Auteur/autrice : jma

  • 158. Baleines, pingouins, etc.

    158. Baleines, pingouins, etc.

    Comme prévu, nous nous dirigeons de nouveau vers la côte, car nous ne voulions pas manquer les parcs naturels de la Péninsule de Valdés et de la Pointe Tombo, propices à l’observation de nombreux animaux marins dont ceux cités dans le titre. Cela valait-il la boucle de 1000 km aller-retour pour retrouver ensuite la route 40 un peu plus bas. La réponse suit…

    Le parcours correspondant à cet article, en version zoomable ici

    Traversée du désert

    C’est une très longue route que nous empruntons, traversant cette région aride et minérale qu’est la steppe patagonienne, qui n’est ni plus ni moins que le 7ème désert de la planète. Avec des vents forts permanents et la faible pluviosité, la végétation rentre la tête dans les épaules : on trouve davantage d’herbes rases ou en touffes, de buissons piquants à feuilles minuscules et d’arbustes que partout ailleurs. Par endroits, ce sont de multiples et immenses falaises multicolores qui dominent le paysage. Les cours d’eau sont rares mais sont l’occasion alors d’une traînée verte digne des oasis sahariennes. De l’ouest à l’est, il nous aura fallu parcourir plus de 500 km. Autant dire que les podcasts ont bien défilé sur le système multimédia de Roberto pendant les longs moments où il n’y avait pas grand-chose à voir.

    A peu près aux trois quarts de la traversée, nous avons fait une halte au niveau du barrage Florentino Ameghino (c’est le nom d’un naturaliste argentin), dont la visite nous a été recommandée par Gabriel, notre gardien de Roberto pendant notre mois en France. Un environnement impressionnant de montagnes rouges striées de blanc encadre un superbe lac de retenue de 65 km². Après avoir traversé la digue et traversé plusieurs tunnels, Roberto nous amène au petit village en aval du barrage. 200 habitants seulement – on peut comprendre qu’il y a un certain niveau de risque à vivre là – mais beaucoup de touristes en saison. Pour l’heure nous sommes très peu, et nous allons trouver un joli coin paisible au bord de l’eau où un cheval tacheté comme un dalmatien viendra nous saluer. Nuit tranquille assurément. Et le barrage a tenu !


    Pas au Connemara

    Si Michel Sardou évoque à plusieurs reprises la présence des Gallois au Connemara, il ne faut pas aller là-bas pour en trouver, ils n’y ont jamais mis les pieds. Par contre, 153 d’entre eux ont bien débarqué en Argentine en 1865, fuyant l’oppression de l’Angleterre qui les étranglait économiquement et leur interdisait même de pratiquer leur langue. Quelques années après, ils sont venus s’installer dans la petite ville de Gaiman qui leur offrait des terres à occuper et cultiver. Aujourd’hui, 50 à 70 000 de leurs descendants occuperaient encore la région, bien que quelques milliers seulement parlent encore la langue. Et, alors que nous faisons une petite pause logistique et déjeûner à Gaiman, nous retrouvons rapidement des stigmates de cette colonisation : nombreux dragons rouges sur les enseignes ou les drapeaux de la ville, et surtout multiples salons de thé servant des pâtisseries galloises comme le pain noir tacheté (de raisins secs imbibés de thé), les « welsh cakes » ressemblant aux scones anglais, ou encore les gâteaux au miel. Nous aurions bien goûté à tout ça, mais il aurait fallu attendre le tea time (17h) et surtout qu’une table se libère car tout était affiché complet pour le premier service : les touristes argentins adorent manifestement les coutumes galloises ! Ce sera pour une autre fois.


    Des baleines, des pingouins, des orques etc.

    Roberto à son poste d'observation de Puerto Madryn
    Roberto à son poste d’observation de Puerto Madryn

    Ayant rejoint la côte à Puerto Madryn, nous nous garons pour la nuit sur une falaise près du port. Et déjà, dans la baie sous nos yeux, de nombreux souffles de baleines apparaissent régulièrement. Plus d’une douzaine manifestement s’y promènent en ce moment. C’est actuellement la saison de reproduction des baleines franches australes, qui ont migré pour cela depuis un mois ou deux dans la région. Nous restons un bon moment scotchés à nos jumelles qui, à cette distance, restent le seul moyen d’apercevoir les cétacés émerger de l’eau. Pas de photo donc, ou juste un petit souffle au loin, mais nous devrions pouvoir faire mieux demain en nous rendant dans le parc naturel de la péninsule voisine,

    Au matin, nous empruntons la route en terre qui longe la côte et faisons 2 ou 3 arrêts à des « points d’observation des baleines » mentionnés sur notre carte. Et à un endroit, une plage de galets ou un certain nombre de touristes se sont rassemblés, c’est le choc : un vrai défilé de baleines se fait sous nos yeux, à 20 mètres de la plage seulement. Jamais nous n’avons été aussi près. Ce qui est amusant, c’est la banalité apparente pour les locaux, dont certains ont sorti leur table pour déjeûner devant ce spectacle, tandis que les enfants jouent en jetant des cailloux dans l’eau, semblant ignorer l’énorme tête qui émerge de l’eau comme pour les observer à 15 ou 20 mètres d’eux !

    Puis nous nous engageons plus franchement dans la réserve. Presque toutes les routes de la Péninsule de Valdés sont en gravier et sur de longues distances : près de 100 km pour aller d’un point de vue à un autre par exemple. Rouler là-dessus n’est pas une expérience agréable : outre les nuages de poussière soulevés par les autres véhicules, heureusement peu nombreux, il faut subir les vibrations du sol irrégulier, le pire étant les passages en « tôle ondulée ». Le soir au parking, la pause commence par un gros dépoussiérage de l’intérieur de Roberto et un resserrage de nombreuses vis dans les placards. Mais au final ces contraintes valaient le coup. Nous avons pu ainsi observer plusieurs colonies de lions de mer, se prélassant sur le littoral, une pinguïnera, lieu préservé où vivent des pingouins, plus précisément des manchots de Magellan, adorables oiseaux qui ne semblent nullement effrayés par notre présence et que l’on peut donc voir de tout près, sans toutefois pouvoir entrer sur leur territoire, délimité par une petite clôture. Et puis nous avons eu la chance d’observer des orques. Nous avons su après coup que c’était loin d’être systématique, mais sur le moment, en voyant arriver les premiers, nous pensions que comme pour les baleines ça allait être un défilé. Mais non, seulement un petit groupe de 4 est passé devant nous, dont l’un longeant le rivage cherchant manifestement un bébé lion de mer un peu isolé à dévorer. Nous nous sommes laissés surprendre et avons à peine eu le temps de sortir nos appareils photos avant que le groupe ne disparaisse. Plus tard, sur la route du retour, nous rencontrerons régulièrement des guanacos, mais ça en Patagonie, c’est vingt fois par jour ! De superbes rencontres animalières en tout cas, en pleine nature, ce qui est une expérience totalement différente de celle des zoos. Rien que ça justifiait parfaitement nos centaines de kilomètres parcourus pour rejoindre cet endroit.




