La pause est terminée, nous voilà de retour en Équateur pour poursuivre notre périple. Notre nouveau visa de 90 jours obtenu à l’arrivée dans le pays aurait pu nous donner de l’aisance pour la visite, mais le problème c’est que pour Roberto n’étant pas rentré avec nous, c’est la date de notre première entrée en Équateur qui compte. Cela devrait malgré tout être suffisant, le pays n’étant pas si grand (44% de la surface de la France)
Le parcours décrit dans cet article, en version cliquable ici
Transition crustacée
Notre petit séjour métropolitain se termine et nous commençons à préparer nos bagages pour le retour en Équateur. Mais le pays se rappelle à nous plus tôt que prévu lors d’un petit passage au supermarché : voilà que nous découvrons que les crevettes que l’on vient d’acheter viennent de là-bas !
C’est que le pays en est, on le sait peu, le premier producteur mondial. Dans notre supermarché, en achetant au hasard, nous avions une chance sur deux de tomber sur des crevettes équatoriennes. Elles sont paraît-il loin devant les autres en terme de qualité, de couleur, de texture et de saveur. Mais j’aurais bien du mal à vous donner mon opinion, je suis allergique…
Retour vers le futur
Eh bien nous voilà de nouveau dans les aéroports pour notre vol de retour vers Quito. Rien d’exceptionnel à raconter alors je m’amuse avec l’intelligence artificielle à modifier quelques petits détails sur mes photos, en rapport avec l’actualité sur la pénurie potentielle de kérosène. C’est d’une simplicité et d’une efficacité décourageantes pour l’avenir de la planète…
Roberto nous voilà
Après un vol en 3 étapes long et ennuyeux, partis à midi de Bordeaux nous arrivons vers 7 heures le lendemain en heure française. Sauf qu’à Quito il n’est pas encore minuit, décalage horaire oblige. 1h15 plus tard, car oui l’attente est longue à l’immigration, nous sortons enfin de l’aéroport et appelons le gardien de notre parking longue durée pour qu’il vienne nous chercher. En milieu de nuit, ce service VIP était précieux, tout en étant inclus dans le tarif imbattable de 3,90€/24h. Le gardien nous ramène auprès de Roberto qui nous attendait bien sagement. Nous empilons nos bagages sur les sièges et finissons notre nuit. Le lendemain matin, en quittant le parking, nous nous apercevons que notre véhicule a en plus été nettoyé. Quand je vous dis service VIP !
Chocs thermiques
Après la quasi-canicule qui sévissait en France au moment de notre départ, nous retrouvons à Quito des températures agréables en journée, mais frisquettes la nuit en raison essentiellement de l’altitude (2860m) et aussi de l’arrivée prochaine de l’hiver austral. On parle de 5 ou 6°C, il nous a fallu remettre le chauffage !
Après une journée consacrée à la logistique (déballer et ranger les bagages, remplir le frigo, recharger le forfait téléphonique de Claudie, etc.) nous quittons la capitale pour retrouver la nature. Restant dans les hauteurs, plongés dans une grisaille humide, nous sommes heureux de nous arrêter pour une première pause aux Thermes de Papallacta. L’eau d’origine volcanique y arrive à 70°C dans une douzaine de bassins extérieurs joliment aménagés avec vue directe sur les montagnes alentour, du moins par temps dégagé. Avec un air à 13°C, on s’y plonge avec bonheur !
Nuit entre une église et un ours à lunettes
Après les thermes, le ciel s’est un peu couvert et nous ne sommes pas trop chauds (malgré les bains à 40°C…) pour reprendre la route. Et puis nous avons besoin d’eau. Justement, le village de Papallacta a tout ce qu’il faut : un parking tranquille devant une charmante petite église toute bleue, un robinet fileté d’eau potable et même la wifi ! De l’autre côté, c’est un ours à lunettes statufié qui nous regarde, comme pour nous rappeler qu’il en existe un certain nombre dans la région. Plus beaucoup car cette seule espèce d’ours natifs d’Amérique du Sud est menacée. Il en resterait à peine un millier. On voit de temps en temps des panneaux au bord de la route prévenant de la possible traversée de ces ursidés. Mais ça ne marche jamais, il faut qu’ils arrêtent de nous faire rêver !
La vallée dans la forêt de nuages
Nous repartons plein Est vers l’Amazonie. La route emprunte le fond de la vallée du tempétueux et boueux Rio Papallacta. De part et d’autre, des forêts denses et pleines de lianes, lichens et plantes épiphytes accrochent les nuages. Voire même les créent, comme on peut l’observer. C’est magnifique et sauvage, nous adorons. Les villages traversés revendiquent volontiers leur peuplement autochtone par des statues au croisement des rues ou par des affiches incitant les touristes à contacter les agences touristiques « communautaires ». Avec ce ciel chargé, la pluie nous gagne et nous nous arrêtons assez tôt au bord d’une autre rivière pour passer la fin d’après-midi dans un endroit tranquille.
Tena ou l’Amazonie en centre-ville
La ville de Tena est la porte d’entrée de l’Amazonie équatorienne. C’est souvent de là que démarrent les activités sportives en eau vive, comme le rafting ou le kayak, et les excursions vers les réserves naturelles, les cascades ou encore les communautés indigènes. Cela dit, il n’est pas forcément obligatoire de s’engager dans des expéditions longues, fatigantes et coûteuses pour voir tout ça.
