Auteur/autrice : jma

  • 186. De Medellín à Bogotá

    186. De Medellín à Bogotá

    Voici la suite de notre road-trip en Colombie, de Medellin libérée du cartel à l’entrée de Bogotá, en passant par le rocher d’El Peñol et la ville de Guatapé, la plus photogénique du pays.

    De Medellín à Bogotá : le parcours décrit dans cet article
    De Medellín à Bogotá : le parcours décrit dans cet article, en version zoomable ici

    Opération freins à Medellín

    Le voyant d’usure des plaquettes de freins s’allumant de temps en temps, nous avions fait une première tentative de remplacement à Cali. Avec le jeu de plaquettes de rechange que j’avais emporté, cela n’aurait pas dû poser de problème, mais le garagiste nous a fortement déconseillé l’opération devant l’état d’usure des disques. Il n’était pas sûr de pouvoir en obtenir, nous demandait 3 jours rien que pour la recherche, alors nous avons repoussé l’intervention, nous disant que peut-être cela tiendrait jusqu’à notre retour en Europe. Mais le petit bruit de sifflement lors des freinages s’est accentué, encore plus rapidement après les routes de montagne, au point de devenir inquiétant. Alors nous avons décidé de shunter les deux étapes touristiques prévues avant Medellin et de rejoindre directement cette grande ville. Nous trouvons rapidement le garage Metrofrenos, un spécialiste en freins de bonne réputation, avec de bons commentaires de voyageurs européens. Effectivement, ils nous prennent en charge de suite, examinent soigneusement tout le système de freinage et confirment non seulement l’usure des disques mais aussi l’usure totale des plaquettes du côté gauche. Par chance, ils arrivent à trouver les bons disques et nous font la réparation de suite pendant que nous attendons dans une salle d’attente confortable avec tables, wifi, boissons chaudes, gâteaux secs et même machine à pop-corn à discrétion. Moins de trois heures plus tard, nous ressortons avec un Roberto tout neuf. Enfin presque, 164 000 km tout de même !


    Trois nuits à Medellín, sans le cartel

    Il n’y a pas si longtemps, Medellín était l’une des villes les plus dangereuses du monde, avec une triste moyenne de 26 homicides par jour en 1991. Elle était rongée par le cartel dirigé par Pablo Escobar et les conflits avec les groupes paramilitaires. Heureusement pour nous et surtout pour ses habitants, la situation s’est fortement améliorée depuis le début des années 2000 grâce à des mesures politiques efficaces. Le taux d’homicides est tombé à 0,5 par jour. Medellín a repris un essor économique sans précédent et redevient une destination touristique pour notre plus grand bonheur. Nous n’avons d’ailleurs pas hésité à y stationner dans une rue proche du centre-ville, dans un quartier gardé jour et nuit. Et de là à rejoindre nos sites de visite en taxi (à 3 € la course, c’est donné).

    Nous avons pu prendre le pouls de la ville, voir beaucoup d’immeubles construits en briques, dont l’immense cathédrale inaugurée en 1931 après 41 ans de travaux. C’est un architecte français qui l’a dessinée, Charles Émile Carré, et c’est plutôt réussi, notamment à l’intérieur. Si les rues sont une épreuve pour les automobilistes, elles sont agréables à parcourir pour les piétons, même s’ils ne sont pas vraiment prioritaires, y compris sur les passages réservés. Je ne vais pas tout décrire, je vous laisse découvrir les photos.  La fin de notre parcours ce premier jour de découverte nous amène à la place Botero. Un artiste que vous connaissez sûrement.


    Fernando Botero, la fierté des habitants de Medellín

    Il est difficile de manquer sur la Place Botero de Medellín les 23 statues de l’artiste, non seulement de par leur nombre, mais aussi par leur volume, si j’ose dire. Car elles ont toutes ce style inimitable de personnages, animaux ou même objets de la vie quotidienne représentés avec des formes exagérément rondes et voluptueuses, initialement inspirées de l’art précolombien mais personnalisées ensuite par l’auteur. Fernando Botero a revendiqué vouloir procurer avant tout du plaisir visuel, et non pas exprimer une critique sociale ou politique, même si certaines de ses œuvres abordent la violence en Colombie ou parodient des œuvres célèbres (la Joconde par exemple). Son style est en tout cas à ce point unique qu’on lui a attribué un qualificatif : le botérisme. Ils ne sont pas si nombreux les artistes qui peuvent en dire autant.


    Après avoir admiré et photographié à loisir les statues de la place, avec un peu de patience car elles sont aussi des arrière-plans recherchés pour les selfies des Colombiens, nous sommes entrés dans le Musée de Antioquia, le plus grand de Medellín, compléter notre rencontre avec l’artiste. Fernando Botero, né ici en 1932 et décédé en 2023 à Monaco, devenu l’un des artistes latino-américains les plus célèbres du XXe et XXIe siècles, n’est évidemment pas qu’un sculpteur. Il a également peint de nombreuses œuvres dans le même style, dont beaucoup de chefs-d’œuvre. Les plus connus étant « Mona Lisa à 12 ans », une parodie de la Joconde de Léonard de Vinci, « Una familia », une représentation typique de sa famille, avec des personnages aux formes rondes et généreuses, « Les Danseurs », une scène dynamique et joyeuse, illustrant son style unique et son amour pour la vie ou encore « Via Crucis », une série sur le thème du chemin de croix, avec cette représentation amusante de Jésus Christ dans le style de Botero. L’artiste local n’est pas le seul exposé dans ce grand musée, j’ai rajouté dans le carrousel quelques œuvres qui nous ont intéressés.

    Fresque murale, Fernando Botero, 1960, Scène avec Cavalier
    L’unique fresque murale de Fernando Botero, réalisée pour l’inauguration d’une banque de Medellin en 1960 – Titre : Scène avec Cavalier

    Pablo Escobar, le roi de la cocaïne.

    Dès son enfance, Pablo Escobar vole des pierres tombales puis des voitures avant de se lancer dans le kidnapping avec rançon. Il a tout juste 22 ans lorsqu’il se lance dans le trafic de drogue et fonde rapidement le cartel de Medellín qui contrôlera à son apogée 80% de la cocaïne consommée aux États-Unis, accumulant une fortune colossale. En finançant des logements, des terrains de football et des soupes populaires pour les pauvres, l’homme a ce côté Robin des Bois qui lui vaut une certaine popularité dans les milieux modestes. Mais contrairement au héros médiéval, Escobar corrompt ou assassine quiconque s’oppose à lui, y compris un ministre de la justice alors qu’il avait réussi à se faire élire député. Il serait responsable de plusieurs milliers de morts. Un personnage on ne peut plus ambigu donc, qui est pourtant encore porté aux nues par une frange de la population et qui reste incontournable dans l’histoire de Medellín.

