Étiquette : roberto

  • 183. Découverte de la Colombie

    183. Découverte de la Colombie

    Nous découvrons maintenant la Colombie, le 9ème pays de notre road-trip sudaméricain et le 47ème pays visité pour notre fourgon aménagé Roberto. Suivez-nous, c’est tout neuf !

    Le premier parcours de notre découverte de la Colombie, d'Ipiales à Coconuco
    Le premier parcours de notre découverte de la Colombie – En version zoomable ici

    Passage de frontière Équateur-Colombie

    Eh bien c’est sans surprise le même bazar que d’habitude, avec du stationnement anarchique, des vendeurs de tout et n’importe quoi, des bâtiments mal identifiés, des guichets où l’on mélange ceux qui arrivent et ceux qui sortent du pays, une procédure d’enregistrement préalable sur Internet pour le permis d’importation en Colombie de notre véhicule qui fait perdre du temps plutôt que d’en gagner. Mais voilà, nous savons que c’est un mauvais moment à passer et nous faisons preuve de patience. De la sortie de l’Équateur à l’entrée en Colombie, les démarches vont durer 2h30. Et c’est sans compter la souscription de l’assurance pour Roberto, que nous effectuerons dans …un supermarché, quelques km après la frontière. Nous sommes presque heureux au passage d’être assurés, après avoir roulé 3 mois sans assurance en Équateur (c’était tout bonnement impossible). Mais dans quelques jours ces petites tracasseries seront oubliées. Et nous avons maintenant 3 mois devant nous pour visiter le pays !


    Ipiales et son téléphérique le plus lent du monde

    C’est sur le parking du téléphérique d’Ipiales que nous passerons notre première nuit en Colombie. Impossible de quitter cette ville frontière avant minuit, heure ou notre assurance auto s’active. Mais peu importe, le passage transfrontalier nous a fatigués et nous sommes heureux de cette petite pause. Nous avons largement le temps de voir passer les petits groupes de cabines qui rejoignent à la vitesse de l’escargot le sanctuaire de Las Lajas situé à 7 km de là et 240 m plus bas. Concernant le record de lenteur évoqué dans le titre de ce paragraphe, je n’ai pas trouvé de comparatif précis, c’est peut-être juste une boutade, mais les vidéos sont éloquentes. Nous avons aussi le temps d’apprécier la décoration extérieure des bâtiments du téléphérique, dont certaines fresques en cours de réalisation. Des couleurs vives prometteuses pour la suite de notre parcours colombien.


    Le sanctuaire de Las Lajas

    Sanctuaire de Las Lajas, Ipiales, Colombie
    Sanctuaire de Las Lajas, Ipiales, Colombie

    Nous découvrons presque par hasard ce lieu qui a pourtant été classé en 2007 la 2ème des 7 merveilles de la Colombie. Ça n’est pas sur notre guide Lonely Planet que nous l’avons trouvé mais sur notre application iOverlander, celle qui nous aide à trouver nos lieux de bivouac. Comme quoi il vaut mieux diversifier ses sources. Car le lieu est exceptionnel : une basilique mélangeant les styles néo-gothique et colonial espagnol construite au-dessus d’un canyon dont elle relie les parois par un pont. Construite après une apparition de la Vierge sur les parois rocheuses au XVIIIe siècle qui a été suivie de nombreuses guérisons miraculeuses, la basilique Notre-Dame du Rosaire attire chaque année entre 750 000 et 900 000 visiteurs, malgré un accès difficile. Encore que facilité par l’arrivée du téléphérique d’Ipiales en 2015. Avec tous ces pèlerins, l’environnement du canyon, la cascade, la multitude d’ex-voto sur les murs, les statues lyriques sur le pont, la messe en cours, la beauté de la basilique, c’était un lieu véritablement magique. Nous en voulons à notre guide de l’avoir oublié.


    Colombie, Équateur et Venezuela même drapeau ?

    Je suis intrigué d’emblée par la ressemblance entre le drapeau de la Colombie et celui de l’Équateur que nous venons de quitter. Et sans chercher bien loin, je m’aperçois que le drapeau du Venezuela est presque identique. Il se trouve que ces pays ont un ancêtre commun, la Grande Colombie. Ce regroupement de pays qui incluait aussi le Panama et quelques morceaux des pays limitrophes a été créé à l’initiative de Simon Bolivar, le grand libérateur de l’Amérique du Sud, qui rêvait de fédérer l’entièreté du sous-continent. Malheureusement, la Grande Colombie a éclaté 7 ans plus tard, sans doute trop complexe à gérer de par son étendue et la diversité des pouvoirs qui y régnaient. Si le Panama a adopté lors de son indépendance un drapeau totalement différent, les 3 autres pays ont conservé une apparence proche : la bande jaune symbolisant l’or a été agrandie pour la Colombie et l’Équateur, le premier supprimant le blason de la Grande Colombie et le dernier le remplaçant par son blason propre, tandis que le Venezuela a rajouté 6 étoiles, 1 pour chacune de ses régions.


    Pasto, un musée de l’or et un carnaval classé à l’UNESCO

    Pasto est la première grande ville que nous traversons. 400 000 habitants et une circulation dense. Une première impression qui n’était pas favorable. Le centre est réputé pour son architecture coloniale et ses nombreuses églises. Mais nous n’avons rien trouvé de transcendant. Tout semble noyé dans un affairisme intense et des styles très disparates. Deux établissements sortent du lot toutefois, et nous avons même volontairement passé la nuit sur place, au bord d’un jardin public, pour attendre l’ouverture du second. Mais commençons par le premier.