Au lieu de se rendre dans une réserve naturelle, il suffit de parcourir le magnifique Parc de l’Ile, un concentré gratuit de 27 hectares de forêt dense amazonienne en plein centre-ville. Nous avons adoré nous promener sur ces chemins mousseux au milieu d’une végétation luxuriante typique des forêts tropicales humides. Nous avons découvert plusieurs fleurs et plantes que nous n’avions jamais rencontrées auparavant. Nous avons observé des minuscules grenouilles, quelques insectes bizarres, des singes écureuils et nous avons même approché (et caressé !) un tapir.
Un charançon de la forêt amazonienne
Et au lieu d’aller faire du voyeurisme dans les communautés indigènes de la région, il suffit de se balader en ville : 58% des 28 000 habitants sont des Quechuas. Alors oui, nous avons fait un petit tour en ville via une jolie passerelle décorée d’images en métal des animaux et activités de la région, nous avons jeté un œil à l’église et à la cathédrale sans pouvoir y rentrer, nous avons traversé le marché et vu une sorte de cantine où tout le monde mangeait du maito. C’est une préparation de poisson des rivières du coin enveloppé dans des feuilles de bananier puis grillé lentement sur des braises. Apparemment, la feuille de bananier donne un arôme unique et maintient le poisson moelleux et juteux. Nous sortions du déjeuner alors nous n’avons pas goûté, mais il faudra qu’on teste ça prochainement.
Que de belles découvertes en tout cas lors de cette journée à Tena !
Nous allons poursuivre encore un peu plus vers le sud du pays et nous vous disons à très bientôt !
Nous voici donc en Équateur, 8ème pays de notre périple sudaméricain et 46ème pays visité pour Roberto depuis sa naissance en 2021. Dans un premier temps, nous avons un peu moins d’un mois pour rejoindre l’aéroport de Quito, pour notre parenthèse familiale quadrimestrielle. Ce sera donc un trajet assez direct longeant l’avenue des volcans sur l’altiplano équatorien, comportant néanmoins des étapes intéressantes et nous replongeant dans ce pays 23 ans après notre première visite.
Parcours décrit dans cet article, en version zoomable ici
Roberto au pays de l’or noir
La première chose qui nous a frappés en entrant en Équateur à partir du Pérou et de son décor aride, ça a été la couleur verte partout. Et ceci très vite après la frontière. On se demande comment le climat peut changer ainsi du tout au tout. Bananeraies à perte de vue relayées par des champs de canne à sucre, de cacaoyers ou encore de mais, on peut imaginer que les exportations vont bon train et j’étais à deux doigts d’intituler mon article « Roberto au pays de l’or vert ». Jusqu’à ce que nous passions à la pompe. 64 centimes d’euro le litre de gazole !!! Contre 1,41 € au Pérou (ce qui n’était déjà pas si mal) et surtout 2,23 € en France ! Nous sommes contents de visiter le premier pays exportateur de pétrole d’Amérique latine (a priori, le Venezuela était devant, mais depuis le bombardement des installations j’imagine que la donne a changé). Et du coup j’ai changé le titre de mon paragraphe.
Bondieuseries modernes
C’est le paradoxe de cette église de Balbanera, proche de la ville de Riobamba : elle est à la fois la première église catholique d’Équateur et l’objet d’un marketing moderne. Loin des églises en rondins de bois que l’on imagine après avoir regardé le film Mission, et qui ont toutes péri lors d’incendies plus ou moins volontaires, celle-ci bâtie en 1534 est de construction solide, toute en pierres taillées et sculptées, et s’est montrée résistante à tous les tremblements de terre qui sont passés par là. Si l’on peut apercevoir la nef depuis le portail principal, l’accès nécessite de traverser une boutique-café sur le côté que je qualifierais volontiers de LOA (locomotion avec option d’achat). Aux côtés des classiques statuettes, amulettes et bougies, on trouve ce que l’on pourrait appeler des objets dérivés : eau bénite en bouteilles plastique, bière et liqueur locales, bijoux fantaisie et, plus étonnant, médicaments religieux : connaissiez-vous le Rosarium (comprimés contre le stress, la dépression et la sclérose cardiaque) ou encore la Misericordina (je n’ai pas pu lire les indications mais c’est peut-être pour les crises de foi ?)
Riobamba : du classique mais de la fraîcheur
Après les températures torrides de la côte pacifique, nous sommes heureux de reprendre un peu d’altitude. Une route en mauvais état (on nous avait pourtant affirmé que le standard sudaméricain allait remonter en Équateur) nous hisse jusqu’à Riobamba, qui serait la première ville espagnole du pays. Alors il n’est pas étonnant d’y retrouver les grands classiques de la période coloniale : églises et bâtiments administratifs baroques, patios et autres places des Armes. La ville était très animée lors de notre passage, ayant organisé un défilé auquel la moitié de la population semblait assister. Nous avons attendu le passage du cortège qui mêlait étonnamment fanfares, conseils municipaux, miss et promos des grandes écoles, plus quelques personnages loufoques dont nous n’avons pas compris la signification. Au total une ville sans intérêt majeur mais qui nous a réconcilié avec les températures tempérées à fraîches de l’Altiplano andin.
Plus haut que l’Everest !
