Auteur/autrice : jma

  • 185. De San Cipriano à Medellin

    185. De San Cipriano à Medellin

    De retour vers les montagnes colombiennes, nous allons découvrir des villages hauts en couleur, des palmiers de cire, des véhicules d’un autre âge, des œuvres d’art, et de la nature, beaucoup de nature.

    Notre parcours de San Cipriano à Medellin
    Notre parcours de San Cipriano à Medellin, correspondant à cet article. En version zoomable ici

    Carnaval routier

    De retour sur la nationale très chargée qui relie le port de Buenaventura à la ville de Cali, nous sommes immobilisés 20 mn au milieu d’une meute de camions porte-conteneurs. Ayant subi plusieurs arrêts à l’aller en raison de nombreux travaux sur la route, nous pensions subir une contrainte du même genre. Après tout, vu l’état des chaussées dans le pays, c’est une bonne chose qu’elle soient réparées. Mais lorsque la colonne de véhicules se remet en marche, ce n’est pas un chantier de travaux que nous allons découvrir, mais un défilé carnavalesque. Bloquer une route à grand trafic pour des festivités, c’est tout à fait colombien. Cela dit, vu que nous sommes en plein Tour de France, il faut peut-être que j’assouplisse un peu ma position…


    De drôles de fruits

    Pour notre pause de midi, nous nous arrêtons non loin d’une aire de repos délimitée par une haie assez haute pour nous faire un peu d’ombre. Garés tout proches, nous remarquons de nombreux fruits tombés au sol dont l’aspect est entre les agrumes et les calebasses. En triant un peu les réponses proposées par Google Lens, nous identifions l’espèce Swinglea glutinosa. Cet arbuste qui peut atteindre 10 m de hauteur est originaire des forêts tropicales d’Asie. Avec sa pousse rapide et son feuillage dense et persistant, il est effectivement planté en tant que haies. En plus, les feuilles collantes (d’où le nom glutinosa) agglutinent poussières et insectes. Les fruits, comestibles pour les uns et non comestibles pour les autres – surtout s’abstenir et ne pas demander à l’IA de trancher ! – sont dans ce contexte plutôt une gêne qu’autre chose. Nous en avons tout de même coupé un en deux pour visualiser l’intérieur et confirmer notre interprétation. Mais pas question d’en faire des confitures !


    Le musée de l’or d’Armenia

    Armenia est l’une des principales villes de la Vallée du Café, que nous commençons à traverser. En grains, moulu ou lyophilisé, le café est au cœur de l’économie de cette région et de toute la Colombie. Le pays en exporte un million de tonnes par an et compte 300 000 producteurs individuels, souvent de petites haciendas qui proposent visite et dégustation. Nous en avons déjà beaucoup appris sur le café lors de nos voyages précédents, alors nous n’irons pas nous mêler aux touristes venus pour ça, mais par contre Armenia nous propose une autre richesse : son musée de l’or Quimbaya, du nom de ce peuple précolombien expert en orfèvrerie et en céramique, malheureusement exterminé par les conquistadors à la fin du XVIe siècle. Dans un bâtiment d’architecte tout en briques, décliné sur plusieurs niveaux et entourés de superbes jardins aussi bien d’agrément que de plantes d’usage indigène traditionnel, on découvre les détail la vie, les croyances et l’artisanat de la civilisation Quimbaya. Parmi les objets en or ou en tumbaga (alliage d’or, de cuivre et d’argent) figurent des bijoux (colliers, boucles d’oreilles, bracelets, ornements nasaux), des outils du quotidien, des représentations de divinités, des animaux stylisés, des figurines rituelles et des récipients cérémoniels. La collection comprend également des poteries et des céramiques finement ouvragées, souvent décorées de motifs géométriques ou symboliques. Une exposition temporaire est consacrée aux diverses réparations apportées à des objets aussi bien en métal qu’en céramique. Enfin, une section est dédiée aux déformations corporelles que pratiquaient les Quimbayas, à l’aide de pièces en bois gravées de motifs en relief fortement appliquées de façon prolongée sur front ou autour des membres des individus de haut statut social, laissant la marque indélébile de leur supériorité. Genre il y a marqué La Poste, quoi. Tout cela était fort intéressant et totalement gratuit. Merci la Banco de la República de Colombia !


    Salento : des maisons colorées pour attirer les touristes

    De même qu’on n’attire pas les mouches avec du vinaigre, on n’attire pas les touristes avec du béton décrépit. Pour peu qu’on leur mette de la couleur, ils viennent. Et plus ils viennent, plus on remet de la couleur. Le problème n’est pas tant cette profusion de maisons multicolores aux accords improbables, au final plutôt agréables à l’œil, que la perte d’authenticité liée à l’afflux de visiteurs, particulièrement le week-end. Cela dit, si l’on s’éloigne des quartiers centraux où s’alignent hôtels-bars-restaurants et boutiques de souvenir, tous plus peinturlurés les uns que les autres, la couleur ne disparait pas pour autant. Elle est simplement employée plus raisonnablement, démontrant qu’elle fait partie intégrante de la vie des habitants. On revient à l’authentique, ouf !

    Une façade à Salento, Colombie, avec ses couleurs et les palmiers de cire
    Une façade à Salento, Colombie, avec ses couleurs et les palmiers de cire

    Les palmiers de cire de Cocora

    La vallée de Cocora est l’un des derniers endroits au monde où pousse le palmier de cire du Quindio, élu arbre national de Colombie. Le pays a de quoi en être fier car c’est le plus grand palmier du monde, pouvant atteindre 60 à 70 mètres de hauteur. Avec une croissance très lente, il peut vivre jusqu’à 300 ou 400 ans. Son nom est lié à la couche de cire blanche qui recouvre son tronc, zébré de marques noires correspondant à la chute des feuilles. Pour les découvrir, il faut partir randonner dans une forêt d’altitude (curieusement ces arbres originaires des bords de mer ont besoin d’être 2500 à 3000 m au-dessus du niveau des océans) souvent embrumée de nuages et fréquemment pluvieuse. Mais l’ambiance est là, avec ces plumeaux brandis au bout de tiges frêles géantes, tranchant sur le ciel du soleil couchant ou tentant de disparaître dans les brumes matinales. Le lieu est assez fréquenté (nous y étions un week-end), respectant la nature sur les hauteurs, mais spécialement aménagé pour les touristes colombiens sur la partie basse avec de nombreux sites à selfies où ils font des queues interminables pour le cliché qui fera bien sur les réseaux. Amusant à observer mais questionnable.