    Le Musée de l’Or Nariño à Pasto

    C’est un musée mis à disposition du public par une banque, comme c’est souvent le cas en Amérique du Sud, consacré aux cultures préhispaniques et à la diversité culturelle du département de Nariño, avec une collection importante d’objets en or (480 !), céramique, pierre, bois, textile et coquillage. Nombre d’entre eux ont été récupérés dans des sépultures qui ont permis leur conservation. L’or, déjà travaillé par ces civilisations 2000 ans avant notre ère, était loin d’avoir le rôle monétaire actuel. Il servait surtout à faire des offrandes, à honorer les divinités, ou encore à marquer le prestige et le pouvoir. De bien beaux objets parfaitement mis en valeur en tout cas.

    Le Musée du Carnaval de Pasto

    Faute de pouvoir être présents à l’évènement culturel majeur de Pasto, le Carnaval de Negros y Blancos, classé en 2009 au patrimoine mondial immatériel de l’humanité, nous sommes heureux de pouvoir en avoir un aperçu et des explications dans ce petit musée gratuit, fort intéressant et étonnamment spectaculaire. On s’y promène en effet dans une ambiance musicale qui rappelle celle du carnaval au milieu des personnages géants et multicolores qui participent habituellement au défilé. Et des panneaux donnent bien entendu les explications nécessaires. L’histoire de ce carnaval remonte à l’époque coloniale. Dans un esprit de favoriser la tolérance et la diversité ethnique, les colons se peignaient le visage en noir le 5 janvier et les esclaves en blanc le lendemain. Cette tradition s’est perpétuée jusqu’à nos jours, avec une période un peu plus étendue allant de fin décembre au 6 janvier mais toujours centrée sur les 2 derniers jours. Le décor spectaculaire du musée donne vraiment envie d’y aller !


    Le barniz de Pasto

    Nous découvrons à la boutique du musée du carnaval cette technique artisanale indigène colombienne et typique de la ville de Pasto qui utilise la résine d’un arbre des forêts humides des Andes, le mopa-mopa, pour être appliquée en fines feuilles colorées sur du bois. Dans la pratique, les bourgeons de l’arbre sont mis dans de l’eau bouillante pour extraire la résine. Celle-ci est étirée à chaud, mélangée avec des pigments, puis de nouveau étirée en feuilles fines qui sont appliquées à chaud sur le bois en plusieurs couches. Les motifs sont alors découpés directement sur l’objet dans un design original. Il est heureux que des artisans continuent de perpétrer ce savoir-faire ancestral. Voici un aperçu de quelques objets trouvés sur les vitrines.


    La Laguna Cocha

    A une vingtaine de kilomètres à l’est de Pasto et à 2800m d’altitude, c’est le deuxième plus grand lac de Colombie et une réserve de biosphère importante. Compte-tenu du temps tristounet, nous nous attendions à y faire un bref passage. Mais là encore, nous avons découvert un véritable joyau inconnu de nos guides : rien de moins que la Venise de Colombie ! El Encanto (Le Charme), le petit village de pêcheurs et d’agriculteurs paisible au bord du lac s’est en effet transformé au fil des années en pôle touristique majeur. L’unique route qui y mène est bordée d’hôtels et/ou de restaurants avec par endroits des airs de chalets suisses et à d’autres les couleurs habituelles des constructions colombiennes. Des canaux de part et d’autre sont envahis de petites embarcations à moteur toutes sur le même modèle. De nombreux ponts courbés rejoignent les établissements situés sur la rive d’en face. Ajoutez à cela une forte affluence touristique (nous sommes un week-end) et du trafic sur l’eau et vous verrez qu’effectivement Venise et ses gondoles ne sont pas si loin. Sévèrement en retrait si l’on parle des couleurs qui explosent véritablement ici, surtout quand le soleil daigne apparaître.


    Les empanadas de Vivi et les cañelazos de Lourdes

    Nous avions déjeuné à bord de Roberto avant la visite du port, alors il n’était pas question de consommer ne serait-ce qu’un sandwich lors de notre parcours. Mais nous avons tout de même salivé en passant devant le stand des « Empanadas de Vivi » qui propose de vous confectionner des empanadas sur mesure, qu’ils soient végétariens, au poulet, au bœuf ou encore à la truite, assortis d’un choix de 60 sauces différentes constituées de piments des plus doux au plus forts et aromatisés au café, au yaourt, à la mangue verte et autres fruits. L’éventuel appétit qui nous restait est brutalement retombé devant la vision de cochons d’Inde rôtissant sur une broche, puis celle de la carte d’un restaurant proposant du perro caliente (chien chaud). Ce n’est qu’un peu plus loin, devant une photo du plat en question que nous avons réalisé que le perro caliente n’était que la traduction du célèbre hot dog, bon sang mais c’est bien sûr ! Rassérénés, nous avons fini par craquer devant la « Tienda de Lourdes » et ses cañelazos tout fumants dans leurs marmites : un à la mûre pour Claudie, un autre au fruit de la passion pour moi. Un délice !


    La route du tremplin de la mort

    Cette route est notre seule possibilité pour rejoindre de l’autre côté de la Cordillère des Andes la ville de San Augustin réputée pour son site funéraire unique. Difficile de dire d’emblée si son nom vient du caractère de notre destination ou bien du côté périlleux du parcours, nous n’allons pas tarder à le savoir. Nous quittons très vite l’asphalte pour une route de terre parsemée de nids-de-poule. La pluie s’en mêlant, la surface va devenir boueuse, restant néanmoins assez compacte. Tant mieux car nous en avons pour 85 km ! Le décor bien que souvent baigné dans la brume est grandiose, avec de hautes montagnes couvertes de forêt primaire qui nous surplombent, tandis que nous longeons une vallée profonde qui se rétrécit peu à peu. La route aussi se rétrécit d’ailleurs, pour ne plus devenir qu’une voie unique. Les virages se succèdent et l’on appréhende de voir surgir un véhicule en face, ce qui arrive régulièrement, y compris des poids-lourds. Il ne reste alors qu’à reculer jusqu’à l’espace de croisement le plus proche, en se collant soit contre la paroi soit contre le ravin selon l’endroit. Régulièrement aussi, la végétation coiffe la route, formant presque des tunnels. Et pour parfaire l’exotisme du parcours, plusieurs gués sont à traverser. Rarement profonds, mais parfois les roues de Roberto ont du mal à accrocher sur les galets qui roulent. 4 heures plus tard, pour 85 km donc, c’est avec grand plaisir que nous retrouvons le bitume !


