188. De Bogotá à Tunja

Nous quittons la frénétique Bogotá pour remonter tranquillement la cordillère orientale de la Colombie jusqu’à l’autre grande ville qu’est Tunja, pour des découvertes aussi variées que colorées.

Notre parcours de Bogotá à Tunja
Notre parcours de Bogotá à Tunja, en version zoomable ici

Jaime Duque : un parc d’attraction sans but lucratif

Le fait est suffisamment rare pour être mentionné : ce parc d’attraction a été créé en 1983 par Jaime Duque, pilote en chef d’Avianca Airlines et philanthrope, dans le but de créer un environnement éducatif et ludique pour les enfants de Colombie, tout en reversant l’intégralité des bénéfices à des œuvres caritatives. Proche de la ville de Briceño, à 35 km au nord de Bogotá, il se remarque de loin lorsque l’on voir émerger de son enceinte sa majesté le Taj Mahal, du moins une reproduction à l’échelle 1:1. Rien que cela nous a attirés…

En une après-midi, nous n’avons pu parcourir qu’une partie de cet immense parc de 28 hectares sillonné de sentiers, ponts et autres voies de chemin de fer. À titre indicatif nous avons pu voir un château hanté, une immense carte topographique de la Colombie située dans une volière, un parcours dans de longs couloirs bordés d’une centaine de dioramas racontant l’histoire du monde, le fameux Taj Mahal, la Main de Dieu (une main géante soutenant une sphère), une exposition sur les vêtements du monde avec des centaines de poupées, une reconstitution des 7 merveilles du monde antique dont un imposant Colosse de Rhodes et de non moins imposants Jardins Suspendus de Babylone, un brigantin grandeur nature, un navire de guerre, un avion de ligne, un bout d’un très grand zoo, et beaucoup d’attractions pour les enfants. Pour un visuel, cliquez sur ce lien : https://parquejaimeduque.com/zonas-y-atracciones/

Au total un mélange réussi d’éducatif et de ludique adapté à tous les âges, étonnamment peu connu des touristes


La mine de sel de Nemocón

Nous avions décidé initialement d’aller voir la mine de Zipaquirá, célèbre pour sa cathédrale de sel souterraine, à seulement 25 km de là. Mais après avoir lu beaucoup de commentaires défavorables (coût excessif, visites express, prédominance de la religion sur l’histoire minière, etc.) nous avons décidé de boycotter et d’aller visiter à la place la mine voisine de Nemocón, une expérience décrite par les visiteurs des deux comme plus authentique. Alors nous voilà affublés de casques, à descendre 80 mètres sous terre pour un parcours d’1,6 km dans les galeries, accompagnés d’un guide. On nous explique que le sel a été déposé ici il y a environ 700 000 ans lorsque la Colombie était recouverte par un océan, avant de prendre de la hauteur sous les poussées telluriques (la mine est aujourd’hui à 2 684 mètres d’altitude). Que son exploitation remonte au minimum au IVe siècle av. J.-C. (poteries retrouvées dans les galeries) avant de connaitre une extraction à plus grande échelle entre 1816 et 1968 (huit millions de tonnes de sel ramenées à la surface). La mine de Nemocón a depuis été aménagée pour le tourisme.

Au cours de notre cheminement dans un silence parfait, nous allons trouver des parois sombres desquelles émergent des « bouquets » de sel, formant parfois des cascades figées, des stalactites ou des stalagmites. Des mares de saumure à la surface parfaitement immobile vont rendre de jolis effets-miroirs, bien mis en valeur par des éclairages multicolores. Une chapelle en sel – utilisée tous les dimanches – accompagnée d’une crèche, un cœur d’un seul bloc de cristal de sel et quelques dioramas complèteront le décor. De façon inattendue, nous allons découvrir aussi les décors restants du tournage dans ces lieux du film « Les 33 » racontant l’histoire des 33 mineurs chilien bloqués en 2010 dans la mine de San José. Si vous vous rappelez, nous avions vu cette dernière en début d’année, une expérience émouvante après avoir revu le film.

Au total, une belle visite, que nous complèterons par un tour dans le charmant village de Nemocón. Aucun regret pour la cathédrale de sel !


Les falaises de Sutatausa

L’histoire se répète : nous avions décidé initialement de nous rendre au Lac de Guatavita, un petit lac de cratère pour l’homme mais un grand site sacré pour le peuple Muisca qui vivait là avant l’arrivée des Espagnols. Régulièrement, leur chef couvert de poudre d’or partait en radeau vers le milieu du lac, s’y immergeait et y jetait des offrandes en or elles aussi. De cette légende racontée aux Espagnols est né le mythe de l’El Dorado qu’ils ont désespérément cherché par la suite. Cette histoire aurait mérité une petite visite si là aussi l’organisation n’était pas démoniaque : visite guidée d’une heure obligatoire pour un parcours de 10 mn, tellement encadrée qu’un visiteur s’est senti « en prison », sortie par un lieu suffisamment distant de l’entrée pour avoir besoin de recourir à un taxi pour le retour, etc. Ce fut un nouveau boycott vous l’avez compris et nous avons poussé notre route jusqu’à un petit parking au pied de ces falaises de Sutatausa, inconnues de notre guide papier mais opportunément situées sur notre route.

