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  • 190. De Guane à Carthagène des Indes

    190. De Guane à Carthagène des Indes

    C’est hélas la dernière étape sudaméricaine pour Roberto qui va reprendre le chemin de l’Europe. Après avoir traîné encore un peu dans les montagnes, nous nous résignons à rejoindre la côte et son climat tropical. Pour quelques dernières aventures.

    Notre parcours de Guane à Carthagène des Indes
    Notre parcours de Guane à Carthagène des Indes – En version zoomable ici

    Guane

    À une dizaine de kilomètres seulement du plus beau village de Colombie, et dans un cul-de-sac routier, Guane n’est pourtant pas un sous-Barichara. Moins fréquentée touristiquement, moins peaufinée esthétiquement, elle n’en est que plus authentique. La pierre taillée reste le matériau principal des voiries et des maisons, avec une dimension particulière ici : la présence de fossiles. Très nombreux dans cette région couverte par la mer il y a 60 millions d’années, ils ont été d’emblée utilisés pour le bâti par les indiens Guane, au même titre peut-être que les autres roches récupérées dans le sol. Aujourd’hui, c’est devenu une tradition, voire un hommage à la mémoire historique et culturelle du village. C’est ainsi que des ammonites géantes délimitent des parterres de fleurs devant la petite église, que des fossiles d’oursins et de gastéropodes renforcent la base des statues de la place centrale ou se retrouvent incrustés dans des trottoirs. Et que de nombreuses enmuchiladas (des ammonites usées ou des concrétions en forme de sac tressé) ornent les murs des maisons ou encore de ce café magnifiquement situé face à une grande vallée où nous avons fait une pause. Et pendant que l’on parle de boisson, nous avons acheté un flacon d’une boisson locale typique : le sabajón, à base de lait de chèvre, d’œufs, de sucre de canne et d’aguardiente (eau-de-vie de canne) et le plus souvent d’un ingrédient aromatique local (café, guanabana, fruit de la passion, etc.). Cela donne un mélange crémeux proche du Baileys avec l’arôme en plus. Le nom vient effectivement du sabayon, cette crème dessert onctueuse d’origine italienne, importée par les colons espagnols et adaptée par les locaux.




    Le canyon du Chichamocha

    Nous allons suivre pendant une cinquantaine de kilomètres, sur une superbe route à flanc de montagne, cette grande vallée bordée de montagnes arides entourant une rivière café au lait. Au milieu se trouve un parc national au nom trompeur qui n’est en fait qu’un parc d’attraction dont raffolent les Colombiens : restaurants à tout va, mains géantes destinées aux selfies, téléphérique qui descend dans le cañon et remonte de l’autre côté en guise de montagnes russes. Le prix déjà élevé, encore majoré pour les étrangers, et notre peu d’intérêt pour la foule et ce genre d’attractions nous ont fait passer notre chemin. À l’inverse, nous sommes allés nous installer pour la nuit au bord d’une toute petite route surplombant une autre vallée beaucoup plus calme. Et c’est le soir, à la fois parce que c’est à ce moment que je l’ai trouvé sur Internet mais aussi parce que le clair de lune le confirme, que se révèle la traduction en langue amérindienne du nom de cette rivière qui coule au fond du canyon : Chicamocha signifie « un fil d’argent lors d’une nuit de pleine lune dans la cordillère ». En toute poésie.


    Girón, la ville coloniale de trop ?

    Un peu étouffée par son encombrante voisine Bucaramanga et par la chaleur liée à sa faible altitude, Girón ne nous laissera pas un souvenir impérissable. Oui l’architecture coloniale n’est pas trop mal conservée, mais avec moins d’harmonie visuelle que dans des villages comme Barichara, Guane, Iza ou encore Mongui, pour ne citer que les plus récemment visités. Oui nous y avons vu quelques ruelles pavées, quelques compteurs électriques transformés en œuvres d’art et même un iguane qui attendait les clients d’un restaurant. Le seul tort de Girón est peut-être d’avoir été la dernière sur notre route ?


