Nous revoici donc en Bosnie, et plus particulièrement en Herzégovine, la province la plus au sud du pays dont la capitale régionale est Mostar, la ville la plus visités après Sarajevo. En fait, la majorité des visiteurs du pays se contentent de ces deux villes, ce qui donne une vision vraiment très partielle du pays.
Après une nuit au bord de l’eau avant la frontière, nous repassons en Bosnie-HerzégovineC’est que la Bosnie est curieusement le centre géographique …de la Croatie !Revoici le drapeau bosnien, un triangle jaune pour la forme du pays, le reste pour son désir européen
Mostar
1. Les cicatrices de la guerre
Après cette dizaine de jours en Croatie, le contraste saute aux yeux : en dehors du quartier historique qui a manifestement été restauré, la ville – comme Sarajevo d’ailleurs – reste très marquée par la guerre des années 1990. Le conflit a-t-il été plus sévère ici ? Le pays a-t-il moins de moyens pour se reconstruire ? Souhaite-t-on ici ne pas effacer trop vite les traces pour ne pas oublier que tout peut repartir à tout instant ?
La « banque de verre »Le mémorial de Dinojik. Un ado voulait aller au terrain de jeu mais sa mère l’en a empêché pour cause de raid aérien. La bombe est tombée sur l’immeuble.L’ado et sa mère enceinte son morts. Le père a construit ce mémorial
2. De la couleur dans la ville
Mostar se rénove peu à peu, et certains quartiers ont été doté de superbes muraux pour sortir de la grisaille ambiante. C’est très réussi.
3. Le business du vieux pont
Centré sur le célèbre pont, symbole de la ville, ce quartier semble avoir été épargné par la guerre. Il a en fait été totalement reconstruit, jusqu’au pont lui-même que les habitants ne croyaient pas pouvoir récupérer. Les petites rues pavées de motifs géométriques, la vieille mosquée, les maisons classées, les plongeurs qui sautent du pont dans l’eau glacée, ont en apparence attiré tous les capitaux pour la réhabilitation, et forcément tous les touristes. Ce quartier que privilégient les vacanciers et tour-opérateurs, avec ses bars bruyants, ses restaurants très moyens et ses boutiques de souvenirs à gogo, c’est celui que j’ai le moins apprécié, pour cause d’envahissement et de perte d’authenticité. Mais bon, le business c’est le business.
La vue du pont
Je suis assez content d’avoir fait cette photo de la bière de Mostar devant le pont de Mostar
4. Descente de Lee
Afin d’éviter aux jeunes de la ville de sombrer dans les conflits de religion, une association locale s’est proposée de leur ériger la statue d’une célébrité qui leur conviendrait à tous, musulmans, catholiques, juifs ou orthodoxes. Le résultat du vote a été des plus étonnant : c’est l’acteur américain Bruce Lee, spécialiste du Kung Fu, qui a dominé tous les suffrages, et dont l’effigie en bronze grandeur nature a été placée en 2005 dans un parc de la ville. Forcément, ça n’a pas plu à tout le monde, il y a eu plusieurs tentatives de vandalisme, des déplacements de sécurité, une disparition mystérieuse finalement attribuée à une restauration volontaire par le sculpteur, avant un dernier positionnement dans un jardin public où la star des arts martiaux faisait le bonheur des promeneurs depuis 2013. Nous ne pouvions rater un tel symbole, mais sur place, impossible de trouver la silhouette familière. Nous avons juste fini par trouver le piédestal libre de tout occupant, si l’on excepte des gamins y faisant circuler des petites voitures. Renseignement pris, la statue avait de nouveau disparu 2 semaines seulement avant notre passage ! Les réseaux sociaux s’émeuvent, la police enquête, et l’on finit par retrouver notre pauvre Bruce Lee démembré, apparemment victime d’un ferrailleur désargenté. Pas sûr que la star s’en remette.
Suite au sondage auprès des jeunesc’est Bruce Lee qui les représente le mieux. Allons voir où il est…Malgré le plan, nous avons du malLe piédestal est bien là, mais où est Bruce Lee ?Renseignement pris, il a disparu depuis 2 semainesEt puis on l’a retrouvémais en piteux état !Alors je l’ai remplacé au pied levé, ou plutôt à la main levée…
5. Hommage en cascade
Il a été demandé à un célèbre architecte local de concevoir un mémorial aux partisans yougoslaves morts pendant la Seconde Guerre Mondiale. Le résultat est surprenant, reproduisant en béton une vaste cascade et un torrent, sur lesquelles sont parsemées des pierres tombales en forme de pièces de puzzle.
Un bien étrange monument que ce mémorial. Moi j’aurais dit un orgue géant.Un chemin de ronde,des symboles mystérieux,des pièces de puzzle éparpillées,Contre toute attente, c’est bien un mémorialL’ensemble représente une cascade sur le cours de la Neretvaavec ses méandres en aval. Il fallait oser !
6. And the winner is…
Le plus chouette à Mostar, c’est l’environnement. Traversée par la tumultueuse rivière Neretva, la ville est entourée de sommets, dont l’un d’eux nous hébergera pour la nuit. Près d’une petite zone touristique aménagée avec tyrolienne, bar panoramique et plateforme qui s’avance au-dessus du vide pour mieux apprécier le panorama et le slogan écrit en pierres visible de toute la ville. Il affiche aujourd’hui « BiH WE LOVE YOU ». Les 3 lettres signifiant Bosnia i Herzegovina ayant remplacé le « TITO » initial.
Bivouac au bord de la Buna, dont nous entendrons parler le lendemain
Le monastère des Derviches de Blagaj.
Les Derviches, une branche mythique de l’Islam, avaient sans doute besoin d’un challenge pour construire leur monastère. La falaise dans laquelle ils l’ont inclus en 1520 est surplombante et largue régulièrement des rochers sur l’édifice, reconstruit à de multiples reprises. La rivière au bord de laquelle ils l’ont placé, sortant d’une grotte, crée régulièrement des dégâts en débordant. Mais ces moines sont d’une grande tolérance et accueillent volontiers les visiteurs de toutes les confessions, moyennant une petite obole bien sûr. L’endroit est éminemment photogénique et d’un calme relaxant. Enfin nous y étions avant l’heure d’ouverture des restaurants, ceci explique peut-être cela.
La population de Blagaj, 2500 habitants, est à 98% musulmane. On trouve tout de même ces 2 églises dans la ville, accueillant respectivement les 10 habitants catholiques et les 5 habitants orthodoxes qui prient sans doute très fort pour ne pas disparaître…
Le confluent de la Buna et de la Neretva.