On y grimpe par un petit sentier de 2 km pour moitié pavé, sans doute avec les roches détachées des falaises. Le chemin suit ensuite la ligne de crête entre 2800 et 3200 mètres d’altitude et offre un panorama aussi grandiose que vertigineux. Encore une belle expérience totalement improvisée.


La basilique de Chiquinquirá

Cette petite ville serait la capitale religieuse de la Colombie. Depuis un miracle survenu au XVIe siècle, quand la plus ancienne peinture du pays, représentant une vierge à l’enfant, sur le point de disparaître car très abîmée, retrouva d’un coup ses couleurs un lendemain de Noël. D’autres miracles survinrent dans la foulée, une église fut construite, puis une basilique, le processus habituel en pareilles circonstances. La visitant un 15 août, nous nous attendions à d’intenses cérémonies, mais c’était ignorer que depuis l’an dernier un jour férié a été créé spécialement pour célébrer la Vierge du rosaire dans tout le pays, le 9 juillet. Inutile de dire que ce jour-là, Chiquinquirá, sa place et sa basilique sont envahies de pèlerins.

À propos de jours fériés, ils sont très nombreux en Colombie. Avec 19 jours fériés officiels, le pays est dans le top 10 dans le monde à ce sujet. Si l’on compare, la France arrive dans le classement en 68ème position avec « seulement » 11 jours fériés. Mais nous restons mieux lotis que le Vietnam et les USA qui n’en possèdent que 6…


Les poteries de Ráquira

Dans cette ville dont le nom signifie « cité des pots », on travaillait l’argile bien avant l’arrivée des Espagnols, et cela reste une activité dominante aujourd’hui. Les amas de poteries en tous genres et à tous les stades s’accumulent dans la plupart des rues, à l’exception peut être de la rue et de la place principale qui se sont fourvoyées dans les affres du tourisme, en se parant de couleurs exubérantes et en transformant tous les ateliers d’artisanat en restaurants et boutiques de souvenirs. Mais elles sont faciles à contourner et nous avons préféré nous concentrer sur les boutiques au détail ou en gros de poteries brutes de cuisson. Le volume limité de Roberto nous a sauvé de toute tentation d’achat, alors que les photos-souvenirs n’occupent que quelques méga-octets dans nos smartphones. L’artisanat de Ráquira n’est pas limité à la poterie : on trouve aussi de jolis hamacs, de la vannerie, des sacs à main et des ruanas (ponchos colombiens) de bonne facture. Et je ne parle pas du prix bien sûr.

1. Une production qui ne date pas d’hier


2. La tirelire cochon serait-elle originaire de Colombie ?

Parmi toutes ces poteries, les tirelires cochons sont en bonne place parmi les favoris. Mais d’où vient cette pratique de transformer les cochons en tirelires ? La réponse est dans le carrousel ci-dessous !


3. Ráquira, artisanale et touristique

Selon certains, Ráquira serait l’une des plus belles villes de la région et, carrément, la capitale de l’artisanat de toute la Colombie. Côté esthétique, elle nous semble effectivement en bonne position, tandis que côté artisanat, il y a effectivement un grand choix. Après, les goûts et les couleurs… À vous de juger !


La maison en terre cuite d’Octavio Mendoza Morales

Maison en terre cuite, Villa de Leyva, Colombie
Maison en terre cuite, Villa de Leyva, Colombie

Un peu avant d’arriver à Villa de Leyva, nous sommes allés visiter cette maison insolite entièrement bâtie en terre cuite. Les courbes, l’asymétrie et la multiplicité des niveaux dominent, en une sorte de mélange entre Gaudi et le facteur Cheval. Mais les matériaux employés entrent ici dans une démarche écologique. L’architecte et céramiste qu’est Octavio Mendoza a souhaité privilégier l’usage des 4 éléments que sont la terre (cuite bien sûr), l’air (qui entre partout et anime de nombreux mobiles), l’eau (nécessaire pour mixer l’argile et présente dans le jardin) et le feu (indispensable pour « cuire » l’ensemble). La terre cuite serait l’un des matériaux les plus sains, tout en absorbant la chaleur du soleil le jour et la restituant la nuit. Ce qui n’empêche pas la présence d’une cheminée dans chacune des pièces toutes biscornues. Nous avons adoré explorer cette maison peu conventionnelle dans laquelle on se perd facilement. La cuisine et les salles de bains sont de petits joyaux. La décoration, dominée par des insectes en métal suspendus aux plafonds comme obstruant les fenêtres ou encore imposant le contact lorsqu’ils remplacent les boutons de la gazinière, peut paraître effrayante, mais elle est compensée par beaucoup d’objets plus sympathiques et par de nombreux espaces prévus pour s’asseoir. Je ne sais pas si nous pourrions y vivre mais nous sommes heureux d’avoir pu visiter la plus grande maison en terre cuite du monde.