    C’est à ce titre que nous avons visité sa maison-musée, mise en service par son frère Roberto, grâce notamment à une grosse somme d’argent trouvée par hasard dans une cachette de la maison. Roberto fait parfois la visite lui-même, mais nous n’avons pas eu cet honneur. Après nous avoir resitué la famille, on nous a montré la salle des coffres, des souterrains secrets, un simulateur de vol acheté pour former les pilotes qui assuraient les livraisons, plusieurs avions, un hélicoptère (chacune des 19 maisons que possédait Escobar à Medellín possédait un héliport…), plusieurs voitures dont une Mercedes blindée criblée de balles, un scooter Lambretta rouge d’un côté et noir de l’autre. Pablo Escobar avait trouvé ce subterfuge pour faire se contredire les témoins qui le voyaient s’enfuir après un méfait. Sont exposées aussi une multitude de photos axées sur sa vie familiale et sociale. Et nous avons pu voir et une reconstitution de la prison qu’il s’était fait construire lui-même pour s’auto-emprisonner en accord avec le gouvernement colombien afin d’échapper aux geôles d’état. Enfin, la boutique avec ses souvenirs personnalisés prête à sourire.


    Nous avons aussi déniché sa tombe dans un cimetière du sud de la ville. Pas facile à trouver parce les plaques avaient été enlevées. J’ai cru un moment qu’il s’agissait d’une volonté d’anonymisation par la famille en raison des débordements de certains touristes venant notamment s’y faire photographier en sniffant de la cocaïne… Mais en réalité il s’agirait d’une simple opération de maintenance, dans laquelle les visiteurs ont encore leur part de responsabilité, marchant sur la tombe ou tentant d’en emporter de petits morceaux. D’un autre côté, Pablo Escobar ayant débuté sa « carrière » comme voleur de pierres tombales, ce ne serait qu’un juste retour de bâton !

    Le cimetière en lui-même vaut le déplacement, avec ses sépultures hétéroclites, certaines avec des décorations exubérantes, d’autres avec leur aspect en boîtes aux lettres hébergeant en fait les cendres des défunts.


    La Comuna 13, de l’ombre à la lumière

    La Comuna 13 est un quartier excentré de Medellín, habité à partir de 1950 par des paysans fuyant la violence rurale en Colombie (conflits entre libéraux et conservateurs, émergence des guérillas – FARC, ELN – et groupes paramilitaires. La pauvreté et l’isolement furent un terrain propice à l’infiltration des groupes armés et du narcotrafic dirigé par Pablo Escobar. De nombreux jeunes y furent recrutés et le quartier devint une zone de non-droit, d’une violence extrême. En 2002, le gouvernement lança dans une opération appelée Orión 1500 soldats ainsi que des chars et des hélicoptères à l’assaut du quartier, ce qui engendra une longue guerre urbaine et de nombreuses pertes humaines, traumatisant les habitants à jamais. À partir de 2006, la mairie de Medellín a investi dans l’urbanisme social, les programmes éducatifs et sociaux, et des infrastructures comme des escaliers mécaniques, salutaires dans ce quartier très pentu aux ruelles étroites. Grâce à ces efforts et à un important engagement communautaire, la Comuna 13 s’est transformée en un centre culturel et touristique, connu pour son street art, ses graffitis, ses festivals de hip-hop et ses initiatives communautaires. Aujourd’hui, elle est considérée comme un exemple de transformation sociale et de résilience, attirant des visiteurs du monde entier. Dont nous bien sûr !


    Pause nature

    Malgré ses 1500 m d’altitude, Medellín reste une ville assez chaude dans la journée, avec une température en milieu d’après-midi avoisinant les 35°C. Alors nous sommes repartis sur les hauteurs pour nous mettre au vert et bénéficier de températures plus clémentes. Le parc Arvi, à 2460 m d’altitude s’est révélé idéal pour cela, et nous sommes même restés 48 heures sur un parking tranquille pour profiter de la fraîcheur et du silence. Quelques sentiers de randonnée autour ont occupé nos journées, nous permettant d’admirer quelques spécimens inédits de  flore colombienne et la vallée tout en bas. Voir les photos. Nous y avons aussi rencontré une famille francophone résidant à Dubai, parcourant toute l’Amérique du Sud avec leurs 3 enfants, à bord d’une Jeep Wrangler tractant une petite caravane.


    El Peñol, réchappée des eaux

    Le village d’El Peñol vivait paisiblement au pied de son rocher sacré (dont nous allons reparler) jusqu’à ce que le gouvernement colombien décide en 1960 de construire dans la région un barrage hydroélectrique qui inonderait la ville. La population, d’abord incrédule, a dû se résoudre à l’évidence lorsque les entreprises publiques ont commencé à racheter les terres inondables et à démolir les maisons. Les 6000 habitants ont eu beau organiser de multiples manifestations, squatter devant l’église qui a fini par être dynamitée sur un coup de tête du directeur des travaux, le projet a finalement abouti et ils ont dû être relogés dans une ville reconstruite pour eux (après négociations car au début il n’était prévu que des indemnisations). Ça reste le drame d’une vie pour tous ceux qui ont été déplacés.

    En guise de souvenir, on leur a aussi reconstruit l’ancienne place du village en miniature avec l’église, la mairie et quelques commerces reproduits à l’échelle. C’est très touristique et ça doit rapporter un peu d’argent, mais c’est une maigre consolation pour un village qui a été sacrifié pour produire tout de même 30% de l’électricité du pays.


    Le rocher d’El Peñol

    Sur la commune d’El Peñol mais plus près de la ville voisine de Guatapé se dresse depuis 70 millions d’années un énorme monolithe en granit de 10 millions de tonnes et 220m de hauteur. Vénéré par les indiens Tahamies qui vivaient là avant les Espagnols, ce rocher ensuite considéré comme une nuisance par les agriculteurs locaux a connu un regain de popularité après sa première ascension en 1954. Les parois étant très lisses, les grimpeurs sont arrivés en haut en 5 jours à l’aide de planches insérées dans la seule fissure verticale, attribuée au diable qui aurait laissé cette marque en tendant d’arracher le rocher du sol. On y a ensuite aménagé un escalier spectaculaire de 740 marches qui permet à des milliers de visiteurs quotidiens d’apprécier de panorama au sommet sur le lac de barrage. Les curieux noteront les lettre G I peintes sur le rocher. Rien à voir avec les militaires américains, c’est juste que la ville la plus proche, Guatapé, avait pensé s’attribuer la propriété du rocher en écrivant son nom dessus. Elle a vite été interrompue par les habitants d’El Peñol qui s’estiment eux aussi propriétaires du lieu. Non mais !