    Rencontre du 3ème type

    En 2011, un particulier de la région de Trelew découvre dans son champ des « fossiles » et prévient les autorités locales qui lui envoient des archéologues. Un déplacement pas inutile pour un sou puisque les scientifiques dégagent une sacrée bestiole : un dinosaure haut comme un immeuble de 7 étages, le plus haut connu en fait. Qui plus est presque complet avec 70 à 80% du squelette retrouvé. 90 millions d’années après son décès, le titanosaure est remis sur pied au musée de paléontologie de la ville de Trelew, laquelle expose en outre fièrement à son entrée principale une reconstitution 3D de la bête complète, extrapolée par un laboratoire allemand à partir des os retrouvés. Le transport n’a pas dû être simple !


    Encore des pingouins

    Descendant la côte vers le Sud, nous nous arrêtons voir une autre « pinguïnera« , celle de Punta Tombo. Immense cette fois et offrant une expérience différente de la précédente. Ce sont ici des milliers de manchots de Magellan qui viennent là pour la saison de la ponte. On peut les observer en traversant leur territoire sur des passerelles en bois, qu’ils peuvent traverser eux-mêmes d’ailleurs, et en ayant la priorité comme le mentionnent les panneaux de signalisation. La plupart de ces oiseaux sont en couple à cette époque de l’année et préservent un terrier qu’ils ont décidé d’occuper. La femelle est à l’intérieur et finalise en disposant quelques brindilles le nid douillet qui va accueillir son œuf, tandis que le mâle est debout devant l’entrée, faisant le guet ou assurant simplement une présence pour montrer que le terrier est occupé. D’autres manchots cherchent encore leur partenaire, émettant une sorte de plainte hoqueteuse à intervalles réguliers. D’autres encore sont rassemblés sur la plage en petits groupes, attendant peut-être de partir en masse (c’est mieux contre les prédateurs) pour se nourrir. Enfin, c’est sur les chemins des retours de plage que nous pouvons observer les plus mobiles, remontant vers leur terrier avec cette démarche dandinante adorable et si caractéristique.


    Intermède culinaire

    Tout d’abord cette découverte dans un rayon de supermarché : un fromage gros comme un baril de lessive, vendu aussi en tranches pour les appétits modestes. Et puis connaissiez-vous le point commun en Argentine entre les factures et les demi-lunes ? Dans les 2 cas il s’agit de nos bons vieux croissants. Sur la photo, un combo café-croissant (café + factura, donc) qui m’a été offert … avec le plein de carburant de Roberto !


    La Fiesta Nacional de la Esquila

    Nous sommes repartis vers les montagnes et faisons étape à Rio Mayo, une petite ville qui se revendique la capitale de la esquila. Mais qu’est-ce donc cette esquila ? Une bière locale ? Un chant polyphonique gaucho ? Un rodéo avec des moutons ?

    Festival Nacional de la Esquila : qu’est-ce ?

    Rien de tout cela en fait. Si les jeunes gauchos se mettent de plus en plus à la bière (la Patagonia est réputée) alors que leurs aînés ne jurent que par le maté, s’ils s’adonnent effectivement à la payada, une sorte de joute poétique chantée où ils communiquent par vers improvisés en s’accompagnant à la guitare (rien de polyphonique toutefois) et s’ils font volontiers des rodéos avec leurs chevaux pour encercler des bœufs, les moutons ne font jamais l’objet de telles pratiques. Mais ce sont bien ces derniers qui sont concernés, car la esquila, c’est la tonte. Et le festival est un concours du meilleur tondeur. Le jugement se fait non seulement sur la qualité de la tonte (un seul tenant, épaisseur régulière, etc.) mais aussi sur l’absence de stress de l’animal qui doit ressortir calme et … sans blessure !). Le festival n’a hélas lieu qu’en janvier, nous le manquerons. Mais pourquoi ne pas tenter de vivre ça en direct en demandant à une intelligence artificielle de nous décrire la scène ? J’ai demandé à Chat GPT et voici le récit proposé, distillant les petites notes d’humour que j’ai demandées. Impressionnant, non ?

    « Fiesta de la tonte – ou quand les ciseaux chauffent plus que le soleil

    Le soleil tape dru sur la plaine, quelque part entre Trelew et le bout du monde. Le vent soulève des nuages de poussière, les chiens aboient, et une sono grésille en annonçant d’une voix exaltée :
    – ¡A la pista el número cuatro, Don Mario Gómez, de Paso del Sapo!
    Les applaudissements éclatent. Quatre tondeurs se tiennent debout, tendus comme des archers avant la bataille. Chacun a sa tondeuse électrique, son tablier de cuir, et ce petit air de mec qui sait qu’il va se battre contre un mouton… et contre le chrono. Les bêtes attendent, résignées, l’œil mi-fermé — elles savent que ce n’est pas un combat, juste une humiliation passagère. Le juge lève la main, compte :
    – Tres… dos… uno… ¡ya!