    Un p’tit grand café à Chinchiná

    Euh l’expression semble incongrue si l’on se place juste comme Claudie sous la tasse de café géante trônant dans un angle de la place principale de la ville. Avec sa contenance de 22 739 litres, c’est la plus grande tasse à café de Colombie. Et jusqu’en 2022, elle a même été la plus grande du monde jusqu’à ce que le Mexique ne s’en mêle. Il a fallu plus d’un mois et 50 personnes pour la construire. Et pour la boire on ne sait pas… Elle a été construite en 2019 pour célébrer le retour des touristes internationaux dans le triangle du café, jusque-là interdit d’accès pour cause de narcotrafic. La sécurisation du secteur a permis l’essor de nombreuses plantations, la plupart du temps des petits producteurs qui font volontiers visiter leur « finca » et leur processus de production. Venus pour voir (pas boire hein ?) la tasse, nous avons découvert au passage une charmante petite ville très animée, une jolie église et de petits kiosques colorés sur sa place principale. Et nous nous sommes arrêtés chez Migote, une chaîne d’en-cas colombiens, pour y déguster non pas une migote (soupe traditionnelle colombienne composée de chocolat chaud versé sur des morceaux de pain, de fromage et de pâtisseries locales) trop riche pour nous, mais un vrai p’tit café accompagné de simples sablés au maïs.


    Manizales

    1. La ville

    Au cœur de la région du café, à 2153m d’altitude, Manizales jouit d’un bel environnement et d’un climat agréable. Après, ça reste une assez grande ville sudaméricaine avec beaucoup de constructions hétéroclites et de béton. Notamment son hideuse cathédrale en béton armé brut de décoffrage dont l’architecte est, honte à nous, français. Mais pourquoi n’a-t-il pas mis du granit, dont la région est si largement pourvue que la pierre a donné son nom à la ville (manizal = granit) ?

    En guise de rattrapage, deux belles céramiques de Guillermo Botero (qui n’a pas de lien avec son homonyme plus célèbre Fernando) sont exposées sur son parvis, en hommage aux luttes d’indépendance du pays, ainsi qu’une étonnante statue de Simon Bolivar mi-homme mi-condor. Un peu plus loin, l’architecture de l’église de l’Immaculée Conception est un peu plus sophistiquée avec son alliage de métal et bois en façade et surtout un magnifique intérieur de bois vernis. 


    2. Un hommage rare aux colonisateurs

    La statuaire urbaine en Amérique du Sud est surtout consacrée aux célébrités politiques ou militaires qui ont œuvré pour l’indépendance des pays. Les indigènes sont aussi de plus en plus mis à l’honneur. Mais vouloir rendre hommage aux colonisateurs est plutôt rare. Rien qu’à ce niveau, la sculpture de Luis Guillermo Vallejo Vargas appelée Monument aux Colonisateurs est exceptionnelle. Mais elle l’est aussi dans sa réalisation, faite de 50 tonnes de bronze principalement obtenu par donation populaire de petits objets. Une sorte de crowdfOnding si j’ose le jeu de mots.

    L’œuvre située sur un monticule est divisée en deux parties : l’Agonie et l’Extase. Dans l’Agonie, un convoi d’animaux et de colons, particulièrement expressifs et tourmentés, grimpent péniblement la pente, symbolisant l’accès difficile à la région. Ils portent sur leur dos les futurs monuments de la ville. Dans l’Extase, au sommet du monticule, ce sont des colons triomphants qui paradent, une femme levant son enfant au ciel en signe de gratitude

    Ce monument rend donc hommage aux milliers de pionniers, souvent des paysans, des artisans et des commerçants, qui ont à partir de 1870 défriché la forêt, construit des routes et fondé des villages, posant les bases de la ville moderne de Manizales.


    3. Un écoparc en centre-ville

    C’est une zone de forêt humide protégée à deux pas de l’agitation du centre. Des panneaux prometteurs à l’entrée montrent pas mal d’oiseaux et d’animaux susceptibles d’être rencontrés. Mais nous commençons à avoir l’habitude de ces promesses, c’est toujours la nature qui décide. En parcourant divers sentiers dans la forêt, nous allons rencontrer une belle végétation (c’est l’avantage des plantes, elles ne fuient pas devant nous) et quelques papillons pas trop farouches. Au moins ça nous aura dégourdi les jambes et on ne peut pas trop se plaindre des promesses non tenues le parc étant gratuit.


    4. De tout, un peu

    Il n’est pas obligatoire de voyager loin pour dénicher ces petits détails insolites autour de soi, mais il faut avouer qu’à l’étranger c’est plus facile, la différence de culture aidant. Après, il faut avoir un minimum de curiosité. Tout ne saute pas toujours aux yeux. Quand certains chinent les antiquités, moi j’adore chiner ces micro-tranches de vie. Pas vous ?


    Salamina, encore un village haut en couleurs

    Nous nous dirigeons vers Medellin, en empruntant, plutôt que la nationale fréquentée par les poids-lourds, une petite route de montagne qui serpente parmi les plantations de café, de canne à sucre, de bananiers ou de bambous. Le soleil manque un peu, mais dans cette région où règne la « forêt de nuages », c’est assez normal. Et finalement ces brumes qui passent entre les reliefs embellissent plutôt le paysage. La route ne cessant de monter et descendre, le goudron manquant à épisodes réguliers, les zones de dépassement étant rares à cause des nombreux virages, nous ne faisons qu’une petite moyenne de 25 à 30 km/h. Du vrai « slow travel ». Nous arrivons ainsi laborieusement au village de Salamina, réputé pour être l’un des plus beaux de Colombie. J’ai l’impression que l’on nous dit ça à chaque fois, mais il faut avouer que nous retrouvons ici les couleurs vives de Salento avec des balcons, fenêtres et portes de bois sculptés en plus. C’est un ébéniste local qui a lancé la mode et créé une école de travail du bois pour qu’elle perdure. Un charme fou se dégage de l’ensemble. Les smartphones crépitent pendant l’exploration des petites rues, assez animées dès que l’on se rapproche du centre. Beaucoup de patios se cachent derrière ces façades multicolores et recèlent sans doute d’autres merveilles. Nous en aurons un aperçu en entrant visiter par hasard (elle ne figurait pas sur notre guide ni sur les recommandations d’autres voyageurs) la maison de la culture. Allez, c’est confirmé, notre future maison devrait avoir un patio !



