176. Équateur 2003

Du 19 octobre au 13 décembre 2003, nous avons effectué un voyage itinérant sac au dos en Équateur et au Pérou avec nos 4 enfants âgés de 4 ans ½ à 13 ans, comme nous avions pris l’habitude de le faire à cette période-là. Ce voyage étant en période scolaire, nous communiquions avec les classes et avec notre famille par courriel (on disait encore e-mail à l’époque…) et l’ensemble de ces textes était ensuite réuni, illustré de quelques photos, dans un album de voyage. C’était un peu l’ébauche du blog actuel. Le temps de notre pause familiale, j’ai décidé d’insérer en guise de flash-back ce récit dans En Route Avec Roberto. Commençons par l’Équateur.


Courriel du 18/10/2003

En route pour la Mitad del Mundo !

Bonjour,

Nous voici de nouveau à l’heure fébrile du départ, quand tout est prêt et rien n’est prêt à la fois, quand le doute regagne du terrain sur la certitude, quand quelques craintes essaient de ternir les joies du départ.

D’un intervalle de 2 ans entre nos précédents voyages nous sommes passés à moins d’une année, parce que nous venons de définir que la fin du raisonnable pour les absences scolaires était la transition collège-lycée, et qu’il fallait donc profiter au mieux des 2 années qui nous restaient. Non pas que nous y ayons été poussés par les enseignants, qui, bien au contraire, ne nous auront peut-être jamais autant soutenu que cette année. Des courriers élogieux aux administrations aux programmes scolaires plus que détaillés (parfois au jour le jour dans certaines matières alors que nous ne demandions que les grandes lignes), en passant par l’e-mail d’un professeur en congé de paternité s’excusant d’être en retard, ou enfin le coup de téléphone à la maison pour donner des précisions supplémentaires, tous se sont donnés pleinement, comme s’ils rêvaient un peu de partir avec nous… Nous les remercions en tout cas vivement et ferons de notre mieux pour que nos enfants ne prennent pas de retard.

Du coup, la préparation n’a duré que 9 mois et n’a sans doute pas été aussi approfondie que d’habitude, ce qui est d’autant plus dommageable que nous changeons de continent et de climat. Certes nous avons relu Tintin au pays des Incas (au moins deux douzaines de fois pour Achille qui pourtant ne sait pas encore lire !), parcouru quelques guides touristiques, fouillé un peu dans la vie de Darwin et l’écosystème des Galápagos. Claudie a lu quelques livres concernant notre voyage et en a commandé quelques autres que nous lirons sur place. Certes la composition des sacs à dos n’est plus un casse-tête depuis longtemps et n’a nécessité que quelques adaptations dues à la croissance de nos enfants ou au climat envisagé. Notre questionnement vient surtout de cette nouvelle population que nous allons rencontrer :  les Équatoriens et Péruviens seront-ils aussi accueillants que les asiatiques ? N’allons-nous pas mettre nos enfants en insécurité ici alors que là-bas c’était si paisible ? La rébellion récente en Bolivie est-elle contagieuse ? N’aurons-nous pas de difficulté à communiquer en Espagnol plutôt qu’en Anglais ? Allons-nous souffrir du froid sous les tropiques ?

Mais tout aussi rapidement, les bons moments de nos voyages précédents nous reviennent à l’esprit. Tous nos enfants sont d’ailleurs très partants, à l’image de Mélusine qui écrit, dans une fiche de présentation de début d’année proposée par son institutrice, à la rubrique « Qu’est-ce que tu aimes faire ? » : « Voyager avec mes parents ». Tous regrettent évidemment d’abandonner leurs copains, leur école, leur maison quelque temps, mais tous apprécient tout autant la rupture avec le train-train quotidien, la découverte d’autres paysages, d’autres gens, d’autres habitudes, d’autres nourritures. Les 3 à 4 heures de travail scolaire quotidien sont denses mais laissent libres toutes les matinées pour partir en exploration, et toutes les fins de journées aussi. Le voyage est aussi l’occasion d’une vie de famille plus riche qui fait du bien à tous.

