Auteur/autrice : jma

  • 99. Du Honduras au Nicaragua

    Traverser 2 frontières en 6 heures…

    A

    Découvrir le Honduras nous tentait bien, mais le pays est déclaré en « État d’exception » jusqu’au 6 octobre 2023 suite à la recrudescence de l’activité de bandes criminelles violentes (maras) liées au trafic de stupéfiants. Le Ministère des Affaires Étrangères déconseillant jusqu’à nouvel ordre tout déplacement dans le pays sauf raison impérative, nous nous sommes donc limités à le traverser pour rejoindre le Nicaragua, en essayant de le faire dans la journée pour ne pas avoir à passer une nuit sur place.

    BHonduras carte securite
    En orange, tout ce qui est « déconseillé sauf raison impérative par le Ministère des Affaires Etrangères. Autant dire qu’il ne reste plus grand chose. Nous attendrons que le pays se calme pour y retourner un jour.

    La difficulté était l’incertitude temporelle non pas tant sur la distance à parcourir (160 km sur des routes réputées plutôt bonnes – relativement à l’Amérique centrale) que sur les formalités administratives aux frontières réputées, elles, plutôt fastidieuses. Comme d’habitude, nous nous étions informés sur l’expérience des autres voyageurs sur les réseaux sociaux, mais pour une fois elles ne semblaient pas standardisées. Nous avons aussi évité la traversée le Vendredi Saint et le Dimanche de Pâques, connaissant l’importance de ces fêtes dans ces pays.

    Voici un petit résumé illustré du déroulement de la journée :

    8h00 : Nous quittons la station-service où nous avons passé la nuit. Pas très glamour comme stationnement, mais situation idéale à 5 km de la frontière. D’autres voyageurs garés non loin de nous étaient partis 20mn plus tôt. Nous les retrouvons à attendre au premier poste de contrôle. On leur a dit que l’unique douanier était parti prendre son petit déjeuner… Nous en profitons pour faire connaissance. Vanessa et Josh qui habitent dans l’Ouest du Canada ont l’intention de relier Ushuaia en 6 mois. Un beau challenge. L’employé finit par arriver et valide la sortie du pays de nos véhicules (annulation du permis d’importation).

    8h20 Nous enregistrons notre sortie du Salvador en tant que personnes cette fois.

    8h30 : Nous franchissons le pont qui mène au Honduras et nous nous garons à son extrémité. Dans un petit bâtiment, on nous insère un bout de papier dans notre passeport. C’est censé valider notre conformité vis-à-vis du Covid, mais aucun document ne nous a été demandé…

    8h40 : Un poil plus loin, nous faisons la queue à l’immigration. Une dizaine de personnes devant nous mais ça avance assez vite. L’agent prend nos empreintes digitales, une photo de chacun de nous et une taxe de 3$ avant de compléter 2 ou 3 trucs sur son ordi et de nous rendre nos passeports dûment tamponnés.

    8h50 : Nous devons maintenant obtenir notre permis d’importation pour que Roberto puisse circuler au Honduras. Nous avions préparé les photocopies et les 35$ nécessaires, mais cela prend un peu plus de temps que pour les visas. Mais au final l’employée nous tend le document et nous gratifie d’un « Bon voyage » en Français. Globalement, tout le monde a été très gentil et accueillant.

    9h30 : Nous entamons notre traversée du Honduras. Le pays n’est pas très différent du Salvador dans la petite portion que nous avons pu apercevoir. Pas de bande armée à déplorer sur le bord des routes.

    Honduras traversee
    Notre itinéraire pour une traversée express du Honduras…

    13h00 : Après 2h30 de route et une pause déjeuner, nous parvenons à la frontière avec le Nicaragua. Ça commence par un pré-contrôle de notre permis d’importation de Roberto, puis une fumigation avec un appareil qui ressemble à une soufflette à feuilles. Nous sommes taxés pour cela de 5$ (était-ce le seul but de la manœuvre ?)

    13h05 : Nous nous garons un peu plus loin aux douanes honduriennes pour valider notre sortie du pays. Autre coup de tampon sur nos passeports qui sont déjà bien chargés. Nous allons finir par manquer de pages ! Voilà, nous sommes autorisés à quitter le pays.

    13h15 : Un km plus loin, nous parvenons à l’immigration nicaraguayenne. Un douanier nous prend en charge et remplit sur son propre téléphone une demande de visa que nous aurions du préparer sur Internet. Il nous pose des questions multiples auxquelles nous ne savons pas toujours répondre, du genre combien de jours resterez-vous dans le pays, quels endroits allez-vous visiter, combien avez-vous d’argent sur vous, etc. Puis il nous renvoie vers les guichets, où nous apercevons nos passeports passer de main en main avant que quelqu’un finisse par nous appeler et nous réclamer 13$ chacun pour les visas. Encore un peu d’attente avant que le reçu soit établi sur une liasse carbonée en 3 exemplaires dont une partie détachable de l’un d’entre eux finira dans nos passeports. Où sera stocké le reste et pendant combien d’années, c’est mystère… Munis de nos précieux documents, nous pouvons passer à l’étape suivante qui concerne Roberto.

    13h30 : Arrivés au guichet des permis d’importation de véhicules, on nous envoie directement vers le scanner. Roberto se fait transpercer de rayons X. Je me dis que ça serait bien si ça pouvait accidentellement désactiver le système AdBlue mais nous n’aurons pas cette chance…

    13h40 : Retour au guichet. Nous attendons le verdict du scanner. Roberto n’ayant rien à se reprocher, on nous tend maintenant un papier pour l’inspection douanière, charge pour nous de trouver l’inspecteur (tous les agents sont habillés pareil…). Nous finissons par le dénicher. Il demande à entrer dans Roberto, s’asseoit sur le lit, ouvre 2 placards, réclame sans insister un petit pourboire avant de signer le document.

    13h50 : 3ème passage au guichet. Cette fois tout est saisi sur l’ordi, validé par l’employée juste à coté puis par un supérieur (on imagine) dans une autre pièce. On nous remet enfin le précieux sésame, valide pour 30 jours, gratuit si on ne le perd pas : on nous prévient que cela nous coûtera 100$ si nous ne le présentons pas à la sortie !

    Z
    Libéréééés…

    14h00 : Un dernier contrôle à la barrière de sortie des douanes et nous voilà enfin libres de circuler au Nicaragua ! Tout compris, la traversée du Honduras nous aura donc pris 6 heures, formalités, route et repas compris. Pas trop mal. En son temps, Jules Vernes en aurait peut-être fait un roman !

