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  • 192. Le Brésil sans Roberto

    192. Le Brésil sans Roberto

    Pendant que Roberto effectue sa traversée transatlantique, nous jouons les prolongations au Brésil, dont nous n’avions visité que le Sud-Est au début de notre boucle sud-américaine.

    Départ de Carthagène vers le Brésil pour nous et vers les Pays-Bas pour Roberto
    Départ de Carthagène vers le Brésil pour nous et vers les Pays-Bas pour Roberto

    Vol Carthagène-Rio : quand les taxis ont perdu la guerre

    Nous voici donc partis pour le Brésil. En partant dans le mauvais sens puisque la compagnie aérienne que nous avons choisie – pour son tarif le moins élevé – est panaméenne et que nous devrons faire escale à Panama city. Nous survolerons d’ailleurs au passage juste avant d’arriver le Fort Desaix, le porte-conteneur attitré de Roberto, qui attend son tour depuis presque 5 jours devant l’entrée Sud du canal. Un vol d’une heure, suivi d’un vol de 6 heures pour Rio de Janeiro. À l’arrivée, nous décidons de contourner les taxis officiels prépayés et de prendre un VTC Uber. Alors qu’en France et dans pas mal d’endroits du monde c’est la guerre avec les taxis, nous avons la surprise de découvrir qu’ici la compagnie privée a sa porte de sortie dédiée et même un parking réservé. Le succès est au rendez-vous, les véhicules disponibles sont nombreux et nous attendrons moins de 2 minutes. 8 euros pour 45 mn de trajet, c’est à la fois moins cher et plus sûr que les taxis classiques dont certains sont corrompus, vous rallongeant au mieux le trajet pour faire grimper la note et vous faisant faire au pire la « tournée des distributeurs de billets » à l’aide d’un complice sous la menace d’une arme.


    Premiers pas à Rio de Janeiro : pot d’accueil et logistique

    Nous prenons possession de notre location dans le centre historique avant de repartir à l’aéroport accueillir notre ami Christophe, qui nous fait le grand plaisir de nous rejoindre pour partager avec nous ce dernier tronçon en Amérique du Sud. Nos premières découvertes seront d’abord culinaires, avec pour fêter notre arrivée cette « caïpifruta », une variante de la caïpirinha remplaçant le citron vert par une purée de fruits rouges. Suivie d’un repas aussi gastronomique qu’économique (entrée-plat-dessert pour 14,50€) et d’un petit tour logistique où nous découvrirons des fruits plutôt géants au supermarché du coin.


    Architecture : brusque transition de style, du colonial au brutaliste

    Une pluie battante matinale nous donne quelques inquiétudes mais ne dure pas et nous voilà partis à explorer notre quartier. Bien que situé en plein centre historique, il est étonnamment délabré, tagué de partout – on vous épargne ça sur les photos -, mélangeant immeubles coloniaux décrépits et constructions datant de quelques décennies sans aucune harmonie architecturale. Un curieux cône de béton émerge de tout ça, qui pourrait être aussi bien une centrale nucléaire qu’un vélodrome ou un bâtiment public. Vous découvrirez l’étonnante solution dans le carrousel de photos. Avec en prime une vidéo sur une statue voisine.


    Belle architecture

    Heureusement, çà et là quelques beaux bâtiments sortent du lot, comme le théâtre ou la bibliothèque nationale, ou encore l’étonnante église de Notre-Dame de Lapa. À découvrir dans le carrousel de photos avec les commentaires


    Point sur le shipping de Roberto


    Un arbre extraordinaire

    Une petite place sur notre parcours de découverte du centre de Rio est ombragée par des arbres que nous n’avions pas rencontrés auparavant. Ce ne sont pas tant les branches et le feuillage, tous deux très haut perchés, qui attirent notre attention que les troncs qui sont couverts de grappes de gros fruits sphériques et auxquels sont rattachées d’imposantes fleurs aux pétales carmin et étamines en forme de serpent. Les fruits sphériques ont une carapace ferme et pèsent assez lourd, entre 1 et 2 kg pour ceux que nous pouvons soupeser. Il est dangereux de passer en dessous car lorsqu’ils se décrochent, ils peuvent créer de sérieux dégâts, aussi bien aux crânes humains qu’aux carrosseries automobiles. L’arbre tire son nom de ces projectiles : l’arbre à boulets de canon. Le vrai nom scientifique est Couroupita guianensis, attribué en l’honneur du pays de découverte par l’explorateur et botaniste français qui a décrit pour la première fois l’espèce au monde occidental.

    Les fleurs quant à elles sont responsable de l’adoption de l’arbre en Inde et au Sri Lanka, du fait de leur ressemblance avec le Naga, serpent emblème du dieu Chiva. On trouve ainsi l’arbre à boulets de canon dans beaucoup de temples hindouistes ou bouddhistes du sud-est asiatique. À noter un fait unique dans le monde végétal : les fleurs sont munies de 2 étages de pollen, l’un, inférieur, factice mais attirant les insectes. L’autre supérieur, fonctionnel, déposant le vrai pollen sur leur dos afin qu’ils aillent le propager vers d’autres arbres. Les graines quant-à-elles sont exposées lors de la chute des fruits, consommées par les pécaris (en Amérique) ou les éléphants (en Asie) qui les diffusent ensuite par leurs excréments.


    Point shipping Roberto (encore !)


    L’héritage africain de Rio

    Rio de Janeiro a été un haut lieu de la traite des esclaves dans le monde, au point de détenir le triste record du plus grand port d’arrivée des captifs Africains, 2 millions d’entre eux y étant débarqués entre le XVIe et le XIXe siècle. Si le trafic transatlantique a cessé en 1831 sous la pression de l’Angleterre, le commerce s’est poursuivi clandestinement jusqu’en 1850, et l’abolition n’a été prononcée qu’en 1888 par le Brésil, dernier pays de toute l’Amérique à mettre fin à cette pratique. Forcément, cette période a laissé de nombreuses traces. D’abord des quartiers à forte concentration de descendants d’esclaves africains, comme celui appelé la Petite Afrique, que nous avons trouvé moins africain que les 18e à 20e arrondissements de Paris. Et puis la musique et les danses dont l’emblématique samba, des lieux de culte syncrétiques, des spécialités culinaires dont la feijoada, plat national brésilien, et bien sûr de l’art graphique, volontiers mural mais pas que. Certains musées sont dédiés à la culture africaine, comme le Musée de l’histoire et de la culture afro-brésilienne, dont l’acronyme MUHCAB résonne bizarrement, ou encore la Casa Brasil. Intéressants mais loin de rendre justice (dans tous les sens du terme) à cette importante part de la population.


