Auteur/autrice : jma

  • 194. Quatre jours à Belém

    194. Quatre jours à Belém

    Du cœur de l’Amazonie nous rejoignons sa porte coté Atlantique : Belém. Un joyeux mélange de cultures amérindienne, africaine et portugaise.

    De Manaus à Belém : un joli survol de l'Amazonie brésilienne
    De Manaus à Belém : un joli survol de l’Amazonie brésilienne

    Vol au-dessus de l’Amazonie

    C’est avec la compagnie aérienne Azul que nous rejoignons Belém, la « porte d’entrée de l’Amazonie » pour les gens qui arrivent dans l’autre sens. Nous aurions pu emprunter l’un des bateaux de ligne qui descend l’Amazone en 6 jours et 5 nuits, avec hébergement en hamacs sur le pont, mais la durée nous aurait fait perdre d’autres visites. Ce vol nous a donné l’occasion de survoler en continu la forêt amazonienne et le fleuve Amazone, impressionnant par les multiples méandres boueux qu’il déploie sur 8000km, apportant à l’océan Atlantique un cinquième de l’eau douce de la planète. Près de l’arrivée, la forêt s’interrompt brusquement pour faire place à la ville, comme à Manaus. Sauf que là se rajoute le grand estuaire qui va troubler encore l’océan pendant des dizaines de kilomètres. Et hélas être à l’origine des bancs de sargasses qui iront ensuite encombrer les plages antillaises.


    Ambiance port de pêche à Belém

    Nos premiers pas nous mènent un peu par hasard vers ce port de pêche qui s’avère d’emblée des plus authentiques, bien que pas hyperactif. Mais l’amoncellement de bateaux colorés et décrépits s’harmonise parfaitement avec l’arrière-plan de maisons et – j’ose le dire – de la population du même acabit. Nombre d’oiseaux trainent sur les quais, davantage attirés par les déchets qui flottent que par les poissons. L’accumulation de charognards bien noirs sur les fils et les bordures de toits ferait tout à fait Hitchcock à la nuit tombée, l’insécurité montante du quartier en soirée renforçant encore le suspense. Mais le jour, si l’on excepte le fait que nous nous sentions très étrangers dans ce lieu, tout va bien, l’ambiance est à la détente. Un lieu pittoresque en tout cas.


    La vieille ville

    Le quartier où nous logeons, en plein cœur de la vieille ville, n’est pas non plus des plus reluisants. Des rues étroites s’encombrent d’étals de tous genre en journée, avec l’animation visuelle et sonore qui va avec (les vendeurs clament haut et fort leur marchandise tandis que d’autre attirent les clients avec une sono poussée à fond) mais se vident complètement la nuit, un peu inquiétantes à parcourir d’ailleurs. Les immeubles qui les bordent sont très éclectiques, allant du grand n’importe quoi à l’architecture néoclassique qui a suivi la période faste du commerce du caoutchouc, en passant par les vestiges coloniaux portugais initiaux. L’humidité et le manque de moyens font que rien n’est entretenu et que les vieilles façades sont envahies peu à peu par la végétation. Mais cela donne aussi un charme à la ville. Le centre-ville comporterait ainsi près de 2000 bâtiments d’intérêt historique. L’inconvénient de la fermeture des boutiques le soir est l’absence parallèle des lieux de restauration faciles à trouver dans la journée. Heureusement, à portée de marche se trouve une zone dédiée à la restauration installée dans une ancienne gare portuaire réhabilitée. C’est sécurisé mais bruyant. Nous installant un soir le plus loin possible d’un chanteur pour pouvoir arriver à discuter, nous avons eu la surprise de voir ajoutés à notre note des frais d’ »animation », que Claudie a vivement contestés et fait annuler !



    Le marché Voir-et-Peser

    Le "marché de fer" à Belém, dédié à la viande
    Le « marché de fer » à Belém, dédié à la viande

    Le nom bizarre de cet immense marché installé au bord du fleuve, provient de son ancienne fonction de contrôle des poids des denrées arrivant par là au XVIIe siècle. Cela dit il est très pittoresque. Des structures métalliques importées d’Europe au début du XXe siècle et désormais classées monuments historiques abritent l’une le marché au poisson et l’autre celui dédié aux viandes. Des étals plus classiques offrent l’étendue habituelle des marchandises régionales (fruits, légumes, autres denrées alimentaires, artisanat, etc.), mais aussi des produits plus spécifiques, comme ces bouteilles de cachaça contenant un énorme crustacé ou des remèdes soignant à peu près tout, y compris l’infidélité, le manque de virilité et l’infortune. Si les vendeurs n’hésitent pas à vous interpeller, ils ne sont pas pour autant envahissants. Ils sont même prêts à vous aider à trouver l’introuvable, nous en avons fait l’expérience. Nous cherchions désespérément de la poudre d’açaï quand un vendeur nous a accompagnés plusieurs centaines de mètres jusqu’à une rue voisine du marché, est entré dans toutes les boutiques pour demander, jusqu’à trouver la bonne, avant de retourner à son stand. Et ça n’est pas la première fois que nous nous faisons aider ainsi en Amérique du Sud.


    La mangrove aux hérons

    En périphérie immédiate du centre-ville, un marécage avait besoin d’être assaini. La municipalité le transforma en 2005 en jardin zoo botanique, tentant de recréer au même endroit les écosystèmes amazoniens (forêt inondable ou non et champs) en les peuplant bien entendu d’animaux et de plantes. Le résultat est plutôt réussi avec pas mal d’espèces en liberté ou visibles d’assez près. Nous avons pu voir de jolis spécimens de papillons dans une papillonneraie, des ibis rouges, des aras multicolores et quelques iguanes. Nous avons assisté au déjeuner des flamants roses. Les hérons qui donnent leur nom au parc viennent pour leur part chercher leur nourriture qu’en fin d’après-midi, mais quelques-uns restent sur place. Pour réserver peut-être ?