    Guatapé la ville la plus photogénique de Colombie ?

    Nous pensions avoir tout vu en matière de villes colorées, mais plus nous avançons, plus nous montons dans la hiérarchie. S’il est difficile de faire mieux que les villes précédentes au niveau des couleurs, ici on ajoute une nouvelle dimension : le relief. Chacune des maisons est en effet décorée d’une frise sur la partie inférieure, appelée zócalo, reflétant les hobbies du propriétaire ou la nature du commerce. Cette tradition n’est pas si ancienne. Elle aurait débuté il y a environ un siècle, avec la fonction initiale de protéger les murs de l’humidité et des animaux domestiques. Ces premiers zócalos ont été récupérés sur la partie du village de Guatapé qui allait elle aussi être inondée par les eaux du barrage et installés dans une rue appelée la rue du Souvenir. Ce n’est qu’en 2010, à l’occasion du bicentenaire de la fondation de la ville, que le maire a incité tous les propriétaires de la ville à décorer leur maison de zócalos. L’effet de masse aidant, les touristes ont été conquis. Et j’espère les habitants aussi. Toujours sur le thème de la couleur, les taxis de Guatapé sont des tuk-tuks peints à la manière des fameux bus Chivas dont j’ai déjà parlé. Ils revendiquent d’ailleurs la parenté en affichant mini-chivas derrière leur pare-brise. Au total, c’est l’un des villages les plus photogéniques du pays, que nous avons eu grand plaisir à découvrir.

    Et pour le plaisir des yeux, en voici 24 supplémentaires, en format horizontal cette fois. Ce ne sont pas les mêmes et j’avoue avoir eu du mal à trier parmi les 134 photos que j’ai prises ce jour-là…


    Les porteurs de fleurs de Colombie

    Nous avons raté de peu à Medellín le Festival annuel des Fleurs dont le point d’orgue est le défilé des silleteros, ou défilé des porteurs de fleurs. Une tradition paysanne vieille de plusieurs générations, où les agriculteurs descendaient en ville depuis leur campagne portant sur leur dos une silleta (une chaise) en bois chargée de fleurs, mais aussi de marchandises ou de passagers. Aujourd’hui le défilé est en fait un concours de la plus belle composition florale sur silleta, les œuvres pouvant peser jusqu’à 80kg. Les agriculteurs de Guatapé vont évidemment participer à ce défilé, et de nombreuses compositions sont en préparation en ville, pouvant servir aussi bien de support publicitaire pour une boutique ou un restaurant. Nous n’aurons pas vu le festival, mais nous avons maintenant une bonne idée de ce que sont les silletas.


    13,2 le matin

    Un petit clin d’œil au film de Jean-Jacques Beineix pour parler un peu de vanlife, et plus particulièrement de l’autonomie électrique. Avec nos 1000W de panneaux solaires (ça paraît beaucoup mais ça nous permet de nous dispenser de gaz et même de solliciter l’alternateur) nous sommes à l’aise 95% du temps. Un simple coup d’œil au voltmètre le matin suffit à notre bonheur lorsqu’il affiche les 13,2V signifiant un bon état de charge de la batterie cellule.

    Quand le temps se dégrade de façon prolongée, ça charge forcément moins, et nous avons alors la solution de charger en roulant. Il nous suffit de reconnecter le câble venant de l’alternateur à la batterie cellule. Suite à nos pannes récurrentes de batterie moteur, nous préférons le débrancher par défaut.

    Notre autonomie généreuse (ça fait au moins 2 ans que nous ne nous sommes pas branchés au secteur) trouve ses limites lorsque nous devons stationner à l’ombre plusieurs jours, typiquement lors de la visite d’une grande ville. Ça a été le cas à Medellín par exemple. Sans changer nos habitudes de consommation électrique, la charge va diminuer rapidement, et quand le voltmètre affiche 12,7 le matin, c’est la misère…


    La nature en vert et mauve

    Faisant route vers Bogotá, nous nous offrons une petite pause sur le parking en herbe d’un accrobranches apparemment fermé. C’est probablement la raison pour laquelle nous nous retrouverons seuls pendant 48 h. Nous ne devions y rester qu’une nuit, mais les conditions de décor, de fraîcheur (altitude 2500m) et de tranquillité étant réunies nous ont poussé à prolonger le séjour et prendre un peu de repos. Nous ferons quelques sorties aux alentours immédiats pour explorer le parc, sa végétation et pourquoi pas sa faune. Curieusement, nous nous sommes aperçus que la grande majorité de la flore oscillait entre des tons de vert et des tons de mauve, ce n’est pas forcément habituel : est-ce dû au hasard ou au microclimat local, difficile de le dire. Mais cette harmonie naturelle était agréable à l’œil. Côté faune, nous aurons la visite 2 matins de suite d’une truie. Finalement, nous n’étions pas si seuls que ça !


    Destination Bogotá

    C’est le moment de rejoindre la capitale colombienne, où nous ne ferons peut-être qu’un bref passage avant une visite plus complète, car nous avons une excursion à organiser en Amazonie. Vous en saurez davantage la prochaine fois. À très bientôt !

  • 185. De San Cipriano à Medellin

    185. De San Cipriano à Medellin

    De retour vers les montagnes colombiennes, nous allons découvrir des villages hauts en couleur, des palmiers de cire, des véhicules d’un autre âge, des œuvres d’art, et de la nature, beaucoup de nature.