    À grande eau

    Après notre route aventureuse, nous avons trouvé un endroit paisible pour passer la nuit, dans un village au bord d’un torrent. Nous aurions bien lavé Roberto qui n’a peut-être jamais autant été couvert de boue, mais des locaux se baignent malgré le fort courant. Alors nous reportons notre séance de nettoyage au lendemain. Ce sera dans le centre du village, près d’une station-service où l’on sert séparément les deux-roues – c’est vrai qu’ils sont particulièrement nombreux dans le pays. Lavé à la main et à grande eau, Roberto le grand bleu retrouve son éclat. C’est reparti pour un tour ! Nous restons sur le thème de l’eau en allant visiter un petit mais joli canyon situé sur notre route, le Cañon del Mandiyaco. Sur 400m, la rivière a joliment sculpté des arabesques, des orifices et des bassins dans la roche volcanique. La nature dans tout son art.


    Les mystérieux monolithes de San Augustin

    À 1700m d’altitude et une pluviosité élevée, San Augustin est bien placée pour la culture du café, mais aussi des bananes, de la canne à sucre, des naranguilles ou du bambou. La pluie fréquente (27 jours par mois en juillet…) pourrait dissuader les touristes, mais la ville possède un attrait majeur : son site archéologique hébergeant nombre de statues aussi énigmatiques que celles de l’Île de Pâques. Si l’on ne connaît pas grand-chose de la civilisation pré-incaïque et totalement disparue qui les a créées, on sait que ces statues sculptées dans la roche volcanique faisaient partie entre autres de cultes et rites funéraires. Elles figurent des divinités de la cosmologie andine précolombienne, sous forme anthropomorphe, zoomorphe …ou mixte. Mais aussi des personnages importants de cette civilisation perdue, comme des chamanes souvent représentés en transe, ou les gardiens des défunts. Parmi les sculptures zoomorphes, les plus représentées sont l’aigle, le jaguar, le serpent, la grenouille et le singe, symbolisant respectivement le monde du ciel, de la terre, du sous-sol, la fertilité et la ruse dans la culture andine précolombienne. Toutes ces statues étaient enfouies dans le sol depuis 1000 à 2000 ans avant d’être découvertes vers le XVIIIe siècle. Après leur étude qui n’a permis de connaître que des bribes de cette civilisation disparue, faute de disposer d’écrits, elles ont été exposées et sécurisées sur le site, soit à leur emplacement d’origine, soit le long d’un sentier pédagogique. Le tout dans une superbe végétation tropicale humide et malheureusement une pluie battante sur un tiers du parcours. Pour une fois nous avons pris un guide, mais ses commentaires n’ont pas pu dépasser les limites des archéologues actuelles. Du pain sur la planche pour les Indiana Jones des nouvelles générations !


    Le bananier rose

    À le voir si bien portant dans cette forêt tropicale colombienne, on jurerait qu’il est d’ici. Mais, comme les cochons qui tournent sur les broches du pays, il vient d’Inde. Ses petites bananes toutes velues (l’espèce s’appelle d’ailleurs Musa velutina) sont comestibles mais sont pleines de graines très dures qui font le bonheur des dentistes su coin car on s’y casse volontiers les dents. Et puis, encore moins rose chez ces bananiers, ils se reproduisent comme des lapins, aux dépends d’autres espèces. Ils sont classés invasifs dans certains pays comme le Costa Rica ou le Brésil. Peut-être qu’un jour on consacrera un mois par an là-bas à les éradiquer. On pourrait appeler l’évènement Octobre rose, qu’en pensez-vous ?


    Le bestiaire routier de San Augustin à Coconuco

    Après ce détour archéologique, il nous faut regagner la route panaméricaine et donc retraverser la montagne. Par une route censée être en meilleur état, si ce n’est un tronçon en « mauvais état » de 35 km. En fait l’une des pires routes que nous ayons empruntées ! Si la voie est plus large que celle du tremplin de la mort, le revêtement est particulièrement pénible avec un relief rocheux très irrégulier, des trous et des ornières par centaines. Le paysage est moins agréable aussi. Heureusement, pour tromper l’ennui, sont disposés tout du long des panneaux alertant de la traversée possible d’animaux sauvages. La variété est grande, dommage que nous n’en ayons vu aucun ! À refaire, et à condition d’accepter de reprendre une route en sens inverse, ce que nous cherchons à éviter au maximum, nous aurions peut-être repris la route boueuse et étroite… Deux heures environ pour franchir ces 35 km et nous revoilà  sur une bonne route asphaltée, entrecoupée tout de même de nombreux secteurs en travaux, qu’il est difficile de reprocher au gouvernement colombien. Ces panneaux animaliers me donnent l’occasion de vous montrer quelques panneaux routiers inhabituels chez nous. À voir en images.