    Et là, c’est la chorégraphie. Les tondeuses vrombissent, les bras s’agitent, la laine vole comme de la neige sous amphétamine. On entend des “¡vamos Mario!” et des “¡mirá ese corte, qué prolijo!”. En moins d’une minute, un mouton ressort tout nu, rose pâle et surpris, l’air de se demander s’il ne vient pas de perdre un pari. Le tondeur lui, enchaîne le suivant, en se déhanchant avec une grâce presque dansante. Certains bossent à genoux, d’autres à demi penchés, le câble de la tondeuse enroulé autour du bras comme un lasso électrique. Autour, l’odeur du gras chaud et de la sueur se mêle à celle du feu de bois : un asado géant fume dans un coin, où les spectateurs se réfugient entre deux tours de tonte. Des gamins courent avec des bouts de laine, des chevaux piaffent attachés à l’ombre d’un pick-up, et les matés circulent sans fin. Quand tout s’arrête, les juges inspectent les toisons, tirent dessus, les palpent comme des sommeliers du textile. Les moutons, eux, sont déjà repartis, plus légers, frissonnant de surprise. Le gagnant du jour soulève sa tondeuse comme un trophée olympique. Il gagne une somme modeste, un tonnelet de bière et surtout, l’estime éternelle du public. Dans le coin, un vieux gaucho murmure fièrement :
    – Ese sabe esquilar, che. No cortó ni un cuero.” (“Celui-là, il sait tondre. Pas une seule coupure.”)

    La musique criolla reprend, les guitares vibrent, et la fête continue jusqu’à la nuit. »


    Il est temps de retrouver ma propre prose, notre route 40 et dans la foulée les belles cimes enneigées de la Cordillère des Andes. La montagne, ça nous gagne, mais il va falloir attendre le prochain épisode. Alors à bientôt !

  • 154. De Salta à Fiambalá

    154. De Salta à Fiambalá

    Depuis Salta, nous longeons vers le Sud les contreforts de la Cordillère des Andes avant de nous y engager plus franchement jusqu’à apercevoir les sommets enneigés des plus hautes montagnes d’Amérique. Un superbe parcours à découvrir avec nous

    Parcours décrit dans cet article, zoomable en cliquant ici

    La ruée vers le rail

    De Salta, nous prenons une route Sud qui va se faufiler parfois dans des ravins, parfois dans des vallées plus larges, entre des montagnes où l’ocre et le rouge dominent. Notre premier arrêt est pour Alemanía, une ville presque fantôme qui a connu un destin proche des baraquements proches des mines d’or dans le Far West. Mais ici, ce n’est pas l’or qui a attiré les néo-habitants, c’est le chemin de fer qui venait de relier cet endroit perdu au reste de l’Argentine, voire du monde, via la ville de Salta. Le projet initial étant d’aller jusqu’à la région de Cafayate, productrice de vins et de chèvres, puis au Chili pour renforcer les échanges commerciaux. Sur une ligne pareille, il y avait forcément matière à ouvrir des commerces, et dans un premier temps à compléter la liaison ferroviaire. Plus de 1000 personnes seraient arrivées là entre 1916 et 1920, restées à Alemanía pendant quelques décennies tant que la gare était en activité, transitant les biens amenés de Cafayate en charrette. Mais la gare resta le terminus de la ligne qui ne se termina jamais, en raison des difficultés économiques liées aux différentes guerres et surtout en raison de l’arrivée d’une vraie route depuis Cafayate. Le vin et les chèvres transitèrent désormais par camion et l’activité de la gare cessa brusquement, entraînant le départ de presque tous les habitants. Ville et gare fantômes un temps, Alemanía voit revenir quelques familles venues profiter des touristes qui, comme nous, parcourent cette belle vallée.


    Le ravin des coquillages

    Ce nom sonnant bizarrement est pourtant celui de la route qui va d’Alemania jusqu’à Cafayate, la Quebrada de las Conchas en Espagnol. Cela est dû au fait que l’on retrouve dans les montagnes beaucoup de  coquillages, déposés au fond de la mer qui existait là au Crétacé. Le plissement montagneux qui s’est formé ensuite a ascensionné ces couches sédimentaires que l’érosion a alors rendu apparentes et formant de jolis feuilletages rocheux multicolores, dessinant parfois des amphithéâtres, ou encore des animaux, des obélisques, etc. La route est jalonnée de ces curiosités naturelles, tandis que les montagnes rouges en arrière-plan, très riches en oxyde de fer, constituent un décor fabuleux. Une fois de plus, nous nous sommes régalés de ce cadeau géologique de la nature.


    Cafayate, vin sur vin

    La route arrivant à Cafayate traversant des vignobles à perte de vue, il est facile d’imaginer l’activité dominante de la ville. Ce qui ne l’empêche pas de recevoir de nombreux touristes, venus profiter non seulement de la route des vins mais aussi des magnifiques massifs montagneux environnants. Heureusement pour nous, la saison touristique est actuellement au ralenti, nous nous en rendrons compte en visitant la ville le lendemain matin de notre arrivée : les rues du centre-ville sont paisibles, les magasins n’attendent que vous. Nous prenons le pouls de la place centrale qui rassemble comme d’habitude les bâtiments historiques de la ville, et notamment une belle église dont la façade jaune ressort sur le plafond grisâtre qui cache encore un peu les montagnes. La particularité de l’édifice est d’avoir 5 nefs, ce qui n’est pas si fréquent et qui doit tout de même gêner les fidèles assis sur les rangées latérales pendant les messes, ne voyant pas l’autel. Dans la petite chapelle, les exvotos représentant des parties du corps sont nombreux dans l’armoire placée devant la Vierge Marie témoignant d’un taux de réussite élevé aux prières lui ayant été adressées. Quelques rues plus loin, une maison étrange affichant des animaux andins géants en façade attire l’œil. Nous n’avons guère trouvé d’explications sur les motivations de son propriétaire. Nous visiterons le musée du vin juste en face, donnant pas mal d’explications sur les facteurs climatiques qui expliquent pourquoi les vins de la région sont (bien sûr) exceptionnels : altitude de 1600 m, faible nébulosité, faible pluviosité et larges écarts de température entre le jour et la nuit (une vingtaine de degrés toute l’année) sans quasiment jamais subir de gel. On regrettera l’absence de dégustation, qui sera largement compensée dans la journée, comme vous le verrez.


