Auteur/autrice : jma

  • 188. De Bogotá à Tunja

    188. De Bogotá à Tunja

    Nous quittons la frénétique Bogotá pour remonter tranquillement la cordillère orientale de la Colombie jusqu’à l’autre grande ville qu’est Tunja, pour des découvertes aussi variées que colorées.

    Notre parcours de Bogotá à Tunja
    Notre parcours de Bogotá à Tunja, en version zoomable ici

    Jaime Duque : un parc d’attraction sans but lucratif

    Le fait est suffisamment rare pour être mentionné : ce parc d’attraction a été créé en 1983 par Jaime Duque, pilote en chef d’Avianca Airlines et philanthrope, dans le but de créer un environnement éducatif et ludique pour les enfants de Colombie, tout en reversant l’intégralité des bénéfices à des œuvres caritatives. Proche de la ville de Briceño, à 35 km au nord de Bogotá, il se remarque de loin lorsque l’on voir émerger de son enceinte sa majesté le Taj Mahal, du moins une reproduction à l’échelle 1:1. Rien que cela nous a attirés…

    En une après-midi, nous n’avons pu parcourir qu’une partie de cet immense parc de 28 hectares sillonné de sentiers, ponts et autres voies de chemin de fer. À titre indicatif nous avons pu voir un château hanté, une immense carte topographique de la Colombie située dans une volière, un parcours dans de longs couloirs bordés d’une centaine de dioramas racontant l’histoire du monde, le fameux Taj Mahal, la Main de Dieu (une main géante soutenant une sphère), une exposition sur les vêtements du monde avec des centaines de poupées, une reconstitution des 7 merveilles du monde antique dont un imposant Colosse de Rhodes et de non moins imposants Jardins Suspendus de Babylone, un brigantin grandeur nature, un navire de guerre, un avion de ligne, un bout d’un très grand zoo, et beaucoup d’attractions pour les enfants. Pour un visuel, cliquez sur ce lien : https://parquejaimeduque.com/zonas-y-atracciones/

    Au total un mélange réussi d’éducatif et de ludique adapté à tous les âges, étonnamment peu connu des touristes


    La mine de sel de Nemocón

    Nous avions décidé initialement d’aller voir la mine de Zipaquirá, célèbre pour sa cathédrale de sel souterraine, à seulement 25 km de là. Mais après avoir lu beaucoup de commentaires défavorables (coût excessif, visites express, prédominance de la religion sur l’histoire minière, etc.) nous avons décidé de boycotter et d’aller visiter à la place la mine voisine de Nemocón, une expérience décrite par les visiteurs des deux comme plus authentique. Alors nous voilà affublés de casques, à descendre 80 mètres sous terre pour un parcours d’1,6 km dans les galeries, accompagnés d’un guide. On nous explique que le sel a été déposé ici il y a environ 700 000 ans lorsque la Colombie était recouverte par un océan, avant de prendre de la hauteur sous les poussées telluriques (la mine est aujourd’hui à 2 684 mètres d’altitude). Que son exploitation remonte au minimum au IVe siècle av. J.-C. (poteries retrouvées dans les galeries) avant de connaitre une extraction à plus grande échelle entre 1816 et 1968 (huit millions de tonnes de sel ramenées à la surface). La mine de Nemocón a depuis été aménagée pour le tourisme.

    Au cours de notre cheminement dans un silence parfait, nous allons trouver des parois sombres desquelles émergent des « bouquets » de sel, formant parfois des cascades figées, des stalactites ou des stalagmites. Des mares de saumure à la surface parfaitement immobile vont rendre de jolis effets-miroirs, bien mis en valeur par des éclairages multicolores. Une chapelle en sel – utilisée tous les dimanches – accompagnée d’une crèche, un cœur d’un seul bloc de cristal de sel et quelques dioramas complèteront le décor. De façon inattendue, nous allons découvrir aussi les décors restants du tournage dans ces lieux du film « Les 33 » racontant l’histoire des 33 mineurs chilien bloqués en 2010 dans la mine de San José. Si vous vous rappelez, nous avions vu cette dernière en début d’année, une expérience émouvante après avoir revu le film.

    Au total, une belle visite, que nous complèterons par un tour dans le charmant village de Nemocón. Aucun regret pour la cathédrale de sel !


    Les falaises de Sutatausa

    L’histoire se répète : nous avions décidé initialement de nous rendre au Lac de Guatavita, un petit lac de cratère pour l’homme mais un grand site sacré pour le peuple Muisca qui vivait là avant l’arrivée des Espagnols. Régulièrement, leur chef couvert de poudre d’or partait en radeau vers le milieu du lac, s’y immergeait et y jetait des offrandes en or elles aussi. De cette légende racontée aux Espagnols est né le mythe de l’El Dorado qu’ils ont désespérément cherché par la suite. Cette histoire aurait mérité une petite visite si là aussi l’organisation n’était pas démoniaque : visite guidée d’une heure obligatoire pour un parcours de 10 mn, tellement encadrée qu’un visiteur s’est senti « en prison », sortie par un lieu suffisamment distant de l’entrée pour avoir besoin de recourir à un taxi pour le retour, etc. Ce fut un nouveau boycott vous l’avez compris et nous avons poussé notre route jusqu’à un petit parking au pied de ces falaises de Sutatausa, inconnues de notre guide papier mais opportunément situées sur notre route.

    On y grimpe par un petit sentier de 2 km pour moitié pavé, sans doute avec les roches détachées des falaises. Le chemin suit ensuite la ligne de crête entre 2800 et 3200 mètres d’altitude et offre un panorama aussi grandiose que vertigineux. Encore une belle expérience totalement improvisée.


    La basilique de Chiquinquirá

    Cette petite ville serait la capitale religieuse de la Colombie. Depuis un miracle survenu au XVIe siècle, quand la plus ancienne peinture du pays, représentant une vierge à l’enfant, sur le point de disparaître car très abîmée, retrouva d’un coup ses couleurs un lendemain de Noël. D’autres miracles survinrent dans la foulée, une église fut construite, puis une basilique, le processus habituel en pareilles circonstances. La visitant un 15 août, nous nous attendions à d’intenses cérémonies, mais c’était ignorer que depuis l’an dernier un jour férié a été créé spécialement pour célébrer la Vierge du rosaire dans tout le pays, le 9 juillet. Inutile de dire que ce jour-là, Chiquinquirá, sa place et sa basilique sont envahies de pèlerins.

