Entre patrimoine colonial, paysages d’altitude et ambiance portuaire, notre itinéraire nous emmène à la découverte de Cuenca, du parc national Cajas et de Guayaquil. Cette étape du sud de l’Équateur nous a permis d’explorer l’une des plus belles villes du pays, de randonner dans les paysages sauvages du páramo et de découvrir la plus grande métropole équatorienne.

Visiter Cuenca, l’Athènes de l’Équateur
Oui, pourquoi ne pas appeler ainsi Cuenca, la 3ème ville du pays ? A l’instar des « Venise de … » (au moins 12 occurrences dont 3 Venise du Nord – lesquelles ?), le surnom n’est pas exclusif. « L’Athènes de … » est attribué en général à des villes réputées pour leur savoir, leur art ou leur philosophie. Comme Bogota, Édimbourg, Nashville, Madrid ou encore Alexandrie. Outre son cœur colonial bien conservé inscrit à l’UNESCO, véritable musée à ciel ouvert, Cuenca a vu naître de nombreux écrivains, poètes et intellectuels. Ses débats et salons littéraires l’ont mise en première place pour construire l’indépendance du pays. Son université est l’une des plus importantes d’Équateur. Ses festivals sont nombreux, dont celui du meilleur film féministe.

Le musée Pumapungo de Cuenca et les têtes réduites Shuar
Cuenca possède aussi plusieurs musées de qualité, dont le Museo Pumapongo, situé sur les ruines de la ville initiale, appelée alors Tomebamba, et seconde ville de l’empire Inca après Cuzco. Nous avons apprécié les sections archéologie, avec de nombreux artefacts précolombiens présentés de façon pédagogique (des reproductions sont faites pour être manipulées, soupesées, décrites par les élèves) et surtout la section ethnographie, consacrée aux cultures traditionnelles de l’Équateur, avec des dioramas représentant les costumes, les maisons typiques et les modes de vie des peuples de la côte, de la Sierra et de l’Amazonie. Le clou du spectacle étant les fameuses têtes réduites de la culture Shuar. Ces têtes étaient celles de leurs ennemis, traitées pour que leur esprit ne se venge pas et aussi pour pouvoir les porter en trophée. On en décollait la peau après avoir cousu les paupières et la bouche (pour que l’esprit ne s’échappe pas) puis on la faisait cuire modelée sur une forme végétale jusqu’à ce qu’elle atteigne la taille d’un poing. Le processus qui durait jusqu’à 7 jours faisait aussi partie du rite de passage à l’âge adulte des jeunes Shuars. Il est encore poursuivi aujourd’hui avec des têtes de paresseux, la réduction de têtes humaines étant interdite depuis 1950…
Le véritable chapeau Panama est né à Cuenca
Pour terminer, l’artisanat de Cuenca est réputé. En particulier c’est dans et autour de la ville qu’est né le chapeau de paille de toquilla, plus largement connu sous le nom usurpé de Panama. Pour rappel, les caisses d’expédition vers le monde entier passaient par le canal de Panama et étaient pour cette raison estampillées « Panama » quelle que soit leur origine, ce qui a créé la confusion chez les destinataires. Lors de notre visite de Cuenca, nous avons découvert l’une des plus anciennes fabriques de véritables chapeaux Panama équatoriens, en place depuis 1950, celle d’Homero Ortega, toujours tenue par la même famille. On nous a expliqué le processus de fabrication, de la récolte des feuilles de toquilla (un palmier) sur la côte équatorienne à l’adjonction finale des rubans, en passant par la sélection des jeunes pousses, leur effilochage en lanières fines, l’ébouillantage destiné à les assouplir, le séchage au soleil après récolte, le tressage qui débute toujours par la calotte (l’absence de calotte indique toujours un faux panama), le façonnage sur des moules sculptés, la finition des bords et fréquemment le blanchiment et le repassage. Selon la qualité du tissage, la fabrication peut prendre entre 3 semaines et 6 mois. On nous a présenté aussi les différentes formes, parfois créées pour tel ou tel artiste (Madonna, Johnny Depp, Ben Affleck ou encore Bryan Cranston). Et puis forcément j’ai craqué lors du passage à la boutique, pour un panama plutôt classique mais avec le ruban aux couleurs de l’Équateur, un édition spéciale pour la coupe du monde de football qui vient de débuter.
J’ai oublié de préciser un détail important : tout ce que nous avons visité à Cuenca était totalement gratuit. Les décisions politiques intelligentes, ça existe. Quoi de mieux que de mettre la culture à la portée de tous ?