    Notre parcours de San Cipriano à Medellin
    Notre parcours de San Cipriano à Medellin, correspondant à cet article. En version zoomable ici

    Carnaval routier

    De retour sur la nationale très chargée qui relie le port de Buenaventura à la ville de Cali, nous sommes immobilisés 20 mn au milieu d’une meute de camions porte-conteneurs. Ayant subi plusieurs arrêts à l’aller en raison de nombreux travaux sur la route, nous pensions subir une contrainte du même genre. Après tout, vu l’état des chaussées dans le pays, c’est une bonne chose qu’elle soient réparées. Mais lorsque la colonne de véhicules se remet en marche, ce n’est pas un chantier de travaux que nous allons découvrir, mais un défilé carnavalesque. Bloquer une route à grand trafic pour des festivités, c’est tout à fait colombien. Cela dit, vu que nous sommes en plein Tour de France, il faut peut-être que j’assouplisse un peu ma position…


    De drôles de fruits

    Pour notre pause de midi, nous nous arrêtons non loin d’une aire de repos délimitée par une haie assez haute pour nous faire un peu d’ombre. Garés tout proches, nous remarquons de nombreux fruits tombés au sol dont l’aspect est entre les agrumes et les calebasses. En triant un peu les réponses proposées par Google Lens, nous identifions l’espèce Swinglea glutinosa. Cet arbuste qui peut atteindre 10 m de hauteur est originaire des forêts tropicales d’Asie. Avec sa pousse rapide et son feuillage dense et persistant, il est effectivement planté en tant que haies. En plus, les feuilles collantes (d’où le nom glutinosa) agglutinent poussières et insectes. Les fruits, comestibles pour les uns et non comestibles pour les autres – surtout s’abstenir et ne pas demander à l’IA de trancher ! – sont dans ce contexte plutôt une gêne qu’autre chose. Nous en avons tout de même coupé un en deux pour visualiser l’intérieur et confirmer notre interprétation. Mais pas question d’en faire des confitures !


    Le musée de l’or d’Armenia

    Armenia est l’une des principales villes de la Vallée du Café, que nous commençons à traverser. En grains, moulu ou lyophilisé, le café est au cœur de l’économie de cette région et de toute la Colombie. Le pays en exporte un million de tonnes par an et compte 300 000 producteurs individuels, souvent de petites haciendas qui proposent visite et dégustation. Nous en avons déjà beaucoup appris sur le café lors de nos voyages précédents, alors nous n’irons pas nous mêler aux touristes venus pour ça, mais par contre Armenia nous propose une autre richesse : son musée de l’or Quimbaya, du nom de ce peuple précolombien expert en orfèvrerie et en céramique, malheureusement exterminé par les conquistadors à la fin du XVIe siècle. Dans un bâtiment d’architecte tout en briques, décliné sur plusieurs niveaux et entourés de superbes jardins aussi bien d’agrément que de plantes d’usage indigène traditionnel, on découvre les détail la vie, les croyances et l’artisanat de la civilisation Quimbaya. Parmi les objets en or ou en tumbaga (alliage d’or, de cuivre et d’argent) figurent des bijoux (colliers, boucles d’oreilles, bracelets, ornements nasaux), des outils du quotidien, des représentations de divinités, des animaux stylisés, des figurines rituelles et des récipients cérémoniels. La collection comprend également des poteries et des céramiques finement ouvragées, souvent décorées de motifs géométriques ou symboliques. Une exposition temporaire est consacrée aux diverses réparations apportées à des objets aussi bien en métal qu’en céramique. Enfin, une section est dédiée aux déformations corporelles que pratiquaient les Quimbayas, à l’aide de pièces en bois gravées de motifs en relief fortement appliquées de façon prolongée sur front ou autour des membres des individus de haut statut social, laissant la marque indélébile de leur supériorité. Genre il y a marqué La Poste, quoi. Tout cela était fort intéressant et totalement gratuit. Merci la Banco de la República de Colombia !


    Salento : des maisons colorées pour attirer les touristes

    De même qu’on n’attire pas les mouches avec du vinaigre, on n’attire pas les touristes avec du béton décrépit. Pour peu qu’on leur mette de la couleur, ils viennent. Et plus ils viennent, plus on remet de la couleur. Le problème n’est pas tant cette profusion de maisons multicolores aux accords improbables, au final plutôt agréables à l’œil, que la perte d’authenticité liée à l’afflux de visiteurs, particulièrement le week-end. Cela dit, si l’on s’éloigne des quartiers centraux où s’alignent hôtels-bars-restaurants et boutiques de souvenir, tous plus peinturlurés les uns que les autres, la couleur ne disparait pas pour autant. Elle est simplement employée plus raisonnablement, démontrant qu’elle fait partie intégrante de la vie des habitants. On revient à l’authentique, ouf !

    Une façade à Salento, Colombie, avec ses couleurs et les palmiers de cire
    Une façade à Salento, Colombie, avec ses couleurs et les palmiers de cire

    Les palmiers de cire de Cocora

    La vallée de Cocora est l’un des derniers endroits au monde où pousse le palmier de cire du Quindio, élu arbre national de Colombie. Le pays a de quoi en être fier car c’est le plus grand palmier du monde, pouvant atteindre 60 à 70 mètres de hauteur. Avec une croissance très lente, il peut vivre jusqu’à 300 ou 400 ans. Son nom est lié à la couche de cire blanche qui recouvre son tronc, zébré de marques noires correspondant à la chute des feuilles. Pour les découvrir, il faut partir randonner dans une forêt d’altitude (curieusement ces arbres originaires des bords de mer ont besoin d’être 2500 à 3000 m au-dessus du niveau des océans) souvent embrumée de nuages et fréquemment pluvieuse. Mais l’ambiance est là, avec ces plumeaux brandis au bout de tiges frêles géantes, tranchant sur le ciel du soleil couchant ou tentant de disparaître dans les brumes matinales. Le lieu est assez fréquenté (nous y étions un week-end), respectant la nature sur les hauteurs, mais spécialement aménagé pour les touristes colombiens sur la partie basse avec de nombreux sites à selfies où ils font des queues interminables pour le cliché qui fera bien sur les réseaux. Amusant à observer mais questionnable.


    Un p’tit grand café à Chinchiná

    Euh l’expression semble incongrue si l’on se place juste comme Claudie sous la tasse de café géante trônant dans un angle de la place principale de la ville. Avec sa contenance de 22 739 litres, c’est la plus grande tasse à café de Colombie. Et jusqu’en 2022, elle a même été la plus grande du monde jusqu’à ce que le Mexique ne s’en mêle. Il a fallu plus d’un mois et 50 personnes pour la construire. Et pour la boire on ne sait pas… Elle a été construite en 2019 pour célébrer le retour des touristes internationaux dans le triangle du café, jusque-là interdit d’accès pour cause de narcotrafic. La sécurisation du secteur a permis l’essor de nombreuses plantations, la plupart du temps des petits producteurs qui font volontiers visiter leur « finca » et leur processus de production. Venus pour voir (pas boire hein ?) la tasse, nous avons découvert au passage une charmante petite ville très animée, une jolie église et de petits kiosques colorés sur sa place principale. Et nous nous sommes arrêtés chez Migote, une chaîne d’en-cas colombiens, pour y déguster non pas une migote (soupe traditionnelle colombienne composée de chocolat chaud versé sur des morceaux de pain, de fromage et de pâtisseries locales) trop riche pour nous, mais un vrai p’tit café accompagné de simples sablés au maïs.


