C’est l’étape ultime de notre parcours sud-américain et la fin de ces 3 semaines brésiliennes partagées avec notre ami Christophe. Une ville chaleureuse et animée qui clôt en beauté ce voyage

Encore un vol avec Azul
Si nous côtoyons d’adorables capybaras en peluche à l’aéroport de Belém, nous n’aurons pas la chance de prendre l’un des 5 avions Azul décorés avec les personnages de Disney. Ce ne sera qu’un aperçu d’un couloir de l’aérogare. Un vol de 3h30 le long de la côte atlantique puis au-dessus de la fameuse baie (bahia) qui donne son nom à cette région brésilienne dont Salvador est la capitale. Les jolis bleus remplacent désormais les teintes café-au-lait de l’Amazone et de son delta. Reste à découvrir cette ville mythique.
Un logement d’exception
Selon la situation, nous avons logé jusqu’ici parfois à l’hôtel, parfois en Airbnb. C’est avec la multinationale américaine – et toujours le regret de les nourrir – que nous avons réservé un appartement situé dans un quartier pittoresque de Salvador, Gamboa. Ça a été l’une des premières zones habitées de Salvador, en bordure directe de la Baie de Tous les Saints, miraculeusement préservée de la pression immobilière. Les maisons de bric et de broc semblent être là depuis toujours, tout comme les habitants, descendants directs de populations noires et indigènes avec de fortes traditions religieuses africaines et un mode de vie centré sur la pêche. L’appartement qui comporte 2 chambres et un grand salon est totalement vitré coté mer et offre une vue splendide. Nous sommes dans une ruelle piétonne qui serpente entre les maisons, les enfants y jouent aux cotés de restaurants à une ou deux tables qui servent des plats locaux pas chers. L’animation est permanente dans la journée, tout comme la musique, mais heureusement tout se calme assez tôt le soir. Nous sommes orientés plein Ouest et les couchers de soleil sont fabuleux. Et tout ça pour le prix d’une cage à lapins vue béton dans un hôtel d’Orly !
La ville la plus africaine du Brésil
Fondée en 1549 par les Portugais, la ville de Salvador fut le premier port colonial d’Amérique du Sud et un carrefour majeur de la traite transatlantique des esclaves. Plus d’un million d’Africains y ont été déportés. Beaucoup d’entre eux s’y sont installés après l’abolition de l’esclavage et ont fait de Salvador le cœur de la culture afro-brésilienne et par extension de la culture brésilienne tout court. 80% des habitants se déclarent noirs ou métisses. Dans la rue c’est une évidence, aussi bien dans les tenues vestimentaires que dans l’ambiance musicale, les vitrines des magasins, les menus des restaurants ou encore l’art de rue.
Syncrétisme religieux
Si Salvador compte 380 églises catholiques, celles-ci sont fréquemment entourées de rites appartenant au culte candomblé importé d’Afrique. L’un des meilleurs exemples est peut-être celui de l’église de Nosso-Senhor-do-Bonfim (Notre-Seigneur-de-Bonne-Fin), la plus célèbre de la ville et bien connue des auditeurs de Bernard Lavilliers. Si à l’intérieur la liturgie catholique est parfaitement respectée (l’archidiocèse y veille farouchement), des bahianaises en tenue traditionnelle vendent chaque jour sur ses marches des herbes destinées à des bains rituels et des rubans multicolores qui servent à invoquer les orixás, divinités du culte africain candomblé. Accrochés au poignet ou à une grille du parvis en attendant la rupture spontanée et la réalisation conséquente du vœu. Et en janvier de chaque année a lieu la cérémonie de lavage des marches de l’église, en souvenir de la période où les esclaves étaient contraints d’en laver la totalité. Aspersion d’eau parfumée et chants africains accompagnent l’évènement, les portes de l’église restant elles bien fermées. Et pour contourner l’interdiction d’introduire le candomblé à l’intérieur de l’église, les saints catholiques sont depuis longtemps associés à des divinités africaines. Pour les Bahianais, le Senhor de Bonfim n’est rien d’autre qu’Oxalá, le père de tous les orixás. Pas folle la guêpe !
Les orixás, divinités de la nature
Les orixás sont les divinités du candomblé, culte issu des religions yoruba (Nigeria/Bénin), fon et bantou. Chacun incarne une force naturelle (mer, rivière, foudre, forêt, vent…) et un archétype humain, sous l’autorité d’un dieu créateur suprême. Chaque personne naît sous la protection d’un orixá personnel, qui façonne sa personnalité. On décompte environ 3 millions d’adeptes au Brésil. Longtemps clandestins, les orixás sont maintenant visibles au grand jour, notamment dans la statuaire urbaine et les boutiques de souvenirs ou d’objets religieux. Mais toujours interdits à l’intérieur des églises, ils y restent associés à des saints catholiques. Ainsi le Christ en « Senhor de Bonfim » serait vénéré en tant qu’Oxalá, le père de tous les orixás, Notre-Dame-des-Navigateurs à Lemanjá, leur mère et Notre-Dame des Carmes à Oxum, divinité de l’amour et de la fertilité.
et un petit bonus pour les amoureux de la sculpture sur bois et les fans de l’artiste Carybé, avant l’article ci-après.
Carybé, l’Argentin qui a peint l’âme de Bahia
Né en Argentine, il rejoint à 14 ans son frère céramiste dans un atelier de Rio de Janeiro et devient artiste à son tour. Il découvre Salvador de Bahia à l’âge de 37 ans et va se passionner pour la culture afro-brésilienne, qu’il va documenter pendant 50 ans, jusqu’à sa mort. Nous le découvrons de notre côté au Musée Afro-Brésilien en contemplant son œuvre majeure, une série de 27 panneaux sculptés en cèdre représentant les orixás du candomblé, leurs attributs et leur animal dédié. Nous le retrouvons un peu plus tard au Musée d’Art de Bahia dans une série impressionnante de dessins ayant la rare propriété d’avoir été réalisés rapidement et avec un trait aussi simple qu’expressif. Carybé a dessiné aussi beaucoup de muraux, illustré pas mal de livres et écrit lui-même un ouvrage de référence sur les « Dieux Africains du Candomblé de Bahia ». En tout cas, son style nous a bluffés.