    Demain c’était hier

    Oui c’est ça, nous avons réservé hier nos billets pour le musée de demain que nous visitons aujourd’hui. Ce musée ne date pas d’hier, il a été inauguré en 2015. Il est censé évoquer la vie sur Terre en 2050. Le problème est que les informations et expériences sont un peu datées. D’un autre côté, comment anticiper en 2015 le Covid, l’IA et Trump ? Le plus amusant, et cynique à la fois, est la gratuité pour les plus de 60 ans. Dont la moitié n’arrivera pas en 2050. En même temps, vu que l’IA nous tuera tous dans les 10 ans qui viennent, la gratuité devrait être pour tous.

    Le Brésil sans Roberto - Visite du Musée de Demain à Rio de Janeiro
    Le Brésil sans Roberto – Visite du Musée de Demain à Rio de Janeiro

    L’escalero Selarón

    Vu d’en haut, on se demande ce qui fait la réputation de ce long escalier en béton de 250 marches. Mais il suffit d’en descendre quelques unes, et idéalement la totalité, puis de se retourner pour comprendre : la totalité du versant aval des marches est décorée de carreaux de faïence ! C’est l’œuvre d’un riverain, Jorge Selarón, qui a tout simplement commencé par rénover les marches de sa maison. Y mettant tout son talent de peintre et sculpteur. Encouragé par ses voisins et les passants, Jorge Selarón a consacré 10 ans de sa vie – de 1990 à 2000 – à étendre son œuvre à la totalité de l’escalier, installant plus de 2 000 carreaux provenant de 60 pays du monde entier. Quelques articles dans des revues renommées et surtout l’effet de mode d’Instagram ont rendu le lieu très populaire. Il faut se lever tôt pour échapper à la foule. À noter que l’artiste a été retrouvé mort dans son escalier en 2013. Même si les circonstances restent mystérieuses, pouvait-il rêver d’une meilleure fin ?


    Copacabana

    L’un des lieux les plus mythiques de Rio de Janeiro tire en fait son nom d’une ville bolivienne située au bord du lac Titicaca, que nous connaissons bien pour l’avoir visitée il y a quelques mois. La Vierge de Copacabana, sculptée par un descendant des Incas au XVIe siècle faisait déjà l’objet d’une dévotion en Bolivie, quand un marchand de Rio en rapporta une effigie et fit bâtir une chapelle autour. Le quartier finit par adopter son nom, devenu si célèbre qu’on pense que c’est la Bolivie qui a copié.

    Copacabana c’est avant tout une plage de 4km de long bordée d’immeubles vieillots, pas top pour la baignade en raison de gros rouleaux, d’un ressac important et d’une pollution fréquente. Mais c’est, comme pour Miami Beach, l’endroit où l’on se montre, où l’on fait son jogging, où l’on grignote un morceau face à la mer. Pour autant, ce n’est pas un lieu spécialement tranquille, avec des vendeurs incessants le jour et une insécurité notoire la nuit. Curieusement, il nous paraissait impensable de passer à côté une fois venus à Rio.


    Le jardin botanique, cher à nos yeux

    C’était l’un des incontournables de Rio de Janeiro d’après notre guide, mais nous aurions pu contourner ce Jardin Botanique. Sa réputation (mondiale) vient manifestement davantage de son grand centre de recherches et de son classement à l’UNESCO comme réserve de biosphère que de la qualité de son entretien. Et je parle davantage de la manière de faire pousser les plantes que du coup de balai qui, lui, est donné. Nous sommes pourtant au début du printemps austral et la nature devrait exploser, ce qui est loin d’être le cas. Parmi ses attraits vantés sur les guides figurent notamment un lac couvert de nénuphars géants et des serres d’orchidées et de broméliacées. Nous n’avons trouvé sur le premier que de rares nénuphars rabougris et dans les seconds moins de 10% des plants exposés en floraison.

    Il restait pour nous consoler un peu de faune (ouistitis, singes capucins, héron cendré, poissons à tête de serpent, insectes dont plusieurs colonies d’abeilles), de flore dont quelques orchidées inhabituelles et les fruits en forme de montgolfière d’un pinta-noiva et de jolies allées de palmiers impériaux. Une autre allée était même consacrée à nos arbres à boulets de canon vus en début de visite de Rio. Mais globalement, alors que beaucoup de musées à Rio sont gratuits, rien ne justifie ici le tarif déjà élevé pour les locaux et pire doublé pour les étrangers (13 €, le prix d’un bon repas)


    La foule des grands jours

    Le Français est râleur c’est bien connu, alors il n’y a pas de raison pour que nous échappions à la règle. Notre sujet de polémique n’est rien d’autre que le Christ Rédempteur de Rio, sans doute le plus célèbre du monde. On comprend alors que cela attire les foules. Le problème est que la terrasse aux pieds du géant de béton n’est pas très grande et que tout le monde s’y bouscule. Et pire tout le monde veut se faire photographier dans cet endroit mythique, certains n’hésitant pas à faire reculer les visiteurs pour poser un pied photo et attendre qu’une bimbo se pâme en pauses interminables qui susciteront hélas beaucoup de likes sur Instagram. L’accès se fait pourtant par tranches horaires, avec un joli petit train à crémaillère bien organisé, mais le temps sur place étant illimité, la terrasse se remplit progressivement jusqu’à saturation. Nous nous étions bien présentés assez tôt le matin au guichet, mais tout était réservé jusqu’au milieu d’après-midi et nous n’avons pas pu échapper à cette foule des grands jours qui a gâché notre visite. Maintenant, il parait impensable de ne pas voir ce Christ géant en venant à Rio et nous aurions certainement regretté d’avoir shunté cette visite.