La première prend sa source sous le monastère de Blagaj et, paisible, se jette en petites cascades dans la seconde, tumultueuse, étonnamment canalisée dans la roche à cet endroit. Quand on sait que le débit moyen de ce fleuve est de 250 m3 par seconde, on imagine que le courant doit avoir une sacrée force !
Le confluent de la Neretva (au milieu) et de la Buna (à droite) en vue aérienne. Apercevez-vous Roberto ?
Zitomislici
Ce monastère sur notre route était prometteur : comme beaucoup de lieux de cultes orthodoxes, il était parait-il couvert de fresques de toute beauté. Malheureusement, un évènement officiel était prévu lors de notre passage, 2 voitures noires de vigiles sont venues se garer à côté de Roberto et nous ont demandé de partir. On aurait peut-être du faire le coup de la panne ou de l’anglais de collégien, mais ils n’avaient pas l’air de rigoler, alors nous avons obtempéré…
Pocitelj
C’est une ville toute en pierre et toute en pente, dont on apprécie mieux l’architecture en grimpant jusqu’à sa forteresse par des escaliers bien raides. On plaint les gens qui devaient monter les packs d’eau au XVème siècle.
Bivouac nocturne dans la nature, pas loin d’un cimetière. On vous a déjà dit qu’on aimait bien les cimetières ?
Stolac
On vient y voir en général les nombreux moulins qui se succèdent sur la rivière Bregava traversant la ville, et, en saison, on se baigne volontiers sous ses jolies cascades. Vu la grisaille et les températures fraîches, nous nous sommes contentés de la balade.
Les stecci de Bjelojevici
La Bosnie compte 22 sites inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO pour ses stecci, des tombes médiévales d’un genre particulier, gravées de motifs décoratifs encore peu expliqués aujourd’hui. On y trouve aussi bien des motifs géométriques que des soleils, des croissants de lune, des armes ou encore des scènes de chasse. Et plus rarement des inscriptions en cyrillique du genre « Je n’étais déjà pas grand-chose maintenant je ne suis plus rien » ou « Pas touche à mon caillou ». Un sens de l’humour à faire regretter cette époque. Les tombes de Bjelojevici étaient en accès libre, en plein milieu de la nature. Nous avons dormi dans le coin pour profiter de la tranquillité absolue.
Encore une nuit avec la nature rien que pour nous !
Le monastère de Tvrdos
Oui, nous aussi nous avons du mal avec la prononciation. Et encore je vous simplifie la vie, je ne mets pas les accents. Ce monastère serbe orthodoxe date du XVème siècle et il semble parfaitement entretenu. En tout cas l’intérieur est exquis. Les vignes et les oliviers dans les jardins tout autour laissent penser à une production locale des moines. Mais si les bouteilles de vin et d’huile d’olive présentées dans l’immense boutique portent toujours la marque du monastère, il est évident que le petit domaine ne peut pas assurer une telle production. On ne sait pas non plus si ce sont les moines qui ont aménagé le parking pour les bus des tours opérateurs ni rempli les rayons de la boutique de bondieuseries, mais apparemment les affaires marchent. Après tout tant mieux pour eux. Un truc intéressant, si j’ose dire, c’est la main momifiée d’Hélène d’Anjou dans un coin du monastère. Lorsque son père a accepté de donner sa main au roi serbe Stefan Uros Nemanjoc, il n’imaginait certainement pas une fin aussi macabre.
Dès l’entréeet à l’intérieur de l’église,ambiance orthodoxe assurée !Le monastère est entouré de vignes, que les moines exploitenton peut dégusteret surtout acheter dans la boutiquevins et bondieuseries mélangésOn a essayé de trouver des mugs avec le prénom Roberto, mais sans succès…A l’extérieur un joli cimetièreavec le must des tombes fleuriesA l’intérieur la main d’Hélène…
Trebinje la méridionale
Cette ville est la plus au sud de la Bosnie, peuplée principalement de Bosno-Serbes. Elle fait partie d’ailleurs de la République Serbe de Bosnie. C’est compliqué là-bas. Proche de l’Adriatique, elle en récupère le climat doux et ensoleillé avec 260 jours de soleil par an. Elle est toute proche d’ailleurs de Neum, la seule ville maritime du pays (la Bosnie ne compte que 21 km de côtes, enclavées entre 2 territoires croates). Nous avons trouvé Trebinje plutôt agréable avec son étonnant pont de pierre déplacé pour cause de construction de barrage à 7 km de la ville alors qu’il en était distant de 15 (mais alors pourquoi pas directement en ville ?), son opulente cathédrale orthodoxe et des célébrités peintes dans tous les coins de rues.
Encore une jolie ville au bord de l’eau (elles le sont presque toutes en Bosnie)L’église sobre à l’extérieurse métamorphose dès l’entréeon y trouve une profusion de personnages parmi lesquels Nikola TeslaLe pont de pierre rescapé de la noyade et de la folie urbaineL’eau qui passe sous le pont prend de belles couleurs avec ces plantes aquatiquesUn peu d’art de rue pour finir : beaucoup de portraits parsemés dans la ville
Ah au fait, Trebinje, qui se prononce « trébinié », tirerait son nom de Napoléon qui, lors de son passage aurait trouvé la ville « très bien ». On s’étonne tout de même d’un vocabulaire aussi pauvre de la part de l’empereur.
La Bosnie, c’est fini
Ce spot où nous passerons la nuit peu avant la frontière avec la Croatie était notre dernière étape en Bosnie-Herégovine. Nous aurons vraiment beaucoup apprécié ce pays qui nous a surpris à bien des égards et touché par son histoire fragile, le tout dans des décors grandioses et sauvages.
Nous quittons à regret l’essence vendue en km par litre,les burekset les tablettes de chocolat de la belle époque
Dubrovnik n’est qu’à 33 kilomètres de là. Nous allons la découvrir en famille. Avons-nous gardé le meilleur de la Croatie pour la fin ? A suivre au prochain épisode !
Le parcours correspondant à cet article, en version zoomable ici
Eh oui, notre périple Nord et Centro-Américain se termine. Nous avions certes décidé initialement de franchir le Darien Gap par voie maritime, la seule possible pour un véhicule, pour poursuivre notre périple en Amérique du Sud. Et puis plusieurs éléments nous ont fait changer d’avis. En premier, les caprices de l’électronique et des systèmes antipollution de Roberto, qui risquent de s’accentuer avec les hautes altitudes de la cordillère des Andes et la piètre qualité du diesel dans certains pays. En second vient le facteur temps, dans plusieurs sens du terme : comme nous avons un peu traîné, nous risquons d’être à la fois en plein dans la saison des pluies en Colombie ou au Pérou et un peu justes pour arriver vers Ushuaia entre décembre et février, la période la plus propice. En dernier vient, avouons-le, le côté un peu répétitif de la culture latino-américaine, qui fait que les changements ne sont pas énormes d’un pays à l’autre même si tous gardent leur particularité. Et quand on dit culture, cela inclut l’alimentation. Nous sommes lassés de ne trouver dans la majorité des restaurants que des viandes frites accompagnées de riz et de haricots rouges.