Au-dessus de Riobamba s’élève le Chimborazo, volcan inactif culminant à 6 268 m. C’est le point culminant de l’Équateur. Mais si l’on prend comme référence le centre le la Terre, c’est aussi le point culminant de notre planète ! En effet, en raison de l’aplatissement du globe terrestre au niveau des pôles et de son élargissement au niveau de l’équateur, le sommet du Chimborazo est à 6 384 km du centre de la Terre tandis que celui de l’Everest n’en est éloigné que de 6 382 km. Maintenant, nous n’avons pas pu voir à quoi ressemblait cette masse aussi énorme que timide qui est restée cachée en permanence derrière les nuages. Il faudra se contenter d’illustrations indirectes, comme ce petit zoom bricolé sur Google Earth, cette photo où le volcan est représenté sur un tapis ou encore l’histoire de Baltazar Ushca. Cet homme est célèbre pour avoir été le dernier ramasseur de glace du volcan Chimborazo. Pendant 60 ans, il a été y chercher 1 à 2 fois par semaine des blocs de glace de 27 kg qu’il ramenait enveloppés dans du foin aux vendeurs de crème glacée du marché de Riobamba pour quelques dollars…
Mick et Mouse
Il s’appelait Fray Lazaro de la Cruz de Santofinia, que je vais raccourcir arbitrairement à Mick, pour les besoins de la cause. C’était un moine franciscain du XVIe siècle, en charge de l’église de l’Assomption de la ville de Guano. Il était tellement dévoué à sa tâche qu’à sa mort les fidèles le placèrent dans un sarcophage intégré dans les murs de l’église pensant ainsi qu’il pourrait continuer à veiller sur elle. Ça a dû marcher un temps, mais en 1949, un violent tremblement de terre fit s’écrouler l’église et apparaître le sarcophage. On y découvrit non seulement le moine, miraculeusement momifié par la chaux vive dont on avait recouvert son corps, mais aussi une souris, momifiée de la même façon. Personne ne sait si elle avait atterri volontairement ou non dans le sarcophage, mais dans le doute les deux momies sont désormais unies pour l’éternité.
Tourisme à Baños
Nous arrivons à Baños par des routes de montagnes aussi belles qu’escarpées, dont les pentes couvertes de cultures bien penchées nous étonnent : le travail de la terre doit être bien difficile. Mais dans ces régions volcaniques, la terre est très fertile, alors on plante à tout va. Baños n’est qu’à quelques kilomètres d’un volcan très actif, le Tungurahua. Les éruptions multiples entre 1999 et 2016 ont entraîné plusieurs évacuations massives de la ville. Un retour au calme est observé depuis 2017, mais le volcan peut se réveiller à tout moment. Ce qui n’empêche pas les touristes d’affluer, Baños ayant multiplié les activités pour eux. Nous venions plutôt pour le thermalisme, mais nous avons dû nous contenter d’un petit parc fleuri en altitude et d’une visite du centre-ville. Car au moment de profiter des bains thermaux, la pluie a fait son apparition. Ça n’a pas enlevé l’esthétisme du lieu mais ça nous a fait craindre une expérience désagréable.
Art topiaire
J’avais l’impression d’avoir déjà évoqué ce mot, mais je ne le retrouve pas dans le moteur de recherche du blog. Connaissez-vous l’art topiaire ? Hérité de l’Antiquité romaine, c’est l’art de tailler des arbustes persistants pour leur donner des formes géométriques, ornementales ou figuratives. Et dans ce Jardin des Amoureux de la ville d’Ambato, nous en avons eu une belle démonstration. La preuve en images !
Art mural salutaire
Ambato se veut aussi la ville des couleurs et a financé un projet d’installer 25 fresques géantes dans différents endroits stratégiques, notamment ceux qui manquaient de sécurité. Incroyable le pouvoir de l’art ! Nous avons admiré en tout cas cette œuvre toute fraîche qui met superbement en valeur un escalier de la ville.
Je m’baladais sur l’avenue
Remontant ce que l’on appelle ici l’Avenue des Volcans, un parcours d’un peu plus de 300 km traversant les hauts plateaux andins et comportant pas moins de 90 volcans dont 25 sont encore actifs, nous arrivons à Latacunga. Résiliente, cette ville de 65 000 habitants a du renaitre 3 fois de ses cendres après avoir été détruite 3 fois par le terrible Cotopaxi aux XVIIIe et XIXe siècles. Prudente, elle comporte surtout des maisons en rez-de-chaussée, et a recouvert plusieurs de ses églises de toits arrondis. Il est agréable de s’y promener, dans une ambiance très détendue et absolument pas touristique : tout ce qu’on aime ! Nous y avons visité un bel espace culturel gratuit, découvrant au passage l’évènement annuel majeur de la ville : le festival de la Mama Negra. Un curieux personnage féminin incarné par un homme déguisé en femme, portant des habits luxueux et colorés, ainsi qu’un masque noir et un bébé dans les bras. Cette Mama Negra symbolise à la fois la protection, la fertilité et la résistance, en référence à l’histoire locale et aux cultures afro-indigènes. Le défilé, accompagné de fanfares et de personnages folkloriques, est un mélange fascinant de traditions catholiques, indigènes et africaines, reflétant la diversité culturelle de l’Équateur et la résilience de la ville face aux humeurs du Cotopaxi. Ça se passe malheureusement en septembre mais notre exposition nous en a donné un bon aperçu. Nous avons fait aussi un petit tour au marché, très coloré et animé lui aussi. Une bonne occasion de tester de nouveaux fruits exotiques, voire de manger à petit prix : un plat du jour local coûte 2,50 €, difficile de mourir de faim ici !
Précaution élémentaire
À 50 km au sud de Quito, nous décidons de faire étape sur un champ proche du Parc Naturel du Cotopaxi. Un des volcans les plus actifs d’Équateur, la dernière éruption remontant à 2022-2023 (oui, ça duré 1 an !). Le temps est mitigé. Alternant éclaircies accompagnées d’apparitions fugaces du sommet enneigé du Cotopaxi (alt. 5 911m), et passages orageux avec un ciel très sombre et des grondements dont on se demande s’ils suivent les éclairs ou s’ils proviennent de l’activité volcanique. Mais pas de soucis, nous sommes garés 300 mètres à l’EXTÉRIEUR du parc. Tout le monde sait que les coulées pyroclastiques et les torrents de boues en ébullition s’arrêtent à la barrière. Non ?