Au programme cette année, rien de bien précis, comme d’habitude. Les circuits du genre « Journée n°7 : petit déjeuner continental et départ en bus à 7h pour X, visite au passage de Y et Z » ne sont pas pour nous. Arrivée à Quito 4 heures après avoir décollé de Madrid (avec le décalage horaire en plus, hélas), quelques jours à la « Posada del Maple », un petit hôtel réservé par Internet (vous pouvez allez voir, c’est www.posadadelmaple.com, ce serait amusant de vous faire un petit coucou devant la webcam s’il y en avait une…), et ensuite nous avons quartier libre jusqu’au 12 décembre à Lima. Quelle liberté ! Nous irons certainement voir assez rapidement la Mitad del Mundo (moitié du monde), un site touristique situé pile sur la ligne de l’Équateur pas du tout imaginaire à cet endroit et qui détaille toutes les particularités physiques de l’endroit : les œufs y tiennent paraît-il sur la tête d’une épingle, les chasses d’eau coulent sans tourbillon, les gens pèsent moins lourd, etc… Nous espérons pouvoir faire une escapade aux mythiques Iles Galápagos et traverser une partie du pays par l’Avenue des Volcans. Voilà le programme préliminaire pour vous mettre l’eau à la bouche.

Si les accès à Internet sont aussi faciles qu’on le dit, nous devrions vous faire parvenir les prochaines nouvelles dans une dizaine de jours. Si pour une raison ou une autre vous ne souhaitez plus recevoir ces messages, nous le comprendrions très bien, et il suffit juste de nous le faire savoir.

À bientôt donc,


Courriel du 25/10/2023

L´aventure commence à Madrid !

L'aventure commence à Madrid : mais où est le sac à dos d'Amandine ?
L’aventure commence à Madrid : mais où est le sac à dos d’Amandine ?

Le risque de vol à la tire étant plus grand en Équateur qu’en Asie, nous avions largement insisté auprès de nos enfants pour qu’ils surveillent soigneusement leurs effets personnels. Le premier test grandeur nature a eu lieu à Madrid et a dépassé toutes nos craintes : Amandine a mis moins de 10 mn pour perdre son sac à dos, qui contenait évidemment tout son matériel scolaire et une bonne partie de ses vêtements… Le voyage commençait très fort ! Le retour au pas de course sur le lieu supposé de la perte (ah que nous avions belle allure !) n’a abouti à rien, pas plus que les appels à l’aide au personnel de l’aéroport peu intéressés manifestement par l’affaire. L’heure de notre correspondance approchant, il ne nous restait plus qu’à faire une croix sur nos affaires et rejoindre piteusement la porte d’embarquement. Les yeux humides d’Amandine ne lui avaient pas pour autant affaibli la vision, puisque, o miracle, elle aperçoit soudain au loin dans la zone d’embarquement d’un autre avion son bien le plus précieux du moment. À grands renforts de bras et de cris, nous réussissons cette fois à alerter les policiers de l’endroit, qui nous rendront bien volontiers le sac qu’ils auraient dû faire exploser en l’absence de son propriétaire… Ouf !


¡Buenos días, Ecuador!

Nous découvrons Quito, la capitale du pays, étalée toute en longueur à 2850m d’altitude sous le volcan Pichincha qui, lui, frôle celle du Mont-Blanc. Si l’on excepte le quartier colonial qui garde le cachet de cette époque, l’architecture de la ville nous apparaît d’une grande monotonie, basée sur un élément essentiel : le cube de béton, décliné en plusieurs tailles et couleurs. Le quadrillage impeccable des rues renforce encore cette sensation d’uniformité, tout en rendant le repérage assez facile. La ville est vivement colorée, avec des mélanges parfois très réussis mais souvent très criards. La circulation est dense, et bus et taxis se comportent comment s’ils voulaient écraser le plus possible de passants. La population des rues nous ignore (où sont nos beaux sourires d’Asie ?), sans doute habituée aux mélanges de couleurs, mais lorsqu´on l’aborde dans les boutiques, l’amabilité est toujours de mise. Quelques indiens  »en tenue » (chapeau, tresse, poncho, …), manifestement cantonnés aux emplois subalternes, donnent pour l’instant la seule touche exotique à la ville. Le temps est plutôt agréable, avec un ciel bien dégagé le matin et plus chargé l’après-midi, des températures avoisinant 25 degrés dans la journée mais descendant rapidement le soir (petite laine obligatoire). La nourriture ne devrait guère poser de problème, puisque le plat national est le poulet-frites, mais nous ne manquerons pas de nous réorienter vers des spécialités locales … plus locales, si l’on peut dire. Notre seul vrai problème pour l’instant est la langue. Basile et Claudie qui ont étudié l’Espagnol comprennent bien l’écrit mais manquent de pratique à l’oral. Amandine et moi qui sommes débutants allons devoir faire des progrès rapidement car l’Anglais est très peu parlé.


