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  • 80. San Francisco et la côte Pacifique

    Après quelques semaines d’errance dans des villes de taille moyenne et des terres plutôt désertiques, nous rejoignons la troisième ville préférée des Français aux États-Unis et le plus grand océan de la planète, que nous allons longer par la côte Ouest du pays. Le contraste est saisissant.

    San Francisco sans brume

    Contrairement à ce qui se raconte ou qui se chante, San Francisco n’est pas toujours plongée dans le brouillard. Certes lors de notre arrivée sur les grands ponts du Nord-Est le ciel était un peu couvert, mais cela s’est rapidement dégagé et nous avons profité d’un beau soleil pour notre première journée ici. Nous avons garé Roberto dans une petite rue proche du centre et nous sommes partis à pied prendre le pouls de la ville, sans chercher d’emblée à voir les attractions majeures. Tous les quartiers ne se ressemblent sans doute pas, mais celui de Mission District était plutôt agréable avec ses demeures victoriennes multicolores bordant des rues vallonnées jalonnées de palmiers, ses espaces verts bien occupés en ce dimanche et ses églises-missions témoignant de l’ère espagnole. Car la ville n’est américaine que depuis 1848, vous savez, l’année où Victor Auguste Poulain a créé la célèbre marque de chocolat alors qu’il n’avait que 23 ans et qu’il n’avait été que 3 ans à l’école comme quoi on peut s’en sortir sans mais ça n’a rien à voir avec San Francisco. Nous avons trouvé aussi de jolies fresques murales dans ce quartier, notamment dans des ruelles dédiées mais aussi sur des façades entières de maisons comme sur les 5 étages de cette Maison de la Femme, centre communautaire de soutien à la cause féminine créé en 1971. Au total nous aurons parcouru presque 8 km avec des dénivelés importants vu le relief de la ville, une vraie randonnée !

    Arrivee a San Francisco par le Bay Bridge
    Arrivée à San Francisco par le Bay Bridge
    Decouverte de larchitecture de la ville
    Découverte de l’architecture de la ville
    On les appelle les Painted Ladies
    On les appelle les Painted Ladies
    La Mission Dolores
    La Mission Dolores
    Vues de linterieur
    Vues de l’intérieur
    Espaces verts tres prises en ce dimanche
    Espaces verts tres prisés en ce dimanche
    Halloween en preparation partout
    Halloween en préparation partout
    Les couleurs vives du quartier rappellent le Mexique
    Les couleurs vives du quartier rappellent le Mexique
    Plusieurs ruelles dediees au street art
    Plusieurs ruelles sont dédiées au street art
    A
    A
    Ici la Maison de la Femme
    La Maison de la Femme
    Une autre ruelle un peu plus loin
    Une autre ruelle un peu plus loin

    San Francisco : les classiques

    Cette fois nous jouons les touristes de base en allant visiter les grands classiques de la ville : l’emblèmatique Golden Gate Bridge, ses piliers géants de 230m de haut et sa robe orange si caractéristique ; le Quai des Pêcheurs, ancien port de pêche reconverti en quartier touristique avec ses restaurants (nous avons craqué pour un excellent fish & chips), ses musées (dont le Musée Mécanique, dédié aux jeux d’arcade, boîtes à musique, testeurs d’amour ou de muscles et autres flippers du siècle dernier) et ses « sea-lebrities » : une colonie d’environ 300 otaries qui a élu domicile sur quelques pontons du port ; le quartier de Russian Hill avec ses rues très en pente où les voitures garées sont à la limite de basculer tandis qu’au contraire les antiques cable-car y semblent très à l’aise ; et Chinatown où vit la plus importante population chinoise des USA, qui permet de voyager un instant à l’autre bout du Monde. Demain nous avons rendez-vous avec Alcatraz : ne trouvez-vous pas que nous sommes parfaits comme touristes ?

    Selfie incontournable devant le Golden Gate Bridge
    Selfie incontournable devant le Golden Gate Bridge
    Le Quai des Pecheurs et toutes ses attractions
    1. Le Quai des Pêcheurs et toutes ses attractions :
    Navires de guerre a visiter Fish Chips sur le port
    Navires de guerre à visiter – Fish & Chips tout frais sur le port
    Les otaries du quai
    Les otaries du quai 39, où elles ont élu domicile (certaines partent pour l’été mais pas toutes)
    Le Musee Mecanique
    Le Musée Mécanique
    La Coit Tower et son panorama
    2. La Coit Tower, son panorama,
    Les rues tres pentues qui y menent
    et les rues tres pentues qui y mènent. Je n’irais pas y garer Roberto !
    Le quartier Chinois
    3. Le quartier Chinois
    Meme sans la banderole il est inratable
    Même sans la banderole, il est inratable…
    car tellement typique
    …car tellement typique !
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    Fabrique ancestrale de gateaux de la fortune
    Nous visitons une fabrique ancestrale de « gâteaux de la fortune »
    A
    A l’intérieur, un ruban avec d’un côté une série de chiffres que beaucoup jouent au loto (avec succès d’après une étude !) et de l’autre un message personnel. Manifestement, ils sont au courant que ma nouvelle carte bancaire est en chemin… mais comment font-ils ?!
    Et retour vers le parking en cable car
    4. Et les célèbres cable-cars, que nous avons empruntés pour le retour.
    Nous y reviendrons un peu plus loin.
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    Nous avons tout de même eu le temps d’observer le manège des employés qui retournent la voiture lorsqu’elle arrive en bout de ligne, car un seul sens de circulation est possible
    E

    Un jour de prison ferme

    C’est comme pour aller voir son grand frère aux Baumettes : il faut s’inscrire pour la visite d’Alcatraz, l’établissement pénitenciaire le plus célèbre des États-Unis et la fierté de San Francisco. Mais à l’inverse de la prison marseillaise qui n’a ouvert que quelques jours, pour 2 ou 3000 visiteurs et qui a ensuite été démolie, soutirant au passage 4,5 millions d’euros aux contribuables hexagonaux, ici aux USA on a le sens des affaires : la prison a été réhabilitée, une compagnie maritime a reçu l’exclusivité pour les traversées depuis le port de SF en échange d’on devine quoi et on a créé un produit bien emballé qui attire 2 millions de touristes et génère chaque année 4 millions de dollars de bénéfices. Cherchez l’erreur… Ok, ils avaient Al Capone alors que les Baumettes ont dû se contenter de Mémé Guérini, mais ça ne suffit pas à expliquer la différence.

    La baie embrumee de SF donne lambiance pour la visite dAlcatraz
    La baie embrumée de San Francisco donne l’ambiance idéale pour la visite d’Alcatraz
    A

    Une visite bien organisée donc, à l’américaine avec un bateau qui part chaque demi-heure, une traversée dans la brume du matin qui permet de voir l’île se dégager progressivement, un ranger chauffeur de foule à l’arrivée puis une visite au choix libre avec audioguides ou en troupeau avec guide tout court. Nous avons préféré la première solution, d’autant que le guide était francophone. Nous parcourons les différents secteurs de la prison tout en écoutant les descriptions et témoignages d’anciens gardiens et détenus. Nous frémissons devant l’exiguïté et l’austérité des différentes cellules, des « classiques » pour prisonniers sages jusqu’au « trou » pour les plus récalcitrants. On nous raconte bien sûr l’histoire de l’évasion la plus célèbre, bien retracée au cinéma, où 3 détenus se sont évadés en agrandissant en secret la minuscule grille d’aération pour accéder au couloir technique derrière les cellules, retardant la découverte de leur cavale à l’aide de fausses têtes placées sur leurs oreillers. Ils n’ont jamais été retrouvés. La version officielle dit qu’ils se sont noyés. Juste pour ne pas perdre la face.

