Auteur/autrice : jma

  • 184. Poursuite de nos aventures colombiennes

    184. Poursuite de nos aventures colombiennes

    Dans ce second parcours en Colombie, nous allons découvrir une ville blanche, une autre multicolore, des indigènes conservateurs, des statues de chiens ou chats par dizaines et des petites sorcières. Un beau programme, non ?

    Poursuite de nos aventures colombiennes - parcours décrit dans cet article - version zoomable ici
    Poursuite de nos aventures colombiennes – parcours décrit dans cet article – version zoomable ici

    Popayán, la ville blanche

    Sortis tout propres des thermes d’eau bouillante (voir l’article précédent), c’est dans la continuité logique que nous parcourons la ville de Popayán dont tous les murs sont uniformément blancs avec une architecture coloniale soigneusement conservée. Ce serait dit-on l’une des plus belles villes coloniales de Colombie. Popayán a en effet bien évolué depuis son statut de hameau (c’est la signification de son nom) à la ville actuelle de 350 000 habitants, grâce à sa situation géographique stratégique sur la route commerciale entre Quito et la côte caraïbe. Occupée à s’enrichir, elle s’est beaucoup moins impliquée que ses voisines dans l’indépendance du pays, subissant en contrepartie moins de dommages et moins de pertes financières. Elle a pu ainsi réparer plus rapidement les conséquences des nombreux séismes qui affectent la région et soigner son apparence.


    Silvia : incursion chez les Misak

    Des traditions indigènes conservées

    Le village de Silvia, à 2620m d’altitude, se distingue en Colombie par sa population indigène majoritaire. Les Misak ont ainsi réussi à préserver l’essentiel de leur culture face à l’envahisseur espagnol. Dans leur mode de vie d’abord, puisque sur les 32000 membres de leur communauté, seuls 4000 habitent au village, les autres étant parsemés dans les hameaux des montagnes alentour. Dans leur tenue vestimentaire ensuite, très loin des standards occidentaux : les hommes comme les femmes portent de longues jupes drapées de couleur noire (symbolisant la terre-mère, la Pachamama) ou bleue (Misak signifie « les enfants de l’eau) bordée de rouge (le sang versé dans la lutte contre les envahisseurs espagnols), une ceinture ou une écharpe aux rayures colorées, un poncho et un superbe chapeau, soit en feutre noir, soit en paille et alors plat. Les deux peuvent porter une mochila, un petit sac à main fourre-tout. Les femmes complètent souvent l’ensemble avec des colliers de perles. Les Misak en tenue n’étaient pas si nombreux le jour de notre visite, un samedi, mais ils descendent en force de leurs montagnes le mardi, jour du marché. Nous avons été très touchés par cette préservation de leurs traditions.


    Un art mural revendicateur d’identité

    Nous commençons seulement à découvrir la richesse des fresques murales colombiennes, mais là, à Silvia, la densité est exceptionnelle par rapport à ce que nous avons pu voir jusqu’ici. Elles couvrent peut-être une maison sur trois, avec un thème nature prédominant. On nous dit que les MIsak ont énormément participé, encourageant l’expression de leur identité avec cet art. On y trouve donc volontiers des thèmes indigènes, comme les paysages de la région, les symboles Misak (l’eau principalement puisqu’ils sont « les enfants de l’eau »), ou des scènes de la vie quotidienne des communautés autochtones. Et c’est tellement beau à voir !

    Façades à Silvia, Colombie
    Façades à Silvia, Colombie

    Un camping pas comme les autres (La Bonanza, Silvia)

    De retour de Silvia, nous nous arrêtons pour 48h au camping La Bonanza. Ce n’est pas vraiment par hasard que nous avons choisi ce lieu. Il est dit sur les réseaux que le lieu est tenu par une famille marocaine partie en tour du monde en camping-car avec leurs 3 enfants de 8 à 10 ans. En raison des difficultés liées à leur nationalité, notamment pour obtenir les visas dans chaque pays, nous faisant au passage réaliser combien il est facile pour nous de voyager avec un passeport européen, leur voyage n’a pas été un long fleuve tranquille. Partis du Maroc en 2013, aidés d’un spécialiste en véhicules de loisirs de Marrakech, celui-là-même à qui nous avions loué notre tout premier camping-car en 2009 (!), ils ont rejoint le port d’Anvers et de là celui de Montevideo pour un parcours de presque 2 ans en Amérique du Sud. Rencontrant des difficultés pour passer en Amérique Centrale et tombant au passage amoureux de la Colombie, ils ont fini par s’y installer en achetant l’ancienne ferme d’un narcotrafiquant pour y aménager ce camping. Vous comprenez pourquoi nous avions envie de les rencontrer ! Le jardin était super bien entretenu, avec de jolies plantes tropicales. Outre de longues discussions avec notre hôte, nous avons fait connaissance avec d’autres voyageurs de passage. Un couple en pleine reconversion professionnelle et une famille voyageant avec 3 fillettes, terminant leur tour d’Amérique du Sud le mois prochain. Ambiance marocaine oblige, Kika (le diminutif de Malika) nous a cuisiné un excellent tajine berbère aux 6 légumes. Son mari était malheureusement absent. Leurs enfants ont bien grandi et poursuivent de brillantes études (l’effet stimulant du voyage y est peut-être pour quelque chose). De belles rencontres en tout cas qui ont comblé notre attente.


