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  • 169. L’extrême-Nord

    169. L’extrême-Nord

    Nous voici partis pour notre dernière étape chilienne, encore majoritairement dans le désert d’Atacama, son aridité extrême, ses mines de salpêtre actuelles ou passées, ses stations balnéaires, mais aussi ses traces de météorites, ses géoglyphes, ses momies. Et puis le retour des hautes montagnes à l’approche de la Bolivie. Du beau Monde tout ça, dans le sens propre du terme.

    Parcours correspondant à cet article, en version zoomable ici

    Maria Elena la rescapée

    De la centaine de villes qui exploitaient l’or blanc du Chili, le salpêtre, Maria Elena est la seule encore en activité. Rappelons que le Chili regorge de ce minerai autrefois indispensable en tant qu’engrais naturel ou comme ingrédient majeur des explosifs et carburants pour fusées. Le Pérou, la Bolivie et le Chili se sont même battus à l’époque pour détenir ces gisements précieux du désert d’Atacama, comme on se bat aujourd’hui pour les métaux rares ou encore le pétrole. C’est le Chili qui l’a emporté, faisant perdre à la Bolivie son accès à la mer. Entre temps, des engrais azotés ont pu être synthétisés à partir de 1909 et toute l’activité d’extraction chilienne a commencé à décliner, s’effondrant d’un coup après la crise de 1929. Maria Elena (du prénom de l’épouse du premier directeur de la mine…) est la seule à avoir maintenu une petite activité, grâce notamment au regain d’intérêt pour les produits naturels par rapport aux chimiques, et puis aussi en se diversifiant dans la production d’iode, de lithium et …d’énergie solaire. La ville a pu conserver une bonne partie de son architecture du XIXe siècle et un côté un peu Far West nord-américain. Un joli musée gratuit décrit toute l’histoire de cette épopée, en commençant par les premiers habitants des lieux, en décrivant la progression des techniques d’extraction, l’essor de la ville à l’âge d’or et les mouvements ouvriers qui ont suivi la chute brutale de la demande.


    Impacts de météorites

    Le désert d’Atacama est le plus vieux désert sur Terre, avec des âges de surface dépassant par endroits les 20 millions d’années. Son aridité extrême permet une excellente conservation du sol et de tout ce qui y tombe. Et notamment des météorites, dont la densité d’environ 200/km² est l’une des plus élevées au monde. Régulièrement, des battues très similaires à celles des enquêtes criminelles sont organisées pour recueillir des échantillons. D’autres météorites de plus grande taille laissent des cratères, et en apprenant que l’un d’eux se trouvait presque sur notre route, près de la ville de Quillaga, nous sommes allés y jeter un œil. Un joli ruban de bitume posé sur le désert mène jusqu’au sommet et pas un mètre de plus, montrant par là les efforts du gouvernement chilien pour faciliter l’accès aux attractions touristiques, en général très bien indiquées. Le diamètre du plus grand cratère – il en existe de plus petits au voisinage – fait 280 m, ce qui permet d’estimer celui de la météorite ayant créé l’impact à environ 12 mètres. Un peu comme si la maison de deux étages de votre conseillère fiscale s’était écrasée sur le sol.


    Drôles d’oiseaux

    C’est lors d’une pause déjeuner que nous remarquons ces gros oiseaux agglutinés sur les arbres et de vieilles tours métalliques subsistant après le déclin d’un village minier (un de plus). Manifestement des oiseaux de proie mais lesquels ? Je m’approche prudemment de l’un de ces volatiles peu engageants pour lui tirer le portrait et l’envoyer sans préjuger de ses droits à l’image à Google Lens. Verdict : un urubu à tête rouge, qui ne se nourrit que de charognes. Ouf ! Je peux alors détourner le regard et examiner l’environnement. Je tombe sur des fleurs jaunes d’où émanent des sortes de fils rouges à la manière des tentacules des méduses. Google Lens est encore mon ami, bien que me sortant un nom d’oiseau. Cette fleur originaire d’Argentine et d’Uruguay, appelée a priori Césalpinie de Gillies (ou plus scientifiquement Erythrostemon gilliesii) est aussi connue sur place sous le nom d’oiseau de paradis. Mais rien à voir avec la fleur que nous connaissons tous et qui tire son nom de son analogie morphologique avec le paradisier, le véritable oiseau de paradis.


    Géoglyphes

    C’est une autre particularité de ce désert d’Atacama qui décidément en regorge : la région est couverte de géoglyphes, ces figures réalisées sur le sol en le creusant légèrement, en y accumulant des roches foncées ou bien en associant les deux techniques. Le tout en profitant d’une longue durée de conservation grâce aux conditions climatiques locales. Loin de vouloir communiquer avec les extra-terrestres comme à Nazca, l’objectif était ici plus prosaïque : fournir des repères de navigation et indiquer les points d’eau ou de repos aux caravanes de lamas et autres utilisateurs des routes commerciales à travers le désert. Les grandes figures humanoïdes sur les flancs des montagnes, comme ce géant d’Atacama de 86m de haut, permettaient de vénérer les dieux. Des repères astronomiques permettaient de mieux se situer dans les saisons. Et puis la grande diversité des figures témoigne d’une volonté de représenter le quotidien. Cela dit, tout n’a pas été décrypté. Nous avons vu plusieurs de ces sites, dont celui de Cerros Pintados avec ses nombreuses figures sur plusieurs kilomètres, celui du Cerro Unita portant le géant d’Atacama et celui de Tiviliche avec ses colonnes de lamas. Sans parler de nombreux géoglyphes visibles au bord des routes. Nous étions presque toujours seuls lors de ces visites. Les Chiliens semblent blasés, à moins qu’ils n’en aient dans leur jardin…