    Audioguide a loreille nous nous immergeons dans le quotidien des detenus
    Audioguide à l’oreille, nous nous immergeons dans le quotidien des détenus. De l’inventaire d’arrivée
    A
    à la vie dans les cellules « ordinaires » (au fait, savez-vous à quoi servait le boitier à gauche ?)
    A
    en passant par la cuisine, plutôt bonne et abondante, et les douches, toujours chaudes,
    parce qu’il fallait ne pas donner envie aux prisonniers de partir !
    A
    Dans ce bloc bien nommé, on emprisonnait ceux qui ne respectaient pas les règles : plus de sorties,
    plus de douches chaudes, et, s’il récidivaient, c’était le « trou » (à droite) : plus de lumière !
    Quelques htes clbres
    Bon, ce n’était pas non plus des tendres. Ici quelques hôtes célèbres
    Et une evasion dans tous les esprits
    L’évasion la plus célèbre de la prison, merci le cinéma, est aussi bien expliquée que mise en scène
    Taux dincarceration selon les pays source frstatistacom
    Honnêtes (on n’en attend pas moins ici !), ils n’hésitent pas à rappeller
    que le pays des libertés est aussi celui qui emprisonne le plus

    Le seul endroit au monde

    En n’y prenant garde, on pourrait passer à côté du Cable Car Museum, l’imaginant à tort comme un hangar vieillot abritant vieux wagons et vitrines poussiéreuses. Il s’agit au contraire d’un endroit passionnant et tout à fait vivant. C’est en effet avant tout le cœur de la machinerie étonnante qui fait se déplacer dans les rues de la ville la quarantaine de voitures en bois qui ne disposent d’aucun moteur. Pour avancer, elles doivent s’accrocher à des câbles qui circulent à longueur de journée sous les routes à l’aide de leviers savamment manipulés par le chauffeur appelé « gripman ». 23 lignes ont été mises en service entre 1873 et 1890, avant d’être remplacées petit à petit par des tramways. Mais grâce à l’action d’un comité de sauvegarde, 3 lignes ont pu être restaurées et mises en service sur les rues les plus pentues du centre-ville, couvrant un parcours cumulé d’un peu plus de 8 km. San Francisco est la seule ville au monde à posséder encore de tels transports en commun. Le musée permet bien sûr de comprendre comment tout ça fonctionne, de l’agrippage des câbles à la résolution ingénieuse des problèmes de croisements et de virages. Dans l’ambiance sonore mais tellement vivante des moteurs qui entraînent les câbles des 3 voies via de grandes roues. Le musée qui décidément ne ressemble à aucun autre sert aussi d’abri à toutes les voitures la nuit.

    Le musee des celebres cable cars
    Le « musée » des célèbres cable cars
    est aussi le lieu ou tous les cables sont mis en mouvement
    est aussi le lieu où tous les câbles sont mis en mouvement
    On apprend tout sur le systeme dentrainement
    On apprend tout sur le système d’entraînement
    Bien sur on trouve quelques reliques
    Et bien sûr on y trouve quelques reliques
    du reseau mis en service en
    …du réseau mis en service en 1873

    La force est dans la fontaine

    Ne serait ce pas Maitre Yoda
    Mais que fait donc là Maître Yoda ?

    Devant un ensemble de bâtiments modernes dans ce quartier vert de San Francisco, on aperçoit une silhouette familière. Mais oui, c’est bien Yoda, le maître Jedi, sous la forme d’une modeste fontaine qui ne reflète en rien la force qui est en lui, mais annonce que nous sommes bien chez Lucas Films. Nous collons nos yeux aux portes vitrées du hall d’accueil. La secrétaire nous confirme que nous pouvons en faire le tour, mais que nous n’avons que 15 minutes parce que ça va fermer. Ce sera suffisant pour examiner les figurines de toutes tailles qui décorent cette grande pièce. Je ne crois pas avoir besoin de légender les photos… La Silicon Valley n’est pas très loin d’ici, nous aurions pu tout aussi bien traîner nos basques chez Apple, Intel, Google, Hewlett-Packard, eBay ou Yahoo. Mais la force n’était pas avec nous pour faire ce détour.

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    Dans le hall d’accueil de Lucas Films, quelques « goodies »
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    Dernières lueurs du soleil à SF

    Nous retournons au parking où nous avons dormi la veille, juste au sud du Golden Gate Bridge. Un bon endroit pour assister au coucher du soleil. Mais finalement pas un bon endroit pour dormir. Nos rideaux à peine tirés, vers 21h, nous devinons des phares braqués sur nous. Personne ne vient frapper à notre porte mais un haut-parleur annonce que nous ne sommes pas autorisés à passer la nuit ici, puis la voiture repart. Pas d’interdiction explicite pourtant, mais nous devons partir. Nous passons de l’autre côté du pont, dont le triste éclairage nocturne est très loin de ce qu’on voit sur les cartes postales, pour rejoindre une aire un peu plus fréquentée, un peu plus proche de la circulation, mais connue pour être autorisée. Nous passerons finalement une nuit relativement tranquille. Réveil dans la brume le matin. Nous tentons 2 petites randonnées dans le secteur en attendant que ça se lève (vers midi nous disait la météo) puis décidons de quitter la ville vers 15 heures, estimant que notre programme de visites était suffisant et que le brouillard toujours présent ne nous donnait pas envie de « faire du rab ».

    Coucher de soleil sur le GGB
    Coucher de soleil sur le Golden Gate Bridge

    Number One… c’est à voir !

    Nous suivons désormais la route numéro 1 qui longe toute la côte ouest de la Californie. Contrairement au littoral français, elle est assez sauvage et l’on peut parcourir plus de 100 km sans rencontrer la moindre ville. Elle est bordée de nombreuses plages, qui attirent davantage les surfeurs grâce à de belles zones de rouleaux que de baigneurs qui doivent affronter des températures entre 12 et 18°C. Ces courants froids attirent aussi des brumes nocturnes et matinales, comme nous l’avons constaté. Les campeurs potentiels s’étant peut-être montrés envahissants par le passé, toutes les aires le long de cette route n°1 sont interdites au stationnement nocturne, ce qui ne fait pas notre affaire. Si l’on termine par le fait que le carburant en Californie est l’un des plus chers des États-Unis, nous ne sommes pas vraiment incités à rester dans la zone. Mais nous sommes là, alors visitons et forgeons-nous notre propre opinion.

    La route numero
    La route numéro 1 de l’état de Californie, brouillardeuse à souhait

    Les râleurs de Santa Cruz

    Le grand ponton de Santa Cruz
    La baie de Santa Cruz

    A l’approche du grand ponton s’élançant dans la baie de cette petite cité balnéaire, on entend des bruits bizarres et répétés. La ville étant réputée pour avoir une population des plus à gauche et des plus contestataires du pays, assisterions-nous bientôt à quelque réunion politique animée ? Mais le ponton de bois, lorsqu’on s’y avance, semble désert. Le panneau interdisant à la fois les chiens, l’alcool, les vélos et les skateboards pourrait bien avoir aussi fait fuir les touristes et les politiciens en herbe, mais la moyenne ou basse saison est aussi une bonne explication. Sur le ponton, et au-dessus aussi, les mouettes, goélands et autres pélicans passent en nombre, sans être toutefois particuilièrement bruyants. En fait, plus l’on s’approche et plus le bruit vient manifestement du dessous. Il faut alors se pencher un peu pour apercevoir toute une colonie d’otaries, la moitié dans l’eau et l’autre se prélassant sur les poutres qui relient les poteaux, ce qui correspond d’ailleurs au partage de leur temps dans la journée. Tout ce petit monde, des mâles en majorité d’après le panneau informatif – non je ne suis pas allé vérifier, est très bruyant et ne cesse d’aboyer. Impossible de savoir s’il s’agit d’un débat d’idées de gauche, d’une conversation sur les spots alimentaires du jour ou d’une simple lutte de mâles dominants pour conserver une place au sec pendant que les autres tentent désespérément de grimper. A quand le langage « Otarie » dans Google Traduction ?

    pas tres achalande A cause des panneaux
    Le grand ponton n’est pas très achalandé. Les panneaux seraient-ils trop dissuasifs ?
    A la recherche de lorigine des bruits
    Claudie à la recherche de l’origine des bruits : fausse alerte
    Cest au dessous que ca se passe
    En fait, c’est sous le ponton que ça se passe
    Certains sont actifs et dautres plutot cool
    Près d’une centaine d’otaries vivent là. Certaines sont très actives et d’autres plutôt cool

    Capitola, une histoire haute en couleurs

    Nous nous sommes arrêtés dans cette petite cité balnéaire au sud de Santa Cruz pour aller jeter un œil aux appartements multicolores d’une résidence hôtelière sur la plage. L’éclairage du soir, en contrejour, étant décourageant pour les photos, nous décidons de passer la nuit sur place. Au matin, si le soleil venait cette fois du bon côté, il était bien voilé par la brume épaisse que nous avions oubliée. Ça ne fait rien, le spectacle restait assez photogénique, surtout avec la colonie d’oiseaux de mer stationnée devant, que je me suis amusé à faire s’envoler.