    À propos de jours fériés, ils sont très nombreux en Colombie. Avec 19 jours fériés officiels, le pays est dans le top 10 dans le monde à ce sujet. Si l’on compare, la France arrive dans le classement en 68ème position avec « seulement » 11 jours fériés. Mais nous restons mieux lotis que le Vietnam et les USA qui n’en possèdent que 6…


    Les poteries de Ráquira

    Dans cette ville dont le nom signifie « cité des pots », on travaillait l’argile bien avant l’arrivée des Espagnols, et cela reste une activité dominante aujourd’hui. Les amas de poteries en tous genres et à tous les stades s’accumulent dans la plupart des rues, à l’exception peut être de la rue et de la place principale qui se sont fourvoyées dans les affres du tourisme, en se parant de couleurs exubérantes et en transformant tous les ateliers d’artisanat en restaurants et boutiques de souvenirs. Mais elles sont faciles à contourner et nous avons préféré nous concentrer sur les boutiques au détail ou en gros de poteries brutes de cuisson. Le volume limité de Roberto nous a sauvé de toute tentation d’achat, alors que les photos-souvenirs n’occupent que quelques méga-octets dans nos smartphones. L’artisanat de Ráquira n’est pas limité à la poterie : on trouve aussi de jolis hamacs, de la vannerie, des sacs à main et des ruanas (ponchos colombiens) de bonne facture. Et je ne parle pas du prix bien sûr.

    1. Une production qui ne date pas d’hier


    2. La tirelire cochon serait-elle originaire de Colombie ?

    Parmi toutes ces poteries, les tirelires cochons sont en bonne place parmi les favoris. Mais d’où vient cette pratique de transformer les cochons en tirelires ? La réponse est dans le carrousel ci-dessous !


    3. Ráquira, artisanale et touristique

    Selon certains, Ráquira serait l’une des plus belles villes de la région et, carrément, la capitale de l’artisanat de toute la Colombie. Côté esthétique, elle nous semble effectivement en bonne position, tandis que côté artisanat, il y a effectivement un grand choix. Après, les goûts et les couleurs… À vous de juger !


    La maison en terre cuite d’Octavio Mendoza Morales

    Maison en terre cuite, Villa de Leyva, Colombie
    Maison en terre cuite, Villa de Leyva, Colombie

    Un peu avant d’arriver à Villa de Leyva, nous sommes allés visiter cette maison insolite entièrement bâtie en terre cuite. Les courbes, l’asymétrie et la multiplicité des niveaux dominent, en une sorte de mélange entre Gaudi et le facteur Cheval. Mais les matériaux employés entrent ici dans une démarche écologique. L’architecte et céramiste qu’est Octavio Mendoza a souhaité privilégier l’usage des 4 éléments que sont la terre (cuite bien sûr), l’air (qui entre partout et anime de nombreux mobiles), l’eau (nécessaire pour mixer l’argile et présente dans le jardin) et le feu (indispensable pour « cuire » l’ensemble). La terre cuite serait l’un des matériaux les plus sains, tout en absorbant la chaleur du soleil le jour et la restituant la nuit. Ce qui n’empêche pas la présence d’une cheminée dans chacune des pièces toutes biscornues. Nous avons adoré explorer cette maison peu conventionnelle dans laquelle on se perd facilement. La cuisine et les salles de bains sont de petits joyaux. La décoration, dominée par des insectes en métal suspendus aux plafonds comme obstruant les fenêtres ou encore imposant le contact lorsqu’ils remplacent les boutons de la gazinière, peut paraître effrayante, mais elle est compensée par beaucoup d’objets plus sympathiques et par de nombreux espaces prévus pour s’asseoir. Je ne sais pas si nous pourrions y vivre mais nous sommes heureux d’avoir pu visiter la plus grande maison en terre cuite du monde.


    Le monastère de la Candelaria

    A quelques kilomètres de Raquirá, nous visitons ce beau monastère isolé dans un vallon boisé. En 1604, des  moines augustins espagnols qui vivaient dans des grottes près de là ont décidé d’améliorer leur quotidien et leur aura en fondant ce monastère. Qui n’a été achevé qu’en 1661, l’attente a dû leur paraître longue ! Il est occupé aujourd’hui par une vingtaine de moines colombiens et brésiliens qui vivent surtout dans les prières et la méditation mais accueillent volontiers les touristes pour une visite guidée. Nous voilà donc dans les pas de Frère Jonathan qui nous montre d’abord les superbes jardins, avant de nous commenter quelques-uns des tableaux qui entourent tout le cloître. Puis nous visitons différentes pièces dans leur jus de la première heure (XVIIe siècle donc), dont une chapelle avec un magnifique autel en bois doré centré par une peinture de Notre-Dame de la Candelaria, sainte-patronne du lieu. Nous finirons par une grotte, observant sur le chemin la résidence hôtelière appartenant au site, idéale pour une retraite spirituelle dans cette ambiance paisible et isolée. Nous demanderons d’ailleurs, comme d’autres l’ont fait avant nous, l’autorisation de dormir sur leur parking, mais malheureusement le père supérieur n’étant pas là, les moines nous refuseront gentiment. Tant pis, nous irons plus loin.


    Le festival de comètes de Villa de Leyva

    La grand-place de Villa de Leyva, la plus grande de Colombie avec ses 120m de côté, l’une des rares du pays qui ne s’appelle pas Bolivar, est aussi l’une des plus ventées du pays, particulièrement adaptée à l’envol de comètes. Oui, c’est comme ça qu’on appelle les cerfs-volants ici. Et d’ailleurs nous autres Français sommes bien les seuls à voir des cervidés voler dans le ciel. À part peut-être la veille de Noël… La confusion date du XIIe siècle, lorsque les premiers engins volants de cette sorte arrivèrent d’Asie. Du fait de leur morphologie courante de dragon ou de serpent, les locuteurs occitans – c’est par là que ça a dû arriver – les ont appelés serp-volantes (serpents volants). Quand on est capable d’appeler un pain au chocolat chocolatine, la confusion est plausible. Et puis chacun sait que les cerfs ne volent pas mais restent derrière leur fenêtre au cas où un lapin traqué par des chasseurs aurait besoin d’un coup de main.

    Mais ne nous égarons pas, nous sommes venus à Villa de Leyva pour voir le festival annuel de cerfs-volants. Une journée sur les 4 sera suffisante tant la foule est immense voire oppressante. Le parking municipal gratuit où nous séjournons s’emplit d’une multitude de bus et de voitures dès le milieu de la matinée, qui continuent d’arriver jusqu’au milieu d’après-midi, déversant une foule de visiteurs que les petites rues du centre-ville ont du mal à contenir. Villa de Leyva possède un certain charme, avec ses maisons basses au toit de tuiles, aux balcons de bois sculptés et aux murs blanchis à la chaux, mais elle a perdu hélas toute authenticité en s’ouvrant excessivement au tourisme. Les rues du centre ne sont qu’un alignement de bars, de restaurants et de boutiques à touristes, faisant regretter les tiendas pittoresques des villages alentour. Quant au festival lui-même, si les multiples cerfs-volants réunis en un même lieu offrent forcément un spectacle visuellement agréable, nous avons trouvé qu’ils manquaient d’originalité, basés essentiellement sur des ailes delta, ne justifiant pas d’attirer toute cette foule. En tout cas rien à voir avec les superbes modèles asiatiques ou même les cerfs-volants géants du nord de la France.