Après plus de 50 000 km parcourus sur ce demi-continent, nous allons repasser par l’Europe. Pas « rentrer » comme certains nous disent, car se sera juste dans la continuité de notre tour du monde. Un « petit » périple en Europe du Sud avant de repartir loin, peut-être vers l’Australie et la Nouvelle Zélande. L’Amérique du Sud, ce sera pour plus tard. Et financièrement, ce n’est pas aussi pénalisant qu’il n’y parait, le shipping entre le Panama est très cher, presque le double que pour aller en Europe alors que le trajet est douze fois plus court. Mais pour l’instant, profitons du Panama, il nous reste une quinzaine de jours avant de quitter le pays.
El Valle de Antón
C’est dans ce cratère volcanique, le deuxième plus grand au monde après celui de Yellowstone, situé à 600 m d’altitude, que viennent se reposer les « capitaleños », nom donné aux habitants de la capitale située à seulement 2 heures de route. Ils viennent y chercher un peu de fraîcheur (tout est relatif) et y pratiquer des activités en extérieur. Nous avons donc suivi leur exemple, nous nous sommes mis au vert quelques jours avant de gagner Panama City.
El Valle de Antón. Tiens, ça m’en rappelle une autre, réservée aux cinéphiles avertis :M. et Mme Mavallée ont 2 filles… Comment se prénomment-elles ? (réponse en légende des photos suivantes)
◊ Le centre-ville
C’est une longue rue principale bordée de boutiques, de restaurants, de petits hôtels, de supérettes, d’un marché permanent et même de voitures-boutiques sur le capot desquelles on vend directement la marchandise. Tout y est à échelle humaine, les bâtiments ne dépassent pas un étage et sont relativement dispersés, laissant une part honnête à la nature. Des routes secondaires s’en éloignent, desservant les habitations plus ou moins riches puis les sentiers de randonnées. La ville recense plusieurs centaines de retraités de nationalités multiples, attirés là par le climat printanier permanent.
Boutiques, marché et hotels bien décorés au bord de la rue principale Réponse à la question plus haut : Colette et Berthe (si vous ne l’avez pas, cherchez un film de John Ford de 1941)Vente directe sur le capot ou le toit de la voiture (groseilles du Cap). Et pour les fauchés, il y a de généreux donateurs de mangues. C’est mieux que de les laisser pourrir sur le bas-côté de la route !Sur les allées latérales, des demeures de toutes sortes, simples aux couleurs locales ou plus huppées, mais toujours dans un environnement plus que verdoyantLes « voisins vigilants », ça marche ici aussi. Gare au lion qui veille !Tout autour d’El Valle, des randonnées et attractions pour tous les goûts
◊ Le sanctuaire des grenouilles dorées
Cette petite grenouille de 3 à 5 cm de long ne vit qu’ici, à El Valle, où l’on sauvegarde les derniers représentants de l’espèce menacée d’extinction (elle a été filmée pour la dernière fois à l’état sauvage en 2007). Elle est principalement victime, comme d’autres batraciens, d’un champignon mortel pour cette espèce, mais aussi d’un autre parasite appelé « Homme » qui détruit et pollue son habitat. Pour la petite histoire, le centre qui les recueille est situé juste à côté d’un hôtel. Les travaux ayant pris du retard, deux chambres de l’hôtel (Campestre) ont été réquisitionnées pour héberger 300 grenouilles, avec service d’étage à la clef, jusqu’à la mise en route définitive du centre. Le gouvernement panaméen a décidé d’en faire un symbole national, en votant que le 14 août serait la journée nationale de la grenouille dorée. Sera-ce suffisant pour sauver l’espèce ?
La grenouille dorée panaméenne, hôte VIP de l’Hôtel Campestre
Le centre ne se visite pas, à l’exception d’un petit bureau d’accueil qui possède quelques vivariums, présentés par des naturalistes qui n’hésitent pas à mettre la main euh à la patte pour nous montrer quelques spécimens intéressants. Comme par exemple cette grenouille transparente dont on voyait battre le cœur dans la poitrine.
◊ Les arbres carrés
Ces arbres sont aussi une espèce endémique d’El Valle, on ne les voit nulle part ailleurs dans le monde. Et d’ailleurs ceux qui ont tenté de les faire pousser ailleurs n’ont pu que constater un tronc circulaire. L’arbre appelé Quararibea asterolepis semble pourtant assez commun du Brésil au Costa Rica, mais il ne pousse carré qu’ici. Un vrai mystère ! Pour les découvrir, il faut emprunter un petit chemin près de l’Hôtel Campestre, celui qui a hébergé les grenouilles dorées, et marcher une petite demi-heure dans une forêt, en traversant de petites passerelles au-dessus d’un torrent. Après, difficile de les rater, ils sont munis soit d’un ruban, soit d’une pancarte. Carrément.
C’est parti pour une randonnée à la rencontre des arbres carrés, avec notre guide improvisé. « Il aime se balader avec les gens » nous a dit le gardien à l’accueil ! Sentier agréable dans la forêt le long d’un torrent, avec quelques passerelles pas trop rouillées.
De jolis bancs bleu délavé permettent de se reposer. Le chien préfère la méthode Rika Zarai pour se rafraîchir ! Nous arrivons dans une clairière avec des arbres à la base plutôt triangulaire…
Et puis les voilà enfin ! Clairement identifiés au cas où l’on aurait des doutes
Petite pause bien méritée au retour sous l’oeil vigilant de notre ange-gardien
◊ La Piedra Pintada
C’est un gros caillou accessible avec un bracelet rose qui témoigne que vous avez bien acquitté le droit d’entrée. 3 dollars qui vous donnent droit à acheter des souvenirs aux stands du couloir d’entrée, à déraper sur la boue qui traîne sur le chemin, à barboter sous l’une des cascades qui le jalonnent, à vous faire éclabousser par les autres et enfin à décrypter les pétroglyphes qui ornent l’une de ses faces, régulièrement soulignés de craie par les locaux, faute de quoi ils seraient moins apparents et risqueraient de déclencher un réflexe de demande de remboursement. On n’est apparemment sûr de rien pour ces dessins gravés. Ni de leur ancienneté (sauf pour l’inscription « Bob was here 2004 » qui n’a pas besoin d’être datée au carbone 14*) ni de leur signification. Certains parlent d’une représentation cartographique régionale du conflit entre les autochtones et les espagnols, mais s’il ne fait aucun doute que le conflit a bien eu lieu, comme partout ailleurs en Amérique, rien ne prouve qu’il ne s’agit pas du dessin d’un gamin du coin ayant représenté la tête de sa petite sœur atteinte de la variole.