    Désolé si cette énumération vous a paru longuette. Ce n’était pas pour nous plaindre mais juste pour vous donner un aperçu des joies des formalités douanières, très variables d’une frontière à l’autre. Un bon point est que le visa nous est accordé à chaque frontière sans avoir besoin de passer par une ambassade. C’est déjà ça !

    Z
    plaque minéralogique nicaraguayenne, pour ma collection…

    Nous nous arrêtons quelques kilomètres après la frontière chez Michel, un Français retraité venu s’expatrier ici avec son épouse nicaraguayenne après avoir fait sa fin de carrière dans un établissement universitaire au Mexique. Il a ouvert une petite maison d’hôtes et fait un peu de place dans son jardin pour accueillir quelques véhicules de loisir. Nous y rencontrons une famille française avec 2 enfants, partis en vadrouille dans leur camping car pour une durée initialement prévue de 2 ans. Comme nous, ils ont fait un bout d’Europe avant de traverser l’Atlantique pour découvrir les Amériques. Nous avons passé de bons moments ensemble et avec notre hôte et il est probable que nous nous reverrons avant le Panama.


    Une faille dans le système

    Il y a 5 à 10 millions d’années, une activité volcanique intense dans cette région frontalière avec le Honduras a laissé une épaisse couche de lave. Elle a eu largement le temps de refroidir et de sécher, au point de se fissurer. Juste une petite faille de 6 km de long sur quelque centaines de mètres de large au fond de laquelle s’est infiltré le Rio Coco, une rivière dont le nom ne fait pas très sérieux mais qui est pourtant la plus longue du Nicaragua. Ce Cañon de Somoto, puisque c’est son nom, nous allons l’appréhender de 2 façons différentes : d’abord par le dessus, via le chemin des miradors, une belle randonnée de 2h aller-retour, puis par le dessous, si l’on peut dire, en suivant le cours de la rivière à pied …et à la nage. Courageusement, nous commençons par le chemin…


    Caminadar

    Le site du Cañon de Somoto, s’il était connu par les locaux depuis bien longtemps, n’est exploité que depuis 2004, pour son intérêt archéo-géologique d’une part, et pour son attrait touristique actuellement croissant. C’est vrai que la randonnée aquatique – le titre de ce post en est une tentative personnelle de traduction, contraction de caminar (marcher) et nadar (nager) – est à la mode, comme nous avions pu le constater au parc de Zion aux États-Unis. Sauf que là-bas, la foule était dense et l’eau glacée et nous nous sommes contentés de regarder s’enfiler les touristes à la queue-leu-leu dans le canyon. Ici c’est complètement différent. Sur la plupart du parcours nous sommes restés seuls avec notre guide, rencontrant sur la fin une famille locale, un père qui y apprenait à nager à ses 2 enfants !

    Z
    Notre parcours au fond du canyon de Somoto

    Nous avons donc parcouru les 7 kilomètres, pour moitié à pied et pour l’autre moitié à la nage, le chemin disparaissant lorsque les parois devenaient abruptes. Il a même fallu à un moment se jeter dans l’eau d’une petite plateforme …d’un mètre de hauteur. Mine de rien c’était assez éprouvant physiquement, notamment lors des marches sur les rochers glissants. Mais l’expérience en valait la peine et le spectacle de cette rivière émeraude encadrée de falaises de basalte était à la hauteur. C’est le cas de le dire 😉

    A
    et quand il n’y a plus pied, il faut nager !
    Z
    Une toute petite partie se fait en barque, mais nous aurons tout de même marché 3 km et nagé tout autant. C’était au final assez physique. Mais nous avons adoré le concept !

    Écoroutes ?

    Notre pause cañon tout près de la frontière ne nous ayant pas vraiment permis de nous faire une idée sur le Nicaragua, la reprise de la route aujourd’hui va nous donner un meilleur aperçu du pays. Et la première impression est excellente : les routes sont non seulement bonnes, mais aussi très belles. On dirait presque des allées avec leurs bordures d’arbres un peu en tonnelle qui à la fois agrémentent le paysage et procurent un peu d’ombre. Les bas-côtés sont bien entretenus, l’herbe est tondue et les déchets brillent par leur absence après plusieurs mois en Amérique latine. Tout est relatif, on en trouve quand même quelques-uns par moments, mais la différence est flagrante par rapport aux pays antérieurement visités. Les alentours des maisons et les places des centres-villes suivent la même règle, ce qui signifie soit une incitation politique, soit une volonté spontanée des habitants. Puisqu’on parle de politique, la propagande est très présente dans les rues. C’est un sujet à éviter sur les réseaux sociaux – du moins tant qu’on est dans le pays – et, paraît-il, dans la conversation avec les habitants. Les peintures murales abondent dans les rues, tandis que le décor de la campagne est constitué de champs de caféiers et de plants de tabac sur un fond de montagnes et de volcans, du moins dans la région nord-ouest où nous sommes. Il ne pleut pourtant pas (encore) mais tout est plus vert que dans les pays précédents. L’accueil de la population est toujours aussi chaleureux, au risque de ne plus nous étonner. Au total nous nous sentons vraiment bien dans ce pays. J’espère que la suite confirmera cette première impression. Le seul bémol est l’impossibilité pour l’instant de retirer de l’argent (des Cordobas ici) ou de régler les commerçants avec notre carte Visa habituelle. Mais notre carte American Express de secours heureusement fonctionne, avec davantage de frais toutefois.

    Z
    Z
    Les abords des églises sont bien entretenus aussi, les façades un peu moins…
    Z
    Nous vous emmenons maintenant visiter l’église la plus vieille du Nicaragua selon le Petit Futé, terminée en 1878. Mais d’autres sources plus futées disent que c’est celle de la Merced à San Jorge, construite entre 1560 et 1570. Y a pas photo ! Sinon, dans le beau jardin, les voyageurs nomades auront peut-être remarqué le détail qui tue. Et vous ? (solution après les photos du paragraphe)
    Z
    A part les portes, l’intérieur ne fait pas son âge

    Bon, le « détail qui tue » dans le jardin c’est le robinet d’eau. L’un de nos réservoirs était vide, alors nous avons gentiment demandé au jardinier si nous pouvions nous servir et il a accepté. Sûrement pas de l’eau potable mais nous rajoutons 2 comprimés de chlore à chaque plein et un désinfectant spécial quand nous souhaitons boire cette eau.