    La suite au restaurant…


    Attendez l’autre suite …


    Le musée de la Pachamama

    C’est devant une forteresse de pierres que nous garons Roberto dans cette petite ville de 2000 habitants qu’est Amaichá. Ce Musée de la Pachamama est l’œuvre d’un seul homme, Héctor Cruz, un artiste d’origine amérindienne comme la majorité de la ville. Il a voulu créer ici à la fois un lieu de mémoire pour la religion de ses concitoyens et un territoire symbolique qui leur est réservé, très au-dessous bien entendu de l’étendue des territoires volés que la population amérindienne tente, sans beaucoup de succès, de se voir restituer. Un bâtiment est réservé à l’archéologie, un autre à l’ethnologie (le mode de vie des populations autochtones est restitué sous forme d’affiches informatives, de vitrines d’objets du quotidien et de dioramas) et les deux derniers aux peintures et tapis aux motifs ethniques réalisés par Héctor Cruz. Tout le reste, une multitude d’escaliers, de terrasses, de niches, de portes, de sculptures et de motifs au sol en hommage à la religion des Incas, Pachamama et dieux du soleil et de la lune inclus, a été réalisé par l’artiste lui-même, sans l’assistance d’un architecte. C’est un univers étrange et fabuleux, tout en ayant un sens tout à fait louable, dans lequel nous nous sommes promenés avec délectation. Sous le soleil bien sûr, qui brillerait ici entre 340 et 365 jours par an selon les sources.


    La fête du poncho

    Ou bien c’est le temps gris, ou bien c’est la ville elle-même, mais nous n’avons pas trouvé grand intérêt à la capitale régionale San Miguel de Tucuman. Si ce n’est l’intérêt historique d’avoir été l’endroit où l’indépendance du pays a été signée le 9 juillet 1816. La salle où a eu lieu cette signature est d’ailleurs la seule du bâtiment – une grande maison individuelle – qui a été préservée. Après destruction du reste des locaux, quelqu’un a fini par soulever l’idée qu’il avait peut-être un peu d’importance, et tout a été reconstruit selon les plans d’origine, autour de la fameuse salle. Nommé maintenant « maison de l’indépendance », le lieu est ouvert aux visiteurs qui se pressent nombreux à l’ouverture, groupes scolaires en premier, pour le visiter. C’est d’ailleurs gratuit. Quittant ce centre-ville peu clinquant, nous ne trouvons guère mieux dans la ville suivante San Fernando del Valle. Heureusement, nous tombons sur une affiche promouvant la « Fête du Poncho », l’évènement principal de la vie municipale après le jour de l’indépendance et le carnaval. Notre guide en parlait d’ailleurs, comme une fête folklorique à ne pas rater. Heureux d’être là le bon week-end, nous nous y rendons. C’est en périphérie de la ville. Les parkings improvisés (le moindre bord de route stationnable est privatisé et taxé par des gardiens en gilet fluo dont on ne sait pas s’ils sont légaux). Dès le début de la visite, c’est la déception. Ni folklore ni poncho dans ce qui est assimilable plutôt à une foire-exposition avec ses stands automobiles, ses food-trucks, ses vendeurs ambulants, ses stands d’artisanat et d’alimentation, sa fête foraine. Nous flânons dans les allées, achetons quelques friandises et repartons une vingtaine de kilomètres plus loin nous garer dans un coin tranquille, loin des foules et du bruit.


    La boisson mythique

    C’est en marge de cette Fête du Poncho que les stands de boisson me rappellent qu’il faut vous parler de cette boisson assez typique de l’Argentine alors qu’elle n’en est pas originaire : le Fernet-Branca. C’est tout de même la 3ème boisson alcoolisée la plus bue dans le pays après le vin et la bière, moins originaux. Elle a été introduite dans le pays « sous le manteau » par les immigrés italiens dans les années 1870 à 1920. Il s’agissait de se remémorer le pays d’origine ou bien de soigner quelques maux en raison des herbes médicinales incluses. Mais la demande a été telle que la maison-mère du côté de Milan décida d’ouvrir une usine de fabrication en Argentine. Avec raison car 70 à 75% de la production mondiale du Fernet-Branca est consommée dans ce pays, avec un effet de mode actuellement chez les jeunes adultes. La teneur en alcool étant assez élevée (39-40°) on dilue volontiers la boisson avec du soda (Fernet con Coca sur les menus) ou du vermouth. Personnellement, j’avais découvert l’existence du Fernet-Branca dans les années 80 non pas en en consommant mais en lisant l’excellente revue Fluide Glacial qui a accompagné mes années de fac. On y trouvait notamment la série de BD « Carmen Cru » dont l’auteur J.M. Lelong est malheureusement décédé en 2004. Il y est décrit le quotidien savoureux, dessiné en noir et blanc, d’une petite vieille acariâtre, consommatrice de Fernet-Branca, infâme avec son entourage mais pour qui paradoxalement on finit par avoir un peu de compassion. Je vous en recommande vivement la lecture.


    Chumbicha

    Inconnue de tous les guides touristiques, cette petite ville l’est presque aussi de Google Chrome qui ne propose aucune suggestion concordante lorsque l’on tape son nom dans la barre de recherche. C’est plutôt rare. Après validation, on tombe sur cette description de Wikipedia qui, comme on dit, vaut le jus : « Chumbicha est une localité argentine située dans la province de Catamarca et dans le département de Capayán, en Argentine. Le nom Chumbicha a ses racines dans la langue quichua où son nom signifie, « faire chumpi, la gaine ou la corde« . Aaah, « faire chumpi », tout un programme ! Nous avons choisi de nous y arrêter pour profiter du parking tranquille de sa gare routière toute neuve qui tranche avec les terrains vagues et les maisons décaties alentour. Il n’y passe pas plus de quelques bus par jour, nous n’avons pas vraiment été dérangés. Et puis une petite balade de voisinage nous a amenés à découvrir quelques trucs intéressants.