    Les colonnes de grès des Estoraques

    Parking - bivouac du site des Estoraques en Colombie
    Parking – bivouac du site des Estoraques en Colombie

    Voilà un joli site qui nous a fait faire un détour de 150 km. Le fait de passer encore 2 nuits à  la fraîche a compté aussi dans notre motivation. Les Estoraques, c’est une curiosité géologique : des couches sédimentaires de grès brun déposées là il y a des milliers d’années ont été transformées en colonnes, piliers, grottes et silhouettes de toutes sortes (roi, vierge, animaux, etc.) par l’érosion combinée des précipitations, du vent et des mouvements sismiques. Il en résulte un décor spectaculaire, qui a même inspiré un film de Disney. Une vraie bouffée d’oxygène (en réalité c’est l’inverse vu l’altitude…) et de calme (nous avons dormi seuls sur le parking du site le second soir et avec un couple de Chiliens le 1er) avant de redescendre dans la vallée et ses 38°C.


    Encanto, le Disney colombien

    C’est en nous faufilant dans un labyrinthe formé par d’étroits couloirs entre les colonnes que nous tombons sur une sorte de grand patio entouré de murs immenses, avec ce panneau : ce lieu a inspiré la chambre de Bruno dans le film de Disney « Encanto« . Retournés dans Roberto après quelques séquences vidéo tournées par nous-mêmes, nous en apprenons davantage sur ce film pas vraiment de notre âge, ce qui explique que nous en ignorions l’existence, mais que nous avons visionné parce qu’il se passe en Colombie et que de nombreux lieux que nous avons visités y sont reproduits. Une vraie brochure touristique qui doit néanmoins surtout parler à des gens du pays ou à ceux qui l’ont parcouru.


    Vamos à La Playa … de Belén

    La Playa de Belén est le village niché au cœur du site des Estoraques. Le nom de « plage » est curieux à 1450 m d’altitude et en l’absence de toute étendue d’eau. J’imaginais qu’il était lié au sable qui s’écoule des colonnes de grès et dont on retrouve par endroits sur le bord de la route, mais apparemment le nom viendrait des bords sableux d’une rivière du coin que nous n’avons pas retrouvée (tout est super sec). Quant au qualificatif Belén, il vaut pour la vierge à l’enfant évoquant la nativité (Bethléem donc) qui trône sur une petite colonne de grès à un bout de la ville. La protectrice du site en quelque sorte, qui fait l’objet d’un pèlerinage très actif le premier dimanche de chaque mois. Voilà pour l’étymologie. Le village lui-même est charmant, dans un style colonial plutôt harmonieux avec des habitants d’autant plus accueillants que ne sont pas si nombreux les touristes qui font le détour jusqu’ici.


    Une journée compliquée

    La vie nomade n’est pas toujours un long fleuve tranquille. Des évènements indésirables se produisent parfois. Et, conformément à la loi des séries, ils ont tendance à se cumuler. Cette journée en sera l’exemple parfait hélas.

    Épisode 1 : la police d’Ocaña nous remet dans le droit chemin

    La série noire commence dès la première ville traversée avec un coup de sifflet de la police qui nous arrête alors que nous nous engagions sur une petite route de terre reliant deux routes bitumées, comme conseillé par notre GPS. Très gentils, ils commencent par nous serrer la main (c’est l’habitude ici), vérifient rapidement quelques papiers pour la forme, s’intéressent à notre maison roulante (c’est encore plus l’habitude ici !) et à notre parcours. Puis finissent par nous dire que le chemin n’est pas adapté à notre véhicule (ils ne savent pas par où on est passé, mais peut-être qu’après tout ils ont raison) et nous proposent (avons-nous le choix ?) de les suivre jusqu’à la route correcte. Nous traversons ainsi toute la ville derrière eux. Ils finissent par s’arrêter et nous souhaitent bon voyage, puis disparaissent dans une petite rue non sans nous avoir lancé un petit coup de sirène amical. Rien de bien méchant, juste une perte de temps.

    Les policiers d'Ocaña : trop bienveillants ?
    Les policiers d’Ocaña : trop bienveillants ?

    Épisode 2 : les freins nous (re)lâchent.

    Nous devons rejoindre la vallée par une longue descente d’une cinquantaine de kilomètres, qui va beaucoup solliciter les freins (la boîte de vitesses depuis un moment supporte mal le frein moteur…) et le frottement d’usure que nous avions constaté vers Medellin va se reproduire, mais sur une roue arrière cette fois. Ça freine encore, grâce aux 3 autres roues, mais il va quand même falloir agir dans un délai raisonnable, le temps de rejoindre une grande ville où les chances de trouver des pièces détachées disponibles sont plus grandes.