La Mitad del Mundo

Nous partons en bus pour visiter ce site à 22 km au nord de Quito. L’animation ne manque pas à bord, avec des vendeurs de toutes sortes et des musiciens qui se succèdent.

La Mitad del Mundo (le milieu du monde) est située à l’endroit exact où passe l’équateur, celui-ci étant matérialisé par une ligne jaune au sol. Nous ne résistons pas à la tentation de photographier nos enfants un pied dans chaque hémisphère. Nous visiterons aussi un musée consacré aux différentes étapes de la localisation précise de l’endroit par des savants français. A l’aide d’un sextant et de quelques instruments du même type, après 4 années de mesures, La Condamine au XVIIIème siècle ne s’était trompé que de quelques kilomètres. Si seulement il avait connu le GPS ! Le plus intéressant de tout a été l’observation directes des particularités physiques de cet endroit, liées à la situation géographique (cadran solaire à deux faces), à la plus faible gravité (des pèse-personnes prouvent qu’un adulte fait 2 kg de moins, un œuf tient en équilibre sur la tête d’un clou) et à la force de Coriolis (nous avons vu, de nos yeux vu, un lavabo se vider avec un tourbillon dans le sens horaire à à peine 1 mètre au sud de l’équateur, dans le sens contraire à 1 m au nord, et sans tourbillon lorsqu’il était pile sur la ligne, une démonstration éclatante).

Nos 4 enfants un pied dans chaque hémisphère
Nos 4 enfants un pied dans chaque hémisphère

Fin du séjour à Quito

Ce samedi 25 octobre, nous avons récupéré le décalage horaire et sommes en pleine forme, heureux d’être là et savourant chaque instant. Hier, nous avons fait la connaissance avec la culture amazonienne, initiation à la sarbacane et à l’élevage de lamas incluses. Demain, nous partirons pour visiter les îles Galápagos, et inutile de dire que les enfants piaffent d´impatience. Nous allons sillonner l’archipel pendant 5 jours à bord d’un petit bateau de 10 places et rêvons déjà de rencontrer tortues, lions de mer, iguanes, albatros et une multitude d’autres animaux. Lorsque nous avons demandé à l’agence si nous étions certains de voir des animaux, ils nous ont répondu avec cette phrase merveilleuse : “Là-bas, ce sont les animaux qui vous regardent”

À bientôt


Courriel du 5/11/2003

Escapade aux Iles Galápagos

Embarqués avec six autres passagers et quatre membres d’équipage sur le Cormorant, nous avons croisé pendant quatre jours entres les principales îles de l’Archipel, séparées par quelques heures de navigation. Chaque matin et chaque après-midi, nous débarquions avec un petit canot sur une plage différente pour partir quelques heures en exploration. Nous avons vite compris que les touristes ici étaient tout juste tolérés, ne pouvant accéder qu’à des zones restreintes (10% de l’archipel) et dûment accompagnés d’un guide officiel, tellement l’écosystème est fragile. La moindre bestiole agrippée par mégarde sous nos chaussures – nous passons sur un tapis désinfectant à l’arrivée à l’aéroport – ou la moindre graine apportée innocemment dans nos bagages – fouille au départ avec confiscation des cacahuètes et autres gâteries – pourraient créer une catastrophe écologique et décimer toute une espèce. Les précédents sont hélas nombreux. En contrepartie de ces tracasseries, nous avons pu observer de vraiment très près, mais sans l’autorisation de toucher (les enfants se sont sentis très frustrés) une faune et une flore exceptionnelle, souvent uniques au monde : le mot endémique revient souvent dans la bouche du guide. Ne serait-ce que d’une île à l’autre, les espèces diffèrent déjà des quelques détails qui ont permis à Darwin d’élaborer sa célèbre théorie, ou plutôt de prouver celle de son grand-père, comme nous avons pu le lire. Nous nous sommes donc régalés d’observer à loisir des centaines d’otaries paressant sur les plages ou jouant dans l’eau, les tortues géantes qui ont donné leur nom aux îles, des colonies de flamants rose bonbon, des crabes rouges d’un côté et bleus de l’autre, une multitude d’iguanes marins ou terrestres de belle taille, des oiseaux de toutes sortes dont les célèbres pinsons de Darwin, les adorables fous à pattes bleues, les fous masqués, les mouettes de lave avec leurs yeux joliment cerclés de rouge, les élégants oiseaux tropicaux avec leur longue queue blanche et leurs becs rouges, des albatros en pleine parade nuptiale, les frégates au jabot rouge vif et les pélicans sympathiques qui suivaient le bateau. Et j’allais oublier l’oiseau moqueur qui venait boire dans le creux de notre main ! Côté sous-marin, nous avons pu entrevoir une baleine au loin, quelques tortues vertes sortant la tête de l’eau entre deux vagues, des inquiétants bancs de raies noires ou pastenagues frôlant nos pieds. Enfin, pour ceux d’entre nous qui se sont adonnés au snorkeling (plongée avec masque et tuba), les hauts fonds arboraient quelques beaux coraux, étoiles de mer fluorescentes, une myriade de poissons multicolores, et quelques requins-marteau ayant suffisamment à manger pour ne pas avoir la mauvaise idée de s’attaquer aux nageurs.