    En complément des photos traditionnelles, le drone est ici souvent utile. Vous pouvez aussi vous aider de Google Maps en mode satellite ou de Google Earth pour découvrir ces structures depuis votre ordinateur ou smartphone. J’ai mis quelques exemples. Ne manquez pas les « cas particuliers » dans le second diaporama.


    Piquant de lapin à Pica

    Pica serait la seule vraie oasis du Chili, nichées en plein cœur du désert d’Atacama. L’explosion de la végétation à ces endroits après avoir conduit des centaines de kilomètres sans voir même un buisson est toujours spectaculaire. Elle est liée à la résurgence dans son sous-sol de nombreuses sources dont plusieurs thermales. Outre la production de vin, de fruits et légumes, Pica a bien développé un tourisme plutôt familial. Parc aux dinosaures, escalade, baignade dans des bassins naturels et nombreuses pensions et restaurants. La ville est colorée, à échelle humaine, et nous y avons fait une pause agréable. Les bains thermaux n’étaient pas à la hauteur de leur réputation, mais j’ai pu déguster au restaurant mon premier picante de coñejo, un plat typique de la région que je cherchais depuis un moment. Des morceaux de lapin mijotés dans une sauce mêlant piment et épices, accompagnés de pommes de terre cuites à l’eau enrobées de coriandre. Miam ! Claudie a préféré un ragoût de bœuf qui n’était pas mal non plus. En boisson, nous avons naturellement opté pour un jus de mangue savoureux et parfumé. Avec les immenses manguiers présents partout dans l’oasis, cela s’imposait. 1,5 litre à deux tout de même…

    Le lien pour l’histoire du petit chien de Lipigas c’est ici. C’est en Espagnol, lancez si besoin la traduction de votre navigateur.


    Humberstone, la mine de salpêtre la mieux conservée

    Nous complétons en beauté notre collection de villes du salpêtre avec Humberstone, une vraie ville-musée inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO. 3000 habitants y vivaient à son âge d’or et l’on n’en doute aucun instant en flânant dans les rues restées paradoxalement assez vivantes grâce à une bonne mise en valeur. Les maisons d’habitation ont été réaménagées en petits musées à thème portant sur les outils, les jouets, la santé ou tout simplement le logement de l’époque. Les commerces et les bâtiments publics sont mis en scène. Les difficultés de la vie des mineurs et de leurs familles ne sont pas occultées, comme par exemple la paie en forme de bons d’achats utilisables exclusivement dans les boutiques de l’usine ou les difficultés d’accès à la santé. Côté industriel, c’est un régal pour les amateurs de vieilles usines : la plupart des infrastructures sont conservées et illustrent bien les procédés de traitement du minerai. Les bâtiments sont rouillés à souhait, la lumière et le vent jouent merveilleusement dans les trous des tôles du plafond. Enfin, une salle commémore l’un des évènements terribles de la chute de l’activité, avec l’assassinat de 2 à 3000 grévistes venus se réfugier dans une école. L’usine a fermé en 1960 mais la mémoire du site reste intacte grâce à cette bonne mise en valeur. Très inspiré, j’ai pris 216 photos lors de cette visite. La sélection pour le blog va être difficile !


    Iquique entre sable et sable

    Iquique est une station balnéaire très prisée des Chiliens. L’accès n’est pourtant pas si simple, la ville étant coincée entre une sorte de méga-Dune du Pilat et l’océan Pacifique. Les touristes viennent profiter des plages, surfer sur des vagues renommées, s’envoyer en l’air en parapente ou encore acheter hors-taxes dans la zone franche. Et rien que sur les plages, ils étaient nombreux le dimanche de notre visite, avec leurs parasols « à tout-touche » (une expression que nous sommes peu à connaître mais que je trouve très imagée), les nombreux vendeurs ambulants et les maîtres-nageurs peu enclins à faire sortir les gens de l’eau malgré le drapeau rouge hissé partout. En fait, c’est plutôt l’histoire de cette ville qui nous a intéressés : enrichie grâce au salpêtre comme beaucoup de ses voisines, elle a été au cœur de la bataille du Pacifique qui a opposé le Chili à ses 2 voisins pour s’accaparer davantage de terrains miniers. Une bataille navale célèbre a eu lieu dans ses eaux et l’un des navires les plus emblématiques de la flotte chilienne a été reconstitué. La rue piétonne centrale a conservé aussi beaucoup des bâtiments que se faisaient construire les riches exploitants de ce marché juteux du salpêtre. Importées directement des USA avec leur structure en bois d’Oregon. Un style qui n’a rien à voir avec les maisons chiliennes. Malgré tout, nous n’avons pas été emballés plus que ça par la visite. Contournable donc.