    1. Le parc zoo-botanique

    2. Mémorial Amazonien de la Navigation

    Dans l’enceinte du parc trône aussi le Phare de Belém, toujours en activité, et sur lequel on peut grimper. On trouve aussi un petit Mémorial Amazonien de la Navigation avec quelques jolies maquettes et des explications sur l’histoire et les contraintes de cette navigation fluviale spécifique.

    L’entrée de la mangrove aux hérons est gratuite.


    Le cierge de Nazareth

    L’histoire commence toujours un peu pareil : une statuette de Vierge Marie trouvée par hasard dans une rivière, son installation dans une chapelle et plein de guérisons miraculeuses en suivant. C’était vers 1700 et la dévotion se poursuit encore aujourd’hui au point qu’a lieu à Belém le 2ème dimanche de chaque mois d’octobre l’une des plus grandes processions mariales mondiales : le Cierge de Nazareth. La statue de Notre Dame de Nazareth, sainte-patronne de la ville et de la région, est portée sur un char depuis la cathédrale jusqu’à sa basilique dédiée, tirée à l’aide d’une corde par des milliers de fidèles souvent pieds nus. Pour que tout le monde en profite, de nombreuses autres effigies de la vierge circulent.

    L’évènement avait lieu une semaine seulement après notre passage. À 1 semaine près nous aurions pu assister à l’une des plus grandes processions religieuses du Brésil et parcourir accompagné de 2 millions de fidèles près de 4 km à vitesse d’escargot sous un soleil tropical. Je ne sais pas encore si nous avons raté ou si nous avons échappé à cet évènement. Mais nous avons pu visiter la superbe basilique, calquée en dimensions plus modestes sur la basilique St Paul de Rome, ce qui n’aurait sans doute pas été possible en pleine période de procession.

    A noter que, si le nom de la ville est bien le raccourci de Bethléem, ce n’est en rapport ni avec la ville de Judée ni avec celle de Nazareth. Le nom provient d’une tour de guet de Lisbonne. Les Portugais, qui avaient repris la ville aux Français et Hollandais en 1610, voulaient en faire un poste de surveillance du trafic maritime atlantique et ce nom leur parut opportun.


    Brèves belémitaines

    Voici de nouveau en présentation courte quelques sujets concernant la ville de Belém que je n’ai pas pu développer ailleurs.

    1. L’autre parc zoo-botanique était fermé

    Deux jardins botaniques pour une même ville, c’est beaucoup, mais avec l’Amazonie à ses portes c’est peut-être normal. Toujours est-il que ce second parc, qui était notre premier choix car plus développé que le précédent était malheureusement fermé au moment de notre passage. Nous avons dû nous consoler avec les fresques sur ses murs extérieurs.


    2. Maracas à plume et pots de singe

    Proposés dans des paniers sur le marché, voici des objets bien amazoniens. Ceux ornés de plumes sont des maracas, taillés dans une calebasse et munis d’un petit manche qu’on ne voit pas. A la fois instruments de musique et outils chamaniques utilisés pour les cérémonies (les peintures et les plumes au sommet ont des significations symboliques spécifiques). Les sortes de bols à droite sont les fruits du Sapucaia. Ils sont munis au départ d’un couvercle qui tombe à maturité, laissant apparaître des graines dont raffolent les singes, au point d’y coincer souvent leur main en voulant les attraper. D’où le nom de ce qui peut être utilisé comme un récipient.


    3. Repas économiques

    Le coût de la vie est plutôt modeste au Brésil, et les repas ne nous ont pas coûté grand-chose. Nous avons rarement mangé dans notre logement, petits-déjeuners et apéritifs mis à part – bah oui, l’incontournable caïpirinha. Donc restaurant midi et soir, avec des repas qui nous sont revenus entre 4 et 10 euros par personne boisson comprise. Quelquefois dans des petits restaurants de rue avec mobilier en plastique et nappe en toile cirée, avec une qualité variable, plus souvent dans des buffets au poids, avec un large choix de plats locaux souvent très bons, et plus rarement dans de vrais restaurants. Le concept de buffet au poids, banal au Brésil, est plutôt rare en France. Si vous habitez Agen par exemple, il vous faudra parcourir 150 km pour rejoindre le plus proche, à Bègles. C’est dommage parce cela favorise la modération et l’économie de déchets par rapport aux buffets à volonté bien plus courants. Ce genre de repas nous revenait à moins de 10 euros par personne. Pour la photo du menu, diviser les prix par 6 pour convertir en euros.

    P.S. Soyons honnêtes, Christophe n’a pas consommé les 3 bières de la dernière photo. C’est juste une petite mise en scène…


    4. De l’art dans la mairie

    La mairie de Belém est installée dans un ancien palais de 1885, qui sert aussi de musée d’art de la ville. C’est vrai que le décor est une œuvre d’art à lui seul, témoignage une fois de plus de cette période faste liée au monopole du commerce du caoutchouc. J’ai juste un peu de mal à croire que dans un tel décor on puisse voter sereinement des mesures en faveurs des habitants modestes, majoritaires à Belém. Mais reconnaissons le mérite à la mairie de permettre l’accès à tous de ses locaux.


