Ces fêtes sont passées tellement vite que nous sommes déjà repartis sur les routes du Chili, direction plein Nord comme l’indique le titre. Lequel nous a été inspirés par un panneau à l’entrée de l’autoroute n’indiquant que deux directions : Santiago et Al Norte. Cette orientation vague laisse à penser qu’aucune destination là-haut ne mérite d’être mentionnée plus qu’une autre. Nous allons nous faire un devoir de confirmer ou pas.

Retour chez nous
Depuis que nous sommes sur les routes depuis voilà bientôt cinq ans, la sensation est la même à chacun de nos retours de France : nous rentrons chez nous. Dans notre maison. Dans Roberto. Et le plaisir est le même de s’y retrouver, d’y retrouver ses affaires, son lit, son petit environnement douillet. Pourvu que ça dure ! Cela dit, ce voyage a été plutôt pénible. L’avancée de notre premier vol nous a conduit à partir plus tôt, le grand vol de Paris à Santiago est parti en retard, et après 14 heures de vol nous n’avions qu’une idée en tête, c’est sauter dans le taxi qui nous ramènerait à Roberto. Mais le débarquement de l’avion a été lent, surtout dans notre allée où un voyageur ne parvenait pas à rassembler ses bagages. Mais l’attente a été longue à l’immigration, essentiellement en raison de la lenteur de LA file d’attente que j’avais choisie, l’agent qui la gérait traitait une personne pendant que ses voisins en passaient dix. Mais évidemment au franchissement de la douane, nous avons été sélectionnés pour contrôle des bagages et donc dirigés vers une file d’attente supplémentaire tandis que beaucoup d’autres passagers sortaient librement, tout ça pour juste faire passer le sac-valise de Claudie aux rayons X mais pas ma valise ni nous bagages à main. Et il a fallu attendre un bon quart d’heure avant qu’un taxi se présente à la sortie. A la vue de Roberto notre énervement s’est vite estompé. Il a démarré au quart de tour et nous sommes vite partis faire quelques courses pour pouvoir déjeûner avant de nous poser sur un terrain ombragé afin de défaire nos bagages et tout ranger dans notre petit espace. Oui à l’ombre car nous avions dans les 28°C l’après-midi, au moins 15°C d’écart avec notre lieu de départ !
Un peu de route
Nous sommes réveillés de bonne heure grâce au décalage horaire et sommes prêts dès 9h pour reprendre la route, profitant des 20°C de ce début de matinée ensoleillée. Nous circulons d’abord sur des petites routes, dans un environnement semi-aride. Des collines jaunâtres parsemées de petits buissons. Nous suivons une vallée étroite un peu plus verte au milieu de laquelle se sont installés de petits hameaux, voire des fermes. Depuis notre route, aucun accès n’y mène, la petite ligne de chemin de fer et la rivière presque asséchée ayant sans doute rebuté les autorités. On devine des chemins de terre de l’autre côté, c’est de toutes façons la majorité des voies de circulation dans ce pays. Et d’ailleurs c’est pour cette raison que nous allons rapidement prendre l’autoroute, la seule voie asphaltée dans notre direction. Ça ressemble assez à chez nous, à l’exception des voies de retournement tous les 10 km, des péages à tarif fixe (environ 3 € pour nous) tous les 30 km environ, et des traversées possibles de piétons lorsqu’une station-service ou des petits commerces se trouvent d’un seul côté. Les conducteurs dans l’autre sens n’hésitent pas alors à se garer sur le bas-côté et traverser l’autoroute à pied pour aller acheter leurs empanadas ou leurs fruits ! Après 250 à 300 km (quand on aime on ne compte pas !) nous nous arrêtons pour la nuit sur la presqu’île de Tongoy. Nous filons de suite au sommet de la petite colline pour nous trouver un petit coin tranquille avec une vue magnifique sur la ville et l’océan Pacifique. Je profite de la pause pour installer le nouveau lanterneau que nous avons ramené de France. Pour rappel, le nôtre avait été arraché par le vent en Patagonie argentine. Nous avions pu le récupérer et le remettre en place, ce qui nous assurait heureusement la protection contre la pluie, mais plus question de l’ouvrir à cause des charnières cassées et des ficelles qui le maintenaient.
Matin d’été
Encore du beau temps au réveil, qui nous frappe encore après une période assez froide et couverte en France. Après le petit déjeûner, je pars en exploration dans le maquis environnant pendant que Claudie émerge doucement. Je vais faire une petite visite à la statue de la Vierge qui domine ce belvédère avant d’aller faire quelques découvertes botaniques, dont une curieuse plante endémique que nous ne reverrons plus en quittant le Chili, par définition. Les détails sont dans les images ci-dessous. Et puis nous reprenons Roberto pour la destination suivante, nous arrêtant au passage jeter un œil au pittoresque port de pêche de Tongoy. Étonnamment, alors que nous sommes l’équivalent du 15 juillet en France et en pleines vacances scolaires, les touristes sont très peu nombreux, sur le port comme sur les plages avoisinantes.