    San Miguel de Azapa et la culture Chinchorro

    Les Chinchorros étaient un peuple andin qui a vécu entre 7000 et 1000 av. J.-C, principalement le long des côtes car ils vivaient de la pêche, de la chasse et de la cueillette. Et particulièrement dans la région de San Miguel de Azapa où nous sommes aujourd’hui. Disparus bien avant l’arrivée des Espagnols, les Chinchorros sont pourtant célèbres pour leurs pratiques funéraires : ils momifiaient leurs défunts plusieurs millénaires avant les Égyptiens, pourtant réputés maîtres en la matière. A la différence de ces derniers, il n’était pas besoin d’être de haute classe pour être momifié. On retrouve notamment les restes de nombreux fœtus et nouveau-nés. La méthode était aussi particulière : après avoir enlevé peau et viscères, ils consolidaient les membres  avec des tiges de bois et remettaient la peau qu’ils enduisaient de pigments rouges ou noirs , avant de recouvrir le visage d’un masque d’argile. Un musée étonnamment moderne pour une petite ville qui ne le parait pas, nous décrit parfaitement tout ça, en y ajoutant la culture des Aymaras, un peuple précolombien qui, lui, a survécu, principalement sur les hauts-plateaux andins. Ils représentent aujourd’hui 25% de la population bolivienne, alors nous devrions de nouveau en entendre parler !


    Culture ancestrale

    A l’instar des chenilles dont l’aspect ne présage en rien du papillon qui suivra, ces grandes fleurs jaunes du jardin du musée n’offrent aucune indication sur leur potentiel. Et pourtant, elles sont cultivées depuis plus de cinq millénaires pour produire quelque chose que vous portez probablement sur vous aujourd’hui. La fibre textile naturelle la plus utilisée au monde encore en 2026. Je veux parler bien sûr du coton. Cela dit, ces fleurs n’étaient que décoratives, le Chili n’étant pas un pays producteur. Dans le même jardin, j’ai pu filmer quelques colibris dans une allée d’hibiscus.


    Arica, la ville au climat parfait

    La station portuaire et balnéaire chilienne est la dernière ville que nous visitons au Chili. Très prisée des touristes péruviens et boliviens, peu revanchards d’avoir perdu leur port après la guerre du Pacifique. Les plages sont plus nombreuses qu’à Iquique, l’eau y serait plus chaude et plus tranquille. Et puis le climat est idéal : températures jamais en dehors de la tranche 12-27°C, 0,1mm de pluie par an, 70% de ciel bleu entre mai et septembre. Un climat doux et sec toute l’année qui fait surnommer Arica « la ville de l’éternel printemps ». Ça ne vous fait pas envie ? En plus les Français sont bien vus ici : la cathédrale et l’ancienne gare ont été conçues par Gustave Eiffel. Et puis nous on a fait tourner le commerce en changeant les plaquettes de Roberto, en le faisant nettoyer et en augmentant de 50% son autonomie en diesel à l’aide de bidons. En prévision de notre passage en Bolivie où les stations-services sont espacées, pas toujours prêtes à servir les étrangers et parfois non accessibles à cause des fréquents barrages routiers.


    Peuples andins

    Drapeaux peuples andins

    11% de la population chilienne se revendique autochtone. L’état a reconnu 11 peuples différents, dont 80% de Mapuches, ardents défenseurs de leur communauté occupant le centre-sud du Chili. C’est le drapeau de droite sur la photo. Au nord, on retrouve plutôt des Aymaras et des Quechuas, unis sous la bannière de la Whapala et ses 49 cases, disposées en 7 colonnes de 7 cases de 7 couleurs. Selon la couleur figurant sur la diagonale, le peuple représenté vient d’une région différente de l’empire inca. Plus nous approchons de la Bolivie, plus ces drapeaux fleurissent partout, volontiers accrochés à la ceinture des habitants. Car là-bas, c’est la moitié de la population qui est d’origine autochtone.


    La grimpette

    Nous allons maintenant traverser le Nord du Chili d’Ouest en Est, partant d’Arica au niveau de la mer pour rejoindre 200 km plus loin la frontière bolivienne à 4 680 m d’altitude. Une belle grimpette en perspective ! La route est magnifique encore une fois, mais elle monte comme prévu de façon soutenue et permanente. En deux à trois heures, nous allons encaisser un dénivelé de 3760 m. Nous sommes à Putre, un mignon petit village perdu dans une vallée verte au creux de grandes montagnes, et il nous reste encore 62 km jusqu’à la frontière. Cette ascension brutale nous a donné quelques maux de tête, sans parler d’un essoufflement au moindre effort (comme faire la vaisselle ou mettre ses chaussures, mais oui), alors nous décidons de rester une journée de plus ici pour nous acclimater. Des thermes sont à proximité, c’est le moment idéal !