    Manizales

    1. La ville

    Au cœur de la région du café, à 2153m d’altitude, Manizales jouit d’un bel environnement et d’un climat agréable. Après, ça reste une assez grande ville sudaméricaine avec beaucoup de constructions hétéroclites et de béton. Notamment son hideuse cathédrale en béton armé brut de décoffrage dont l’architecte est, honte à nous, français. Mais pourquoi n’a-t-il pas mis du granit, dont la région est si largement pourvue que la pierre a donné son nom à la ville (manizal = granit) ?

    En guise de rattrapage, deux belles céramiques de Guillermo Botero (qui n’a pas de lien avec son homonyme plus célèbre Fernando) sont exposées sur son parvis, en hommage aux luttes d’indépendance du pays, ainsi qu’une étonnante statue de Simon Bolivar mi-homme mi-condor. Un peu plus loin, l’architecture de l’église de l’Immaculée Conception est un peu plus sophistiquée avec son alliage de métal et bois en façade et surtout un magnifique intérieur de bois vernis. 


    2. Un hommage rare aux colonisateurs

    La statuaire urbaine en Amérique du Sud est surtout consacrée aux célébrités politiques ou militaires qui ont œuvré pour l’indépendance des pays. Les indigènes sont aussi de plus en plus mis à l’honneur. Mais vouloir rendre hommage aux colonisateurs est plutôt rare. Rien qu’à ce niveau, la sculpture de Luis Guillermo Vallejo Vargas appelée Monument aux Colonisateurs est exceptionnelle. Mais elle l’est aussi dans sa réalisation, faite de 50 tonnes de bronze principalement obtenu par donation populaire de petits objets. Une sorte de crowdfOnding si j’ose le jeu de mots.

    L’œuvre située sur un monticule est divisée en deux parties : l’Agonie et l’Extase. Dans l’Agonie, un convoi d’animaux et de colons, particulièrement expressifs et tourmentés, grimpent péniblement la pente, symbolisant l’accès difficile à la région. Ils portent sur leur dos les futurs monuments de la ville. Dans l’Extase, au sommet du monticule, ce sont des colons triomphants qui paradent, une femme levant son enfant au ciel en signe de gratitude

    Ce monument rend donc hommage aux milliers de pionniers, souvent des paysans, des artisans et des commerçants, qui ont à partir de 1870 défriché la forêt, construit des routes et fondé des villages, posant les bases de la ville moderne de Manizales.


    3. Un écoparc en centre-ville

    C’est une zone de forêt humide protégée à deux pas de l’agitation du centre. Des panneaux prometteurs à l’entrée montrent pas mal d’oiseaux et d’animaux susceptibles d’être rencontrés. Mais nous commençons à avoir l’habitude de ces promesses, c’est toujours la nature qui décide. En parcourant divers sentiers dans la forêt, nous allons rencontrer une belle végétation (c’est l’avantage des plantes, elles ne fuient pas devant nous) et quelques papillons pas trop farouches. Au moins ça nous aura dégourdi les jambes et on ne peut pas trop se plaindre des promesses non tenues le parc étant gratuit.


    4. De tout, un peu

    Il n’est pas obligatoire de voyager loin pour dénicher ces petits détails insolites autour de soi, mais il faut avouer qu’à l’étranger c’est plus facile, la différence de culture aidant. Après, il faut avoir un minimum de curiosité. Tout ne saute pas toujours aux yeux. Quand certains chinent les antiquités, moi j’adore chiner ces micro-tranches de vie. Pas vous ?


    Salamina, encore un village haut en couleurs

    Nous nous dirigeons vers Medellin, en empruntant, plutôt que la nationale fréquentée par les poids-lourds, une petite route de montagne qui serpente parmi les plantations de café, de canne à sucre, de bananiers ou de bambous. Le soleil manque un peu, mais dans cette région où règne la « forêt de nuages », c’est assez normal. Et finalement ces brumes qui passent entre les reliefs embellissent plutôt le paysage. La route ne cessant de monter et descendre, le goudron manquant à épisodes réguliers, les zones de dépassement étant rares à cause des nombreux virages, nous ne faisons qu’une petite moyenne de 25 à 30 km/h. Du vrai « slow travel ». Nous arrivons ainsi laborieusement au village de Salamina, réputé pour être l’un des plus beaux de Colombie. J’ai l’impression que l’on nous dit ça à chaque fois, mais il faut avouer que nous retrouvons ici les couleurs vives de Salento avec des balcons, fenêtres et portes de bois sculptés en plus. C’est un ébéniste local qui a lancé la mode et créé une école de travail du bois pour qu’elle perdure. Un charme fou se dégage de l’ensemble. Les smartphones crépitent pendant l’exploration des petites rues, assez animées dès que l’on se rapproche du centre. Beaucoup de patios se cachent derrière ces façades multicolores et recèlent sans doute d’autres merveilles. Nous en aurons un aperçu en entrant visiter par hasard (elle ne figurait pas sur notre guide ni sur les recommandations d’autres voyageurs) la maison de la culture. Allez, c’est confirmé, notre future maison devrait avoir un patio !



    Un camping simple

    Après cette route difficile et la visite de Salamina, nous cherchons un endroit pour la nuit. Notre application de recherche nous donne le choix limité entre les parkings bruyants de la grande place et un terrain vague payant en périphérie avec des chiens qui aboient la nuit. Pas terrible. Nous aurions pu chercher nous-mêmes, dénicher sur Google Maps en mode satellite le parking d’un stade, d’une église ou d’une école, ou encore une voie sans issue, mais pas envie aujourd’hui. Il nous reste l’option d’un camping à 5 km au nord de Salamina, assez sommaire paraît-il, mais c’est notre seule chance d’avoir un peu de calme. Pour le double du prix du terrain vague, soit 10€ au lieu de 5, ça va. Nous avons un peu de mal à le trouver, l’endroit n’est pas très grand mais tout à fait charmant. Un terrain herbeux entouré de cabanes et de végétation tropicale. Un accès aux toilettes. Ça ira. Et l’accueil est sympathique, mais rien d’étonnant en Colombie. 3 chiens sont présents mais resteront tranquilles la nuit. Qui sera pour nous excellente malgré un orage en fin de soirée.


    En route vers Aguadas

    1. La route du café

    Dès la sortie du camping, un oiseau avec des éclats bleu-vert métalliques traverse la route devant nous. Je pile et fais une petite marche arrière. L’oiseau est toujours là sur sa branche et semble poser pour la photo. Grâce à Google Lens, Claudie identifie un Motmot d’Équateur, un oiseau qui aime l’humidité et l’altitude des Andes, et décrit comme peu farouche. C’est bien ça !