La Piedra Pintada, c’est ce gros caillou. Elle devrait plutôt se qualifier de « grabada » (gravée) mais les locaux regarnissent régulièrement les inscriptions à la craie pour les rendre plus visiblesPas sûr que toutes les inscriptions soient amérindiennes. En tout cas les cascades sont là depuis longtemps.
◊ La India Dormida
Ayant eu pendant 25 ans, lorsque nous habitions à St Gervais, l’Indien Endormi de la chaîne des Aravis sous nos yeux, nous n’avons pas été plus surpris que ça de trouver une compatriote allongée sur le bord du cratère d’El Valle. Une amérindienne fille de chef tombée amoureuse d’un conquistador. Le prétendant n’a pas supporté et s’est donné la mort. L’indienne bannie par son peuple est allée se réfugier dans la montagne, s’y est allongée pour toujours, imposant sa silhouette en permanence aux habitants du village et offrant son corps à parcourir à tous les randonneurs de passage. Une belle revanche finalement. Et un joli spectacle panoramique au sommet pour ceux qui se donnent la peine de réaliser l’ascension. De plus, ça ravira mon fils, passionné d’histoire de la guerre, de savoir que je suis monté au front.
La voyez vous cette belle indienne endormie avec sa chevelure verte ondulante ? L’ascension se fait par le bras gauche (il parait qu’elle n’a pas de bras droit, mais chut !)Une croix marque le sommet de l’épaule. Déjà le paysage est grandioseGrimper sur le cou est la phase la plus raide. Pas de marche (ni de collier) pour s’accrocher. Ensuite, arrivée au menton, légèrement poilu.Le front est un peu plus dégarni mais offre une vue plongeante et panoramique de toute beautéLes rencontres sont rares sur ce chemin pourtant réputé populaire. Ce ne doit pas être la saison.
◊ Une histoire à dormir de boue
Quoi de mieux après une longue randonnée en pleine chaleur qu’un bon bain chaud ? Et comme nous sommes ici dans le cratère d’un volcan, devinez quoi, on trouve quelques sources thermales. Les Pozos Termales d’El Valle sont à courte distance du centre-ville. Les installations sont rudimentaires, quelques bassins de taille modeste emplis d’une eau couleur ocre de 34 à 38°C et richement minéralisée. Mais avant de s’y plonger, il est recommandé d’appliquer sur le visage, ou plus si affinité, un petit pot de boue que l’on vous remet à l’entrée, et de le laisser sécher avant de tout rincer et de profiter enfin du reposant Graal aquatique.
Dans le cratère d’un volcan, les sources thermales ne sont jamais très loinUne eau davantage salée que soufrée. La boue fait un peu vase et moi un peu Sadhu.Heureusement, il y a de quoi se rincer avant de profiter de l’eau à 38°C
Panama City
Nous avons troqué les vertes montagnes de notre cratère contre les tours bétonnées de la capitale. Un passage utile, pour ne pas dire nécessaire, à notre prochain shipping (je reviendrai plus tard sur ces formalités) auquel nous joindrons j’espère l’agréable, la mégapole possédant tout de même quelques attraits touristiques.
◊ Panama Viejo
Afin de commencer par le commencement, nous visitons d’abord Panama Viejo, les ruines de la ville initiale, construite dès 1519, la toute première bâtie par les Espagnols sur la côte Pacifique de l’Amérique. Entre les conflits avec les autochtones, qui ont défendu bec et ongles leur territoire et leur culture avec la fin malheureuse que l’on connaît, les nombreuses attaques de pirates qui savaient bien que l’or du Pérou transitait par cette ville pour aller en Espagne, les incendies et les tremblements de terre, le site fut jugé insécure et la capitale fut transférée à 8 km de là, renaissant dans le quartier appelé actuellement Casco Viejo en 1671.
Maquette de Panama Viejo telle qu’elle était au XVIIème siècle
Panama Viejo est désormais, malgré ses 500 ans à peine dépassés, un site archéologique classé. Il reste peu de choses de la ville initiale, les habitants s’étant largement servi dans ses murs pour reconstruire la nouvelle ville, mais les travaux de réhabilitation et les panneaux explicatifs permettent d’imaginer la ville telle qu’elle était avant son brutal déclin. La tour de la cathédrale, réaménagée en observatoire, permet d’apprécier le site vu de haut avec la skyline de la City en toile de fond, et de mesurer du coup le contraste saisissant de l’évolution de la technologie et de la civilisation en quelques siècles seulement. Un musée permet de compléter ses connaissances dans une fraîcheur bienvenue (40°C ressentis à l’extérieur).
Les ruines de la vieille ville en contraste avec les tours modernesDe vieux murs habités…La cathédrale, dont le clocher en cours de restauration permet d’aller observer le site de hautJoli panorama en effet. Un dessin au-dessous permet d’imaginer la ville du même point de vue autrefoisHommage au fondateur de la ville, Pedro Arias de Avila, qui en a dessiné les plans, dont ce réservoir d’eau souterrainLa nature est un peu préservée en plein coeur de la ville. Nous avons bien aimé cette visite !Le parking du site archéologique n’est pas prévu pour y passer la nuit. Mais nous avons tout de même tenté notre chance auprès de l’agent de sécurité. Après un refus initial et des échanges sympathiques sur notre parcours, Carlos a finalement accepté. Après, il est venu rediscuter à plusieurs reprises et est même venu nous demander le lendemain matin si nous avions bien dormi ! Ce qui était le cas avec le site pour nous seuls, une petite brise de mer rafraîchissante et une jolie vue sur la skyline de Panama City en prime
Organisation du shipping
Ah le bon temps des traversées en ferry des fjords de Norvège, où l’on montait directement sur le pont du bateau nous attendant au bout de la route et où l’on débarquait de l’autre côté sans avoir montré le moindre papier ni sorti le moindre argent (la plaque minéralogique était scannée et le montant débité de notre carte bancaire quelques semaines plus tard).
Traversée en ferry du Bjørnafjorden (Norvège) en route vers Bergen en septembre 2021
Ici Roberto va quitter un pays pour un autre, un continent pour un autre pour un parcours de plusieurs semaines, une tout autre logistique.