    Un camping simple

    Après cette route difficile et la visite de Salamina, nous cherchons un endroit pour la nuit. Notre application de recherche nous donne le choix limité entre les parkings bruyants de la grande place et un terrain vague payant en périphérie avec des chiens qui aboient la nuit. Pas terrible. Nous aurions pu chercher nous-mêmes, dénicher sur Google Maps en mode satellite le parking d’un stade, d’une église ou d’une école, ou encore une voie sans issue, mais pas envie aujourd’hui. Il nous reste l’option d’un camping à 5 km au nord de Salamina, assez sommaire paraît-il, mais c’est notre seule chance d’avoir un peu de calme. Pour le double du prix du terrain vague, soit 10€ au lieu de 5, ça va. Nous avons un peu de mal à le trouver, l’endroit n’est pas très grand mais tout à fait charmant. Un terrain herbeux entouré de cabanes et de végétation tropicale. Un accès aux toilettes. Ça ira. Et l’accueil est sympathique, mais rien d’étonnant en Colombie. 3 chiens sont présents mais resteront tranquilles la nuit. Qui sera pour nous excellente malgré un orage en fin de soirée.


    En route vers Aguadas

    1. La route du café

    Dès la sortie du camping, un oiseau avec des éclats bleu-vert métalliques traverse la route devant nous. Je pile et fais une petite marche arrière. L’oiseau est toujours là sur sa branche et semble poser pour la photo. Grâce à Google Lens, Claudie identifie un Motmot d’Équateur, un oiseau qui aime l’humidité et l’altitude des Andes, et décrit comme peu farouche. C’est bien ça !

    Nous retraversons les rues colorées de Salamina, dans la grisaille cette fois, et retrouvons notre belle route du café. La prochaine récolte n’aura lieu qu’en septembre, mais déjà les caféiers portent pas mal de fruits rouges (les cerises). Plus d’une heure plus tard, nous arrivons à notre première destination du jour, la petite ville d’Aguadas, un peu perdue dans un brouillard qui rend un peu ternes les façades des maisons ici encore très colorées. Mais ça n’est pas si grave parce que nous n’étions pas venus pour ça…


    2. Le musée du sombrero

    Ce musée unique en Colombie abrite une collection impressionnante de plus de 300 chapeaux artisanaux provenant des différentes régions du pays, ainsi qu’une sélection internationale. Une attention particulière est portée au chapeau local, tressé à la main à partir de la fibre de toquilla comme pour les Panamas.

    Dans le même bâtiment, la maison de la culture d’Aguadas, nous trouverons aussi une réplique de la première maison construite à Aguadas en 1805, des salles dédiées à la culture indigène ou à l’histoire locale, ainsi qu’une amusante collection de figurines de personnalités de la ville ou du pays, qu’un artiste local, Eugenio Lotero, s’amusait à sculpter dans le bois.


    3. La ville de la brume

    Comme elle l’affiche fièrement sur le portique à l’entrée de l’agglomération, Aguadas est surnommée « la ville de la brume », et nous ne pouvons que confirmer la justesse de cette appellation. Nous sommes en pleine forêt de nuages et ceux-ci défilent sans cesse à l’horizon, masquant tout ce qui se trouve au-delà de trois ou quatre pâtés de maisons. Nous essuierons même quelques averses, ce qui ne nous empêchera pas d’explorer un peu la ville. Les couleurs des façades paraissent un peu ternes en l’absence de soleil mais le cachet reste là. Nous allons visiter une jolie cathédrale de style néo-roman avec ses 2 tours hexagonales, et possédant un intérieur lumineux et couvert de dorures en pleine rénovation. En fait on ne doit pas arrêter de peindre ici ! Parmi les boutiques, beaucoup vendent des chapeaux aguadeñas (d’ici, quoi), et parmi les passants, beaucoup en portent !


    4. Le Gardien de Police

    C’est le nom d’une statue érigée devant le poste de police, représentant un enfant devant un policier ailé portant une colombe au sommet d’un bâton. A leurs pieds, des centaines de couteaux et quelques armes de poing plantés dans le sol. Une plaque au-dessous nous apprend que l’œuvre a été entièrement réalisée à partir de 6300 armes confisquées et donc fondues pour une grosse partie. Réaliser une œuvre prônant la paix, la protection de l’enfance et de la communauté à partir d’instruments de violence est un joli symbole.


    Transports d’un autre temps

    Deux types de transports en commun sont emblématiques de la Colombie et plus particulièrement des zones rurales et montagneuses : les bus Chivas et les Jeep Willys qui font office de taxis. Ils ont en commun de transporter davantage de passagers que leur capacité officielle, volontiers le double en acceptant des passagers debout à l’arrière ou jugés sur le toit. Et de transporter simultanément des marchandises aussi diverses que des sacs de café, des poules, des cochons ou encore des meubles.

    1. Les bus Chivas

    Les Chivas ont commencé à être fabriqués à Medellín en 1908, résultant de la greffe sur un châssis américain de cabines en bois avec portes ouvertes sur le côté, ce qui facilite la montée ou la descente quu peut se faire quasiment à tout instant, en l’absence d’arrêt officiel. Ces bus sont richement décorés, peints aux couleurs du drapeau colombien avec de nombreux motifs, et ornés d’accessoires chromés. Peu de touristes s’y aventurent, craignant l’ambiance de boîte à sardines sonorisée.


    2. Les Jeep Willys

    Ces robustes 4×4 de l’armée américaine ont été cédés après la guerre à des pays émergents, dont la Colombie. L’armée du pays les a adoptés, mais aussi et surtout les agriculteurs, les planteurs de café et les transporteurs en tous genres, le véhicule étant parfaitement adapté au réseau routier défaillant. La meilleure preuve de robustesse ? Bien que la Jeep Willys ne soit plus fabriquée depuis plusieurs décennies, ce sont des alignements de véhicules rutilants aux couleurs vives qui attendent les passagers sur les stations de taxis des villes rurales ou montagneuses.


    3. La Renault 4L

    Elle a été produite à  97000 exemplaires en Colombie entre 1970 et 1992, devenant une des voitures les plus populaires du pays. Conception simple, robustesse et prix modéré ont séduit aussi bien les familles que les professionnels. Comme pour les Jeep Willys, les capacités d’entretien des Colombiens font merveille, et 20 000 à 40 000 4L Renault circuleraient encore dans le pays aujourd’hui.