    Déjà le départ

    Voilà quatre jours que nous sommes à Belém. La ville aurait mérité davantage mais il nous a fallu faire des choix de parcours pour que tout tienne en 3 semaines. Alors nos sacs sont prêts pour notre prochaine étape : Salvador de Bahia. Encore une ville mythique brésilienne à découvrir ! A très bientôt !

  • 193. De Rio à Manaus, Amazonie

    193. De Rio à Manaus, Amazonie

    Enfin un vrai plongeon dans l’Amazonie, avec immersion en forêt, pêche au piranha et autres, en plus de la découverte de Manaus.

    Trajet en avion de Rio de Janeiro à Manaus - En réalité nous avons fait une escale à Sao Paulo
    Trajet en avion de Rio de Janeiro à Manaus – En réalité nous avons fait une escale à Sao Paulo

    Vol Rio – Manaus

    Le Brésil est immense et notre trajet en avion va durer 5h40 pour 3000 km, y compris une escale technique à São Paulo. La compagnie Latam qui se vante d’être la plus ponctuelle du sous-continent sud-américain n’est pas un modèle pour le service à bord. Un simple verre d’eau proposé pour le vol d’1h entre Rio et São Paulo, 1 choix de 3 boissons dont 2 sucrées avec un sachet de crackers pour le vol de 4h vers Manaus. Un peu racho quand même. On survole une forêt dense sur une bonne partie du trajet, avec alors une petite déception quand on retrouve la ville géante de 2 millions d’habitants qu’est Manaus. Heureusement, l’aéroport se situant à 14 km de la ville, un peu de verdure est présente au moment de se poser. Nous trouvons facilement un Uber pour nous amener à notre petit hôtel en centre-ville. 30€ la chambre avec petit-déjeuner inclus. Une petite balade dans le voisinage le soir nous permet d’observer déjà un point d’attrait touristique majeur qu’est le Teatro Amazonia (nous le visiterons plus tard) et de constater à quel point les restaurants sont bruyants, chacun cherchant à attirer le public avec de la musique live, mais de qualité très moyenne, la sono poussée à fond ne rendant peut-être pas justice aux musiciens. Nous rentrons assez tôt sous la pluie – climat tropical oblige – et rentrons nous reposer à l’hôtel. Car nous partons demain de bonne heure pour un séjour dans un lodge au cœur de la forêt amazonienne.


    A la rencontre des eaux (des affluents de l’Amazone)

    Un minibus envoyé par notre lodge amazonien vient nous chercher à l’hôtel à 7h15 du matin – autant dire que nous nous sommes levés tôt ! – pour nous conduire au port des ferries de Manaus. De là c’est une pirogue à moteur qui nous attend pour une traversée un peu particulière. Navigant d’abord sur l’eau couleur thé noir du Rio Negro qui longe Manaus, nous allons brusquement tomber sur l’immense nappe boueuse qu’est le Rio Solimões. C’est à cet endroit précis que le fleuve Amazone prend son nom, mais le plus étonnant c’est que les eaux de ses deux affluents ne se mélangent pas. Du moins pas avant 6 ou 7 kilomètres. Les raisons sont essentiellement physiques, l’eau du Rio Negro ayant un débit et une vitesse moins élevés, une température supérieure de 6°C, une densité plus faible et une acidité plus forte a du mal à s’intégrer au puissant Rio Solimões. Le contraste vu du ciel tout comme au niveau de notre pirogue est saisissant. Cette rencontre des eaux fait la fierté des habitants de Manaus et de nombreuses décorations dans la ville y font référence.


    Le séjour à l’Amazon Tupana Lodge

    Nous allons passer plusieurs journées bien en accord avec la nature dans cet endroit paisible, au rythme des deux à trois sorties proposées chaque jour. Nous ferons ainsi une marche dans la forêt avec quelques indications sur les moyens de communiquer si l’on se perdait (troncs creux qui une fois frappés s’entendent à plusieurs kilomètres), de trouver des sources d’eau et de bien choisir les récipients pour la recueillir (certaines feuilles sont très toxiques). Nous identifierons aussi quelques plantes médicinales, c’est la spécialité de notre guide qui est moitié indien moitié portugais et nous goûterons même au latex un peu sucré d’un arbre. Nous irons aussi pêcher le piranha : 4 prises dont 2 par notre amie française, nous aurons ainsi droit à la dégustation le soir même. Nous visiterons une maison amérindienne construite sur pilotis et 12 mètres au-dessus du niveau de la rivière car c’est à peu près la hauteur de la montée des eaux en hiver. Nous y découvrirons pas mal d’arbres fruitiers exotiques et jouerons avec un petit singe adopté par la famille … jusqu’à ce qu’il soit assez gros pour être mangé. Car chez les Amérindiens, on mange tous les animaux que la nature propose sauf les vautours et les crapauds. Nous partirons à la recherche des dauphins roses de l’Amazonie avec leur tête à bosses et leur long nez. Nous passerons enfin une nuit en dehors du lodge, en hamacs sous un carbet, après avoir préparé notre caïpirinha à la belle étoile et dégusté un excellent asado (barbecue local) de poulet. Au lodge lui-même, les buffets étaient excellents, avec une majorité de plats régionaux préparés avec des ingrédients locaux. Enfin, l’encadrement et l’organisation parfaits de bout en bout. Nous sommes revenus enchantés. Une dernière mention non négligeable : un tel séjour en immersion en Amazonie 4 jours / 3 nuits, avec prise en charge et retour à l’hôtel de Manaus coûte 320 € tout compris sauf les boissons en extra.