    Nous retraversons les rues colorées de Salamina, dans la grisaille cette fois, et retrouvons notre belle route du café. La prochaine récolte n’aura lieu qu’en septembre, mais déjà les caféiers portent pas mal de fruits rouges (les cerises). Plus d’une heure plus tard, nous arrivons à notre première destination du jour, la petite ville d’Aguadas, un peu perdue dans un brouillard qui rend un peu ternes les façades des maisons ici encore très colorées. Mais ça n’est pas si grave parce que nous n’étions pas venus pour ça…


    2. Le musée du sombrero

    Ce musée unique en Colombie abrite une collection impressionnante de plus de 300 chapeaux artisanaux provenant des différentes régions du pays, ainsi qu’une sélection internationale. Une attention particulière est portée au chapeau local, tressé à la main à partir de la fibre de toquilla comme pour les Panamas.

    Dans le même bâtiment, la maison de la culture d’Aguadas, nous trouverons aussi une réplique de la première maison construite à Aguadas en 1805, des salles dédiées à la culture indigène ou à l’histoire locale, ainsi qu’une amusante collection de figurines de personnalités de la ville ou du pays, qu’un artiste local, Eugenio Lotero, s’amusait à sculpter dans le bois.


    3. La ville de la brume

    Comme elle l’affiche fièrement sur le portique à l’entrée de l’agglomération, Aguadas est surnommée « la ville de la brume », et nous ne pouvons que confirmer la justesse de cette appellation. Nous sommes en pleine forêt de nuages et ceux-ci défilent sans cesse à l’horizon, masquant tout ce qui se trouve au-delà de trois ou quatre pâtés de maisons. Nous essuierons même quelques averses, ce qui ne nous empêchera pas d’explorer un peu la ville. Les couleurs des façades paraissent un peu ternes en l’absence de soleil mais le cachet reste là. Nous allons visiter une jolie cathédrale de style néo-roman avec ses 2 tours hexagonales, et possédant un intérieur lumineux et couvert de dorures en pleine rénovation. En fait on ne doit pas arrêter de peindre ici ! Parmi les boutiques, beaucoup vendent des chapeaux aguadeñas (d’ici, quoi), et parmi les passants, beaucoup en portent !


    4. Le Gardien de Police

    C’est le nom d’une statue érigée devant le poste de police, représentant un enfant devant un policier ailé portant une colombe au sommet d’un bâton. A leurs pieds, des centaines de couteaux et quelques armes de poing plantés dans le sol. Une plaque au-dessous nous apprend que l’œuvre a été entièrement réalisée à partir de 6300 armes confisquées et donc fondues pour une grosse partie. Réaliser une œuvre prônant la paix, la protection de l’enfance et de la communauté à partir d’instruments de violence est un joli symbole.


    Transports d’un autre temps

    Deux types de transports en commun sont emblématiques de la Colombie et plus particulièrement des zones rurales et montagneuses : les bus Chivas et les Jeep Willys qui font office de taxis. Ils ont en commun de transporter davantage de passagers que leur capacité officielle, volontiers le double en acceptant des passagers debout à l’arrière ou jugés sur le toit. Et de transporter simultanément des marchandises aussi diverses que des sacs de café, des poules, des cochons ou encore des meubles.

    1. Les bus Chivas

    Les Chivas ont commencé à être fabriqués à Medellín en 1908, résultant de la greffe sur un châssis américain de cabines en bois avec portes ouvertes sur le côté, ce qui facilite la montée ou la descente quu peut se faire quasiment à tout instant, en l’absence d’arrêt officiel. Ces bus sont richement décorés, peints aux couleurs du drapeau colombien avec de nombreux motifs, et ornés d’accessoires chromés. Peu de touristes s’y aventurent, craignant l’ambiance de boîte à sardines sonorisée.


    2. Les Jeep Willys

    Ces robustes 4×4 de l’armée américaine ont été cédés après la guerre à des pays émergents, dont la Colombie. L’armée du pays les a adoptés, mais aussi et surtout les agriculteurs, les planteurs de café et les transporteurs en tous genres, le véhicule étant parfaitement adapté au réseau routier défaillant. La meilleure preuve de robustesse ? Bien que la Jeep Willys ne soit plus fabriquée depuis plusieurs décennies, ce sont des alignements de véhicules rutilants aux couleurs vives qui attendent les passagers sur les stations de taxis des villes rurales ou montagneuses.


    3. La Renault 4L

    Elle a été produite à  97000 exemplaires en Colombie entre 1970 et 1992, devenant une des voitures les plus populaires du pays. Conception simple, robustesse et prix modéré ont séduit aussi bien les familles que les professionnels. Comme pour les Jeep Willys, les capacités d’entretien des Colombiens font merveille, et 20 000 à 40 000 4L Renault circuleraient encore dans le pays aujourd’hui.


    4. Quelques camions

    Ils ne sont pas vraiment « d’un autre temps », mais quand on doit les croiser dans une petite rue on les trouve toujours monstrueux…


    Les aires de service à la colombienne

    Les autoroutes colombiennes ne sont pas tout à fait comparables à celles de l’Europe. Elles ne doublent pas en général une route nationale, les emprunter est souvent incontournable à moins de vouloir faire un gros détour par des chemins de terre. Elles peuvent comporter des passages à double sens. Les péages dépendent davantage de la présence de travaux dans la région que d’un système privé. On y trouve volontiers des vendeurs d’un peu tout. Les aires de service ont également leurs particularités. Déjà, elle ne sont pas destinées a priori aux camions qui vont plutôt dans les stations-services. Elles sont gardées jour et nuit, ce qui offre un minimum de sécurité. Pour la première dans laquelle nous avons dormi, il nous a fallu donner nos numéros de passeports. Sinon les services sont gratuits, allant des plus basiques (toilettes, eau, wifi) aux plus inhabituels (salle de réunion, vidéoprojecteur). La restauration n’est pas constante. La seconde aire que nous avons visitée n’en possédait pas mais fournissait le petit café gratuitement…


    Les freins nous lâchent…

    Nous avions prévu d’aller visiter deux sites touristiques avant de rejoindre Medellin, mais leur situation perchée en altitude associée à un bruit de plus en plus important au niveau de nos freins avant va nous conduire à en faire l’impasse. Rendez-vous donc à Medellin si notre système de freinage ne nous lâche pas avant…

  • 184. Poursuite de nos aventures colombiennes

    184. Poursuite de nos aventures colombiennes

    Dans ce second parcours en Colombie, nous allons découvrir une ville blanche, une autre multicolore, des indigènes conservateurs, des statues de chiens ou chats par dizaines et des petites sorcières. Un beau programme, non ?