◊ Choix du mode de transport
La première étape a été de choisir le mode de transport parmi 3 possibles : le container, le flat rack et le RO-RO. La première était à la fois la moins chère et la plus sécuritaire, à condition de trouver un partenaire pour partager le container, la recherche ayant été faite par les réseaux sociaux et un prestataire panaméen. La seconde nécessitant également un partage, était la solution la plus sécuritaire pour un véhicule ne tenant pas dans un container même réhaussé (2,58m de hauteur maximum). Faute d’avoir trouvé à temps quelqu’un pour partager avec nous, nous avons dû nous rabattre sur la 3ème solution, le Roll on – Roll off, alias RO-RO. Au lieu d’expédier le véhicule verrouillé, on confie ici les clés au transporteur pour qu’il puisse le conduire lui-même dans et hors du navire. Et quand tout est ouvert, les véhicules sont malheureusement souvent fouillés et dépouillés, ce qui nous est arrivé à l’aller. Nous avons choisi cette fois de ne rien barricader et de transporter avec nous dans l’avion le plus de biens possibles.
Choisir entre container, flat rack et RO-RO… quand c’est possible !C’est finalement sur un navire de ce type, de la compagnie Wallenius Wilhelmsen, que Roberto va voyager
◊ Choix du transitaire
Une fois le transport déterminé, nous avons fait faire des devis, assez facilement puisque tout se fait en ligne. Entre IVSS, Seabridge et Overland Embassy, c’est la première compagnie qui s’est révélée la plus intéressante. Après, ce sont des échanges de courriels et de documents, la procédure est plutôt bien organisée. On met à notre disposition, moyennant rémunération, un agent portuaire qui nous guidera dans toutes les étapes sur place.
Côté paperasse, le plus pénible au Panama est l’établissement de notre équivalent de certificat de non-gage. Mais alors que chez nous l’opération se fait simplement en ligne, il faut commencer là-bas par faire vérifier l’identité de son véhicule, 2 à 3 jours ouvrables avant la date de dépôt au port.
Et il faut y être de bonne heure, entre 6 h et 7h30 du matin, car ils ne vérifient que les véhicules arrivés dans cette tranche horaire-là et pas plus de 25 par jour ! Afin d’assurer nos arrières, nous sommes arrivés à 5h45, il faisait encore nuit, sur un terrain vague devant un bâtiment à moitié délabré. 30mn plus tard, une porte s’est ouverte et j’ai pu m’inscrire sur la liste d’attente, avec le n°1. L’inspection proprement dite n’a démarré que vers 7h30 (des fois c’est plus tard). Deux agents ont sorti un bureau du bâtiment et l’ont amené sur le terrain vague. Puis les candidats du jour se sont présentés un par un pour faire valider leurs papiers. Seulement une fois que tout le monde a été enregistré, les inspections ont commencé, presque dans l’ordre des numéros (nous sommes passés en 3ème…). Vérification rapide du numéro d’identification du véhicule et de la plaque. Moins de 5mn. Après quoi nous sommes invités à revenir le lendemain 10h pour obtenir le document final. De nouveau quelques papiers à remplir et à photocopier, presque 1 heure d’attente et nous voilà en possession de notre sésame. Il paraîtrait qu’en donnant un gros billet au port on pourrait s’en passer mais chut !
Grâce aux instructions précises d’IVSS, nous arrivons de bonne heure au bureau de la Direction des Inspections Judiciaires et nous attendons l’installation du bureau. Plus d’une heure après, l’inspection est faite, mais il nous faudra revenir le lendemain pour obtenir le fameux sésame.Tout ça pour ça ! Et le papier n’est valable que 8 jours. Si le bateau prend du retard, il faudra tout recommencer !
◊ Préparation de Roberto
Nous allons nous poser dans un petit hôtel sympathique entouré de verdure pour préparer Roberto au shipping. Nous prenons une chambre, ce qui va nous permettre à la fois de dormir au frais et d’avoir les coudées franches pour vider nos placards. Nous avons acheté une valise dans un centre commercial voisin pour emporter le maximum de ce qui nous tient à cœur ou qui est difficilement remplaçable. Pour le reste, la compagnie exige que le véhicule ait l’air « vide ». Donc nous enfermons tout ce qui reste dans les placards. Les réservoirs d’eau doivent être au minimum, et nous ne devons laisser qu’un quart de diesel, ce qui est très frustrant compte-tenu du prix du litre à 80 centimes d’euro !
L’Hôtel Amador Familiar à Panama City ; 33$ la chambre, ça vaLe tableau réservé aux visiteurs dans la salle à manger. Mais où est Charlie ?
◊ Abandon des plantes vertes
Difficile de se rappeler où nous avons acheté ce mignon petit cactus dans un pot de céramique à la forme d’un combi VW, symbole parfait du voyageur nomade. Je dirais entre 6 et 12 mois. Nous l’avons choyé, arrosé avec parcimonie, préservé des chaleurs extrêmes et exposé au mieux, notamment en lui trouvant un petit restant de lumière les moments où nous avons abandonné Roberto sur des longues durées. Nous lui avons trouvé une résistance exceptionnelle, nous nous sommes félicités de notre inhabituelle main verte. Et quand il a fallu préparer Roberto pour la grande traversée, nous nous sommes résolus à lui faire nos adieux, tout importation transatlantique de plantes étant prohibée. Nous avons décidé de le remettre en pleine terre, de lui rendre sa liberté en quelque sorte, dans le jardin du petit hôtel où nous avons séjourné pour les préparatifs. Je dépote, donc et découvre sous une mince couche à l’apparence de la terre un morceau de polystyrène expansé. Géniale solution pour éviter les surplus d’eau pensais-je avant de découvrir une tige verte bien cylindrique se terminant par un bord net. Aurais-je arraché malencontreusement les racines ? Le petit être va-t-il réussir à reprendre après ça ? Et puis j’y regarde de plus près, puis, après un doute, d’encore plus près, avant de réaliser que notre cactus si résistant est …en plastique. Une prouesse d’imitation car j’ai quand même caressé le fin duvet des feuilles plus d’une fois pour vérifier sa santé, mais tout de même, une vraie déception !
◊ Dernier repas entre amis
Nous allons maintenant longer le canal du Sud au Nord pour rejoindre Manzanillo, le port de la ville de Colón où nous devons déposer Roberto. Dommage de devoir aller là alors que notre navire faisait escale à Panama City, mais pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? Avant de rejoindre l’endroit où nous allons passer la nuit, nous devons encore trouver un laveur d’autos pour Roberto, qui doit être exempt de salissures et de boues comme il est précisé dans les consignes. Pas facile un dimanche soir, mais rien d’impossible ici. Notre premier choix sur Google Maps, pourtant marqué « ouvert en ce moment » semble abandonné depuis des lustres. Le second n’est pas à l’endroit indiqué, nous le trouvons grâce à un passant que nous prendrons à bord de Roberto pour nous y conduire, sur sa proposition !