    A l’assaut de la « colline noire »

    En fait de route, elle a fini par se transformer un chemin de sable volcanique. Sans 4×4 c’était un peu gonflé, mais nous nous sommes fiés sur d’autres qui y étaient passés avant nous. Maintenant, chaque véhicule est différent et chaque conducteur aussi. Nous avons parcouru 25 km sur ce genre de piste en priant pour que ça ne s’aggrave pas ou que ça ne grimpe pas trop !
    Nous n’avons pas rencontré beaucoup de véhicules, mais croisé plusieurs charrettes comme celle-ci et pas mal d’animaux de ferme
    Le summum a été ceux-là. Indubitablement, ils étaient prioritaires !
    Z
    Mais avec patience et doigté, nous sommes arrivés sains et saufs au parking du centre des visiteurs du Cerro Negro. Nous avons été le seul véhicule de loisirs à dormir ici ce soir-là. Des fois on se demande si nous ne sommes pas trop inconscients… Enfin je parle de la piste, pas du lieu qui était parfaitement sûr.
    Z
    En tout cas, après ces émotions, la petite bière locale bien fraîche et le chausson à la goyave ont été très appréciés. Mais l’aventure ne fait que commencer, nous sommes venus ici pour ascensionner le volcan et le redescendre d’une façon originale.
    ZCerro Negro eruption
    Éruption du Cerro Negro en 1968 (image d’archives Wikipedia)
    Z
    Le petit cratère dans le grand. Ce n’est toutefois pas le plus récent qui est à l’extérieur.

    Mais la cerise sur le gâteau, c’était la redescente en luge en 2 minutes chrono (un peu trop court d’ailleurs !). Voilà la raison de notre étrange équipement à la montée. Nous avions aussi une combi en jean, des gants et des lunettes car la descente soulève pas mal de poussières et de gravillons. Un must !

    Z
    Et le plus d’avoir dormi sur place, c’est que nous avons pu prendre une bonne douche au refuge pour éliminer tout le sable volcanique qui avait bien pénétré partout malgré les combis. Et puis nous avons pris la même route sablonneuse du retour, en essayant de ne pas surfer avec Roberto !

    León, première capitale du Nicaragua

    Lorsque le Nicaragua a proclamé son indépendance en 1821, deux villes s’autodéclarèrent capitale du pays : León, plutôt libérale voire révolutionnaire et Granada, plutôt tranquille et conservatrice. Elles se partagèrent le pouvoir pendant plusieurs années, sans que l’une ou l’autre prennent franchement le dessus. Granada, opulente, était fréquemment prise pour cible par les pirates, tandis que León, mal située, était victime …des volcans. Devait arriver ce qui arriva, en 1852, le gouvernement désigna comme capitale Managua, alors un petit village de pêcheurs ayant l’avantage de se trouver pile entre les 2 villes rivales qui avaient par trop pêché !

    Z

    León reste une ville agréable à parcourir au travers de ses rues aux maisons basses et colorées, aux ouvertures parées de grilles en fer forgé, dans le plus pur style colonial espagnol. Elle possède pas moins de 16 églises richement décorées, plusieurs musées intéressants dont ce musée d’art détenu par une fondation privée, présentant une collection de qualité notamment d’artistes latino-américains. Fief de la révolution sandiniste, la ville en met à l’honneur tous ses acteurs dans les rues ou quelques salles d’exposition dédiées. Les couleurs noir et rouge du parti sont omniprésentes. Stendhal serait venu qu’il en aurait sûrement fait un bouquin…

    Z
    Z
    Z
    15 églises et une cathédrale, toute de blanc vêtue, et sur le toit de laquelle on peut monter pour apprécier le panorama sur la ville. On ne sait pas si Jean-Paul II (en effigie à l’intérieur) ou ses collègues y sont montés. D’après Renaud, « p’têtre qu’être trop près du ciel y z’aiment pas »
    Z
    La ville recèle beaucoup de portes de ce genre. Nous sommes entrés pour voir ce qu’il y avait derrière…
    Z
    eh bien un joli musée d’art très bien aménagé avec de ravissants patios fleuris
    Z
    Z
    pas mal d’oeuvres de peintres locaux,
    Z
    encore d’autres patios,
    Z
    Ici, cette autre façade d’un ancien hôpital cache un bel intérieur, si l’on veut bien se donner le mal d’y entrer (assez souvent, il suffit de demander…)

    Rafraîchissement

    La température ambiante est torride, dans les 36 à 38°C en début d’après-midi, et nous avons fréquemment besoin de nous hydrater et/ou de nous rafraîchir. La tentation est grande devant les marchands de glace ou de smoothies, mais les risques ne sont pas négligeables, comme ont pu le constater amèrement plusieurs familles de voyageurs que nous suivons, victimes d’amibiase, et qui nous font redoubler de prudence. Au vendeur de jus de fruits frais qui a précédé celui de la photo, nous avons demandé innocemment si l’eau utilisée pour la boisson ou la glace mixée dedans était purifiée, et la réponse a été négative ! Ils utilisaient de l’eau du robinet, réputée peu sûre ici… Nous avons décliné la commande et sommes allés voir ailleurs. Ici chez Jugoso, il est clairement explicité sur la machine à glaçons que l’eau est 100% purifiée. Nous avons dégusté en confiance de délicieux cocktails de jus de fruits frais mixés avec de la glace (alias smoothies) et nous y sommes même retournés le lendemain tellement c’était bon. A recommander aux voyageurs qui passent à León, c’est à deux pas de la cathédrale.

    A

    Après cette bienfaisante pause artistique, nous nous dirigeons maintenant vers la vraie capitale, Managua. Surprise de la découverte d’une ville dans laquelle nous n’avons jamais mis les pieds et dont nous n’avions gère entendu parler jusqu’ici. A suivre…

    ere semaine au Nicaragua
    Carte du parcours décrit ci-dessus, en version zoomable ici
  • 97. Les capitales du Guatemala

    Prenant possession du Guatemala en 1523, les colons espagnols installèrent d’abord une Capitainerie générale pour gérer quasiment toute l’Amérique centrale. En raison de soulèvements d’Indiens, elle fut déplacée en 1541 au pied du volcan Agua qui manifesta de suite son mécontentement (à moins que ce ne soit un coup des Indiens) en crachant une énorme coulée de boue. Les Espagnols reconstruisirent l’année suivante leur première capitale appellée Villa de Guatemala à quelques kilomètres de là, hors du passage de la boue. Mais le volcan (ou les Indiens) n’avait pas dit son dernier mot : il attendit que la population se soit bien développée (60 000 personnes) pour générer un beau tremblement de terre en 1773. Dépités, les conquistadors créèrent une nouvelle capitale, Guatemala Ciudad à 40 km de là, tandis que l’ancienne était rebaptisée La Antigua Guatemala (Antigua pour petit nom) et se reconstruisait peu à peu malgré les séismes à répétition qui continuent de l’affecter et qui ne semblent pas inquiéter les touristes qui viennent en nombre. C’est vrai qu’elle a un charme fou.