    Fruits et Légumes (Supermarché La Gran Colombia, Jaramundi)

    Un peu avant Cali, nous nous arrêtons refaire le plein du frigo dans un supermarché. Notre critère de choix est curieusement la présence d’un parking extérieur, et donc ni en sous-sol où nous passons rarement en hauteur, ni dans la rue, ce qui curieusement est très fréquent. Sans vouloir vous ennuyer avec le détail de nos courses, nous développons juste notre passage devant le rayon fruits et légumes qui comportait quelques curiosités. À voir en commentaires sur les photos. À noter aussi que ce supermarché était ouvert sur l’extérieur, ce qui n’est pas banal !


    Cali sans le cartel

    Si la ville de Cali a pu être célèbre pour son cartel fondé par les frères Rodríguez Orejuela, ce n’est plus tout à fait le cas puisque ce cartel a été démantelé en 1995. Depuis, la ville s’est partiellement assagie, même si le narcotrafic est loin d’avoir disparu. Le taux d’homicides encore très élevé se concentre surtout dans certains quartiers, hors des circuits touristiques. Même si cela est probablement moins rémunérateur, les cultures de canne à sucre, de café, de bananes et aussi de vignes couvrent une bonne partie des terres agricoles et restent dynamiques. La ville est plutôt tranquille en journée, et nous avons pu y découvrir quelques attraits.


    Le chantier pharaonique du Christ Roi

    Un peu moins grand que le Christ Rédempteur de Rio, le Christ Roi de Cali n’en est pas moins impressionnant, dominant la ville de ses 26m (dont 5 de piédestal). D’un blanc immaculé, il a l’air comme neuf, mais la statue a été inaugurée en 1953. Symbole de la ville, il a de bonnes raisons d’être bien entretenu. Mais le ravalement a peut-être été fait à l’occasion de l’ouverture du tronçon supérieur d’un projet pharaonique consistant à relier la statue au centre-ville, à 6 km de là, par un réseau de passerelles et de sentiers en dur dans un corridor écologique. Revitalisant tous les quartiers qui se trouvent sur son passage et qui en ont bien besoin. Espérons que tout cela arrive à terme fin 2026 comme cela a été annoncé. Pour l’instant, l’accès est gratuit, le Christ Roi a de l’allure et le panorama est superbe.


    Le Chat du Fleuve et ses copines

    Près du Rio Cali (le fleuve…) une statue de chat en bronze de 3,50m de hauteur a été réalisée en 1996 dans le but d’embellir les abords de la rivière. Elle a de fait attiré quelques touristes mais la municipalité a décrété dix ans plus tard que ce chat était bien seul, décidant alors de lui procurer de la compagnie. Ces Novias del Gato (les copines du chat) ont été moulées en fibre de verre, toutes sur le même modèle, puis confiées pour personnalisation à des artistes plastiques renommés. Une quinzaine au départ, que sont venues rejoindre d’autres copines …et d’autres touristes !


    Le Parc du Chien …et de ses copains

    Au milieu d’un jardin public de Cali trône une statue de chien, en hommage à Teddy, la mascotte des enfants qui jouaient dans ce parc, tragiquement retrouvée empoisonnée. L’un de ces enfants devenu directeur de la Police nationale fit ériger cette statue. Le chien était-il devenu jaloux du chat du fleuve, qui sait ? Toujours est-il que des statues de chien ont fait peu à peu leur apparition à ses côtés. Non mais !


    L’imprimerie La Lanterne, Cali

    Voilà une imprimerie du quartier colonial de Cali qui ne connaît pas la crise. Et son secret n’est pas d’être passé tôt au numérique, mais au contraire de continuer de travailler à l’ancienne. Avec de vieilles presses de 1870, des caractères en plomb, des linograveurs. Et des artistes. Car oui, l’activité principale qui perdure encore aujourd’hui est la création d’affiches. Des publicités du XIXe siècle, ils sont passés aux créations artistiques grâce à une collaboration étroite entre maîtres imprimeurs et graphistes contemporains. L’atelier en pleine activité vend aussi des affiches anciennes. Sur les murs (dernière photo), une pépite : une affiche d’un concert d’Elton John promu par Coca-Cola. Les débuts n’ont pas été faciles pour tout le monde !


    L’architecture peu attrayante de Cali…

    Cali n’est pas renommée pour son architecture, c’est le moins que l’on puisse dire. Les conflits et les séismes ont peut-être freiné les ardeurs des architectes. La période coloniale a disparu des rues et les bâtiments qui ont suivi sont tout à fait quelconques. Les rares exceptions sont quelques édifices religieux comme les églises La Ermita (1942, style gothique), La Merced (1536, la plus ancienne) et San Francisco (1827 avec une tour hispano-mauresque de 1774), ou encore la cathédrale de 1841 sur la place centrale couverte de palmiers. Aucun de ces lieux de culte n’était ouvert, ça n’aide pas…


    …Mais un art mural assez développé

    Ça devient commun en Colombie, l’art mural est encore très présent à Cali, que ce soit sur les parois qui bordent les voies rapides, les enceintes des parkings, les murs des maisons, ou même les poteaux électriques. Une mention particulière pour la rue de l’Escopette, une ruelle couverte non pas des habituels parapluies mais de tissages au crochet du plus bel effet.