    La route de l’adobe

    Sur une cinquantaine de kilomètres, précisément de Tinogasta à Fiambalá, nous suivons la route de l’adobe, nommée ainsi pour son inhabituelle concentration en édifices bâtis sur ce mode. La terre rouge abondante de la région en est probablement la raison. Il suffit de la malaxer avec un peu d’eau et de paille pour en faire des briques qui sècheront simplement au soleil. Et le mélange servira encore à lier ces briques une fois assemblées en murs, et même à les recouvrir d’enduit. C’est encore l’adobe qui fera l’étanchéité des toits de paille disposée sur des traverses en bois d’eucalyptus ou de cactus. Le seul hic, c’est qu’il faut entretenir tout ça régulièrement, sinon tout tombe vite en ruines. Nous voyons ainsi beaucoup de constructions délabrées, mais aussi beaucoup qui semblent presque neuves et de belles églises construites sur ce principe (voir les photos).


    Rose de chez rose !

    L'église rose de Copacabana en Argentine (itinéraire de Salta à Fiambalá)

    L’une des églises sur la route, dans le petit village de Copacabana, attire le regard de loin de par sa couleur rose vif. Nous nous arrêtons y jeter un œil et découvrons étonnamment que l’intérieur est tout aussi rose bonbon que la façade. Avec quelques nuances de bleu du plus bel effet !


    Fiambalá, sa dune et ses thermes

    Petite ville au bout d’un long désert, Fiambalá n’a pas un charme fou. Après un rapide tour du centre-ville, nous gagnons la périphérie pour nous garer au pied d’une petite dune appelée La Baleine. Surtout nous sommes dans un environnement grandiose de montagnes à plus de 2500 m d’altitude. Que nous allons gagner dès le lendemain par une route pittoresque grimpant à 1750m au pied des Thermes de Fiambalá. Il y coule dans une sorte de ravin en pente une source bien chaude qui arrive par un ruisseau  au sommet et s’écoule dans 14 bassins étagés, où la température perd environ 1°C à chaque fois. On passe ainsi de 45°C pour le bassin supérieur à 30°C pour le plus bas situé. Chacun peut choisir ainsi de barboter dans le milieu qui lui convient le mieux, ou bien de suivre la progression recommandée d’aller du moins chaud au plus chaud. C’est la dernière solution que nous avons choisie, Claudie s’arrêtant vers 41°C tandis que je tente le bassin de 45°, en ressortant rouge comme un homard malgré le peu de temps passé dedans. Nous prendrons notre temps de relaxation dans le bassin à 40°C, tout à fait tenable et agréable dans la durée. Pour les plus intéressés par la chimie de l’eau, pas d’indication sur place mais on trouve sur Internet que ces eaux sont sulfatées, siliceuses, bicarbonatées alcalines et faiblement chlorées. Pas d’odeur de soufre en tout cas. Dommage, j’aime bien !


    Le Canyon de l’Indien

    Nous voici partis vers le Nord, sur la route dite « des 6000 », appelée ainsi car elle est surplombée (au loin) d’une série de sommets de plus de 6000 m d’altitude appartenant à la Cordillère des Andes. Cette route rejoint le Chili, avec une frontière qui n’ouvre que les mercredis, mais nous n’avons pas l’intention d’aller jusque là pour le moment. Une vingtaine de km après Fiambalá, nous nous arrêtons sur un parking improvisé en bord de route pour aller faire une petite randonnée de 2 kilomètres dans le Canyon de l’Indien. Une gorge creusée dans une immense coulée de lave par un torrent qui semble à sec depuis un bon moment. Les parois autour de nous, d’une vingtaine de mètres de hauteur, sont impressionnantes et offrent une multitude de formes. Le sentier se resserre peu à peu, nous devons franchir quelques éboulis et nous faufiler dans des passages parfois étroits, avant d’arriver devant une formation géologique qui a donné son nom au lieu : le visage d’un indien dessiné par la nature dans la roche, face à un autre visage juste en face, qui serait celui de sa compagne. Une légende raconte en effet qu’un village amérindien fut menacé un jour par les conquistadores. Deux de ses habitants entraînèrent toute la population vers une montagne proche pour échapper à leurs agresseurs, mais se retrouvèrent devant une paroi infranchissable. Le couple meneur invoqua les dieux, qui ouvrirent une tranchée dans la montagne, par laquelle les villageois purent s’échapper. Le couple fut ensuite immortalisé dans la pierre afin de continuer à surveiller le passage. Qui pour l’instant ne voit plus passer grand conquistador.


    La route des 6000

    On traverse ici des paysages multiples et grandioses loin, très loin de toute civilisation. Pour tout dire, arrivés à notre point de demi-tour – en poursuivant nous serions allés au Chili – après plus de 2h de route en ne rencontrant comme construction qu’un unique hôtel-restaurant au milieu du parcours, je ne me suis jamais senti autant isolé et distant du monde civilisé. La route, magnifique, serpente au travers de gorges escarpées bordées de montagnes toutes rouges avant de s’élever continuellement vers les larges et hautes plaines bordant la Cordillère. Si la végétation est toujours rase, quand elle n’est pas absente, le sol change sans cesse de couleur au fil des kilomètres. Une zone de marais héberge quelques canards sur une eau partiellement gelée, plus loin nous avons aperçu des vigognes sauvages et souhaitant le rester : elles fuient assez vite devant l’objectif du smartphone. Au loin, on finit par apercevoir les sommets enneigés des fameux 6000, dont le fameux Ojos del Salado, le plus haut volcan du monde et second sommet d’Amérique avec ses 6893 m. Nous interrompons notre grimpette au niveau d’un refuge placé dans un endroit où le vent souffle en fortes rafales. L’intérieur est accueillant avec de quoi faire un feu et préparer un repas. Il y a même la wifi grâce à un équipement Starlink. Inutile de dire qu’aucun réseau mobile n’a été perceptible tout au long de la route. Il ne nous restait plus qu’à redescendre. 2 bonnes heures de nouveau pour rejoindre notre dune baleinière à Fiambalá.


    À partir de là, nous allons tout doucettement prendre la direction de Mendoza, où nous espérons retrouver des amis de longue date qui tiennent un refuge là-bas. Cela fait presque une vingtaine d’années que nous ne nous sommes pas vus. Un moment qui s’annonce exceptionnel, vous en saurez davantage dans le prochain article !

  • 152. Paraguay seconde partie

    152. Paraguay seconde partie

    De la capitale Asunción à la ville d’Encarnacion, nous poursuivons notre découverte du Paraguay, un pays qui nous plaît beaucoup pour l’instant. On espère rester sur cette impression favorable !

