181. La côte de l’Équateur

Après Guayaquil, nous partons découvrir la côte de l’Équateur. De Salinas à Puerto López en passant par la route du Spondylus, nous observons baleines, fous à pattes bleues et villages de pêcheurs avant de rejoindre la spectaculaire lagune du Quilotoa au cœur des Andes.

La côte équatorienne représente pas moins de 59% des frontières du pays, en étant desservie par cette route qui porte le nom d’une sorte de coquille St Jacques à épines typique des eaux chaudes du Pacifique. Le littoral est d’une grande richesse économique pour le pays, lui permettant d’exporter massivement crevettes, bananes, café, cacao et produits de la pêche industrielle. Le tourisme balnéaire est en plein développement. Nous quitterons la la côte un peu avant la ville portuaire de Manta et retrouverons la fraîcheur des montagnes en atteignant l’un des must touristiques de l’Équateur : la lagune du Quilotoa.

De la côte pacifique à la lagune du Quilotoa, , le parcours décrit dans cet article
De la côte pacifique à la lagune du Quilotoa, le parcours décrit dans cet article. En version zoomable ici

Voir fleurir le béton à Salinas

Nous quittons Guayaquil et rejoignons la côte équatorienne à Salinas, la principale station balnéaire du pays. Comme on pouvait s’y attendre, les grandes plages de la ville sont bordées d’immeubles en béton. Mais là ou l’on ne s’y attendait pas, c’est que l’aménagement paysager soigné et forcément tropical de ces bâtiments arrive à les rendre beaux. Enfin à vous de juger. Les goûts et les couleurs… (il y en a beaucoup, de couleurs)


Observer des fous à pattes bleues près de Salinas

La pointe de terre qui s’avance à l’Ouest de Salinas possède la double particularité d’être une réserve naturelle et un terrain militaire. Avec un accès contrôlé pour le public. Notre première tentative s’est d’ailleurs soldée par un échec, un exercice était prévu et l’accès était interdit pendant 2 heures. Et après il ne restait plus qu’une heure avant la fermeture alors nous avons reporté au lendemain. Cette fois nous avons pu entrer, avec la condition de ne pas rouler à plus de 30 km/h et de mettre les warnings en permanence. 3 points de chute et pas 1 de plus sont prévus dans la visite : une pointe rocheuse où niche la seule colonie de lions de mer de toute la côte équatorienne (il y en a aussi sur les îles) ; une colline qui permet d’admirer le panorama sur le site (le temps était moyen, alors bof) ; et une plus grande pointe rocheuse appelée La Chocolaterie, à cause parait-il de la couleur de la mer qui y est très remuante.

Nous avons trouvé la mer plutôt normale, à la limite c’étaient les rochers, de nature manifestement volcanique, qui avaient cette couleur. Mais ne pinaillons pas, l’intérêt n’était pas là. D’abord cette pointe rocheuse est l’endroit le plus à l’Ouest de l’Équateur, et le second endroit le plus à l’Ouest de toute l’Amérique du Sud (dans quel pays est le premier à votre avis ?). Et puis surtout nous avons pu y observer plusieurs colonies de fous à pattes bleues, que nous n’avions jamais revus depuis notre visite des Iles Galapagos il y a 23 ans. Pour info, les bébés fous naissent avec des pattes grises. La couleur bleue apparait au cours de l’enfance (jeunes fous, va !) grâce à l’apport en caroténoïdes de l’alimentation (poissons, poulpes) et sera d’autant plus vive que les oiseaux sont en bonne santé. Il parait qu’en période d’accouplement, tout le monde se regarde les pieds… Allez, on remercie les militaires de nous avoir laissé voir ça !


Trouver des œufs d’évêque à Ayangue

Ayangue est théoriquement un mignon village de pêcheurs au fond d’une baie suffisamment échancrée pour que seules des vaguelettes arrivent sur la plage. Un havre de paix pour les familles avec jeunes enfants ? Nous sommes allés jeter un œil, dans l’éventualité même d’y passer la nuit. Mais nous avons trouvé une plage avec beaucoup de détritus, une eau marron peu encline à la baignade (personne ne se baignait d’ailleurs), des ados avec une grosse sono (peu compatible avec les jeunes enfants), et comble du comble, pas moyen de trouver un vendeur de glaces autres que des bâtonnets dans des congélateurs. De la théorie à la pratique, il y a souvent un grand pas pour l’homme comme pour l’humanité. Une seule chose réjouissante à se mettre sous la dent, si j’ose dire : en regagnant Roberto nous sommes tombés sur ces petits fruits rouge vif qui pendaient d’un arbre un peu à la manière d’organes génitaux masculins. Google Lens confirme en une seconde : ce sont des œufs d’évêque, l’arbre s’appelant plus scientifiquement et sobrement Thevetia ahouai. Ah ouais ? En tout cas c’est très toxique, on n’y touche pas, hein les enfants ?