    4. Quelques camions

    Ils ne sont pas vraiment « d’un autre temps », mais quand on doit les croiser dans une petite rue on les trouve toujours monstrueux…


    Les aires de service à la colombienne

    Les autoroutes colombiennes ne sont pas tout à fait comparables à celles de l’Europe. Elles ne doublent pas en général une route nationale, les emprunter est souvent incontournable à moins de vouloir faire un gros détour par des chemins de terre. Elles peuvent comporter des passages à double sens. Les péages dépendent davantage de la présence de travaux dans la région que d’un système privé. On y trouve volontiers des vendeurs d’un peu tout. Les aires de service ont également leurs particularités. Déjà, elle ne sont pas destinées a priori aux camions qui vont plutôt dans les stations-services. Elles sont gardées jour et nuit, ce qui offre un minimum de sécurité. Pour la première dans laquelle nous avons dormi, il nous a fallu donner nos numéros de passeports. Sinon les services sont gratuits, allant des plus basiques (toilettes, eau, wifi) aux plus inhabituels (salle de réunion, vidéoprojecteur). La restauration n’est pas constante. La seconde aire que nous avons visitée n’en possédait pas mais fournissait le petit café gratuitement…


    Les freins nous lâchent…

    Nous avions prévu d’aller visiter deux sites touristiques avant de rejoindre Medellin, mais leur situation perchée en altitude associée à un bruit de plus en plus important au niveau de nos freins avant va nous conduire à en faire l’impasse. Rendez-vous donc à Medellin si notre système de freinage ne nous lâche pas avant…

  • 184. Poursuite de nos aventures colombiennes

    184. Poursuite de nos aventures colombiennes

    Dans ce second parcours en Colombie, nous allons découvrir une ville blanche, une autre multicolore, des indigènes conservateurs, des statues de chiens ou chats par dizaines et des petites sorcières. Un beau programme, non ?

    Poursuite de nos aventures colombiennes - parcours décrit dans cet article - version zoomable ici
    Poursuite de nos aventures colombiennes – parcours décrit dans cet article – version zoomable ici

    Popayán, la ville blanche

    Sortis tout propres des thermes d’eau bouillante (voir l’article précédent), c’est dans la continuité logique que nous parcourons la ville de Popayán dont tous les murs sont uniformément blancs avec une architecture coloniale soigneusement conservée. Ce serait dit-on l’une des plus belles villes coloniales de Colombie. Popayán a en effet bien évolué depuis son statut de hameau (c’est la signification de son nom) à la ville actuelle de 350 000 habitants, grâce à sa situation géographique stratégique sur la route commerciale entre Quito et la côte caraïbe. Occupée à s’enrichir, elle s’est beaucoup moins impliquée que ses voisines dans l’indépendance du pays, subissant en contrepartie moins de dommages et moins de pertes financières. Elle a pu ainsi réparer plus rapidement les conséquences des nombreux séismes qui affectent la région et soigner son apparence.


    Silvia : incursion chez les Misak

    Des traditions indigènes conservées

    Le village de Silvia, à 2620m d’altitude, se distingue en Colombie par sa population indigène majoritaire. Les Misak ont ainsi réussi à préserver l’essentiel de leur culture face à l’envahisseur espagnol. Dans leur mode de vie d’abord, puisque sur les 32000 membres de leur communauté, seuls 4000 habitent au village, les autres étant parsemés dans les hameaux des montagnes alentour. Dans leur tenue vestimentaire ensuite, très loin des standards occidentaux : les hommes comme les femmes portent de longues jupes drapées de couleur noire (symbolisant la terre-mère, la Pachamama) ou bleue (Misak signifie « les enfants de l’eau) bordée de rouge (le sang versé dans la lutte contre les envahisseurs espagnols), une ceinture ou une écharpe aux rayures colorées, un poncho et un superbe chapeau, soit en feutre noir, soit en paille et alors plat. Les deux peuvent porter une mochila, un petit sac à main fourre-tout. Les femmes complètent souvent l’ensemble avec des colliers de perles. Les Misak en tenue n’étaient pas si nombreux le jour de notre visite, un samedi, mais ils descendent en force de leurs montagnes le mardi, jour du marché. Nous avons été très touchés par cette préservation de leurs traditions.


    Un art mural revendicateur d’identité

    Nous commençons seulement à découvrir la richesse des fresques murales colombiennes, mais là, à Silvia, la densité est exceptionnelle par rapport à ce que nous avons pu voir jusqu’ici. Elles couvrent peut-être une maison sur trois, avec un thème nature prédominant. On nous dit que les MIsak ont énormément participé, encourageant l’expression de leur identité avec cet art. On y trouve donc volontiers des thèmes indigènes, comme les paysages de la région, les symboles Misak (l’eau principalement puisqu’ils sont « les enfants de l’eau »), ou des scènes de la vie quotidienne des communautés autochtones. Et c’est tellement beau à voir !

    Façades à Silvia, Colombie
    Façades à Silvia, Colombie

    Un camping pas comme les autres (La Bonanza, Silvia)

    De retour de Silvia, nous nous arrêtons pour 48h au camping La Bonanza. Ce n’est pas vraiment par hasard que nous avons choisi ce lieu. Il est dit sur les réseaux que le lieu est tenu par une famille marocaine partie en tour du monde en camping-car avec leurs 3 enfants de 8 à 10 ans. En raison des difficultés liées à leur nationalité, notamment pour obtenir les visas dans chaque pays, nous faisant au passage réaliser combien il est facile pour nous de voyager avec un passeport européen, leur voyage n’a pas été un long fleuve tranquille. Partis du Maroc en 2013, aidés d’un spécialiste en véhicules de loisirs de Marrakech, celui-là-même à qui nous avions loué notre tout premier camping-car en 2009 (!), ils ont rejoint le port d’Anvers et de là celui de Montevideo pour un parcours de presque 2 ans en Amérique du Sud. Rencontrant des difficultés pour passer en Amérique Centrale et tombant au passage amoureux de la Colombie, ils ont fini par s’y installer en achetant l’ancienne ferme d’un narcotrafiquant pour y aménager ce camping. Vous comprenez pourquoi nous avions envie de les rencontrer ! Le jardin était super bien entretenu, avec de jolies plantes tropicales. Outre de longues discussions avec notre hôte, nous avons fait connaissance avec d’autres voyageurs de passage. Un couple en pleine reconversion professionnelle et une famille voyageant avec 3 fillettes, terminant leur tour d’Amérique du Sud le mois prochain. Ambiance marocaine oblige, Kika (le diminutif de Malika) nous a cuisiné un excellent tajine berbère aux 6 légumes. Son mari était malheureusement absent. Leurs enfants ont bien grandi et poursuivent de brillantes études (l’effet stimulant du voyage y est peut-être pour quelque chose). De belles rencontres en tout cas qui ont comblé notre attente.