    La Antigua Guatemala, ancienne capitale
    La Antigua Guatemala, vue depuis le Cerro de la Cruz. En arrière-plan le volcan Agua (3760m)

    Antigua, jour de procession

    Antigua est peut-être la ville du Guatemala où les traditions catholiques sont les plus marquées, particulièrement en cette période de Carême, à l’approche de la semaine sainte. Arrivés un samedi après-midi, logés gracieusement à deux pas du centre-ville sur l’agréable parking gazonné et ombragé de la police touristique, nous avons pu assister dès le dimanche matin à une procession d’envergure. Une heure avant le passage du cortège, les trottoirs étaient déjà presque pleins et plusieurs dessins avaient été réalisés au milieu de la rue à l’aide de fleurs fraîches, de sciure de bois colorée, d’aiguilles de pin ou encore de fruits et légumes. Réalisés par les riverains, ces dessins éphémères disparaîtront au passage de la procession, piétinés par la foule.

    Z

    La procession du jour a démarré vers 5h ce matin et est en cours de bénédiction dans une église voisine. Vers 9h elle devrait reprendre son circuit qui durera toute la journée pour se terminer vers minuit. Des centaines de personnes vêtues de robes et capuches violettes envahissent peu à peu les rues, bientôt accompagnés par d’autres déguisées en soldats romains. Puis on entend la fanfare et on aperçoit un grand palanquin, chargé d’une couronne et une statue de Jésus, se déplacer avec un balancement régulier, comme flottant sur la foule. De près, on souffre pour les 80 pénitents, la sueur au front et la joue contre le bois du char, totalement investis dans leur tâche de soutenir cette masse énorme. Derrière, ce sont des femmes qui supportent de façon similaire une effigie de la vierge Marie, accompagnées par une fanfare jouant une musique lugubre. Un moment aussi spectaculaire qu’émouvant.

    Z
    Très concentrés et investis, les 80 pénitents portent ce grand palanquin de plusieurs centaines de Kg
    Z
    La fanfare suit, en jouant des airs lugubres
    Z
    Puis vient le palanquin de la Vierge Marie, porté tout aussi péniblement par des femmes, cette fois
    Z
    Z
    Ils sont arrosés régulièrement pour raviver les couleurs et éviter que le vent les abime

    Antigua, le lendemain

    La foule du week-end partie, nous pouvons visiter tranquillement la ville. Un joli quadrillage de rues pavées bordées de maisons à un seul étage et de couleurs vives où le jaune domine. L’architecture coloniale espagnole et les bougainvilliers qui débordent des murets, les églises jaune vif décorées de motifs en stuc blanc, les nombreuses ruines teintées de lichens et l’écrin volcanique en arrière-plan ont un charme certain. L’Unesco l’a d’ailleurs reconnue patrimoine mondiale de l’humanité dès 1979.

    Z
    Antigua – Façade d’église en ruines et bâtiment restauré à côté

    Nous déambulons tranquillement dans les rues pour observer les édifices et les lieux les plus caractéristiques, comme la célèbre Arche Santa Catalina, emblème de la ville ; le Parque Central, quadrilatère verdoyant où viennent discuter les habitants au milieu des cireurs de chaussures et autres vendeurs ambulants ; la Catedral Santiago, logée dans sa chapelle initiale après le séisme de 1773 et dotée d’un Christ noir ; La Merced, dont la façade jaune canari est construite à la manière d’un retable avec colonnades et statues ; les nombreux couvents ; les marchés d’artisanat en nombre adapté à la fréquentation touristique (2,5 millions de visiteurs en 2019).

    Z
    L’ancienne Capitainerie générale, sur le Parque Central
    Z
    L’église de la Merced et sa façade jaune vif avec décors de stuc
    Z
    Derrière cette église, un grand patio avec la plus grande fontaine d’Amérique centrale (à sec…)
    Z
    L’hôtel de ville
    Z

    Séquence nostalgie

    Il y a 25 ans, nous mettions les pieds pour la première fois à Antigua lors de l’adoption de notre fils Achille. Ressortant quelques vieilles photos prises alors, nous avons cherché à retrouver quelques lieux. Pour les édifices à caractère touristique, cela a été relativement simple, mais pour deux photos avec notre fils dans les bras, c’était une autre affaire. L’une d’elles était prise dans le patio d’un restaurant. Il a fallu en explorer quelques uns pour retrouver le lieu précis qui heureusement n’avait pas trop changé en 25 ans. Nous nous sommes faits un grand plaisir d’y déjeuner et de nous y faire prendre en photo par le serveur. Pour l’autre, prise dans la rue, cela a été plus compliqué encore. Une grande porte en bois près d’un mur jaune et de fenêtres grillagées, c’est très commun ici. Après avoir sillonné le centre-ville, nous étions de retour bredouilles vers Roberto quand un passant nous a interpellés, nous entendant parler en Français. Nous apprenons qu’il est Suisse et qu’il vit ici depuis 7 ans avec son épouse guatémaltèque et sa fille de 13 ans. Il n’a guère envie de retourner en Suisse avec la morosité ambiante assez proche de celle de la France. On le comprend ! Misant sur sa connaissance d’Antigua, nous lui soumettons alors la photo. Après examen attentif, il repère quelques détails et nous retrouve la bonne rue. Un petit parcours complémentaire sur Google Maps en version Street View nous permettra d’identifier le lieu précis… et d’aller refaire un cliché similaire.

    Z
    A table au Restaurante del Arco, en 1998 et en 2023
    Z
    Stand up sous l’Arche de Santa Catalina, en 1998 et en 2023
    A
    L’arche si célèbre n’a pas trop changé en 25 ans
    A
    Cette église très abimée vient de débuter sa restauration !
    A
    Quant à l’église de la Merced, elle est toujours aussi populaire !

    Épilogue : à l’aide des quelques informations en notre possession sur le dossier d’Achille, nous avons pu retrouver dans le dédale des rues d’une ville de banlieue de Guatemala Ciudad, la nourrice qui l’a élevé ses 6 premiers mois. Nous tenions avant tout à lui témoigner notre reconnaissance de l’avoir si bien pris en charge pendant cette période et de l’avoir préparé à la perfection, malgré le déchirement que cela a dû entraîner, à l’arrivée de ses nouveaux parents. Nous avons pu rencontrer toute sa famille d’accueil et constater à quel point ils étaient aimants, comprenant que ce sont eux qui ont transmis cette gentillesse et cet amour d’autrui à notre fils, qui l’emploie si bien encore aujourd’hui. Ils se souvenaient tous parfaitement de lui, nous ont dit à quel point ils étaient reconnaissants des nouvelles et photos que nous leur avons envoyées de temps en temps, un retour hélas rare par rapport aux autres enfants qu’ils ont hébergé. L’émotion était perceptible lorsque nous leur avons montré des photos d’Achille à différents âges de sa vie et à son comble lorsque nous avons pu faire une petite visio avec lui. Une émotion partagée, bien évidemment. Mille mercis à cette famille formidable qui a donné tant d’amour à notre fils dans cette période si importante de la vie où tout l’affect se crée.