    Épisode 3 : les travaux sur la route

    Comparativement aux routes déjà parcourues en Colombie, cette route nationale en fond de vallée est plutôt en bon état, avec même un certain nombre de tronçons à 2 fois 2 voies qui permettent de doubler facilement les camions qui représentent 80% du trafic. Mais chaque traversée de ville ou village est un enfer. Je n’ai toujours pas compris pourquoi, mais ces véhicules particuliers, ces bus, ces camionnettes, voire ces poids-lourds qui nous doublent parfois à toute vitesse sur des routes en mauvais état sont soudain terrorisés par le moindre ralentisseur ou par de simples bandes rugueuses qu’ils franchissent alors à 3 km/h comme s’ils transportaient un chargement d’explosifs. Même réflexion au passage pour les radars, généralement bien annoncés, que les conducteurs franchissent à peine à la moitié de la vitesse limite autorisée. À ça se rajoutent de nombreux travaux, avec des circulations en sens unique qui peuvent nécessiter d’attendre une demi-heure, les vendeurs de tout et n’importe quoi au moindre ralentisseur devant lesquels les conducteurs n’hésitent pas à bloquer tout le monde le temps de s’acheter une boisson et un paquet de chips. Au total nous ne dépassons guère les 30km/h de moyenne pour des routes où l’on pourrait rouler à 100…


    Épisode 4 : la policière corrompue

    Malgré tout ce que nous avions entendu sur la corruption de la police en Amérique du Sud, malgré les nombreux contrôles policiers que nous avons eus lors de ces 2 années de traversée du sous-continent, nous n’avions toujours rencontré que des policiers aimables et professionnels, juste un peu curieux parfois mais sans plus. Mais voilà que cette policière nous arrête en sortie de ville et va chercher mille raisons de nous trouver en infraction, dans le but de nous proposer une alternative entre une amende salée et un « arrangement » qui finira dans sa poche. Devant ses collègues d’ailleurs qui sont donc dans la combine. Elle va finir par nous coincer sur l’extincteur qu’elle juge non conforme parce qu’il est rouge et que ceux du pays sont jaunes, avant de jubiler en découvrant que notre date de péremption est dépassée de 2 ans. Ordinairement, il est conseillé en pareil cas de prendre des photos du fonctionnaire et d’exiger de payer l’éventuelle amende au commissariat le plus proche, ce qui en général est dissuasif. Mais pour cela il faut du temps, ce dont nous disposons habituellement, mais là avec cette journée déjà éprouvante et la proximité de notre shipping, nous avons préféré nous en débarrasser en lui abandonnant l’équivalent de 12 euros. Mais ça nous a mis de mauvais poil et ça nous a de nouveau fait perdre du temps.

    Police corrompue : première expérience en 2 ans d'Amérique du Sud et 5 ans 1/2 de voyage !
    Police corrompue : première expérience en 2 ans d’Amérique du Sud et 5 ans 1/2 de voyage !

    Épisode 5 : un potentiel bivouac transformé en marécage

    Dans la chaleur devenue éprouvante depuis que nous sommes redescendus dans la vallée (le thermomètre de Roberto affiche 38°C) nous cherchons un lieu de bivouac ombragé et un petit parc au bord d’une rivière est annoncé sur notre application. Nous parvenons au lieu indiqué après 2 km d’un chemin de terre étroit, pour tomber sur une sorte de marécage. Manifestement, le lieu est actuellement inondé. Nous arrivons péniblement à faire demi-tour et rejoignons la route principale, en ayant encore perdu du temps. Le soleil commence à descendre sur l’horizon d’ailleurs.


    Épisode 6 : l’apothéose

    Le spot suivant proposé par l’application iOverlander est au bord d’un stade, dans un hameau situé une quinzaine de kilomètres plus loin. Accessible par moins d’un kilomètre de chemin de terre. Mais nous n’en ferons que la moitié, les 2 roues du côté gauche de Roberto s’enfonçant brusquement dans 2 ornières qui paraissaient sèches au premier abord mais dont la croûte a cédé sous notre poids. Nous comprenons très vite que nous sommes bloqués et que nous n’allons pas nous en sortir seuls. Heureusement, des gens sortent des maisons proches et viennent proposer leur aide. L’un amène des pelles, l’autre une plance, et nous commençons à dégager un passage devant la roue avant (motrice). Mais dès que l’on commence à creuser un peu, le sol devient liquide et la roue s’enfonce davantage. Les premières tentatives de sortir en avant comme en arrière sont un échec. Peut-être lié en partie au fait que le plancher de Roberto touche le sol. Nous attirons évidemment les curieux. Chacun y va de son conseil.