    Poursuite de nos aventures colombiennes - parcours décrit dans cet article - version zoomable ici
    Poursuite de nos aventures colombiennes – parcours décrit dans cet article – version zoomable ici

    Popayán, la ville blanche

    Sortis tout propres des thermes d’eau bouillante (voir l’article précédent), c’est dans la continuité logique que nous parcourons la ville de Popayán dont tous les murs sont uniformément blancs avec une architecture coloniale soigneusement conservée. Ce serait dit-on l’une des plus belles villes coloniales de Colombie. Popayán a en effet bien évolué depuis son statut de hameau (c’est la signification de son nom) à la ville actuelle de 350 000 habitants, grâce à sa situation géographique stratégique sur la route commerciale entre Quito et la côte caraïbe. Occupée à s’enrichir, elle s’est beaucoup moins impliquée que ses voisines dans l’indépendance du pays, subissant en contrepartie moins de dommages et moins de pertes financières. Elle a pu ainsi réparer plus rapidement les conséquences des nombreux séismes qui affectent la région et soigner son apparence.


    Silvia : incursion chez les Misak

    Des traditions indigènes conservées

    Le village de Silvia, à 2620m d’altitude, se distingue en Colombie par sa population indigène majoritaire. Les Misak ont ainsi réussi à préserver l’essentiel de leur culture face à l’envahisseur espagnol. Dans leur mode de vie d’abord, puisque sur les 32000 membres de leur communauté, seuls 4000 habitent au village, les autres étant parsemés dans les hameaux des montagnes alentour. Dans leur tenue vestimentaire ensuite, très loin des standards occidentaux : les hommes comme les femmes portent de longues jupes drapées de couleur noire (symbolisant la terre-mère, la Pachamama) ou bleue (Misak signifie « les enfants de l’eau) bordée de rouge (le sang versé dans la lutte contre les envahisseurs espagnols), une ceinture ou une écharpe aux rayures colorées, un poncho et un superbe chapeau, soit en feutre noir, soit en paille et alors plat. Les deux peuvent porter une mochila, un petit sac à main fourre-tout. Les femmes complètent souvent l’ensemble avec des colliers de perles. Les Misak en tenue n’étaient pas si nombreux le jour de notre visite, un samedi, mais ils descendent en force de leurs montagnes le mardi, jour du marché. Nous avons été très touchés par cette préservation de leurs traditions.


    Un art mural revendicateur d’identité

    Nous commençons seulement à découvrir la richesse des fresques murales colombiennes, mais là, à Silvia, la densité est exceptionnelle par rapport à ce que nous avons pu voir jusqu’ici. Elles couvrent peut-être une maison sur trois, avec un thème nature prédominant. On nous dit que les MIsak ont énormément participé, encourageant l’expression de leur identité avec cet art. On y trouve donc volontiers des thèmes indigènes, comme les paysages de la région, les symboles Misak (l’eau principalement puisqu’ils sont « les enfants de l’eau »), ou des scènes de la vie quotidienne des communautés autochtones. Et c’est tellement beau à voir !

    Façades à Silvia, Colombie
    Façades à Silvia, Colombie

    Un camping pas comme les autres (La Bonanza, Silvia)

    De retour de Silvia, nous nous arrêtons pour 48h au camping La Bonanza. Ce n’est pas vraiment par hasard que nous avons choisi ce lieu. Il est dit sur les réseaux que le lieu est tenu par une famille marocaine partie en tour du monde en camping-car avec leurs 3 enfants de 8 à 10 ans. En raison des difficultés liées à leur nationalité, notamment pour obtenir les visas dans chaque pays, nous faisant au passage réaliser combien il est facile pour nous de voyager avec un passeport européen, leur voyage n’a pas été un long fleuve tranquille. Partis du Maroc en 2013, aidés d’un spécialiste en véhicules de loisirs de Marrakech, celui-là-même à qui nous avions loué notre tout premier camping-car en 2009 (!), ils ont rejoint le port d’Anvers et de là celui de Montevideo pour un parcours de presque 2 ans en Amérique du Sud. Rencontrant des difficultés pour passer en Amérique Centrale et tombant au passage amoureux de la Colombie, ils ont fini par s’y installer en achetant l’ancienne ferme d’un narcotrafiquant pour y aménager ce camping. Vous comprenez pourquoi nous avions envie de les rencontrer ! Le jardin était super bien entretenu, avec de jolies plantes tropicales. Outre de longues discussions avec notre hôte, nous avons fait connaissance avec d’autres voyageurs de passage. Un couple en pleine reconversion professionnelle et une famille voyageant avec 3 fillettes, terminant leur tour d’Amérique du Sud le mois prochain. Ambiance marocaine oblige, Kika (le diminutif de Malika) nous a cuisiné un excellent tajine berbère aux 6 légumes. Son mari était malheureusement absent. Leurs enfants ont bien grandi et poursuivent de brillantes études (l’effet stimulant du voyage y est peut-être pour quelque chose). De belles rencontres en tout cas qui ont comblé notre attente.


    Fruits et Légumes (Supermarché La Gran Colombia, Jaramundi)

    Un peu avant Cali, nous nous arrêtons refaire le plein du frigo dans un supermarché. Notre critère de choix est curieusement la présence d’un parking extérieur, et donc ni en sous-sol où nous passons rarement en hauteur, ni dans la rue, ce qui curieusement est très fréquent. Sans vouloir vous ennuyer avec le détail de nos courses, nous développons juste notre passage devant le rayon fruits et légumes qui comportait quelques curiosités. À voir en commentaires sur les photos. À noter aussi que ce supermarché était ouvert sur l’extérieur, ce qui n’est pas banal !


    Cali sans le cartel

    Si la ville de Cali a pu être célèbre pour son cartel fondé par les frères Rodríguez Orejuela, ce n’est plus tout à fait le cas puisque ce cartel a été démantelé en 1995. Depuis, la ville s’est partiellement assagie, même si le narcotrafic est loin d’avoir disparu. Le taux d’homicides encore très élevé se concentre surtout dans certains quartiers, hors des circuits touristiques. Même si cela est probablement moins rémunérateur, les cultures de canne à sucre, de café, de bananes et aussi de vignes couvrent une bonne partie des terres agricoles et restent dynamiques. La ville est plutôt tranquille en journée, et nous avons pu y découvrir quelques attraits.