Bien entendu, les appareils photos n’ont pas chômé, et nous espérons bien vous ramener de belles images. Pour nous, elles sont déjà gravées définitivement dans notre tête…


L’avenue des volcans

“Quitte à quitter Quito, quittons Quito par le bus, quitte à s’acquitter d’un ticket. C’est équitable, non ? Et qui t’es toi pour tiquer ? “ (dictée du 1er novembre : vous voyez bien que l’on fait travailler les enfants…)

Ni la capitale, ni les Iles Galápagos n’étant représentatifs de l’Équateur, nous avons hâte de découvrir enfin ce pays. Nous avons décidé de le parcourir du nord au sud, par la sierra centrale (hauts plateaux andins) car les zones côtières à l’ouest sont très embrumées à cette époque de l’année tout en étant dangereuses par endroits, tandis que la forêt amazonienne à l’est est peu pénétrable. Le paysage se révèle d’emblée superbe, avec des zones vallonnées au centre, où l’on cultive avec peu de moyens toutes sortes de céréales, fruits et légumes dans des champs bordés de haies de cactus, et des reliefs montagneux en périphérie faits de montagnes abruptes et de volcans dont les plus élevés sont enneigés (Chimborazo : 6310m, Cotopaxi : 5897m). Une trentaine de volcans sont actifs, tel le Tungurahua qui émet actuellement de grosses volutes de fumée juste au-dessus de nos têtes. Il est d’ailleurs en alerte rouge depuis 1999, détruisant cette année-là une partie de la ville. Mais les habitants ont l’air assez sereins, alors nous aussi… D’autres volcans ont fait leur temps, comme le Quilotoa, dont nous avons visité la superbe lagune vert émeraude.


Les villes restent les villes, avec leurs cubes de béton (cf. Quito), mais la population dans le cœur du pays est plus authentique, le meilleur témoin étant sans doute le taux de portage de l’élégant petit chapeau équatorien : 75% ici contre 5% à Quito. L’habitat en campagne est différent, avec des maisons en briques au toit pentu, ou bien des maisons dont le toit et les murs sont d’un seul tenant et habillés de chaume. La peau violacée et pelée des joues des autochtones témoigne de la rudesse de la vie et du climat. Le port du chapeau atteint ici 95%, y compris chez les enfants. Dans l’ensemble, les gens communiquent assez facilement.


La Toussaint et la fête des morts

La fête des morts est très populaire pour cette population chrétienne fortement pratiquante. Les cimetières où les caveaux sont placés tout en hauteur sont richement décorés à cette occasion. Les gens laissent trace de leur passage en agrafant une carte de visite sur un ruban accroché à la plaque funéraire, et il y en a souvent plusieurs dizaines. À noter aussi que l’on vend glaces et boissons à l’intérieur même du cimetière ! Parmi celles-ci, nous avons pu goûter à une préparation qui ne se consomme qu’à cette période de l’année : la colada morada, une délicieuse boisson chaude à base de fruits rouges (fraises, mures, myrtilles…) et de farine de maïs, accompagnée d’un petit pain au lait en forme de bonhomme.