    Quelqu’un finit par appeler quelqu’un qui possède un tracteur. Pendant que nous l’attendons et que le soleil très bas commence à nous faire craindre de passer la nuit embourbés ici, j’installe le crochet de remorquage et une corde que nous avions achetée à cet effet. Le tracteur arrive et nous tire dans l’axe. Échec : la roue part de travers, refusant de sortir de l’ornière où elle est maintenant enfoncée aux deux tiers. Le tracteur vient alors se placer face à cette roue et nos aidants accrochent la corde d’une part sur la jante et d’autre part sur l’outil de levage de l’engin. La roue s’élève lentement, par à-coups. Chacun retient son souffle. La corde qui commence à s’effilocher un peu ne va-t-elle pas lâcher ?

    Finalement non. Quand la roue est assez haute, le tracteur recule un peu et repose notre véhicule sur le sol un peu plus ferme à côté de l’ornière. Une dernière traction dans l’axe, une poussée des passants à l’arrière, et …nous voilà sortis de cet endroit maudit ! Nous remercions chaleureusement tout le monde, donnons un peu d’argent et une petite bouteille de rhum aux principaux intervenants puis repartons sur la route goudronnée, abandonnant l’idée du stade.


    Épisode 7 : à la recherche d’un spot dans la nuit

    Nous voilà repartis la nuit tombée cette fois jusqu’à la prochaine ville. Nous rejoignons tant bien que mal la place centrale où parfois il est sécurisant de se garer, mais là c’est vraiment trop agité. Nous en faisons le tour désespérément. Non ce n’est décidément pas un bon endroit. Nous décidons de revenir vers la route nationale ou un hôtel accueille parfois des véhicules de loisir dans sa cour. En quittant la place centrale, un policier tape sur la carrosserie. « Votre roue fait du bruit ». « Oui nous avons un problème de frein, nous allons voir un garagiste demain, merci ». Petite piqûre de rappel pour les freins… Nous arrivons finalement dans la cour de l’hôtel. Un monsieur très aimable sort de l’un des bâtiments et nous invite à nous stationner juste devant chez lui. Gratuitement. Nous aurons du mal à trouver le sommeil avec la chaleur et les évènements de cette journée compliquée, mais nous sommes contents d’être posés !


    Aracataca : la ville natale de Gabriel Garcia Marquez

    C’est un leitmotiv ici : le portrait de l’homme préféré d’Aracataca est affiché partout, une vraie fierté que d’avoir vu naître ici un prix Nobel de littérature ! Il a même été question un moment de renommer la ville Macondo, le lieu central imaginaire de l’univers littéraire de l’auteur. Ç’aurait d’ailleurs été plus facile à prononcer. Mais la population, consultée par référendum, a voté contre. Tout en permettant l’installation d’une fresque de 300 mètres de long cumulant des scènes de « Cent ans de solitude », l’œuvre majeure de Gabriel Garcia Marquez. La maison natale de l’auteur se visite. Mal conservée au départ, elle a été reconstituée d’après des photographies et surtout grâce aux descriptions qu’en a fait « Gabo ». Le lien avec les différentes pièces est ainsi bien expliqué. Un agréable jardin entoure la maison, avec notamment un superbe figuier étrangleur dont les racines aussi bien aériennes que terrestres sont spectaculaires.


    Santa Marta : la plus ancienne ville de Colombie

    C’est ici que nous rejoignons la côte caraïbe après 3 jours de route éprouvants. Santa Marta est une grande ville, où nous avons davantage chance de trouver des pièces détachées adaptées à notre véhicule européen, alors nous allons d’abord essayer de résoudre ce problème prioritaire avant d’entreprendre la visite touristique.

    1. Passage obligé chez le garagiste

    Notre première tâche est de trouver un garagiste pour résoudre notre problème de freins. Nous y arrivons vers 18h, un peu avant la fermeture. Aucun souci, il nous prend à 7h30 le lendemain. Essayez de tenter ça en France ! Nous restons garés sur son parking et passons la nuit dans l’hôtel adjacent, profitant ainsi d’une clim bienfaisante. Le démontage confirme l’usure totale des plaquettes et partielle du disque correspondant. Le disque pourra être ré-usiné sur place et après avoir un peu cherché, ils sont arrivés à trouver des plaquettes de rechange. Moins de 3 heures plus tard tout était fait, pour l’équivalent de 70 euros. Chapeau les garagistes colombiens !