    Les petites sorcières de San Cipriano

    Le petit village de San Cipriano ne devait son existence qu’à la ligne ferroviaire qui le traversait, reliant Cali au port de Buenaventura, car il n’était pas relié à la route principale, située à quelques kilomètres de là. Lorsque la ligne ferroviaire a cessé son activité, dans la seconde moitié du XXe siècle, les habitants eurent l’idée d’utiliser la voie ferrée pour ne pas rester isolés. Ils mirent en place des sortes de draisiennes bien à eux, faites d’une plate-forme de bois montée sur routes métalliques et propulsées par une moto fixée dessus, seule la roue arrière restant en contact avec le rail. L’engin est appelé brujita (petite sorcière, c’est très poétique). Tous les biens dont le village a besoin, mais aussi tous les habitants et les visiteurs transitent de cette façon depuis ou vers les deux villages qui jouxtent la nationale. Les premiers touristes ont adoré, se passant la combine de bouche à oreille, et le lieu commence à être connu, sans pourtant sombrer dans le tourisme de masse. Le débit de la ligne ne le permettrait de toutes façons pas. Les conditions de sécurité ne sont pas optimales, mais la traversée de la jungle sur une voie étroite et sinueuse dans cette ambiance sonore particulière mélangeant les pétarades de la moto et les claquements des rails est une expérience extraordinaire à vivre !


    San Cipriano, le village et la forêt tropicale

    Le village est pour le moins modeste. Il a cette particularité d’être presque exclusivement peuplé par une communauté d’origine africaine, descendante d’esclaves amenés par les Espagnols au XVIIe siècle, ayant su préserver sa culture et ses traditions. En le traversant, nous avons l’impression d’avoir changé de continent. Par ailleurs, l’isolement de San Cipriano n’ayant pas favorisé l’apport massif de matériaux de construction, tout semble fait de bric et de broc. Mais les touristes s’en fichent un peu. Outre le pittoresque transport en brujita, ils viennent profiter de la forêt tropicale environnante, entre sentiers de randonnées, cascades dans lesquelles on peut se baigner et retour au village par la rivière en flottant sur des chambres à air de camions. L’offre de restauration est tout aussi modeste, mais j’ai tout de même pu gouter au sancocho, un plat traditionnel très populaire en Colombie. Il s’agit d’une soupe de poisson ou de viande, garnie ou accompagnée de tubercules (banane plantain, pomme de terre, manioc, maïs) de légumes et de l’incontournable riz, le tout mijoté dans un bouillon très parfumé.


    Fin du second épisode colombien

    À l’approche du Pacifique, le mercure est bien remonté, et nous nous dépêchons de reprendre un peu d’altitude avant de pester contre la chaleur. C’est l’un des atouts de la vie nomade que de pouvoir fuir facilement les températures tropicales ou caniculaires. Alors à bientôt dans les montagnes !

  • 183. Découverte de la Colombie

    183. Découverte de la Colombie

    Nous découvrons maintenant la Colombie, le 9ème pays de notre road-trip sudaméricain et le 47ème pays visité pour notre fourgon aménagé Roberto. Suivez-nous, c’est tout neuf !

    Le premier parcours de notre découverte de la Colombie, d'Ipiales à Coconuco
    Le premier parcours de notre découverte de la Colombie – En version zoomable ici

    Passage de frontière Équateur-Colombie

    Eh bien c’est sans surprise le même bazar que d’habitude, avec du stationnement anarchique, des vendeurs de tout et n’importe quoi, des bâtiments mal identifiés, des guichets où l’on mélange ceux qui arrivent et ceux qui sortent du pays, une procédure d’enregistrement préalable sur Internet pour le permis d’importation en Colombie de notre véhicule qui fait perdre du temps plutôt que d’en gagner. Mais voilà, nous savons que c’est un mauvais moment à passer et nous faisons preuve de patience. De la sortie de l’Équateur à l’entrée en Colombie, les démarches vont durer 2h30. Et c’est sans compter la souscription de l’assurance pour Roberto, que nous effectuerons dans …un supermarché, quelques km après la frontière. Nous sommes presque heureux au passage d’être assurés, après avoir roulé 3 mois sans assurance en Équateur (c’était tout bonnement impossible). Mais dans quelques jours ces petites tracasseries seront oubliées. Et nous avons maintenant 3 mois devant nous pour visiter le pays !


    Ipiales et son téléphérique le plus lent du monde

    C’est sur le parking du téléphérique d’Ipiales que nous passerons notre première nuit en Colombie. Impossible de quitter cette ville frontière avant minuit, heure ou notre assurance auto s’active. Mais peu importe, le passage transfrontalier nous a fatigués et nous sommes heureux de cette petite pause. Nous avons largement le temps de voir passer les petits groupes de cabines qui rejoignent à la vitesse de l’escargot le sanctuaire de Las Lajas situé à 7 km de là et 240 m plus bas. Concernant le record de lenteur évoqué dans le titre de ce paragraphe, je n’ai pas trouvé de comparatif précis, c’est peut-être juste une boutade, mais les vidéos sont éloquentes. Nous avons aussi le temps d’apprécier la décoration extérieure des bâtiments du téléphérique, dont certaines fresques en cours de réalisation. Des couleurs vives prometteuses pour la suite de notre parcours colombien.


    Le sanctuaire de Las Lajas

    Sanctuaire de Las Lajas, Ipiales, Colombie
    Sanctuaire de Las Lajas, Ipiales, Colombie

    Nous découvrons presque par hasard ce lieu qui a pourtant été classé en 2007 la 2ème des 7 merveilles de la Colombie. Ça n’est pas sur notre guide Lonely Planet que nous l’avons trouvé mais sur notre application iOverlander, celle qui nous aide à trouver nos lieux de bivouac. Comme quoi il vaut mieux diversifier ses sources. Car le lieu est exceptionnel : une basilique mélangeant les styles néo-gothique et colonial espagnol construite au-dessus d’un canyon dont elle relie les parois par un pont. Construite après une apparition de la Vierge sur les parois rocheuses au XVIIIe siècle qui a été suivie de nombreuses guérisons miraculeuses, la basilique Notre-Dame du Rosaire attire chaque année entre 750 000 et 900 000 visiteurs, malgré un accès difficile. Encore que facilité par l’arrivée du téléphérique d’Ipiales en 2015. Avec tous ces pèlerins, l’environnement du canyon, la cascade, la multitude d’ex-voto sur les murs, les statues lyriques sur le pont, la messe en cours, la beauté de la basilique, c’était un lieu véritablement magique. Nous en voulons à notre guide de l’avoir oublié.


