Notre parcours en zigzags (le luxe d’avoir le temps de voyager) nous amène d’abord à Cuzco, le nombril du monde Inca, puis Nazca et ses célèbres géoglyphes que nous espérons pouvoir survoler en avion. Y parviendrons-nous ?

Les 3 ponts (ou l’étroit pont) de Checacupe
Un air de déjà vu ? En effet, un article et 10 km en amont, nous avions observé un ensemble de 3 ponts datant de 3 époques radicalement différentes, et notamment un frêle pont inca que, je vous rassure, nous n’avons pas tenté de franchir. À peine quelques tours de roues plus loin, c’est un nouvel ensemble de 3 ponts qui retient notre attention. Le pont inca cette fois semble de bonne facture et nous n’hésitons pas à le franchir. Paradoxalement, c’est le pont moderne, comme perché sur un frêle échafaudage, qui parait le plus fragile. Cette fois, c’est Roberto que nous n’y engagerons pas, même si le GPS nous incitait à le franchir. La ville est par ailleurs très mignonne, assez typée amérindienne si l’on en juge par la façade de l’église et ses croix incas, par les décorations plumaires sur les maisons et par le condor qui domine la ville telle un Christ rédempteur. Et si l’on n’était pas convaincu, un parc thématique achève la démonstration (voir ci-dessous)
Un pneu, de tout…
Non loin de là, dans le même village, se trouve une attraction inhabituelle : un petit parc thématique représentant personnages et animaux de la cosmologie andine, réalisés principalement avec 30 tonnes de pneus usagés et quelques autres matériaux, tous récupérés sur la route Panaméricaine entre la ville voisine et ici. Ce sont des artistes de Cusco qui ont œuvré, à l’initiative de la municipalité. Parmi ces « statues », on distingue la trilogie inca (condor, puma et serpent), d’autres animaux sacrés tels le lion, le jaguar et le lama, les apus – montagnes transformées en dieux – tutélaires de la ville, et quelques autres personnages tirés de légendes locales, comme ce coq mocco.
Insolites
Cuzco, le nombril du monde Inca
Cuzco, est l’une des villes les plus emblématiques du Pérou. Perchée à 3 400 mètres d’altitude dans l’Altiplano andin, elle fut la capitale de l’Empire inca. Et même si ça n’a duré que trois siècles, les traces sont encore bien perceptibles aujourd’hui. En grande partie parce que les Incas savaient construire solide. Même si les Espagnols lorsqu’ils ont conquis la ville au XVIe siècle ont bâti leurs monuments sur les fondations des édifices incas tout en récupérant les pierres d’autres bâtiments, ils n’ont eu de cesse de reconstruire leur propre partie, régulièrement affectée par les tremblements de terre. Tandis que la base inca souvent était la seule chose qui tenait encore debout. On retrouve un peu partout en partie basse ces murs incas, dont les pierres s’assemblent si intimement les unes aux autres que l’on ne peut glisser une feuille de papier entre elles. La plus emblématique d’entre elle possède pas moins de 12 angles. Quel savoir-faire ! Il reste que les nombreux monuments coloniaux de la ville, même reconstruits, sont agréables à regarder et visiter. En 1983, Cuzco a été classée au patrimoine mondial de l’UNESCO.
Manger une paire de cuy…
La grande spécialité culinaire du Pérou, que l’on rencontre forcément dans une ville truffée de restaurants comme Cusco, c’est le cochon d’Inde, appelé ici cuy. Qui se prononce bien comme vous pensez. Lors de notre séjour précédent il y a 24 ans, avec nos enfants, possédant un cochon d’Inde à la maison, nous avions d’emblée écarté l’idée de déguster la chose. Mais avec le temps, sans enfant avec nous, il ‘était plus question de passer à côté de cette expérience gustative. Nous avons jeté notre dévolu sur le restaurant Mr Cuy (prononcer misteure couille) en plein centre-ville, spécialisé dans la cuisine de ces rongeurs. Bah finalement, passée la surprise de l’arrivée du plat, nous n’avons pas trouvé ça extraordinaire. Une chair rosée peu abondante et difficile à détacher, un gout entre le poulet et le lapin. Pas de quoi se pâmer comme un péruvien. L’accompagnement était très andin avec maïs blanc, pommes de terres, fèves, risotto de quinoa. Ne buvant pas d’alcool à cette altitude (ça favorise le mal des montagnes), nous avons opté pour la chicha morada, boisson andine associant maïs violet, ananas, pommes, cannelle, clous de girofle et citron vert. Plutôt bon quand ça n’est pas trop sucré.
Le quartier de San Blas
On vous emmène faire un petit tour dans ce quartier pittoresque perché sur les hauteurs de Cusco. Du temps des Incas, c’est là qu’étaient logés les artisans de haut niveau. Les Espagnols ont maintenu la tradition, détruisant juste le temple inca local pour le remplacer par une église appelée San Blas qui donne son nom au quartier. Si l’on excepte l’ascension difficile de ces étroites ruelles – à 3 400 m d’altitude il faut souvent reprendre son souffle – la promenade est pleine de charme. Artisanat de qualité partout, décoration des rues soignée, aspect moyenâgeux lié aux pavés et caniveaux centraux : une vie de bohème. Le plus dur est de devoir ralentir le pas pour redescendre !