    2. Visite de Santa Marta

    Nous pouvons partir découvrir la ville, moyennement attrayante. Santa Marta serait pourtant la plus ancienne ville de Colombie, mais sa conservation n’est pas exceptionnelle. Nous verrons un peu d’architecture coloniale, un musée de l’or consacré ici aux indiens Tayrona, une frise temporelle sur la vie de Gabriel Garcia Marquez sur le mur de la bibliothèque. Et nous passerons une nuit bien (trop) au chaud pas très loin de la plage.



    La dernière demeure de Simón Bolívar

    Notre parcours initiatique sur Simón Bolívar se termine comme lui à Santa Marta puisque c’est là que s’est éteint le célèbre libérateur de l’Amérique du Sud en 1830, accompagné par un médecin français. Il est mort avec le grand regret que les républiques qu’il avait contribué à créer ne soient pas restées unies. Un peu comme Gandhi avec la partition de l’Inde, sauf que  ce dernier était tout sauf un mercenaire. Nous visitons l’hacienda où il était hébergé, préservée dans ses conditions d’époque. On y a ajouté bien sûr quelques monuments commémoratifs. Et quelques expositions artistiques pour que le public continue de venir. Nous avons apprécié aussi le bel aménagement paysager. Après avoir été inhumé dans la cathédrale de Santa Marta, Simon Bolivar repose désormais au Panthéon de Caracas, sa ville vénézuélienne natale.


    Rencontre avec Eva, Jules et George

    Nous rejoignons à quelques kilomètres de là, à Pozo Azul précisément, le parking d’un hôtel en bord de plage où nous passerons 2 jours. Pour profiter de la petite brise du soir et de la mer bien sûr, mais surtout pour rencontrer Eva, Jules et leur fourgon George qui partagera avec Roberto le container de retour vers l’Europe. C’est eux qui avaient passé une annonce sur un groupe de voyageurs mi-juillet pour chercher ce qu’on appelle un « container buddy », alias un compagnon de conteneur, pour leur Peugeot J7 de 1979 qui a bravement fait le tour de l’Amérique du Sud. Pile au moment où nous cherchions de notre côté. Nous nous étions bien sûr parlé en visio sur WhatsApp mais jamais rencontrés de visu. Voilà qui est fait. Dans quelques jours nous nous retrouverons au port pour déposer nos véhicules respectifs.


    Barranquilla : Shakira et la mangrove

    Nous évitons de traverser la grande ville sans intérêt pour les touristes de Barranquilla et préférons en faire le tour. C’est d’ailleurs là que se trouvent les rares points d’intérêt.

    1. Shakira la Barranquillera

    Nous rencontrons tout d’abord la statue de Shakira. En dehors du pays, peu de gens savent que la célèbre chanteuse, danseuse et compositrice est Colombienne et qu’elle est native de Barranquilla. Mais les Barranquilleros oui ! C’est la seconde effigie mise en place, la première n’étant pas assez ressemblante. En hommage au succès mondial de la star, nous nous sommes quand même arrêtés faire la photo, mais on ne peut pas dire que nous sommes fans. Il a fallu que je cherche un peu pour apprendre qu’elle avait repris partiellement en Français le Je l’aime à mourir de Francis Cabrel et qu’elle avait cumulé plus d’un milliard de vues pour avoir interprété l’hymne de la coupe du monde de foot 2026.

    2. L’écoparc de Mallorquín

    Au risque de choquer, nous avons préféré deux kilomètres plus loin notre balade sur des passerelles en bois permettant de découvrir l’écosystème de la lagune côtière et de ses mangroves au nord de la ville. Un immense espace vert de près de 500 hectares qui a été conçu pour récupérer et protéger le Marais de Mallorquín, une zone auparavant fortement polluée et utilisée comme décharge. Pour ce projet pharaonique, la Colombie a dépensé 34 millions d’euros et emprunté plus de 43 millions d’euros à la banque de développement de l’Amérique latine. Nous avons trouvé cet espace magnifique, permettant d’observer gratuitement qui plus est une faune et une flore généreuse, dont beaucoup d’oiseaux et 3 espèces de mangroves. Les 7 km de passerelles sur pilotis, les terrasses qui s’avancent sur la lagune et la grande tour d’observation avec sa double rampe où l’on monte puis redescend sans repasser par le même chemin sont des chefs-d’œuvre d’architecture en bois, mais nous laissent dubitatifs quant à l’ampleur de la dépense dans un pays qui est loin de rouler sur l’or.