Admirer les maisons colorées de La Entrada

Il y a quelques années tombait en ruines l’église de ce petit village dénommé sommairement La Entrada. Elle n’intéressait personne, pas même les cardinaux de Rome, alors la municipalité joua la carte du crowdfunding. Et ça a plutôt bien marché, au point qu’après la rénovation de cette superbe église donnant directement sur la mer, ce qui est plutôt rare, il restait quelques dollars. Poursuivant alors sa démarche de revitalisation du village, les édiles distribuèrent les fonds restants à des artistes équatoriens pour qu’ils recouvrent de fresques les murs vierges. Le résultat est plutôt réussi et les gens s’arrêtent pour admirer ces façades aux couleurs vives. Le temps gris ne rendant pas justice à ses œuvres, j’ai triché un peu et demandé à l’IA d’ensoleiller mes clichés. C’est à la limite du criard, mais ça rend peut-être exactement l’aspect que ça avait lorsque la peinture était encore fraîche. Un petit saut dans le temps.


Assister au retour des bateaux de pêche à Salango

Un peu plus loin, Salango est un autre village de pêcheurs. En fait l’activité est incroyable tout le long de la côte où s’alignent des centaines de bateaux de pêche de toutes tailles, de la grande barque à moteur au petit chalutier, jamais rien de géant. Nous nous sommes garés près de la plage pour la nuit, ce qui nous a permis le lendemain matin d’aller observer le retour de pêche. Une animation hors du commun ou des adultes comme des enfants viennent accueillir les bateaux et les stabiliser – ils abordent à même la plage – pendant le déchargement. Un autre comité d’accueil se forme parallèlement au dessus des bateaux : les oiseaux de mer. Mouettes, pélicans, fous et autres goélands tournoient de plus en plus nombreux, guettant le moindre poisson qui tombe à l’eau lors du transvasement de la cargaison dans les cagettes, et poursuivant les porteurs de celles-ci jusqu’aux camions, essayant tant bien que mal de prélever leur part. Le spectacle évoquerait presque un film du maître du suspense bien connu.


Observer les baleines et le marché aux poissons à Puerto Lopez

Quelques kilomètres plus loin, à Puerto Lopez, encore un (gros) village de pêcheurs, on assiste à peu près au même spectacle, mais s’y ajoute celui du marché au poisson, particulièrement coloré et actif. Le poisson tout frais débarqué des bateaux arrive soit sur les étals pour y être vendu, soit dans les cuisines du grand restaurant couvert. De simples tables avec bancs en fait où, alors qu’il est à peine 10h du matin, des gens sont attablés pour déguster des ceviches, du poisson frit ou de l’encebollado (une soupe de poisson) accompagnés de riz, de lentilles, de maïs, de bananes plantains, de frites, de yucca, mais quasiment jamais de légumes. Mais nous sommes venus à Puerto Lopez pour une autre raison : l’observation des baleines.