Grand lavage pour Roberto. La poutrelle du toit était bien basse, c’est passé à 2 cm du lanterneau !
Nous retrouvons sur un joli spot près de l’écluse de Gatún, la plus proche de l’Atlantique, une famille française que nous avions rencontrée pour la première fois au Nicaragua. Hasard du calendrier, ils rapatrient leur véhicule en Europe sur le même bateau que nous. Joie des retrouvailles, échanges sur nos parcours respectifs et plus largement sur nos aspirations communes, partage des restes alimentaires puisqu’il ne faut rien laisser de tel dans les véhicules. Bref un repas et une soirée en commun bien sympathiques, dans un cadre idyllique au bord de l’eau (on oubliera vite la musique forte du gros camion venu récupérer un bateau sur le bras de mer, ça n’a duré qu’un temps). Et nous ferons une partie de nos formalités ensemble le lendemain avant de nous séparer pour quelques semaines. Eux partent « tromper le temps » de la traversée en allant visiter la Namibie, super projet, tandis que nous choisissons de rester un peu plus longtemps sur le Panama avant de rejoindre la Belgique. Nous devrions nous retrouver à Zeebrugge mi-juillet.
Merci à Julie (de l’autre côté de l’objectif) pour cette belle photo-souvenir avec Victoria, Wil et Zach. Si vous voulez suivre leur voyage, ils sont @notre_roadtrip sur InstagramNotre joli spot au bord d’un bras de mer près de Gatún, avec de belles couleurs au lever du soleil
◊ Roberto au dépôt
Nous retrouvons au port notre agent facilitateur qui fera toutes les démarches à notre place, ce qui est bien pratique quand on ne connait pas les lieux ni ne maîtrisons la langue. Après 2 heures de formalités, dont inspection douanière, chien sniffeur de drogue, annulation du permis d’importation temporaire et mention ad hoc sur nos passeports (car il y était écrit que nous n’avions pas le droit de quitter le pays sans notre véhicule), tout est réglé. Nous abandonnons Roberto et repartons à la capitale. Nous le reverrons dans un mois en Belgique. Il va voyager avec le Titus, que nous allons suivre à la trace sur le site marinetraffic.com, et qui est localisé au moment de la rédaction de cet article au large des côtes du Nicaragua.
Roberto à la douane de Manzanillo, avec son copain Las Vegas. Nous les reverrons dans 1 mois
Notre voyage va désormais se poursuivre quelque semaines sans Roberto. Mais pas question de nous laisser aller ! Nous allons rester un peu sur Panama City et, tout en visitant la ville, réfléchir à notre parcours jusqu’à Zeebrugge. Vous saurez ça bientôt. Merci de nous lire !
Parcours Panama d’El Valle à Manzanillo via Panama City. En version zoomable ici
Transition entre la région des Plaines et celle des Montagnes Rocheuses, la province de l’Alberta a de quoi attirer les voyageurs avec ses multiples parcs naturels et les paysages à couper le souffle. Son économie principale repose toutefois sur l’agriculture, l’élevage et surtout la production de pétrole. Elle n’est rien moins que la seconde réserve mondiale de pétrole brut, derrière l’Arabie Saoudite. Corollaire pour nous, le diesel à la pompe est l’un des moins chers du pays, en moyenne 1,40 €. De quoi compenser les longues distances à parcourir. Soucieuse de son image, la province a choisi comme emblème sur ses plaques d’immatriculation non pas un puits de pétrole mais une rose sauvage.
Plaque AlbertaUn panneau très explicite !
L’indien (Walsh)
Le premier village que nous traversons en Alberta s’appelle Walsh. Apparemment, il n’y a rien à voir. Du moins lorsque l’on reste sur le plancher des vaches (ou le bitume des autoroutes dans une version plus moderne). Mais des gens dont c’est la passion de scruter les photos aériennes diffusées par Google Earth ont repéré la tête d’un indien, fort appropriée dans ce pays où les premières nations se battent pour préserver ce qui leur reste de leurs territoires. Tentez l’expérience vous-même en tapant les coordonnées géographiques 50.010611,-110.113422 sur le site ou l’application. Ou regardez simplement la copie d’écran ci-dessous.
Copie d’écran Google Earth
Camping 4 (Medicine Hat)
Roberto au camping
Nous trouvons un coin sympa et plantons la nouvelle tente que nous venons d’acheter chez un marchand indien. Claudie m’aide à planter les piquets – remarquez leur alignement parfait ! – puis, pendant que je décore de quelques assiettes, ma chérie coud nos torchons et serviettes – oui, je sais, il ne faut pas mélanger mais nous n’avions pas trop le choix – pour réaliser la toile.
Sous le tepee
Bon, vous l’aurez compris, il s’agit d’une blague. Ayons un peu de respect pour le peuple Saami, en l’honneur duquel ce tepee géant a été construit pour les jeux olympiques d’hiver de Calgary en 1988, avant d’être déplacé ici. Peut-être qu’avec ses 65,5 de hauteur il faisait de l’ombre à la tour emblème de la ville ? (voir plus loin)
Défaut de piquant (Lethbridge)
Nous avons fait un détour pour nous rendre dans cette ancienne cité minière charbonnière, non pas pour les vestiges de cette activité, mais pour tenter d’apercevoir des porcs-épics accrochés aux arbres bordant le rivage de la rivière qui traverse la ville. Ce ne devait pas être la saison car aucun n’a montré le bout de ses épines. Nous nous sommes contentés d’admirer le grand viaduc ferroviaire en acier, unique en son genre dans le monde parait-il, et de nous rafraîchir dans la rivière peu profonde. Nous n’étions d’ailleurs pas les seuls en ce jour de canicule, l’activité la plus populaire étant de descendre le cours d’eau sur des bouées de toutes tailles et de toutes formes, du pneu de poids lourd à la licorne géante.
LethbridgeUn train de plus d’une centaine de wagons circule sur le viaducCauserie les pieds dans l’eauClaudie se rafraichit
Bisons pas futés (Fort Macleod)
Illustration du piège à bisons
Entre voir ça dans des vieux westerns et être physiquement sur les lieux, cela fait toujours une belle différence. Nous sommes sur le site où il y a 4 800 ans les indiens Black Foot s’organisaient des festins de bisons en les précipitant en masse du haut d’une falaise. En fait c’était leur seul moyen de subsistance. Et la quantité de bisons tués ainsi d’un seul coup, plusieurs centaines parfois, servaient en totalité à nourrir un hiver entier ces populations autochtones.
