’ailleurs gratuit. Quittant ce centre-ville peu clinquant, nous ne trouvons guère mieux dans la ville suivante San Fernando del Valle. Heureusement, nous tombons sur une affiche promouvant la « Fête du Poncho », l’évènement principal de la vie municipale après le jour de l’indépendance et le carnaval. Notre guide en parlait d’ailleurs, comme une fête folklorique à ne pas rater. Heureux d’être là le bon week-end, nous nous y rendons. C’est en périphérie de la ville. Les parkings improvisés (le moindre bord de route stationnable est privatisé et taxé par des gardiens en gilet fluo dont on ne sait pas s’ils sont légaux). Dès le début de la visite, c’est la déception. Ni folklore ni poncho dans ce qui est assimilable plutôt à une foire-exposition avec ses stands automobiles, ses food-trucks, ses vendeurs ambulants, ses stands d’artisanat et d’alimentation, sa fête foraine. Nous flânons dans les allées, achetons quelques friandises et repartons une vingtaine de kilomètres plus loin nous garer dans un coin tranquille, loin des foules et du bruit.


    La boisson mythique

    C’est en marge de cette Fête du Poncho que les stands de boisson me rappellent qu’il faut vous parler de cette boisson assez typique de l’Argentine alors qu’elle n’en est pas originaire : le Fernet-Branca. C’est tout de même la 3ème boisson alcoolisée la plus bue dans le pays après le vin et la bière, moins originaux. Elle a été introduite dans le pays « sous le manteau » par les immigrés italiens dans les années 1870 à 1920. Il s’agissait de se remémorer le pays d’origine ou bien de soigner quelques maux en raison des herbes médicinales incluses. Mais la demande a été telle que la maison-mère du côté de Milan décida d’ouvrir une usine de fabrication en Argentine. Avec raison car 70 à 75% de la production mondiale du Fernet-Branca est consommée dans ce pays, avec un effet de mode actuellement chez les jeunes adultes. La teneur en alcool étant assez élevée (39-40°) on dilue volontiers la boisson avec du soda (Fernet con Coca sur les menus) ou du vermouth. Personnellement, j’avais découvert l’existence du Fernet-Branca dans les années 80 non pas en en consommant mais en lisant l’excellente revue Fluide Glacial qui a accompagné mes années de fac. On y trouvait notamment la série de BD « Carmen Cru » dont l’auteur J.M. Lelong est malheureusement décédé en 2004. Il y est décrit le quotidien savoureux, dessiné en noir et blanc, d’une petite vieille acariâtre, consommatrice de Fernet-Branca, infâme avec son entourage mais pour qui paradoxalement on finit par avoir un peu de compassion. Je vous en recommande vivement la lecture.


    Chumbicha

    Inconnue de tous les guides touristiques, cette petite ville l’est presque aussi de Google Chrome qui ne propose aucune suggestion concordante lorsque l’on tape son nom dans la barre de recherche. C’est plutôt rare. Après validation, on tombe sur cette description de Wikipedia qui, comme on dit, vaut le jus : « Chumbicha est une localité argentine située dans la province de Catamarca et dans le département de Capayán, en Argentine. Le nom Chumbicha a ses racines dans la langue quichua où son nom signifie, « faire chumpi, la gaine ou la corde« . Aaah, « faire chumpi », tout un programme ! Nous avons choisi de nous y arrêter pour profiter du parking tranquille de sa gare routière toute neuve qui tranche avec les terrains vagues et les maisons décaties alentour. Il n’y passe pas plus de quelques bus par jour, nous n’avons pas vraiment été dérangés. Et puis une petite balade de voisinage nous a amenés à découvrir quelques trucs intéressants.


    La route de l’adobe

    Sur une cinquantaine de kilomètres, précisément de Tinogasta à Fiambalá, nous suivons la route de l’adobe, nommée ainsi pour son inhabituelle concentration en édifices bâtis sur ce mode. La terre rouge abondante de la région en est probablement la raison. Il suffit de la malaxer avec un peu d’eau et de paille pour en faire des briques qui sècheront simplement au soleil. Et le mélange servira encore à lier ces briques une fois assemblées en murs, et même à les recouvrir d’enduit. C’est encore l’adobe qui fera l’étanchéité des toits de paille disposée sur des traverses en bois d’eucalyptus ou de cactus. Le seul hic, c’est qu’il faut entretenir tout ça régulièrement, sinon tout tombe vite en ruines. Nous voyons ainsi beaucoup de constructions délabrées, mais aussi beaucoup qui semblent presque neuves et de belles églises construites sur ce principe (voir les photos).


    Rose de chez rose !

    L'église rose de Copacabana en Argentine (itinéraire de Salta à Fiambalá)

    L’une des églises sur la route, dans le petit village de Copacabana, attire le regard de loin de par sa couleur rose vif. Nous nous arrêtons y jeter un œil et découvrons étonnamment que l’intérieur est tout aussi rose bonbon que la façade. Avec quelques nuances de bleu du plus bel effet !