C’est avec une agence qui nous avait été recommandée que nous partons pour une expédition en bateau de 3 heures. Les baleines commencent à arriver depuis le début du mois, depuis l’Antarctique, et nous devrions en voir. Effectivement, après 45 mn de trajet en compagnie de 22 autres touristes, en majorité équatoriens, nous apercevons notre premier souffle puis notre première nageoire dorsale : une baleine à bosse, qui se dépêche de plonger lorsque le bateau fonce sur elle, les 2 moteurs de 150 CV à toute puissance. Une maladresse pour être sûrs d’apercevoir la première ? Il n’en est hélas rien, chacune des 7 à 8 rencontres ultérieures fera l’objet du même scénario, voire pire lorsque d’autres bateaux nous reviendrons. Partout ailleurs, du moins dans les lieux que nous avons expérimentés, la règle est au contraire de mettre le moteur au ralenti ou mieux de l’arrêter et de laisser ces paisibles animaux nager tranquillement. J’espère que ce n’est pas comme ça partout en Équateur, parce que les baleines vont finir par se donner le mot. En tout cas une expérience décevante. La fin du programme n’était pas fantastique non plus. Nous sommes passés vite devant une colonie de lions de mer, nous nous sommes mis à l’eau à peine 20 mn pour une séance de snorkeling dans une eau trouble, le principal du temps restant étant consacré à tirer les occupants du bateau 3 par 3 sur une grosse bouée et les rares volontaires – dont moi je l’avoue – 1 par 1 à s’essayer aux « ailes de nages », 2 petites planches que l’on oriente pour plonger plus ou moins profond sous la surface. Au final la sortie a duré 4 heures et nous sommes retournés un peu dépités retrouver un moment de tranquillité sur notre plage de la veille, observant au passage un joli coucher de soleil.


Repartir de la côte pacifique vers la lagune du Quilotoa

C’en est assez pour le littoral équatorien, nous repartons en direction du centre du pays. Une traversée de 2 jours dans de jolis paysages très verts et des températures qui restent élevées. Et nous ne pourrons même pas profiter d’un arrêt nature rafraichissant. En effet, le gouvernement vient de décréter l’état d’exception dans plusieurs régions dont celle que nous traversons pour lutter contre le narcotrafic. Un stationnement sécurisé est chaudement recommandé pour la nuit, et comme aucun camping ou parking fermé ne se trouve à proximité, nous passons la nuit dans une station-service ouverte 24h/24 en plein centre-ville. Nous allons à la fois avoir très chaud, ne pouvant ouvrir largement les fenêtres de Roberto et n’ayant pas l’autonomie suffisante pour avoir la clim, mais surtout subir un vacarme sonore important toute la nuit. Non seulement c’est samedi soir, mais en plus c’est le second match de la coupe du monde de foot pour l’Équateur. Indépendamment de cela, un certain nombre de voitures équipées de haut-parleurs énormes installées dans un coffre qui reste ouvert ou sur l’arrière d’un pick-up se baladent dans la ville. Volontairement, le son n’est pas pour les occupants mais pour les autres ! Toute une culture qui n’est pas la nôtre…

Alors que nous commençons enfin à prendre un peu d’altitude et perdre quelques degrés, nous faisons une pause aux Cascades Miraculeuses, un enchaînement de quelques cascades dont la plus haute fait 74m et de bassins dans lesquels le public vient se baigner. Le nom « miraculeuses » tiendrait de quelques guérisons spectaculaires rapportées par des locaux. Pour nous ça s’est résumé à une courte balade dans une nature exubérante et quelques photos. La cascade de 74 m est assez impressionnante.

Et puis nous dormirons dans un petit village tranquille à 2500 m d’altitude, avec la fraîcheur qui va avec, et surtout un calme royal !


Grimper jusqu’à la lagune du Quilotoa

Lagune du Quilotoa, Équateur

C’était un must de notre voyage de 2003 et nous tenions à y retourner. Il y a 800 ans, une puissante éruption a entraîné l’effondrement du volcan Quilotoa, laissant un cratère de 3 km de diamètre dans lequel s’est formé un lac de 250 m de profondeur d’une belle couleur émeraude. Un lieu d’une grande beauté qui permet quelques randonnées, dont une de 11 km autour du cratère, à 4000 m d’altitude, et une autre de 2 km qui permet de descendre au niveau du lac à 3500m d’altitude. Le seul problème est qu’il faut remonter ! Hésitant entre les deux, j’ai tranché : j’ai fait un petit bout de chaque…


10 faits insolites sur l’Équateur

Ce sont les plaisirs du voyage que de découvrir de nouvelles coutumes ou des faits insolites comparés à chez nous. En voici une petite sélection. Les commentaires sont sous les photos.


Nous voici maintenant parvenus à nouveau dans la Sierra équatorienne, des hauts plateaux avoisinant les 3000m d’altitude entourés de volcans qui peuvent eux dépasser les 6000. Le plus significatif est le retour de la fraîcheur. Désolé de vous parler de ça en pleine période de canicule en Europe. Sans rancune ? Alors à bientôt !


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