    Rio de Janeiro, en vrac

    Nous aurons passé 5 jours chez les Cariocas, ce qui est amplement suffisant pour nous qui ne sommes pas trop citadophiles. Si les visites majeures ont fait l’objet de paragraphes particuliers, il est de nombreux détails glanés au fil de nos pas – nous avons marché plus de 10 km chaque jour – qui n’ont rien à y voir. Mais dont j’avais envie de vous parler, d’où ce chapitre vrac. Tous les commentaires sont dans les photos.



    Rio c’est fini !

    Nous allons maintenant changer totalement de décor, nous dirigeant vers le cœur de l’Amazonie, avec un passage obligé tout de même par sa capitale Manaus. Mais nous avons prévu un séjour d’immersion dans la forêt afin de voir de plus près ce qui s’y trouve. À très bientôt alors !

  • 191. Carthagène des Indes

    191. Carthagène des Indes

    Nous voici donc arrivés à l’étape ultime (pour Roberto) de notre périple sud-américain. Avec en priorité la réexpédition de notre véhicule vers l’Europe. Puis quand ce sera fait la visite de celle qui est considérée comme la plus belle ville de Colombie.


    Le shipping de Roberto

    1. Les devis et la recherche d’un « container buddy »  

    Notre tâche prioritaire en arrivant à Carthagène est la réexpédition de Roberto en Europe. Voilà 2 mois que nous avons commencé les préparatifs : devis auprès de 3 agences maritimes, comparaison, choix de la meilleure solution qui s’avère être la même compagnie anglaise qui avait assuré notre retour du Panama, IVSS. Les deux difficultés à ce stade sont d’une part de trouver un partenaire pour partager le container (ça réduit les frais d’à peu près 45%) et, bizarrement, d’arriver à joindre la compagnie. Parce que IVSS propose bien une liste de candidats au partage, mais sans réponse de leur part impossible d’aller plus loin.

    Par chance, sur un groupe WhatsApp de voyageurs en Colombie, un couple français cherche un partenaire de son côté pour un transit vers Fos-sur-Mer. Nous les contactons de suite et ça matche immédiatement. Roberto et ses 6 m de longueur tiendra parfaitement dans le conteneur de 12 m avec George, le Peugeot J7 de 1979 d’Eva et Jules qui ne dépasse pas les 5,50 m. Par contre nous ne pourrons pas rentrer par Fos-sur-Mer en ayant quitté l’Europe par Anvers, la France est très tatillonne à ce sujet. Mais ça n’est pas un problème pour Eva et Jules qui sont ok pour Anvers.

    Le problème reste de joindre la compagnie. Apparemment le responsable Amérique du Sud serait en vacances… Un rendez-vous téléphonique est pris pour 3 semaines plus tard et le temps parait long jusqu’à leur réponse. Qui finit par arriver : nous avons enfin une confirmation pour un départ le 16 septembre, avec une arrivée à …Rotterdam 3 semaines plus tard. Pas tout à fait la Belgique mais ça ne tombe finalement pas si mal puisque nous n’avions pas encore visité les Pays-Bas. Nous voici donc à Carthagène pour l’étape ultime : la mise en conteneur de nos véhicules.


    2. La préparation de Roberto

    Évidemment, c’est moins simple qu’il n’y parait. Outre la paperasserie à transmettre au préalable, il faut préparer Roberto qui doit avoir l’air comme neuf. Donc vidage complet, nettoyage en profondeur intérieur comme extérieur, re-remplissage des placards sans que rien ne dépasse et en prévoyant que les douanes pourront à leur guise nous faire ressortir la totalité. Il faut aussi que tous les réservoirs soient vides, ce qui n’est guère un problème pour les eaux claires et grises mais qui est un crève-cœur pour le réservoir de carburant que l’on nous impose d’être sur la réserve. À 77 centimes le litre de diesel, nous aurions bien aimé partir avec les 90 litres de plein !


    3. La dépose au port et le contrôle anti-drogue

    Et puis vient le grand jour. En chemise à manches longues, pantalon et chaussures fermées alors qu’il fait 38°C, Jules et moi entrons avec nos véhicules au port. La punition s’aggrave : il nous faut en plus porter gilet de sécurité, casque et lunettes. Et c’est avec cet accoutrement que nous allons devoir, nos craintes se confirmant, sortir tout le contenu de Roberto et George pour l’inspection anti-drogue. 2 litres de sueur évacués plus tard et autant d’eau ingérée en compensation, nous sommes prêts. Le chien arrive, aboie beaucoup devant nos affaires, bave aussi, avant de tomber en arrêt devant un des cartons de Jules. On s’inquiète, surtout que c’est un paquet qu’on lui avait offert, mais non, fausse alerte. Le chien a quand même déglingué le carton et bien bavé dedans… À peine 5 mn d’inspection et voilà. On nous fait signe de tout remettre…


    4. L’empotage

    C’est le moment de rentrer dans le conteneur. J’ai beau leur affirmer qu’à l’aller ça s’est bien passé, les agents sont inquiets devant la taille de Roberto. Il est vrai que la marge à l’entrée des portes ne sera que de quelques centimètres : il faudra bien viser. C’est l’un des agents qui va le rentrer. Tout doucement. Ça passe vraiment juste pour les rétroviseurs pourtant repliés, et encore plus juste pour les panneaux solaires. Le lanterneau étant plus haut qu’eux, je me demande comment ça a pu passer. Peut-être grâce à la petite rampe d’accès qui a fait que Roberto était un peu incliné en entrant. J’espère qu’il y aura la même à la sortie ! Quoi qu’il en soit, notre véhicule est maintenant dans la boite, tout au fond. Le conducteur n’a pas d’autre possibilité que de ressortir par les portes arrière. Alors qu’ils attachent les roues arrière avec des sangles, je me demande comment ils ont fait pour l’avant ?

