Nous découvrons maintenant la Colombie, le 9ème pays de notre road-trip sudaméricain et le 47ème pays visité pour notre fourgon aménagé Roberto. Suivez-nous, c’est tout neuf !

Passage de frontière Équateur-Colombie
Eh bien c’est sans surprise le même bazar que d’habitude, avec du stationnement anarchique, des vendeurs de tout et n’importe quoi, des bâtiments mal identifiés, des guichets où l’on mélange ceux qui arrivent et ceux qui sortent du pays, une procédure d’enregistrement préalable sur Internet pour le permis d’importation en Colombie de notre véhicule qui fait perdre du temps plutôt que d’en gagner. Mais voilà, nous savons que c’est un mauvais moment à passer et nous faisons preuve de patience. De la sortie de l’Équateur à l’entrée en Colombie, les démarches vont durer 2h30. Et c’est sans compter la souscription de l’assurance pour Roberto, que nous effectuerons dans …un supermarché, quelques km après la frontière. Nous sommes presque heureux au passage d’être assurés, après avoir roulé 3 mois sans assurance en Équateur (c’était tout bonnement impossible). Mais dans quelques jours ces petites tracasseries seront oubliées. Et nous avons maintenant 3 mois devant nous pour visiter le pays !
Ipiales et son téléphérique le plus lent du monde
C’est sur le parking du téléphérique d’Ipiales que nous passerons notre première nuit en Colombie. Impossible de quitter cette ville frontière avant minuit, heure ou notre assurance auto s’active. Mais peu importe, le passage transfrontalier nous a fatigués et nous sommes heureux de cette petite pause. Nous avons largement le temps de voir passer les petits groupes de cabines qui rejoignent à la vitesse de l’escargot le sanctuaire de Las Lajas situé à 7 km de là et 240 m plus bas. Concernant le record de lenteur évoqué dans le titre de ce paragraphe, je n’ai pas trouvé de comparatif précis, c’est peut-être juste une boutade, mais les vidéos sont éloquentes. Nous avons aussi le temps d’apprécier la décoration extérieure des bâtiments du téléphérique, dont certaines fresques en cours de réalisation. Des couleurs vives prometteuses pour la suite de notre parcours colombien.
Le sanctuaire de Las Lajas

Nous découvrons presque par hasard ce lieu qui a pourtant été classé en 2007 la 2ème des 7 merveilles de la Colombie. Ça n’est pas sur notre guide Lonely Planet que nous l’avons trouvé mais sur notre application iOverlander, celle qui nous aide à trouver nos lieux de bivouac. Comme quoi il vaut mieux diversifier ses sources. Car le lieu est exceptionnel : une basilique mélangeant les styles néo-gothique et colonial espagnol construite au-dessus d’un canyon dont elle relie les parois par un pont. Construite après une apparition de la Vierge sur les parois rocheuses au XVIIIe siècle qui a été suivie de nombreuses guérisons miraculeuses, la basilique Notre-Dame du Rosaire attire chaque année entre 750 000 et 900 000 visiteurs, malgré un accès difficile. Encore que facilité par l’arrivée du téléphérique d’Ipiales en 2015. Avec tous ces pèlerins, l’environnement du canyon, la cascade, la multitude d’ex-voto sur les murs, les statues lyriques sur le pont, la messe en cours, la beauté de la basilique, c’était un lieu véritablement magique. Nous en voulons à notre guide de l’avoir oublié.
Colombie, Équateur et Venezuela même drapeau ?
Je suis intrigué d’emblée par la ressemblance entre le drapeau de la Colombie et celui de l’Équateur que nous venons de quitter. Et sans chercher bien loin, je m’aperçois que le drapeau du Venezuela est presque identique. Il se trouve que ces pays ont un ancêtre commun, la Grande Colombie. Ce regroupement de pays qui incluait aussi le Panama et quelques morceaux des pays limitrophes a été créé à l’initiative de Simon Bolivar, le grand libérateur de l’Amérique du Sud, qui rêvait de fédérer l’entièreté du sous-continent. Malheureusement, la Grande Colombie a éclaté 7 ans plus tard, sans doute trop complexe à gérer de par son étendue et la diversité des pouvoirs qui y régnaient. Si le Panama a adopté lors de son indépendance un drapeau totalement différent, les 3 autres pays ont conservé une apparence proche : la bande jaune symbolisant l’or a été agrandie pour la Colombie et l’Équateur, le premier supprimant le blason de la Grande Colombie et le dernier le remplaçant par son blason propre, tandis que le Venezuela a rajouté 6 étoiles, 1 pour chacune de ses régions.