1 arche, 3 croix, 3 cènes et 21 crèches
C’est un petit moment de détente qui nous attend au Musée d’Art Populaire de Cuzco. Ce petit musée est dédié à la présentation des œuvres d’artisans locaux, aussi bien traditionnelles que contemporaines, avec des sculptures, des céramiques, des travaux sur métal, des retables et bien d’autres créations artisanales. Ce musée est géré par l’Institut Américain d’Art de Cuzco, une institution active depuis 1937, et il participe chaque année à l’organisation d’une foire qui se tient le 24 décembre de chaque année et qui fait un peu office de concours, notamment sur le thème de la Nativité. Pas étonnant donc d’y trouver de nombreuses crèches avec de multiples déclinaisons en matériaux, ethnies, humour.
Sacsayhuamán
Sacsayhuamán est l’un des sites archéologiques les plus impressionnants et mystérieux de la civilisation inca, situé à quelques kilomètres au nord du centre historique de Cuzco, au Pérou. Perchée à plus de 3 700 mètres d’altitude, cette forteresse domine la ville et offre une vue panoramique sur la vallée de Cuzco. Elle a été construite au XVe siècle, principalement sous le règne de l’empereur Pachacútec, qui a redessiné la ville de Cuzco en forme de puma, Sacsayhuamán représentant la tête de l’animal, symbole de puissance dans la culture inca. Le site servait à la fois de forteresse militaire, de lieu de culte dédié au dieu Soleil (Inti), et de scène pour des cérémonies religieuses et des rassemblements publics. On retrouve dans son architecture les fantastiques murs incas, avec ces pierres parfois énormes et pourtant intimement assemblées. Sur un côté, 3 murs forment des zigzags parallèles. Une astuce défensive pour les uns, les dents du fameux puma pour les autres. En face de la forteresse aux formes anguleuses, une colline couverte de nappes ondulées et striées tranche. On dirait de grands toboggans, et le plus curieux c’est que c’est bien l’usage qui a été fait des ces coulées de boues solidifiées. Des enfants Incas aux touristes adulescents, des milliers de postérieurs ont dévalé ces pentes depuis au moins 7 siècles. La roche étant humide, nous n’avons pas tenté l’expérience, mais j’avoue que l’idée m’a effleuré.
Le coup du bébé alpaga
Dans les zones les plus touristiques de Cuzco, la scène est commune : une femme en habits traditionnels Quechua (très colorés et avec cette sorte de grande galette sur la tête) portant un adorable bébé alpaga dans les bras vous propose de faire, moyennant quelques soles, la photo du siècle : vous avec cette peluche vivante dans les bras à côté d’une autochtone, faisant croire à votre entourage que vous venez de participer à « Rendez-vous en terre inconnue ». Certes, l’aspect pécuniaire est évident et peut donner des états d’âme (que nous avons eus). Et l’intérêt du bébé alpaga n’est pas évident. D’un autre côté, c’est peut-être la seule rémunération de ces femmes, et c’est aussi une façon d’affirmer leur identité. Alors pourquoi pas…
Avant l’indigestion

Les ruines incas abondent dans la région de Cuzco qui était le fief de cette civilisation. Notamment le long de ce que l’on appelle la Vallée Sacrée des Incas. Un billet groupé permet d’en visiter plusieurs, pour le bonheur des passionnés de vieilles pierres et le malheur des autres s’ils accompagnent les premiers. Je ne parle pas pour nous sommes entre les deux : si l’on s’émerveille des premiers vestiges rencontrés, on sature vite. Alors, comme on ne vous parlera pas du Macchu Pichu que nous avons décidé de ne pas revisiter, nous nous permettons de mentionner le site de Pisac, à 1 heure de Cusco. Un peu différent des précédemment cités, il se distingue par ses terrasses agricoles en demi-cercle, ses temples éparpillés, ses tours de surveillance et ses habitations reconstituées. Les magnifiques terrasses bien vertes ne sont entretenues aujourd’hui que par les alpagas (déjà photogéniques par nature, mais dans un tel décor…) mais servaient autrefois à cultiver maïs, pommes de terre, quinoa et autres plantes. Le site est immense et parcouru de chemins de randonnées, depuis lesquels la vue est époustouflante. Quelques passerelles et tunnels très pentus peuvent même générer un peu d’adrénaline. Tandis qu’un vertigineux pan de mur inaccessible de l’autre côté d’un ravin, percé de centaines de tombes malheureusement pillées, peut susciter, lui, un brin d’émotion. Allez, c’est fini, on ne parle plus des ruines Incas.
Pisac, le village
Flore et faune
Les trouvailles sont quotidiennes, avec toujours beaucoup d’espèces jamais rencontrées auparavant.