    Les thermes de Coconuco

    Allez, terminons chaudement ce premier parcours colombien avec les Termales de Agua Hirvienda (littéralement thermes d’eau bouillante…) de Coconuco. Un petit établissement tenu par une communauté indigène locale, développé autour d’une source volcanique affichée à 72,3°C. Étonnamment, l’eau du captage annoncée à cette température est en ébullition. Soit c’est plus chaud que ce qui est annoncé, soit c’est une émanation simultanée de gaz qui donne cet état. Selon le circuit de l’eau, 4 bassins offrent des températures différentes. J’ai estimé le plus chaud entre 40 et 45°C quand nous nous y sommes baignés en milieu de matinée. On pouvait tenir une vingtaine de minutes avant d’aller nager dans une piscine plus grande et moins chaude, à 35-38°C environ, ce qui est fort agréable. Le ticket donnant droit à des entrées multiples sur 24h, nous y sommes retournés dans l’après-midi puis une fois la nuit tombée. Vers 16 heures, l’établissement était un peu plus fréquenté que le matin, ce qui est habituel car les Colombiens préfèrent en général les visites en 2ème moitié de journée, mais curieusement, personne ne barbotait dans le bassin le plus chaud. Et pour cause, alimenté depuis le matin directement avec l’eau à 72,3°C, il était sans doute devenu proche de cette température… pas question d’y tremper ne serait-ce qu’un orteil ! Le soir c’était plus calme mais toujours fréquenté. Les volutes de vapeur au dessus des bassins créaient une ambiance surréaliste. Au total, ce fut une étape très relaxante pour nous, d’autant que nous avons pu passer 2 nuits gratuitement sur leur parking très tranquille.


    Ragaillardis, nous allons pouvoir reprendre les routes de Colombie, que nous allons espérer plus douces pour les suspensions de Roberto et nos articulations soixantenaires. On vous dit à bientôt !

  • 178. Approche de l’Amazonie

    178. Approche de l’Amazonie

    La pause est terminée, nous voilà de retour en Équateur pour poursuivre notre périple. Notre nouveau visa de 90 jours obtenu à l’arrivée dans le pays aurait pu nous donner de l’aisance pour la visite, mais le problème c’est que pour Roberto n’étant pas rentré avec nous, c’est la date de notre première entrée en Équateur qui compte. Cela devrait malgré tout être suffisant, le pays n’étant pas si grand (44% de la surface de la France)

    Parcours Approche de l'Amazonie
    Le parcours décrit dans cet article, en version cliquable ici

    Transition crustacée

    Notre petit séjour métropolitain se termine et nous commençons à préparer nos bagages pour le retour en Équateur. Mais le pays se rappelle à nous plus tôt que prévu lors d’un petit passage au supermarché : voilà que nous découvrons que les crevettes que l’on vient d’acheter viennent de là-bas !

    C’est que le pays en est, on le sait peu, le premier producteur mondial. Dans notre supermarché, en achetant au hasard, nous avions une chance sur deux de tomber sur des crevettes équatoriennes. Elles sont paraît-il loin devant les autres en terme de qualité, de couleur, de texture et de saveur. Mais j’aurais bien du mal à vous donner mon opinion, je suis allergique…


    Retour vers le futur

    Eh bien nous voilà de nouveau dans les aéroports pour notre vol de retour vers Quito. Rien d’exceptionnel à raconter alors je m’amuse avec l’intelligence artificielle à modifier quelques petits détails sur mes photos, en rapport avec l’actualité sur la pénurie potentielle de kérosène. C’est d’une simplicité et d’une efficacité décourageantes pour l’avenir de la planète…


    Roberto nous voilà

    Après un vol en 3 étapes long et ennuyeux, partis à midi de Bordeaux nous arrivons vers 7 heures le lendemain en heure française. Sauf qu’à Quito il n’est pas encore minuit, décalage horaire oblige. 1h15 plus tard, car oui l’attente est longue à l’immigration, nous sortons enfin de l’aéroport et appelons le gardien de notre parking longue durée pour qu’il vienne nous chercher. En milieu de nuit, ce service VIP était précieux, tout en étant inclus dans le tarif imbattable de 3,90€/24h. Le gardien nous ramène auprès de Roberto qui nous attendait bien sagement. Nous empilons nos bagages sur les sièges et finissons notre nuit. Le lendemain matin, en quittant le parking, nous nous apercevons que notre véhicule a en plus été nettoyé. Quand je vous dis service VIP !


    Chocs thermiques

    Après la quasi-canicule qui sévissait en France au moment de notre départ, nous retrouvons à Quito des températures agréables en journée, mais frisquettes la nuit en raison essentiellement de l’altitude (2860m) et aussi de l’arrivée prochaine de l’hiver austral. On parle de 5 ou 6°C, il nous a fallu remettre le chauffage !

    Après une journée consacrée à la logistique (déballer et ranger les bagages, remplir le frigo, recharger le forfait téléphonique de Claudie, etc.) nous quittons la capitale pour retrouver la nature. Restant dans les hauteurs, plongés dans une grisaille humide, nous sommes heureux de nous arrêter pour une première pause aux Thermes de Papallacta. L’eau d’origine volcanique y arrive à 70°C dans une douzaine de bassins extérieurs joliment aménagés avec vue directe sur les montagnes alentour, du moins par temps dégagé. Avec un air à 13°C, on s’y plonge avec bonheur !


    Nuit entre une église et un ours à lunettes

    Après les thermes, le ciel s’est un peu couvert et nous ne sommes pas trop chauds (malgré les bains à 40°C…) pour reprendre la route. Et puis nous avons besoin d’eau. Justement, le village de Papallacta a tout ce qu’il faut : un parking tranquille devant une charmante petite église toute bleue, un robinet fileté d’eau potable et même la wifi ! De l’autre côté, c’est un ours à lunettes statufié qui nous regarde, comme pour nous rappeler qu’il en existe un certain nombre dans la région. Plus beaucoup car cette seule espèce d’ours natifs d’Amérique du Sud est menacée. Il en resterait à peine un millier. On voit de temps en temps des panneaux au bord de la route prévenant de la possible traversée de ces ursidés. Mais ça ne marche jamais, il faut qu’ils arrêtent de nous faire rêver !