    Antigua, 4 jours et 4 nuits

    Pour notre dernière journée sur place, nous avons encore visité de beaux édifices, certains réhabilités, d’autres en cours de reconstruction et d’autres encore restés au stades de ruines qui permettent de bien se rendre compte des forces de la nature. Nous quitterons Antigua après 4 nuits passées sur place, un record en deux années de voyage. La ville le méritait, mais nous nous sommes trouvés très bien logés dans ce jardin apaisant mis à disposition gracieusement par la Police Touristique, très bien situé à deux pas du centre-ville. Cerise sur le gâteau, nous y avons (re)trouvé d’autres voyageurs et échangé chaque soir nos expériences autour d’un verre. Tout comme il est intéressant de comprendre comment les habitants des pays que nous visitons fonctionnent, il est tout aussi enrichissant de dialoguer avec d’autres voyageurs nomades, chacun ayant son histoire, son évènement déclencheur, son rythme de déplacement et ses buts propres.

    Z
    Une rue typique d’Antigua, un porteur de palanquin devant un couvent et une petite boutique
    Z
    L’église San Francisco, où repose la dépouille de San Hermano Pedro, un moine venu des Canaries qui suite à son oeuvre de dévouement auprès les pauvres et des malades au Guatemala a été canonisé par le Pape Jean-Paul II lors de sa venue en 2002.
    Z
    Z
    Joli reflet d’un ancien lavoir
    Z

    Testez votre Espagnol avec Roberto

    Vous avez tous brillamment réussi l’exercice précédent, ce qui vous donne le droit de revenir en deuxième semaine. Rassurez-vous, le niveau ne va pas trop monter. Voici donc 9 images ou logos à traduire en Français. Bonne chance !

    Si vous hésitez pour les réponses, n’hésitez pas à demander une correction en commentaires


    Un jour « sans »

    Nous voici à la (re)découverte de la vraie capitale du pays, Guatemala Ciudad. Nous sommes stationnés pour la nuit dans un « parqueo », sorte de parking privé où les véhicules sont rangés à la manière d’un Tetris, les conducteurs laissant habituellement leur clé au gardien pour que les véhicules les plus au fond puissent sortir le moment venu. Il n’est évidemment pas question pour nous de laisser nos clés, mais pour plusieurs jours, on nous trouvera une place qui ne gêne pas trop de monde. Le parking ferme la nuit, c’est donc totalement sécurisé, ce qui est plutôt bien dans cette ville où la criminalité est élevée, surtout la nuit.

    Nous marchons un petit kilomètre pour atteindre la grande place centrale. Elle est couverte de kiosques affreux qui nous privent de belles photos. Nous visitons la cathédrale qui n’a rien d’exceptionnel puis nous dirigeons vers le Palacio Nacional. Ce magnifique bâtiment n’est plus en fonction mais se visite avec guide.

    Z
    Le Palacio Nacional très déformé par le grand angle faute de recul suffisant

    Sauf que la visite vient de démarrer et on nous demande d’attendre une heure la suivante. Nous déclinons et partons cette fois vers un groupe de musées au Sud de la ville. Bien que marqués « ouverts » sur Google, ils sont tous en travaux. Tous sauf le musée d’histoire naturelle qui n’était pas dans nos choix initiaux mais dans lequel nous nous engouffrons par dépit. Il est à peine 11h et l’employé qui nous vend les billets nous prévient que l’établissement ferme à 17h.

    Sauf que le bâtiment est tout décrépit, qu’il n’y a rien à voir, et qu’en 20 minutes tout est visité, y compris les toilettes sans papier et sans eau. L’agent d’accueil se serait-il moqué de nous avec ses 17h ? Allez, nous nous rabattons sur le marché artisanal tout proche.

    Sauf que nous sommes les seuls visiteurs d’une centaine de stands et que chaque vendeur tente de nous attirer avec un « pase adelante » que tous les voyageurs en Amérique latine connaissent par cœur. Nous fuyons. Nous reprenons notre marche pour retrouver l’hôtel dans lequel nous avions logé lors de l’adoption de notre fils il y a 25 ans. Le bâtiment est bien là, tel que dans notre imagination, et nous nous apprêtons à redécouvrir les intérieurs avec émotion.

    Z
    Feu l’hôtel Casa Grande

    Sauf que l’hôtel n’en est plus un. Il a été racheté par une société pour en faire ses bureaux et le gardien à l’entrée n’accepte même pas que nous refaisions la photo devant la fontaine. Nous avons tout de même pris 2 clichés pendant qu’il était occupé avec une voiture qui sortait. Mais quelle déception ! Notre destination suivante est, selon notre guide, une réplique de la Tour Eiffel, construite en hommage à la fin de la guerre civile du pays.

    Sauf que l’espèce de structure en fil de fer – vous en jugerez sur la photo – n’a rien à voir avec notre monument national, ni même avec les copies plus fidèles bien qu’à échelle réduite comme on peut en trouver à Macao ou Las Vegas. Il nous reste encore à voir un groupe de bâtiments qui seraient célèbres pour leurs bas-reliefs en façade racontant l’histoire du pays.

    Z
    L’histoire du Guatemala en bas-reliefs. Si vous y comprenez quelque chose…

    Sauf que la sculpture sur béton n’a jamais été notre tasse de thé et que l’histoire du pays qui y est relatée n’est pas plus évidente à nos yeux que ne l’étaient les premiers hiéroglyphes examinés par Champollion. Nous terminons enfin par le musée du chemin de fer, décrit comme très couru par la population locale qui y pique-niquerait dans les vieux wagons, et comme possédant d’intéressants schémas de déraillements de trains.

    Z
    Visite au Museo Del Ferrocaril

    Sauf que nous n’avons rien vu de tout cela et que la foule n’était pas plus au rendez-vous que les fameux schémas. Reconnaissons tout de même que la visite n’était pas inintéressante et que nous avons appris 2 ou 3 choses sur l’histoire du chemin de fer guatémaltèque, mais rien d’exceptionnel non plus.