    C’est maintenant au tour de George (oui, sans « s », il a été baptisé par sa propriétaire précédente qui est Anglaise) qui rentre plus facilement. Il a juste fallu dévisser un peu les rétroviseurs pour les replier. En 1979 c’était comme ça ! La rampe d’accès est ensuite enlevée, les portes refermées puis les scellés posés : le nôtre et celui du port. Les démarches sont terminées, nous souhaitons bon voyage à ceux qui ont été nos compagnons de route pour ce long périple en Amérique du Sud. Avec un petit pincement au cœur. Nous sommes comme ça, nous, les voyageurs nomades. Il ne nous reste plus qu’à retrouver Eva et Claudie, interdites d’accès au port (c’est comme autrefois dans les bateaux : les femmes portent malheur. Nan je blague, c’est juste qu’une seule personne par véhicule était autorisée) mais tenues étroitement au courant de la procédure.


    Visite de Carthagène des Indes

    Même si les locaux l’appellent plus souvent Carthagène (Cartagena en fait), j’aime bien la dénomination complète de cette grande ville portuaire du nord colombien. Le suffixe est bien évidemment destiné à la différencier de sa consœur ibérique, une aînée de presque 18 siècles. Il faudrait aujourd’hui d’ailleurs rajouter à Indes l’adjectif « occidentales » mais à l’époque la question ne se posait pas. À noter que Claudie et moi sommes domiciliés dans les Indes Occidentales Françaises, ce qui explique peut-être ma préférence.

    Carthagène des Indes en Colombie versus Carthagène en Espagne
    Carthagène des Indes en Colombie versus Carthagène en Espagne

    Nous nous sommes gardés une dizaine de jours pour la visite, louant pour l’occasion un AirBnb situé tout près du centre historique, doté d’une jolie vue depuis son 5ème étage, d’une petite piscine au 6ème et dernier. Et bien sûr d’une climatisation particulièrement appréciée parce qu’il fait vraiment très chaud ici et qu’on sait qu’en pareil cas ce serait dur dans Roberto.


    1. Carthagène sur la défensive

    Carthagène apparait d’emblée comme une ville fortifiée : murailles entourant le centre historique percées de grandes portes et forts munis de canons témoignent d’un passé tumultueux. En effet, aux XVI et XVIIe siècle, toutes les richesses (or, argent, émeraude) pillées dans les tombes amérindiennes transitaient ici vers l’Europe, suscitant la convoitise des pirates et corsaires comme le célèbre Francis Drake qui avait même une résidence dans la ville. Tandis que l’esclavagisme battait son plein avec le monopole pour Carthagène de la traite des esclaves africains qui venait encore gonfler le porte-monnaie des notables locaux. C’est pour préserver tout cela que la Couronne d’Espagne fit édifier 11 kilomètres de murailles autour de la ville et même dans la mer, ainsi qu’une vingtaine de forts et ouvrages fortifiés. Il en subsiste encore une bonne partie aujourd’hui. Cela n’arrêta toutefois pas plusieurs attaques d’envergure françaises ou anglaises, ou même espagnoles après la proclamation de l’indépendance en 1811. L’indépendance définitive ne fut obtenue que 10 ans plus tard grâce à la résistance opiniâtre des habitants et aux interventions de Simon Bolivar.


    2. Carthagène la plus belle ville de Colombie

    Si Barichara est considérée comme le plus beau village de Colombie, elle ne peut être comparé à une grande ville de plus d’un million d’habitants comme Carthagène. Cette dernière est inscrite au patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO depuis 1984, non seulement pour ses fortifications, mais aussi pour la préservation de son centre historique. Et il faut bien reconnaître que l’architecture coloniale est ici remarquable, et pas seulement limitée à une ou deux rues. Une succession impressionnante et ravissante de façades colorées, de murs et balcons fleuris, de portes ouvragées, de ferronnerie d’art, d’édifices publics ou religieux de plus de 3 siècles, le tout parfaitement entretenu ou en cours de restauration. À mon avis la plus belle ville de toute l’Amérique du Sud pour ce qui concerne le caractère colonial.


    3. Carthagène la cosmopolite

    Cela faisait un moment que nous n’avions pas vu une telle diversité dans la population autour de nous. À commencer par les touristes, bien plus nombreux ici que dans toutes les villes parcourues jusque-là. Il est vrai que Carthagène est une porte d’entrée fréquente dans le pays, que l’on y rentre en provenance de l’Amérique du Nord ou bien d’Europe. Nous n’aurions pas interrompu notre road-trip panaméricain au Panama que nous serions arrivés en Amérique du Sud par là. Le monopole de la traite des esclaves africains entre le XVIe et le XIXe siècle fait que leurs descendants sont plus nombreux ici qu’ailleurs, la part des colons espagnols et des amérindiens se réduisant d’autant. Et l’on peut rajouter à tout ça le brassage de population lié au carrefour économique qu’est ce port important. Nous devrions pouvoir constater dans les jours qui viennent les conséquences culinaires, artistiques et culturelles de ce joyeux mélange.


    4. Carthagène et l’art de rue

    L'art de rue à Carthagène des Indes
    L’art de rue à Carthagène des Indes

    Nous sommes en Amérique du Sud et le street-art est omniprésent. Si les murs en bas de notre résidence et des rues adjacentes sont déjà couverts de fresques, encouragées notamment par le programme Plan Maestro de Murales de la ville, c’est dans le quartier de Getsemaní, situé à proximité de la vieille ville fortifiée, que la concentration est la plus forte et probablement la plus ancienne. On y voit d’ailleurs pas mal d’œuvres dégradées, et d’autres masquées par des déballages de tableaux modernes. Les thèmes abordés représentent en majorité des figures afro-colombiennes, des animaux et des symboles de la culture caribéenne. On retrouve plus rarement des personnages historiques, l’inévitable Gabriel Garcia Marquez, des scènes de la vie quotidienne et les habituels personnages de la culture enfantine. En tout cas, qu’ils soient couverts de fresques ou de peintures unies, avec alors des associations de couleurs improbables, les murs aussi forment une diversité de couleurs exceptionnelle.


    Nous l’avons vu dans la dernière photo montrant comment on peut artistiquement dissimuler un hideux et dangereux trou dans le trottoir, l’art de rue n’est pas que mural ou pictural. On le retrouve aussi dans la statuaire, dans la végétation urbaine, dans les commerces ambulants (le chapeau est probablement l’article le plus proposé à Carthagène !) et dans quelques scènes insolites. À découvrir dans les images qui suivent.