De fer à béton
Nous avons rejoint Coquimbo, une cité balnéaire. Notre première visite est pour une église étonnante loin du centre-ville. Toute en métal et en rivets, elle nous rappelle vaguement quelque chose. Ou plutôt quelqu’un. Mais oui, c’est bien Gustave Eiffel qui en a dessiné les plans. L’église a été préfabriquée en France à une époque où les colonies françaises en avaient besoin en grand nombre. Elle a fini par être assemblée ici en 1889. Malgré une restauration en 1960 et un classement aux monuments nationaux, elle ne semble guère être entretenue, ce qui attriste nos cœurs hexagonaux. Nous partons alors à la recherche d’une autre église, celle qui fait la fierté de la ville. Pas besoin de la chercher bien longtemps, le monument qui la recouvre, un édifice cruciforme de 93 mètres de haut perché au sommet d’une colline, est visible à des kilomètres à la ronde. Cette fois c’est le béton qui domine, et ça n’est pas plus heureux que ça. Notamment dans l’église où le plafond suinte déjà alors que la construction ne date que de l’an 2000. Cette année d’inauguration n’est pas le fruit du hasard, ce monument a été bâti pour célébrer le 2000e anniversaire de la naissance du Christ et l’entrée dans le 3e millénaire de ses fidèles. Et accessoirement procurer quelque notoriété à la ville. Mais le style brutaliste n’a pas forcément convaincu. La France a bien fait de miser sur Gustave Eiffel !
Une dent contre la France
Rencontrer un problème de santé en voyage apparait toujours comme une crainte, notamment celle de pas trouver les mêmes standards de qualité qu’en France. Mais avec la dégradation générale du service dans l’Hexagone, le rapport peut s’inverser du tout au tout et je viens d’en faire l’expérience. En plein repas de midi à Coquimbo, je perds brutalement un groupe de 3 couronnes. Le premier réflexe est de se dire que ça tombe mal moins d’une semaine après notre retour de France. Mais aurais-je pu me faire soigner rapidement ? Je teste les éventuels rendez-vous disponibles dans la région d’Agen : rien avant plusieurs mois et la plupart des praticiens ne prennent plus de nouveaux patients. C’est malheureusement devenu la règle en France, la dernière fois où j’ai eu besoin d’un dentiste, j’ai du attendre 3 semaines et faire 200 km ! Pas le choix de toutes façons que de trouver une solution locale. Nous cherchons un cabinet dentaire près de l’endroit où nous sommes. Il y en a un à 9 mn. Le temps de ranger après le repas, il est 13h30 et nous nous y rendons. J’explique mon cas à la secrétaire et j’obtiens un rendez-vous le jour même à 15h ! Je redoutais l’absence de possibilité de résoudre mon problème, mais le dentiste en 1 heure de travail m’a tout assaini la zone concernée et m’a recollé mes couronnes. Je n’en espérais pas tant ! Un praticien agréable de surcroît et dans un cabinet tout ce qu’il y a de plus moderne. Et pour un coût modique compte-tenu du temps passé. Vive le service de santé chilien !

La Serena
C’est la grande ville à côté de la précédente. Seconde plus ancienne ville du Chili, elle conserve encore de beaux restes dans son centre historique malgré un incendie qui a fait de gros ravages au XIXe siècle. Les touristes y viendraient plutôt pour ses 6 km de sable fin, mais ça n’est pas notre truc, surtout en période de vacances scolaires. Nous avons simplement parcouru les rues du centre, admiré les belles églises en pierre, la façade similaire du musée d’histoire (nous n’y sommes pas entrés), le palais de justice dans le plus pur style hispanique, le paisible jardin japonais au travers de ses grilles car il était fermé, et les bâtiments néo-coloniaux autour de la classique place des armes, plutôt paisible aujourd’hui. On pourrait dire sereine, comme la ville.

Spot de rêve
C’est ainsi que les vanlifers décrivent habituellement leur lieu de bivouac, pour peu qu’il se situe en zone naturelle, ou même sur un parking en bord de mer du moment que l’on puisse ouvrir les portes arrière face à l’eau et faire une jolie photo instagrammable, peu importe la présence de voisins. Nous préférons pour notre part le terme de spot nature, l’absence de construction, de voisins et de bruit étant nos principaux critères de choix. Oui, nous reconnaissons volontiers être asociaux, surtout la nuit ! Cet endroit un peu perdu sur les falaises à une quinzaine de kilomètres au nord de La Serena remplissait en tout cas toutes nos attentes, si ce n’est un accès délicat par des chemins orniérés. C’était peut-être le prix à payer pour la tranquillité. En prime quelques découvertes botaniques, dont ce Solanum crispum (📷 3 & 4) endémique du Chili. Quant à la plante aux tiges renflées (📷 5 à 7) je cherche encore ce que c’est !