    La vallée dans la forêt de nuages

    Nous repartons plein Est vers l’Amazonie. La route emprunte le fond de la vallée du tempétueux et boueux Rio Papallacta. De part et d’autre, des forêts denses et pleines de lianes, lichens et plantes épiphytes accrochent les nuages. Voire même les créent, comme on peut l’observer. C’est magnifique et sauvage, nous adorons. Les villages traversés revendiquent volontiers leur peuplement autochtone par des statues au croisement des rues ou par des affiches incitant les touristes à contacter les agences touristiques « communautaires ». Avec ce ciel chargé, la pluie nous gagne et nous nous arrêtons assez tôt au bord d’une autre rivière pour passer la fin d’après-midi dans un endroit tranquille.


    Tena ou l’Amazonie en centre-ville

    La ville de Tena est la porte d’entrée de l’Amazonie équatorienne. C’est souvent de là que démarrent les activités sportives en eau vive, comme le rafting ou le kayak, et les excursions vers les réserves naturelles, les cascades ou encore les communautés indigènes. Cela dit, il n’est pas forcément obligatoire de s’engager dans des expéditions longues, fatigantes et coûteuses pour voir tout ça.

    Au lieu de se rendre dans une réserve naturelle, il suffit de parcourir le magnifique Parc de l’Ile, un concentré gratuit de 27 hectares de forêt dense amazonienne en plein centre-ville. Nous avons adoré nous promener sur ces chemins mousseux au milieu d’une végétation luxuriante typique des forêts tropicales humides. Nous avons découvert plusieurs fleurs et plantes que nous n’avions jamais rencontrées auparavant. Nous avons observé des minuscules grenouilles, quelques insectes bizarres, des singes écureuils et nous avons même approché (et caressé !) un tapir.

    Charançon
    Un charançon de la forêt amazonienne

    Et au lieu d’aller faire du voyeurisme dans les communautés indigènes de la région, il suffit de se balader en ville : 58% des 28 000 habitants sont des Quechuas. Alors oui, nous avons fait un petit tour en ville via une jolie passerelle décorée d’images en métal des animaux et activités de la région, nous avons jeté un œil à l’église et à la cathédrale sans pouvoir y rentrer, nous avons traversé le marché et vu une sorte de cantine où tout le monde mangeait du maito. C’est une préparation de poisson des rivières du coin enveloppé dans des feuilles de bananier puis grillé lentement sur des braises. Apparemment, la feuille de bananier donne un arôme unique et maintient le poisson moelleux et juteux. Nous sortions du déjeuner alors nous n’avons pas goûté, mais il faudra qu’on teste ça prochainement.

    Que de belles découvertes en tout cas lors de cette journée à Tena !

    Nous allons poursuivre encore un peu plus vers le sud du pays et nous vous disons à très bientôt !

  • 175. Roberto au pays de l’or noir

    175. Roberto au pays de l’or noir

    Nous voici donc en Équateur, 8ème pays de notre périple sudaméricain et 46ème pays visité pour Roberto depuis sa naissance en 2021. Dans un premier temps, nous avons un peu moins d’un mois pour rejoindre l’aéroport de Quito, pour notre parenthèse familiale quadrimestrielle. Ce sera donc un trajet assez direct longeant l’avenue des volcans sur l’altiplano équatorien, comportant néanmoins des étapes intéressantes et nous replongeant dans ce pays 23 ans après notre première visite.

    Parcours décrit dans cet article, en version zoomable ici

    Roberto au pays de l’or noir

    La première chose qui nous a frappés en entrant en Équateur à partir du Pérou et de son décor aride, ça a été la couleur verte partout. Et ceci très vite après la frontière. On se demande comment le climat peut changer ainsi du tout au tout. Bananeraies à perte de vue relayées par des champs de canne à sucre, de cacaoyers ou encore de mais, on peut imaginer que les exportations vont bon train et j’étais à deux doigts d’intituler mon article « Roberto au pays de l’or vert ». Jusqu’à ce que nous passions à la pompe. 64 centimes d’euro le litre de gazole !!! Contre 1,41 € au Pérou (ce qui n’était déjà pas si mal) et surtout 2,23 € en France ! Nous sommes contents de visiter le premier pays exportateur de pétrole d’Amérique latine (a priori, le Venezuela était devant, mais depuis le bombardement des installations j’imagine que la donne a changé). Et du coup j’ai changé le titre de mon paragraphe.


    Bondieuseries modernes

    C’est le paradoxe de cette église de Balbanera, proche de la ville de Riobamba : elle est à la fois la première église catholique d’Équateur et l’objet d’un marketing moderne. Loin des églises en rondins de bois que l’on imagine après avoir regardé le film Mission, et qui ont toutes péri lors d’incendies plus ou moins volontaires, celle-ci bâtie en 1534 est de construction solide, toute en pierres taillées et sculptées, et s’est montrée résistante à tous les tremblements de terre qui sont passés par là. Si l’on peut apercevoir la nef depuis le portail principal, l’accès nécessite de traverser une boutique-café sur le côté que je qualifierais volontiers de LOA (locomotion avec option d’achat). Aux côtés des classiques statuettes, amulettes et bougies, on trouve ce que l’on pourrait appeler des objets dérivés : eau bénite en bouteilles plastique, bière et liqueur locales, bijoux fantaisie et, plus étonnant, médicaments religieux : connaissiez-vous le Rosarium (comprimés contre le stress, la dépression et la sclérose cardiaque) ou encore la Misericordina (je n’ai pas pu lire les indications mais c’est peut-être pour les crises de foi ?)