    Villa de Leyva : la ville

    Villa de Leyva : le festival de cerfs-volants


    Nuit sur les hauteurs

    Après le parking municipal bruyant où nous avons tout de même passé deux nuits, nous avions besoin d’un lieu paisible et si possible proche de la nature. Sur notre route vers Tunja, nous trouvons notre bonheur au bord un petit chemin de terre longeant une crête de collines. Le vent nous a bousculé un peu en fin de journée mais s’est calmé la nuit. Superbe paysage autour de nous avec une vue sur 2 vallées, un petit lac tout rond et de jolies formations rocheuses dans un canyon. Voilà un moment que nous n’avions pas goûté à la pleine nature en Colombie. Vive la vie nomade !


    Nous allons maintenant rejoindre Tunja, la capitale de la région. Ce ne devrait être qu’un bref point de passage vers les charmants villages de la cordillère orientale. À bientôt !

  • 187. Bogotá – La Macarena et retour

    187. Bogotá – La Macarena et retour

    En plus de la visite de Bogotá, la capitale de la Colombie, nous allons nous rendre en avion au parc de La Macarena pour voir l’une des merveilles naturelles du pays : les rivières rouge-sang de Caño Cristales.

    Parcours Bogotá - Villavicencio - La Macarena et retour
    Le parcours Bogotá – Villavicencio – La Macarena et retour décrit dans cet article, en version zoomable ici

    Trajet express Bogotá – Villavicencio

    C’est un fait qui nous joue parfois des tours : nous détestons organiser des excursions trop à l’avance, quitte parfois à en rater certaines. Cela nous semble rogner sur notre liberté d’agir, et puis s’il faut réserver longtemps auparavant, c’est qu’il y a foule et ça nous n’aimons pas trop non plus. C’est la veille d’arriver à Bogotá que nous prenons contact avec une agence pour la visite d’un lieu isolé dans la jungle amazonienne que nous ne pouvons pas rejoindre avec Roberto pour cause de routes impraticables et qu’il nous faudra donc atteindre en avion. S’y prendre un samedi pour un départ en avion le mercredi, c’était assez osé. Les sites des autres agences ne donnaient pas de disponibilités avant deux semaines. Quant à notre guide papier, il recommandait d’anticiper la réservation de plusieurs mois. Mais notre agence était cool, la seule vraie complication a été le règlement, uniquement par virement bancaire international, ce qui était pour nous impossible à mettre en œuvre sur un délai aussi court. Ils ont finalement envoyé un lien pour un règlement en ligne, mais ça n’a pas marché du premier coup, il nous a fallu une seconde carte pour y parvenir. Et, après avoir rejoint le mercredi la petite ville de Villavicencio à 3h de route de Bogotá, nous étions dans l’avion le mercredi !


    Petite agence, petites formalités, petit avion…

    Nous sommes convoqués le matin à 7h devant le local de l’agence dans l’enceinte de l’aéroport. Claudie et moi montons sur la balance sac à dos compris, puis c’est le tour de notre petit bagage soute qui sera placé aux côtés de sacs hétéroclites plus proches dans l’aspect de sacs poubelles que de valises. On nous remet 2 cartes d’embarquement « spéciales » complétées à la main avant de nous envoyer dans la cafétéria de l’aéroport où l’on viendra nous chercher quand il aura cessé de pleuvoir… tout un programme. Ni notre avion ni notre destination n’apparaissent sur le panneau d’affichage des vols en partance, ce qui ne semble pas plus étonnant que ça après tout ce qui a précédé. Et puis finalement on vient nous chercher. Claudie est arrêtée au passage des sacs à dos aux rayons, non pas à cause de sa bouteille d’eau pleine mais en raison de sa perche à selfie. Les deux seront finalement autorisées et nous voilà sur le tarmac encore très humide de tout ce qu’il vient de tomber. Nous passons devant des avions de plus en plus petits, cherchant lequel serait le nôtre, pour arriver devant un petit Cessna de 6 places. 3 autres passagers seront du voyage, le compte est bon avec le pilote, si c’est bien lui qui est assis devant le manche vêtu d’un jean et d’un gilet jaune. L’avion n’est pas tout jeune, mais bon, ça fait partie de l’aventure. De toutes façons plus le choix : nous voilà à nous élancer sur la piste sans même avoir marqué de temps d’arrêt à son seuil. Le pilote (finalement le gilet jaune c’est bien lui) a l’air pressé…


    Vol au-dessus de la forêt amazonienne

    Le ciel va rester nuageux et l’air brumeux tout au long de l’heure de vol, ce qui ne va pas aider au rendu des photos qui pourraient être sympathiques avec une altitude de croisière qui ne va pas dépasser les 1500m. Nos avons tout de même l’occasion d’observer l’alternance de forêts denses, de pâturages et de plantations de palmiers à huile. Contrairement au Brésil où la déforestation connaît un certain recul, ici dans ce parc c’est l’équivalent de 3300 terrains de football qui disparaissent encore chaque année, au profit de l’élevage ou des cultures de coca (y compris dans ce parc national protégé !). Mais ne tergiversons pas, notre descente a commencé vers le petit aéroport du village au nom dansant de La Macarena, entrée du parc éponyme que nous avons hâte de visiter.


    Première journée au Parc Sierra de la Macarena

    1. Présentations

    La récupération des bagages est vite faite (directement dans l’avion) et nous nous dirigeons vers la sortie, passant sous un panneau de bienvenue occupé pour un tiers par la photo d’un militaire armé jusqu’aux dents. Histoire de nous rappeler que la région a été longtemps (50 ans !) sous la domination des FARC qui ont fini par rendre les armes après un accord de paix avec le gouvernement. Des groupes dissidents ou paramilitaires continuent à rôder dans le coin, poursuivant leur part de narcotrafic et menaçant les gardes forestiers, aussi a été installé dans le cœur du village un gros contingent militaire pour la sécurité des habitants celle des touristes qui les font vivre. Notre agence de voyage nous attend dès la sortie et nous confie au guide, un jeune homme qui nous accompagnera pendant 2 jours, aucune visite du parc n’étant permise en solo. Après une présentation obligatoire à l’office du tourisme accompagnée de recommandations, nous déposons notre valise à l’hôtel et embarquons sur le fleuve Guayaraba à bord d’une pirogue.