Baños

C’est une agréable ville thermale qui nous amène une pensée émue pour nos collègues restés au travail. Nous nous baignons chaque matin dans une belle eau aussi chaude que jaune, “bouillante” d’après Achille pour le bassin à 54 degrés. Nous flânons dans les rues couvertes chaque jour d’un nouveau voile de cendres. Nous visitons la cathédrale et son prieuré construits en pierres volcaniques. Nous observons les pâtissiers étirer devant leur boutique des bandes de melcocha, une mélasse de canne à sucre transformée ensuite en bonbons colorés. La ville est entourée de montagnes abruptes, reliées l’une à l’autre par des tarabitas, nacelles suspendues à un filin tracté par un moteur de camion, que nous avons bien sur essayées : sensations fortes garanties. Nous allons essayer ce soir d’aller voir le volcan Tungurahua en activité, mais cela dépend du temps, assez couvert aujourd´hui. Nous vous en dirons plus la prochaine fois…

À bientôt !


Courriel du 11/11/2003

Le volcan Tungurahua, suite et fin

Nous nous présentons vers 20h30 à l’agence qui organise le tour, un peu inquiets car le ciel commence à se couvrir et qu’il s’agit de notre dernière chance puisque nous quittons la ville demain. Heureusement, on nous dit que c’est bon et nous partons derechef en 4×4 à l’assaut de la montagne située juste en face du volcan. L’ascension de celui-ci est interdite, et nous comprendrons peu après pourquoi. La montée se fait d’abord dans la brume, puis nous émergeons des nuages pour découvrir la masse sombre du volcan (plus de 5400m d’altitude) surmontée d’une colonne de fumée encore plus sombre.

« Fuego ! Fuego ! » dit brutalement le chauffeur pointant le doigt vers la fumée tout en se rapprochant dangereusement du ravin. Mais nous avons beau scruter dans la direction indiquée, nous ne voyons rien.

« Fuego ! Fuego ! » dit-il encore une minute plus tard. En y mettant de la bonne volonté, nous trouvons effectivement que la base de la fumée présente vaguement quelques reflets rosâtres. Au bout de dix minutes de ce petit jeu, Claudie remonte déçue dans la voiture avec Mélusine et Achille qui ont froid, tandis que je me refuse encore à croire à l’arnaque. Le chauffeur vient alors nous soutenir le moral en nous offrant une petite tisane bien chaude allongée d’un peu de rhum et en nous racontant l’éruption de 1999 où la ville se réveillait chaque matin avec une couche de 25cm de cendres. Soudain, et je jure que le rhum n’y était pour rien, nous apercevons une gerbe rouge vif au-dessus du cratère, puis plusieurs autres, et nous suivons les yeux écarquillés la lave qui s’écoule rapidement sur les flancs du volcan, jusqu’à en couvrir un bon quart. Un grondement suit de peu, sourd et prolongé, impressionnant. Nous verrons ainsi plusieurs émissions pyroclastiques et écouterons le tonnerre qui les accompagne. Le guide nous explique que la lave recouvrirait tout en moins d’un quart d’heure si la colère du volcan s’accentuait… Du coup, au moment de redescendre en ville, plus personne n’est rassuré ! Mais, puisque vous lisez ces lignes, c’est que nous en avons réchappé…

NB : Ni les photos du volcan ni les schémas des coulées historiques ci-dessus ne sont de nous : En 2003, nous ne voyagions qu’avec un petit appareil photo argentique compact incapable de réaliser de tels clichés. Mais les photos sont assez proches de ce que nous avons observé.


Le petit train de Riobamba au « Nez du Diable »

Son originalité tient principalement à la possibilité de voyager sur le toit, ce qui est d’autant plus intéressant que les paysages traversés sont fabuleux, avec des pampas arides comme des vallées fertiles encadrées par des montagnes gigantesques à 4 ou 5000 m d’altitude, et que le train circule sans parapet au bord de précipices vertigineux. Comme on dit, il n’y a qu’à bien se tenir ! Le trajet se termine sur une descente impressionnante (plus de 2000m perdus en quelques kilomètres seulement) en zigzag sur les flancs d’un gros rocher en forme de nez. L’appellation vient des pertes humaines importantes enregistrées lors de la phase de construction. L’arrivée se fait en plein centre-ville, les rails occupant le milieu d’une rue et les bâtiments de la gare s’insérant simplement entre deux maisons.