Pasto, un musée de l’or et un carnaval classé à l’UNESCO
Pasto est la première grande ville que nous traversons. 400 000 habitants et une circulation dense. Une première impression qui n’était pas favorable. Le centre est réputé pour son architecture coloniale et ses nombreuses églises. Mais nous n’avons rien trouvé de transcendant. Tout semble noyé dans un affairisme intense et des styles très disparates. Deux établissements sortent du lot toutefois, et nous avons même volontairement passé la nuit sur place, au bord d’un jardin public, pour attendre l’ouverture du second. Mais commençons par le premier.
Le Musée de l’Or Nariño à Pasto
C’est un musée mis à disposition du public par une banque, comme c’est souvent le cas en Amérique du Sud, consacré aux cultures préhispaniques et à la diversité culturelle du département de Nariño, avec une collection importante d’objets en or (480 !), céramique, pierre, bois, textile et coquillage. Nombre d’entre eux ont été récupérés dans des sépultures qui ont permis leur conservation. L’or, déjà travaillé par ces civilisations 2000 ans avant notre ère, était loin d’avoir le rôle monétaire actuel. Il servait surtout à faire des offrandes, à honorer les divinités, ou encore à marquer le prestige et le pouvoir. De bien beaux objets parfaitement mis en valeur en tout cas.
Le Musée du Carnaval de Pasto
Faute de pouvoir être présents à l’évènement culturel majeur de Pasto, le Carnaval de Negros y Blancos, classé en 2009 au patrimoine mondial immatériel de l’humanité, nous sommes heureux de pouvoir en avoir un aperçu et des explications dans ce petit musée gratuit, fort intéressant et étonnamment spectaculaire. On s’y promène en effet dans une ambiance musicale qui rappelle celle du carnaval au milieu des personnages géants et multicolores qui participent habituellement au défilé. Et des panneaux donnent bien entendu les explications nécessaires. L’histoire de ce carnaval remonte à l’époque coloniale. Dans un esprit de favoriser la tolérance et la diversité ethnique, les colons se peignaient le visage en noir le 5 janvier et les esclaves en blanc le lendemain. Cette tradition s’est perpétuée jusqu’à nos jours, avec une période un peu plus étendue allant de fin décembre au 6 janvier mais toujours centrée sur les 2 derniers jours. Le décor spectaculaire du musée donne vraiment envie d’y aller !
Le barniz de Pasto
Nous découvrons à la boutique du musée du carnaval cette technique artisanale indigène colombienne et typique de la ville de Pasto qui utilise la résine d’un arbre des forêts humides des Andes, le mopa-mopa, pour être appliquée en fines feuilles colorées sur du bois. Dans la pratique, les bourgeons de l’arbre sont mis dans de l’eau bouillante pour extraire la résine. Celle-ci est étirée à chaud, mélangée avec des pigments, puis de nouveau étirée en feuilles fines qui sont appliquées à chaud sur le bois en plusieurs couches. Les motifs sont alors découpés directement sur l’objet dans un design original. Il est heureux que des artisans continuent de perpétrer ce savoir-faire ancestral. Voici un aperçu de quelques objets trouvés sur les vitrines.
La Laguna Cocha
A une vingtaine de kilomètres à l’est de Pasto et à 2800m d’altitude, c’est le deuxième plus grand lac de Colombie et une réserve de biosphère importante. Compte-tenu du temps tristounet, nous nous attendions à y faire un bref passage. Mais là encore, nous avons découvert un véritable joyau inconnu de nos guides : rien de moins que la Venise de Colombie ! El Encanto (Le Charme), le petit village de pêcheurs et d’agriculteurs paisible au bord du lac s’est en effet transformé au fil des années en pôle touristique majeur. L’unique route qui y mène est bordée d’hôtels et/ou de restaurants avec par endroits des airs de chalets suisses et à d’autres les couleurs habituelles des constructions colombiennes. Des canaux de part et d’autre sont envahis de petites embarcations à moteur toutes sur le même modèle. De nombreux ponts courbés rejoignent les établissements situés sur la rive d’en face. Ajoutez à cela une forte affluence touristique (nous sommes un week-end) et du trafic sur l’eau et vous verrez qu’effectivement Venise et ses gondoles ne sont pas si loin. Sévèrement en retrait si l’on parle des couleurs qui explosent véritablement ici, surtout quand le soleil daigne apparaître.