    1. Arrivée


    2. Installation et première activité


    3. Apprentissage de la forêt


    4. Pêche au piranha et sortie caïmans

    De Rio à Manaus, Amazonie : pêche au piranha
    De Rio à Manaus, Amazonie : pêche au piranha

    5. Sortie lever de soleil et visite d’un verger autochtone

    Manaus : Rencontre avec un petit singe
    Manaus : Rencontre avec un petit singe

    6. Dauphins roses et nuit dans la jungle


    7. Dernier matin à l’Amazon Tupana Lodge


    8. Retour à Manaus


    Visite de Manaus

    Les envahisseurs portugais ont envahi en 1669 ce territoire occupé depuis des millénaires par le peuple Manaos. Ils bâtirent un fort, puis un village qu’ils nommèrent Saint José du Fleuve Noir. Comme dans leurs autres colonies, ils entreprirent de capturer les autochtones pour les contraindre aux travaux forcés sous prétexte de christianisation. Mais les Manaos ne se sont pas laissé faire et il a fallu 5 années de guerre pour en exterminer la moitié et disperser les survivants dans d’autres villes. Alors, bons princes, les Portugais ont rebaptisé la ville Manaus. Ça leur a fait une belle jambe aux survivants !


    Un siècle et demi plus tard, ce sont d’autres peuples amérindiens et aussi les portugais pauvres du nord-est qui sont exploités dans le commerce juteux du caoutchouc, extrait de l’unique arbre qui en produit : Hevea brasiliensis. Un commerce si juteux que Manaus devient en quelques décennies l’une des villes les plus riches du monde. Les « barons du caoutchouc » se font construire des palais somptueux, et les classes supérieures de belles demeures coloniales. Le nec pus ultra pour la construction et l’aménagement étant d’importer des produits européens. C’est de cette époque (XIXe siècle) que date le magnifique opéra de la ville. Manaus fut aussi la première ville du Brésil à avoir l’électricité et un tramway fonctionnant à cette énergie.

    Forcément, ce succès a fait des jaloux, et des Anglais ont secrètement livré des graines d’hévéa aux pays d’Asie du Sud-Est. L’exploitation plus rentable a fait chuter le cours mondial et créé une période de récession à Manaus. Il faudra attendre la création d’une zone franche dans les années 1960 pour relancer l’économie et faire de la ville le cœur économique de l’Amazonie. L’activité touristique est minoritaire, Manaus représentant surtout une base logistique pour l’organisation d’expéditions ou de séjours dans la forêt amazonienne. Elle reste intéressante à visiter pour son histoire et ses bâtiments coloniaux décrépits qui lui confèrent un charme indéniable.


    Le Teatro Amazonas

    C’est le nom officiel de l’Opéra de Manaus, un spectaculaire monument parfaitement représentatif de cette période de l’or du caoutchouc. Sa présence incongrue au cœur de la forêt amazonienne, à des milliers de kilomètres des grandes capitales culturelles du pays est le reflet de la démesure en cours à cette époque. Il fallait tout faire comme en Europe, des constructions au mobilier, du mode de vie à la culture. Le bâtiment datant de 1896 est bâti en marbre de Carrare, acier de Glasgow, verreries et tuiles d’Alsace-Lorraine, parquets en bois du Portugal, etc. Sa coupole aux 36 000 tuiles vernissées aux couleurs du Brésil se voit de loin. Sa grande salle de spectacle en fer à cheval est couverte d’un plafond peint représentant la Tour Eiffel vue de dessous. Le rideau de scène est une toile peinte représentant la rencontre des eaux évoquée ci-dessus. Après une période de fermeture lié au déclin du commerce du caoutchouc, l’opéra a été rénové en 1990 et accueille de nouveau des spectacles, dont beaucoup sont gratuits. Une légende voudrait qu’Enrico Caruso y ait chanté lors de l’inauguration, mais sans élément de preuve. En revanche s’y sont bien produits Plácido Domingo lors de la réouverture en 1990, José Carreras pour le centenaire en 1996, et même Luciano Pavarotti lors d’une visite privée. À noter que l’histoire de l’Opéra de Manaus a inspiré un film en 1982, Fitzcarraldo de Werner Herzog, où un excentrique rêve de construire un opéra en pleine forêt amazonienne. Il va falloir qu’on regarde ça !


    Le Marché Adolpho Lisboa

    Voilà un autre emblème de la ville, construit au cours de la même période sur le modèle des Halles de Paris, avec une structure métallique inspirée de Gustave Eiffel. C’est le cœur économique de Manaus, grouillant d’activité et attirant les touristes dont quasiment aucun européen. On y trouve tout ce que l’Amazonie peut produire, des poissons d’eau douce frais ou séchés et roulés à une multitude de fruits ou légumes exotiques que nous ne connaissons pas, en passant par les épices, plantes médicinales, souvenirs artisanaux et l’incontournable zone de petits restaurants amazoniens à deux ou trois tables. Nous aurions volontiers testé les soupes fumantes qui mijotaient là ou le poisson grillé, mais ce n’était pas l’heure.


    Au total nous avons trouvé Manaus très dépaysante, bien plus que la tristounette Rio, et revu à l’occasion notre première opinion mitigée sur le Brésil. Cela va-t-il se confirmer lors de notre destination suivante Belem ? C’est à voir !