    2. Trajet en pirogue et grimpette dans la forêt

    Ce large fleuve boueux agité d’un fort courant nous rappelle le Maroni en Guyane. Longeant les rives, nous découvrons un peu de faune locale : divers oiseaux et quelques tortues. Nous sommes déposés sur un quai en boue séchée et partons pour une randonnée de 11 km. D’abord une belle grimpette dans la forêt tropicale humide avec végétation luxuriante, murs végétaux suintants, cascades et même des peintures rupestres. Nous sortons de la jungle à un beau point de vue sur toute la région. C’est le moment du déjeûner, de type fiambre : un petit paquet en feuille de bananier contenant un plat associant riz, pommes de terre, banane plantain et viande.


    3. Balade sur le plateau au milieu des vellozias

    Rassasiés, nous repartons cette fois sur un haut-plateau, un prolongement paraît-il du plateau des Guyanes. Nous nous faufilons sur un sol rocheux mais ruisselant en permanence, entre les arbustes emblèmes de cet écosystème, formant des bouquets de tiges velues ornées au sommet d’un bouquet d’une dizaine de feuilles étroites. Ces Vellozia tubiflora ne doivent pas leur nom à leur vélocité de pousse, bien au contraire : ils ne croissent que d’un centimètre par an, directement sur la roche. Ils ont aussi la particularité de retenir l’eau et d’être relativement résistants aux incendies. Nous verrons effectivement plusieurs secteurs où sur des tiges noircies par le feu émergent des feuilles bien vertes.


    4. La transparence du Rio Cristalito

    En redescendant, nous allons suivre le Rio Cristalito, une rivière aussi transparente que son nom l’indique et dans laquelle nous aurons l’occasion d’une baignade rafraîchissante. Nous observerons enfin de jolies plantes tropicales et un petit élevage de tortues avant de rejoindre notre pirogue de retour. Une première journée bien remplie. Mais le meilleur est pour demain : nous devrions voir rien de moins que l’une des 7 merveilles de Colombie !


    Seconde journée : Caño Cristales et parrando llanero

    1. Caño Cristales, la rivière aux 5 couleurs

    L’attrait majeur du Parc National de la Sierra de la Macarena, c’est une plante aquatique qui ne pousse qu’ici : Macarenia clavigera. Elle tapisse le fond des rivières et, lorsque les conditions d’ensoleillement, de température et de niveau de l’eau sont réunies – ce qui n’arrive qu’entre juin et novembre – elle se pare de couleurs allant du vert au rouge vif du plus bel effet. À certains endroits, le phénomène s’étend sur plusieurs centaines de mètres et le spectacle est véritablement féérique. Et dynamique à la fois car la plante ondule sous les effets du courant ou accompagne le début des cascades. Le décor lui-même est à la hauteur, avec cette rivière vive qui creuse un sol karstique ou descend en formant de grandes marches d’escalier.

    Une fois la saison passée, la plante perd ses belles couleurs et sont volume, redevenant un insignifiant tapis marron. Elle ne reprendra ses couleurs qu’au début de l’été suivant. Et à condition que la population locale et les touristes ne viennent pas polluer le cours de la rivière. C’est ainsi que le Rio Cristalito que nous avons visité en premier s’est dégarni de ses macarenias. Seul le Caño Cristales, lieu de notre visite du jour, en possède encore un nombre important, grâce à des mesures de protection drastiques : limitation du nombre de visiteurs quotidiens dans le parc, répartition sur plusieurs sentiers, interdiction d’entrer avec des bouteilles d’eau en plastique jetable, repas fournis par les agences enveloppés dans des matériaux biodégradables, baignade autorisée dans des secteurs limités et avec interdiction de s’enduire de crème solaire ou de répulsifs anti-moustiques. Apparemment les règles sont bien suivies puisque nous avons pu voir ce spectacle éblouissant qui mérite bien son nom de merveille naturelle de Colombie.

    Claudie et moi devant les magnifiques macarenias de Caño Cristales
    Claudie et moi devant les magnifiques macarenias de Caño Cristales

    2. Le parrando llanero, la fête des cow-boys colombiens

    Nous sommes conviés le soir même à un parrando llanero, reconstitution d’une fête traditionnelle locale à l’intention des touristes. Instauré 2 fois par semaine par la municipalité en lien avec les agences locales, ce spectacle qui pourrait paraître ultra-touristique s’apparente aussi à une cérémonie de bienvenue par des habitants, heureux de nous voir après avoir souffert des 50 ans du conflit armé. Un animateur d’ailleurs cite les différents pays représentés par la centaine de convives et les (nous) remercie d’être là.

    Les Llaneros, ce sont les habitants de la région, des éleveurs de bétail avant tout, que l’on pourrait comparer aux gauchos argentins, mais avec des traditions propres. Comme les chants a cappella d’accompagnement du bétail (pour ne pas le stresser) ou encore leurs sortes de rodéos.

    Le parrando llanero s’apparente, lui, à un repas dansant. On y déguste de la viande de bœuf ou de veau cuite des heures à la verticale sur des pics plantés près de braises ardentes, accompagnée de yuca, plantains ou galettes de maïs. Tout en buvant une bonne Aguila bien fraîche (la bière la plus célèbre de Colombie). Un quatuor de musiciens jouant de la harpe, du cuatro (guitare miniature), des maracas et de la guitare basse joue seul ou accompagne tantôt un chanteur tantôt des danseurs de joropo en habits traditionnels. Qui en effectuent d’abord la démonstration avant d’inviter le public à participer.

    Nous avons été impressionnés par cette danse llanero très particulière, qui mélange flamenco, percussions amérindiennes et rythmes complexes et endiablés africains. Le joropo se danse en couple, avec des pas glissés et des frappements de pieds au son de la harpe, du cuatro et des maracas. L’homme guide la femme avec des tournoiements vifs et élégants. Mais le plus marquant est cette accélération soudaine du rythme en cours de danse, avec des claquements de pas de plus en plus marqués. Les enfants sont formés très tôt au joropo, qui nécessite des années pour sa maîtrise. Au cours du spectacle nous allons justement voir des démonstrations par des enfants, des ados puis des adultes avec évidemment une virtuosité qui progresse avec l’âge. Mais la danse des plus jeunes était déjà impressionnante.


    Troisième journée : état des routes, dernière balade et vol de retour

    1. De l’utilité du pick-up

    Ce matin, c’est un nouvel accompagnateur qui vient nous chercher en pick-up, accompagné de son épouse. Nous partons dans un nouveau secteur du parc national, sur une route forcément en terre puisqu’il n’y a que ça dans le coin. Encore que la terre ne soit pas toujours le seul constituant, nous allons pouvoir le constater. Entre autres éléments, nous trouverons de l’herbe, de la roche, de l’eau, et même des petites flaques de pétrole (qui affleure volontiers à la surface ici). Et le tout agrémenté d’un cochon et de canards que l’on dérange manifestement au passage des gués. Nous allons prendre des chemins de plus en plus étroits, repoussant la végétation, jusqu’à ce que finalement ça ne passe vraiment plus. Là, notre chauffeur et son épouse abandonnent leur véhicule et nous poursuivons à pied.