    Colombie, Équateur et Venezuela même drapeau ?

    Je suis intrigué d’emblée par la ressemblance entre le drapeau de la Colombie et celui de l’Équateur que nous venons de quitter. Et sans chercher bien loin, je m’aperçois que le drapeau du Venezuela est presque identique. Il se trouve que ces pays ont un ancêtre commun, la Grande Colombie. Ce regroupement de pays qui incluait aussi le Panama et quelques morceaux des pays limitrophes a été créé à l’initiative de Simon Bolivar, le grand libérateur de l’Amérique du Sud, qui rêvait de fédérer l’entièreté du sous-continent. Malheureusement, la Grande Colombie a éclaté 7 ans plus tard, sans doute trop complexe à gérer de par son étendue et la diversité des pouvoirs qui y régnaient. Si le Panama a adopté lors de son indépendance un drapeau totalement différent, les 3 autres pays ont conservé une apparence proche : la bande jaune symbolisant l’or a été agrandie pour la Colombie et l’Équateur, le premier supprimant le blason de la Grande Colombie et le dernier le remplaçant par son blason propre, tandis que le Venezuela a rajouté 6 étoiles, 1 pour chacune de ses régions.


    Pasto, un musée de l’or et un carnaval classé à l’UNESCO

    Pasto est la première grande ville que nous traversons. 400 000 habitants et une circulation dense. Une première impression qui n’était pas favorable. Le centre est réputé pour son architecture coloniale et ses nombreuses églises. Mais nous n’avons rien trouvé de transcendant. Tout semble noyé dans un affairisme intense et des styles très disparates. Deux établissements sortent du lot toutefois, et nous avons même volontairement passé la nuit sur place, au bord d’un jardin public, pour attendre l’ouverture du second. Mais commençons par le premier.

    Le Musée de l’Or Nariño à Pasto

    C’est un musée mis à disposition du public par une banque, comme c’est souvent le cas en Amérique du Sud, consacré aux cultures préhispaniques et à la diversité culturelle du département de Nariño, avec une collection importante d’objets en or (480 !), céramique, pierre, bois, textile et coquillage. Nombre d’entre eux ont été récupérés dans des sépultures qui ont permis leur conservation. L’or, déjà travaillé par ces civilisations 2000 ans avant notre ère, était loin d’avoir le rôle monétaire actuel. Il servait surtout à faire des offrandes, à honorer les divinités, ou encore à marquer le prestige et le pouvoir. De bien beaux objets parfaitement mis en valeur en tout cas.

    Le Musée du Carnaval de Pasto

    Faute de pouvoir être présents à l’évènement culturel majeur de Pasto, le Carnaval de Negros y Blancos, classé en 2009 au patrimoine mondial immatériel de l’humanité, nous sommes heureux de pouvoir en avoir un aperçu et des explications dans ce petit musée gratuit, fort intéressant et étonnamment spectaculaire. On s’y promène en effet dans une ambiance musicale qui rappelle celle du carnaval au milieu des personnages géants et multicolores qui participent habituellement au défilé. Et des panneaux donnent bien entendu les explications nécessaires. L’histoire de ce carnaval remonte à l’époque coloniale. Dans un esprit de favoriser la tolérance et la diversité ethnique, les colons se peignaient le visage en noir le 5 janvier et les esclaves en blanc le lendemain. Cette tradition s’est perpétuée jusqu’à nos jours, avec une période un peu plus étendue allant de fin décembre au 6 janvier mais toujours centrée sur les 2 derniers jours. Le décor spectaculaire du musée donne vraiment envie d’y aller !


    Le barniz de Pasto

    Nous découvrons à la boutique du musée du carnaval cette technique artisanale indigène colombienne et typique de la ville de Pasto qui utilise la résine d’un arbre des forêts humides des Andes, le mopa-mopa, pour être appliquée en fines feuilles colorées sur du bois. Dans la pratique, les bourgeons de l’arbre sont mis dans de l’eau bouillante pour extraire la résine. Celle-ci est étirée à chaud, mélangée avec des pigments, puis de nouveau étirée en feuilles fines qui sont appliquées à chaud sur le bois en plusieurs couches. Les motifs sont alors découpés directement sur l’objet dans un design original. Il est heureux que des artisans continuent de perpétrer ce savoir-faire ancestral. Voici un aperçu de quelques objets trouvés sur les vitrines.


    La Laguna Cocha

    A une vingtaine de kilomètres à l’est de Pasto et à 2800m d’altitude, c’est le deuxième plus grand lac de Colombie et une réserve de biosphère importante. Compte-tenu du temps tristounet, nous nous attendions à y faire un bref passage. Mais là encore, nous avons découvert un véritable joyau inconnu de nos guides : rien de moins que la Venise de Colombie ! El Encanto (Le Charme), le petit village de pêcheurs et d’agriculteurs paisible au bord du lac s’est en effet transformé au fil des années en pôle touristique majeur. L’unique route qui y mène est bordée d’hôtels et/ou de restaurants avec par endroits des airs de chalets suisses et à d’autres les couleurs habituelles des constructions colombiennes. Des canaux de part et d’autre sont envahis de petites embarcations à moteur toutes sur le même modèle. De nombreux ponts courbés rejoignent les établissements situés sur la rive d’en face. Ajoutez à cela une forte affluence touristique (nous sommes un week-end) et du trafic sur l’eau et vous verrez qu’effectivement Venise et ses gondoles ne sont pas si loin. Sévèrement en retrait si l’on parle des couleurs qui explosent véritablement ici, surtout quand le soleil daigne apparaître.