    Souhaitant illustrer par une carte le début de cet article, j’ai trouvé plus simple de demander à l’intelligence artificielle. J’ai commencé par Mistral, une entreprise française que j’aimais bien soutenir, en tapant la commande suivante : « j’aimerais une carte photoréaliste en format paysage 16/9 montrant le trajet d’un avion de ligne entre Rio de Janeiro et Manaus avec ces 2 villes indiquées, ainsi que les autres villes et fleuves les plus importants sur la zone de la carte ». Le résultat, ci-après, est une horreur, même pas dans le bon format et avec des connaissances géographiques inquiétantes. Est-ce le reflet de la baisse du niveau des écoliers français ou le témoin des difficultés que rencontre actuellement l’entreprise face aux géants américains. En tout cas je ne demanderai plus jamais de carte à Mistral ! La carte au début de l’article a été générée par ChatGPT juste après avec la même commande. J’ai quand même dû la retoucher, l’avion curieusement étant à l’envers.

    Le trajet Rio - Manaus selon l'intelligence artificielle de Mistral
    Le trajet Rio – Manaus selon l’intelligence artificielle de Mistral.ai, bienvenue au Brazaus !

  • 191. Carthagène des Indes

    191. Carthagène des Indes

    Nous voici donc arrivés à l’étape ultime (pour Roberto) de notre périple sud-américain. Avec en priorité la réexpédition de notre véhicule vers l’Europe. Puis quand ce sera fait la visite de celle qui est considérée comme la plus belle ville de Colombie.


    Le shipping de Roberto

    1. Les devis et la recherche d’un « container buddy »  

    Notre tâche prioritaire en arrivant à Carthagène est la réexpédition de Roberto en Europe. Voilà 2 mois que nous avons commencé les préparatifs : devis auprès de 3 agences maritimes, comparaison, choix de la meilleure solution qui s’avère être la même compagnie anglaise qui avait assuré notre retour du Panama, IVSS. Les deux difficultés à ce stade sont d’une part de trouver un partenaire pour partager le container (ça réduit les frais d’à peu près 45%) et, bizarrement, d’arriver à joindre la compagnie. Parce que IVSS propose bien une liste de candidats au partage, mais sans réponse de leur part impossible d’aller plus loin.

    Par chance, sur un groupe WhatsApp de voyageurs en Colombie, un couple français cherche un partenaire de son côté pour un transit vers Fos-sur-Mer. Nous les contactons de suite et ça matche immédiatement. Roberto et ses 6 m de longueur tiendra parfaitement dans le conteneur de 12 m avec George, le Peugeot J7 de 1979 d’Eva et Jules qui ne dépasse pas les 5,50 m. Par contre nous ne pourrons pas rentrer par Fos-sur-Mer en ayant quitté l’Europe par Anvers, la France est très tatillonne à ce sujet. Mais ça n’est pas un problème pour Eva et Jules qui sont ok pour Anvers.

    Le problème reste de joindre la compagnie. Apparemment le responsable Amérique du Sud serait en vacances… Un rendez-vous téléphonique est pris pour 3 semaines plus tard et le temps parait long jusqu’à leur réponse. Qui finit par arriver : nous avons enfin une confirmation pour un départ le 16 septembre, avec une arrivée à …Rotterdam 3 semaines plus tard. Pas tout à fait la Belgique mais ça ne tombe finalement pas si mal puisque nous n’avions pas encore visité les Pays-Bas. Nous voici donc à Carthagène pour l’étape ultime : la mise en conteneur de nos véhicules.


    2. La préparation de Roberto

    Évidemment, c’est moins simple qu’il n’y parait. Outre la paperasserie à transmettre au préalable, il faut préparer Roberto qui doit avoir l’air comme neuf. Donc vidage complet, nettoyage en profondeur intérieur comme extérieur, re-remplissage des placards sans que rien ne dépasse et en prévoyant que les douanes pourront à leur guise nous faire ressortir la totalité. Il faut aussi que tous les réservoirs soient vides, ce qui n’est guère un problème pour les eaux claires et grises mais qui est un crève-cœur pour le réservoir de carburant que l’on nous impose d’être sur la réserve. À 77 centimes le litre de diesel, nous aurions bien aimé partir avec les 90 litres de plein !


    3. La dépose au port et le contrôle anti-drogue

    Et puis vient le grand jour. En chemise à manches longues, pantalon et chaussures fermées alors qu’il fait 38°C, Jules et moi entrons avec nos véhicules au port. La punition s’aggrave : il nous faut en plus porter gilet de sécurité, casque et lunettes. Et c’est avec cet accoutrement que nous allons devoir, nos craintes se confirmant, sortir tout le contenu de Roberto et George pour l’inspection anti-drogue. 2 litres de sueur évacués plus tard et autant d’eau ingérée en compensation, nous sommes prêts. Le chien arrive, aboie beaucoup devant nos affaires, bave aussi, avant de tomber en arrêt devant un des cartons de Jules. On s’inquiète, surtout que c’est un paquet qu’on lui avait offert, mais non, fausse alerte. Le chien a quand même déglingué le carton et bien bavé dedans… À peine 5 mn d’inspection et voilà. On nous fait signe de tout remettre…


    4. L’empotage

    C’est le moment de rentrer dans le conteneur. J’ai beau leur affirmer qu’à l’aller ça s’est bien passé, les agents sont inquiets devant la taille de Roberto. Il est vrai que la marge à l’entrée des portes ne sera que de quelques centimètres : il faudra bien viser. C’est l’un des agents qui va le rentrer. Tout doucement. Ça passe vraiment juste pour les rétroviseurs pourtant repliés, et encore plus juste pour les panneaux solaires. Le lanterneau étant plus haut qu’eux, je me demande comment ça a pu passer. Peut-être grâce à la petite rampe d’accès qui a fait que Roberto était un peu incliné en entrant. J’espère qu’il y aura la même à la sortie ! Quoi qu’il en soit, notre véhicule est maintenant dans la boite, tout au fond. Le conducteur n’a pas d’autre possibilité que de ressortir par les portes arrière. Alors qu’ils attachent les roues arrière avec des sangles, je me demande comment ils ont fait pour l’avant ?