    Z
    Allez, devinez ce que signifie le sigle FEGUA, ce n’est pas trop dur
    Z
    S’il ne restait qu’une locomotive et un quetzal, que ferais-je, que ferais-je ?

    C’était bien une journée « sans ». Demain sera-t-il un autre jour ?


    Un jour « avec »

    Déjà au petit matin le ciel est d’un joli bleu. Dans notre parqueo, les poules s’égayent joyeusement, ignorant les mouvements des voitures qui entrent et sortent. Nous quittons les lieux vers 9h et nous dirigeons vers un grand espace vert de Guatemala Ciudad qui héberge une carte géante en relief du Guatemala. Chaque voyageur arrivant dans le pays, au lieu de fuir rapidement la capitale, devrait venir ici pour se rendre compte de la grande diversité géographique du pays. Les 170 m² représentent l’intégralité du Guatemala, de l’océan Pacifique à la mer des Caraïbes, et des grandes plaines aux imposantes chaînes volcaniques que l’échelle utilisée (1:2000 à la verticale pour 1:10000 à l’horizontale) met particulièrement en valeur. Ainsi, les plus hauts volcans du pays sont représentés avec plus de 2 m de hauteur. Nous recréons avec plaisir notre itinéraire dans le pays, mesurant les efforts qu’a dû fournir Roberto. Nous admirons aussi le travail de l’ingénieur Francisco Vela à l’origine de l’œuvre, bâtie en 1905 après de multiples expéditions dans le pays pour prendre les mesures adéquates, ne pouvant bien entendu pas compter sur des images aériennes ou satellitaires. Un système hydraulique fonctionnait à l’inauguration pour approvisionner rivières, lacs et océans, mais pas le jour de notre visite. L’œuvre plus que centenaire est en cours de restauration. Nous étions les seuls touristes mais pas les seuls visiteurs : le lieu est très prisé par les scolaires. Et en effet, il n’y a pas mieux pour apprendre la géographie d’un pays.

    Z
    Une carte en relief du Guatemala sur 170 m² réalisée il y a presque 120 ans
    Z
    il ne manque plus que l’eau…

    Notre seconde visite du jour a été celle du Musée Ixchel, situé dans le domaine d’une université privée, à l’environnement aussi verdoyant que soigné qui donnerait presque envie de reprendre des études. Ce musée a pour vocation de collectionner les types de vêtements portés par toutes les communautés indigènes du Guatemala à différentes époques. Aussi bien pour l’usage quotidien que cérémoniel. Actuellement, 181 de ces communautés sont représentées et chacune a créé des motifs spécifiques permettant de l’identifier. L’exposition est vraiment de qualité, et les tissus sont tous plus beaux les uns que les autres. Si les photos de Claudie ne vous suffisent pas, allez jeter un œil sur le site du musée.

    Z
    Le musée est dans un domaine universitaire verdoyant qui donne envie d’étudier… et d’y garer Roberto
    Z
    A
    Les textiles guatémaltèques dans toute leur splendeur, de l’usage cérémoniel à celui du quotidien
    Z
    A
    A

    Une salle était dédiée aux peintures de Carmen Lind Pettersen, une artiste guatémaltèque connue pour ses aquarelles de costumes traditionnels du Guatemala. Elle a aussi écrit un livre qui fait référence sur le sujet.

    Z
    Superbes oeuvres de Carmen Lind Pettersen

    Nous terminons notre parcours guatémaltèque sur un petit « camping » au bord du « Lac du Pin », curieusement le plus cher (38 €) et le moins aménagé (les sanitaires sont en travaux…) de tous ceux que nous avons visités dans le pays. Mais avec un joli bout de pelouse au bord du lac, pour nous seuls comme d’habitude. Une courte pause avant de franchir la frontière vers le Salvador. Vous traverserez bien avec nous ?

    Z
    Le Lac du Pin, vu de Roberto
    Z

    P Parcours Guatemala
    Dernière partie de notre parcours au Guatemala. Pour zoomer c’est ici
    Parcours Guatemala
    … et le parcours complet du pays en un peu plus de 3 semaines

  • 96. Guatemaya

    Nous poursuivons notre parcours dans le Nord puis l’Ouest du Guatemala, toujours à la découverte de ce beau pays. Si les paysages montagneux et volcaniques nous enchantent, nous sommes surtout impressionnés par la résilience des Mayas qui malgré la pression des colons espagnols ont réussi, bien davantage qu’au Mexique, à préserver leur religion et leurs traditions, quitte à intégrer quelques rites dans les églises catholiques.

    Z
    Oui, j’avais oublié de publier cette plaque minéralogique, pour ma collection. Ici, pas de province, d’état ou de devise comme en Amérique du Nord, mais la mention « Centro América » pour revendiquer l’identité commune des 7 pays de la région (histoire coloniale, langue espagnole, géographie montagneuse et volcanique)

    Incursion chez les Ixil

    Ce peuple descendant des Mayas compte moins de cent mille représentants, presque tous rassemblés dans le « triangle ixil », zone reculée du nord du Guatémala formée par les villages de Nebaj, Chajul et Cotzal. Leur histoire comme leur résilience sont tout à fait poignantes. Après être devenus indépendants du groupe maya K’iché qui les avait phagocytés, ils se sont heurtés à la conquête espagnole. Vainqueurs au premier contact grâce à une mobilisation massive, ils ont dû en subir les représailles, décimés par les conquistadores qui ont aussi déporté les survivants dans des colonies. Après l’indépendance du Guatemala, on les a forcés à travailler comme esclaves sur leurs terres confisquées. Mobilisés dans une guérilla contre le gouvernement afin de récupérer leur bien, ils ont subi alors un véritable génocide de la part du dictateur Rios Montt. Pendant cette dure période, ils n’ont jamais renoncé à leurs coutumes ni à leurs terres et, particulièrement résilients, se remettent lentement.

    Z

    Ils se consacrent à l’agriculture qui les a toujours nourris, dans le respect de la vie et de la nature. Ils sont aussi experts dans l’art du tissage, produisant les magnifiques vêtements et coiffes aux couleurs vives que portent les femmes encore aujourd’hui. Leur religion comme chez d’autres Mayas mélange catholicisme et chamanisme. En cas de problèmes de santé, ils font appel aux prêtres ou guérisseurs bien avant les médecins.

    Pour nous autres touristes, après l’empathie pour leur histoire difficile, c’est l’immersion dans un autre monde visuel qui nous emplit d’émotion. Ce que nous aimons le plus en voyage, c’est découvrir une culture qui nous ressemble le moins possible. Autant dire qu’ici nous sommes gâtés !