    Les empanadas de Vivi et les cañelazos de Lourdes

    Nous avions déjeuné à bord de Roberto avant la visite du port, alors il n’était pas question de consommer ne serait-ce qu’un sandwich lors de notre parcours. Mais nous avons tout de même salivé en passant devant le stand des « Empanadas de Vivi » qui propose de vous confectionner des empanadas sur mesure, qu’ils soient végétariens, au poulet, au bœuf ou encore à la truite, assortis d’un choix de 60 sauces différentes constituées de piments des plus doux au plus forts et aromatisés au café, au yaourt, à la mangue verte et autres fruits. L’éventuel appétit qui nous restait est brutalement retombé devant la vision de cochons d’Inde rôtissant sur une broche, puis celle de la carte d’un restaurant proposant du perro caliente (chien chaud). Ce n’est qu’un peu plus loin, devant une photo du plat en question que nous avons réalisé que le perro caliente n’était que la traduction du célèbre hot dog, bon sang mais c’est bien sûr ! Rassérénés, nous avons fini par craquer devant la « Tienda de Lourdes » et ses cañelazos tout fumants dans leurs marmites : un à la mûre pour Claudie, un autre au fruit de la passion pour moi. Un délice !


    La route du tremplin de la mort

    Cette route est notre seule possibilité pour rejoindre de l’autre côté de la Cordillère des Andes la ville de San Augustin réputée pour son site funéraire unique. Difficile de dire d’emblée si son nom vient du caractère de notre destination ou bien du côté périlleux du parcours, nous n’allons pas tarder à le savoir. Nous quittons très vite l’asphalte pour une route de terre parsemée de nids-de-poule. La pluie s’en mêlant, la surface va devenir boueuse, restant néanmoins assez compacte. Tant mieux car nous en avons pour 85 km ! Le décor bien que souvent baigné dans la brume est grandiose, avec de hautes montagnes couvertes de forêt primaire qui nous surplombent, tandis que nous longeons une vallée profonde qui se rétrécit peu à peu. La route aussi se rétrécit d’ailleurs, pour ne plus devenir qu’une voie unique. Les virages se succèdent et l’on appréhende de voir surgir un véhicule en face, ce qui arrive régulièrement, y compris des poids-lourds. Il ne reste alors qu’à reculer jusqu’à l’espace de croisement le plus proche, en se collant soit contre la paroi soit contre le ravin selon l’endroit. Régulièrement aussi, la végétation coiffe la route, formant presque des tunnels. Et pour parfaire l’exotisme du parcours, plusieurs gués sont à traverser. Rarement profonds, mais parfois les roues de Roberto ont du mal à accrocher sur les galets qui roulent. 4 heures plus tard, pour 85 km donc, c’est avec grand plaisir que nous retrouvons le bitume !


    À grande eau

    Après notre route aventureuse, nous avons trouvé un endroit paisible pour passer la nuit, dans un village au bord d’un torrent. Nous aurions bien lavé Roberto qui n’a peut-être jamais autant été couvert de boue, mais des locaux se baignent malgré le fort courant. Alors nous reportons notre séance de nettoyage au lendemain. Ce sera dans le centre du village, près d’une station-service où l’on sert séparément les deux-roues – c’est vrai qu’ils sont particulièrement nombreux dans le pays. Lavé à la main et à grande eau, Roberto le grand bleu retrouve son éclat. C’est reparti pour un tour ! Nous restons sur le thème de l’eau en allant visiter un petit mais joli canyon situé sur notre route, le Cañon del Mandiyaco. Sur 400m, la rivière a joliment sculpté des arabesques, des orifices et des bassins dans la roche volcanique. La nature dans tout son art.


    Les mystérieux monolithes de San Augustin

    À 1700m d’altitude et une pluviosité élevée, San Augustin est bien placée pour la culture du café, mais aussi des bananes, de la canne à sucre, des naranguilles ou du bambou. La pluie fréquente (27 jours par mois en juillet…) pourrait dissuader les touristes, mais la ville possède un attrait majeur : son site archéologique hébergeant nombre de statues aussi énigmatiques que celles de l’Île de Pâques. Si l’on ne connaît pas grand-chose de la civilisation pré-incaïque et totalement disparue qui les a créées, on sait que ces statues sculptées dans la roche volcanique faisaient partie entre autres de cultes et rites funéraires. Elles figurent des divinités de la cosmologie andine précolombienne, sous forme anthropomorphe, zoomorphe …ou mixte. Mais aussi des personnages importants de cette civilisation perdue, comme des chamanes souvent représentés en transe, ou les gardiens des défunts. Parmi les sculptures zoomorphes, les plus représentées sont l’aigle, le jaguar, le serpent, la grenouille et le singe, symbolisant respectivement le monde du ciel, de la terre, du sous-sol, la fertilité et la ruse dans la culture andine précolombienne. Toutes ces statues étaient enfouies dans le sol depuis 1000 à 2000 ans avant d’être découvertes vers le XVIIIe siècle. Après leur étude qui n’a permis de connaître que des bribes de cette civilisation disparue, faute de disposer d’écrits, elles ont été exposées et sécurisées sur le site, soit à leur emplacement d’origine, soit le long d’un sentier pédagogique. Le tout dans une superbe végétation tropicale humide et malheureusement une pluie battante sur un tiers du parcours. Pour une fois nous avons pris un guide, mais ses commentaires n’ont pas pu dépasser les limites des archéologues actuelles. Du pain sur la planche pour les Indiana Jones des nouvelles générations !