Les falaises du haut desquellesle troupeau paniqué se jetait
L’exposition très bien faite nous montre comment les différentes tribus devaient mettre tous leurs moyens en commun pour réussir cette chasse spectaculaire qui nécessitait une coordination et des préparatifs minutieux. A l’aide de cairns, que les bisons évitaient les prenants pour des rochers peu franchissables, des couloirs étaient créés sur les hauts plateaux, menant à un point de chute précis. Certains chasseurs déguisés en bisonneaux attiraient les mères qui pensaient à un animal perdu. D’autres grimés en loups, créaient un état de tension permanent dans le troupeau, afin de déclencher le moment venu la panique finale.
Finalement, ces bisons ont couru à leur perte en se comportant comme des moutons.
Mise en scène dans le muséePlaque à l’entrée du site
Frank Slide Story (Frank)
Le nom de cette histoire rappelle un peu une comédie musicale connue. Mais la musique ici, dans la nuit du 29 avril 1903, ce fut plutôt un énorme roulement de tambour lorsqu’un pan entier de la Turtle Mountain s’effondra en 90 secondes sur la petite ville de Frank qui venait de s’installer imprudemment juste au-dessous. Bravant ainsi l’avertissement des sages indiens qui se gardaient bien, eux, de planter leurs tepees sous la « montagne qui bouge ». Mais l’attrait du travail dans la mine de charbon qui venait d’ouvrir était le plus fort. Et le propriétaire récent de la mine, M. Frank, assurait l’absence de tout danger. On connait la chanson. Elle s’appelle Frank Slide Story. 96 morts et un village rayé de la carte.
La Turtle Mountain et son éboulement gigantesqueentraînant victimes et dégâts importants
119 ans plus tard, nous découvrons la tragédie et les lieux. L’énorme plaie dans la montagne et l’immense coulée de pierres qui couvre les deux versants de la vallée semblent dater d’hier. Plusieurs dizaines de corps restent d’ailleurs ensevelis dans l’éboulis. On surveille désormais la Turtle Mountain comme un volcan, car ses roches très friables menacent de se libérer à nouveau, mais pour l’instant les scientifiques assurent que tout est calme. Comme M. Frank.
Parcours de la coulée par rapport au villageA l’époque, M. Frank était rassurantAujourd’hui les roches friables du sommet restent une menace
Un petit reportage est disponible ici :
Pour finir, nous avons passé la nuit près du site, en choisissant par prudence un emplacement sur le versant opposé et très haut situé. Un joli coin de forêt au milieu d’un troupeau de vaches. Vive la vanlife !
Roberto en forêtCompagnons de réveil
Dîner en ville (Calgary)
La plus grande ville de la province, qui semble avoir totalement oublié son passé olympique, est réputée cosmopolite, et c’est tout à fait en accord avec cet adjectif que nous avons abordé la ville avec une belle rencontre de voyageurs suisses, italiens et franco-canadiens, tous en fourgon aménagé. 3 Fiat Ducato et 1 Mercedes Sprinter que nous avons alignés sur le parking. Une riche et chaleureuse soirée d’échanges en a suivi. Pour certains, c’était une sorte de concrétisation de nos suivis respectifs sur les réseaux sociaux. Merci encore à Blanche et Marielle (@bm.aroundtheworld), Pierre et Pauline (@ras.supernova) et Alex et Serena (@chingonvanlife). J’ai mis les comptes Instagram pour ceux qui s’intéresseraient à leurs parcours de baroudeurs.
Meeting de voyageurs au long cours
Nous avons parcouru en une journée cette ville moderne, dotée de gratte-ciels impressionnants et joliment dessinés, de passages piétons couverts au-dessus des rues, sans doute bien pratiques en hiver, d’intéressantes œuvres d’art urbaines, d’une tour caractéristique et d’un quartier chinois bien établi.
La skyline de CalgarySa tour emblèmeSon art urbainSes rues piétonnes avec passerellesSes personnages au coin des ruesSes boutiques de cowboysSon quartier chinois
La petite boucle (Canmore)
La ville ça va un temps, nous nous en éloignons rapidement car les montagnes rocheuses toutes proches nous attirent. Nous avons commencé notre mise au vert par un parcours à vélo de 50 km aller-retour en fond de vallée. Très bien pour la mise en jambes, mais pas terrible pour le décor car, malgré les jolis sommets environnants, il longe en permanence l’autoroute. Les cinquante kilomètres aller-retour feraient bien sourire celles et ceux qui ont parcouru la grande boucle au début de l’été, mais ils étaient bien suffisants pour nous. Enfin surtout pour moi car, malgré l’absence d’entraînement depuis des années, j’avais choisi un peu hâtivement un vélo classique. Claudie, plus prudente ou moins téméraire avait renoué avec l’assistance électrique que nous avions testée avec bonheur l’hiver dernier à l’Île d’Yeu.
Sur la petite boucle
Les Rocheuses, enfin (Lake Louise)
Après avoir traversé des plaines interminables, nous sommes heureux de voir apparaître les reliefs des Montagnes Rocheuses. Et quels reliefs ! Des sommets aux contours acérés, dépassant couramment les 3000 mètres d’altitude, entrecoupés de glaciers et bien sûr des vallées et des lacs qui vont avec. La route que nous allons traverser, l’une des plus panoramiques de la planète d’après les canadiens – ça vaut ce que ça vaut – s’appelle d’ailleurs la Promenade des Glaciers. Le corollaire de cette nature d’une grande beauté, c’est que nous y avons retrouvé tous les touristes que nous pensions absents. La totalité du Canada semble avoir décidé de passer ses vacances ici ! Et le corollaire des hauts sommets, c’est que ça attire les nuages, et de fait le ciel s’est bien couvert depuis que nous sommes dans le coin.
Le Lac Louise et sa couleur menthe glaciale
Notre première étape sur l’Icefields Parkway (c’est la même route que ci-dessus mais les anglophones préfèrent l’appeler comme ça) est le Lac Louise. Randonner autour nécessite de se lever tôt, car le parking d’accès est souvent complet dès 7h30, et c’est encore pire pour le Lac Moraine son voisin dont le parking est clos vers 4h du matin ! Pour les non matinaux, une navette existe, mais il faut la réserver et elle était aussi complète dans notre cas. Pour les non matinaux riches, un service de limousine peut aussi vous emmener au parking. Comme Roberto voulait voir le Lac, nous avons fait un effort et sommes arrivés là-haut vers 6h30. Précaution qui s’est avérée inutile, le mauvais temps annoncé ayant dissuadé pas mal de randonneurs.