Scènes de rue à Cuenca

Troisième ville de l’Équateur, Cuenca est probablement la plus belle. Elle est d’ailleurs classée au Patrimoine mondial de l’Humanité par l’UNESCO. Peut-être plus épargnée que les autres cités par les tremblements de terre, elle a gardé un caractère colonial très marqué, avec des façades ouvragées aux balcons somptueux en fer forgé, des avant-toits peints et souvent sculptés, le tout avec de beaux mélanges pastel qui donnent un ensemble assez harmonieux.

Le rythme de vie y semble un peu plus lent qu’ailleurs, et nous avons eu l’occasion de bien l’observer. D’abord, le symbole de l’Amérique du Sud, l’homme au sombrero qui somnole sur le pas de sa porte : il est bien là, à chaque coin de rue. D’autres autochtones dorment par terre ou mendient, ce qui dérange nos enfants. Les vendeurs de tout et n’importe quoi abondent sur les trottoirs, dans les bus, dans les jardins publics, et même dans les allées étroites et déjà encombrées des marchés, ce qui n’arrange rien. Ils ne sont néanmoins jamais envahissants, et puis il y a des côtés pratiques. Ainsi, si l’on a subitement l’envie de connaître son poids, il se trouve toujours quelqu’un avec un pèse-personne à deux pas de chez soi. Un problème malgré tout, c’est que beaucoup de ces vendeurs sont des enfants. Le taux de scolarisation est très bas en Équateur (30% je crois). C’est désolant, mais nous n’y pouvons pas grand-chose.

La ville de Cuenca est tellement agréable que nous explorerons ses rues à maintes reprises, juste pour le plaisir de flâner. Elle est aussi un haut lieu culturel de l’Équateur qui a engendré beaucoup d’artistes et qui comporte pas mal de visites dignes d’intérêt. Une mention particulière pour le musée de squelettologie qui, outre des informations utiles pour comprendre comment s’adapte le squelette en fonction de l’environnement et du mode de vie des espèces, donne moult détails sur les circonstances de décès de certains des « animaux » exposés, comme l’éléphanteau mort au cours d’une représentation d’un cirque de passage dans la ville, ou l’oiseau ayant succombé à une crise cardiaque… Nous visiterons aussi une fabrique de « Panamas », dont chacun de vous sait que ces chapeaux sont originaires …d’Équateur, non ?


Et ça mange quoi un équatorien ?

Pas de difficulté pour se nourrir ici, on trouve à manger de tout, à toute heure et à tous les prix, un peu comme en Asie. Par contre, si la variété est abondante, la qualité de la cuisine laisse souvent à désirer, à moins peut-être de se cantonner aux grands restaurants, ce que notre budget ne permet pas. Le riz, le maïs, les haricots rouges, les pommes de terre et le poulet constituent la base de l’alimentation. On trouve un peu partout des « menus du jour », peu différents du matin au soir, comportant une soupe, un plat de résistance et une boisson pour la modique somme d’un euro, avec des quantités gargantuesques qui permettent de nourrir au moins deux personnes (européennes, pas américaines, c’est dingue ce qu’ils peuvent engloutir). Alors, inutile de dire que l’on ne se ruine pas pour manger. Par contre, on n’a rien sans rien, il faut à ce prix là supporter la télé braillarde qui semble quasi incontournable…

A côté de ces plats de base, nous goûtons le plus souvent possible à des spécialités plus typiques, un peu moins grossièrement cuisinées, mais toujours avec les mêmes ingrédients essentiels. Nous avons découvert de nouveaux fruits exotiques dont nous ignorons encore le nom. Nous avons testé l’Inka-Cola, qui supplante presque au Pérou la boisson américaine à l’acide phosphorique, mais qui n’a rien à voir : couleur jaune fluo et goût prononcé de médicament. Nous avons osé la « chicha », boisson à base de yucca salivé par de vieilles indiennes pour en déclencher la fermentation. Enfin, nous avons préféré éviter, pour des raisons sentimentales, le cochon d’Inde rôti, fort apprécié ici le dimanche…


Dernier trajet en Équateur

Nous avons rejoint en bus la ville de Loja, sa jolie porte en forme de château et son parc d’attraction. Ici, les mini-monuments du monde et le petit zoo avec ses nandus (sortes d’autruches) ont fait le bonheur des enfants. Nous franchirons demain la frontière péruvienne. Très bientôt, nous ne pourrons plus employer l’expression « Ce n’est pas le Pérou ! »

À bientôt au Pérou !


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