    Le bananier rose

    À le voir si bien portant dans cette forêt tropicale colombienne, on jurerait qu’il est d’ici. Mais, comme les cochons qui tournent sur les broches du pays, il vient d’Inde. Ses petites bananes toutes velues (l’espèce s’appelle d’ailleurs Musa velutina) sont comestibles mais sont pleines de graines très dures qui font le bonheur des dentistes su coin car on s’y casse volontiers les dents. Et puis, encore moins rose chez ces bananiers, ils se reproduisent comme des lapins, aux dépends d’autres espèces. Ils sont classés invasifs dans certains pays comme le Costa Rica ou le Brésil. Peut-être qu’un jour on consacrera un mois par an là-bas à les éradiquer. On pourrait appeler l’évènement Octobre rose, qu’en pensez-vous ?


    Le bestiaire routier de San Augustin à Coconuco

    Après ce détour archéologique, il nous faut regagner la route panaméricaine et donc retraverser la montagne. Par une route censée être en meilleur état, si ce n’est un tronçon en « mauvais état » de 35 km. En fait l’une des pires routes que nous ayons empruntées ! Si la voie est plus large que celle du tremplin de la mort, le revêtement est particulièrement pénible avec un relief rocheux très irrégulier, des trous et des ornières par centaines. Le paysage est moins agréable aussi. Heureusement, pour tromper l’ennui, sont disposés tout du long des panneaux alertant de la traversée possible d’animaux sauvages. La variété est grande, dommage que nous n’en ayons vu aucun ! À refaire, et à condition d’accepter de reprendre une route en sens inverse, ce que nous cherchons à éviter au maximum, nous aurions peut-être repris la route boueuse et étroite… Deux heures environ pour franchir ces 35 km et nous revoilà  sur une bonne route asphaltée, entrecoupée tout de même de nombreux secteurs en travaux, qu’il est difficile de reprocher au gouvernement colombien. Ces panneaux animaliers me donnent l’occasion de vous montrer quelques panneaux routiers inhabituels chez nous. À voir en images.


    Les thermes de Coconuco

    Allez, terminons chaudement ce premier parcours colombien avec les Termales de Agua Hirvienda (littéralement thermes d’eau bouillante…) de Coconuco. Un petit établissement tenu par une communauté indigène locale, développé autour d’une source volcanique affichée à 72,3°C. Étonnamment, l’eau du captage annoncée à cette température est en ébullition. Soit c’est plus chaud que ce qui est annoncé, soit c’est une émanation simultanée de gaz qui donne cet état. Selon le circuit de l’eau, 4 bassins offrent des températures différentes. J’ai estimé le plus chaud entre 40 et 45°C quand nous nous y sommes baignés en milieu de matinée. On pouvait tenir une vingtaine de minutes avant d’aller nager dans une piscine plus grande et moins chaude, à 35-38°C environ, ce qui est fort agréable. Le ticket donnant droit à des entrées multiples sur 24h, nous y sommes retournés dans l’après-midi puis une fois la nuit tombée. Vers 16 heures, l’établissement était un peu plus fréquenté que le matin, ce qui est habituel car les Colombiens préfèrent en général les visites en 2ème moitié de journée, mais curieusement, personne ne barbotait dans le bassin le plus chaud. Et pour cause, alimenté depuis le matin directement avec l’eau à 72,3°C, il était sans doute devenu proche de cette température… pas question d’y tremper ne serait-ce qu’un orteil ! Le soir c’était plus calme mais toujours fréquenté. Les volutes de vapeur au dessus des bassins créaient une ambiance surréaliste. Au total, ce fut une étape très relaxante pour nous, d’autant que nous avons pu passer 2 nuits gratuitement sur leur parking très tranquille.


    Ragaillardis, nous allons pouvoir reprendre les routes de Colombie, que nous allons espérer plus douces pour les suspensions de Roberto et nos articulations soixantenaires. On vous dit à bientôt !

  • 181. La côte de l’Équateur

    181. La côte de l’Équateur

    Après Guayaquil, nous partons découvrir la côte de l’Équateur. De Salinas à Puerto López en passant par la route du Spondylus, nous observons baleines, fous à pattes bleues et villages de pêcheurs avant de rejoindre la spectaculaire lagune du Quilotoa au cœur des Andes.

    La côte équatorienne représente pas moins de 59% des frontières du pays, en étant desservie par cette route qui porte le nom d’une sorte de coquille St Jacques à épines typique des eaux chaudes du Pacifique. Le littoral est d’une grande richesse économique pour le pays, lui permettant d’exporter massivement crevettes, bananes, café, cacao et produits de la pêche industrielle. Le tourisme balnéaire est en plein développement. Nous quitterons la la côte un peu avant la ville portuaire de Manta et retrouverons la fraîcheur des montagnes en atteignant l’un des must touristiques de l’Équateur : la lagune du Quilotoa.