    Fruits et Légumes (Supermarché La Gran Colombia, Jaramundi)

    Un peu avant Cali, nous nous arrêtons refaire le plein du frigo dans un supermarché. Notre critère de choix est curieusement la présence d’un parking extérieur, et donc ni en sous-sol où nous passons rarement en hauteur, ni dans la rue, ce qui curieusement est très fréquent. Sans vouloir vous ennuyer avec le détail de nos courses, nous développons juste notre passage devant le rayon fruits et légumes qui comportait quelques curiosités. À voir en commentaires sur les photos. À noter aussi que ce supermarché était ouvert sur l’extérieur, ce qui n’est pas banal !


    Cali sans le cartel

    Si la ville de Cali a pu être célèbre pour son cartel fondé par les frères Rodríguez Orejuela, ce n’est plus tout à fait le cas puisque ce cartel a été démantelé en 1995. Depuis, la ville s’est partiellement assagie, même si le narcotrafic est loin d’avoir disparu. Le taux d’homicides encore très élevé se concentre surtout dans certains quartiers, hors des circuits touristiques. Même si cela est probablement moins rémunérateur, les cultures de canne à sucre, de café, de bananes et aussi de vignes couvrent une bonne partie des terres agricoles et restent dynamiques. La ville est plutôt tranquille en journée, et nous avons pu y découvrir quelques attraits.


    Le chantier pharaonique du Christ Roi

    Un peu moins grand que le Christ Rédempteur de Rio, le Christ Roi de Cali n’en est pas moins impressionnant, dominant la ville de ses 26m (dont 5 de piédestal). D’un blanc immaculé, il a l’air comme neuf, mais la statue a été inaugurée en 1953. Symbole de la ville, il a de bonnes raisons d’être bien entretenu. Mais le ravalement a peut-être été fait à l’occasion de l’ouverture du tronçon supérieur d’un projet pharaonique consistant à relier la statue au centre-ville, à 6 km de là, par un réseau de passerelles et de sentiers en dur dans un corridor écologique. Revitalisant tous les quartiers qui se trouvent sur son passage et qui en ont bien besoin. Espérons que tout cela arrive à terme fin 2026 comme cela a été annoncé. Pour l’instant, l’accès est gratuit, le Christ Roi a de l’allure et le panorama est superbe.


    Le Chat du Fleuve et ses copines

    Près du Rio Cali (le fleuve…) une statue de chat en bronze de 3,50m de hauteur a été réalisée en 1996 dans le but d’embellir les abords de la rivière. Elle a de fait attiré quelques touristes mais la municipalité a décrété dix ans plus tard que ce chat était bien seul, décidant alors de lui procurer de la compagnie. Ces Novias del Gato (les copines du chat) ont été moulées en fibre de verre, toutes sur le même modèle, puis confiées pour personnalisation à des artistes plastiques renommés. Une quinzaine au départ, que sont venues rejoindre d’autres copines …et d’autres touristes !


    Le Parc du Chien …et de ses copains

    Au milieu d’un jardin public de Cali trône une statue de chien, en hommage à Teddy, la mascotte des enfants qui jouaient dans ce parc, tragiquement retrouvée empoisonnée. L’un de ces enfants devenu directeur de la Police nationale fit ériger cette statue. Le chien était-il devenu jaloux du chat du fleuve, qui sait ? Toujours est-il que des statues de chien ont fait peu à peu leur apparition à ses côtés. Non mais !


    L’imprimerie La Lanterne, Cali

    Voilà une imprimerie du quartier colonial de Cali qui ne connaît pas la crise. Et son secret n’est pas d’être passé tôt au numérique, mais au contraire de continuer de travailler à l’ancienne. Avec de vieilles presses de 1870, des caractères en plomb, des linograveurs. Et des artistes. Car oui, l’activité principale qui perdure encore aujourd’hui est la création d’affiches. Des publicités du XIXe siècle, ils sont passés aux créations artistiques grâce à une collaboration étroite entre maîtres imprimeurs et graphistes contemporains. L’atelier en pleine activité vend aussi des affiches anciennes. Sur les murs (dernière photo), une pépite : une affiche d’un concert d’Elton John promu par Coca-Cola. Les débuts n’ont pas été faciles pour tout le monde !


    L’architecture peu attrayante de Cali…

    Cali n’est pas renommée pour son architecture, c’est le moins que l’on puisse dire. Les conflits et les séismes ont peut-être freiné les ardeurs des architectes. La période coloniale a disparu des rues et les bâtiments qui ont suivi sont tout à fait quelconques. Les rares exceptions sont quelques édifices religieux comme les églises La Ermita (1942, style gothique), La Merced (1536, la plus ancienne) et San Francisco (1827 avec une tour hispano-mauresque de 1774), ou encore la cathédrale de 1841 sur la place centrale couverte de palmiers. Aucun de ces lieux de culte n’était ouvert, ça n’aide pas…


    …Mais un art mural assez développé

    Ça devient commun en Colombie, l’art mural est encore très présent à Cali, que ce soit sur les parois qui bordent les voies rapides, les enceintes des parkings, les murs des maisons, ou même les poteaux électriques. Une mention particulière pour la rue de l’Escopette, une ruelle couverte non pas des habituels parapluies mais de tissages au crochet du plus bel effet.


    Les petites sorcières de San Cipriano

    Le petit village de San Cipriano ne devait son existence qu’à la ligne ferroviaire qui le traversait, reliant Cali au port de Buenaventura, car il n’était pas relié à la route principale, située à quelques kilomètres de là. Lorsque la ligne ferroviaire a cessé son activité, dans la seconde moitié du XXe siècle, les habitants eurent l’idée d’utiliser la voie ferrée pour ne pas rester isolés. Ils mirent en place des sortes de draisiennes bien à eux, faites d’une plate-forme de bois montée sur routes métalliques et propulsées par une moto fixée dessus, seule la roue arrière restant en contact avec le rail. L’engin est appelé brujita (petite sorcière, c’est très poétique). Tous les biens dont le village a besoin, mais aussi tous les habitants et les visiteurs transitent de cette façon depuis ou vers les deux villages qui jouxtent la nationale. Les premiers touristes ont adoré, se passant la combine de bouche à oreille, et le lieu commence à être connu, sans pourtant sombrer dans le tourisme de masse. Le débit de la ligne ne le permettrait de toutes façons pas. Les conditions de sécurité ne sont pas optimales, mais la traversée de la jungle sur une voie étroite et sinueuse dans cette ambiance sonore particulière mélangeant les pétarades de la moto et les claquements des rails est une expérience extraordinaire à vivre !