    5. Dis-moi comment est ton heurtoir, je te dirais qui tu es…

    À la période coloniale, il était courant d’orner la porte de sa maison de heurtoirs et de clous. Tout en profitant de l’occasion pour informer sur sa profession ou revendiquer son rang social. A tal casa tal aldaba (À telle maison, tel heurtoir) comme disait le dicton espagnol. Compte-tenu de l’état de préservation de la ville, de nombreux heurtoirs sont encore présents, d’origine ou plus ou moins restaurés. Nous en avons vu aussi chez les antiquaires. Le lion est le plus fréquemment rencontré, symbolisant la force et l’autorité des militaires et haut-fonctionnaires. L’iguane ou le lézard, dont on voir beaucoup d’exemplaires aussi, représentaient une famille de la haute société, plus ou moins liée avec la couronne espagnole, bénéficiant de privilèges majeurs. Les heurtoirs en forme de poisson ou autres créatures marines indiquaient que le propriétaire tirait sa richesse de la mer : capitaines renommés, riches marchands maritimes. La main indiquait la demeure d’un religieux, voire une proposition d’hospitalité chrétienne. Enfin, le hibou ou la chouette, exprimaient la sagesse et le savoir des médecins ou avocats. Quant aux clous, c’était complémentaire mais sur le même principe : plus ils étaient gros, nombreux et inoxydables, plus le propriétaire était riche et influent. Les clous des palais gouvernementaux avaient paraît-il la taille d’une main, mais nous n’avons pas eu la chance de voir ça…


    6. Où l’on prend les choses de haut

    Nous nous sommes rendus sur le plus haut point de la ville de Carthagène, le Cerro Popa, culminant à 150 mètres d’altitude. Après avoir compté les mètres par milliers sur l’Altiplano, cela peut paraître ridicule, et pas question en tout cas d’y ressentir une quelconque fraîcheur, mais c’est suffisant pour avoir un joli panorama à 360°. L’histoire du lieu est assez singulière. Au moment de l’arrivée des Espagnols, les amérindiens, dont les dieux occupaient souvent les sommets des montagnes, y vénéraient un bouc doré. Ça n’était guère tolérable pour les évangélisateurs fraîchement débarqués, mais par chance un miracle se produisit : la Vierge Marie apparut à un frère augustin, le sommant, tel une Jeanne d’Arc chargée de délivrer Orléans, de bâtir une chapelle à cet endroit. Trois morceaux de bois plus tard, le bouc n’avait plus droit de cité. La chapelle finit par se transformer en couvent, construit en longueur le long du sommet. Vu de la ville, il ressemblait à la poupe d’un navire, ce qui explique le nom donné à la colline et par extension au bâtiment. La position stratégique entraîna la convoitise de l’armée qui réquisitionna les lieux pendant un siècle et demi. Simon Bolivar l’occupa brièvement jusqu’à, dit-on, ce qu’un boulet de canon tiré du fort en dessous lui rase la tête… Aujourd’hui les Augustins ont repris la main et l’ont rendu visitable (il faut bien quelques moyens pour l’entretenir). À côté d’un joli cloître fleuri et de la chapelle dédiée à la Vierge de la Candelaria – la moindre des choses pour son rôle de commanditaire – on y trouve un petit musée hétéroclite exposant aussi bien une collection de billets de banque que des costumes offerts par les habitants pour les processions de la Vierge, une antenne de télécommunications reconvertie en art religieux, un drone capturé par l’armée alors qu’il filmait le monastère …et l’histoire du bouc qui n’a pas été occultée.


    7. Le point sur le shipping de Roberto

    Nous avons maintenant l’entraînement en matière de suivi de bateaux comme de conteneurs. Ça n’est en fait pas plus compliqué que de suivre un colis postal. Il suffit d’entrer le nom du bateau que nous a communiqué le transitaire sur un site de suivi comme Vesselfinder ou MarineTraffic, qui vous donnera instantanément la position et le trajet en cours. La version gratuite est de plus en plus limitée au fil des années et ne permet plus de connaître l’historique des trajets. L’autre limite est celle de l’AIS, sorte de transpondeur qui ne donne la position du navire que lorsqu’il est à proximité d’un port, des côtes ou d’autres bateaux. À distance, la position est inconnue et navire peut ne pas apparaître sur la carte. À moins de passer à la version payante, mais pour nous l’enjeu n’en vaut pas la peine. L’autre source de renseignement est le site de la compagnie maritime ou l’on peut suivre les mouvements des navires et ceux du conteneur en entrant le numéro de celui-ci. C’est ainsi que nous avons appris que Roberto voyagera en fait sur 2 porte-conteneurs différents, l’un appelé « feeder » amènera le conteneur au port de Manzanillo au nord du canal de Panama. Suivra un transbordement vers le navire plus gros qui assurera le transport transatlantique. Si le premier semble arriver à l’heure à Manzanillo, le second est un peu en retard sur son programme, bloqué à l’entrée du canal côté sud. Compte-tenu de la réduction du trafic pour manque d’eau dans le canal, nous craignons que le retard ne s’aggrave, comme en 2023 ou nous avions subi presque 3 semaines de délai.


    8. Le musée naval de Carthagène

    Avec ce musée modeste, nous sommes aussi éloignés du Musée de la Marine de Paris que de la capitale de la France. Une seule grande salle, beaucoup de panneaux à lire (en Espagnol) et rien de vraiment spectaculaire. On y relate la création de Carthagène sur le lieu d’un village laissé à l’abandon par les indiens Caraïbes, au fond d’une baie qui en faisait un port naturel, la période faste avec le développement du commerce aussi bien avec l’intérieur du pays qu’avec le reste du monde, les attaques de pirates à répétition, dont plusieurs par des Français, qui ont conduit aux fortifications de a ville, et les guerres navales autour de l’indépendance du pays. Nous connaissions déjà un peu l’histoire et n’avons pas appris grand-chose. Intéressantes tout de même les attaques d’envergure menées par Francis Drake en 1586, soutenu par le gouvernement anglais, et celle du baron de Pointis en 1697, financée en partie par Louis XIV et par des capitaux privés. À y repenser quand on crie à l’ingérence de certains grands dirigeants d’aujourd’hui.