    Les thermes jurassiques

    Je ne sais pas si c’est la traduction exacte de Termas Jurasic, mais ce côté préhistorique leur va bien. Au bout d’une petite route revêtue d’asphalte mais aussi de beaucoup de trous, ayant dépassé les 4000 m d’altitude, nous tombons sur des bâtiments assez sommaires. L’accueil est chaleureux. Nous acquittons le droit d’entrée de 4€/personne puis le propriétaire nous indique la direction des thermes 200m plus bas. Le décor de montagnes parfois ocres parfois vertes est superbe. Un torrent boueux coule au fond d’un vallon. À mi-pente, nous découvrons un ensemble de petits bassins fumants, certains en béton à moitié carrelé, d’autres comme de simples mares, alimentés par des tuyaux aériens. Le vestiaire est plus que rustique mais rien de gênant dans tout ça. Nous sommes seuls. Nous nous mettons en tenue et faisons trempette dans les bassins successifs. La température dans les 38-40°C est idéale, surtout avec la température ambiante qui avoisine les 10°C. Impossible par contre de se placer sous l’eau des tuyaux qui alimentent les bassins : elle est brûlante. Nous passons un bon moment dans cet endroit hors du commun et en sortons totalement délassés et sans plus aucun mal de tête. La composition affichée indique une eau riche en chlorures et sulfates, un peu comme aux thermes de St Gervais où j’ai travaillé 25 ans. Séquence nostalgie…


    La fin du Chili

    Après cette petite pause, nous reprenons notre ascension vers la frontière bolivienne et ses 4 680m d’altitude. C’est un nouveau record pour Roberto qui avait atteint au maximum les 4 350m à la montagne des 14 couleurs en Argentine. De notre côté, je n’ai plus le chiffre exact en tête, mais nous étions parvenus un peu au-dessus de l’altitude du Mont Blanc lors d’un voyage au Pérou en 2002. A ces altitudes, l’air particulièrement transparent met bien en valeur le contraste entre les sommets enneigés et les différents tons de vert de la végétation. Les abords du volcan Parinacota (6 348m) sont d’une beauté à couper le souffle déjà peu vaillant, surtout aux abords du Lac Chungara lorsqu’il s’y reflète.


    Le poste frontière chilio-bolivien est maintenant tout proche. Allons-nous connaître les mêmes déboires que notre passage précédent à Ollaguë ? Vous le saurez dans le prochain article, un peu de suspense ne fait pas de mal ! Alors à très bientôt en Bolivie.

  • 157. La route 40

    157. La route 40

    La route 40, au kilomètre 1960. Le kilomètre zéro est tout au sud, au Cap Virgenes
    La route 40, au kilomètre 1960. Le kilomètre zéro est tout au sud, au Cap Virgenes

    Avec ses 5000 km, c’est la plus longue et la plus célèbre route d’Argentine. Un symbole, même. Elle longe la Cordillère des Andes du sud de la Patagonie jusqu’à la Bolivie tout au nord, traversant des paysages extraordinaires et variés. C’est le trajet privilégié des road-trippeurs de la panaméricaine, ceux qui vont d’Anchorage en Alaska à Ushuaia, mais pour notre part nous n’avons emprunté jusqu’ici que quelques tronçons, itinérant davantage en zigzags qu’en lignes droites. La partie incluse dans cet article part de la Rinconada, un peu avant Junin de los Andes, jusqu’à Tecka, avant de retraverser vers l’Est, fait tout de même 552 km. Par chance, c’est une partie asphaltée (50% de la route 40 ne l’est pas…), même si les nids-de-poule sont nombreux. A noter que c’est seulement depuis 2004 que le kilomètre zéro est au sud. C’est assez pratique pour nous : les bornes kilométriques nous donnent une idée de ce qu’il nous reste à parcourir jusqu’à Ushuaia, même si la route 40 n’y passe pas. Depuis notre photo du kilomètre 4040 dans le nord de l’Argentine, nous nous sommes un peu rapprochés !

    Parcours correspondant à cet article
    Le parcours correspondant à cet article, en version zoomable ici

    A la trace

    Commençons par El Chocon, une petite ville au bord d’un grand lac de barrage, où suite à la découverte par des promeneurs de restes fossiles confirmés appartenir à des dinosaures, une activité de recherche paléontologique a débuté en 1980. Couronnée de succès 13 ans plus tard puisqu’un squelette de Giganotosaurus carolinii, un dinosaure théropode carnivore de 14 m de long, daté de 100 millions d’années, a été découvert. D’une morphologie proche du T. rex mais plus grand que lui. Comme souvent en pareil cas, un musée a été érigé à l’occasion, intégrant un laboratoire de recherche pour les pros et une réplique grandeur nature pour le public. Mais l’exceptionnel se situe à quelques kilomètres de là, sur les rives du lac. Nous découvrons pour la première fois de notre vie des empreintes d’iguanodons, vous savez, ces paisibles dinosaures herbivores au long cou qui jouent le rôle des gentils dans le film ou le livre « Le Monde Perdu ». Il y a 100 à 120 millions d’années, ils ont marché sur un sol un peu mou qui s’est rapidement recouverts de sédiments protégeant les traces jusqu’à ce que l’érosion des sols ne les redécouvre que maintenant. Ce sont plusieurs séries de pas bien visibles sur une des rives du lac, protégées par un enclos et des passerelles d’observation. Merci aux « empreintologues » préhistoriques qui ont su déterminer de quelles bêtes il s’agissait.