    La Cour Venitienne
    La « Cour Vénitienne » de Capitola
    A

    Une petite recherche sur l’histoire du lieu nous apprend que l’activité initiale de pêche ayant périclité, le propriétaire du terrain au bord de la plage décida de le louer. Son locataire voulait le cultiver, mais finalement laissa s’y installer les tentes des touristes qui fréquentaient la plage :  la première station balnéaire de la côte ouest était née avec le « Camp Capitola ». Le succès fut tel que le proprio récupéra rapidement son terrain et construisit les mignons petits appartements actuels dans un style dit « méditerrannéo-hispano-missionnaire », mais que les locaux appelèrent « cour vénitienne ». Le nom est resté et le lieu est désormais inscrit au registre national des lieux historiques.

    Maintenant le Capitola Beach Hotel
    Le vrai nom actuel est le Capitola Beach Hotel, moitié hôtel classique moitié appartements à louer

    Internet nous apprend aussi que la ville a été en 1961 l’objet d’une attaque inhabituelle d’oiseaux de mer, devenus agressifs en raison d’une algue toxique qu’ils avaient ingérée. Et que c’est cette histoire qui a décidé Hitchcock, hôte régulier de la ville voisine, à tourner son film.

    Lambiance tourne au cauchemar
    L’ambiance tourne au cauchemar, non ?

    Finalement, j’ai peut-être pris un risque en courant après les oiseaux…


    Number One… c’est confirmé !

    Le brouillard matinal était bien au rendez-vous pour nous accompagner presque tout au long de cette Route N° 1 de l’état de Californie, mais il n’a pas été si gênant et s’est même révélé être un atout. Sans jamais rendre la circulation dangereuse sur cette route longeant sur plus de 100 km le bord de falaises abruptes, il a donné au contraire une ambiance évanescente au paysage, faisant surgir çà et là de jolies petites plages entourées de cactées colorées, des rochers hérissés d’oiseaux et bouquets d’herbe de la pampa. Lorsque la route s’est enfin mise au niveau du littoral, tandis que la brume s’était un peu écartée au large, nous avons côtoyé des plages couvertes de lions de mer alanguis sur le sable. Après une chasse intensive vers la fin du 19ème siècle, ils avaient totalement disparu du paysage, et c’est un miracle qu’une petite colonie de rescapés sur une plage isolée de Basse-Californie ait pu reconstituer l’espèce dans la région. Maintenant protégée, elle peut profiter de ses jolies plages en toute sérénité tandis que les humains sont confinés derrière des barrières. Un juste retour des choses.

    California La route dans la brume
    Bon, ça, ça ne change pas : la route Number One est toujours dans la brume
    Les paysages se decouvrent au dernier moment
    Mais quand ça se lève… des paysages magnifiques se découvrent au dernier moment,
    Les plages ont des couleurs etonnantes
    les plages ont des couleurs étonnantes,
    Plus de cent km de corniche
    et la centaine de kilomètres en corniche est un régal
    Une plage notariste
    Voici une plage très fréquentée… Comment dire… une plage « notariste » ?

    So American

    Au gré de notre route, nous faisons parfois quelques trouvailles improbables, qui nous semblent inenvisageables dans un autre pays que les États-Unis d’Amérique. En voici trois, trouvées étonnament dans un même lieu à consonnance hispanique : San Luis Obispo

    • La Bubble Gum Alley : c’est une petite ruelle en plein cœur de la ville dont les murs sont depuis les années 50 entièrement couverts de chewing-gums. Il y a bien eu deux nettoyages complets dans les années 70, mais le phénomène est réapparu… Une troisième séance de karscher a été proposée 20 ans plus tard, mais de nombreuses voix s’y sont opposées. Car malgré son caractère peu ragoutant, la scène attire malgré tout pas mal de touristes. Dont nous, avouons-le !
    Bubble Gum Alley
    La Bubble Gum Alley
    • Le Madonna Inn : c’est aussi une institution de la ville. Cet hôtel-restaurant figure parmi les plus kitsch que l’on connaisse. Le décor est criard à souhait, les couleurs ne sont pas en reste malgré le rose qui domine. Chacune des 110 chambres a son propre thème, du safari à l’homme des cavernes en passant par le nid d’amour et le rocher de la jungle. Nous n’avons pas visité les chambres, mais beaucoup sont en photo sur leur site internet. Mais le rez-de-chaussée était bien suffisant, et surtout les toilettes masculines avec cet urinoir-cascade tout à fait déroutant. Au fait, rien à voir avec la star du show-bizz, Madonna c’est le nom de famille des proprios.
    Le Madonna Inn
    Le Madonna Inn
    Le restaurant
    Le restaurant
    Les escaliers
    Les escaliers
    Les toilettes
    Les toilettes
    Et la boutique tout est kitsch
    Et la boutique. Tout est kitsch, vous dis-je, tout !
    • La mise en garde qui tue : Que diriez-vous si vous étiez obligé d’apposer sur votre voiture une affichette de mise en garde sur tous les risques occasionnés par la conduite automobile, cancer lié aux gaz d’échappement compris. En tout cas l’état Californien le fait. Heureusement pas sur tous les véhicules. Celui que nous avons repéré était peut-être un véhicule de location. Mais quand même. Allons-nous voir bientôt des photos d’accidentés de la route scotchées sur les pare-brises ?
    La mise en garde qui tue
    Manque ou excès de mesure…
    • Les Twinkies : il s’agit d’une pâtisserie typiquement américaine qui s’exporte timidement aux pays alentour. Rien de spécifique à San Luis Obispo donc, mais c’est là que nous l’avons découverte. Cette génoise fourrée à la crème, vendue généralement par deux, est une institution aux USA depuis 1930. La faillite de l’entreprise fabricante en 2012 a créé une véritable panique, avec des ventes des stocks restants à prix d’or sur eBay, des moqueries de la part du Mexique dont les propres usines n’étaient pas touchées et qui malicieusement proposait à ses ressortissants de faire le bien en offrant un twinkie à un américain… Mais qu’a donc ce gâteau de si extraordinaire au point de créer cette panique ? Eh bien il est, selon Wikipedia, « l’archétype de l’aliment contenant des ingrédients malsains et dénué de toute valeur nutritive ». De fait, tout ce qui pouvait freiner la conservation comme les œufs ou le beurre présents initialement a été remplacé par des produits chimiques (39 ingrédients au total) au point de rendre le produit quasiment impérissable. Les créateurs du film Wall-E s’en sont même amusés : dans le film, se déroulant 700 ans après que les hommes aient quitté la Terre, le petit robot sort d’une boîte un twinkie qui semble intact pour l’offrir à son ami cafard. La dégustation était obligatoire pour se faire une idée. L’un de nous deux n’a pas aimé et ce n’était pas Claudie…
    Les fameux Twinkies
    Les fameux Twinkies. 190 Kcal chaque …sans l’enrobage chocolat

    Votre mission si vous l’acceptez…

    C’était un peu le langage que tenaient les prêtres évangélistes des premières missions espagnoles auprès des Indiens Chumash dont ils occupaient le territoire et après que les soldats aient détruit leurs maisons, leurs lieux de culte et massacré un grand nombre d’entre eux. Alors, comme dans les interrogatoires policiers où alternent le bon et le méchant, les prêtres ont joué le rôle des gentils et proposé aux indiens qui n’avaient plus de maison d’être hébergés dans la leur, d’être nourris et éduqués (à l’occidentale bien sûr), en contrepartie d’un sérieux coup de main pour l’agrandissement des locaux et d’une adhésion à la foi chrétienne. Tout ça était bien enrobé et les indiens n’avaient plus trop le choix. L’opération a été un succès selon les organisateurs… mais les Chumash ne sont plus aujourd’hui qu’une poignée d’individus sous aide alimentaire tentant de se reconstruire dans une unique réserve. Pour autant, la Mission Purisima de Lompoc n’est pas un lieu triste, personne n’y a été exterminé. Elle est la mieux restaurée des 21 missions espagnoles de la Californie et la vie de l’époque y est bien mise en scène. Un bon petit plongeon dans l’histoire.