    Parcours décrit dans cet article, zoomable pour plus de précision sur les étapes en cliquant ici

    Asunción

    Un (rare) joli mural dans la capitale du Paraguay
    Un (rare) joli mural dans la capitale du Paraguay

    La découverte du pays se poursuit par la visite de sa capitale Asunción, peu connue sur le plan mondial (j’aurais été incapable de la citer). À parcourir le quadrillage parfait de ses rues, à l’américaine, on comprend vite pourquoi elle ne fait pas de vagues. La grande majorité des bâtiments sont des immeubles sans charme, aussi bétonnés que peu entretenus, la circulation est dense et polluante surtout avec les vieux bus antédiluviens qui crachent leur fumée noire à tout va. Les rares édifices historiques sont assez dispersés et rien n’indique qu’à un moment vous êtes au centre-ville. Nos téléphones, peu enclins à capturer la désolation, restent dans nos poches. Les occasions de les sortir seront assez rares, mais nous avons tout de même trouvé quelques zones d’intérêt ou de nature insolite. À voir dans les 5 séries ci-dessous dont la dernière est consacrée à la cuisine paraguayenne.

    voir plus bas pour le lien manquant et les réponses aux quizz

    Le lien pour la paréidolie c’est ici, et les bonnes réponses aux deux quiz sont 1c et 2b


    La plus belle église du pays

    C’est dans la petite ville de Yaguarón que fut fondée en 1586 l’une des premières missions franciscaines du Paraguay. L’église datant du XVIIIe siècle, bâtie sur le modèle des grandes maisons des Guarani, en bois et en pisé avec un toit descendant bas et de grandes colonnades tout autour, est remarquablement bien conservée. La richesse de la décoration intérieure tranche avec la sobriété extérieure. C’est probablement le plus bel exemple de l’art baroque hispano-guarani et la plus belle église du pays. Le domaine de la mission initiale a été préservé en espace vert. Au long des grilles, une dizaine de personnages dorés semblent attendre sur autant de bancs. Il s’agit de personnalités importantes de la ville ou de la région, aussi bien politiques que artistiques. Insolite.


    Sapucaí et son musée ferroviaire

    En 1890, la gare de Sapucaí était la plus importante de la ligne Asuncion–Encarnation, une des premières lignes ferroviaires de l’Amérique latine. Avec une voie unique de 376 km reliant la capitale du Paraguay à l’Argentine. C’est à Sapucaí que se trouvaient les ateliers de réparation des trains. Ils ont cessé leur activité en 1999 avec la disparition des locomotives à vapeur et du trafic passagers. Mais ils se visitent toujours et c’est un beau moment d’histoire et de mécanique. Avec encore quelques locos les entrailles ouvertes dans le hangar ou d’autres encore rouillant dans le cimetière improvisé des champs alentour.


    Un château médiéval au Paraguay !

    Ça n’a l’air de rien, mais en y réfléchissant deux secondes, il est évident que le Moyen-Âge tel qu’on le connait n’a pas existé en Amérique. C’était alors la grande époque des Mayas, Aztèques et autres Incas à qui il n’était pas venu l’idée de construire des châteaux. Pourtant, le Castillo Echauri, près de Villa Rica, a bien l’allure d’un château médiéval, avec sa situation au sommet d’une colline, ses mur épais, son donjon et ses tours crénelées. Il a juste été construit … entre 1995 et 2000 par l’architecte Guillermo Echauri en hommage à ses ancêtres venus d’Espagne s’installer au Paraguay. Il y a habité avec sa famille pendant 20 ans avant de l’ouvrir au public. Non sans avoir ajouté quelques attractions pour les locaux à qui le Moyen-Âge européen parle moins que les séries télévisées. On trouve ainsi quelques reliques de Game of Thrones, Harry Potter ou encore du Seigneur des Anneaux, de quoi faire d’amusants selfies.


    La zone des 3 frontières et les chutes du Lundi

    Ciudad del Este, la 2ème ville du pays a été construite de toutes pièces en 1950 pour commercer avec le Brésil et l’Argentine à l’endroit stratégique où les frontières des 3 pays se rejoignent. De fait, nombre de visiteurs frontaliers viennent encore faire leurs courses dans les marchés et les grands centres commerciaux situés juste après le pont de l’Amitié qui relie le Brésil au Paraguay, entraînant un intense trafic au niveau des douanes. Si les locaux passent quasi-librement en raison du Mercosur, nous sommes obligés pour notre part d’effectuer les formalités de passage de frontières, même pour une journée. Car oui, nous allons bientôt passer là pour nous rendre aux chutes d’Iguaçu côté brésilien. Mais en attendant, nous profitons des quelques parcs de la ville, offrant des campings et quelques attractions culturelles gratuitement. Le hic, c’est qu’il faut réserver au préalable et que le procédé est loin d’être simple. Nous nous sommes contentés du joli camping et sommes allés visiter, en préalable à Iguaçu, les chutes du Lundi. C’était un mardi mais elles étaient toujours là…


    Des pneus pour Roberto

    Dans cette ville au commerce intense, nous avons profité du grand nombre de vendeurs de pneumatiques – ça s’appelle des gomerias – pour faire remplacer les pneus avant de Roberto. Une première tentative chez un revendeur Michelin nous a fait demander un délai de réflexion : 316 € le pneu tout de même ! Un peu plus loin, on nous a proposé des pneus chinois qui nous ont semblé de bonne facture tout en répondant aux normes techniques de nos pneumatiques et en étant agréé pour la neige et la boue. Montant du devis ? 112 € les deux pneus, montage équilibrage et remplacement des valves compris. Accepté !