La Vierge du Petit Pain
Il a fallu 25 ans à la ville de Quito, de la réflexion à l’inauguration, pour que cette Vierge Marie ailée en aluminium soit installée au sommet d’une colline en forme de pain et fasse la fierté de la capitale de l’Équateur. Non seulement il s’agit de la plus haute statue en aluminium du monde, mais c’est aussi la plus haute représentation ailée de la Vierge Marie au monde. Et si l’on rajoute à la comparaison le dragon tenu en laisse, le record devient de l’ordre de l’Univers… Comme pour Lady Liberty, la statue a été fabriquée à distance, à Madrid dans notre cas, avant d’être démontée puis réassemblée sur place. On voit d’ailleurs encore les numéros à l’intérieur des pièces. Avec 7400 morceaux, il valait mieux être organisé !
Miroir ô miroir…
C’est assez dans nos habitudes lorsque nous visitons une capitale : nous trouvons un parking sécurisé ou un camping en périphérie, à partir duquel nous rejoignons le centre-ville chaque jour pour les visites. Notre choix s’est porté à Quito sur un petit camping d’une capacité modeste (une dizaine de véhicules) mais bien situé sur les hauteurs de la capitale, calme et avec une jolie vue. Le centre historique est à 5 km à vol d’oiseau et le double en taxi pour 5 euros pourboire 18% compris. Super pratique, donc. L’occasion aussi de rencontrer d’autres voyageurs, comme cette Autrichienne dont le Fiat Ducato garé face à notre vitre passager nous donne l’impression de nous voir dans un miroir !
A la découverte de Quito
La Plaza Grande de Quito
Quito n’est pas seulement la seconde plus haute capitale du monde (alt. 2 850m) après La Paz, mais aussi la première à avoir été classée au patrimoine mondial de l’UNESCO dès 1978. Pour son centre-ville le mieux préservé d’Amérique latine, son riche passé historique et son environnement multiculturel. Nous avons commencé par explorer le vaste centre historique, dont on a l’impression de ne jamais sortir tellement on tombe de surprise en surprise. Le temps grisâtre ne rendait pas grâce aux façades multicolores bordant les rues pavées ni à la blancheur des édifices religieux ou administratifs, mais au moins il n’a pas plu et de nombreuses visites étaient en intérieur. Que ce soit les simples patios, les petits musées, les expositions ou encore les multiples églises, cathédrale ou basilique dans lesquelles nous sommes entrés. Notre premier édifice de taille – c’est d’ailleurs le plus grand de ce type de toute l’Amérique latine – a été la Basilique du Vœu National, édifiée après une sorte de pari : il fallait que les tensions sociales et politiques de la fin du XIXe siècle s’apaisent, ce qui s’est produit. Mais comme tout n’est pas résolu, le bâtiment reste prudemment inachevé… L’architecture serait basée sur celle de la cathédrale de Bourges, mais avec des gargouilles typiquement équatoriennes : crocodiles, pumas, tatous, iguanes, singes, etc.
Un peintre quitois engagé
Au hasard d’une rue, nous entrons voir l’expo (gratuite) de Camilo Egas, un peintre équatorien renommé né à Quito (1889-1962). Il a consacré une grande partie de son œuvre à dénoncer les inégalités sociales et la discrimination subies par les communautés autochtones (appelées indigènes en Équateur). Voici quelques-uns de ces tableaux.
La Plaza Grande et la cathédrale
Comme dans beaucoup de villes sudaméricaines, elle est censée être le cœur de l’animation. C’est possiblement vrai pour les touristes qui trouvent là une concentration de sites à visiter, de boutiques de souvenirs, de restaurants, de cireurs de chaussures, de vendeurs ambulants, etc. A l’inverse, les nombreux bancs et les ombres des arbres sont squattés par les retraités de la ville qui y discutent toute la journée. C’est par là que nous sommes entrés dans la cathédrale métropolitaine qui en occupe presque tout un côté. La débauche de dorures, de sculptures, de chapelles est impressionnante mais tout à fait conforme à ce que nous allons observer par la suite dans la capitale ou même dans le pays. Un intérêt non négligeable de l’édifice est que l’on peut monter sur son toit pour en apprécier toutes les coupoles, mais aussi avoir un joli panorama sur la place et sur la ville.
Le menu du jour à 3,30 €
J’avais déjà évoqué le coût modeste de la vie en Équateur, particulièrement pour la restauration. Attirés par une ardoise dans la rue affichant un menu complet à 3,30 € nous avons décidé de tenter l’expérience, d’autant que le lieu avait l’air accueillant (un petit patio à l’écart de la rue largement décoré d’artisanat local). Alors nous voilà assis et l’on nous sert successivement l’entrée composée d’une salade de fruits (pourquoi pas…) et d’une empanada sucrée, une boisson (horchata = tisane fruitée), un plat de résistance appelé cecina lojana puis un dessert : une glace à l’Oreo. La cecina lojana est un plat traditionnel de la province de Loja, comportant une tranche fine de filet de porc marinée dans une pâte d’ail, de cumin, d’origan et de roucou, séchée au soleil puis cuite au four. L’accompagnement se composait d’une sauce maison, d’une salade de crudités et de yuca cuit. Au total, un rapport qualité-prix imbattable !