    De la côte pacifique à la lagune du Quilotoa, , le parcours décrit dans cet article
    De la côte pacifique à la lagune du Quilotoa, le parcours décrit dans cet article. En version zoomable ici

    Voir fleurir le béton à Salinas

    Nous quittons Guayaquil et rejoignons la côte équatorienne à Salinas, la principale station balnéaire du pays. Comme on pouvait s’y attendre, les grandes plages de la ville sont bordées d’immeubles en béton. Mais là ou l’on ne s’y attendait pas, c’est que l’aménagement paysager soigné et forcément tropical de ces bâtiments arrive à les rendre beaux. Enfin à vous de juger. Les goûts et les couleurs… (il y en a beaucoup, de couleurs)


    Observer des fous à pattes bleues près de Salinas

    La pointe de terre qui s’avance à l’Ouest de Salinas possède la double particularité d’être une réserve naturelle et un terrain militaire. Avec un accès contrôlé pour le public. Notre première tentative s’est d’ailleurs soldée par un échec, un exercice était prévu et l’accès était interdit pendant 2 heures. Et après il ne restait plus qu’une heure avant la fermeture alors nous avons reporté au lendemain. Cette fois nous avons pu entrer, avec la condition de ne pas rouler à plus de 30 km/h et de mettre les warnings en permanence. 3 points de chute et pas 1 de plus sont prévus dans la visite : une pointe rocheuse où niche la seule colonie de lions de mer de toute la côte équatorienne (il y en a aussi sur les îles) ; une colline qui permet d’admirer le panorama sur le site (le temps était moyen, alors bof) ; et une plus grande pointe rocheuse appelée La Chocolaterie, à cause parait-il de la couleur de la mer qui y est très remuante.

    Nous avons trouvé la mer plutôt normale, à la limite c’étaient les rochers, de nature manifestement volcanique, qui avaient cette couleur. Mais ne pinaillons pas, l’intérêt n’était pas là. D’abord cette pointe rocheuse est l’endroit le plus à l’Ouest de l’Équateur, et le second endroit le plus à l’Ouest de toute l’Amérique du Sud (dans quel pays est le premier à votre avis ?). Et puis surtout nous avons pu y observer plusieurs colonies de fous à pattes bleues, que nous n’avions jamais revus depuis notre visite des Iles Galapagos il y a 23 ans. Pour info, les bébés fous naissent avec des pattes grises. La couleur bleue apparait au cours de l’enfance (jeunes fous, va !) grâce à l’apport en caroténoïdes de l’alimentation (poissons, poulpes) et sera d’autant plus vive que les oiseaux sont en bonne santé. Il parait qu’en période d’accouplement, tout le monde se regarde les pieds… Allez, on remercie les militaires de nous avoir laissé voir ça !


    Trouver des œufs d’évêque à Ayangue

    Ayangue est théoriquement un mignon village de pêcheurs au fond d’une baie suffisamment échancrée pour que seules des vaguelettes arrivent sur la plage. Un havre de paix pour les familles avec jeunes enfants ? Nous sommes allés jeter un œil, dans l’éventualité même d’y passer la nuit. Mais nous avons trouvé une plage avec beaucoup de détritus, une eau marron peu encline à la baignade (personne ne se baignait d’ailleurs), des ados avec une grosse sono (peu compatible avec les jeunes enfants), et comble du comble, pas moyen de trouver un vendeur de glaces autres que des bâtonnets dans des congélateurs. De la théorie à la pratique, il y a souvent un grand pas pour l’homme comme pour l’humanité. Une seule chose réjouissante à se mettre sous la dent, si j’ose dire : en regagnant Roberto nous sommes tombés sur ces petits fruits rouge vif qui pendaient d’un arbre un peu à la manière d’organes génitaux masculins. Google Lens confirme en une seconde : ce sont des œufs d’évêque, l’arbre s’appelant plus scientifiquement et sobrement Thevetia ahouai. Ah ouais ? En tout cas c’est très toxique, on n’y touche pas, hein les enfants ?


    Admirer les maisons colorées de La Entrada

    Il y a quelques années tombait en ruines l’église de ce petit village dénommé sommairement La Entrada. Elle n’intéressait personne, pas même les cardinaux de Rome, alors la municipalité joua la carte du crowdfunding. Et ça a plutôt bien marché, au point qu’après la rénovation de cette superbe église donnant directement sur la mer, ce qui est plutôt rare, il restait quelques dollars. Poursuivant alors sa démarche de revitalisation du village, les édiles distribuèrent les fonds restants à des artistes équatoriens pour qu’ils recouvrent de fresques les murs vierges. Le résultat est plutôt réussi et les gens s’arrêtent pour admirer ces façades aux couleurs vives. Le temps gris ne rendant pas justice à ses œuvres, j’ai triché un peu et demandé à l’IA d’ensoleiller mes clichés. C’est à la limite du criard, mais ça rend peut-être exactement l’aspect que ça avait lorsque la peinture était encore fraîche. Un petit saut dans le temps.


    Assister au retour des bateaux de pêche à Salango

    Un peu plus loin, Salango est un autre village de pêcheurs. En fait l’activité est incroyable tout le long de la côte où s’alignent des centaines de bateaux de pêche de toutes tailles, de la grande barque à moteur au petit chalutier, jamais rien de géant. Nous nous sommes garés près de la plage pour la nuit, ce qui nous a permis le lendemain matin d’aller observer le retour de pêche. Une animation hors du commun ou des adultes comme des enfants viennent accueillir les bateaux et les stabiliser – ils abordent à même la plage – pendant le déchargement. Un autre comité d’accueil se forme parallèlement au dessus des bateaux : les oiseaux de mer. Mouettes, pélicans, fous et autres goélands tournoient de plus en plus nombreux, guettant le moindre poisson qui tombe à l’eau lors du transvasement de la cargaison dans les cagettes, et poursuivant les porteurs de celles-ci jusqu’aux camions, essayant tant bien que mal de prélever leur part. Le spectacle évoquerait presque un film du maître du suspense bien connu.