    Puerto Velero, avant dernière étape colombienne

    Toujours pour profiter un peu de la brise marine, nous nous arrêtons en bord de plage dans l’anse protégée de Puerto Velero. C’est un petit village de pêcheurs qui possède quelques restaurants de plage sous un alignement de palapas. Nous nous garons à distance, craignant d’être dérangés par la musique en ce samedi soir, mais une bonne pluie orageuse fera fuir tout le monde avant l’heure. Et le dimanche matin s’est révélé plutôt calme, propice à l’observation du ballet nautique des pélicans et de la pêche à la senne de quelques pêcheurs courageux. Rien de tout ça n’était typiquement colombien, c’était davantage un moment de repos avant de prendre la route de Carthagène dans l’après-midi. Le bout du bout des 18 mois de périple sudaméricain avec Roberto.


    Destination Carthagène des Indes

    Nous arrivons donc à la dernière étape de notre parcours colombien, mais aussi sudaméricain pour Roberto. C’est de là qu’il va repartir en container vers l’Europe pour de nouvelles aventures pendant que nous jouerons un peu les prolongations. À très bientôt pour la suite !

  • 100. Nicaragua, suite et fin

    Pour ce centième article du blog, nous rejoignons le Sud du Nicaragua. Tout aussi riche en paysages volcaniques que la précédente, avec des lacs de cratères et des volcans en activité, dont le célèbre Masaya où nous observerons pour la première fois un superbe lac de lave en fusion. Les villes aussi ont leur intérêt, de la capitale Managua et sa forêt d’arbres lumineux à son ancienne rivale Granada qui n’a pas besoin du miroir de son lac pour dire qu’elle est la plus belle, en passant par les Villages blancs, pas si blancs que ça. Un beau programme, non ?

    Managua-la-forêt

    C’est depuis le début de notre voyage l’un de nos plus jolis spots urbains pour passer la nuit. Nous sommes sur la Place de la Foi, en plein cœur de Managua, la capitale du Nicaragua. La place a été baptisée ainsi suite aux passages de Jean-Paul II dans le pays en 1983 et 1996, et est centrée par un grand obélisque en l’honneur du pape. Mais la particularité du lieu est liée à l’installation en nombre croissant d’arbres de vie, reproduisant le design créé par l’autrichien Gustav Klimt. Ces structures métalliques géantes, de 12 à 17 m de hauteur, déjà fort esthétiques dans la journée, s’illuminent merveilleusement la nuit.

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    D’étranges reflets sur les phares de Roberto…
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    …un des plus beaux endroits que nous ayons trouvé en ville pour passer la nuit
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    Mais le mieux, c’est le soir. Ces « arbres de la vie » s’éclairent tous les uns après les autres
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    et plus le ciel s’assombrit, plus les arbres ressortent, y compris sur la carrosserie de Roberto
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    A la nuit noire, quel spectacle ! A 22 000 $ l’arbre, ça peut !

    Nous serions admiratifs sans réserves s’il n’y avait LA polémique. Dans l’un des pays les plus pauvres du monde, les détracteurs sont nombreux à dénoncer la multiplication dans toute la ville de ces structures à 22 000 $ pièce, 170 actuellement, et qui consommeraient 1 million de $ en électricité chaque année. Ils sont à l’initiative de la première dame du pays, également vice-présidente, connue pour d’autres excentricités comme la construction de patinoires dans un pays où la température moyenne est de 35°C, son allocution quotidienne de midi sur l’une des 4 chaînes gouvernementales, ou encore la récupération de la religion pour son propre compte. Elle est tantôt surnommée la sorcière, tantôt la seigneure des anneaux en raison de la trentaine de bagues qui ornent ses doigts. Le site elle.fr en fait une description éloquente ici. Ces arbres sont devenus la cible des manifestants dès lors que l’on veut toucher à la sécurité sociale ou aux retraites. 30 d’entre eux ont été abattus ainsi lors des émeutes de 2018. Plus efficace ici que de bloquer les dépôts de carburant ou les incinérateurs d’ordures.