    Du beau monde sur le parking
    Avant toute chose, parlons du parking : 3 américaines, 1 anglaise et un bel italien : du beau monde, non ?
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    La Mission Purisima
    La Mission Purisima, de Lompok (Californie)
    Les exterieurs
    Les extérieurs, plutôt bien restaurés
    O
    Les interieurs
    Les intérieurs, des lieux de prières aux logements et pièces à vivre
    A
    Les indiens Chumash heureux detre convertis
    Les indiens Chumash heureux d’être convertis. Mais ce ne sont pas eux qui ont fait le dessin. Je vous fais un dessin ?

    Téléportation

    A la conquete de lEst
    Un paysage urbain pas très californien

    Devant le pare-brise de Roberto apparaît un paysage étrange, comme un air de déjà-vu : des maisons à colombages, des toureiles aux toits pointus, des moulins à vent et même une silhouette agenouillée sur son rocher qui nous paraît familière. La Petite Sirène de Copenhague aurait-elle pris quelques vacances ici aux États-Unis ? Un panneau indicateur confirme que nous sommes à Solvang, Californie et non pas dans la capitale du Danemark. Une sorte de Danishtown, colonisée par des émigrés scandinaves en 1911 et qui ont fortement pris racine ici, mais pas au point d’en oublier leurs coutumes. Encore que les menus des restaurants proposent davantage de hamburgers que de smørrebrød. Ça s’appelle de l’assimilation.

    Larchitecture laisse planer un doute
    L’architecture est typique …mais pas d’ici !
    Tous les rois du Danemark sont la
    Tiens! Tous les rois du Danemark sont là…
    Et meme la Petite Sirene
    Et même la Petite Sirène. Oui mais ce n’est pas Copenhague, c’est Solvang, c’est écrit !

    El Camino Cielo

    Cela faisait un moment que nous dormions en ville la nuit. Car bizarrement, et j’en ai déjà parlé un peu plus haut, alors que la longue route côtière est en grande partie en pleine nature, les possibilités de passer la nuit au voisinage sont rares. Mais là, sur les hauteurs de Santa Barbara, nous repérons une forêt nationale, a priori accessible au public, avec quelques spots repérés par des voyageurs nomades précédents. Des panneaux indiquent que la route est fermée pour cause de non entretien, mais les commentaires de nos prédécesseurs nous encouragent à passer outre, affirmant que « ça passe » et que le chemin est juste cahoteux. Nous nous lançons donc sur cette route dont une longue partie est terreuse et ornièreuse, appelée Forest Route 5N12 par les Américains mais beaucoup plus poétiquement Camino Cielo par les Mexico-Espagnols. Roberto s’en sort plutôt bien malgré son absence d’équipement pour le tout terrain et notamment de 4X4 et se hisse lentement mais sûrement vers les sommets de cette forêt. Avec la double récompense de trouver un peu de goudron et surtout une vue magnifique, avec à nos pieds l’Océan Pacique qui va se transformer au cours de la nuit en mer de nuages (le voilà notre fameux brouillard matinal !). Nous avons dormi comme des loirs, la tête dans les étoiles et les pieds dans les nuages. Et imaginez le spectacle au réveil, dont les photos ne donnent qu’une petite idée.

    Contraintes techniques
    Nonobstant les contraintes techniques,
    Roberto en el Camino Cielo
    Roberto parvient à se hisser sur le « Chemin du Ciel »
    A
    Quelle route ! Quel spectacle !
    Nuit la tete dans les nuages
    Et une nuit tellement paisible, la tête dans les étoiles et les roues dans les nuages

    Nous restons ce dimanche dans la forêt, un peu plus bas pour profiter de l’ombre. Nous retrouverons la côte et l’agitation demain, à Santa Barbara. A bientôt pour la suite !

    parcours du au octobre
    Parcours du 1 au 9 octobre
  • 78. Du Nouveau Mexique à l’Utah

    En arrivant au Nouveau Mexique, nous qui pensions être déjà dans le désert le touchons vraiment du doigt, ou plutôt des pneus de Roberto. Mais il s’agit d’un désert coloré, collines jaune-vert parsemées de petits buissons ondulant à l’infini, gigantesques falaises roses faites de couches empilées qui ne demandent qu’à s’effondrer, profonds canyons comme celui du Rio Grande qui ne sont pas dûs à l’érosion mais à l’écartement de plaques tectoniques. Avec 6,7 habitants au Km², les villes sont plutôt rares mais ont un caractère mexicain bien affirmé. Normal puisque c’est le Mexique qui a dénommé la région.


    Taos Pueblo, un village figé dans le temps

    Le village de Taos Pueblo a été bâti voilà un millénaire, bien avant l’arrivée des colons espagnols, par la tribu des indiens Taos (saules rouges) qui y vit encore, du moins environ 200 de ses membres. L’architecture est particulière à la région, avec des bâtiments rectangulaires aux angles arrondis construits en adobe (mélange de boue et de paille séchée au soleil), souvent sur deux ou trois étages reliés entre eux par des échelles. Afin de conserver les traditions, l’eau courante et l’électricité n’y sont pas installés. L’approvisionnement en eau est assuré par une précieuse rivière qui traverse le centre du village. Le lieu est en grande partie sacré et de nombreuses zones ne nous sont pas accessibles : rues excentrées du village, ancienne église et cimetière, ainsi que toute la montagne en arrière-plan qui serait le lieu de naissance de tous les ancêtres. Mais la partie visitable est tout à fait suffisante pour apprécier l’esthétique et la sérénité du lieu. 19 autres villages indiens de ce type sont encore présents au Nouveau Mexique, mais Taos Pueblo est le plus grand et le seul continuellement habité.

    Juste à côté, la petite ville de Taos essaie de conserver les mêmes principes architecturaux, mais le ciment peint a bien souvent remplacé l’adobe et bien sûr l’eau et l’électricité équipent les maisons. Le mélange des styles amérindien, espagnol et anglais lui donne néanmoins un certain charme, attirant pas mal de touristes et un artisanat varié, souvent de qualité.


    Chimayo et mes blagues un peu Lourdes

    Du temps où elle était occupée par les amérindiens, c’était plutôt une station thermale. Mais lorsque les colons espagnols ont importé (imposé) le catholicisme, les miracles sont arrivés comme par miracle. La terre rouge du coin aurait guéri quelques lépreux, déparalysé des paralytiques, sauvé des tas de gens en fait, comme l’attestent les nombreuses photos de remerciements collées sur les murs et la ribambelle de béquilles suspendues dans une chapelle. Il paraîtrait que pour la Covid aussi ça marchait bien. Nous on avait Raoult, chacun son truc. En tout cas, le succès est tel que la municipalité doit ramener chaque année plusieurs camions de terre pour compenser celle que les fidèles ont emportée avec eux. Je rêve du jour où les emballages plastiques auront un pouvoir guérisseur : les rues seraient d’un propre, mais d’un propre ! Sinon c’était beau et, contrairement aux apparences, je respecte tous ces gens qui se recueillent et prient pour eux-mêmes ou pour leurs proches. Et puis la campagne avec ses falaises roses est superbe.



    Santa Fe

    Avec ses 2100 m d’altitude, la capitale de l’état du Nouveau Mexique est la plus élevée de toutes les capitales d’état des USA, et sans tricher en plus car elle ne comporte aucun gratte-ciel. De loin, toutes les constructions ont l’air masquées par la verdure. Nous y avons trouvé en conséquence une fraîcheur nocturne bien agréable après les températures élevées de ces dernières semaines.