Le musée ethno-historique d’artisanat Mindalae
Il n’y a pas que le nom qui est extraordinaire, le contenu l’est tout autant et nous a émerveillés Claudie et moi. Sont présentés ici, sur 5 étages reliés entre eux par une colonne de lumière, un large échantillon de l’artisanat traditionnel des groupes indigènes de l’Amazonie, des Andes et de la côte, ainsi que des illustrations de leurs traditions ancestrales. Un véritable hommage vivant aux peuples autochtones et à leur savoir-faire. On trouve pêle-mêle des céramiques au design peu commun, des vêtements traditionnels et de fêtes, des objets en bois sculpté, des instruments de musique, des colliers de cérémonie, et de très nombreux objets rituels liés au chamanisme ou aux dieux et démons andins. Le tout dans une présentation impeccable et didactique. Avec une belle boutique à la sortie en soutien aux nombreuses communautés qui ont participé. Désolé si j’ai mis trop de photos, tout était si beau et passionnant que j’ai eu un mal fou à trier… Pour info les Mindalae étaient des marchands indigènes qui reliaient les communautés par l’échange de biens et de savoirs. Un peu comme nos anciens colporteurs.
Une sur 200
Quito compte plus de 200 églises, soit bien davantage par habitant que Paris, ce qui peut se comprendre par l’énorme besoin en lieux de culte lors de l’évangélisation forcée de la population à l’arrivée des Espagnols. Nous en avons vu plusieurs, chacune ayant ses propres caractéristiques, mais s’il faut n’en parler que d’une seule, ce sera l’église de la Compagnie de Jésus. Il a fallu 160 ans pour la construire, entre 1605 et 1765, mais cela valait le coup : sa façade et son intérieur sont parmi les plus riches exemples du baroque colonial en Amérique du Sud, avec une profusion d’or, de sculptures et de motifs décoratifs. L’intérieur notamment est entièrement recouvert de feuilles d’or. Un incendie au siècle dernier et plusieurs séismes dont le dernier en 2016 ont tenté de ternir l’image de ce merveilleux édifice, mais à chaque fois des campagnes intenses de restauration ont permis de tout réparer. On n’ose à peine imaginer le travail que cela représente !
Un peu de street-art
Comme toute ville sudaméricaine qui se respecte, Quito compte un certain nombre d’œuvres de street-art. Les particularités sont la concentration dans le quartier dit de La Floresta et le portage fréquent de messages sociaux et culturels. Autour du marché artisanal, ce sont plutôt les attraits touristiques de l’Équateur qui sont représentés. Cela dit, nous avons vu (bien) mieux ailleurs, mais c’est de notre faute, nous voyageons trop !
Théâtre, chocolat et fruits empilés
Juste avant de rentrer, une envie de cañelazo me prend… Nous trouvons notre bonheur rapidement en admirant un joli théâtre de style colonial, appelé Bolivar, c’est dire. Juste au-dessous, une énorme fève de cacao indique la présence de l’une de ces nombreux ateliers-boutiques qui font la démonstration et la dégustation de chocolat sous différentes formes. Car l’Équateur est réputé pour son cacao. Le pays en est le 3ème exportateur mondial, après la Côte d’Ivoire et le Ghana, avec une qualité supérieure. Nous ne tardons pas à en avoir la confirmation en testant au moins une douzaine de parfums différents de chocolat. Et en dégustant une version locale du cañelazo où l’alcool de canne à sucre (aguardiente) est remplacé par de la liqueur de cacao. Excellent mais à consommer avec modération bien sûr ! À peine plus loin, nous entrons dans une supérette pour faire quelques courses et découvrons ce que nous avions déjà remarqué dans la rue : les fruits et légumes sont pour la plupart vendu empilés verticalement dans de petits sachets transparents. Il est possible que cela facilite la vente sans pesage, chaque sachet étant vendu généralement 1 dollar. Le même genre de conditionnement est d’ailleurs fréquemment vendu à tous les endroits où les automobilistes ralentissent : feux, péages, croisements, ralentisseurs, bouchons, etc.
Pause famille
D’autres découvertes nous attendent à Quito, mais ce sera pour dans un peu plus d’un mois. Est venu en effet le temps de notre pause familiale quadrimestrielle. L’occasion de distiller ici le récit de notre voyage en famille en Équateur et au Pérou vingt-deux ans auparavant. Le prochain article y sera consacré. A très bientôt donc !
Nous allons maintenant remonter la côte du Pérou jusqu’à la frontière équatorienne. Coincée entre l’Océan Pacifique et la Cordillère des Andes, c’est une longue bande de désert qui s’étend sur plus de 3000 km. Ponctuée ça et là de sortes d’oasis lorsque les rivières qui descendent des montagnes permettent l’irrigation. Mais partout ailleurs, c’est un paysage aride et purement minéral. La richesse de l’océan, renforcée par le courant froid de Humboldt, a favorisé il y a des millénaires le développement de nombreuses civilisations dont on retrouve pas mal de traces, et aujourd’hui la prospérité de la pêche (le Pérou est le second producteur mondial de poissons après la Chine) ainsi que l’hébergement de la majorité de la population du pays.
Parcours correspondant à cet article, en version zoomable ici
En premières lignes
Les lignes de Palpa sont moins connues que celles de Nazca, et pourtant elles leur sont antérieures, tracées par le peuple Paracas précurseur des Nazcas. Plus souvent à flanc de colline, elles sont volontiers visibles depuis des petits sommets avoisinants. Nous avons pu en observer quelques-unes sans nous éloigner beaucoup de la route, notamment lors d’une pause déjeuner dans le désert où nous avons eu l’opportunité de garer Roberto sous l’unique pergola à des dizaines de kilomètres à la ronde.