Le monolithe de Saihuite
C’est un gros caillou trouvé au sommet d’une colline du sud du Pérou. Comme brisé en deux et avec une tranche très irrégulière, à la manière d’un fossile. Alors quelle bestiole préhistorique se cache à l’intérieur ? En fait il ne faut pas hésiter à employer le pluriel, car ce sont plus de 200 figures animales et végétales qui seraient présentes là. Ça paraît évident sur le dessin des experts mais beaucoup moins quand nos yeux profanes regardent le caillou. Par contre, lesdits experts n’arrivent pas à s’accorder sur la fonction du caillou : maquette de test pour le circuit de l’eau d’une ville, représentation symbolique de l’univers ou encore support d’adoration religieuse ? Moi je dirais zoo miniature pour la petite sœur du sculpteur. Jusqu’à preuve du contraire, ma version se tient.
Élections prochaines
Le 12 avril prochain, ce sera au Pérou le premier tour des élections présidentielles, en parallèle avec les législatives. Le président sera élu pour 5 ans au suffrage universel à 2 tours, comme chez nous quoi. Avec au moins 3 différences notables. La première est que les affiches électorales ne sont pas placardées à droite et à gauche, mais peintes sur une multitude de murs et autres bâtiments. Dont une ruine en pleine campagne juste derrière notre emplacement de bivouac. Nous avons pris en flagrant délit l’équipe venue peindre ces vieux murs. Cela dit, ils étaient peut-être en règle. La seconde différence, c’est que 35 candidats sont en lice, dont seulement 3 femmes. Et la troisième, last but not least, c’est que 7 ex-présidents sont soit incarcérés soit en cours de poursuites pour corruption… Le président élu en 2021 a été destitué moins de 2 ans plus tard pour « incapacité morale ». Sa colistière qui avait pris le relais a connu le même sort fin 2025, ainsi que le président du parlement nommé par intérim peu de temps après. La fonction semble éminemment éphémère ! Manifestement, la population n’en peut plus et souhaite évidemment du changement. Mais les partis politiques les plus en avance dans les sondages sont proches des sortants. A part une révolution, on ne voit pas trop comment la situation peut évoluer. Nous avions vu qu’en Bolivie, outre l’interdiction de la vente et de la consommation d’alcool, toutes les routes et aéroports nationaux étaient fermés les jours d’élections. Il ne semble pas que cela soit aussi radical au Pérou, mais nous nous interrogeons sur l’opportunité de sortir du pays avant les élections.
Pêche à la ligne
Qu’est-ce que qui a bien pu passer par la tête de ce peuple Nazca lorsqu’il s’est mis à dessiner sur le sol des araignées ou des colibris de 50 m de long ou encore ce pélican de 285 m d’envergure alors que personne à l’époque (de -500 à +500 av./ap. J.-C.) n’avait la possibilité de voir ces œuvres dans leur globalité ? Distraire les dieux ? Distraire ou rebuter les extra-terrestres ? Personne n’a la réponse aujourd’hui et probablement personne ne l’aura demain. Les Nazca eux-mêmes ne soupçonnaient peut-être même pas que leurs petites rigoles creusées dans le sol seraient encore là 2000 ans plus tard, ni que des gaspilleurs d’énergies fossiles comme nous auraient la possibilité de voir leurs dessins depuis les airs en lieu et place des dieux ou des extra-terrestres espérés. En tout cas pour nous ça a été une chouette expérience. D’abord une revanche sur le fait de n’avoir pas pu les survoler lors de notre premier voyage, pour cause essentielle de budget insuffisant. Et puis le plaisir de découvrir tout ça depuis les airs, avec l’aide quasi indispensable du guide-copilote car on peut très vite manquer ces figures – malgré leur taille – si on ne regarde pas à l’endroit précis. Merci donc à l’équipage d’AeroMoche (oui ça fait bizarre, mais les Moche – prononcer motché – sont un autre peuple précolombien) de nous avoir fait découvrir ces étonnants géoglyphes et de nous avoir ramenés en vie, à défaut d’être en forme. En effet, l’alternance des rotations à angle élevé, une fois dans le sens horaire puis une fois dans le sens antihoraire autour de chacune des 21 figures afin que chacun puisse bien voir a chaviré l’estomac de 4 passagers sur 6. Dans la moyenne parait-il…
Et ci-dessous une version en images statiques pour ceux qui auraient le mal de l’air ou du mal à charger la vidéo
C’est avec Nazca que nous clôturons ce second parcours péruvien. Nous allons maintenant remonter le long de la côte en empruntant la route Panaméricaine. D’autres découvertes à suivre donc, ne nous abandonnez pas !





























































































