    9. L’électrification des chevaux

    Lorsqu’en 1800 la mairie de Carthagène autorisa le stationnement de voitures à chevaux le long d’une place appelée entre autres Marché aux Esclaves puis Place de l’Herbe, les habitants furent heureux de se séparer de ces noms encombrants et appelèrent de suite l’endroit Place des Calèches. Le nom officiel de Place de l’Équateur donné par la suite n’a d’ailleurs jamais pris et c’est le nom officieux qui persiste encore aujourd’hui. Même si les véhicules ne sont plus hippomobiles depuis le 29 décembre 2025, jour où la municipalité a imposé le départ à la retraite des chevaux. Il est vrai que le sort de ces animaux était devenu peu enviable, à traîner des touristes de plus en plus lourds sur des pavés de plus en plus brûlants lors de journées de travail de plus en plus longues. Des cas d’épuisement extrême, de blessures, de stress, et même un décès en plein service étaient régulièrement signalés par les citoyens et militants des droits des animaux, tout en étant minimisés par les cochers dont c’était le gagne-pain. Le maire a pris le cheval ou plutôt le taureau par les cornes, organisant une transition fondamentale en quelques mois : 60 calèches électriques ont été achetées et offertes à l’association des cochers, avec un local pour les recharger gratuitement et les stocker la nuit. Les cochers eux-mêmes ont été relogés près de cet endroit, ont bénéficié d’une formation rémunérée à la prise en main des nouveaux véhicules, à la sécurité et aux visites touristiques. Parallèlement, une période d’essai a été instaurée les 5 premiers mois de 2026 où les circuits en calèche électrique étaient gratuits pour les familles, les écoliers et les touristes, de façon à favoriser leur adoption. Une transition en douceur où chacun s’y est retrouvé. À commencer par les chevaux !


    10. Le marché de Bazurto

    Situé à plus de 3 km de la ville fortifiée, ce marché n’est que peu ou pas visité par les touristes (je n’en ai vu aucun en tout cas). C’est pourtant un lieu parfaitement authentique, tout sauf aseptisé, où l’on marche un peu dans la boue en enjambant des détritus, où l’on passe d’une zone à une autre en traversant périlleusement une route encombrée de véhicules klaxonnant, où l’on enjambe avec précaution les filets que sont en train de réparer les pêcheurs, où l’on s’écarte pour laisser passer les dockers qui déchargent les barques pleines à craquer, où l’on doit enfin faire attention aux nombreux oiseaux volant (dans les 2 sens du terme) d’un étal à un autre. L’ambiance est assurément afro-caribéenne, totalement différente de la zone touristique intra-muros. En ce dernier jour avant de quitter Carthagène, où la préoccupation est davantage de vider le frigo que de le remplir, j’ai regretté de ne pouvoir rien acheter. Mais les poissons avaient l’air très frais et les plats qui mijotaient devant les petits restaurants sur place étaient très tentants.


    11. De tout, un peu

    Comme souvent dans ces longues visites, il me reste quelques photos ou sujets que je n’ai pu regrouper ailleurs mais dont j’ai quand même envie de vous parler. Les commentaires sont dans le diaporama.


    Carthagène des Indes c’est fini !

    Nous quittons maintenant cette jolie ville et dans la foulée la Colombie pour un circuit sac au dos au Brésil, où nous aurons le plaisir d’être rejoints par notre ami Christophe. Copa Airlines oblige, notre trajet en avion vers Rio de Janeiro sera coupé d’une escale au Panama. Alors que rien n’était prévu dans ce sens, nous serons tout près de Roberto, bloqué à Manzanillo sur la côte Atlantique, dans l’attente que le porte-conteneurs qui le convoiera en Europe soit autorisé à traverser le canal. Espérons que nous n’aurons pas à subir les 6 semaines de retard comme lors de notre retour de 2023 !

  • 188. De Bogotá à Tunja

    188. De Bogotá à Tunja

    Nous quittons la frénétique Bogotá pour remonter tranquillement la cordillère orientale de la Colombie jusqu’à l’autre grande ville qu’est Tunja, pour des découvertes aussi variées que colorées.

    Notre parcours de Bogotá à Tunja
    Notre parcours de Bogotá à Tunja, en version zoomable ici

    Jaime Duque : un parc d’attraction sans but lucratif

    Le fait est suffisamment rare pour être mentionné : ce parc d’attraction a été créé en 1983 par Jaime Duque, pilote en chef d’Avianca Airlines et philanthrope, dans le but de créer un environnement éducatif et ludique pour les enfants de Colombie, tout en reversant l’intégralité des bénéfices à des œuvres caritatives. Proche de la ville de Briceño, à 35 km au nord de Bogotá, il se remarque de loin lorsque l’on voir émerger de son enceinte sa majesté le Taj Mahal, du moins une reproduction à l’échelle 1:1. Rien que cela nous a attirés…

    En une après-midi, nous n’avons pu parcourir qu’une partie de cet immense parc de 28 hectares sillonné de sentiers, ponts et autres voies de chemin de fer. À titre indicatif nous avons pu voir un château hanté, une immense carte topographique de la Colombie située dans une volière, un parcours dans de longs couloirs bordés d’une centaine de dioramas racontant l’histoire du monde, le fameux Taj Mahal, la Main de Dieu (une main géante soutenant une sphère), une exposition sur les vêtements du monde avec des centaines de poupées, une reconstitution des 7 merveilles du monde antique dont un imposant Colosse de Rhodes et de non moins imposants Jardins Suspendus de Babylone, un brigantin grandeur nature, un navire de guerre, un avion de ligne, un bout d’un très grand zoo, et beaucoup d’attractions pour les enfants. Pour un visuel, cliquez sur ce lien : https://parquejaimeduque.com/zonas-y-atracciones/

    Au total un mélange réussi d’éducatif et de ludique adapté à tous les âges, étonnamment peu connu des touristes


    La mine de sel de Nemocón

    Nous avions décidé initialement d’aller voir la mine de Zipaquirá, célèbre pour sa cathédrale de sel souterraine, à seulement 25 km de là. Mais après avoir lu beaucoup de commentaires défavorables (coût excessif, visites express, prédominance de la religion sur l’histoire minière, etc.) nous avons décidé de boycotter et d’aller visiter à la place la mine voisine de Nemocón, une expérience décrite par les visiteurs des deux comme plus authentique. Alors nous voilà affublés de casques, à descendre 80 mètres sous terre pour un parcours d’1,6 km dans les galeries, accompagnés d’un guide. On nous explique que le sel a été déposé ici il y a environ 700 000 ans lorsque la Colombie était recouverte par un océan, avant de prendre de la hauteur sous les poussées telluriques (la mine est aujourd’hui à 2 684 mètres d’altitude). Que son exploitation remonte au minimum au IVe siècle av. J.-C. (poteries retrouvées dans les galeries) avant de connaitre une extraction à plus grande échelle entre 1816 et 1968 (huit millions de tonnes de sel ramenées à la surface). La mine de Nemocón a depuis été aménagée pour le tourisme.