    San Cipriano, le village et la forêt tropicale

    Le village est pour le moins modeste. Il a cette particularité d’être presque exclusivement peuplé par une communauté d’origine africaine, descendante d’esclaves amenés par les Espagnols au XVIIe siècle, ayant su préserver sa culture et ses traditions. En le traversant, nous avons l’impression d’avoir changé de continent. Par ailleurs, l’isolement de San Cipriano n’ayant pas favorisé l’apport massif de matériaux de construction, tout semble fait de bric et de broc. Mais les touristes s’en fichent un peu. Outre le pittoresque transport en brujita, ils viennent profiter de la forêt tropicale environnante, entre sentiers de randonnées, cascades dans lesquelles on peut se baigner et retour au village par la rivière en flottant sur des chambres à air de camions. L’offre de restauration est tout aussi modeste, mais j’ai tout de même pu gouter au sancocho, un plat traditionnel très populaire en Colombie. Il s’agit d’une soupe de poisson ou de viande, garnie ou accompagnée de tubercules (banane plantain, pomme de terre, manioc, maïs) de légumes et de l’incontournable riz, le tout mijoté dans un bouillon très parfumé.


    Fin du second épisode colombien

    À l’approche du Pacifique, le mercure est bien remonté, et nous nous dépêchons de reprendre un peu d’altitude avant de pester contre la chaleur. C’est l’un des atouts de la vie nomade que de pouvoir fuir facilement les températures tropicales ou caniculaires. Alors à bientôt dans les montagnes !

  • 183. Découverte de la Colombie

    183. Découverte de la Colombie

    Nous découvrons maintenant la Colombie, le 9ème pays de notre road-trip sudaméricain et le 47ème pays visité pour notre fourgon aménagé Roberto. Suivez-nous, c’est tout neuf !

    Le premier parcours de notre découverte de la Colombie, d'Ipiales à Coconuco
    Le premier parcours de notre découverte de la Colombie – En version zoomable ici

    Passage de frontière Équateur-Colombie

    Eh bien c’est sans surprise le même bazar que d’habitude, avec du stationnement anarchique, des vendeurs de tout et n’importe quoi, des bâtiments mal identifiés, des guichets où l’on mélange ceux qui arrivent et ceux qui sortent du pays, une procédure d’enregistrement préalable sur Internet pour le permis d’importation en Colombie de notre véhicule qui fait perdre du temps plutôt que d’en gagner. Mais voilà, nous savons que c’est un mauvais moment à passer et nous faisons preuve de patience. De la sortie de l’Équateur à l’entrée en Colombie, les démarches vont durer 2h30. Et c’est sans compter la souscription de l’assurance pour Roberto, que nous effectuerons dans …un supermarché, quelques km après la frontière. Nous sommes presque heureux au passage d’être assurés, après avoir roulé 3 mois sans assurance en Équateur (c’était tout bonnement impossible). Mais dans quelques jours ces petites tracasseries seront oubliées. Et nous avons maintenant 3 mois devant nous pour visiter le pays !


    Ipiales et son téléphérique le plus lent du monde

    C’est sur le parking du téléphérique d’Ipiales que nous passerons notre première nuit en Colombie. Impossible de quitter cette ville frontière avant minuit, heure ou notre assurance auto s’active. Mais peu importe, le passage transfrontalier nous a fatigués et nous sommes heureux de cette petite pause. Nous avons largement le temps de voir passer les petits groupes de cabines qui rejoignent à la vitesse de l’escargot le sanctuaire de Las Lajas situé à 7 km de là et 240 m plus bas. Concernant le record de lenteur évoqué dans le titre de ce paragraphe, je n’ai pas trouvé de comparatif précis, c’est peut-être juste une boutade, mais les vidéos sont éloquentes. Nous avons aussi le temps d’apprécier la décoration extérieure des bâtiments du téléphérique, dont certaines fresques en cours de réalisation. Des couleurs vives prometteuses pour la suite de notre parcours colombien.


    Le sanctuaire de Las Lajas

    Sanctuaire de Las Lajas, Ipiales, Colombie
    Sanctuaire de Las Lajas, Ipiales, Colombie

    Nous découvrons presque par hasard ce lieu qui a pourtant été classé en 2007 la 2ème des 7 merveilles de la Colombie. Ça n’est pas sur notre guide Lonely Planet que nous l’avons trouvé mais sur notre application iOverlander, celle qui nous aide à trouver nos lieux de bivouac. Comme quoi il vaut mieux diversifier ses sources. Car le lieu est exceptionnel : une basilique mélangeant les styles néo-gothique et colonial espagnol construite au-dessus d’un canyon dont elle relie les parois par un pont. Construite après une apparition de la Vierge sur les parois rocheuses au XVIIIe siècle qui a été suivie de nombreuses guérisons miraculeuses, la basilique Notre-Dame du Rosaire attire chaque année entre 750 000 et 900 000 visiteurs, malgré un accès difficile. Encore que facilité par l’arrivée du téléphérique d’Ipiales en 2015. Avec tous ces pèlerins, l’environnement du canyon, la cascade, la multitude d’ex-voto sur les murs, les statues lyriques sur le pont, la messe en cours, la beauté de la basilique, c’était un lieu véritablement magique. Nous en voulons à notre guide de l’avoir oublié.


    Colombie, Équateur et Venezuela même drapeau ?

    Je suis intrigué d’emblée par la ressemblance entre le drapeau de la Colombie et celui de l’Équateur que nous venons de quitter. Et sans chercher bien loin, je m’aperçois que le drapeau du Venezuela est presque identique. Il se trouve que ces pays ont un ancêtre commun, la Grande Colombie. Ce regroupement de pays qui incluait aussi le Panama et quelques morceaux des pays limitrophes a été créé à l’initiative de Simon Bolivar, le grand libérateur de l’Amérique du Sud, qui rêvait de fédérer l’entièreté du sous-continent. Malheureusement, la Grande Colombie a éclaté 7 ans plus tard, sans doute trop complexe à gérer de par son étendue et la diversité des pouvoirs qui y régnaient. Si le Panama a adopté lors de son indépendance un drapeau totalement différent, les 3 autres pays ont conservé une apparence proche : la bande jaune symbolisant l’or a été agrandie pour la Colombie et l’Équateur, le premier supprimant le blason de la Grande Colombie et le dernier le remplaçant par son blason propre, tandis que le Venezuela a rajouté 6 étoiles, 1 pour chacune de ses régions.


    Pasto, un musée de l’or et un carnaval classé à l’UNESCO

    Pasto est la première grande ville que nous traversons. 400 000 habitants et une circulation dense. Une première impression qui n’était pas favorable. Le centre est réputé pour son architecture coloniale et ses nombreuses églises. Mais nous n’avons rien trouvé de transcendant. Tout semble noyé dans un affairisme intense et des styles très disparates. Deux établissements sortent du lot toutefois, et nous avons même volontairement passé la nuit sur place, au bord d’un jardin public, pour attendre l’ouverture du second. Mais commençons par le premier.