    Riobamba : du classique mais de la fraîcheur

    Après les températures torrides de la côte pacifique, nous sommes heureux de reprendre un peu d’altitude. Une route en mauvais état (on nous avait pourtant affirmé que le standard sudaméricain allait remonter en Équateur) nous hisse jusqu’à Riobamba, qui serait la première ville espagnole du pays. Alors il n’est pas étonnant d’y retrouver les grands classiques de la période coloniale : églises et bâtiments administratifs baroques, patios et autres places des Armes. La ville était très animée lors de notre passage, ayant organisé un défilé auquel la moitié de la population semblait assister. Nous avons attendu le passage du cortège qui mêlait étonnamment fanfares, conseils municipaux, miss et promos des grandes écoles, plus quelques personnages loufoques dont nous n’avons pas compris la signification. Au total une ville sans intérêt majeur mais qui nous a réconcilié avec les températures tempérées à fraîches de l’Altiplano andin.


    Plus haut que l’Everest !

    Au-dessus de Riobamba s’élève le Chimborazo, volcan inactif culminant à 6 268 m. C’est le point culminant de l’Équateur. Mais si l’on prend comme référence le centre le la Terre, c’est aussi le point culminant de notre planète ! En effet, en raison de l’aplatissement du globe terrestre au niveau des pôles et de son élargissement au niveau de l’équateur, le sommet du Chimborazo est à 6 384 km du centre de la Terre tandis que celui de l’Everest n’en est éloigné que de 6 382 km. Maintenant, nous n’avons pas pu voir à quoi ressemblait cette masse aussi énorme que timide qui est restée cachée en permanence derrière les nuages. Il faudra se contenter d’illustrations indirectes, comme ce petit zoom bricolé sur Google Earth, cette photo où le volcan est représenté sur un tapis ou encore l’histoire de Baltazar Ushca. Cet homme est célèbre pour avoir été le dernier ramasseur de glace du volcan Chimborazo. Pendant 60 ans, il a été y chercher 1 à 2 fois par semaine des blocs de glace de 27 kg qu’il ramenait enveloppés dans du foin aux vendeurs de crème glacée du marché de Riobamba pour quelques dollars…


    Mick et Mouse

    Il s’appelait Fray Lazaro de la Cruz de Santofinia, que je vais raccourcir arbitrairement à Mick, pour les besoins de la cause. C’était un moine franciscain du XVIe siècle, en charge de l’église de l’Assomption de la ville de Guano. Il était tellement dévoué à sa tâche qu’à sa mort les fidèles le placèrent dans un sarcophage intégré dans les murs de l’église pensant ainsi qu’il pourrait continuer à veiller sur elle. Ça a dû marcher un temps, mais en 1949, un violent tremblement de terre fit s’écrouler l’église et apparaître le sarcophage. On y découvrit non seulement le moine, miraculeusement momifié par la chaux vive dont on avait recouvert son corps, mais aussi une souris, momifiée de la même façon. Personne ne sait si elle avait atterri volontairement ou non dans le sarcophage, mais dans le doute les deux momies sont désormais unies pour l’éternité.


    Tourisme à Baños

    Nous arrivons à Baños par des routes de montagnes aussi belles qu’escarpées, dont les pentes couvertes de cultures bien penchées nous étonnent : le travail de la terre doit être bien difficile. Mais dans ces régions volcaniques, la terre est très fertile, alors on plante à tout va. Baños n’est qu’à quelques kilomètres d’un volcan très actif, le Tungurahua. Les éruptions multiples entre 1999 et 2016 ont entraîné plusieurs évacuations massives de la ville. Un retour au calme est observé depuis 2017, mais le volcan peut se réveiller à tout moment. Ce qui n’empêche pas les touristes d’affluer, Baños ayant multiplié les activités pour eux. Nous venions plutôt pour le thermalisme, mais nous avons dû nous contenter d’un petit parc fleuri en altitude et d’une visite du centre-ville. Car au moment de profiter des bains thermaux, la pluie a fait son apparition. Ça n’a pas enlevé l’esthétisme du lieu mais ça nous a fait craindre une expérience désagréable.


    Art topiaire

    J’avais l’impression d’avoir déjà évoqué ce mot, mais je ne le retrouve pas dans le moteur de recherche du blog. Connaissez-vous l’art topiaire ? Hérité de l’Antiquité romaine, c’est l’art de tailler des arbustes persistants pour leur donner des formes géométriques, ornementales ou figuratives. Et dans ce Jardin des Amoureux de la ville d’Ambato, nous en avons eu une belle démonstration. La preuve en images !


    Art mural salutaire

    Ambato se veut aussi la ville des couleurs et a financé un projet d’installer 25 fresques géantes dans différents endroits stratégiques, notamment ceux qui manquaient de sécurité. Incroyable le pouvoir de l’art ! Nous avons admiré en tout cas cette œuvre toute fraîche qui met superbement en valeur un escalier de la ville.