S’endormir au champ des baleines
Nous nous garons pour la nuit près du centre-ville d’Ocucaje, le long d’un mur couvert de fresques de baleines et autres animaux marins. Y aurait-il une sorte de Marineland de l’autre côté du mur ? Sur ma carte, il s’agit plutôt d’une entreprise viticole fabriquant du Pisco. Pas étonnant puisque nous sommes dans la région d’Ica, là où est produit le fameux alcool national péruvien. La ville de Pisco n’en est que le port exportateur. Pour les baleines il faut une autre explication, que je vais trouver sur le site internet d’Ocucaje. On a retrouvé ici, dans un vaste bassin sédimentaire, de nombreux squelettes et fossiles de baleines et autres animaux marins datant pour certains de 36 millions d’années. C’est assez 😉 pour faire venir de nouveaux touristes qui en profiteront au passage pour déguster un Pisco sour.
Les sorcières de Cachiche
Cachiche est un ancien village dans la banlieue non pas de Marcheille mais de la ville d’Ica. C’était autrefois une forêt, dans laquelle se sont réfugiées quelques sorcières chassées par les conquistadors à l’époque coloniale. Nous nous rendons d’abord près d’un étrange palmier, dont six têtes rampantes ondulent près du sol comme les tentacules d’un poulpe. Une septième tête voudrait bien se rajouter aux précédentes, mais elle est régulièrement coupée par les habitants. Car selon la prophétie d’une des sorcières évincées, si la tête pousse, la ville d’Ica est détruite. D’ailleurs, en 1998, après un moment de négligence où la tête avait commencé à repousser, une aussi grave qu’exceptionnelle inondation a touché la ville. Depuis, le palmier est surveillé par les habitants d’Ica comme le lait sur le feu. Ou comme la potion magique dans le chaudron, terme plus approprié. Nous nous rendons ensuite au Parc des Sorcières de Cachiche, un lieu dédié aux sorcières du village, dont beaucoup sont en exercice et que l’on peut consulter. D’après les mentions au-dessous des statues, leurs pouvoirs sont surtout bénéfiques : santé, prospérité, nature, sagesse, amour, etc. La statue la plus vénérée est celle de Julia Hernandez Pecho, la vieille sorcière de 106 ans qui avait émis la prophétie. Étonnamment, elle apparait sous les traits d’une très jeune femme. Une preuve de ses pouvoirs ? A moins que son second nom ne soit synonyme d’espoir ?
La fausse patate multicolore
L’ulluco est une plante particulière à l’Amérique du Sud. Elle produit des tubercules qui ressemblent à de petites pommes de terre, avec la différence qu’elles sont multicolores pour une même récolte … et qu’il ne s’agit pas de l’une des 10 000 variétés connues de pommes de terre. Au contraire, l’ulluco est unique. Avec un goût proche par contre de celui des tubercules ramenés par Parmentier, l’utilisation est similaire : soupes, purées, cuisson à la vapeur et même chips ou frites. Bon appétit M’sieurs Dames !
Le lac rose
Nous sortons de la route Panaméricaine pour explorer le parc national de Paracas, occupant une péninsule et quelques îles. Ces dernières sont d’ailleurs surnommées les « Galápagos du Pérou », mais à l’inverse de ces dernières, on ne peut y débarquer. Comme nous n’avions pas envie de revoir des animaux marins mais de loin et d’un bateau plein de touristes, nous nous sommes contentés de la partie terrestre qui déjà vaut largement la visite. Une petite exception pour la route, toute en « tôle ondulée », éprouvante pour nous comme pour l’habitacle de Roberto. Le reste, c’est du désert, avec de belles dunes dans des mélanges de rose et de jaune, mais comportant un certain nombre de plans d’eau. Dont de belles lagunes d’un bleu profond tranchant sur le désert, ou encore rose bonbon, comme celle du célèbre Lac Rose sénégalais. La couleur est, c’est connu, liée à une microalgue, et permet de jolies photos. Le vent n’a pas permis de faire voler le drone, dommage. Pas sûr que ce soit autorisé d’ailleurs à cause de la réserve naturelle.
La plage rouge
Vous avez vu, nous restons dans les couleurs et dans l’exceptionnel. Cette « Playa Roja » ne payait pourtant pas de mine vue du premier observatoire que nous avons atteint. Mais c’était à cause du soleil de face. Lorsque nous sommes descendus au bord, du bon côté du soleil cette fois, la couleur rouge du sable est apparue dans toute sa splendeur. Jamais nous n’avions vu ça auparavant. Cette fois, la couleur n’est pas due à une algue mais tout simplement à celle du sable formé par les rochers bordant la plage. Nous avons eu l’occasion d’y observer quelques oiseaux, dont des urubus à tête rouge, emblématiques de la région et finalement parfaitement assortis à la plage.
Pisco, juste un port
Lima, juste une ville
Nous n’avons fait que traverser Lima. Notre décision de ne pas nous y arrêter a reposé sur plusieurs arguments. D’abord nous avons déjà visité cette ville avec nos enfants il y a plus de 20 ans et elle ne nous avait pas laissé un souvenir impérissable. Ensuite parce que circuler avec Roberto dans la 4ème ville la plus embouteillée du monde ne nous tentait guère, sans parler d’y séjourner dans une chaleur étouffante. Rien que de traverser la ville en restant sur les différentes branches de la route Panaméricaine nous a confirmé dans notre choix. La conduite péruvienne est de l’ordre du chacun pour soi, aucune règle ne semble applicable et la police est totalement absente, si ce n’est pour des verbalisations abusives pour tout et n’importe quoi dans certains lieux heureusement identifiés sur notre application et que nous avons pu contourner. La notion de voie de circulation semble inconnue, le dépassement peut se faire aussi bien à gauche qu’à droite et parfois même sur le trottoir si besoin. Les poids-lourds n’hésitent pas à forcer le passage en vous collant à 2 ou 3 cm. Et je ne parle pas des klaxons permanents, des 2 et 3 roues qui se faufilent de façon encore plus périlleuse au milieu de tout ça et des trous dans la chaussée. Il faut être à la fois concentré et zen pour ne pas se laisser submerger par ce rodéo urbain. Et ça ne serait pas plus facile avec une voiture. Bref, vous aurez compris que ne n’ai pas eu vraiment le temps de prendre des photos, et Claudie était sans doute trop stressée pour ça aussi !