    Architecturalement, elle reprend le style amérindien déjà vu à Taos Pueblo deux jours auparavant : constructions cubiques à bords arrondis, sur plusieurs niveaux décalés, avec poutres apparentes. Mais si les indiens du village en question ont su préserver leurs matériaux (terre argileuse mélangée à de la paille) et leurs traditions (pas d’eau courante, pas d’électricité, transmissions uniquement orales) la grande ville s’est bien entendue convertie au béton et à toutes les commodités modernes (8 heures par jour devant un écran, activité physique sur un tapis, repas livrés par Uber Eat, etc. tout ça grâce à la Santa Fe électricité…). A ce style amérindien s’ajoutent des influences hispaniques (ce sont quand même les Espagnols qui ont créé la ville), mexicaines (Santa Fe a appartenu à ce pays pendant 38 ans mais ont dirait beaucoup plus longtemps), et françaises (juste pour la cathédrale, bâtie par des auvergnats sur le modèle de celle de Volvic, l’eau bénite en moins). Beaucoup d’artistes sont venus s’installer ici, profiter des 300 jours de soleil par an et de la manne touristique hébergée dans les hôtels de luxe.


    J’ai pas kiffé Georgia

    Georgia O’Keeffe est une peintre américaine de renommée internationale, connue pour ses fleurs et ses paysages peints à la manière « précisionniste », ce qui n’a rien à voir avec l’hyperréalisme, contrairement à ce qu’on pourrait croire et que j’adore. L’artiste ayant fini ses jours à Santa Fe et légué une partie de ses œuvres à la ville, celle-ci reconnaissante lui a ouvert un musée, que nous sommes allés visiter. Claudie a beaucoup aimé, moi pas trop. A vous de juger sur les quelques photos jointes. Il y a quand même quelqu’un qui a payé 44,4 millions de dollars en 2014 pour la grosse fleur blanche sur la dernière photo. Si vos enfants ne savent pas quoi faire plus tard, suggérez-leur de devenir précisionnistes.


    Mais j’ai kiffé le folklore

    Puisque Santa Fe possède cette réputation artistique, nous en avons cherché une expression peu commune et avons déniché ce Muséum International d’Art Folklorique. Outre des expositions temporaires comme celle sur les démons japonais et cette autre sur le masque anti-covid en tant qu’œuvre d’art, nous avons surtout apprécié l’exposition permanente sur les arts folkloriques rassemblant plus de 160 000 figurines du monde entier. Une vraie caverne d’Ali Baba, on ne savait plus où donner de la tête !



    De la bombe, je vous dis !

    Je n’avais jamais entendu parler de Los Alamos auparavant. Ça veut dire que finalement ils ont bien fait leur boulot. De garder secret le lieu où ils ont mis au point la bombe atomique. Enfin maintenant c’est public. Pas le laboratoire où ils font encore des trucs louches, mais la salle où ils exposent des maquettes de Little Boy et Fat Man, les tombeurs respectifs de Hiroshima et Nagasaki. En mettant tous les plans pour qu’on puisse en refabriquer une à la maison. Et en plus c’est gratuit. Comme ça on est moins regardants quand ils disent qu’aux endroits où ils ont fait les essais, il n’y a eu aucune conséquence pour les oiseaux, bien au contraire. C’est sûr qu’avec leur 3 becs ils mangent mieux ! Nan, je blague, la dissuasion nucléaire c’est quand même utile. Du moins tant qu’un fou n’en prend pas les commandes.

    On apprend aussi quelques anecdotes dans ce lieu chargé d’histoire. Comme celle du navire qui a transporté l’uranium en provenance de Los Alamos qui a été coulé par une torpille 3 jours seulement après la livraison. Où encore celle du photographe qui a pris l’unique cliché disponible du tout premier essai nucléaire, alors qu’il n’était qu’un amateur, chargé par son patron de prendre quelques photos souvenirs des préparatifs. Et enfin le coup de chance de la ville de Kokura, initialement choisie comme cible, remplacée au dernier moment par Nagasaki en raison du mauvais temps. Pensez-y la prochaine fois que vous vous plaindrez de la météo !



    Séquence vérité

    Si le ciel est souvent bleu sur les photos, c’est qu’il y a un biais de recrutement comme on dit dans les études scientifiques. Si nous sommes plutôt vernis côté météo depuis le début de l’été, on ne peut pas cacher que la grisaille se montre parfois. Mais dès lors que c’est possible, ce sont ces moments que l’on choisit pour faire les courses, les pleins et les vides de Roberto, les lessives, ou tout simplement profiter d’une petite pause. Mais rien besoin de tout ça cette après-midi là, nous avions bien l’intention de visiter ce petit site appelé Chimney Rocks pas trop éloigneé de notre route prévue. Mais le ciel déjà menaçant depuis quelques heures a confirmé nos craintes, et des trombes d’eau se sont abattues sur nous. Attendant l’accalmie sur le parking du site, nous avons vu un ranger venir se garer à côté de nous et nous faire signe d’ouvrir la vitre. Il venait nous informer que la visite du parc était fermée pour aujourd’hui en raison du risque de foudroiement en altitude, mais que nous pouvions venir dans le centre des visiteurs visionner quelques vidéos et explorer l’exposition. Ce que nous avons fait. Dévoué, non, le ranger ? Nous avons suivi ses conseils et appris que ces constructions rocheuses au sommet de la montagne étaient destinées à des observations astronomiques et notamment lunaires. A défaut de pouvoir nous y rendre, nous ne rapporterons que des photos de l’entrée sous la pluie.


    Les dessous de table des indiens Pueblos

    La région de Mesa Verde, au sud-ouest du Colorado, est un immense plateau recouvert d’une forêt, d’où le nom de « table verte », sillonné de profonds canyons créant autant de falaises de grès abruptes. Les indiens Anasazi puis Pueblos y ont longtemps vécu à sa surface, cultivant leurs champs et récoltant leurs fruits. Pour des raisons diverses, sans doute liées au climat et peut-être à des périodes de guerre, une partie d’entre eux s’est réfugiée vers le 12ème siècle dans de grandes alcôves naturelles au sein même des falaises. Ils y ont élevé des murs, installé des planchers et autres lieux de vie, créant ainsi de vastes bâtisses troglodytes où pouvaient vivre jusqu’à 200 personnes. Ils étaient protégés ainsi, sans doute mieux qu’à la surface, des températures extrêmes des étés et des hivers tout comme des précipitations. Une longue période de sécheresse une centaine d’années plus tard les incita à quitter les lieux et migrer plus loin.

    Le parc national ouvert depuis 1906, permet d’observer de loin et de près (en visite guidée uniquement) ces habitations étonnantes. Bien sûr, un bon nombre de randonnées sont aménagées. Nous avons opté pour un parcours de 4 km le long d’un canyon, spectaculaire par son tracé inséré dans les falaises, ses vues vertigineuses et les pétroglyphes à son point ultime.



    Il est dans tous ces états

    Je veux parler du point géodésique qui se trouve à la jonction de l’Utah, du Colorado, du Nouveau Mexique et de l’Arizona. Au carrefour des 2 axes qui servent de séparation (le 37ème parallèle nord et le 109ème méridien ouest). Au USA on fait simple, on n’y va pas par 4 chemins, si on peut dire. Les touristes viennent en masse s’y faire prendre en photo, mais semblent un peu décontenancé au moment de se positionner. C’est sûr qu’au niveau de l’équateur il n’y a pas de question à se poser : un pied dans l’hémisphère Nord, un autre dans l’hémisphère Sud. Mais là, comment faire avec seulement deux pieds ? A défaut d’y mettre les mains, dans une position peu avantageuse, plusieurs tactiques sont employées : un pied chevauchant deux états, photo en couple procurant l’avantage du bon nombre de points d’appui, ou encore mieux à 4 personne, une dans chaque état. Alors que les boutiques de souvenirs autour exigent encore le port du masque, on est loin ici de la distanciation sociale. Pour la petite histoire, sachez que la position exacte a été déplacée à plusieurs reprises par divers scientifiques coupeurs de cheveux en quatre et reste contestée par certains. En tout cas, c’est le seul endroit aux USA où 4 états de rencontrent en un même point.


    Monument Valley

    Nous avons eu le plaisir de bivouaquer juste à l’entrée de la vallée, une quinzaine de kilomètres avant le célèbre site, entre deux falaises rougeâtres dont les couleurs se sont enflammées au coucher puis au lever du soleil. Spot gratuit avec table de pique-nique fournie, c’était mieux que collés-serrés dans les campings du parc. Nous avons visité ce dernier en milieu de matinée, alors que le soleil n’était pas encore écrasant et que les touristes étaient encore en nombre raisonnable. Les mots manquent pour décrire cet endroit majestueux où l’on se faufile avec Roberto sur une route en terre entre des rocs montagneux géants aux couleurs rougeoyantes. Les photos parleront mieux que les mots.