    Z
    Z

    Religion à la sauce maya

    J’en parlais juste avant : les descendants des Mayas se sont officiellement convertis au catholicisme pour des raisons de survie, mais n’ont jamais abandonné leurs traditions religieuses initiales faites de polythéisme, d’une cosmologie à 3 niveaux (ciel, terre et inframonde), de respect de la nature et des ancêtres. Nous en avons trouvé trois exemples en approchant de Quetzaltenango.

    D’une part cette église San Andrés de Xecul dont la façade multicolore tranche avec la sobriété habituelle des églises catholiques et dont les motifs, personnages et références à la nature sont franchement Mayas. Au moment de la décoration, les franciscains ont dû faire beaucoup d’efforts pour accepter les jaguars, les quetzals, les singes et le maïs !


    A quelques kilomètres de là, et à un coin de rue d’une vieille église coloniale, nous pénétrons dans une petite chapelle après avoir sonné à la porte. A l’intérieur, pas de bancs mais une table au milieu de la pièce où brûlent bougies et encens. En s’approchant de l’autel, on remarque de multiples offrandes peu traditionnelles dans la religion catholique : nombreuses canettes de bière, bouteilles d’alcool, gâteaux, cigarettes. Tous les vices sont là pour vénérer le « Roi San Pascual », un saint folklorique connu comme le roi du cimetière, proche du dieu de la mort des Mayas. Et en effet, il se présente sous forme d’un squelette vêtu d’une cape. Il a aussi pour fonction la guérison des maladies et forcément, les pèlerins sont nombreux à venir prier. Avec la désapprobation de l’église catholique bien sûr.

    Z
    L’entrée un peu mystérieuse de la Chapelle du Roi San Pascual
    Z
    A l’intérieur, la différence avec une église traditionnelle est évidente

    Enfin, à Zunil, nous avons pu assister à une cérémonie quasi-chamanique individuelle autour de San Simon, un dieu Maya devenu Saint, représenté sous forme d’un homme blanc en costume coiffé d’un chapeau et muni de lunettes noires. La personne venue l’invoquer a été coiffée du chapeau de San Simon par un prêtre et lui a fait boire une rasade de rhum donné par ce dernier, avec moultes incantations. Par respect nous n’avons bien sûr pas filmé ni photographié la scène, mais vous trouverez quelques photos du lieu prises juste avant. A noter qu’il existe 2 effigies : l’une fixée au lieu, l’autre mobile d’une maison privée à une autre au moment du 1er novembre de chaque année.

    C

    Une gitane au pays du maïs

    Le cimetière de Quetzaltenango est particulièrement riche en diversité de tombes : du simple tumulus pour les plus pauvres à la chapelle baroque pour les plus riches en passant par les cages en béton peintes de couleurs vives (selon les préférences du défunt) pour les autres.

    Z

    Il fait près de deux kilomètres carrés et l’on pourrait s’y perdre, mais pas besoin d’aller bien loin pour voir la sépulture la plus visitée. A deux pas de l’entrée, entre deux édifices plutôt ternes, on remarque rapidement cette tombe rose vif sur laquelle semble dormir une belle femme couverte de fleurs et de graffitis : il s’agit de Vanushka, une gitane dresseuse d’animaux dans un cirque hongrois de passage et dont s’était entiché le fils du gouverneur de la ville. Amour impossible sanctionné par l’exil du jeune homme en Espagne. Vanushka se serait donné la mort en désespoir. Nombreux sont ceux qui viennent depuis lui rendre visite car elle aurait le pouvoir de faire retrouver les amours perdues.

    Z

    Une autre particularité de ce cimetière est que la plupart des statues ont perdu la tête. Certains parlent de vandalisme, d’autre de trafic d’art. Mais ne serait-ce pas pour la belle gitane ?

    Z

    3 sorties volcaniques

    La ville de Quetzaltenango est entourée de trois volcans, dont deux sont en activité. Le Santa Maria est le plus haut (3773 m) et entre en éruption à peu près une fois par siècle, les dernières manifestations datant de 1902 et 2012. A l’inverse, son « petit frère » le Santiaguito, né lors de l’éruption de 1902, crache pour sa part cendres, projectiles et lave toutes les 20 minutes depuis cette date. Dans toute la zone, de nombreuses sources chaudes d’origine volcanique sont exploitées, souvent par des particuliers. Nous avons essayé de profiter un peu de tout ça.

    Z

    Nous avons commencé par un sauna de vapeur issue directement du volcan à Los Vahos. Un endroit qui ne paie pas de mine (rien ne semble avoir changé depuis plus d’un siècle…) et dont l’accès par un chemin en terre est assez délicat. Roberto s’en est bien sorti car la route était sèche, mais nous ne nous serions pas risqués si elle était boueuse. Sinon une première expérience de sauna fabuleuse dans un lieu hors du commun et sans autre visiteur que nous.

    Z
    Le sauna aux vapeurs volcaniques de Los Vahos
    Z
    On en sort tout de même bien détendus !

    Nous avons poursuivi par la randonnée jusqu’au mirador du volcan Santiaguito. 4 km aller-retour avec une montée très raide au début. Mais en haut, quelle récompense : spectacle permanent de fumerolles puis, après une quinzaine de minutes d’attente, une éruption impressionnante avec un panache de fumée s’élevant très haut et une teinte rougeâtre à la base laissant deviner la lave en fusion, le tout dans un bruit d’avion à réaction. C’est probablement faisable et encore plus spectaculaire la nuit, mais nous n’avons pas tenté.

    Z
    La route d’accès à notre camp de base au pied du volcan Santa Maria (qui cache le Santiaguito)
    Z
    C’est là que nous passons la nuit, parking fermé dans la cour d’une ferme. Plus pratique qu’exotique
    Z
    Z
    En 1h40 et 2 km de marche, on atteint le mirador du Santiaguito, à 2700 m d’altitude. Le volcan est là à moins de 2 km et l’on voit bien les fumerolles. Il n’y a plus qu’à attendre l’éruption…
    Et soudain le spectacle commence ! C’est une première, je tente une vidéo dans le blog, j’espère que ça chargera bien. N’oubliez pas de mettre le son.
    Z
    Il ne reste plus qu’à redescendre. Une petite heure sans s’arrêter

    Enfin, rien de tel après l’effort que d’aller se plonger dans des piscines d’eau thermale, là aussi alimentées par le volcan. Cela se passe aux Fuentes Georgina, près de Zunil. On s’y rend par une belle route asphaltée qui traverse un paysage magnifique fait de petits champs de cultures maraîchères, l’activité principale de la région. Peu avant le site, on perçoit nettement l’odeur du soufre. Une fois rendus, c’est un bonheur que de s’immerger dans ces bassins dont l’eau avoisine les 30 à 35°C alors que l’air ambiant tourne plutôt autour de 17°C compte-tenu de l’altitude. Seuls des locaux fréquentent les lieux, guère plus d’une dizaine de personnes, mais c’est probablement beaucoup plus le week-end.