    Le Musée de l’Or Nariño à Pasto

    C’est un musée mis à disposition du public par une banque, comme c’est souvent le cas en Amérique du Sud, consacré aux cultures préhispaniques et à la diversité culturelle du département de Nariño, avec une collection importante d’objets en or (480 !), céramique, pierre, bois, textile et coquillage. Nombre d’entre eux ont été récupérés dans des sépultures qui ont permis leur conservation. L’or, déjà travaillé par ces civilisations 2000 ans avant notre ère, était loin d’avoir le rôle monétaire actuel. Il servait surtout à faire des offrandes, à honorer les divinités, ou encore à marquer le prestige et le pouvoir. De bien beaux objets parfaitement mis en valeur en tout cas.

    Le Musée du Carnaval de Pasto

    Faute de pouvoir être présents à l’évènement culturel majeur de Pasto, le Carnaval de Negros y Blancos, classé en 2009 au patrimoine mondial immatériel de l’humanité, nous sommes heureux de pouvoir en avoir un aperçu et des explications dans ce petit musée gratuit, fort intéressant et étonnamment spectaculaire. On s’y promène en effet dans une ambiance musicale qui rappelle celle du carnaval au milieu des personnages géants et multicolores qui participent habituellement au défilé. Et des panneaux donnent bien entendu les explications nécessaires. L’histoire de ce carnaval remonte à l’époque coloniale. Dans un esprit de favoriser la tolérance et la diversité ethnique, les colons se peignaient le visage en noir le 5 janvier et les esclaves en blanc le lendemain. Cette tradition s’est perpétuée jusqu’à nos jours, avec une période un peu plus étendue allant de fin décembre au 6 janvier mais toujours centrée sur les 2 derniers jours. Le décor spectaculaire du musée donne vraiment envie d’y aller !


    Le barniz de Pasto

    Nous découvrons à la boutique du musée du carnaval cette technique artisanale indigène colombienne et typique de la ville de Pasto qui utilise la résine d’un arbre des forêts humides des Andes, le mopa-mopa, pour être appliquée en fines feuilles colorées sur du bois. Dans la pratique, les bourgeons de l’arbre sont mis dans de l’eau bouillante pour extraire la résine. Celle-ci est étirée à chaud, mélangée avec des pigments, puis de nouveau étirée en feuilles fines qui sont appliquées à chaud sur le bois en plusieurs couches. Les motifs sont alors découpés directement sur l’objet dans un design original. Il est heureux que des artisans continuent de perpétrer ce savoir-faire ancestral. Voici un aperçu de quelques objets trouvés sur les vitrines.


    La Laguna Cocha

    A une vingtaine de kilomètres à l’est de Pasto et à 2800m d’altitude, c’est le deuxième plus grand lac de Colombie et une réserve de biosphère importante. Compte-tenu du temps tristounet, nous nous attendions à y faire un bref passage. Mais là encore, nous avons découvert un véritable joyau inconnu de nos guides : rien de moins que la Venise de Colombie ! El Encanto (Le Charme), le petit village de pêcheurs et d’agriculteurs paisible au bord du lac s’est en effet transformé au fil des années en pôle touristique majeur. L’unique route qui y mène est bordée d’hôtels et/ou de restaurants avec par endroits des airs de chalets suisses et à d’autres les couleurs habituelles des constructions colombiennes. Des canaux de part et d’autre sont envahis de petites embarcations à moteur toutes sur le même modèle. De nombreux ponts courbés rejoignent les établissements situés sur la rive d’en face. Ajoutez à cela une forte affluence touristique (nous sommes un week-end) et du trafic sur l’eau et vous verrez qu’effectivement Venise et ses gondoles ne sont pas si loin. Sévèrement en retrait si l’on parle des couleurs qui explosent véritablement ici, surtout quand le soleil daigne apparaître.


    Les empanadas de Vivi et les cañelazos de Lourdes

    Nous avions déjeuné à bord de Roberto avant la visite du port, alors il n’était pas question de consommer ne serait-ce qu’un sandwich lors de notre parcours. Mais nous avons tout de même salivé en passant devant le stand des « Empanadas de Vivi » qui propose de vous confectionner des empanadas sur mesure, qu’ils soient végétariens, au poulet, au bœuf ou encore à la truite, assortis d’un choix de 60 sauces différentes constituées de piments des plus doux au plus forts et aromatisés au café, au yaourt, à la mangue verte et autres fruits. L’éventuel appétit qui nous restait est brutalement retombé devant la vision de cochons d’Inde rôtissant sur une broche, puis celle de la carte d’un restaurant proposant du perro caliente (chien chaud). Ce n’est qu’un peu plus loin, devant une photo du plat en question que nous avons réalisé que le perro caliente n’était que la traduction du célèbre hot dog, bon sang mais c’est bien sûr ! Rassérénés, nous avons fini par craquer devant la « Tienda de Lourdes » et ses cañelazos tout fumants dans leurs marmites : un à la mûre pour Claudie, un autre au fruit de la passion pour moi. Un délice !


    La route du tremplin de la mort

    Cette route est notre seule possibilité pour rejoindre de l’autre côté de la Cordillère des Andes la ville de San Augustin réputée pour son site funéraire unique. Difficile de dire d’emblée si son nom vient du caractère de notre destination ou bien du côté périlleux du parcours, nous n’allons pas tarder à le savoir. Nous quittons très vite l’asphalte pour une route de terre parsemée de nids-de-poule. La pluie s’en mêlant, la surface va devenir boueuse, restant néanmoins assez compacte. Tant mieux car nous en avons pour 85 km ! Le décor bien que souvent baigné dans la brume est grandiose, avec de hautes montagnes couvertes de forêt primaire qui nous surplombent, tandis que nous longeons une vallée profonde qui se rétrécit peu à peu. La route aussi se rétrécit d’ailleurs, pour ne plus devenir qu’une voie unique. Les virages se succèdent et l’on appréhende de voir surgir un véhicule en face, ce qui arrive régulièrement, y compris des poids-lourds. Il ne reste alors qu’à reculer jusqu’à l’espace de croisement le plus proche, en se collant soit contre la paroi soit contre le ravin selon l’endroit. Régulièrement aussi, la végétation coiffe la route, formant presque des tunnels. Et pour parfaire l’exotisme du parcours, plusieurs gués sont à traverser. Rarement profonds, mais parfois les roues de Roberto ont du mal à accrocher sur les galets qui roulent. 4 heures plus tard, pour 85 km donc, c’est avec grand plaisir que nous retrouvons le bitume !