    Je m’baladais sur l’avenue

    Remontant ce que l’on appelle ici l’Avenue des Volcans, un parcours d’un peu plus de 300 km traversant les hauts plateaux andins et comportant pas moins de 90 volcans dont 25 sont encore actifs, nous arrivons à Latacunga. Résiliente, cette ville de 65 000 habitants a du renaitre 3 fois de ses cendres après avoir été détruite 3 fois par le terrible Cotopaxi aux XVIIIe et XIXe siècles. Prudente, elle comporte surtout des maisons en rez-de-chaussée, et a recouvert plusieurs de ses églises de toits arrondis. Il est agréable de s’y promener, dans une ambiance très détendue et absolument pas touristique : tout ce qu’on aime ! Nous y avons visité un bel espace culturel gratuit, découvrant au passage l’évènement annuel majeur de la ville : le festival de la Mama Negra. Un curieux personnage féminin incarné par un homme déguisé en femme, portant des habits luxueux et colorés, ainsi qu’un masque noir et un bébé dans les bras. Cette Mama Negra symbolise à la fois la protection, la fertilité et la résistance, en référence à l’histoire locale et aux cultures afro-indigènes. Le défilé, accompagné de fanfares et de personnages folkloriques, est un mélange fascinant de traditions catholiques, indigènes et africaines, reflétant la diversité culturelle de l’Équateur et la résilience de la ville face aux humeurs du Cotopaxi. Ça se passe malheureusement en septembre mais notre exposition nous en a donné un bon aperçu. Nous avons fait aussi un petit tour au marché, très coloré et animé lui aussi. Une bonne occasion de tester de nouveaux fruits exotiques, voire de manger à petit prix : un plat du jour local coûte 2,50 €, difficile de mourir de faim ici !


    Précaution élémentaire

    À 50 km au sud de Quito, nous décidons de faire étape sur un champ proche du Parc Naturel du Cotopaxi. Un des volcans les plus actifs d’Équateur, la dernière éruption remontant à 2022-2023 (oui, ça duré 1 an !). Le temps est mitigé. Alternant éclaircies accompagnées d’apparitions fugaces du sommet enneigé du Cotopaxi (alt. 5 911m), et passages orageux avec un ciel très sombre et des grondements dont on se demande s’ils suivent les éclairs ou s’ils proviennent de l’activité volcanique. Mais pas de soucis, nous sommes garés 300 mètres à l’EXTÉRIEUR du parc. Tout le monde sait que les coulées pyroclastiques et les torrents de boues en ébullition s’arrêtent à la barrière. Non ?


    La Vierge du Petit Pain

    Il a fallu 25 ans à la ville de Quito, de la réflexion à l’inauguration, pour que cette Vierge Marie ailée en aluminium soit installée au sommet d’une colline en forme de pain et fasse la fierté de la capitale de l’Équateur. Non seulement il s’agit de la plus haute statue en aluminium du monde, mais c’est aussi la plus haute représentation ailée de la Vierge Marie au monde. Et si l’on rajoute à la comparaison le dragon tenu en laisse, le record devient de l’ordre de l’Univers… Comme pour Lady Liberty, la statue a été fabriquée à distance, à Madrid dans notre cas, avant d’être démontée puis réassemblée sur place. On voit d’ailleurs encore les numéros à l’intérieur des pièces. Avec 7400 morceaux, il valait mieux être organisé !


    Miroir ô miroir…

    C’est assez dans nos habitudes lorsque nous visitons une capitale : nous trouvons un parking sécurisé ou un camping en périphérie, à partir duquel nous rejoignons le centre-ville chaque jour pour les visites. Notre choix s’est porté à Quito sur un petit camping d’une capacité modeste (une dizaine de véhicules) mais bien situé sur les hauteurs de la capitale, calme et avec une jolie vue. Le centre historique est à 5 km à vol d’oiseau et le double en taxi pour 5 euros pourboire 18% compris. Super pratique, donc. L’occasion aussi de rencontrer d’autres voyageurs, comme cette Autrichienne dont le Fiat Ducato garé face à notre vitre passager nous donne l’impression de nous voir dans un miroir !


    A la découverte de Quito

    Quito, la place centrale
    La Plaza Grande de Quito

    Quito n’est pas seulement la seconde plus haute capitale du monde (alt. 2 850m) après La Paz, mais aussi la première à avoir été classée au patrimoine mondial de l’UNESCO dès 1978. Pour son centre-ville le mieux préservé d’Amérique latine, son riche passé historique et son environnement multiculturel. Nous avons commencé par explorer le vaste centre historique, dont on a l’impression de ne jamais sortir tellement on tombe de surprise en surprise. Le temps grisâtre ne rendait pas grâce aux façades multicolores bordant les rues pavées ni à la blancheur des édifices religieux ou administratifs, mais au moins il n’a pas plu et de nombreuses visites étaient en intérieur. Que ce soit les simples patios, les petits musées, les expositions ou encore les multiples églises, cathédrale ou basilique dans lesquelles nous sommes entrés. Notre premier édifice de taille – c’est d’ailleurs le plus grand de ce type de toute l’Amérique latine – a été la Basilique du Vœu National, édifiée après une sorte de pari : il fallait que les tensions sociales et politiques de la fin du XIXe siècle s’apaisent, ce qui s’est produit. Mais comme tout n’est pas résolu, le bâtiment reste prudemment inachevé… L’architecture serait basée sur celle de la cathédrale de Bourges, mais avec des gargouilles typiquement équatoriennes : crocodiles, pumas, tatous, iguanes, singes, etc.


    Un peintre quitois engagé

    Au hasard d’une rue, nous entrons voir l’expo (gratuite) de Camilo Egas, un peintre équatorien renommé né à Quito (1889-1962). Il a consacré une grande partie de son œuvre à dénoncer les inégalités sociales et la discrimination subies par les communautés autochtones (appelées indigènes en Équateur). Voici quelques-uns de ces tableaux.


    La Plaza Grande et la cathédrale

    Comme dans beaucoup de villes sudaméricaines, elle est censée être le cœur de l’animation. C’est possiblement vrai pour les touristes qui trouvent là une concentration de sites à visiter, de boutiques de souvenirs, de restaurants, de cireurs de chaussures, de vendeurs ambulants, etc. A l’inverse, les nombreux bancs et les ombres des arbres sont squattés par les retraités de la ville qui y discutent toute la journée. C’est par là que nous sommes entrés dans la cathédrale métropolitaine qui en occupe presque tout un côté. La débauche de dorures, de sculptures, de chapelles est impressionnante mais tout à fait conforme à ce que nous allons observer par la suite dans la capitale ou même dans le pays. Un intérêt non négligeable de l’édifice est que l’on peut monter sur son toit pour en apprécier toutes les coupoles, mais aussi avoir un joli panorama sur la place et sur la ville.