    Au cours de notre cheminement dans un silence parfait, nous allons trouver des parois sombres desquelles émergent des « bouquets » de sel, formant parfois des cascades figées, des stalactites ou des stalagmites. Des mares de saumure à la surface parfaitement immobile vont rendre de jolis effets-miroirs, bien mis en valeur par des éclairages multicolores. Une chapelle en sel – utilisée tous les dimanches – accompagnée d’une crèche, un cœur d’un seul bloc de cristal de sel et quelques dioramas complèteront le décor. De façon inattendue, nous allons découvrir aussi les décors restants du tournage dans ces lieux du film « Les 33 » racontant l’histoire des 33 mineurs chilien bloqués en 2010 dans la mine de San José. Si vous vous rappelez, nous avions vu cette dernière en début d’année, une expérience émouvante après avoir revu le film.

    Au total, une belle visite, que nous complèterons par un tour dans le charmant village de Nemocón. Aucun regret pour la cathédrale de sel !


    Les falaises de Sutatausa

    L’histoire se répète : nous avions décidé initialement de nous rendre au Lac de Guatavita, un petit lac de cratère pour l’homme mais un grand site sacré pour le peuple Muisca qui vivait là avant l’arrivée des Espagnols. Régulièrement, leur chef couvert de poudre d’or partait en radeau vers le milieu du lac, s’y immergeait et y jetait des offrandes en or elles aussi. De cette légende racontée aux Espagnols est né le mythe de l’El Dorado qu’ils ont désespérément cherché par la suite. Cette histoire aurait mérité une petite visite si là aussi l’organisation n’était pas démoniaque : visite guidée d’une heure obligatoire pour un parcours de 10 mn, tellement encadrée qu’un visiteur s’est senti « en prison », sortie par un lieu suffisamment distant de l’entrée pour avoir besoin de recourir à un taxi pour le retour, etc. Ce fut un nouveau boycott vous l’avez compris et nous avons poussé notre route jusqu’à un petit parking au pied de ces falaises de Sutatausa, inconnues de notre guide papier mais opportunément situées sur notre route.

    On y grimpe par un petit sentier de 2 km pour moitié pavé, sans doute avec les roches détachées des falaises. Le chemin suit ensuite la ligne de crête entre 2800 et 3200 mètres d’altitude et offre un panorama aussi grandiose que vertigineux. Encore une belle expérience totalement improvisée.


    La basilique de Chiquinquirá

    Cette petite ville serait la capitale religieuse de la Colombie. Depuis un miracle survenu au XVIe siècle, quand la plus ancienne peinture du pays, représentant une vierge à l’enfant, sur le point de disparaître car très abîmée, retrouva d’un coup ses couleurs un lendemain de Noël. D’autres miracles survinrent dans la foulée, une église fut construite, puis une basilique, le processus habituel en pareilles circonstances. La visitant un 15 août, nous nous attendions à d’intenses cérémonies, mais c’était ignorer que depuis l’an dernier un jour férié a été créé spécialement pour célébrer la Vierge du rosaire dans tout le pays, le 9 juillet. Inutile de dire que ce jour-là, Chiquinquirá, sa place et sa basilique sont envahies de pèlerins.

    À propos de jours fériés, ils sont très nombreux en Colombie. Avec 19 jours fériés officiels, le pays est dans le top 10 dans le monde à ce sujet. Si l’on compare, la France arrive dans le classement en 68ème position avec « seulement » 11 jours fériés. Mais nous restons mieux lotis que le Vietnam et les USA qui n’en possèdent que 6…


    Les poteries de Ráquira

    Dans cette ville dont le nom signifie « cité des pots », on travaillait l’argile bien avant l’arrivée des Espagnols, et cela reste une activité dominante aujourd’hui. Les amas de poteries en tous genres et à tous les stades s’accumulent dans la plupart des rues, à l’exception peut être de la rue et de la place principale qui se sont fourvoyées dans les affres du tourisme, en se parant de couleurs exubérantes et en transformant tous les ateliers d’artisanat en restaurants et boutiques de souvenirs. Mais elles sont faciles à contourner et nous avons préféré nous concentrer sur les boutiques au détail ou en gros de poteries brutes de cuisson. Le volume limité de Roberto nous a sauvé de toute tentation d’achat, alors que les photos-souvenirs n’occupent que quelques méga-octets dans nos smartphones. L’artisanat de Ráquira n’est pas limité à la poterie : on trouve aussi de jolis hamacs, de la vannerie, des sacs à main et des ruanas (ponchos colombiens) de bonne facture. Et je ne parle pas du prix bien sûr.

    1. Une production qui ne date pas d’hier


    2. La tirelire cochon serait-elle originaire de Colombie ?

    Parmi toutes ces poteries, les tirelires cochons sont en bonne place parmi les favoris. Mais d’où vient cette pratique de transformer les cochons en tirelires ? La réponse est dans le carrousel ci-dessous !


    3. Ráquira, artisanale et touristique

    Selon certains, Ráquira serait l’une des plus belles villes de la région et, carrément, la capitale de l’artisanat de toute la Colombie. Côté esthétique, elle nous semble effectivement en bonne position, tandis que côté artisanat, il y a effectivement un grand choix. Après, les goûts et les couleurs… À vous de juger !