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    Si la nuit a été calme, nous avons été réveillés au lever du soleil (5h30…) par une manif qui passait

    Du coup le spectacle a un goût amer, tout en étant sublîme à la fois. Étrange sensation…

    Le reste de la ville parait fade à côté, entre vieille cathédrale abandonnée suite à 2 tremblements de terre majeurs, grands bâtiments publics et statues en l’honneur de quelques personnalités dont le poète Ruben Dario mais surtout en l’honneur des révolutionnaires et du parti au pouvoir dont on peut même lire le sigle sur une colline voisine. Hollywood en version nicaraguayenne…

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    Une avenue de Managua, et encore des arbres de métal
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    Ici le palais du gouvernement… transformé en musée
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    Un lac de cratère en plein coeur de la capitale. Théoriquement très couru par les habitants. Mais personne ce jour là
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    Malgré tout un beau panorama de là-haut, malgré la brume. On voit nos fameux arbres en haut à gauche et les drapeaux de l’assemblée nationale à droite
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    Tiens, sauriez-vous déchiffrer cette inscription mystérieuse ?

    Un lac de lave accessible au public !

    Je ne crois pas qu’il existe beaucoup d’endroits au monde où de la lave incandescente est à la portée de non-vulcanologues comme nous. Malgré nos multiples voyages, jamais nous n’avions rencontré cette situation en tout cas. Et la cerise sur le gâteau est que l’accès est simplissime : une bonne route asphaltée mène directement au bord du cratère, à 600 m d’altitude. Aucun effort !

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    Par la route au-dessus, on arrive directement au bord du cratère Santiago du Volcan Masaya

    L’entrée se fait en fin d’après-midi, pour un prix modique (compte-tenu de la rareté de la chose) de 10 $ par personne. Une jolie petite route serpentant entre les coulées de lave (la dernière date de 1999) mène d’abord à un petit musée donnant toutes les explications nécessaires, puis à un parking où des employés s’affairent à vous mettre en bonne place. Déjà, juste avant d’arriver, on aperçoit une fumée gris-orangée – elle a pris les couleurs du soleil couchant – s’élever au-dessus du bord du cratère. En s’approchant, nous constatons qu’elle sort d’une espèce de puits cylindrique, bizarrement sans odeur. Il faut dire que le vent souffle dans le bon sens, c’est-à-dire pas vers nous. Il est trop tôt pour voir la lave, alors nous allons faire une petite balade sur les cratères voisins.

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    Le temps que la nuit tombe, une petite visite au cratère San Fernando, celui par où tout a commencé ici

    Une vingtaine de minutes après le coucher du soleil, les premières lueurs rougeâtres apparaissent au fond du cratère, variant en intensité selon la quantité de vapeurs. C’est déjà impressionnant, mais plus la nuit va s’installer, plus le lac de lave va devenir visible. Il est à une cinquantaine de mètres de nous environ, mais on voit bien les mouvements de la lave visqueuse, les fractures plus claires qui se forment. Aux jumelles, c’est encore plus fascinant.

    Il ne reste plus qu’à reprendre notre petite route en sens inverse. Les gardiens du site, qui veillent sur l’accès 24h sur 24, autorisent les voyageurs nomades à stationner la nuit juste devant l’entrée, gratuitement qui plus est. Ils ne sont pas venus nous border mais c’était tout comme. Et pas besoin de raconter d’histoire ce soir-là, elle était dans notre tête.

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    L’enseigne lumineuse à l’entrée du site
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    P.S J’oubliais l’histoire de cet acrobate américain qui en 2020 a traversé le cratère sur un fil tendu au dessus du lac de lave. Moi ce que j’adore, c’est le gilet de sauvetage…

    Roberto au château

    Le portail de pierre ne déparerait pas dans un village médiéval français, mais une fois franchi, c’est une tout autre affaire. Roberto doit se mouvoir sur une route asphaltée qui a perdu plus de la moitié de son revêtement, heureusement pas très longue, et se garer tant bien que mal sur l’unique place au pied du château, par chance inoccupée. Le château lui-même, la Fortaleza El Coyotepe, n’a strictement rien à voir avec ceux de la Loire. Il s’agit plutôt d’une forteresse en béton érigée à la hâte en 1893 d’abord pour protéger la ville de Masaya des assaillants américains, avant d’être récupérée ensuite par le régime du dictateur Somoza pour incarcérer et torturer ses opposants. Une courte visite guidée nous permet d’imaginer cette période terrible, où des personnes emprisonnées pour leurs seules opinions politiques pouvaient être enfermées en nombre dans des cellules sombres, voire totalement privées de lumière pendant des périodes pouvant aller jusqu’à cinq ans. Roberto et nous en sommes repartis tout tremblants. Et pas seulement à cause des trous sur la route.