    Z
    La belle route qui mène aux sources chaudes
    A
    avant de découvrir ces bassins d’eau sulfureuse. Il s’en dégage une brume permanente, pas vraiment bien rendue sur la photo
    B
    Et bien sûr on s’y plonge avec délice

    Encore des rituels mayas

    Nous avons passé la nuit dans un écoparc manifestement destiné à la sensibilisation des écoliers à l’écosystème particulier du coin (forêt de pins) et aux conséquences du dérèglement climatique. Pas d’écolier présent mais nous avons suivi le sentier pédagogique pour nous dégourdir les jambes. A un détour du chemin, nous avons aperçu un groupe maya en pleine cérémonie, avançant à genoux vers un autel en récitant des incantations.

    Une trentaine de kilomètres plus loin, nous avons visité le site archéologique Q’UMARKAJ, encore assez peu mis au jour mais très utilisé par les Mayas pour leurs rituels. A l’entrée d’ailleurs, des panneaux fixent quelques règles aux candidats à ces cérémonies et donnent la liste exhaustive des offrandes autorisées. Et des Mayas venant prier, nous en avons observé plusieurs, que ce soit devant le temple de la grande place, noirci par les feux régulièrement allumés sur des offrandes disposées en motifs géométriques, ou encore dans la forêt comme dans l’écoparc. Nous nous sommes même engouffrés dans un tunnel sacré (autorisé au public malgré tout) d’une trentaine de mètres de longueur, comportant plusieurs tunnels latéraux dans lesquels nous ne nous sommes pas risqués (l’un d’entre eux se termine par un puits très profond, mais lequel ?) et se terminant par une sorte d’autel où brûlaient un peu d’encens et une bougie, le seul éclairage de tout le conduit.

    Z
    Le site de Q’umarkaj. Au prime abord, de simples ruines
    Z
    Nous avons même trouvé une grotte sacrée dans laquelle se déroulent manifestement quelques rites

    Chichicastenango, le marché

    Z
    Chichicastenago : un « chicken bus » (bus scolaire nord-américain recyclé) à l’entrée de la ville

    Le marché de cette ville est réputé pour être l’un des plus grands et des plus spectaculaires du Guatemala, voire de toute l’Amérique centrale. Le problème est que cela attire les touristes en masse, venus par bus entiers de la capitale ou des cités voisines, surtout les jeudis et dimanches lorsque sa configuration est étendue. En raison de cet afflux, nous l’avons trouvé un peu moins authentique que les précédents visités. Malgré tout, les chalands locaux restent largement majoritaires et l’explosion de couleurs et la variété des étals est bien là, pour le plus grand plaisir des yeux. On y trouve aussi bien artisanat que produits frais, animaux vivants, accessoires de la vie quotidienne, médicaments, démonstrateurs de potions miracle et autres diseurs de bonne aventure. Quelques édifices religieux se trouvent au sein du marché, notamment cette église San Tomas fusionnée avec le temple maya sur lequel elle a été bâtie et fonctionnant en mode syncrétique (mélange des rites catholiques et mayas). Très active en tout cas le jour de notre présence.

    Z
    Z
    Les rites mayas devant et à l’intérieur de l’église San Tomas au beau milieu du marché. Ambiance !

    Chichicastenango, le cimetière

    Z

    Ce cimetière tout proche du marché est presque tout autant coloré que lui. Les couleurs sont généralement rénovées lors de la fête des morts, mais restent assez vives toute l’année. Elles peuvent refléter la couleur préférée du défunt, honorer les morts et célébrer la vie, ou encore représenter les énergies et les différentes forces de la nature (rouge = sang, vie, amour, passion ; bleu = eau, ciel, sagesse, spiritualité ; etc.). Il est plaisant de se promener dans les allées loin de la foule du marché voisin et d’observer, outre le paysage en arrière-plan, la diversité des tombes, des épitaphes et des décorations. On y trouve également en plusieurs lieux de cérémonies mayas, avec des offrandes disposées sur des supports en pierre de forme arrondie et que l’on brûle ensuite en récitant des incantations. A signaler enfin que beaucoup de caveaux en béton possèdent encore des fers apparents. Comme pour les maisons, c’est une façon d’anticiper la croissance de la famille et les futurs étages qui vont en découler…

    Z
    Z

    Une journée au lac Atitlan

    Z

    Ce lac très réputé au Guatemala résulte de l’explosion il y a 85 000 ans d’un volcan géant, qui a laissé un cratère de 8 km sur 18 et profond de 350 m accumulant eaux de pluie et de ruissellement. Trois autres volcans se sont formés ensuite, dépassant tous les 3000 m d’altitude, agrémentant le lieu d’un panorama exceptionnel. Douze villages se sont installés autour, la plupart n’étant accessibles que par bateau ou par une route de montagne éprouvante que peu de touristes se risquent à emprunter. Le bateau est de toutes façons bien plus plaisant et permet d’explorer à sa guise les villages de son choix. Chacun a sa personnalité. De Panajachel, excessivement touristique en raison de sa situation de plaque tournante vers les autres villages, à Santa Catarina, le plus intime car hors du circuit courant des lanchas publiques, en passant par Santiago Atitlan le plus peuplé, San Pedro envahi par les hippies, San Marcos par ceux du yoga et San Juan le plus authentique. Il y en a pour tous les goûts, mais à moins de rester une grosse semaine ici, il faut faire des choix. Nous avons suivi les conseils d’une agence de voyage qui nous a concocté un petit circuit accompagné d’un guide. Nous avons passé une excellente journée et découvert pas mal de curiosités. A découvrir en photos.

    Z
    Z
    Chacun a son style propre, mais toujours bien coloré
    Z
    Z
    Z
    Z
    Z
    Z
    tous ces petits grains de maïs blanc sont en relief !
    Z
    Notre guide nous emmène déjeuner vers 16h30… c’est rarement plus tôt là-bas !
    Z
    Z
    Quand vient l’heure du retour, le soleil est presque couchant.

    Notre route se poursuit vers les capitales, d’abord l’ancienne, La Antigua, puis la nouvelle Guatemala Ciudad, les deux seules villes que nous connaissions (un peu) au Guatemala. Nous avons avoir le plaisir d’approfondir. A bientôt !

    Parcours Guatemala
    Le parcours correspondant à cet article, en version zoomable ici