    Deux ponts trop loin

    Après une route fantastique grimpant au flanc d’une falaise et procurant des vues magnifiques, nous parvenons au petit Parc des Ponts Naturels (Natural Bridges National Monument pour les intimes). Une route de 14 km en fait le tour et nous arrête devant 4 ponts, permettant de les observer du sommet et pour les plus courageux de descendre dans le canyon les observer par en dessous. Après la matinée à Monument Valley et compte-tenu de la chaleur de ce milieu d’après-midi, nous avons manqué de motivation pour les deux premiers, situés respectivement à 1 et 3 km de la route, et donc le double pour l’aller-retour. Le troisième nous a paru plus sympathique avec son unique kilomètre retour compris, alors nous sommes allés lui rendre une petite visite. Il nous a offert une arche élégante, bien élancée dans le ciel et semblant assez fragile. Nous avons appris que ces ponts naissent au début d’une boucle d’une rivière, ce qui permet une érosion ciblée au creux de la courbe et la formation progressive d’un trou jusqu’à l’autre côté.


    Une journée minérale

    Les paysages de l’Utah sont véritablement extraordinaires. Nous avons roulé une grande partie de la journée au milieu de paysages grandioses, montagnes en mille-feuilles minérales ou au contraire en pierres massives que l’érosion transforme en sable pour les premières et en blocs de taille imposante pour les secondes. Les couleurs sont fantastiques, variant d’une région à l’autre entre les gris, les blancs, les jaunes ocre, les mauves et les rouges, sans parler des tons bleutés de certaines parois. Entre les montagnes, des canyons asséchés et façonnés en arabesques ou en champignons par le temps, des couloirs de verdure grâce à l’eau qu’ils recueillent par temps de pluie ou aux rares rivières qui les empruntent, comme le Colorado très boueux à cet endroit. Nous n’avons cessé de nous émerveiller tels des enfants tout au long de la journée et les appareils photo ont bien chauffé. Nous avons terminé par la visite du Capitol Reef National Park, bien dans le ton de ce que nous venions de voir, avec quelques curiosités en plus comme ces pétroglyphes gravés à bonne hauteur sur des falaises. Ce qui les a sûrement préservé du vandalisme dont on a pu constater quelques exemples malheureux au niveau du sol.



    Le plus beau des parcs ?

    Ce n’est pas nous qui le disons, mais le National Park Service, l’organisme qui gère tous les parcs nationaux des USA. Après chacun en fait son affaire, mais ce Bryce Canyon National Park est véritablement au-dessus du lot et fait partie de nos coups de cœurs de ce voyage. Il s’agit d’un haut-plateau dont l’érosion a créé une multitude de cheminées appelées ici hoodoos. Le phénomène n’est pas unique dans le monde, mais c’est ici qu’il a sa plus forte concentration, rassemblée dans plusieurs zones appelées amphithéâtres. Les multiples tonalités de rose-orangé, la fragilité des édifices, la multiplicité de leurs formes, et leur caractère innombrable en font un spectacle exceptionnel. On commence par les apprécier du dessus, en longeant une falaise, avant de plonger vers leur base, dans des couloirs étroits et impressionnants, afin d’avoir un autre point de vue tout aussi impressionnant du dessous. Tout cela en compagnie de sympathiques chipmunks (de petits écureuils) peu farouches au point de venir tourner autour de vos chaussures. Et bien sûr en compagnie d’autres touristes, mais ce n’était pas le délire non plus. Vraiment un endroit qu’on a adoré.


    C’est par ce parc que nous terminons cet article. Il nous reste encore un petit bout d’Utah à parcourir et même encore un parc national avant de rejoindre le Nevada et le célèbre Grand Canyon. Nous allons en avoir encore plein les mirettes et sûrement des choses à vous raconter.

  • 76. Autour de Yellowstone

    C’est un long parcours qui nous emmènera de Missoula à Laramie en passant par l’exceptionnel parc Yellowstone, les états du Montana, du Wyoming et du Dakota du Sud jusqu’au célèbre Mont Rushmore. Une dizaine de jours intenses et inoubliables.

    Missoula et son carrousel solidaire

    Cette attraction est particulière par son histoire : un jour un menuisier du pays est allé voir le maire et lui a dit « I have a dream… » Il a proposé en fait de construire un carrousel pour la ville, à la seule condition qu’on lui promette que le manège ne sera jamais vendu ou déplacé. La ville a accepté, et désormais tout le monde se plaint du grincement infernal du manège, de la musique lancinante du limonaire, des enfants qui tombent ou qui se plaignent de violents maux de tête peu après avoir chevauché l’engin… Non non je blague, tout le monde est ravi, les enfants vont tous bien, le carrousel est magnifique et décoré dans les moindres détails y compris le bâtiment qui l’abrite. Ce qui est surtout marquant, c’est que la générosité de l’homme qui avait un rêve s’est étendue comme par contagion à une grande partie de la ville. Plusieurs milliers de personnes ont ainsi donné un coup de main pour que le projet se réalise, aussi bien pour sculpter et peindre les chevaux, carrosses et autres figurines que pour restaurer et remonter pièce par pièce le mécanisme que le menuisier avait récupéré, ou encore lever les fonds nécessaires aux travaux. Près de 100 000 heures de travaux bénévoles ont été comptabilisées. Le carrousel de Missoula est en service depuis 1995. 4000 volontaires se déclarèrent encore présents en 2001 lorsque le projet se présenta de construire un jardin d’enfants en forme de dragon juste à côté. Avec autant de bras, il ne fallut que 9 jours pour le montage. Un bel exemple de solidarité.


    Nuit en forêt près de Garnet

    C’est véritablement notre emplacement nocturne préféré car nous y avons en général une paix royale. Les forêts sont loin d’être toutes accessibles, souvent privées ou alors non équipées de voies de circulation. Mais aux USA, les forêts nationales relèvent du domaine public. Il suffit de les repérer sur la carte quand les emplacements de choix n’ont pas déjà été repérés par d’autres voyageurs sur les applications comme iOverlander. On nous demande parfois si nous ne craignons pas pour notre sécurité d’être autant isolés. Mais nous avons plutôt la sensation inverse. Tant mieux, il en faut pour tout le monde !


    Garnet, le village fantôme

    Vers 1890, des prospecteurs ont découvert de l’or dans la région, attirant de nombreux chercheurs, et, chose inhabituelle, leurs familles. La ville de Garnet a poussé comme un champignon, hébergeant jusqu’à 1000 personnes vers 1895, et disposant alors de 4 magasins généraux, 7 hôtels, 13 saloons, 3 écuries, 2 barbiers, 1 médecin, 1 école, 1 boucher et 1 boutique de confiseries (des familles vous dis-je). Pourtant, rien de tout cela n’a fait long feu. Les filons ont commencé à s’épuiser vers 1900, les exploitants ont commencé à louer à des gogos leurs mines en déclin, et les familles sont parties peu à peu. En 1905, il ne restait plus que 150 habitants. En 1912 un grand incendie en a encore chassé un grand nombre et le peu qu’il restait a été enrôlé dans la 1ère guerre mondiale. Même si la ville a connu quelques réveils provisoires par la suite, elle a fini par s’éteindre et est aujourd’hui abandonnée. Bien entendu, les autorités ont saisi le filon et tentent de maintenir en état les différents bâtiments pour la préservation de l’histoire, ce qui nous permet de les visiter aujourd’hui. Une poignée de baraques en bois dont une partie du mobilier est restée en place, suffisamment pour que l’on s’imprègne de l’ambiance de l’époque. Un petit sentier parcourt aussi la zone minière où l’on trouve du matériel abandonné et des puits de mine condamnés par sécurité mais dont rien que l’entrée en dit long sur les conditions de travail de l’époque.