    C’est maintenant au tour de George (oui, sans « s », il a été baptisé par sa propriétaire précédente qui est Anglaise) qui rentre plus facilement. Il a juste fallu dévisser un peu les rétroviseurs pour les replier. En 1979 c’était comme ça ! La rampe d’accès est ensuite enlevée, les portes refermées puis les scellés posés : le nôtre et celui du port. Les démarches sont terminées, nous souhaitons bon voyage à ceux qui ont été nos compagnons de route pour ce long périple en Amérique du Sud. Avec un petit pincement au cœur. Nous sommes comme ça, nous, les voyageurs nomades. Il ne nous reste plus qu’à retrouver Eva et Claudie, interdites d’accès au port (c’est comme autrefois dans les bateaux : les femmes portent malheur. Nan je blague, c’est juste qu’une seule personne par véhicule était autorisée) mais tenues étroitement au courant de la procédure.


    Visite de Carthagène des Indes

    Même si les locaux l’appellent plus souvent Carthagène (Cartagena en fait), j’aime bien la dénomination complète de cette grande ville portuaire du nord colombien. Le suffixe est bien évidemment destiné à la différencier de sa consœur ibérique, une aînée de presque 18 siècles. Il faudrait aujourd’hui d’ailleurs rajouter à Indes l’adjectif « occidentales » mais à l’époque la question ne se posait pas. À noter que Claudie et moi sommes domiciliés dans les Indes Occidentales Françaises, ce qui explique peut-être ma préférence.

    Carthagène des Indes en Colombie versus Carthagène en Espagne
    Carthagène des Indes en Colombie versus Carthagène en Espagne

    Nous nous sommes gardés une dizaine de jours pour la visite, louant pour l’occasion un AirBnb situé tout près du centre historique, doté d’une jolie vue depuis son 5ème étage, d’une petite piscine au 6ème et dernier. Et bien sûr d’une climatisation particulièrement appréciée parce qu’il fait vraiment très chaud ici et qu’on sait qu’en pareil cas ce serait dur dans Roberto.


    1. Carthagène sur la défensive

    Carthagène apparait d’emblée comme une ville fortifiée : murailles entourant le centre historique percées de grandes portes et forts munis de canons témoignent d’un passé tumultueux. En effet, aux XVI et XVIIe siècle, toutes les richesses (or, argent, émeraude) pillées dans les tombes amérindiennes transitaient ici vers l’Europe, suscitant la convoitise des pirates et corsaires comme le célèbre Francis Drake qui avait même une résidence dans la ville. Tandis que l’esclavagisme battait son plein avec le monopole pour Carthagène de la traite des esclaves africains qui venait encore gonfler le porte-monnaie des notables locaux. C’est pour préserver tout cela que la Couronne d’Espagne fit édifier 11 kilomètres de murailles autour de la ville et même dans la mer, ainsi qu’une vingtaine de forts et ouvrages fortifiés. Il en subsiste encore une bonne partie aujourd’hui. Cela n’arrêta toutefois pas plusieurs attaques d’envergure françaises ou anglaises, ou même espagnoles après la proclamation de l’indépendance en 1811. L’indépendance définitive ne fut obtenue que 10 ans plus tard grâce à la résistance opiniâtre des habitants et aux interventions de Simon Bolivar.


    2. Carthagène la plus belle ville de Colombie

    Si Barichara est considérée comme le plus beau village de Colombie, elle ne peut être comparé à une grande ville de plus d’un million d’habitants comme Carthagène. Cette dernière est inscrite au patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO depuis 1984, non seulement pour ses fortifications, mais aussi pour la préservation de son centre historique. Et il faut bien reconnaître que l’architecture coloniale est ici remarquable, et pas seulement limitée à une ou deux rues. Une succession impressionnante et ravissante de façades colorées, de murs et balcons fleuris, de portes ouvragées, de ferronnerie d’art, d’édifices publics ou religieux de plus de 3 siècles, le tout parfaitement entretenu ou en cours de restauration. À mon avis la plus belle ville de toute l’Amérique du Sud pour ce qui concerne le caractère colonial.


    3. Carthagène la cosmopolite

    Cela faisait un moment que nous n’avions pas vu une telle diversité dans la population autour de nous. À commencer par les touristes, bien plus nombreux ici que dans toutes les villes parcourues jusque-là. Il est vrai que Carthagène est une porte d’entrée fréquente dans le pays, que l’on y rentre en provenance de l’Amérique du Nord ou bien d’Europe. Nous n’aurions pas interrompu notre road-trip panaméricain au Panama que nous serions arrivés en Amérique du Sud par là. Le monopole de la traite des esclaves africains entre le XVIe et le XIXe siècle fait que leurs descendants sont plus nombreux ici qu’ailleurs, la part des colons espagnols et des amérindiens se réduisant d’autant. Et l’on peut rajouter à tout ça le brassage de population lié au carrefour économique qu’est ce port important. Nous devrions pouvoir constater dans les jours qui viennent les conséquences culinaires, artistiques et culturelles de ce joyeux mélange.