Randonnées dans le parc national Cajas
Il faut grimper plus de 1000 m sur la route à l’Est de Cuenca, ce qui nous amène à près de 3850 m d’altitude, pour rejoindre le parc national Cajas, une ancienne vallée glaciaire entourée de collines culminant à près de 4500m et où le retrait des glaciers a laissé plus de 4200 étendues d’eau, dont 180 supérieures à 1 hectare, qu’on pourrait donc qualifier de lacs. Le terrain autour est humide, mousseux et parsemé de plantes rases. Un genre de toundra qu’on appelle ici le páramo. De nombreux sentiers parcourent ce parc de 285 km² (la surface du département du Val de Marne !), sans être toujours bien entretenus ni délimités, à l’exception des sections en planches.
Nous en avons parcouru 2 : une boucle de 2 km autour du lac proche du parking du centre des visiteurs le jour de notre arrivée. Puis, après une nuit sur place (c’est gratuit, il faut juste accepter de se faire enfermer dans le parc qui n’ouvre ses accès qu’entre 8h et 16h30) une autre boucle nettement plus longue (8 km) et surtout avec davantage de dénivelé, ce qui s’est avéré difficile en raison de l’altitude. Autour de 4000 m, nos poumons de sexagénaires se sont révélés un peu limites…
Mais globalement le paysage s’est révélé très beau, sauvage à souhait, et porteur d’une végétation unique, à l’image de cette gentiane hirculus qui n’existe dans le monde qu’à cet endroit, comme 70 autres plantes du parc. Nous avons eu l’occasion d’observer aussi de nombreux « arbres de papier », dénommés ainsi en raison de leur tronc qui pèle abondamment. Cette espèce, appelée en réalité Polylepis, ou encore localement Quinua, est la seule de la planète qui puisse encore pousser au-delà de 4000m. Dans ces conditions extrêmes, la croissance est très lente : il faut près de 160 ans pour que la circonférence du tronc s’accroisse d’un centimètre ! Chi va piano va sano…
Guayaquil, la ville de tous les dangers ?
Guayaquil est la plus grande ville d’Équateur et le principal moteur économique du pays, notamment grâce à son port. Elle est malheureusement aussi réputée pour sa violence et son insécurité et le Ministère des Affaires Étrangères déconseille formellement sa visite. Cela dit, la moitié Ouest de l’Équateur est dans ce cas, et si nous suivions ces conseils à la lettre nous ne pourrions plus voir grand-chose et puis Guayaquil est un point de passage obligé pour aller vers la côte. Alors nous allons redoubler de prudence, nous garer dans un parking sécurisé, ne pas sortir à la nuit tombée et nous limiter aux quartiers bien achalandés. Ça tombe bien, le gouvernement rénove et sécurise depuis l’an 2000 le Malecón, cette promenade de 2,5 km le long du fleuve, et met beaucoup de policiers dans les rues et places touristiques du centre-ville. C’est ainsi que nous parcourrons avec amusement le Parc des Iguanes, situé juste devant la cathédrale, où des dizaines de ces reptiles descendent de leur arbre à l’heure du déjeuner pour grignoter ce que les passants leurs donnent en pâture. C’est-à-dire des fruits, des légumes et des enfants. Je dis ça sur le ton de la blague bien sûr, mais j’ai trouvé que les parents laissaient leurs rejetons s’approcher bien près de ces animaux qui peuvent infliger de graves blessures avec les écailles de leur queue. Heureusement, rien de tel ne s’est produit au moment de notre passage. Et puis nous avons complété notre parcours touristique en empruntant l’Aerovia, une télécabine qui traverse non seulement la ville mais aussi le fleuve. 1,40 € l’aller-retour, ça fait une promenade pas chère.
En fait l’élément le plus marquant a concerné les préparatifs de la coupe du monde de football, l’entrée en lice de l’Équateur étant pour le soir même. Un bon quart de la population portait le tee-shirt jaune de l’équipe nationale tandis qu’un autre quart leur en vendait… Le tout à grands coups de trompettes et autres klaxons. A l’heure du match, la ville est devenue instantanément silencieuse, la circulation s’est presque totalement arrêtée. On entendait bien quelques clameurs de temps en temps, tout en sentant une certaine fébrilité ambiante. Alors que nous nous attendions à une reprise de tout cela à la fin du match, cela a été exactement l’inverse. Il faut dire que l’Équateur ayant perdu, plus personne n’avait envie de faire la fête…
Nous quittons maintenant Guayaquil pour gagner la côte. Des plages, des ports de pêche et des animaux marins à voir, a priori. À très bientôt !











































