    Dans la ville suivante, Junin de los Andes, c’est une toute autre trace que nous allons suivre : des motifs des indiens Mapuches incrustés sur les marches d’un chemin très particulier. Un chemin de croix en vérité, dont parlait vaguement notre guide, appelé Via Christi, et que nous avions décidé de gravir plutôt pour nous dégourdir les jambes et avoir un joli panorama sur la ville. Mais nous tombons par hasard sur une œuvre exceptionnelle, le fruit de 7 décennies de travail à l’initiative d’un sculpteur local, Alejandro Santana. Une première ascension d’1h30 permet de parcourir les 23 stations de ce chemin de croix avec 55 œuvres d’art retraçant les moments clés de la vie de Jésus Christ, mais aussi des éléments de la culture Mapuche, de l’histoire locale et même mondiale. Les visages des personnages ont des traits hispaniques, mapuches et métissés, tandis que certaines stations intègrent des figures historiques comme Gandhi, Martin Luther King, Mère Teresa. L’objectif, comme le dit le site, est de « créer un dialogue entre la tradition chrétienne et la cosmovision mapuche, offrant une relecture interculturelle de la vie du Christ ». Tout est dit ? Non ! Le clou du spectacle – si j’ose l’expression dans ce contexte intégrant une crucifixion – est encore à 30 mn d’une grimpette assez raide sur un sentier en zig-zag au-dessus de la station 23. On parvient ainsi jusqu’au sommet de la Montagne de la Croix d’où semble émerger un Christ ressuscité de 57 mètres de haut et 47 mètres de large. Seuls dépassent du sol sa tête, ses mains et ses jambes, en une structure polygonale de métal et de verre. On peut d’ailleurs, à l’instar de la Statue de la Liberté, entrer dans la tête. Et en ressortir par le cou. Aussi inattendu qu’exceptionnel !

    Sur le chemin du retour, deux autres traces viennent compléter cette journée à thème (oui, nous avons vu tout ça dans la même journée !). Je vous laisse lire les légendes.


    Syncrétisme encore

    Toujours à Junin de los Andes, nous passons jeter un œil à une belle église qui nous en fait, éclatante au soleil et encore magnifiée par les superbes araucarias qui l’entourent. Là aussi, manifestement, la religion chrétienne et la culture mapuche sont intimement liées. Le bois omniprésent, les motifs textiles en laine de part et d’autre de la nef, les traits mapuches du Christ ressuscité, les vêtements de style autochtone de la Vierge, l’autel reposant sur 4 pierres, les motifs du carrelage, l’intégration de la pierre sur le bâti et les cènes de la vie quotidienne sur les vitraux en sont autant d’exemples. Cela était sans doute nécessaire à la conversion des autochtones au Christianisme. C’est comme pour la politique, il faut faire de compromis pour avancer !


    La Chamonix argentine

    La ville suivante, San Martin de los Andes, est bien différente. Elle a tout d’une station de sports d’hiver avec ses magasins de sport, ses boutiques de luxe, sa kyrielle de restaurants, ses chocolateries et ses touristes qui déambulent, pas trop nombreux puisque la saison vient de se terminer. Vous l’aurez compris, ce n’est pas le coup de cœur, surtout pour d’anciens résidents haut-savoyards.


    La Route des 7 Lacs

    Nous avions entendu parler (notre guide papier, toujours) de cette Route des 7 Lacs, joignant en 107 km San Martin de los Andes à Villa Angostura, comme d’un parcours paradisiaque : lacs bleus ou verts entourés de montagnes majestueuses habillées de sapins s’y reflétant, silence apaisant, ravitaillement d’empanadas gratuit à chaque étape, etc. Enfin pour le dernier critère, je ne suis plus bien sûr des termes exacts. Mais la météo a décidé de tirer un coup de gomme sur toutes ces promesses. Le ciel, d’un gris uniforme, s’était visiblement donné pour mission d’aplatir toute tentative de relief. Les montagnes avaient décidé de faire grève, se cachant derrière des rideaux de nuages – à défaut de gilets jaunes. Les lacs ? De grandes flaques, oui. Quant aux empanadas… ah c’est vrai je n’étais plus bien sûr…

    Le plus rageant venait des panneaux touristiques montrant devant chaque lac ce que nous aurions pu voir : des montagnes enneigées se reflétant en miroir dans une eau azur, des petites îles au milieu, quelques kayakistes tranquilles. Pour peu, je me serais contenté de vous mettre des photos de ces panneaux… Mais ç’aurait été travestir la réalité d’un voyage qui n’est pas fait que de jours de beau temps. Et puis finalement, je trouve un certain charme à certaines de ces photos. Pas vous ?


    On passe le bac d’abord

    Le soleil finissant par se réveiller, nous faisons un petit détour par le village de Villa Llanquin. Au bord d’une rivière d’un bleu-vert magnifique dont on a vu les méandres un peu plus haut, ce village, situé de l’autre côté du cours d’eau par rapport à la route, a la particularité de se rejoindre uniquement à l’aide d’un bac. Celui-ci, sommaire et gratuit, est mobilisé par 2 hommes et, grâce à un ingénieux système de poulies, par la force du courant. Qui est telle que les passagers doivent descendre et prendre la passerelle piétonne juste à côté, tandis que le conducteur doit lui-même se tenir à côté de son véhicule pendant la traversée, améliorant ainsi sans doute ses chances de survie en cas de chavirage intempestif. Une fois les émotions passées, après avoir visité cette petite bourgade paisible, nous avons passé une nuit super tranquille au bord de la rivière. Avant de retraverser le lendemain !