    4. Carthagène et l’art de rue

    L'art de rue à Carthagène des Indes
    L’art de rue à Carthagène des Indes

    Nous sommes en Amérique du Sud et le street-art est omniprésent. Si les murs en bas de notre résidence et des rues adjacentes sont déjà couverts de fresques, encouragées notamment par le programme Plan Maestro de Murales de la ville, c’est dans le quartier de Getsemaní, situé à proximité de la vieille ville fortifiée, que la concentration est la plus forte et probablement la plus ancienne. On y voit d’ailleurs pas mal d’œuvres dégradées, et d’autres masquées par des déballages de tableaux modernes. Les thèmes abordés représentent en majorité des figures afro-colombiennes, des animaux et des symboles de la culture caribéenne. On retrouve plus rarement des personnages historiques, l’inévitable Gabriel Garcia Marquez, des scènes de la vie quotidienne et les habituels personnages de la culture enfantine. En tout cas, qu’ils soient couverts de fresques ou de peintures unies, avec alors des associations de couleurs improbables, les murs aussi forment une diversité de couleurs exceptionnelle.


    Nous l’avons vu dans la dernière photo montrant comment on peut artistiquement dissimuler un hideux et dangereux trou dans le trottoir, l’art de rue n’est pas que mural ou pictural. On le retrouve aussi dans la statuaire, dans la végétation urbaine, dans les commerces ambulants (le chapeau est probablement l’article le plus proposé à Carthagène !) et dans quelques scènes insolites. À découvrir dans les images qui suivent.


    5. Dis-moi comment est ton heurtoir, je te dirais qui tu es…

    À la période coloniale, il était courant d’orner la porte de sa maison de heurtoirs et de clous. Tout en profitant de l’occasion pour informer sur sa profession ou revendiquer son rang social. A tal casa tal aldaba (À telle maison, tel heurtoir) comme disait le dicton espagnol. Compte-tenu de l’état de préservation de la ville, de nombreux heurtoirs sont encore présents, d’origine ou plus ou moins restaurés. Nous en avons vu aussi chez les antiquaires. Le lion est le plus fréquemment rencontré, symbolisant la force et l’autorité des militaires et haut-fonctionnaires. L’iguane ou le lézard, dont on voir beaucoup d’exemplaires aussi, représentaient une famille de la haute société, plus ou moins liée avec la couronne espagnole, bénéficiant de privilèges majeurs. Les heurtoirs en forme de poisson ou autres créatures marines indiquaient que le propriétaire tirait sa richesse de la mer : capitaines renommés, riches marchands maritimes. La main indiquait la demeure d’un religieux, voire une proposition d’hospitalité chrétienne. Enfin, le hibou ou la chouette, exprimaient la sagesse et le savoir des médecins ou avocats. Quant aux clous, c’était complémentaire mais sur le même principe : plus ils étaient gros, nombreux et inoxydables, plus le propriétaire était riche et influent. Les clous des palais gouvernementaux avaient paraît-il la taille d’une main, mais nous n’avons pas eu la chance de voir ça…


    6. Où l’on prend les choses de haut

    Nous nous sommes rendus sur le plus haut point de la ville de Carthagène, le Cerro Popa, culminant à 150 mètres d’altitude. Après avoir compté les mètres par milliers sur l’Altiplano, cela peut paraître ridicule, et pas question en tout cas d’y ressentir une quelconque fraîcheur, mais c’est suffisant pour avoir un joli panorama à 360°. L’histoire du lieu est assez singulière. Au moment de l’arrivée des Espagnols, les amérindiens, dont les dieux occupaient souvent les sommets des montagnes, y vénéraient un bouc doré. Ça n’était guère tolérable pour les évangélisateurs fraîchement débarqués, mais par chance un miracle se produisit : la Vierge Marie apparut à un frère augustin, le sommant, tel une Jeanne d’Arc chargée de délivrer Orléans, de bâtir une chapelle à cet endroit. Trois morceaux de bois plus tard, le bouc n’avait plus droit de cité. La chapelle finit par se transformer en couvent, construit en longueur le long du sommet. Vu de la ville, il ressemblait à la poupe d’un navire, ce qui explique le nom donné à la colline et par extension au bâtiment. La position stratégique entraîna la convoitise de l’armée qui réquisitionna les lieux pendant un siècle et demi. Simon Bolivar l’occupa brièvement jusqu’à, dit-on, ce qu’un boulet de canon tiré du fort en dessous lui rase la tête… Aujourd’hui les Augustins ont repris la main et l’ont rendu visitable (il faut bien quelques moyens pour l’entretenir). À côté d’un joli cloître fleuri et de la chapelle dédiée à la Vierge de la Candelaria – la moindre des choses pour son rôle de commanditaire – on y trouve un petit musée hétéroclite exposant aussi bien une collection de billets de banque que des costumes offerts par les habitants pour les processions de la Vierge, une antenne de télécommunications reconvertie en art religieux, un drone capturé par l’armée alors qu’il filmait le monastère …et l’histoire du bouc qui n’a pas été occultée.


    7. Le point sur le shipping de Roberto

    Nous avons maintenant l’entraînement en matière de suivi de bateaux comme de conteneurs. Ça n’est en fait pas plus compliqué que de suivre un colis postal. Il suffit d’entrer le nom du bateau que nous a communiqué le transitaire sur un site de suivi comme Vesselfinder ou MarineTraffic, qui vous donnera instantanément la position et le trajet en cours. La version gratuite est de plus en plus limitée au fil des années et ne permet plus de connaître l’historique des trajets. L’autre limite est celle de l’AIS, sorte de transpondeur qui ne donne la position du navire que lorsqu’il est à proximité d’un port, des côtes ou d’autres bateaux. À distance, la position est inconnue et navire peut ne pas apparaître sur la carte. À moins de passer à la version payante, mais pour nous l’enjeu n’en vaut pas la peine. L’autre source de renseignement est le site de la compagnie maritime ou l’on peut suivre les mouvements des navires et ceux du conteneur en entrant le numéro de celui-ci. C’est ainsi que nous avons appris que Roberto voyagera en fait sur 2 porte-conteneurs différents, l’un appelé « feeder » amènera le conteneur au port de Manzanillo au nord du canal de Panama. Suivra un transbordement vers le navire plus gros qui assurera le transport transatlantique. Si le premier semble arriver à l’heure à Manzanillo, le second est un peu en retard sur son programme, bloqué à l’entrée du canal côté sud. Compte-tenu de la réduction du trafic pour manque d’eau dans le canal, nous craignons que le retard ne s’aggrave, comme en 2023 ou nous avions subi presque 3 semaines de délai.