    2. Dernière balade dans le parc de La Macarena

    C’est à pied donc que nous poursuivons la balade. Après avoir rencontré quelques plantes locales au bord du chemin, retrouvé de nombreux vellozias bien fleuris (pour un jour comme vous le savez), nous allons atteindre une jolie petite rivière perdue dans les arbres. Mais couverte de nos chères macarenias rouge vif. Une piqûre de rappel en quelque sorte avant notre départ.


    3. Adieux à l’agence et vol de retour

    De retour à l’hôtel, nous plions bagages et allons prendre le déjeûner pendant qu’une pluie battante tombe dehors, ayant sagement attendu la fin de notre séjour. Nous partons à pied à deux pas à l’agence qui est elle-même à deux pas de l’aéroport. Dans ce village de taille modeste, tout est à deux pas en fait ! Nous les remercions chaleureusement pour leur organisation sans faille et pour ces merveilles que nous avons pu voir. Nous prenons conscience que nous aurons fait travailler beaucoup de monde au cours de ce bref séjour. Personnel de l’agence bien sûr, mais aussi guides, pilotes de pirogue et d’avion, chauffeurs de 4×4, personnel du parc national, employés d’hôtellerie et restauration, employés ou gérants des boutiques où nous avons pu consommer quelques rafraîchissements, voire acheter une paire de chaussures de marche les miennes ayant lâché sur ces terrains difficiles !

    Après pesée de nous et de nos sacs, nous sommes invités à patienter dans la petite salle d’attente de l’aéroport. Il n’y a plus d’électricité ni de téléphone depuis la forte pluie, mais ça n’inquiète personne. Rapidement, un homme en civil vient nous chercher. Nous le reconnaissons : c’est le pilote de l’aller. Il nous fait monter dans le même petit Cessna dont nous serons les seuls passagers et met rapidement le moteur en route. Je me suis demandé s’il n’allait pas se dépêcher de décoller avant un bi-turbo-propulseur à côté de nous, dont les hélices tournent aussi. Mais non, l’autre avion décolle et puis c’est notre tour. Mêmes paysages brumeux qu’à l’aller, mais j’ai cette fois une meilleure vue sur le poste de pilotage. Ce qui n’est pas forcément un bien car je constate que plusieurs instruments ne fonctionnent pas, comme l’horizon artificiel de secours qui nous donne très penchés alors que nous sommes à plat ou ce compas qui indique l’Ouest alors que nous volons vers le Nord. En compensation il y a bien sûr ce GPS mobile que le pilote a posé devant lui. Mais qu’il ne le regarde pas beaucoup, plus absorbé dans les messages qu’il envoie sur son smartphone, redressant un peu le manche de temps en temps quand nous tanguons un peu trop. Mais manifestement l’avion connaît la route, et nous arrivons bientôt en vue de la piste de Villavicencio. Épisode Sierra de la Macarena terminé et concluant.


    Joies de la vanlife

    1. Délogés de notre parking !

    Après avoir passé une première nuit tranquille sur le parking de l’aéroport de Villavicencio juste avant notre trajet pour La Macarena, c’est tout naturellement que nous décidons d’en enchaîner une seconde à notre retour. Mais une fois la nuit tombée, le service de sécurité vient nous demander de partir, affirmant que passer la nuit dans son véhicule n’est pas permis par les autorités aéroportuaires. Pourquoi ça a fonctionné le premier soir ? Mystère ! Alors nous avons traversé la ville de nuit, ce qui n’est pas spécialement recommandé, pour nous trouver un autre emplacement à l’autre bout de la ville. Rien de plus agaçant, heureusement que ça n’arrive pas souvent.

    Roberto sur le parking de l'aéroport de Villavicencio, Colombie
    Roberto sur le parking de l’aéroport de Villavicencio

    2. Perte d’une partie de notre linge…

    En arrivant à Villavicencio, nous avions laissé 2 sacs de linge à laver dans une lavanderia (en Amérique du Sud en effet, il est rare de trouver des laveries automatiques comme en Europe ou en Amérique du Nord), avec l’intention de le récupérer juste avant de repartir pour Bogotá. À la récupération, c’est la valeur d’un seul sac qui nous est rendue, l’employée justifiant le volume réduit par le conditionnement comprimé. Tout est emballé dans du film étirable et comme nous sommes mal garés, nous ne vérifions pas de suite et reprenons la route. C’est seulement en arrivant à Bogotá, 3 heures plus tard, que Claudie déballe tout. Ne contrôlant pas la sortie de la machine, il n’est pas exceptionnel de perdre un sous-vêtement ou une chaussette, mais là, c’est la moitié de notre linge qui manque ! Pas question de tout refaire en sens inverse, ce n’était que du linge usagé après tout. Claudie met tout de même un commentaire négatif sur Google Maps. Et nous avons la surprise de recevoir une réponse de la lavanderia sur WhatsApp. Ils sont désolés et nous demandent notre adresse pour nous renvoyer le linge manquant. Notre adresse ? Roberto sur la route Untel à 3 heures de là ? Nous donnons sans trop y croire l’adresse du parking où nous prévoyons de stationner. Et le lendemain à 20h, un dimanche, alors que la grille du parking est fermée, un message nous informe qu’un livreur est là à nous attendre. Effectivement, un livreur en moto est là avec le paquet de linge sur son porte-bagage. Je n’arrive pas à savoir s’il a fait les 3 heures de route juste avant, mais la lavanderia a bien rattrapé le coup. Claudie a retiré son commentaire…

    Notre Lavanderia de Villavicencio - Service pas top mais SAV irréprochable
    Notre Lavanderia de Villavicencio – Service pas top mais SAV irréprochable

    Bogotá

    Nous rejoignons la capitale de la Colombie après 3 heures d’une route montagneuse assez pénible. L’environnement est plutôt agréable si l’on excepte les nombreux et longs tunnels, mais la route est envahie de camions qui roulent à petite vitesse en raison de la pente soutenue – nous allons passer de 600 à 2600m. Et les possibilités de dépassement ne sont pas si fréquentes.

    Nous allons trouver un grand parking qui nous hébergera pour 3 nuits. Bien que situé en plein centre-ville, dans le quartier le plus touristique de La Candelaria et tout près du palais présidentiel, il va se révéler extrêmement calme. La seule exception étant les secousses répétées dans Roberto un matin à 7h30, confirmées peu après comme un puissant tremblement de terre survenu à 400 km de là et ressenti jusque dans les pays voisins. Notre parking étant en plein air et Roberto étant parasismique grâce à ses amortisseurs, nous n’avons couru aucun risque. Bogotá elle-même n’a presque pas subi de dommages, mais les régions plus proches de l’épicentre – que nous avions d’ailleurs traversées 3 semaines auparavant – ont été fortement impactées avec plus de 250 morts et des milliers de blessés.