    San Carlos de Bariloche

    C’est une destination incontournable pour les touristes argentins et, il semble bien, internationaux. Ce serait la « perle de la Patagonie argentine ». On y vient apparemment pour son décor fabuleux fait d’une impressionnante chaîne de montagnes enneigées entourant un immense lac, pour ses randonnées en forêt, pour le ski en hiver, pour les sports nautiques en été, et pour le chocolat artisanal toute l’année.

    Si nous sommes d’accord pour le décor fabuleux, cela ne vaut qu’en dehors de la ville, car malheureusement, l’architecture de cette dernière n’est pas à la hauteur, comme partout en Argentine. On retrouve un assemblage de bâtiments aussi ordinaires qu’hétéroclites et de résidences au style alpin qui ont du mal à trouver leur place dans ce chaos.

    Et, à l’instar des rives du Léman ou du littoral méditerranéen, toute la vue depuis la route qui longe le lac est verrouillée par les résidences privées. Il nous faudra nous éloigner de plusieurs dizaines de kilomètres du centre-ville pour retrouver une nature accueillante et des panoramas fantastiques.


    Sale temps à El Bolsón

    a) Des truites invasives ?

    La région d’El Bolsón, toujours sur la route 40, est connue pour ses fermes d’élevage de truites, ce qui pourrait paraître assez ordinaire dans cette région montagneuse aux eaux vives. Mais vous allez voir qu’il y a aussi un côté polémique à cette activité. Alors qu’il pleut en continu depuis le début de la matinée, nous nous arrêtons pour visiter l’une de ces fermes, Granja Larix. Après tout, la pluie ne doit pas trop gêner les truites, déjà mouillées. Nous en observons un certain nombre, à des âges différents, dans les bassins extérieurs. Les panneaux indiquent que les espèces élevées ici sont des truites arc-en-ciel. Tout en n’indiquant pas, comme j’ai pu le lire sur Internet, que l’espèce n’étant pas native du coin, cela pourrait poser de graves problèmes à la biodiversité locale. On connait l’histoire pour les tortues de Floride importées en Europe. Presque convaincus de l’utilité d’un boycott, nous passons tout de même faire un tour à la boutique. A 7,50 € le filet de truite sous vide, nous avons été totalement convaincus !


    b) El Bolsón n’aime pas les camping-cars

    Toujours sous la pluie, nous faisons une courte pause au centre-ville un peu plus loin. Un peu partout, des panneaux annoncent que les camping-cars et les caravanes ne sont pas les bienvenus. En France c’est assez commun sur le littoral, mais ici ? Nous nous garons tout de même sur le parking devant la mairie et bravons le panneau. Prêts à arguer que nous ne ressemblons en rien au véhicule ou à la remorque dessinés sur le panneau. D’ailleurs, un peu plus loin, nous trouverons un fourgon aménagé argentin garé tout près d’un panneau similaire. De toutes façons, il n’y avait pas grand-chose d’intéressant dans cette ville. À part quelques sculptures colorées dans les arbres morts de la place centrale et une jolie mosaïque devant l’hôpital. Nous avons vite repris la route avant que l’on nous mette une multa. C’est le mot espagnol pour contravention.


    Ça se termine à Tecka

    Ce village de moins de 1000 habitants ne figurait pas, et à juste raison, sur notre guide. Il nous a juste paru opportunément situé pour une halte nocturne avant notre nouvelle traversée d’Ouest en Est de l’Argentine. Tout proche de l’embranchement avec la route 25 qui nous ramènera à la mer, possédant une station-service pour faire le plein avant de traverser un désert de plus de 500 km, il dispose aussi d’un endroit calme et en pleine nature recensé par les utilisateurs de l’application iOverlander pour passer une nuit tranquille. D’après ce que nous pouvons voir autour de nous, ce coin perdu vit surtout de l’agriculture et de l’élevage. J’ai eu l’occasion de parler à la fois avec un habitant qui promenait ses chiens, mais aussi avec un mouton venu expressément à ma rencontre. Pourquoi pas ?


    C’est ainsi que nous quittons la route 40 et les paysages montagneux pour rejoindre la Péninsule de Valdés, un vaste parc naturel où nous nous attendons à voir des baleines, des lions de mer, des pingouins et autres animaux marins. Un joli programme, non ? Rendez-vous au prochain épisode pour vous le raconter !

  • 156. La pampa humide

    156. La pampa humide

    C’est comme cela que se décrit cet immense territoire de plaines de basse altitude s’étendant sur tout le centre-est de l’Argentine. La pampa humide est particulièrement propice aux cultures des céréales et du maïs, ainsi qu’à l’élevage bovin ou ovin dont les gigantesques troupeaux éparpillés à perte de vue broutent volontiers les pieds dans l’eau. On peut imaginer que les moustiques sont rois dans la région, mais, et peut-être parce que l’on sort de l’hiver austral, nous n’en avons guère subi les conséquences. De Buenos Aires où nous avons récupéré Roberto après notre parenthèse française, nous rejoignons la côte Est à Mar del Plata, via de petites villes intéressantes comme San Miguel del Monte, notre première étape, ou surtout Tandil.