Le monastère de la Candelaria

A quelques kilomètres de Raquirá, nous visitons ce beau monastère isolé dans un vallon boisé. En 1604, des  moines augustins espagnols qui vivaient dans des grottes près de là ont décidé d’améliorer leur quotidien et leur aura en fondant ce monastère. Qui n’a été achevé qu’en 1661, l’attente a dû leur paraître longue ! Il est occupé aujourd’hui par une vingtaine de moines colombiens et brésiliens qui vivent surtout dans les prières et la méditation mais accueillent volontiers les touristes pour une visite guidée. Nous voilà donc dans les pas de Frère Jonathan qui nous montre d’abord les superbes jardins, avant de nous commenter quelques-uns des tableaux qui entourent tout le cloître. Puis nous visitons différentes pièces dans leur jus de la première heure (XVIIe siècle donc), dont une chapelle avec un magnifique autel en bois doré centré par une peinture de Notre-Dame de la Candelaria, sainte-patronne du lieu. Nous finirons par une grotte, observant sur le chemin la résidence hôtelière appartenant au site, idéale pour une retraite spirituelle dans cette ambiance paisible et isolée. Nous demanderons d’ailleurs, comme d’autres l’ont fait avant nous, l’autorisation de dormir sur leur parking, mais malheureusement le père supérieur n’étant pas là, les moines nous refuseront gentiment. Tant pis, nous irons plus loin.


Le festival de comètes de Villa de Leyva

La grand-place de Villa de Leyva, la plus grande de Colombie avec ses 120m de côté, l’une des rares du pays qui ne s’appelle pas Bolivar, est aussi l’une des plus ventées du pays, particulièrement adaptée à l’envol de comètes. Oui, c’est comme ça qu’on appelle les cerfs-volants ici. Et d’ailleurs nous autres Français sommes bien les seuls à voir des cervidés voler dans le ciel. À part peut-être la veille de Noël… La confusion date du XIIe siècle, lorsque les premiers engins volants de cette sorte arrivèrent d’Asie. Du fait de leur morphologie courante de dragon ou de serpent, les locuteurs occitans – c’est par là que ça a dû arriver – les ont appelés serp-volantes (serpents volants). Quand on est capable d’appeler un pain au chocolat chocolatine, la confusion est plausible. Et puis chacun sait que les cerfs ne volent pas mais restent derrière leur fenêtre au cas où un lapin traqué par des chasseurs aurait besoin d’un coup de main.

Mais ne nous égarons pas, nous sommes venus à Villa de Leyva pour voir le festival annuel de cerfs-volants. Une journée sur les 4 sera suffisante tant la foule est immense voire oppressante. Le parking municipal gratuit où nous séjournons s’emplit d’une multitude de bus et de voitures dès le milieu de la matinée, qui continuent d’arriver jusqu’au milieu d’après-midi, déversant une foule de visiteurs que les petites rues du centre-ville ont du mal à contenir. Villa de Leyva possède un certain charme, avec ses maisons basses au toit de tuiles, aux balcons de bois sculptés et aux murs blanchis à la chaux, mais elle a perdu hélas toute authenticité en s’ouvrant excessivement au tourisme. Les rues du centre ne sont qu’un alignement de bars, de restaurants et de boutiques à touristes, faisant regretter les tiendas pittoresques des villages alentour. Quant au festival lui-même, si les multiples cerfs-volants réunis en un même lieu offrent forcément un spectacle visuellement agréable, nous avons trouvé qu’ils manquaient d’originalité, basés essentiellement sur des ailes delta, ne justifiant pas d’attirer toute cette foule. En tout cas rien à voir avec les superbes modèles asiatiques ou même les cerfs-volants géants du nord de la France.

Villa de Leyva : la ville

Villa de Leyva : le festival de cerfs-volants


Nuit sur les hauteurs

Après le parking municipal bruyant où nous avons tout de même passé deux nuits, nous avions besoin d’un lieu paisible et si possible proche de la nature. Sur notre route vers Tunja, nous trouvons notre bonheur au bord un petit chemin de terre longeant une crête de collines. Le vent nous a bousculé un peu en fin de journée mais s’est calmé la nuit. Superbe paysage autour de nous avec une vue sur 2 vallées, un petit lac tout rond et de jolies formations rocheuses dans un canyon. Voilà un moment que nous n’avions pas goûté à la pleine nature en Colombie. Vive la vie nomade !


Nous allons maintenant rejoindre Tunja, la capitale de la région. Ce ne devrait être qu’un bref point de passage vers les charmants villages de la cordillère orientale. À bientôt !


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