    8. Le musée naval de Carthagène

    Avec ce musée modeste, nous sommes aussi éloignés du Musée de la Marine de Paris que de la capitale de la France. Une seule grande salle, beaucoup de panneaux à lire (en Espagnol) et rien de vraiment spectaculaire. On y relate la création de Carthagène sur le lieu d’un village laissé à l’abandon par les indiens Caraïbes, au fond d’une baie qui en faisait un port naturel, la période faste avec le développement du commerce aussi bien avec l’intérieur du pays qu’avec le reste du monde, les attaques de pirates à répétition, dont plusieurs par des Français, qui ont conduit aux fortifications de a ville, et les guerres navales autour de l’indépendance du pays. Nous connaissions déjà un peu l’histoire et n’avons pas appris grand-chose. Intéressantes tout de même les attaques d’envergure menées par Francis Drake en 1586, soutenu par le gouvernement anglais, et celle du baron de Pointis en 1697, financée en partie par Louis XIV et par des capitaux privés. À y repenser quand on crie à l’ingérence de certains grands dirigeants d’aujourd’hui.


    9. L’électrification des chevaux

    Lorsqu’en 1800 la mairie de Carthagène autorisa le stationnement de voitures à chevaux le long d’une place appelée entre autres Marché aux Esclaves puis Place de l’Herbe, les habitants furent heureux de se séparer de ces noms encombrants et appelèrent de suite l’endroit Place des Calèches. Le nom officiel de Place de l’Équateur donné par la suite n’a d’ailleurs jamais pris et c’est le nom officieux qui persiste encore aujourd’hui. Même si les véhicules ne sont plus hippomobiles depuis le 29 décembre 2025, jour où la municipalité a imposé le départ à la retraite des chevaux. Il est vrai que le sort de ces animaux était devenu peu enviable, à traîner des touristes de plus en plus lourds sur des pavés de plus en plus brûlants lors de journées de travail de plus en plus longues. Des cas d’épuisement extrême, de blessures, de stress, et même un décès en plein service étaient régulièrement signalés par les citoyens et militants des droits des animaux, tout en étant minimisés par les cochers dont c’était le gagne-pain. Le maire a pris le cheval ou plutôt le taureau par les cornes, organisant une transition fondamentale en quelques mois : 60 calèches électriques ont été achetées et offertes à l’association des cochers, avec un local pour les recharger gratuitement et les stocker la nuit. Les cochers eux-mêmes ont été relogés près de cet endroit, ont bénéficié d’une formation rémunérée à la prise en main des nouveaux véhicules, à la sécurité et aux visites touristiques. Parallèlement, une période d’essai a été instaurée les 5 premiers mois de 2026 où les circuits en calèche électrique étaient gratuits pour les familles, les écoliers et les touristes, de façon à favoriser leur adoption. Une transition en douceur où chacun s’y est retrouvé. À commencer par les chevaux !


    10. Le marché de Bazurto

    Situé à plus de 3 km de la ville fortifiée, ce marché n’est que peu ou pas visité par les touristes (je n’en ai vu aucun en tout cas). C’est pourtant un lieu parfaitement authentique, tout sauf aseptisé, où l’on marche un peu dans la boue en enjambant des détritus, où l’on passe d’une zone à une autre en traversant périlleusement une route encombrée de véhicules klaxonnant, où l’on enjambe avec précaution les filets que sont en train de réparer les pêcheurs, où l’on s’écarte pour laisser passer les dockers qui déchargent les barques pleines à craquer, où l’on doit enfin faire attention aux nombreux oiseaux volant (dans les 2 sens du terme) d’un étal à un autre. L’ambiance est assurément afro-caribéenne, totalement différente de la zone touristique intra-muros. En ce dernier jour avant de quitter Carthagène, où la préoccupation est davantage de vider le frigo que de le remplir, j’ai regretté de ne pouvoir rien acheter. Mais les poissons avaient l’air très frais et les plats qui mijotaient devant les petits restaurants sur place étaient très tentants.


    11. De tout, un peu

    Comme souvent dans ces longues visites, il me reste quelques photos ou sujets que je n’ai pu regrouper ailleurs mais dont j’ai quand même envie de vous parler. Les commentaires sont dans le diaporama.


    Carthagène des Indes c’est fini !

    Nous quittons maintenant cette jolie ville et dans la foulée la Colombie pour un circuit sac au dos au Brésil, où nous aurons le plaisir d’être rejoints par notre ami Christophe. Copa Airlines oblige, notre trajet en avion vers Rio de Janeiro sera coupé d’une escale au Panama. Alors que rien n’était prévu dans ce sens, nous serons tout près de Roberto, bloqué à Manzanillo sur la côte Atlantique, dans l’attente que le porte-conteneurs qui le convoiera en Europe soit autorisé à traverser le canal. Espérons que nous n’aurons pas à subir les 6 semaines de retard comme lors de notre retour de 2023 !