    À grande eau

    Après notre route aventureuse, nous avons trouvé un endroit paisible pour passer la nuit, dans un village au bord d’un torrent. Nous aurions bien lavé Roberto qui n’a peut-être jamais autant été couvert de boue, mais des locaux se baignent malgré le fort courant. Alors nous reportons notre séance de nettoyage au lendemain. Ce sera dans le centre du village, près d’une station-service où l’on sert séparément les deux-roues – c’est vrai qu’ils sont particulièrement nombreux dans le pays. Lavé à la main et à grande eau, Roberto le grand bleu retrouve son éclat. C’est reparti pour un tour ! Nous restons sur le thème de l’eau en allant visiter un petit mais joli canyon situé sur notre route, le Cañon del Mandiyaco. Sur 400m, la rivière a joliment sculpté des arabesques, des orifices et des bassins dans la roche volcanique. La nature dans tout son art.


    Les mystérieux monolithes de San Augustin

    À 1700m d’altitude et une pluviosité élevée, San Augustin est bien placée pour la culture du café, mais aussi des bananes, de la canne à sucre, des naranguilles ou du bambou. La pluie fréquente (27 jours par mois en juillet…) pourrait dissuader les touristes, mais la ville possède un attrait majeur : son site archéologique hébergeant nombre de statues aussi énigmatiques que celles de l’Île de Pâques. Si l’on ne connaît pas grand-chose de la civilisation pré-incaïque et totalement disparue qui les a créées, on sait que ces statues sculptées dans la roche volcanique faisaient partie entre autres de cultes et rites funéraires. Elles figurent des divinités de la cosmologie andine précolombienne, sous forme anthropomorphe, zoomorphe …ou mixte. Mais aussi des personnages importants de cette civilisation perdue, comme des chamanes souvent représentés en transe, ou les gardiens des défunts. Parmi les sculptures zoomorphes, les plus représentées sont l’aigle, le jaguar, le serpent, la grenouille et le singe, symbolisant respectivement le monde du ciel, de la terre, du sous-sol, la fertilité et la ruse dans la culture andine précolombienne. Toutes ces statues étaient enfouies dans le sol depuis 1000 à 2000 ans avant d’être découvertes vers le XVIIIe siècle. Après leur étude qui n’a permis de connaître que des bribes de cette civilisation disparue, faute de disposer d’écrits, elles ont été exposées et sécurisées sur le site, soit à leur emplacement d’origine, soit le long d’un sentier pédagogique. Le tout dans une superbe végétation tropicale humide et malheureusement une pluie battante sur un tiers du parcours. Pour une fois nous avons pris un guide, mais ses commentaires n’ont pas pu dépasser les limites des archéologues actuelles. Du pain sur la planche pour les Indiana Jones des nouvelles générations !


    Le bananier rose

    À le voir si bien portant dans cette forêt tropicale colombienne, on jurerait qu’il est d’ici. Mais, comme les cochons qui tournent sur les broches du pays, il vient d’Inde. Ses petites bananes toutes velues (l’espèce s’appelle d’ailleurs Musa velutina) sont comestibles mais sont pleines de graines très dures qui font le bonheur des dentistes su coin car on s’y casse volontiers les dents. Et puis, encore moins rose chez ces bananiers, ils se reproduisent comme des lapins, aux dépends d’autres espèces. Ils sont classés invasifs dans certains pays comme le Costa Rica ou le Brésil. Peut-être qu’un jour on consacrera un mois par an là-bas à les éradiquer. On pourrait appeler l’évènement Octobre rose, qu’en pensez-vous ?


    Le bestiaire routier de San Augustin à Coconuco

    Après ce détour archéologique, il nous faut regagner la route panaméricaine et donc retraverser la montagne. Par une route censée être en meilleur état, si ce n’est un tronçon en « mauvais état » de 35 km. En fait l’une des pires routes que nous ayons empruntées ! Si la voie est plus large que celle du tremplin de la mort, le revêtement est particulièrement pénible avec un relief rocheux très irrégulier, des trous et des ornières par centaines. Le paysage est moins agréable aussi. Heureusement, pour tromper l’ennui, sont disposés tout du long des panneaux alertant de la traversée possible d’animaux sauvages. La variété est grande, dommage que nous n’en ayons vu aucun ! À refaire, et à condition d’accepter de reprendre une route en sens inverse, ce que nous cherchons à éviter au maximum, nous aurions peut-être repris la route boueuse et étroite… Deux heures environ pour franchir ces 35 km et nous revoilà  sur une bonne route asphaltée, entrecoupée tout de même de nombreux secteurs en travaux, qu’il est difficile de reprocher au gouvernement colombien. Ces panneaux animaliers me donnent l’occasion de vous montrer quelques panneaux routiers inhabituels chez nous. À voir en images.


    Les thermes de Coconuco

    Allez, terminons chaudement ce premier parcours colombien avec les Termales de Agua Hirvienda (littéralement thermes d’eau bouillante…) de Coconuco. Un petit établissement tenu par une communauté indigène locale, développé autour d’une source volcanique affichée à 72,3°C. Étonnamment, l’eau du captage annoncée à cette température est en ébullition. Soit c’est plus chaud que ce qui est annoncé, soit c’est une émanation simultanée de gaz qui donne cet état. Selon le circuit de l’eau, 4 bassins offrent des températures différentes. J’ai estimé le plus chaud entre 40 et 45°C quand nous nous y sommes baignés en milieu de matinée. On pouvait tenir une vingtaine de minutes avant d’aller nager dans une piscine plus grande et moins chaude, à 35-38°C environ, ce qui est fort agréable. Le ticket donnant droit à des entrées multiples sur 24h, nous y sommes retournés dans l’après-midi puis une fois la nuit tombée. Vers 16 heures, l’établissement était un peu plus fréquenté que le matin, ce qui est habituel car les Colombiens préfèrent en général les visites en 2ème moitié de journée, mais curieusement, personne ne barbotait dans le bassin le plus chaud. Et pour cause, alimenté depuis le matin directement avec l’eau à 72,3°C, il était sans doute devenu proche de cette température… pas question d’y tremper ne serait-ce qu’un orteil ! Le soir c’était plus calme mais toujours fréquenté. Les volutes de vapeur au dessus des bassins créaient une ambiance surréaliste. Au total, ce fut une étape très relaxante pour nous, d’autant que nous avons pu passer 2 nuits gratuitement sur leur parking très tranquille.


    Ragaillardis, nous allons pouvoir reprendre les routes de Colombie, que nous allons espérer plus douces pour les suspensions de Roberto et nos articulations soixantenaires. On vous dit à bientôt !