    Après la chaleur de la jungle et pendant que la France souffre de la canicule, nous trouvons à Bogotá une fraîcheur bienvenue. La ville est d’ailleurs surnommée par les locaux « la glacière » en raison de son climat frais et humide particulièrement changeant. 11°C la nuit et 20°C le jour pendant notre visite : des conditions idéales pour la vie nomade. Avec 8 millions d’habitants, la ville est tentaculaire, mais nous allons nous limiter à quelques quartiers, à commencer par La Candelaria, le cœur historique de la ville qui réunit à la fois les restes de l’architecture coloniale, une offre culturelle notable, quelques rues et placettes pittoresques, et beaucoup de street-art. Impossible bien sûr de tout vous raconter, ce serait même ennuyeux, alors voici quelques morceaux choisis, avec les commentaires dans les images.

    1. Les restes coloniaux


    2. La maison de Simon Bolivar


    3. Quelques plats colombiens typiques


    4. L’art du café


    5. Le secteur des chicherias


    6. L’autre musée Botero


    7. L’art de rue


    8. La colline de Montserrat et son funiculaire


    9. Le musée de l’or


    10. Bogotá insolite

    La capitale a encore sans doute beaucoup à offrir ou découvrir, mais nous n’aimons pas rester trop longtemps dans les villes. Sans parler de Roberto qui s’ennuie sûrement à ne rien faire. Alors nous voilà déjà repartis vers le nord de la Colombie. Tranquillement.

  • 186. De Medellín à Bogotá

    186. De Medellín à Bogotá

    Voici la suite de notre road-trip en Colombie, de Medellin libérée du cartel à l’entrée de Bogotá, en passant par le rocher d’El Peñol et la ville de Guatapé, la plus photogénique du pays.

    De Medellín à Bogotá : le parcours décrit dans cet article
    De Medellín à Bogotá : le parcours décrit dans cet article, en version zoomable ici

    Opération freins à Medellín

    Le voyant d’usure des plaquettes de freins s’allumant de temps en temps, nous avions fait une première tentative de remplacement à Cali. Avec le jeu de plaquettes de rechange que j’avais emporté, cela n’aurait pas dû poser de problème, mais le garagiste nous a fortement déconseillé l’opération devant l’état d’usure des disques. Il n’était pas sûr de pouvoir en obtenir, nous demandait 3 jours rien que pour la recherche, alors nous avons repoussé l’intervention, nous disant que peut-être cela tiendrait jusqu’à notre retour en Europe. Mais le petit bruit de sifflement lors des freinages s’est accentué, encore plus rapidement après les routes de montagne, au point de devenir inquiétant. Alors nous avons décidé de shunter les deux étapes touristiques prévues avant Medellin et de rejoindre directement cette grande ville. Nous trouvons rapidement le garage Metrofrenos, un spécialiste en freins de bonne réputation, avec de bons commentaires de voyageurs européens. Effectivement, ils nous prennent en charge de suite, examinent soigneusement tout le système de freinage et confirment non seulement l’usure des disques mais aussi l’usure totale des plaquettes du côté gauche. Par chance, ils arrivent à trouver les bons disques et nous font la réparation de suite pendant que nous attendons dans une salle d’attente confortable avec tables, wifi, boissons chaudes, gâteaux secs et même machine à pop-corn à discrétion. Moins de trois heures plus tard, nous ressortons avec un Roberto tout neuf. Enfin presque, 164 000 km tout de même !


    Trois nuits à Medellín, sans le cartel

    Il n’y a pas si longtemps, Medellín était l’une des villes les plus dangereuses du monde, avec une triste moyenne de 26 homicides par jour en 1991. Elle était rongée par le cartel dirigé par Pablo Escobar et les conflits avec les groupes paramilitaires. Heureusement pour nous et surtout pour ses habitants, la situation s’est fortement améliorée depuis le début des années 2000 grâce à des mesures politiques efficaces. Le taux d’homicides est tombé à 0,5 par jour. Medellín a repris un essor économique sans précédent et redevient une destination touristique pour notre plus grand bonheur. Nous n’avons d’ailleurs pas hésité à y stationner dans une rue proche du centre-ville, dans un quartier gardé jour et nuit. Et de là à rejoindre nos sites de visite en taxi (à 3 € la course, c’est donné).

    Nous avons pu prendre le pouls de la ville, voir beaucoup d’immeubles construits en briques, dont l’immense cathédrale inaugurée en 1931 après 41 ans de travaux. C’est un architecte français qui l’a dessinée, Charles Émile Carré, et c’est plutôt réussi, notamment à l’intérieur. Si les rues sont une épreuve pour les automobilistes, elles sont agréables à parcourir pour les piétons, même s’ils ne sont pas vraiment prioritaires, y compris sur les passages réservés. Je ne vais pas tout décrire, je vous laisse découvrir les photos.  La fin de notre parcours ce premier jour de découverte nous amène à la place Botero. Un artiste que vous connaissez sûrement.


    Fernando Botero, la fierté des habitants de Medellín

    Il est difficile de manquer sur la Place Botero de Medellín les 23 statues de l’artiste, non seulement de par leur nombre, mais aussi par leur volume, si j’ose dire. Car elles ont toutes ce style inimitable de personnages, animaux ou même objets de la vie quotidienne représentés avec des formes exagérément rondes et voluptueuses, initialement inspirées de l’art précolombien mais personnalisées ensuite par l’auteur. Fernando Botero a revendiqué vouloir procurer avant tout du plaisir visuel, et non pas exprimer une critique sociale ou politique, même si certaines de ses œuvres abordent la violence en Colombie ou parodient des œuvres célèbres (la Joconde par exemple). Son style est en tout cas à ce point unique qu’on lui a attribué un qualificatif : le botérisme. Ils ne sont pas si nombreux les artistes qui peuvent en dire autant.


    Après avoir admiré et photographié à loisir les statues de la place, avec un peu de patience car elles sont aussi des arrière-plans recherchés pour les selfies des Colombiens, nous sommes entrés dans le Musée de Antioquia, le plus grand de Medellín, compléter notre rencontre avec l’artiste. Fernando Botero, né ici en 1932 et décédé en 2023 à Monaco, devenu l’un des artistes latino-américains les plus célèbres du XXe et XXIe siècles, n’est évidemment pas qu’un sculpteur. Il a également peint de nombreuses œuvres dans le même style, dont beaucoup de chefs-d’œuvre. Les plus connus étant « Mona Lisa à 12 ans », une parodie de la Joconde de Léonard de Vinci, « Una familia », une représentation typique de sa famille, avec des personnages aux formes rondes et généreuses, « Les Danseurs », une scène dynamique et joyeuse, illustrant son style unique et son amour pour la vie ou encore « Via Crucis », une série sur le thème du chemin de croix, avec cette représentation amusante de Jésus Christ dans le style de Botero. L’artiste local n’est pas le seul exposé dans ce grand musée, j’ai rajouté dans le carrousel quelques œuvres qui nous ont intéressés.