Les empanadas de Vivi et les cañelazos de Lourdes
Nous avions déjeuné à bord de Roberto avant la visite du port, alors il n’était pas question de consommer ne serait-ce qu’un sandwich lors de notre parcours. Mais nous avons tout de même salivé en passant devant le stand des « Empanadas de Vivi » qui propose de vous confectionner des empanadas sur mesure, qu’ils soient végétariens, au poulet, au bœuf ou encore à la truite, assortis d’un choix de 60 sauces différentes constituées de piments des plus doux au plus forts et aromatisés au café, au yaourt, à la mangue verte et autres fruits. L’éventuel appétit qui nous restait est brutalement retombé devant la vision de cochons d’Inde rôtissant sur une broche, puis celle de la carte d’un restaurant proposant du perro caliente (chien chaud). Ce n’est qu’un peu plus loin, devant une photo du plat en question que nous avons réalisé que le perro caliente n’était que la traduction du célèbre hot dog, bon sang mais c’est bien sûr ! Rassérénés, nous avons fini par craquer devant la « Tienda de Lourdes » et ses cañelazos tout fumants dans leurs marmites : un à la mûre pour Claudie, un autre au fruit de la passion pour moi. Un délice !
La route du tremplin de la mort
Cette route est notre seule possibilité pour rejoindre de l’autre côté de la Cordillère des Andes la ville de San Augustin réputée pour son site funéraire unique. Difficile de dire d’emblée si son nom vient du caractère de notre destination ou bien du côté périlleux du parcours, nous n’allons pas tarder à le savoir. Nous quittons très vite l’asphalte pour une route de terre parsemée de nids-de-poule. La pluie s’en mêlant, la surface va devenir boueuse, restant néanmoins assez compacte. Tant mieux car nous en avons pour 85 km ! Le décor bien que souvent baigné dans la brume est grandiose, avec de hautes montagnes couvertes de forêt primaire qui nous surplombent, tandis que nous longeons une vallée profonde qui se rétrécit peu à peu. La route aussi se rétrécit d’ailleurs, pour ne plus devenir qu’une voie unique. Les virages se succèdent et l’on appréhende de voir surgir un véhicule en face, ce qui arrive régulièrement, y compris des poids-lourds. Il ne reste alors qu’à reculer jusqu’à l’espace de croisement le plus proche, en se collant soit contre la paroi soit contre le ravin selon l’endroit. Régulièrement aussi, la végétation coiffe la route, formant presque des tunnels. Et pour parfaire l’exotisme du parcours, plusieurs gués sont à traverser. Rarement profonds, mais parfois les roues de Roberto ont du mal à accrocher sur les galets qui roulent. 4 heures plus tard, pour 85 km donc, c’est avec grand plaisir que nous retrouvons le bitume !
À grande eau
Après notre route aventureuse, nous avons trouvé un endroit paisible pour passer la nuit, dans un village au bord d’un torrent. Nous aurions bien lavé Roberto qui n’a peut-être jamais autant été couvert de boue, mais des locaux se baignent malgré le fort courant. Alors nous reportons notre séance de nettoyage au lendemain. Ce sera dans le centre du village, près d’une station-service où l’on sert séparément les deux-roues – c’est vrai qu’ils sont particulièrement nombreux dans le pays. Lavé à la main et à grande eau, Roberto le grand bleu retrouve son éclat. C’est reparti pour un tour ! Nous restons sur le thème de l’eau en allant visiter un petit mais joli canyon situé sur notre route, le Cañon del Mandiyaco. Sur 400m, la rivière a joliment sculpté des arabesques, des orifices et des bassins dans la roche volcanique. La nature dans tout son art.
Les mystérieux monolithes de San Augustin
À 1700m d’altitude et une pluviosité élevée, San Augustin est bien placée pour la culture du café, mais aussi des bananes, de la canne à sucre, des naranguilles ou du bambou. La pluie fréquente (27 jours par mois en juillet…) pourrait dissuader les touristes, mais la ville possède un attrait majeur : son site archéologique hébergeant nombre de statues aussi énigmatiques que celles de l’Île de Pâques. Si l’on ne connaît pas grand-chose de la civilisation pré-incaïque et totalement disparue qui les a créées, on sait que ces statues sculptées dans la roche volcanique faisaient partie entre autres de cultes et rites funéraires. Elles figurent des divinités de la cosmologie andine précolombienne, sous forme anthropomorphe, zoomorphe …ou mixte. Mais aussi des personnages importants de cette civilisation perdue, comme des chamanes souvent représentés en transe, ou les gardiens des défunts. Parmi les sculptures zoomorphes, les plus représentées sont l’aigle, le jaguar, le serpent, la grenouille et le singe, symbolisant respectivement le monde du ciel, de la terre, du sous-sol, la fertilité et la ruse dans la culture andine précolombienne. Toutes ces statues étaient enfouies dans le sol depuis 1000 à 2000 ans avant d’être découvertes vers le XVIIIe siècle. Après leur étude qui n’a permis de connaître que des bribes de cette civilisation disparue, faute de disposer d’écrits, elles ont été exposées et sécurisées sur le site, soit à leur emplacement d’origine, soit le long d’un sentier pédagogique. Le tout dans une superbe végétation tropicale humide et malheureusement une pluie battante sur un tiers du parcours. Pour une fois nous avons pris un guide, mais ses commentaires n’ont pas pu dépasser les limites des archéologues actuelles. Du pain sur la planche pour les Indiana Jones des nouvelles générations !