L’ascenseur social de Salvador
Pour se protéger des pirates et autres corsaires, les premiers conquérants se sont installés sur une falaise perchée à 70 m au-dessus du niveau de la mer. La partie basse ne servait qu’à la logistique, via le port principalement. Et ses travailleurs se sont installés autour, concrétisant un premier clivage social. Malgré un premier ascenseur en 1610, puis plusieurs funiculaires, la ville a continué de se développer sur ces deux niveaux et sur ce même schéma social. Aujourd’hui, l’Ascenseur Lacerde, rénové, est devenu l’emblème de la ville, mais les plus beaux bâtiments restent sur la ville haute. C’est là qu’on trouve la plus grande concentration de bâtiments coloniaux aux couleurs pastel, notamment autour de la ravissante place Pelourinho, très fréquentée par les touristes. Elle perd une partie de son charme dès lors que l’on traduit son nom en « place du Pilori » : c’est là en effet que les esclaves rebelles étaient exécutés. Ce centre historique baroque est néanmoins classé au patrimoine mondial de l’UNESCO et mérite totalement la visite. En bas, les bâtiments sont moins bien entretenus mais se restaurent petit à petit. C’est là que l’on trouve le marché, les installations portuaires, beaucoup de petits commerces et bien sûr les plages.
Les plages
Avec une façade sur l’océan Atlantique et une autre sur la Baie de Tous les Saints, Salvador possède de nombreuses plages hyper-fréquentées le week-end. L’eau y est fréquemment dénoncée comme impropre à la baignade, alors nous n’avons pas tenté l’expérience, mais nous n’étions pas en manque ! Nous avons pu constater par contre l’animation intense y compris une manifestation politique en cette période d’élections présidentielles. Nous avons aussi visité le principal phare de la ville.
Un carnaval de rue
Nous ne sommes évidemment pas dans la bonne période, mais nous avons pu avoir quelques notions du carnaval de Salvador en visitant un petit musée dédié. Nous y avons appris que, plutôt que des défilés dans des stades comme à Rio, le carnaval se vivait ici dans les rues, la population défilant et dansant en masse derrière des camions-scènes sonorisés chargés de musiciens. Avec ses dizaines de milliers de participants, le carnaval de Salvador serait ainsi le plus grand évènement ouvert du monde. Les rythmes africains et la samba dominent largement le style musical. Parmi les grandes variétés de costumes, le musée met l’accent à l’entrée sur les Caretas, des personnages ornés de cornes qui vont chercher à effrayer les passants tout au long des deux semaines du carnaval. Assez typiques car on en voit beaucoup sur les muraux dans la ville.
Les églises baroques luso-africaines
Salvador, première capitale du Brésil colonial (1549–1763), possède l’un des plus riches ensembles d’églises baroques d’Amérique latine. Une trentaine dans le centre historique et peut-être 380 dans toute la ville (au moins une par jour de l’année pour ceux qui veulent varier !). Comme pour la pratique religieuse, elles mêlent souvent au baroque portugais des influences africaines. Nous ne les avons évidemment pas toutes visitées mais dans celles où nous sommes entrés, nous avons souvent été frappés par la richesse de la décoration intérieure. Les autels, retables, colonnes et voûtes sont volontiers agrémentés de sculptures sur bois local recouvertes de feuilles d’or – on parle de 800 kg pour l’église et le couvent de São Francisco ! Les plafonds sont souvent peints, parfois avec des fresques en perspective. Les murs sont pour certaines églises couverts d’azulejos, ces carreaux de faïence bleutés typiques de cette époque, arrivés tout droit de Lisbonne. On en dénombre 55 000 dans le cloître du couvent São Francisco… Enfin, les nombreux esclaves africains enrôlés de force dans la construction ont discrètement laissé leurs traces de mécontentement ça et là : anges aux visages africains, ou grimaçants ou encore aux organes génitaux un peu trop développés, cariatide enceinte, etc. Il faut être accompagnés par un guide pour apercevoir ces détails savoureux, ce n’était hélas pas notre cas. Mais nous avons été impressionnés par tout le reste ! Ne ratez pas les compléments d’information dans les commentaires des photos ni la chute finale…
Salvador en vrac
Revoici ma petite rubrique fourre-tout favorite, la dernière pour l’Amérique du Sud !
Le Brésil c’est terminé !
Peu de temps avant la fin du séjour, nous apprenons que le navire transportant Roberto est arrivé à bon port. Reste le dépotage et de dédouanement qui devraient prendre un peu plus d’une semaine. Il est temps pour nous de rejoindre l’Europe. Nous faisons avion commun avec Christophe jusqu’à Paris, avant que nos routes se séparent. Lui rejoindra Nantes et nous Amsterdam. Nous avons vraiment passé un bon moment ensemble, c’est à refaire ! A bientôt pour notre prochaine étape, européenne cette fois.







































































































































