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    Plusieurs centaines de prisonniers politiques ont été incarcérés ici, dans des conditions épouvantables, sous le régime de Somoza. Cachots infâmes, salles de torture, sang sur les murs, la visite a de quoi émouvoir
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    Heureusement un beau panorama en guise de bouffée d’oxygène !

    Les villages blancs

    C’est un petit groupe de villages dans la région du volcan que nous venons de visiter. Appelés ainsi en raison de la teinte initiale de leurs murs qui ont largement repris depuis les couleurs vives du pays. Chassez le naturel, il revient au galop. En tout cas le blanc était rare, touriste compris. Rien qu’à Catarina, village d’horticulteurs dont les productions multicolores inondent joliment les rues et dont les « miradors » donnent sur le bleu intense du Lac Apoyo. Ses voisins ont tous leur particularité, de ceux spécialisés dans la fabrication des chaises à bascule, d’objets en osier ou de poterie à celui qui s’enorgueillit d’avoir vu naître le « sauveur de la nation » Augusto Sandino, parti en guerre contre les occupants américains avec seulement 29 hommes. Il a fini par gagner, tout en perdant la vie, deux bonnes raisons pour que sa popularité soit au sommet et que les drapeaux rouge et noir de son parti flottent encore largement dans tout le pays. Y compris dans les villages blancs.

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    Quant au Lac Apoyo, un lac de cratère, c’est un oeil bleu qu’il partage avec ses villages blancs riverains

    Granada, une des plus belles villes coloniales d’Amérique centrale ?

    C’est ce qu’en dit notre guide en tout cas, mais rien ne vaut la vérification par soi-même. Déjà la ville a une histoire tumultueuse. Fondée en 1524 par les Espagnols, elle se développa rapidement, du fait d’une position géographique favorable pour le commerce, entre le grand Lac Nicaragua et l’Océan Pacifique. Devenue riche, elle attira malheureusement la convoitise des bandits en tous genres, dont de nombreux pirates qui l’ont occupée tour à tour, l’incendiant à chaque fois qu’ils en furent chassés. Mais la ville est résiliente et, si elle a laissé quelques plumes, comme la perte de sa fonction de capitale ou les traces de fumée sur les façades de ses églises, elle s’est à la fois reconstruite et maintenue. Ce qui nous laisse aujourd’hui un grand nombre d’édifices de style colonial en bon état, des rues larges et colorées à souhait, une ambiance paisible à part peut-être celle du marché, et pratiquement sans touriste occidental, ce qui la distingue d’autres villes de charme comme nous avons pu en voir au Mexique mais dénaturées par le tourisme excessif. Ici pas de magasins de souvenirs ou de bars à gogo(s), pas d’agressivité des marchands, pas de conversations anglo-européennes dans les rues. Nous nous sommes sentis en pleine immersion, et ça nous adorons.

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    Il ne faut pas se laisser influencer par le marché en pleine rue passante et très animé,

    …au point que ces bus ont du mal à se frayer un chemin dans la foule. Et remarquez à la fin de la vidéo de gauche ce commerçant qui remet sa marchandise à vendre sur la route après le passage du véhicule

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    Vraiment, je n’aimerais pas être à la place de cet agent de circulation !
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    Mais toutes les rues de Granada ne sont pas si agitées, c’est même plutôt le contraire. La plupart sont très calmes, larges et colorées
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    Les guides n’en faisaient pas mention, mais nous avons bien aimé cette Capilla Maria Auxilliadora
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    Un petit jardin superbement aménagé aux pieds de l’église
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    Nombreux bâtiments coloniaux autour du Parque Central, quelques calèches pour touristes mais peu ou pas de touriste dedans
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    La cathédrale de Granada, fermée à l’heure de notre passage
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    La mosaïque du patio de la Casa de los Tres Mundos, peu parlante à hauteur d’homme mais si différente vue de haut ! Cette fondation expose des oeuvres contemporaines et possède des ateliers de peinture et une école de musique.
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    C’était une belle façon de terminer notre visite du Nicaragua. Un pays plein d’attraits que nous sommes ravis d’avoir découvert. Mais nous avons hâte de rejoindre demain le Costa Rica, d’une part pour le plaisir de changer de pays et d’autre part pour retrouver un peu de fraîcheur en prenant de l’altitude, car en ce dernier mois avant la saison des pluies, les températures très élevées dans la journée, tombant à peine le soir, commencent à nous peser.

    P Parcours Nicaragua
    Fin du parcours au Nicaragua. Version zoomable ici