    Le parcours correspondant à cet article, en version zoomable ici

    San Miguel del Monte

    Notre première journée ayant été consacrée à la remise en service de Roberto (déballage des sacs-valises, remise en service de la batterie et de tout ce qui y est relié, remplissage du frigo, nettoyage intérieur et extérieur), nous permettant ainsi de reconstituer notre cocon bien-aimé, nous ne ferons qu’une cinquantaine de kilomètres sous un soleil radieux pour arriver à cette jolie petite ville. Nous nous installons au bord du lac, faisons une courte balade autour de notre bivouac, prévoyant la visite du centre pour le lendemain. Mais dès le milieu de la nuit, la pluie se met à tomber. Nous ne le savons pas encore, mais elle ne nous lâchera pas pendant 24 heures. Alors au petit matin (nous sommes prêts dès 8h grâce au décalage horaire !), nous décidons de shunter cette visite et prenons la route vers Tandil, à 260 km de là. Nous y resterons jusqu’au soir scotchés sur un grand parking, là aussi au bord d’un lac.


    Tandil

    Malgré ses 130 000 habitants, cette ville parait à taille humaine grâce à ses nombreux espaces verts, ses multiples excursions possibles sur les petites montagnes situées juste en périphérie. Difficile de tout raconter cette journée placée cette fois sous le signe du beau temps. Voici juste quelques points qui nous ont marqués.

    Les statues de Don Quichotte et Sancho Pança devant un moulin. Elles ne sont que l’un des multiples hommages de la ville à l’écrivain Cervantès qui pourtant n’y a jamais mis les pieds (ni même ailleurs en Amérique). La raison serait à chercher dans la proximité (150 km quand même) de la ville d’Azul, référente de la culture « cervantine » en Argentine grâce à un passionné local.


    L’établissement « La saison du fromage » est un petit bijou. Une famille locale a racheté en 1990 cette maison de 1850 qui a été tour à tour bureau de poste, magasin général et taverne avant de devenir boutique de fromages, charcuteries et épicerie fine avec un restaurant attenant bourré d’antiquités. La boutique en elle-même vaut le détour, rien que pour ses murs couverts d’étagères à fromages et autres délices, mais aussi pour son service à l’ancienne particulièrement attentionné. On répond à toutes vos demandes d’explications sur les différents fromages et charcuteries proposés tout en vous les faisant déguster. Une fois vos achats faits (ou pas) on vous invite à visiter les multiples salles intérieures et extérieures du restaurant, un vrai musée en soi. Dommage qu’il n’était pas l’heure de déjeuner ! Car oui, j’ai oublié de dire le principal : tout ce que nous avons goûté était délicieux, ce qui transforme totalement notre opinion sur les fromages et la charcuterie en Argentine. Quand on veut, on peut !

    Pour des photos appétissantes et une description plus précise du lieu, n’hésitez pas à consulter leur site internet https://epocadequesos.com/ en mettant l’option de traduction sur votre navigateur si besoin.


    Les rochers instables : la géologie du lieu y est sans doute pour quelque chose, les nombreuses roches en granit se morcellent avec le temps et forment parfois des édifices instables. Il en est ainsi du rocher le plus emblématique de la ville, le « rocher mouvant », qui était sa fierté jusqu’en 1912, année où l’équilibre se rompit dans des conditions mystérieuses, le rocher allant se fracasser en deux au pied de la falaise où il trompait jusqu’alors la gravité. La ville en fut si triste qu’elle fit installer une réplique en 2007, en résine et fibres recouvrant une structure métallique, fixée cette fois sur la falaise avec 12 boulons « si solides que la pierre ne retombera pas, que ce soit par la force de Dieu ou celle des hommes » comme l’affirme un panneau explicatif sur le parcours. Il me semble qu’on disait un truc semblable sur le Titanic…


    L’horoscope celtique : une curiosité dans le parc de la Sentinelle, que l’on ne s’attend pas trop à voir en Amérique du Sud. Peut-être apporté par un immigrant breton ou gallois. Les Celtes misaient apparemment tout sur les arbres. Vous allez voir ça dans cette petite série photos.


    Mar del Plata

    La principale station balnéaire des Argentins n’est pas si différente de ses homologues françaises : larges plages entourées de buildings d’un style parfois évolué parfois douteux, casinos et établissements de bains, alignements de parasols à perte de vue, etc. Nous sommes hors saison et tout est très tranquille, ni la plage ni la mer ne donnent envie, seuls les pêcheurs sont nombreux sur les jetées, aussi peu sensibles aux embruns qu’aux promeneurs. Hors le bord de mer, la ville est tout à fait quelconque. Seul le port de pêche vaut le déplacement, pour son alignement de bateaux tous peints en orange, pour ses poissonneries bien achalandées et surtout pour sa colonie de lions de mer qui se prélasse sur les quais à quelques mètres des promeneurs qui pourraient même descendre les caresser. A leurs risques et périls !