    La maison en terre cuite d’Octavio Mendoza Morales

    Maison en terre cuite, Villa de Leyva, Colombie
    Maison en terre cuite, Villa de Leyva, Colombie

    Un peu avant d’arriver à Villa de Leyva, nous sommes allés visiter cette maison insolite entièrement bâtie en terre cuite. Les courbes, l’asymétrie et la multiplicité des niveaux dominent, en une sorte de mélange entre Gaudi et le facteur Cheval. Mais les matériaux employés entrent ici dans une démarche écologique. L’architecte et céramiste qu’est Octavio Mendoza a souhaité privilégier l’usage des 4 éléments que sont la terre (cuite bien sûr), l’air (qui entre partout et anime de nombreux mobiles), l’eau (nécessaire pour mixer l’argile et présente dans le jardin) et le feu (indispensable pour « cuire » l’ensemble). La terre cuite serait l’un des matériaux les plus sains, tout en absorbant la chaleur du soleil le jour et la restituant la nuit. Ce qui n’empêche pas la présence d’une cheminée dans chacune des pièces toutes biscornues. Nous avons adoré explorer cette maison peu conventionnelle dans laquelle on se perd facilement. La cuisine et les salles de bains sont de petits joyaux. La décoration, dominée par des insectes en métal suspendus aux plafonds comme obstruant les fenêtres ou encore imposant le contact lorsqu’ils remplacent les boutons de la gazinière, peut paraître effrayante, mais elle est compensée par beaucoup d’objets plus sympathiques et par de nombreux espaces prévus pour s’asseoir. Je ne sais pas si nous pourrions y vivre mais nous sommes heureux d’avoir pu visiter la plus grande maison en terre cuite du monde.


    Le monastère de la Candelaria

    A quelques kilomètres de Raquirá, nous visitons ce beau monastère isolé dans un vallon boisé. En 1604, des  moines augustins espagnols qui vivaient dans des grottes près de là ont décidé d’améliorer leur quotidien et leur aura en fondant ce monastère. Qui n’a été achevé qu’en 1661, l’attente a dû leur paraître longue ! Il est occupé aujourd’hui par une vingtaine de moines colombiens et brésiliens qui vivent surtout dans les prières et la méditation mais accueillent volontiers les touristes pour une visite guidée. Nous voilà donc dans les pas de Frère Jonathan qui nous montre d’abord les superbes jardins, avant de nous commenter quelques-uns des tableaux qui entourent tout le cloître. Puis nous visitons différentes pièces dans leur jus de la première heure (XVIIe siècle donc), dont une chapelle avec un magnifique autel en bois doré centré par une peinture de Notre-Dame de la Candelaria, sainte-patronne du lieu. Nous finirons par une grotte, observant sur le chemin la résidence hôtelière appartenant au site, idéale pour une retraite spirituelle dans cette ambiance paisible et isolée. Nous demanderons d’ailleurs, comme d’autres l’ont fait avant nous, l’autorisation de dormir sur leur parking, mais malheureusement le père supérieur n’étant pas là, les moines nous refuseront gentiment. Tant pis, nous irons plus loin.


    Le festival de comètes de Villa de Leyva

    La grand-place de Villa de Leyva, la plus grande de Colombie avec ses 120m de côté, l’une des rares du pays qui ne s’appelle pas Bolivar, est aussi l’une des plus ventées du pays, particulièrement adaptée à l’envol de comètes. Oui, c’est comme ça qu’on appelle les cerfs-volants ici. Et d’ailleurs nous autres Français sommes bien les seuls à voir des cervidés voler dans le ciel. À part peut-être la veille de Noël… La confusion date du XIIe siècle, lorsque les premiers engins volants de cette sorte arrivèrent d’Asie. Du fait de leur morphologie courante de dragon ou de serpent, les locuteurs occitans – c’est par là que ça a dû arriver – les ont appelés serp-volantes (serpents volants). Quand on est capable d’appeler un pain au chocolat chocolatine, la confusion est plausible. Et puis chacun sait que les cerfs ne volent pas mais restent derrière leur fenêtre au cas où un lapin traqué par des chasseurs aurait besoin d’un coup de main.

    Mais ne nous égarons pas, nous sommes venus à Villa de Leyva pour voir le festival annuel de cerfs-volants. Une journée sur les 4 sera suffisante tant la foule est immense voire oppressante. Le parking municipal gratuit où nous séjournons s’emplit d’une multitude de bus et de voitures dès le milieu de la matinée, qui continuent d’arriver jusqu’au milieu d’après-midi, déversant une foule de visiteurs que les petites rues du centre-ville ont du mal à contenir. Villa de Leyva possède un certain charme, avec ses maisons basses au toit de tuiles, aux balcons de bois sculptés et aux murs blanchis à la chaux, mais elle a perdu hélas toute authenticité en s’ouvrant excessivement au tourisme. Les rues du centre ne sont qu’un alignement de bars, de restaurants et de boutiques à touristes, faisant regretter les tiendas pittoresques des villages alentour. Quant au festival lui-même, si les multiples cerfs-volants réunis en un même lieu offrent forcément un spectacle visuellement agréable, nous avons trouvé qu’ils manquaient d’originalité, basés essentiellement sur des ailes delta, ne justifiant pas d’attirer toute cette foule. En tout cas rien à voir avec les superbes modèles asiatiques ou même les cerfs-volants géants du nord de la France.

    Villa de Leyva : la ville

    Villa de Leyva : le festival de cerfs-volants


    Nuit sur les hauteurs

    Après le parking municipal bruyant où nous avons tout de même passé deux nuits, nous avions besoin d’un lieu paisible et si possible proche de la nature. Sur notre route vers Tunja, nous trouvons notre bonheur au bord un petit chemin de terre longeant une crête de collines. Le vent nous a bousculé un peu en fin de journée mais s’est calmé la nuit. Superbe paysage autour de nous avec une vue sur 2 vallées, un petit lac tout rond et de jolies formations rocheuses dans un canyon. Voilà un moment que nous n’avions pas goûté à la pleine nature en Colombie. Vive la vie nomade !


    Nous allons maintenant rejoindre Tunja, la capitale de la région. Ce ne devrait être qu’un bref point de passage vers les charmants villages de la cordillère orientale. À bientôt !