    Fiambalá, sa dune et ses thermes

    Petite ville au bout d’un long désert, Fiambalá n’a pas un charme fou. Après un rapide tour du centre-ville, nous gagnons la périphérie pour nous garer au pied d’une petite dune appelée La Baleine. Surtout nous sommes dans un environnement grandiose de montagnes à plus de 2500 m d’altitude. Que nous allons gagner dès le lendemain par une route pittoresque grimpant à 1750m au pied des Thermes de Fiambalá. Il y coule dans une sorte de ravin en pente une source bien chaude qui arrive par un ruisseau  au sommet et s’écoule dans 14 bassins étagés, où la température perd environ 1°C à chaque fois. On passe ainsi de 45°C pour le bassin supérieur à 30°C pour le plus bas situé. Chacun peut choisir ainsi de barboter dans le milieu qui lui convient le mieux, ou bien de suivre la progression recommandée d’aller du moins chaud au plus chaud. C’est la dernière solution que nous avons choisie, Claudie s’arrêtant vers 41°C tandis que je tente le bassin de 45°, en ressortant rouge comme un homard malgré le peu de temps passé dedans. Nous prendrons notre temps de relaxation dans le bassin à 40°C, tout à fait tenable et agréable dans la durée. Pour les plus intéressés par la chimie de l’eau, pas d’indication sur place mais on trouve sur Internet que ces eaux sont sulfatées, siliceuses, bicarbonatées alcalines et faiblement chlorées. Pas d’odeur de soufre en tout cas. Dommage, j’aime bien !


    Le Canyon de l’Indien

    Nous voici partis vers le Nord, sur la route dite « des 6000 », appelée ainsi car elle est surplombée (au loin) d’une série de sommets de plus de 6000 m d’altitude appartenant à la Cordillère des Andes. Cette route rejoint le Chili, avec une frontière qui n’ouvre que les mercredis, mais nous n’avons pas l’intention d’aller jusque là pour le moment. Une vingtaine de km après Fiambalá, nous nous arrêtons sur un parking improvisé en bord de route pour aller faire une petite randonnée de 2 kilomètres dans le Canyon de l’Indien. Une gorge creusée dans une immense coulée de lave par un torrent qui semble à sec depuis un bon moment. Les parois autour de nous, d’une vingtaine de mètres de hauteur, sont impressionnantes et offrent une multitude de formes. Le sentier se resserre peu à peu, nous devons franchir quelques éboulis et nous faufiler dans des passages parfois étroits, avant d’arriver devant une formation géologique qui a donné son nom au lieu : le visage d’un indien dessiné par la nature dans la roche, face à un autre visage juste en face, qui serait celui de sa compagne. Une légende raconte en effet qu’un village amérindien fut menacé un jour par les conquistadores. Deux de ses habitants entraînèrent toute la population vers une montagne proche pour échapper à leurs agresseurs, mais se retrouvèrent devant une paroi infranchissable. Le couple meneur invoqua les dieux, qui ouvrirent une tranchée dans la montagne, par laquelle les villageois purent s’échapper. Le couple fut ensuite immortalisé dans la pierre afin de continuer à surveiller le passage. Qui pour l’instant ne voit plus passer grand conquistador.


    La route des 6000

    On traverse ici des paysages multiples et grandioses loin, très loin de toute civilisation. Pour tout dire, arrivés à notre point de demi-tour – en poursuivant nous serions allés au Chili – après plus de 2h de route en ne rencontrant comme construction qu’un unique hôtel-restaurant au milieu du parcours, je ne me suis jamais senti autant isolé et distant du monde civilisé. La route, magnifique, serpente au travers de gorges escarpées bordées de montagnes toutes rouges avant de s’élever continuellement vers les larges et hautes plaines bordant la Cordillère. Si la végétation est toujours rase, quand elle n’est pas absente, le sol change sans cesse de couleur au fil des kilomètres. Une zone de marais héberge quelques canards sur une eau partiellement gelée, plus loin nous avons aperçu des vigognes sauvages et souhaitant le rester : elles fuient assez vite devant l’objectif du smartphone. Au loin, on finit par apercevoir les sommets enneigés des fameux 6000, dont le fameux Ojos del Salado, le plus haut volcan du monde et second sommet d’Amérique avec ses 6893 m. Nous interrompons notre grimpette au niveau d’un refuge placé dans un endroit où le vent souffle en fortes rafales. L’intérieur est accueillant avec de quoi faire un feu et préparer un repas. Il y a même la wifi grâce à un équipement Starlink. Inutile de dire qu’aucun réseau mobile n’a été perceptible tout au long de la route. Il ne nous restait plus qu’à redescendre. 2 bonnes heures de nouveau pour rejoindre notre dune baleinière à Fiambalá.


    À partir de là, nous allons tout doucettement prendre la direction de Mendoza, où nous espérons retrouver des amis de longue date qui tiennent un refuge là-bas. Cela fait presque une vingtaine d’années que nous ne nous sommes pas vus. Un moment qui s’annonce exceptionnel, vous en saurez davantage dans le prochain article !