    Roberto à la gomeria
    Roberto à la gomeria

    Escapade aux chutes d’Iguaçú

    Le plus long a été de franchir la frontière pour aller à Foz do Iguaçú, la ville brésilienne à partir de laquelle on rejoint les chutes. Partis pourtant de bonne heure, nous n’arrivons qu’en fin de matinée au parking des chutes, distant pourtant de seulement 25 kilomètres de notre point de départ. Nous déjeunons rapidement et rejoignons la station des bus du parc qui nous emmèneront au début du sentier qui longe les chutes. Et là, la magie commence à opérer. Certes nous avions déjà vu des photos de ces chutes géantes de 50 à 84m de hauteur, étalées sur près de 3 kilomètres, déversant jusqu’à 6 millions de litres chaque seconde (étonnamment, leur débit est régulé par les Brésiliens qui possèdent les barrages en amont sur le Rio Iguaçú), mais le bruit et le panorama grandiose du lieu ne peuvent être appréciés que vécus. Le sentier en corniche offre un panorama sur l’ensemble des chutes, qui se découvre peu à peu, avec les brumes et arcs-en-ciel s’élevant du fond du fleuve. Au passage on rencontre quelques singes et coatis, ce qui ne gâte rien. La progression se termine en apothéose avec d’une part une passerelle qui s’avance jusqu’à un point de vue magnifique sur la « gorge du diable », la plus haute chute du parc, et d’autre part jusqu’à presque toucher une impressionnante cascade, à condition d’accepter quelques embruns. Il faut savoir se mouiller !


    Le parc des oiseaux

    Installé non loin du départ des bus pour les chutes, ce parc héberge environ 600 oiseaux de 150 espèces, majoritairement locales. On passe de volière en volière pour bien s’immerger dans ce monde particulier. Même si beaucoup de ces volières sont immenses, les oiseaux restent en captivité, posant l’éternel dilemme du zoo : faut-il enfermer les animaux pour permettre à la population d’en voir au moins un de chaque espèce dans sa vie ? Cela dit, plusieurs espèces présentes ici sont en voie d’extinction et ce genre d’établissement permet aussi d’en sauvegarder quelques-unes, tout en ayant un programme de réintroduction dans un milieu naturel protégé dès lors que c’est possible. À noter enfin qu’un certain nombre d’oiseaux circulent librement ici hors des volières, peut-être parce qu’ils sont nourris. Mais on peut imaginer aussi que cela les intéresse de voir des humains.


    Que dire des photos ci-dessous : arbre génétiquement modifié ? messages colorés aux extra-terrestres ? La réponse est dans la dernière diapo.


    On file

    Après nous être remis de nos émotions et après discussion, nous décidons de ne pas aller visiter le côté argentin, nous économisant ainsi deux passages de frontières supplémentaires. Les sentiers argentins sont plus proches des chutes mais n’en permettent pas une vue d’ensemble. Nous estimons que le côté brésilien nous a donné une plus grande diversité de vues, aussi bien éloignées que très rapprochées, et que s’il fallait en visiter un seul ce devait être celui-là. Alors nous voilà repartis sur les routes toujours aussi charmantes du Paraguay.

    La capitale du maté

    L’arrêt à Bella Vista était indispensable quand on connaît l’importance du maté au Paraguay. Car la yerba maté, la plante à partir de laquelle est fabriqué le breuvage national, voire sud-américo-sous-continental (?), est originaire du Paraguay. Son nom scientifique est d’ailleurs Ilex paraguayense. Elle était bien connue des Guaranis qui la consommaient d’une façon différente d’aujourd’hui, en laissant infuser les feuilles fraîches et broyées dans de l’eau. Ils maîtrisaient la culture, mais lorsqu’ils ont été quasi exterminés, ils ont emporté leur secret avec eux. Car la graine de yerba maté que l’on récolte sur l’arbuste ne germe pas si elle est plantée directement dans le sol. Les Espagnols ont dû s’en passer pendant plus d’un siècle, jusqu’à ce qu’un immigré allemand, après avoir observé que les graines que rejetaient les oiseaux après les avoir consommées germaient bien, trouvât le procédé pour reproduire les effets du passage dans le tube digestif des volatiles avant de distribuer ses plants dans le pays et ses voisins. C’est en tout cas ce que l’on nous a expliqué lors de la visite en VIP de la plantation Selecta, l’une des nombreuses qui officient dans la région. Toutes les étapes de la fabrication du maté nous ont été détaillées par un passionné qui a fait des efforts pour bien articuler pour que l’on comprenne bien son Espagnol. Une fois la graine traitée comme il faut, il faut attendre 2 ans avant qu’un rameau d’une dizaine de feuilles se forme. Replanté en pleine terre, taillé régulièrement pour ne pas monter trop haut, ce rameau devra encore attendre 5 ans avant de s’être suffisamment étoffé pour permettre la première récolte, toujours effectuée pendant l’hiver austral. Les rameaux qui contiennent 70% d’eau sont chauffés au bois à plusieurs reprises pour que l’humidité descende autour des 3%. Les feuilles et les tiges qui sont devenues craquantes sont ensuite stockées pendant 2 ans pour permettre leur maturation avant le traitement final : un broyage plus ou moins fin selon la demande des consommateurs. La visite se termine bien entendu par une dégustation au Maté Bar (établissement unique en son genre au Paraguay), accompagnée de spécialités culinaires à base de maté également. Notre guide nous a expliqué que les enfants commençaient à en consommer entre 2 et 5 ans, que les adultes, en fonction du moment de la journée, le prenaient soit en maté, infusé dans de l’eau chaude, soit en tereré, avec alors de l’eau fraîche. Les pays étrangers n’apprécient pas toujours la saveur amère du produit et commandent volontiers des versions aromatisées, tout en y ajoutant un peu de sucre et/ou de lait. Mais les Paraguayens le boivent généralement pur.

    (suite)


    Une mission pour le prix de trois

    Nous avions visité quelques-uns des restes de ces missions jésuites au Sud du Brésil, le Paraguay en possède également. C’est la même histoire : une évangélisation bienveillante des indiens Guaranis par les Jésuites, manifestement trop bienveillante pour la couronne d’Espagne qui les a fait cesser en 1767. La plupart ne s’en sont pas remises et les Guaranis totalement désemparés se sont dispersés avant d’être opprimés (le mot est faible) par les conquistadores. La communauté actuelle est d’un peu plus de 100 000 âmes, à comparer aux 6 millions d’habitants du pays. La restauration et la conservation de ce patrimoine participe au devoir de mémoire. Les explications sur place aident à comprendre l’organisation solide de ces missions. Nous avions prévu d’en voir deux dans le Sud-Est du Paraguay, celle de Jesús de Tavarangüe dont la construction de l’église n’était pas terminée au moment de l’éviction des Jésuites (les colonnes centrales de l’église s’arrêtent à mi-hauteur) et celle de Trinidad, la mieux conservée du pays, mais dont l’accès nous a été refusé pour cause d’évènement privé ! Alors que le billet d’entrée de la précédente était censé la couvrir ainsi qu’une troisième. Scandaleux, nous avons tout de même perdu 4 euros dans l’affaire. Je blague quant au prix bien sûr, mais nous étions fâchés de ne pouvoir faire cette visite alors que la veille au soir le gardien nous avait affirmé que ce serait ouvert.