    Le menu du jour à 3,30 €

    J’avais déjà évoqué le coût modeste de la vie en Équateur, particulièrement pour la restauration. Attirés par une ardoise dans la rue affichant un menu complet à 3,30 € nous avons décidé de tenter l’expérience, d’autant que le lieu avait l’air accueillant (un petit patio à l’écart de la rue largement décoré d’artisanat local). Alors nous voilà assis et l’on nous sert successivement l’entrée composée d’une salade de fruits (pourquoi pas…) et d’une empanada sucrée, une boisson (horchata = tisane fruitée), un plat de résistance appelé cecina lojana puis un dessert : une glace à l’Oreo. La cecina lojana est un plat traditionnel de la province de Loja, comportant une tranche fine de filet de porc marinée dans une pâte d’ail, de cumin, d’origan et de roucou, séchée au soleil puis cuite au four. L’accompagnement se composait d’une sauce maison, d’une salade de crudités et de yuca cuit. Au total, un rapport qualité-prix imbattable !


    Le musée ethno-historique d’artisanat Mindalae

    Il n’y a pas que le nom qui est extraordinaire, le contenu l’est tout autant et nous a émerveillés Claudie et moi. Sont présentés ici, sur 5 étages reliés entre eux par une colonne de lumière, un large échantillon de l’artisanat traditionnel des groupes indigènes de l’Amazonie, des Andes et de la côte, ainsi que des illustrations de leurs traditions ancestrales. Un véritable hommage vivant aux peuples autochtones et à leur savoir-faire. On trouve pêle-mêle des céramiques au design peu commun, des vêtements traditionnels et de fêtes, des objets en bois sculpté, des instruments de musique, des colliers de cérémonie, et de très nombreux objets rituels liés au chamanisme ou aux dieux et démons andins. Le tout dans une présentation impeccable et didactique. Avec une belle boutique à la sortie en soutien aux nombreuses communautés qui ont participé. Désolé si j’ai mis trop de photos, tout était si beau et passionnant que j’ai eu un mal fou à trier… Pour info les Mindalae étaient des marchands indigènes qui reliaient les communautés par l’échange de biens et de savoirs. Un peu comme nos anciens colporteurs.


    Une sur 200

    Quito compte plus de 200 églises, soit bien davantage par habitant que Paris, ce qui peut se comprendre par l’énorme besoin en lieux de culte lors de l’évangélisation forcée de la population à l’arrivée des Espagnols. Nous en avons vu plusieurs, chacune ayant ses propres caractéristiques, mais s’il faut n’en parler que d’une seule, ce sera l’église de la Compagnie de Jésus. Il a fallu 160 ans pour la construire, entre 1605 et 1765, mais cela valait le coup : sa façade et son intérieur sont parmi les plus riches exemples du baroque colonial en Amérique du Sud, avec une profusion d’or, de sculptures et de motifs décoratifs. L’intérieur notamment est entièrement recouvert de feuilles d’or. Un incendie au siècle dernier et plusieurs séismes dont le dernier en 2016 ont tenté de ternir l’image de ce merveilleux édifice, mais à chaque fois des campagnes intenses de restauration ont permis de tout réparer. On n’ose à peine imaginer le travail que cela représente !


    Un peu de street-art

    Comme toute ville sudaméricaine qui se respecte, Quito compte un certain nombre d’œuvres de street-art. Les particularités sont la concentration dans le quartier dit de La Floresta et le portage fréquent de messages sociaux et culturels. Autour du marché artisanal, ce sont plutôt les attraits touristiques de l’Équateur qui sont représentés. Cela dit, nous avons vu (bien) mieux ailleurs, mais c’est de notre faute, nous voyageons trop !


    Théâtre, chocolat et fruits empilés

    Juste avant de rentrer, une envie de cañelazo me prend… Nous trouvons notre bonheur rapidement en admirant un joli théâtre de style colonial, appelé Bolivar, c’est dire. Juste au-dessous, une énorme fève de cacao indique la présence de l’une de ces nombreux ateliers-boutiques qui font la démonstration et la dégustation de chocolat sous différentes formes. Car l’Équateur est réputé pour son cacao. Le pays en est le 3ème exportateur mondial, après la Côte d’Ivoire et le Ghana, avec une qualité supérieure. Nous ne tardons pas à en avoir la confirmation en testant  au moins une douzaine de parfums différents de chocolat. Et en dégustant une version locale du cañelazo où l’alcool de canne à sucre (aguardiente) est remplacé par de la liqueur de cacao. Excellent mais à consommer avec modération bien sûr ! À peine plus loin, nous entrons dans une supérette pour faire quelques courses et découvrons ce que nous avions déjà remarqué dans la rue : les fruits et légumes sont pour la plupart vendu empilés verticalement dans de petits sachets transparents. Il est possible que cela facilite la vente sans pesage, chaque sachet étant vendu généralement 1 dollar. Le même genre de conditionnement est d’ailleurs fréquemment vendu à tous les endroits où les automobilistes ralentissent : feux, péages, croisements, ralentisseurs, bouchons, etc.


    Pause famille

    D’autres découvertes nous attendent à Quito, mais ce sera pour dans un peu plus d’un mois. Est venu en effet le temps de notre pause familiale quadrimestrielle. L’occasion de distiller ici le récit de notre voyage en famille en Équateur et au Pérou vingt-deux ans auparavant. Le prochain article y sera consacré. A très bientôt donc !