    Pause-déjeûner


    Une addition salée

    Le lac d’Epecuén, à 350 km au Sud-Ouest de Buenos Aires, est le dernier et le plus bas d’une série de lacs salés. S’il est alimenté par les autres, rien ne s’en déverse. En période de faible pluviosité, sa salinité augmente jusqu’à près de 400g/litre, soit 4 fois celle de l’eau de mer et davantage que les 275g/l de la Mer Morte. Comme pour cette dernière, on y attribue des propriétés thérapeutiques, et le thermalisme s’est fortement développé sur les rives du lac dès le XIXe siècle. Une ville thermale entière a même été construite pour l’occasion, connaissant son apogée vers les années 1980 avec près de 5000 chambres d’hôtel, environ 250 complexes hôteliers et commerciaux, et plusieurs dizaines d’établissements thermaux. Le problème, c’est que cet essor s’est produit dans une période inhabituelle de faible pluviosité et de stabilité du niveau du lac. Lorsque le climat est retourné à la normale, le niveau de l’eau a commencé à remonter dans la série de lacs et surtout dans celui d’Epecuén, le dernier de la chaîne. On a bien sûr installé des digues pour protéger la ville, mais un jour de forte tempête, en 1985, tout a explosé et l’eau s’est mise à envahir la ville. Avec un niveau de 2 mètres, il a fallu évacuer tout le monde en 1 semaine. La population pensait en avoir pour quelques semaines avant que l’eau ne redescende, mais ça a été le contraire. La forte pluviosité se maintenant, le niveau a grimpé pendant encore 8 ans, jusqu’à 10 mètres, engloutissant cette fois toute la ville. C’est seulement à partir de 2006, grâce à une période de relative sécheresse, que l’eau a commencé à se retirer, laissant les dégâts qu’on imagine après vingt années passées dans une eau hypersalée. C’est ce triste spectacle que l’on peu contempler aujourd’hui, un vrai paysage de guerre mais avec pour seul ennemi la nature. Dès l’entrée dans la ville en ruines par sa rue principale, un panneau en montre une photo en pleine et joyeuse activité un peu avant l’inondation. D’autres bâtiments sont présentés ça et là de façon similaire. Le thermalisme n’a pas disparu pour autant, l’activité a repris dans la ville d’où elle était partie, à quelques kilomètres de là.


    Fantôme mais gratuit

    Guanacos gambadant librement dans la pampa
    Guanacos gambadant librement dans la pampa

    Nous sommes partis pour une grande traversée de la pampa, des espaces immenses parfois cultivés mais le plus souvent simplement couverts de buissons ras. Les très longues lignes droites pourraient paraître monotones, notamment en l’absence de toute construction, les villes ou villages étant volontiers éloignés d’une centaine de kilomètre, mais la vigilance nécessaire pour la conduite, un profond nid-de-poule pouvant survenir à tout moment, fait que l’on ne s’ennuie pas. La circulation elle-même est rare, à tel point que plusieurs des quelques véhicules que nous avons croisés nous ont salué d’un petit appel de phares, à la manière de randonneurs qui se disent bonjour. Il nous est arrivés une ou deux fois de rencontrer des guanacos, sortes de lamas sauvages, d’éviter de justesse un volatile ou un tatou qui traversent la route, mais sinon la faune est plutôt rare. Nous choisissons de faire étape pour la nuit à l’entrée d’un parc national. Arrivés au centre des visiteurs, le parking est désert. Les locaux également. Un fléchage nous guide vers des formulaires d’auto-enregistrement à remplir et mettre dans l’urne, en indiquant éventuellement le sentier de randonnée que nous pourrions prendre le lendemain. Une affaire de sécurité principalement, encore que s’il n’y a personne… Un camping est disponible à côté, mais les sanitaires sont fermés et nous ne l’utiliserons pas. Au final tout ça est gratuit … mais pas utilisé ! Nous ne saurons pas si les sentiers du parc en valaient la peine, repartant dès le lendemain matin, mais nous aurons passé une nuit plus que tranquille. Sans voir âme qui vive.


    Neuquén et le mystère du chat noir

    Une fois de plus, nos guides auront péché par excès d’optimisme, confondant peut-être la ville avec la région qui l’entoure. Car Neuquén est principalement, pour nous en tout cas, la porte d’entrée en Patagonie, cette immense région du Sud de l’Argentine dont nous attendons beaucoup. Certes la ville est réputée riche en espaces verts, mais nous laisserons volontiers ces derniers aux citoyens heureux de se dégourdir les jambes une fois sortis de leur habitat en béton. Les boutiques n’ont rien de plus qu’ailleurs. Les musées que nous souhaitions voir n’ouvraient curieusement que de 18 à 21h. Nous replierons vite bagages (une façon de parler car tout est déjà dans Roberto) et reprendrons vite notre route après une courte visite en ville. Nous retiendrons tout de même cette histoire de l’Amphithéâtre du Chat Noir, que vous découvrirez dans le carrousel ci-dessous.


    Notre traversée de la pampa humide est terminée. Nous allons maintenant nous rapprocher de la Cordillère des Andes et explorer la Patagonie. En général, les montagnes nous vont plutôt bien. A confirmer au prochain épisode !