Le palais du désert
J’en ai déjà parlé, la bande littorale péruvienne n’est qu’un long désert. Au nord de la capitale, ça reste la règle et nous parcourons des centaines de kilomètres dans des environnements purement minéraux bordés de plages sauvages et immenses mais inaccessibles, aucun chemin n’y menant. C’est côté montagne que nous allons faire notre pause pour la nuit, au pied d’une construction qu’on dirait faite spécialement pour un décor de cinéma. Ce pourrait être le palais d’un seigneur pré-inca ou encore un hôtel abandonné. En réalité, c’est une sorte d’usine de triage de gravier et de sable, qui a effectivement été abandonnée et dont les intérieurs ont été comblés. Mais l’ambiance était surréaliste et l’isolement parfait.
Le premier centre d’études anatomiques au monde
Nous avons la chance apparemment de visiter près de Casma le plus ancien site urbain connu des Amériques déjà présent plus de 2000 ans avant notre ère. Faute de moyens, seule une toute petite partie a été dégagée, le Cerro Sechin (du nom du peuple de l’époque), révélant déjà des gravures peu communes le long du mur d’enceinte. Ce sont surtout des humains qui sont représentés, les uns en situation de guerriers avec haches, épées, etc. et les autres au titre de victimes très malmenées : membres arrachés, sang giclant des crânes, abdomens éventrés, yeux enfilés sur des brochettes et j’en passe. À y regarder de plus près, si j’ose dire, les experts estiment que ces probables victimes de guerre ont servi à des études anatomiques approfondies. On retrouve gravés dans la pierre des schémas de poumons, reins et autres colonnes vertébrales clairement identifiables. Si la cause peut être noble, j’espère au moins que les victimes étaient mortes au moment des études de cas…
De beau à Moche
À l’approche de la ville de Moche – pas de chance pour eux leurs ancêtres du 1er millénaire de notre ère s’appelaient comme ça – nous côtoyons (paradoxalement ?) des kilomètres de haies en bougainvilliers. Quel luxe! La ville revendique haut et fort son appartenance à cette civilisation évoluée, en exposant le long d’une avenue tout son panthéon de divinités, totalement Moches donc. De l’énigmatique être mi-homme mi-crabe à l’imposant poisson humanoïde à l’air maléfique, en passant par le « décapiteur » responsable des sacrifices humains. Nous trouverons un peu plus loin un autre témoignage de cette civilisation : les poteries érotiques, dans une allée bordée de reproductions géantes devant lesquelles les familles décomplexées photographient volontiers leurs enfants. C’était Vendredi Saint en plus…
Trujillo en technicolor
Moche est une petite ville de la banlieue de Trujillo, capitale régionale et 3ème ville du Pérou de par le nombre d’habitants (820 000, environ la population des métropoles de Nice ou Toulouse). Comme beaucoup de villes péruviennes, l’architecture en périphérie est plus que quelconque. Mais le centre-ville se distingue par une profusion de couleurs dans les bâtiments coloniaux situés autour et à proximité de la Plaza Mayor. Quand on y rajoute les balcons en bois sculpté, les façades en adobe, les fenêtres artistiquement grillagées et les toits de tuiles rouges, cela fait un ensemble plutôt agréable à regarder. En ce week-end pascal, les églises étaient plutôt animées, et notamment le parvis de la cathédrale avec des reconstitutions de scènes de la vie de Jésus.
Un jour aux courses
C’est le moment de mon petit inventaire épisodique des rayons des supermarchés. Axé principalement sur les boissons. J’y ai déjà retrouvé le lait Gloria de mon enfance, je ne sais pas si c’est encore vendu en France. Gloria fait aussi dans la colada morada, cette boisson sucrée à base de maïs violet typiquement péruvienne. Pas besoin de chercher longtemps dans les rayons pour trouver de la Cusqueño, cette bière très populaire originaire comme son nom l’indique de Cuzco. Et puis l’inévitable Inca-Kola, disponible ici en pack de 2 fois 3 litres, témoignant de la forte consommation locale. Coca-Cola est jaloux de cette boisson qui lui vole la vedette, et c’est peut-être l’entreprise américaine qui pousse à la commercialisation de packs mixtes : 3 litres d’Inca-Kola + 3 litres de Coca-Cola. Avec une possibilité pour que la boisson locale ne perde pas la face : des packs de 6 litres d’Inca-Kola pour 3 litres de Coca-Cola. Cela dit, c’est plus la santé que la face qui est à perdre pour les péruviens, avec pas loin d’un kilogramme de sucre dans ce pack de 9 litres ! On termine sur une particularité bien sud-américaine avec ce rayon intitulé carnes y aves, soit viandes et volaille. Là-bas, attention, la volaille ça n’est pas de la viande !