Nous avons fini notre nuit sur le parking et pris tranquillement un bon petit-déjeuner avant de nous lancer sur les sentiers à la découverte de ce magnifique lac couleur menthe glaciale. Les photos vous le décriront mieux que moi. Le paysage et le temps pas si désagréable que ça nous ont poussé à parcourir 14 km. Mais on n’est pas obligé d’en faire autant.
Rives fleuriesNavigation tranquilleIl faut grimper un sentier pour modifier le point de vueLa boue blanche du torrent va donner sa couleur au lacPlus haut le Lac MiroirEt plus loin le Lac AgnesApercu de la floreApercu de la faune (écureuil à manteau doré et écureuil colombien)Du bout du lac, vue sur le mythique Fairmont Chateau Lake LouisePour les fanas des 5 * suivez ce lien
Sur la promenade des glaciers (de Lake Louise à Jasper)
Nous nous lançons enfin sur cette route panoramique prometteuse et, malgré un temps toujours un peu mitigé, on peut dire que nous ne serons pas déçus. Du grand spectacle pendant 232 km dans cette longue vallée glaciaire bordée de hauts sommets souvent garnis de glaciers. Des arrêts sont proposés régulièrement, soit pour simplement profiter d’un point de vue, soit pour parcourir une randonnée plus ou moins longue aboutissant sur un point d’intérêt. Parmi les meilleurs, citons :
le Lac Herbert, de couleur émeraude, bordé de sapins et reflétant parfaitement les montagnes ;
le Lac Bow, qui mérite bien son nom ;
le Lac Peyto, avec sa forme en tête de loup, sa couleur bleu turquoise et ses points de vue idéaux pour les selfies
le canyon de la rivière Mistayaque où la rivière qui sort du lac Peyto s’engouffre avec furie avant de cheminer calmement, blanche et sinueuse, le long de la vallée
le ruisseau Coleman, censé être un repaire à chèvres blanches des montagnes mais que nous avons raté car il n’était pas indiqué
la Muraille en Pleurs, une forteresse de roche ou suintent (pas trop fort le jour de notre passage) de multiples ruisseaux
le Glacier Athabasca, autrefois accessible dès le bord de la route mais qui se trouve maintenant très haut, reculant de 5 mètres par an, malgré tout encore accessible jusqu’à permettre de marcher dessus
et pour terminer cette première journée bien remplie, le petit camping de Jonas, où l’on s’installe et s’inscrit tout seul.
Roberto sur la promenade des glaciersLes lacs Herbert et BowLac PeytoIdéal pour les selfiesLe canyon de la riviere MistayaIl a fallu des siècles pour le creuserLe calme après la tempêteLa muraille qui pleureet le glacier AthabascaEncore accessible à la marchey compris sans crampons…
Choc thermique (Jasper et Miette)
La nuit dans le petit camping a été plutôt fraîche, et nous avons anticipé en mettant le chauffage dès le soir sachant que les températures nocturnes descendraient jusqu’à 1°C. Nous avons eu un peu pitié des quelques personnes qui dormaient ce soir-là sous la tente, les espérant néanmoins bien équipées. Grand ciel bleu le matin pour terminer la promenade des glaciers, ça embellissait encore les sommets. Quelques arrêts encore pour admirer d’impressionnants canyons et de tumultueuses cascades, et nous voilà arrivés à Jasper, le point ultime de cette belle route. Nous ne nous arrêtons pas pour autant, notre point de chute du jour étant prévu encore une soixantaine de kilomètres au nord-est de la ville. Il s’agit d’une sorte de village thermal où, entourés de quelques groupes de bungalows, quelques bassins emplis d’eau à 40°C accueillent les touristes du jour venus faire trempette. La source jaillit en fait à 55°C un kilomètre en amont, et nous sommes bien sûr, en thermalistes avertis, allés lui rendre visite, humer sa bonne odeur soufrée et même la goûter. Le chemin passe devant les anciens thermes bâtis en 1938, fermés pour cause de vétusté en 1984. Ici, contrairement à l’Europe, on s’intéresse peu aux vertus médicales de l’eau. La composition n’est en rien affichée et nous avons dû demander pour avoir une composition partielle. Et puis, après un rien d’hésitation, nous sommes allés nous immerger à la fois dans la foule et dans la piscine à 40°C. Nous étions vraiment bien après. Sûrement des vertus cachées à exploiter !
Sur la route des glaciers (bis)Encore des cascadesEncore des rivières blanchesEncore des canyons,pour certains abandonnés par le torrentAprès Jasper on continueJusqu’aux anciens thermes de Mietteen exploitation de 1938 à 1984avant de se rénover : les bains actuels, à 40°Cet leur source soufrée, 1 km plus loin
Last but not least (Jasper)
C’est notre dernier jour dans le Parc National de Jasper. Nous quittons de bonne heure le « camping de débordement » – un camping basique avec un minimum de services qui sert de dépannage lorsque les campings classiques sont pleins – de la Rivière Piégeuse (on se demande si c’est pour les poissons ou pour les campeurs) pour arriver avant 9h au parking de notre première randonnée du jour, comme nous l’a recommandé le centre des visiteurs du parc. Nous suivons une jolie route entre montagne et lacs, sur laquelle nous rencontrerons un troupeau de mouflons des Amériques, puis, après avoir garé Roberto, un sentier qui suit d’abord le Lac Maligne avant de s’enfoncer dans la forêt. Ce lac très encaissé est bien plus long que large, 22 km pour 1,5 km au maximum. Il est très touristique et l’ambiance entre queues-leu-leu de camping-cars monstrueux et cars de touristes nous gâche le plaisir. Nous leur laissons les petits bateaux de croisière et les canoës pour tenter de trouver notre bonheur un peu plus loin. Nous reprenons donc la route dans l’autre sens et là, c’est un ours qui traverse tranquillement la chaussée au milieu des voitures. Le plan B pour la randonnée sera le Canyon de la rivière Maligne, au bord duquel on chemine en observant les étroitures et les cascades. Jamais deux sans trois, c’est un cerf de Virginie qui se trouvera sur le bas-côté. 3 animaux sauvages effacent bien 300 touristes, dont très peu ont pu profiter du spectacle d’ailleurs.
Roberto se réveille au camping de la rivière piégeusePremière surprise sur la routeCes mouflons sont venus flairer l’arrière-train de RobertoLe Lac Maligneet une seconde surprise à la redescenteCanyon de la rivière Maligneavec un bel arc-en-ciel dans la brumeEt une troisième surprise près du parking !
C’est avec ce parc national exceptionnel que nous quittons la province de l’Alberta. Nous n’en avons pas fini pour l’instant avec les Montagnes Rocheuses. Nous allons voir à quoi elles ressemblent du côté de la Colombie Britannique. A très bientôt !