    Nuit au camping, près de Townsen

    Après avoir traversé les jolis paysages du Montana, moyennes montagnes recouvertes d’une herbe jaune qu’on croirait sèche et parsemées de quelques sapins, ou champs ondulés de céréales à perte de vue, nous cherchons comme chaque soir un coin tranquille pour dormir. Nous avions repéré un camping gratuit près de la ville de Townsen, mais en faisant le tour de cet emplacement pourtant sympathique, nous découvrons que le seul occupant, une caravane sans son véhicule tracteur, est équipé d’un groupe électrogène en fonctionnement. Pas du tout envieux de supporter cela toute la soirée et encore moins la nuit, nous filons un peu plus loin. Comme il est déjà tard, nous nous rabattons sur un petit camping tout proche, dénué de tout personnel comme nous en avons déjà vu (on met le paiement dans une urne à l’entrée). Pas de groupe électrogène cette fois, mais un groupe de tondeuses à gazon entourant Roberto. Relativement silencieuses, ces vaches noires ne nous laisseront que quelques bouses avant de s’éloigner et nous permettre une nuit paisible.


    Allez les bleus !

    Sur une colline bordant l’autoroute qui mène à Three Forks dans le Montana, on peut apercevoir un troupeau de chevaux semblant brouter tranquillement l’herbe jaune du coin. Tout de même, quelque chose cloche : ces chevaux semblent d’une taille quelque peu inhabituelle et, si leur crinière vole au vent, eux-mêmes sont immobiles. Qui plus est, en se rapprochant un peu, on distingue une couleur bleutée. S’il est possible de s’arrêter sur un petit terrain vague bordant l’autoroute, rien ne permet d’approcher davantage le troupeau. Il faut sortir les jumelles pour apprécier les 39 sculptures en métal prenant des positions aussi diverses que réalistes, et s’apercevoir que la couleur bleutée est celle de taches peintes sur chaque « animal ». Renseignement pris, il s’agit de l’œuvre d’un artiste local à qui une entreprise de céréales a offert un sommet de colline qu’elle ne pouvait sans doute cultiver. Et il parait que les vrais chevaux bleus, ça existe. Pas comme les éléphants roses.


    Il nous en a fait voir de toutes les couleurs

    Je parle bien sûr de cette merveille qu’est le parc de Yellowstone. On entre ici dans la cour des grands question parc naturel, le plus ancien du monde d’ailleurs car il a été créé en 1872. Pour les passionnés de thermalisme que nous sommes, c’est un grand waouh toutes les 10 minutes. Nous sommes en effet dans l’immense cratère d’un volcan dont la dernière éruption date de 620 000 ans, gardant depuis une activité géothermique intense. On voit des fumeroles partout, des lacs d’eau ou de boue en ébullition, et bien sûr des geysers. Les 2/3 des geysers du monde sont ici ! Le tout est joliment dispersé, comme si cela ne suffisait pas, dans un décor montagneux époustouflant, grandiose et diversifié. Ce qui a marqué le plus notre première journée, ce sont les couleurs magnifiques des différentes sources que nous avons rencontrées, liées aux micro-organismes qui parviennent miraculeusement à vivre dans ces eaux très chaudes (le record est à 240°C !). Paradoxalement, plus la couleur est froide, plus la température de l’eau est élevée.

    A noter que nous avons fait la rencontre d’une famille française ayant tout quitté il y a 4 mois pour partir vivre au moins un an leur rêve de parcourir l’Amérique du Nord. Bien qu’ayant beaucoup voyagé avec nos enfants, nous n’avons jamais dépassé les 2 mois et demi de voyage continu, aussi nous ne pouvons qu’être admiratifs. Leur aventure est très bien racontée sur leur compte Instagram @lilybaroud, n’hésitez pas à jeter un œil.


    Yellowstone J2

    Ce grand parc mérite au moins 3 jours de visite, davantage si l’on souhaite parcourir d’autres sentiers que ceux qui se présentent tout le long des routes principales pour aller voir les points d’intérêts classiques. Ce qui n’est déjà pas si mal : rien qu’en empruntant ces sentiers, pour la plupart des passerelles en bois pour éviter de s’enfoncer dans les boues très chaudes, nous avons parcouru aujourd’hui 11 kilomètres. Comme hier, nous sommes allés d’émerveillements en émerveillements. Difficile de se lasser devant ces panaches de vapeur qui parsèment l’horizon, ces bassins en ébullition entourés de couronnes multicolores, ces fontaines crachotantes issues de cônes aux formes improbables et cette odeur de soufre omniprésente. Nous avons pu voir ce jour deux des attractions majeures du parc : le fabuleux Grand Prismatic Spring, un lac d’eau thermale formant une sorte de grand œil bleu entouré d’un halo de dégradés oranges du plus bel effet, et le célèbre geyser Old Faithful, dont l’intérêt réside surtout dans la fréquence relativement rapprochée et régulière des éruptions. C’est en conséquence autour de lui que l’on a construit toutes les infrastructures du sud du parc, comme les hôtels, les restaurants, les boutiques de souvenirs et bien entendu le centre des visiteurs. Les horaires probables des éruptions y sont annoncés, mais qu’on ne s’y trompe pas, les fourchettes sont assez larges. Ainsi, pour l’Old Faithful qui jaillit en moyenne toutes les 90 mn, la prochaine éruption était annoncée entre 13h40 et 14h (le spectacle a démarré à 13h40, mieux valait ne pas être en retard), tandis que pour le suivant, le Riverside geyser, c’était entre 15h05 et 16h35 (demandant donc un peu plus de patience). Pour d’autres geysers, l’intervalle entre deux éruptions est annoncé comme pouvant varier entre quelques heures et …quelques années ! Nous avons joué la simplicité en nous contentant de voir l’Old Faithful expulser 20 000 litres d’eau bouillante à une trentaine de mètres de hauteur, pendant environ 2 minutes. Confiants dans les organisateurs, nous n’avions même pas pris de parapluie !

    Dans la série des rencontres, nous avons fait connaissance avec 2 autres familles de voyageurs français, chacune avec 2 enfants, parties pour un an à la conquête de l’Amérique du Nord et de l’Amérique centrale et complètement conquises par l’expérience. Ceux qui rêveraient d’en faire autant pourront se délecter de leurs aventures sur leurs comptes Instagram @prenezlapause et @nous_5_en_amerique.


    Le zoo-camping du parc

    Le camping sauvage étant interdit dans tout le parc, nous avons passé la nuit dans l’un de ses « campgrounds ». Les installations sanitaires sont basiques, limitées à des wc et lavabos, mais sans douches. Les emplacements sont par contre agréables avec, comme la plupart du temps en Amérique du Nord, table de pique-nique et foyer de cuisson individuels. Partout des panneaux préviennent de la présence fréquente d’animaux sauvages, ours et bisons entre autres. Nous n’aurons pas eu l’honneur de leur visite, mais en quittant le camping le matin nous sommes tombés sur ce cerf qui broutait tranquillement dans les allées, entre deux caravanes.


    Gris et pastel

    Troisième et dernier jour à Yellowstone. Nous commençons notre visite le matin par un secteur de géothermie boueuse. Ici, les sources dégagent volontiers de l’hydrogène sulfureux que des bactéries vont transformer en acide sulfurique, capable de dissoudre les roches autour et formant donc de la boue. Dès l’approche de la zone, bien avant de voir ces chaudrons bouillonnants, on sent bien l’odeur caractéritique d’œuf pourri et on entend les échappées de vapeurs, les bruits d’ébullition, et les bulles qui éclatent à la surface. Des geysers de boue, heureusement pour nous non actifs actuellement, ont aspergé puis grillé toute la végétation alentour, créant une grande clairière gris-blanc au milieu de la forêt. Le dernier bassin de boue que nous verrons n’est plus gris mais jaune. C’est de l’acide sulfurique presque pur, avec un pH proche de 1. Il est 10 fois plus acide que le jus de citron par exemple. A ne surtout pas consommer, même avec modération !

    Nous traversons ensuite des plaines à bisons (une bonne cinquantaine étaient présents) pour rejoindre le grand canyon de la rivière Yellowstone, l’un des fleurons du parc. Long de 30 km, large de 500 à 1200 m, profond de 300m, il est le résultat de 600 000 ans d’érosion par la rivière et les conditions climatiques. Les parois abruptes où pas grand-chose ne pousse ont pris de jolies couleurs pastel, jaune pâle, vieux rose ou ocre. De frêles colonnes et murs rocheux s’avancent ça et là, procurant un bel effet de relief. Au bord des falaises, que nous avons longées à pied, des arbres au bord du vide exposent leur racines nues tout en s’accochant désespérément avec les autres. Le spectacle est vraiment spendide.