    Fresque murale, Fernando Botero, 1960, Scène avec Cavalier
    L’unique fresque murale de Fernando Botero, réalisée pour l’inauguration d’une banque de Medellin en 1960 – Titre : Scène avec Cavalier

    Pablo Escobar, le roi de la cocaïne.

    Dès son enfance, Pablo Escobar vole des pierres tombales puis des voitures avant de se lancer dans le kidnapping avec rançon. Il a tout juste 22 ans lorsqu’il se lance dans le trafic de drogue et fonde rapidement le cartel de Medellín qui contrôlera à son apogée 80% de la cocaïne consommée aux États-Unis, accumulant une fortune colossale. En finançant des logements, des terrains de football et des soupes populaires pour les pauvres, l’homme a ce côté Robin des Bois qui lui vaut une certaine popularité dans les milieux modestes. Mais contrairement au héros médiéval, Escobar corrompt ou assassine quiconque s’oppose à lui, y compris un ministre de la justice alors qu’il avait réussi à se faire élire député. Il serait responsable de plusieurs milliers de morts. Un personnage on ne peut plus ambigu donc, qui est pourtant encore porté aux nues par une frange de la population et qui reste incontournable dans l’histoire de Medellín.

    C’est à ce titre que nous avons visité sa maison-musée, mise en service par son frère Roberto, grâce notamment à une grosse somme d’argent trouvée par hasard dans une cachette de la maison. Roberto fait parfois la visite lui-même, mais nous n’avons pas eu cet honneur. Après nous avoir resitué la famille, on nous a montré la salle des coffres, des souterrains secrets, un simulateur de vol acheté pour former les pilotes qui assuraient les livraisons, plusieurs avions, un hélicoptère (chacune des 19 maisons que possédait Escobar à Medellín possédait un héliport…), plusieurs voitures dont une Mercedes blindée criblée de balles, un scooter Lambretta rouge d’un côté et noir de l’autre. Pablo Escobar avait trouvé ce subterfuge pour faire se contredire les témoins qui le voyaient s’enfuir après un méfait. Sont exposées aussi une multitude de photos axées sur sa vie familiale et sociale. Et nous avons pu voir et une reconstitution de la prison qu’il s’était fait construire lui-même pour s’auto-emprisonner en accord avec le gouvernement colombien afin d’échapper aux geôles d’état. Enfin, la boutique avec ses souvenirs personnalisés prête à sourire.


    Nous avons aussi déniché sa tombe dans un cimetière du sud de la ville. Pas facile à trouver parce les plaques avaient été enlevées. J’ai cru un moment qu’il s’agissait d’une volonté d’anonymisation par la famille en raison des débordements de certains touristes venant notamment s’y faire photographier en sniffant de la cocaïne… Mais en réalité il s’agirait d’une simple opération de maintenance, dans laquelle les visiteurs ont encore leur part de responsabilité, marchant sur la tombe ou tentant d’en emporter de petits morceaux. D’un autre côté, Pablo Escobar ayant débuté sa « carrière » comme voleur de pierres tombales, ce ne serait qu’un juste retour de bâton !

    Le cimetière en lui-même vaut le déplacement, avec ses sépultures hétéroclites, certaines avec des décorations exubérantes, d’autres avec leur aspect en boîtes aux lettres hébergeant en fait les cendres des défunts.


    La Comuna 13, de l’ombre à la lumière

    La Comuna 13 est un quartier excentré de Medellín, habité à partir de 1950 par des paysans fuyant la violence rurale en Colombie (conflits entre libéraux et conservateurs, émergence des guérillas – FARC, ELN – et groupes paramilitaires. La pauvreté et l’isolement furent un terrain propice à l’infiltration des groupes armés et du narcotrafic dirigé par Pablo Escobar. De nombreux jeunes y furent recrutés et le quartier devint une zone de non-droit, d’une violence extrême. En 2002, le gouvernement lança dans une opération appelée Orión 1500 soldats ainsi que des chars et des hélicoptères à l’assaut du quartier, ce qui engendra une longue guerre urbaine et de nombreuses pertes humaines, traumatisant les habitants à jamais. À partir de 2006, la mairie de Medellín a investi dans l’urbanisme social, les programmes éducatifs et sociaux, et des infrastructures comme des escaliers mécaniques, salutaires dans ce quartier très pentu aux ruelles étroites. Grâce à ces efforts et à un important engagement communautaire, la Comuna 13 s’est transformée en un centre culturel et touristique, connu pour son street art, ses graffitis, ses festivals de hip-hop et ses initiatives communautaires. Aujourd’hui, elle est considérée comme un exemple de transformation sociale et de résilience, attirant des visiteurs du monde entier. Dont nous bien sûr !


    Pause nature

    Malgré ses 1500 m d’altitude, Medellín reste une ville assez chaude dans la journée, avec une température en milieu d’après-midi avoisinant les 35°C. Alors nous sommes repartis sur les hauteurs pour nous mettre au vert et bénéficier de températures plus clémentes. Le parc Arvi, à 2460 m d’altitude s’est révélé idéal pour cela, et nous sommes même restés 48 heures sur un parking tranquille pour profiter de la fraîcheur et du silence. Quelques sentiers de randonnée autour ont occupé nos journées, nous permettant d’admirer quelques spécimens inédits de  flore colombienne et la vallée tout en bas. Voir les photos. Nous y avons aussi rencontré une famille francophone résidant à Dubai, parcourant toute l’Amérique du Sud avec leurs 3 enfants, à bord d’une Jeep Wrangler tractant une petite caravane.


    El Peñol, réchappée des eaux

    Le village d’El Peñol vivait paisiblement au pied de son rocher sacré (dont nous allons reparler) jusqu’à ce que le gouvernement colombien décide en 1960 de construire dans la région un barrage hydroélectrique qui inonderait la ville. La population, d’abord incrédule, a dû se résoudre à l’évidence lorsque les entreprises publiques ont commencé à racheter les terres inondables et à démolir les maisons. Les 6000 habitants ont eu beau organiser de multiples manifestations, squatter devant l’église qui a fini par être dynamitée sur un coup de tête du directeur des travaux, le projet a finalement abouti et ils ont dû être relogés dans une ville reconstruite pour eux (après négociations car au début il n’était prévu que des indemnisations). Ça reste le drame d’une vie pour tous ceux qui ont été déplacés.