    Observer les baleines et le marché aux poissons à Puerto Lopez

    Quelques kilomètres plus loin, à Puerto Lopez, encore un (gros) village de pêcheurs, on assiste à peu près au même spectacle, mais s’y ajoute celui du marché au poisson, particulièrement coloré et actif. Le poisson tout frais débarqué des bateaux arrive soit sur les étals pour y être vendu, soit dans les cuisines du grand restaurant couvert. De simples tables avec bancs en fait où, alors qu’il est à peine 10h du matin, des gens sont attablés pour déguster des ceviches, du poisson frit ou de l’encebollado (une soupe de poisson) accompagnés de riz, de lentilles, de maïs, de bananes plantains, de frites, de yucca, mais quasiment jamais de légumes. Mais nous sommes venus à Puerto Lopez pour une autre raison : l’observation des baleines.

    C’est avec une agence qui nous avait été recommandée que nous partons pour une expédition en bateau de 3 heures. Les baleines commencent à arriver depuis le début du mois, depuis l’Antarctique, et nous devrions en voir. Effectivement, après 45 mn de trajet en compagnie de 22 autres touristes, en majorité équatoriens, nous apercevons notre premier souffle puis notre première nageoire dorsale : une baleine à bosse, qui se dépêche de plonger lorsque le bateau fonce sur elle, les 2 moteurs de 150 CV à toute puissance. Une maladresse pour être sûrs d’apercevoir la première ? Il n’en est hélas rien, chacune des 7 à 8 rencontres ultérieures fera l’objet du même scénario, voire pire lorsque d’autres bateaux nous reviendrons. Partout ailleurs, du moins dans les lieux que nous avons expérimentés, la règle est au contraire de mettre le moteur au ralenti ou mieux de l’arrêter et de laisser ces paisibles animaux nager tranquillement. J’espère que ce n’est pas comme ça partout en Équateur, parce que les baleines vont finir par se donner le mot. En tout cas une expérience décevante. La fin du programme n’était pas fantastique non plus. Nous sommes passés vite devant une colonie de lions de mer, nous nous sommes mis à l’eau à peine 20 mn pour une séance de snorkeling dans une eau trouble, le principal du temps restant étant consacré à tirer les occupants du bateau 3 par 3 sur une grosse bouée et les rares volontaires – dont moi je l’avoue – 1 par 1 à s’essayer aux « ailes de nages », 2 petites planches que l’on oriente pour plonger plus ou moins profond sous la surface. Au final la sortie a duré 4 heures et nous sommes retournés un peu dépités retrouver un moment de tranquillité sur notre plage de la veille, observant au passage un joli coucher de soleil.


    Repartir de la côte pacifique vers la lagune du Quilotoa

    C’en est assez pour le littoral équatorien, nous repartons en direction du centre du pays. Une traversée de 2 jours dans de jolis paysages très verts et des températures qui restent élevées. Et nous ne pourrons même pas profiter d’un arrêt nature rafraichissant. En effet, le gouvernement vient de décréter l’état d’exception dans plusieurs régions dont celle que nous traversons pour lutter contre le narcotrafic. Un stationnement sécurisé est chaudement recommandé pour la nuit, et comme aucun camping ou parking fermé ne se trouve à proximité, nous passons la nuit dans une station-service ouverte 24h/24 en plein centre-ville. Nous allons à la fois avoir très chaud, ne pouvant ouvrir largement les fenêtres de Roberto et n’ayant pas l’autonomie suffisante pour avoir la clim, mais surtout subir un vacarme sonore important toute la nuit. Non seulement c’est samedi soir, mais en plus c’est le second match de la coupe du monde de foot pour l’Équateur. Indépendamment de cela, un certain nombre de voitures équipées de haut-parleurs énormes installées dans un coffre qui reste ouvert ou sur l’arrière d’un pick-up se baladent dans la ville. Volontairement, le son n’est pas pour les occupants mais pour les autres ! Toute une culture qui n’est pas la nôtre…

    Alors que nous commençons enfin à prendre un peu d’altitude et perdre quelques degrés, nous faisons une pause aux Cascades Miraculeuses, un enchaînement de quelques cascades dont la plus haute fait 74m et de bassins dans lesquels le public vient se baigner. Le nom « miraculeuses » tiendrait de quelques guérisons spectaculaires rapportées par des locaux. Pour nous ça s’est résumé à une courte balade dans une nature exubérante et quelques photos. La cascade de 74 m est assez impressionnante.

    Et puis nous dormirons dans un petit village tranquille à 2500 m d’altitude, avec la fraîcheur qui va avec, et surtout un calme royal !


    Grimper jusqu’à la lagune du Quilotoa

    Lagune du Quilotoa, Équateur

    C’était un must de notre voyage de 2003 et nous tenions à y retourner. Il y a 800 ans, une puissante éruption a entraîné l’effondrement du volcan Quilotoa, laissant un cratère de 3 km de diamètre dans lequel s’est formé un lac de 250 m de profondeur d’une belle couleur émeraude. Un lieu d’une grande beauté qui permet quelques randonnées, dont une de 11 km autour du cratère, à 4000 m d’altitude, et une autre de 2 km qui permet de descendre au niveau du lac à 3500m d’altitude. Le seul problème est qu’il faut remonter ! Hésitant entre les deux, j’ai tranché : j’ai fait un petit bout de chaque…


    10 faits insolites sur l’Équateur

    Ce sont les plaisirs du voyage que de découvrir de nouvelles coutumes ou des faits insolites comparés à chez nous. En voici une petite sélection. Les commentaires sont sous les photos.


    Nous voici maintenant parvenus à nouveau dans la Sierra équatorienne, des hauts plateaux avoisinant les 3000m d’altitude entourés de volcans qui peuvent eux dépasser les 6000. Le plus significatif est le retour de la fraîcheur. Désolé de vous parler de ça en pleine période de canicule en Europe. Sans rancune ? Alors à bientôt !