Quand t’es dans le désert

Ah qui se souvient de ce tube de Jean-Patrick Capdevielle datant de 1979 ? Et comment est-il stocké dans mon cerveau pour qu’il me revienne au moment où nous entrons dans le désert d’Atacama, le plus aride du monde ? Après être devenue rase, la végétation disparaît au fil des kilomètres tandis que le paysage devient jaune puis ocre. Étonnamment, la bande de bitume est en excellent état, même si par endroits le sable semble vouloir en reprendre possession. Et puis toute forme de vie n’a pas disparu pour autant : de temps en temps, de multiples petits buissons tout ronds parsèment les collines, voire même de petites fleurs jaunes sur des massifs assez verts pour qu’on se demande où ils ont puisé leur eau. Les lézards semblent la seule forme de vie animale apparente, mais des trous dans le sol en laissent présager d’autres. Pas question d’y mettre la main pour vérifier !
Combo #33
Je l’ai déjà dit à plusieurs reprises, nous adorons faire coïncider le visionnage d’un film relatant un évènement particulier et la visite du lieu où il s’est produit. Alors juste avant de nous rendre à la mine San José près de la ville de Copiapo, en plein désert d’Atacama, nous avons regardé le film « Les 33 ». Il raconte la terrible mésaventure survenue en 2010 à 33 mineurs coincés à 700m de profondeur dans leur mine après effondrement du tunnel d’accès principal. Réfugiés dans une cavité de secours, ils n’avaient que 2 à 3 jours de réserves en eau et en nourriture et aucun moyen de faire savoir à la surface qu’ils étaient encore en vie. La ténacité des secouristes et surtout celle des familles qui ont fait pression auprès du gouvernement et des médias ont permis une heureuse issue, si l’on peut dire, après un suspense qui a tenu le monde entier en haleine. Je ne vais pas vous donner les détails dans ce texte afin de ne pas vous gâcher le film si vous aviez envie de le voir, ce que je vous conseille vivement, mais vous en saurez un peu plus en regardant les photos ci-dessous. surtout à partir de la n°6. Claudie a fait par ailleurs un excellent reportage sur notre groupe Facebook. Le lendemain du visionnage du film, nous nous sommes rendus sur place, nous avons rencontré l’un des survivants, nous avons concrétisé notre image des lieux et appris moult détails supplémentaires sur le sauvetage. Un beau moment d’émotion.
Concurrence déloyale
La Grotte du Père Noir est un petit bâtiment insolite sur une placette de la ville de Caldera. Malgré sa forme de parallélépipède rectangle, il s’agit bien d’une grotte, posée au sommet d’un petit promontoire. Elle a été bâtie en 1934 à l’initiative d’un père franciscain d’origine colombienne qui débordait parait-il d’empathie et d’humour. L’idée initiale était de reproduire la grotte de Notre-Dame de Lourdes. Mais si effectivement un décor évocateur a été placé à un bout de l’unique pièce, c’est à l’autre bout que vont d’emblée les fidèles, là où se trouvent plusieurs effigies du père franciscain appelé Padre Negro, entourées d’une multitude d’ex-voto. En comparaison, la Vierge de la grotte n’en a aucun ! Comme quoi l’empathie et l’humour payent ! A signaler par ailleurs de jolies fresques religieuses très expressives sur les murs et le plafond.
À deux doigts du cénozoïque
Il y a 8 millions d’années, la région du Chili ou nous sommes était recouverte par la mer. Les sédiments qui s’y sont déposés recèlent nombre de fossiles des animaux marins qui vivaient à cette époque (le cénozoïque) : dauphins, gavials, grands requins blancs, marlins, phoques, paresseux marins, oiseaux de haute-mer et aussi mégalodons, ces requins géants capables de dévorer des baleines. Un parcours d’un kilomètre dans la zone fouillée expose des répliques de ces bestioles, accompagnées de panneaux informatifs. Le rôle est surtout pédagogique, le site n’ayant manifestement pas misé sur la qualité des répliques, mais les amateurs d’authenticité peuvent se rattraper en examinant les quelques vrais fossiles rassemblés autour des faux : on découvre ainsi des dents de requin incluses dans la pierre, des morceaux d’arbres pétrifiés et des os de je-ne-sais-pas-quoi (oui, il y en avait aussi au cénozoïque). Un intéressant voyage dans le passé, totalement gratuit qui plus est. Ah, j’oubliais, ce parc paléontologique s’appelle Los Dedos, les doigts en Français. Les zones en relief du site représenteraient vu d’en haut les doigts d’une main. Ça ne m’a pas paru évident, mais ça m’a permis de trouver un titre à ce paragraphe !
Voilà pour cette fois. Nous avons adoré cette reprise de notre périple sudaméricain, découvrir tant de nouveautés que nous ne voyons pas chez nous, et profiter de températures et d’un temps cléments. La suite est prometteuse. Hâte de la découvrir et de vous la partager.



















































