    En guise de souvenir, on leur a aussi reconstruit l’ancienne place du village en miniature avec l’église, la mairie et quelques commerces reproduits à l’échelle. C’est très touristique et ça doit rapporter un peu d’argent, mais c’est une maigre consolation pour un village qui a été sacrifié pour produire tout de même 30% de l’électricité du pays.


    Le rocher d’El Peñol

    Sur la commune d’El Peñol mais plus près de la ville voisine de Guatapé se dresse depuis 70 millions d’années un énorme monolithe en granit de 10 millions de tonnes et 220m de hauteur. Vénéré par les indiens Tahamies qui vivaient là avant les Espagnols, ce rocher ensuite considéré comme une nuisance par les agriculteurs locaux a connu un regain de popularité après sa première ascension en 1954. Les parois étant très lisses, les grimpeurs sont arrivés en haut en 5 jours à l’aide de planches insérées dans la seule fissure verticale, attribuée au diable qui aurait laissé cette marque en tendant d’arracher le rocher du sol. On y a ensuite aménagé un escalier spectaculaire de 740 marches qui permet à des milliers de visiteurs quotidiens d’apprécier de panorama au sommet sur le lac de barrage. Les curieux noteront les lettre G I peintes sur le rocher. Rien à voir avec les militaires américains, c’est juste que la ville la plus proche, Guatapé, avait pensé s’attribuer la propriété du rocher en écrivant son nom dessus. Elle a vite été interrompue par les habitants d’El Peñol qui s’estiment eux aussi propriétaires du lieu. Non mais !


    Guatapé la ville la plus photogénique de Colombie ?

    Nous pensions avoir tout vu en matière de villes colorées, mais plus nous avançons, plus nous montons dans la hiérarchie. S’il est difficile de faire mieux que les villes précédentes au niveau des couleurs, ici on ajoute une nouvelle dimension : le relief. Chacune des maisons est en effet décorée d’une frise sur la partie inférieure, appelée zócalo, reflétant les hobbies du propriétaire ou la nature du commerce. Cette tradition n’est pas si ancienne. Elle aurait débuté il y a environ un siècle, avec la fonction initiale de protéger les murs de l’humidité et des animaux domestiques. Ces premiers zócalos ont été récupérés sur la partie du village de Guatapé qui allait elle aussi être inondée par les eaux du barrage et installés dans une rue appelée la rue du Souvenir. Ce n’est qu’en 2010, à l’occasion du bicentenaire de la fondation de la ville, que le maire a incité tous les propriétaires de la ville à décorer leur maison de zócalos. L’effet de masse aidant, les touristes ont été conquis. Et j’espère les habitants aussi. Toujours sur le thème de la couleur, les taxis de Guatapé sont des tuk-tuks peints à la manière des fameux bus Chivas dont j’ai déjà parlé. Ils revendiquent d’ailleurs la parenté en affichant mini-chivas derrière leur pare-brise. Au total, c’est l’un des villages les plus photogéniques du pays, que nous avons eu grand plaisir à découvrir.

    Et pour le plaisir des yeux, en voici 24 supplémentaires, en format horizontal cette fois. Ce ne sont pas les mêmes et j’avoue avoir eu du mal à trier parmi les 134 photos que j’ai prises ce jour-là…


    Les porteurs de fleurs de Colombie

    Nous avons raté de peu à Medellín le Festival annuel des Fleurs dont le point d’orgue est le défilé des silleteros, ou défilé des porteurs de fleurs. Une tradition paysanne vieille de plusieurs générations, où les agriculteurs descendaient en ville depuis leur campagne portant sur leur dos une silleta (une chaise) en bois chargée de fleurs, mais aussi de marchandises ou de passagers. Aujourd’hui le défilé est en fait un concours de la plus belle composition florale sur silleta, les œuvres pouvant peser jusqu’à 80kg. Les agriculteurs de Guatapé vont évidemment participer à ce défilé, et de nombreuses compositions sont en préparation en ville, pouvant servir aussi bien de support publicitaire pour une boutique ou un restaurant. Nous n’aurons pas vu le festival, mais nous avons maintenant une bonne idée de ce que sont les silletas.


    13,2 le matin

    Un petit clin d’œil au film de Jean-Jacques Beineix pour parler un peu de vanlife, et plus particulièrement de l’autonomie électrique. Avec nos 1000W de panneaux solaires (ça paraît beaucoup mais ça nous permet de nous dispenser de gaz et même de solliciter l’alternateur) nous sommes à l’aise 95% du temps. Un simple coup d’œil au voltmètre le matin suffit à notre bonheur lorsqu’il affiche les 13,2V signifiant un bon état de charge de la batterie cellule.

    Quand le temps se dégrade de façon prolongée, ça charge forcément moins, et nous avons alors la solution de charger en roulant. Il nous suffit de reconnecter le câble venant de l’alternateur à la batterie cellule. Suite à nos pannes récurrentes de batterie moteur, nous préférons le débrancher par défaut.

    Notre autonomie généreuse (ça fait au moins 2 ans que nous ne nous sommes pas branchés au secteur) trouve ses limites lorsque nous devons stationner à l’ombre plusieurs jours, typiquement lors de la visite d’une grande ville. Ça a été le cas à Medellín par exemple. Sans changer nos habitudes de consommation électrique, la charge va diminuer rapidement, et quand le voltmètre affiche 12,7 le matin, c’est la misère…


    La nature en vert et mauve

    Faisant route vers Bogotá, nous nous offrons une petite pause sur le parking en herbe d’un accrobranches apparemment fermé. C’est probablement la raison pour laquelle nous nous retrouverons seuls pendant 48 h. Nous ne devions y rester qu’une nuit, mais les conditions de décor, de fraîcheur (altitude 2500m) et de tranquillité étant réunies nous ont poussé à prolonger le séjour et prendre un peu de repos. Nous ferons quelques sorties aux alentours immédiats pour explorer le parc, sa végétation et pourquoi pas sa faune. Curieusement, nous nous sommes aperçus que la grande majorité de la flore oscillait entre des tons de vert et des tons de mauve, ce n’est pas forcément habituel : est-ce dû au hasard ou au microclimat local, difficile de le dire. Mais cette harmonie naturelle était agréable à l’œil. Côté faune, nous aurons la visite 2 matins de suite d’une truie. Finalement, nous n’étions pas si seuls que ça !


    Destination Bogotá

    C’est le moment de rejoindre la capitale colombienne, où nous ne ferons peut-être qu’un bref passage avant une visite plus complète, car nous avons une excursion à organiser en Amazonie. Vous en saurez davantage la prochaine fois. À très bientôt !