    Le chantier pharaonique du Christ Roi

    Un peu moins grand que le Christ Rédempteur de Rio, le Christ Roi de Cali n’en est pas moins impressionnant, dominant la ville de ses 26m (dont 5 de piédestal). D’un blanc immaculé, il a l’air comme neuf, mais la statue a été inaugurée en 1953. Symbole de la ville, il a de bonnes raisons d’être bien entretenu. Mais le ravalement a peut-être été fait à l’occasion de l’ouverture du tronçon supérieur d’un projet pharaonique consistant à relier la statue au centre-ville, à 6 km de là, par un réseau de passerelles et de sentiers en dur dans un corridor écologique. Revitalisant tous les quartiers qui se trouvent sur son passage et qui en ont bien besoin. Espérons que tout cela arrive à terme fin 2026 comme cela a été annoncé. Pour l’instant, l’accès est gratuit, le Christ Roi a de l’allure et le panorama est superbe.


    Le Chat du Fleuve et ses copines

    Près du Rio Cali (le fleuve…) une statue de chat en bronze de 3,50m de hauteur a été réalisée en 1996 dans le but d’embellir les abords de la rivière. Elle a de fait attiré quelques touristes mais la municipalité a décrété dix ans plus tard que ce chat était bien seul, décidant alors de lui procurer de la compagnie. Ces Novias del Gato (les copines du chat) ont été moulées en fibre de verre, toutes sur le même modèle, puis confiées pour personnalisation à des artistes plastiques renommés. Une quinzaine au départ, que sont venues rejoindre d’autres copines …et d’autres touristes !


    Le Parc du Chien …et de ses copains

    Au milieu d’un jardin public de Cali trône une statue de chien, en hommage à Teddy, la mascotte des enfants qui jouaient dans ce parc, tragiquement retrouvée empoisonnée. L’un de ces enfants devenu directeur de la Police nationale fit ériger cette statue. Le chien était-il devenu jaloux du chat du fleuve, qui sait ? Toujours est-il que des statues de chien ont fait peu à peu leur apparition à ses côtés. Non mais !


    L’imprimerie La Lanterne, Cali

    Voilà une imprimerie du quartier colonial de Cali qui ne connaît pas la crise. Et son secret n’est pas d’être passé tôt au numérique, mais au contraire de continuer de travailler à l’ancienne. Avec de vieilles presses de 1870, des caractères en plomb, des linograveurs. Et des artistes. Car oui, l’activité principale qui perdure encore aujourd’hui est la création d’affiches. Des publicités du XIXe siècle, ils sont passés aux créations artistiques grâce à une collaboration étroite entre maîtres imprimeurs et graphistes contemporains. L’atelier en pleine activité vend aussi des affiches anciennes. Sur les murs (dernière photo), une pépite : une affiche d’un concert d’Elton John promu par Coca-Cola. Les débuts n’ont pas été faciles pour tout le monde !


    L’architecture peu attrayante de Cali…

    Cali n’est pas renommée pour son architecture, c’est le moins que l’on puisse dire. Les conflits et les séismes ont peut-être freiné les ardeurs des architectes. La période coloniale a disparu des rues et les bâtiments qui ont suivi sont tout à fait quelconques. Les rares exceptions sont quelques édifices religieux comme les églises La Ermita (1942, style gothique), La Merced (1536, la plus ancienne) et San Francisco (1827 avec une tour hispano-mauresque de 1774), ou encore la cathédrale de 1841 sur la place centrale couverte de palmiers. Aucun de ces lieux de culte n’était ouvert, ça n’aide pas…


    …Mais un art mural assez développé

    Ça devient commun en Colombie, l’art mural est encore très présent à Cali, que ce soit sur les parois qui bordent les voies rapides, les enceintes des parkings, les murs des maisons, ou même les poteaux électriques. Une mention particulière pour la rue de l’Escopette, une ruelle couverte non pas des habituels parapluies mais de tissages au crochet du plus bel effet.


    Les petites sorcières de San Cipriano

    Le petit village de San Cipriano ne devait son existence qu’à la ligne ferroviaire qui le traversait, reliant Cali au port de Buenaventura, car il n’était pas relié à la route principale, située à quelques kilomètres de là. Lorsque la ligne ferroviaire a cessé son activité, dans la seconde moitié du XXe siècle, les habitants eurent l’idée d’utiliser la voie ferrée pour ne pas rester isolés. Ils mirent en place des sortes de draisiennes bien à eux, faites d’une plate-forme de bois montée sur routes métalliques et propulsées par une moto fixée dessus, seule la roue arrière restant en contact avec le rail. L’engin est appelé brujita (petite sorcière, c’est très poétique). Tous les biens dont le village a besoin, mais aussi tous les habitants et les visiteurs transitent de cette façon depuis ou vers les deux villages qui jouxtent la nationale. Les premiers touristes ont adoré, se passant la combine de bouche à oreille, et le lieu commence à être connu, sans pourtant sombrer dans le tourisme de masse. Le débit de la ligne ne le permettrait de toutes façons pas. Les conditions de sécurité ne sont pas optimales, mais la traversée de la jungle sur une voie étroite et sinueuse dans cette ambiance sonore particulière mélangeant les pétarades de la moto et les claquements des rails est une expérience extraordinaire à vivre !


    San Cipriano, le village et la forêt tropicale

    Le village est pour le moins modeste. Il a cette particularité d’être presque exclusivement peuplé par une communauté d’origine africaine, descendante d’esclaves amenés par les Espagnols au XVIIe siècle, ayant su préserver sa culture et ses traditions. En le traversant, nous avons l’impression d’avoir changé de continent. Par ailleurs, l’isolement de San Cipriano n’ayant pas favorisé l’apport massif de matériaux de construction, tout semble fait de bric et de broc. Mais les touristes s’en fichent un peu. Outre le pittoresque transport en brujita, ils viennent profiter de la forêt tropicale environnante, entre sentiers de randonnées, cascades dans lesquelles on peut se baigner et retour au village par la rivière en flottant sur des chambres à air de camions. L’offre de restauration est tout aussi modeste, mais j’ai tout de même pu gouter au sancocho, un plat traditionnel très populaire en Colombie. Il s’agit d’une soupe de poisson ou de viande, garnie ou accompagnée de tubercules (banane plantain, pomme de terre, manioc, maïs) de légumes et de l’incontournable riz, le tout mijoté dans un bouillon très parfumé.


    Fin du second épisode colombien

    À l’approche du Pacifique, le mercure est bien remonté, et nous nous dépêchons de reprendre un peu d’altitude avant de pester contre la chaleur. C’est l’un des atouts de la vie nomade que de pouvoir fuir facilement les températures tropicales ou caniculaires. Alors à bientôt dans les montagnes !