    Le rodéo de Cody

    Nous quittons Yellowstone en fin d’après-midi, avec l’impression d’avoir vécu quelque chose d’exceptionnel. Heureusement, la jolie route qui sort du parc nous permet une transition en douceur, tout comme celle qui mène ensuite à Cody, bordée de hautes falaises rougeâtres. Cody s’ennorgueillit d’être la capitale mondiale du rodéo, et comme nous n’avons jamais vu ce genre de manifestation, nous nous garons près de l’arène et attendons l’ouverture. Jusqu’à fin août, un show a lieu chaque soir à 20 heures. Nous arrivons en avance pour avoir les meilleures places, juste devant les stalles de départ, d’où nous pouvons assister aux préparatifs. Les cow-boys en tenue complète se bandent le bras qui tiendra le harnais (pour les chevaux) ou la corde (pour les taureaux) et l’entourent d’une attelle. Ils portent des gilets de maintien et des petits coussins protégeant la nuque. Manifestement, ça va être éprouvant pour les articulations. Pour l’épreuve sur les taureaux, ils troqueront en outre leur chapeau pour un casque intégral. Pendant ce temps le public s’installe. Les porteurs de chapeaux, de blousons et bottes en cuir sont nombreux. La musique country diffusée par les haut-parleurs donne l’ambiance. Vers 20h un animateur prend la parole, qu’il partagera avec un clown placé, lui, sur la piste. Les épreuves s’enchaînent, sous les cris et encouragement des spectateurs. D’abord rodéos à cru sur chevaux, puis attrapage de veaux au lasso, en individuel ou en équipe, rodéo sur chevaux mais avec selle, course de vitesse avec obstacles et enfin l’épreuve reine, le rodéo sur des taureaux déchaînés où, je crois, le meilleur a tenu 12 secondes. Du beau spectacle et une ambiance typique far-west.

    Fatigués de cette grande journée, nous ne chercherons pas bien longtemps un endroit pour passer la nuit : un supermarché Walmart est à deux pas. Pas très glamour mais il fera l’affaire. D’autant que le frigo est vide, nous serons sur place pour les courses du lendemain.


    La ville de Buffalo Bill

    Si le rodéo est si légendaire à Cody, c’est bien bien grâce au créateur de la ville, William Frederick Cody. Son nom ne vous dit sans doute rien parce qu’il ne s’est appelé comme ça que jusqu’à l’âge de 23 ans où il abattit en une journée 69 bisons dans une sorte de concours stupide avec un autre éclaireur de l’armée qui lui n’en tua « que » 46. A partir de ce jour peu glorieux, mais qui pourtant suscitait l’admiration des gens d’alors, on l’appela Buffalo Bill. Quasiment autodidacte puisqu’il entra dans la vie active dès ses 10 ans, à la mort de son père, il fut particulièrement entreprenant tout au long de son existence. Cavalier et tireur émérite, acteur dans l’âme, il lança à l’âge de 36 ans, en 1882, le Wild West Show, un grand spectacle composé de numéros variés faisant tous l’apologie de la conquête de l’ouest. On y voyait des démonstrations de tir de précision, des courses de chevaux, des scènes de chasse avec de vrais bisons, des attaques de diligences, des batailles historiques et des scènes de la vie quotidienne. Buffalo Bill y participait en personne, aux côtés d’invités célèbres comme Calamity Jane ou le chef indien Sitting Bull. Le succès fut retentisssant et la troupe partit en tournée nationale puis européenne, avec une logistique remarquable pour l’époque. Buffalo Bill créa aussi la ville de Cody et fit beaucoup pour développer ses infrastructures. Nous n’avons pas résisté au plaisir de déjeuner au restaurant de SON hôtel. Ambiance typique garantie pour un prix étonamment raisonnable (15€ le buffet du midi).

    Un excellent article sur le Wild West Show ici


    Cinq pour le prix d’un

    Le Buffalo Bill Center of the West est le centre culturel de Cody.5 expositions sont rassemblées dans même bâtiment, avec un billet d’entrée valable 2 jours, ce qui nous a été fort utile. La première est bien sûr dédiée au héros de la ville, tandis que les autres sont consacrées à l’histoire naturelle de la région, aux indiens des plaines, à l’art régional et aux armes à feu. Cette dernière, exceptionnelle, expose 5200 pièces sur les 7000 en possession du musée. Elle semble parfaitement à sa place ici au Wyoming, l’un des états ayant la plus forte proportion de détenteurs d’armes à feu (60% contre 5% pour le Delaware et 33% en moyenne aux USA)


    La Tour du Démon

    Après avoir de nouveau traversé des paysages superbes, nous arrivons à la Tour du Démon, une étonnante formation rocheuse qui ne ressemble à rien de ce qui l’entoure. Comme une dent qui aurait poussé au milieu de la campagne. En s’approchant un peu, on aperçoit des rayures verticales qui, avec la forme générale en tronc de cône, donnent à la chose l’apparence d’un cannelé bordelais géant. Inévitablement, on se demande comment elle est arrivée là. Au Visitor Center, les hypothèses vont bon train. On parle d’abord d’une origine extra-terrestre. Dailleurs, un alien est exposé à l’entrée, comme s’il avait été capturé puis empaillé en guise de preuve. Plus loin, on affirme, photo et gravure 3D à l’appui, qu’une ourse immense aurait tenté de grimper au sommet de la montagne où s’était réfugié un groupe d’Indiens, provoquant les profondes rainures avec ses griffes, en glissant. La bête ayant échoué, le lieu est devenu sacré pour les tribus du coin. Après, il y a les scientifiques qui ont forcément une explication : de la lave aurait trouvé son chemin il y a 60 000 ans (facile l’hypothèse, il n’y a plus personne pour témoigner) dans des couches sédimentaires, que la rivière autour aurait ensuite érodées. La lave elle-même en séchant lentement aurait produit ces jolies colonnes polyédriques. Pas facile de savoir qui a raison. Moi j’aime bien l’histoire de l’ourse, et vous ?


    Nous passons la nuit à l’orée d’une forêt près du site, évitant volontairement le camping au pied de la tour. Pas seulement en raison du risque d’éboulement mais aussi parce qu’ils diffusent encore chaque soir le film Rencontres du 3ème type. Encore qu’avec en fond le décor qui a inspiré Spielberg ce pourrait être amusant.


    Des têtes bien faites

    Nous poussons jusqu’à l’état du Dakota du Sud pour rendre visite au monument le plus emblématique des USA après la statue de la liberté: le Mont Rushmore. Les têtes des plus méritants présidents du pays gravées dans le granit attirent chaque année plus de 3 millions de visiteurs. Initialement, ce devaient être des personnages célèbres de l’Ouest, mais le sculpteur Gutzon Borglum en a décidé autrement. Vu que l’oeuvre est très connue, je ne vais pas trop faire le savant, mais je vous propose un petit jeu : parmi les affirmations suivantes, une seule est fausse, laquelle ?

    1. Le sculpteur a été formé en France
    2. Les nez des portraits sont de la même taille que Roberto
    3. L’une des têtes a dû être déplacée
    4. Un portrait féminin devait être ajouté mais cela n’a pas pu se faire faute d’argent
    5. Trump a demandé à ce que son portrait soit ajouté
    6. Une sculpture concurrente, plus grande, est en cours de réalisation sur une montagne proche
    7. Aucun décès n’a été à déplorer pendant le chantier
    8. Le sculpteur était membre du Ku Klux Klan

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    A point ou bien cuits ?

    De passage dans la ville de Hot Springs, nous n’avons pas résisté au plaisir de nous plonger dans les eaux bien chaudes d’un établissement local comportant plusieurs piscines ouvertes entourées de jardins. Rompant ainsi avec la frustration de n’avoir pu nous baigner dans les sources (trop) chaudes du parc Yellowstone. Un délice.


    Nous sommes repassés maintenant dans le Wyoming et venons d’arriver à Laramie. Le voyage se poursuit sereinement. Pas d’incident mécanique à signaler, Roberto est bien vaillant, savourant sans doute comme nous le plaisir de découvrir la suite. Comme vous aussi j’espère.