    Cette visite est l’occasion de se poser la question « Que sont devenus le peuple et la culture Guarani dans le Paraguay d’aujourd’hui ? ». Eh bien pendant la période des Jésuites et des Franciscains, il y a d’abord eu un métissage important. Une fois les Jésuites chassés du Paraguay par le roi d’Espagne, les Guarani se sont dispersés, avant d’être sévèrement opprimés par les Espagnols devenant largement majoritaires au fil des vagues d’immigration, et leur nombre n’a cessé de diminuer au fil des années. Quand la guerre de la Triple Alliance a été déclarée (voir plus bas), tous les Paraguayens ou presque se sont retrouvés à la même enseigne, perdant 85 à 90% de leur population masculine et 2/3 de leur population totale. On aurait pu croire la culture Guarani oubliée mais il n’en est rien : outre le nom donné à la monnaie locale, 90% de la population parle aujourd’hui le Guarani, contre 70% pour l’Espagnol. Ces deux langues sont d’ailleurs les 2 langues officielles du Paraguay, un cas unique en Amérique. La langue elle-même, de tradition orale, a été heureusement été transcrite à l’écrit grâce aux frères missionnaires. Longue vie au Guarani !


    Encarnación, dernière étape paraguayenne

    C’est par cette ville tout au Sud du Paraguay que nous terminons la visite de ce pays. Il est trop tard pour profiter de son carnaval, le plus réputé du Paraguay, mais ayant lieu entre janvier et mars. Et il est trop tôt pour profiter des plages aménagées le long du fleuve Paraná, où accourent la majorité des estivants paraguayens entre décembre et février. En dehors de ces périodes, la ville est plutôt tranquille. Nous avons apprécié ses rues larges et peu encombrées, ses espaces verts, sa Plaza de Armas qui rassemble les monuments en hommage aux diasporas italienne, japonaise, ukrainienne et allemande entre autres. Et son sanctuaire de la Vierge d’Itacuá, la sainte-patronne des marins du Rio Paraná, perdu dans la forêt à la pointe d’une péninsule. Ce lieu rassemble les pèlerins chaque dimanche mais surtout une foule énorme le 8 décembre de chaque année. On se demande bien comment tout ce petit monde circule dans un endroit aussi réduit. Tout au long de la route, de petits abris qui pourraient être pris pour des arrêts de bus présentent chacun une illustration en mosaïque d’une Vierge de chacun des pays sud-américains.


    Enfin, nous avons été attirés par le mini-zoo d’Encarnación, intrigués par son droit d’entrée concurrentiel à 1 euro. Il fallait y jeter un œil pour vérifier qu’avec une bonne gestion, on pouvait présenter de façon honorable les animaux du pays (pas que des oiseaux donc, comme à Iguaçu).


    La guerre de la Triple Alliance

    On ne peut pas traverser le Paraguay sans connaître la partie la plus terrible de son histoire, la guerre de la Triple Alliance, qui a d’ailleurs commencé comme certains conflits mondiaux actuels, peut-être une leçon à méditer. Dans les années 1860, le Paraguay était l’un des pays les plus avancés d’Amérique, gouverné par la dynastie des Lopez, de quasi-dictateurs. Mais cinq années d’une guerre terrible vont tout anéantir. À cette époque l’Argentine et le Brésil, déjà géants, rêvaient encore de s’agrandir. Le géant Brésil occupa soudain à cet effet une province du modeste Uruguay (la référence contemporaine c’est ici). Le problème, c’est que le dirigeant de l’Uruguay était un copain du dernier des Lopez, Francisco, lequel rêvait de se voir accorder un droit de passage vers l’océan. Alors ce Francisco Lopez, un rien égocentrique et sanguin, surestimant sans aucun doute ses forces, déclara purement et simplement la guerre au Brésil. Le pays attaqué fut rapidement soutenu par l’Argentine, et comble de malchance aussi par l’Uruguay, dont l’opposant au copain de Lopez venait de prendre le pouvoir. C’est cette triple alliance qui va répondre à la déclaration de guerre du Paraguay. Avec un rapport des forces d’à peu près 1000 contre 1 (j’exagère sans doute, mais peut-être pas tant que ça), Francisco Lopez s’obstinera tout de même 5 ans avant de perdre la guerre en mourant sur un champ de bataille (le fameux Cerro Mora de notre première visite). Le problème, c’est qu’il entraînera avec lui dans la mort 85 à 90% des hommes du pays en âge de se battre. C’est tout simplement énorme (plus de 3 fois les pertes masculines françaises au cours de la 1ère guerre mondiale). Le plus étonnant, c’est que le pays n’ait pas été absorbé par ses 3 adversaires au décours de la guerre. Le fort sentiment de nationalisme de la population restante, la mésentente des pays gagnants sur la part éventuelle du Paraguay qui leur reviendrait, le coût afférent de l’occupation, la pression internationale, et finalement le bon sens l’ont emporté : il était plus avantageux pour les gagnants de permettre au Paraguay de se reconstruire et de se stabiliser. À méditer pour les tentatives d’occupation contemporaines…

    Illustration de la Guerre de la Triple Alliance - photo site www.larepublica.pe
    Illustration de la Guerre de la Triple Alliance – photo site www.larepublica.pe

    Le Paraguay c’est fini !

    Le grand pont qui relie le pays à la ville argentine de Posadas nous fait de l’œil. Nous allons l’emprunter sur le champ, en espérant que les formalités de passage de la frontière seront plus courtes que celles de notre excursion au Brésil. A très bientôt !