Le bananier rose
À le voir si bien portant dans cette forêt tropicale colombienne, on jurerait qu’il est d’ici. Mais, comme les cochons qui tournent sur les broches du pays, il vient d’Inde. Ses petites bananes toutes velues (l’espèce s’appelle d’ailleurs Musa velutina) sont comestibles mais sont pleines de graines très dures qui font le bonheur des dentistes su coin car on s’y casse volontiers les dents. Et puis, encore moins rose chez ces bananiers, ils se reproduisent comme des lapins, aux dépends d’autres espèces. Ils sont classés invasifs dans certains pays comme le Costa Rica ou le Brésil. Peut-être qu’un jour on consacrera un mois par an là-bas à les éradiquer. On pourrait appeler l’évènement Octobre rose, qu’en pensez-vous ?
Le bestiaire routier de San Augustin à Coconuco
Après ce détour archéologique, il nous faut regagner la route panaméricaine et donc retraverser la montagne. Par une route censée être en meilleur état, si ce n’est un tronçon en « mauvais état » de 35 km. En fait l’une des pires routes que nous ayons empruntées ! Si la voie est plus large que celle du tremplin de la mort, le revêtement est particulièrement pénible avec un relief rocheux très irrégulier, des trous et des ornières par centaines. Le paysage est moins agréable aussi. Heureusement, pour tromper l’ennui, sont disposés tout du long des panneaux alertant de la traversée possible d’animaux sauvages. La variété est grande, dommage que nous n’en ayons vu aucun ! À refaire, et à condition d’accepter de reprendre une route en sens inverse, ce que nous cherchons à éviter au maximum, nous aurions peut-être repris la route boueuse et étroite… Deux heures environ pour franchir ces 35 km et nous revoilà sur une bonne route asphaltée, entrecoupée tout de même de nombreux secteurs en travaux, qu’il est difficile de reprocher au gouvernement colombien. Ces panneaux animaliers me donnent l’occasion de vous montrer quelques panneaux routiers inhabituels chez nous. À voir en images.
Les thermes de Coconuco
Allez, terminons chaudement ce premier parcours colombien avec les Termales de Agua Hirvienda (littéralement thermes d’eau bouillante…) de Coconuco. Un petit établissement tenu par une communauté indigène locale, développé autour d’une source volcanique affichée à 72,3°C. Étonnamment, l’eau du captage annoncée à cette température est en ébullition. Soit c’est plus chaud que ce qui est annoncé, soit c’est une émanation simultanée de gaz qui donne cet état. Selon le circuit de l’eau, 4 bassins offrent des températures différentes. J’ai estimé le plus chaud entre 40 et 45°C quand nous nous y sommes baignés en milieu de matinée. On pouvait tenir une vingtaine de minutes avant d’aller nager dans une piscine plus grande et moins chaude, à 35-38°C environ, ce qui est fort agréable. Le ticket donnant droit à des entrées multiples sur 24h, nous y sommes retournés dans l’après-midi puis une fois la nuit tombée. Vers 16 heures, l’établissement était un peu plus fréquenté que le matin, ce qui est habituel car les Colombiens préfèrent en général les visites en 2ème moitié de journée, mais curieusement, personne ne barbotait dans le bassin le plus chaud. Et pour cause, alimenté depuis le matin directement avec l’eau à 72,3°C, il était sans doute devenu proche de cette température… pas question d’y tremper ne serait-ce qu’un orteil ! Le soir c’était plus calme mais toujours fréquenté. Les volutes de vapeur au dessus des bassins créaient une ambiance surréaliste. Au total, ce fut une étape très relaxante pour nous, d’autant que nous avons pu passer 2 nuits gratuitement sur leur parking très tranquille.
Ragaillardis, nous allons pouvoir reprendre les routes de Colombie, que nous allons espérer plus douces pour les suspensions de Roberto et nos articulations soixantenaires. On vous dit à bientôt !

























































































