Chan Chan
Nous faisons connaissance, toujours dans la banlieue de Trujillo, avec un nouveau peuple précolombien, les Chimú, qui ont vécu ici du IXe au XVe siècle de notre ère jusqu’à être absorbés par les Incas (dans le sens figuré, ce n’était pas des anthropophages !). Avant de disparaitre, ils ont largement eu le temps de bâtir un ensemble de 9 citadelles toutes en argile et paille. Ce n’est rien moins que la plus grande ville en adobe au monde, et elle a remarquablement survécu au temps. Seule l’un des citadelles est en cours de restauration. On peut y apprécier des murs décorés de motifs représentant la mer, les poissons et les oiseaux, les Chimú rendant hommage ainsi à leur dépendance à l’océan Pacifique et à leurs croyances animistes. Et puis de grandes salles de réunions administratives (tribunaux, etc.) ou publiques et un système avancé de gestion de l’eau, essentiel dans cette région pour transformer le désert en terres fertiles. Encore un site étonnant où beaucoup reste à découvrir.
David et Goliath
2 véhicules que tout oppose mais volontiers choisis pour la vie nomade. Faut-il privilégier l’aspect passe-partout ou le confort ? Et vous, seriez-vous plutôt David ou Goliath ?
Retour sur la culture Moche
Dans un musée qui leur est consacré, nous en apprenons un peu plus sur la culture Moche (ou Mochica, c’est plus joli) qui a prospéré sur la côte nord du Pérou entre 100 et 700 ap. J.-C. Cette société avancée était dirigée par une élite guerrière et religieuse, avec des prêtres, des artisans et des paysans. Leurs villes en adobe étaient entourées par des pyramides qui n’étaient accessibles qu’aux élites. La guerre préoccupait leur quotidien, tout comme le climat. Finalement nous ne faisons pas mieux, sauf qu’à l’époque pour faire pleuvoir, on sacrifiait des humains aux dieux des montagnes. Tout ceci se retrouve parfaitement illustré sur leurs poteries, un art dans lequel ils excellaient. Et à moindre degré dans des objets en métal dont ils maîtrisaient aussi la technique.
Deux de ces pyramides sont d’importance archéologique majeure dans la région : celle du soleil (Huaca del Sol) et celle de la lune (Huaca de la Luna). Si la première est au stade zéro des explorations (elle était consacrée au pouvoir politique – on craint peut-être d’y découvrir des horreurs), la seconde a été en grande partie dégagée. Cette pyramide haute d’environ 21 mètres, entièrement construite en briques d’adobe, a, autour d’une cour intérieure, une apparence de gradins. Elle est composée en fait de plusieurs plates-formes superposées, chacune correspondant à une phase de construction différente. A chaque niveau, les murs sont décorés de fresques polychromes toutes originales et remarquablement conservées, représentant des divinités, des scènes mythologiques et des motifs géométriques. Une visite extraordinaire en immersion dans une civilisation disparue. Obligatoirement guidée mais par des gens compétents et utiles à la compréhension du site.
Mur Murs documenteurs
C’est par ce clin d’œil aux documentaires jumeaux d’Agnès Varda que j’aborde cette immense fresque historique proposée à ses habitants et peut-être aussi aux touristes par la ville de Chiclayo. Sur 390 m le long d’une avenue est illustrée l’histoire des civilisations précolombiennes Moche et Lambayeque. Conçues par des archéologues et des artistes locaux, ces fresques sont un véritable livre à ciel ouvert, un plus culturel indéniable pour la ville.
Elles prolongent en fait une série de statues relatives à ces 2 civilisations et à leur divinités monstrueuses, que nous avons revues avec plaisir après notre première rencontre dans la ville de Moche.
Toutous nus
Depuis que nous sommes dans cette région du nord du Pérou, nous rencontrons d’étranges chiens totalement démunis de poils ou presque (parfois ils ont un petit toupet sur la tête ou le dos) comme s’ils sortaient tondus de chez un véto ayant suspecté une teigne généralisée. Ça leur donne un air à la fois maladif et attendrissant, d’autant que ce sont des animaux plutôt gentils avec les humains. Les civilisations pré-incas ne s’y sont pas trompées et ont élevé ce chien tout nu au rang d’animal sacré. Il existait donc déjà il y a 2 ou 3000 ans et figure sur des poteries de l’époque, aux côtés de prêtres notamment. On prêtait autrefois à ces animaux des vertus curatives liées à la chaleur que leur corps procurait en peau à peau avec les humains. De vraies bouillottes vivantes !
Scanner à toute heure
Vamos a la playa
Le littoral péruvien, avec ses 3000 km, comporte de très nombreuses plages, dont la plupart sont aussi sauvages qu’inaccessibles, notamment dans le Sud. De toutes façons, les vagues fortes et la température basse de l’eau n’attire guère les baigneurs. Près des grandes villes du milieu du pays, c’est la pollution et l’insécurité qui posent problème, notamment autour de la capitale Lima. Finalement, les plages qui commencent à avoir un peu d’intérêt pour les touristes sont celles du nord, à proximité de la frontière équatorienne, où les courants tropicaux affrontent le courant froid de Humboldt venu de l’Antarctique, rendant l’eau tempérée en été (décembre à avril). C’est là que nous avons daigné faire trempette, du côté de la ville de Mancora. Une station balnéaire qui n’a rien à voir avec nos standards européens : rue principale défoncée et poussiéreuse, rues secondaires en terre et insécures. Comment imaginer que si la ville ne dispose pas des moyens pour entretenir sa voirie elle puisse mettre en place un réseau d’assainissement correct ? Nous nous sommes éloignés le plus possible du centre et des quelques affluents douteux, en nous installant dans la cour d’un petit hôtel pour pouvoir garder nos fenêtres ouvertes la nuit (29°C au plus bas, 37°C dans la journée !).
L’ambiance générale était plutôt agréable, j’ai eu le temps d’observer quelques fleurs intéressantes, mais la chaleur nous a donné très envie de retourner dans les montagnes. C’est le bon moment pour quitter le Pérou et gagner l’Équateur ! A bientôt là-bas !