Catégorie : 2026 – Amérique du Sud 2

  • 174. La côte péruvienne

    174. La côte péruvienne

    Nous allons maintenant remonter la côte du Pérou jusqu’à la frontière équatorienne. Coincée entre l’Océan Pacifique et la Cordillère des Andes, c’est une longue bande de désert qui s’étend sur plus de 3000 km. Ponctuée ça et là de sortes d’oasis lorsque les rivières qui descendent des montagnes permettent l’irrigation. Mais partout ailleurs, c’est un paysage aride et purement minéral. La richesse de l’océan, renforcée par le courant froid de Humboldt, a favorisé il y a des millénaires le développement de nombreuses civilisations dont on retrouve pas mal de traces, et aujourd’hui la prospérité de la pêche (le Pérou est le second producteur mondial de poissons après la Chine) ainsi que l’hébergement de la majorité de la population du pays.

    Parcours Pérou 3 - La côte péruvienne
    Parcours correspondant à cet article, en version zoomable ici

    En premières lignes

    Les lignes de Palpa sont moins connues que celles de Nazca, et pourtant elles leur sont antérieures, tracées par le peuple Paracas précurseur des Nazcas. Plus souvent à flanc de colline, elles sont volontiers visibles depuis des petits sommets avoisinants. Nous avons pu en observer quelques-unes sans nous éloigner beaucoup de la route, notamment lors d’une pause déjeuner dans le désert où nous avons eu l’opportunité de garer Roberto sous l’unique pergola à des dizaines de kilomètres à la ronde.


    S’endormir au champ des baleines

    Nous nous garons pour la nuit près du centre-ville d’Ocucaje, le long d’un mur couvert de fresques de baleines et autres animaux marins. Y aurait-il une sorte de Marineland de l’autre côté du mur ? Sur ma carte, il s’agit plutôt d’une entreprise viticole fabriquant du Pisco. Pas étonnant puisque nous sommes dans la région d’Ica, là où est produit le fameux alcool national péruvien. La ville de Pisco n’en est que le port exportateur. Pour les baleines il faut une autre explication, que je vais trouver sur le site internet d’Ocucaje. On a retrouvé ici, dans un vaste bassin sédimentaire, de nombreux squelettes et fossiles de baleines et autres animaux marins datant pour certains de 36 millions d’années. C’est assez 😉 pour faire venir de nouveaux touristes qui en profiteront au passage pour déguster un Pisco sour.


    Les sorcières de Cachiche

    Cachiche est un ancien village dans la banlieue non pas de Marcheille mais de la ville d’Ica. C’était autrefois une forêt, dans laquelle se sont réfugiées quelques sorcières chassées par les conquistadors à l’époque coloniale. Nous nous rendons d’abord près d’un étrange palmier, dont six têtes rampantes ondulent près du sol comme les tentacules d’un poulpe. Une septième tête voudrait bien se rajouter aux précédentes, mais elle est régulièrement coupée par les habitants. Car selon la prophétie d’une des sorcières évincées, si la tête pousse, la ville d’Ica est détruite. D’ailleurs, en 1998, après un moment de négligence où la tête avait commencé à repousser, une aussi grave qu’exceptionnelle inondation a touché la ville. Depuis, le palmier est surveillé par les habitants d’Ica comme le lait sur le feu. Ou comme la potion magique dans le chaudron, terme plus approprié. Nous nous rendons ensuite au Parc des Sorcières de Cachiche, un lieu dédié aux sorcières du village, dont beaucoup sont en exercice et que l’on peut consulter. D’après les mentions au-dessous des statues, leurs pouvoirs sont surtout bénéfiques : santé, prospérité, nature, sagesse, amour, etc. La statue la plus vénérée est celle de Julia Hernandez Pecho, la vieille sorcière de 106 ans qui avait émis la prophétie. Étonnamment, elle apparait sous les traits d’une très jeune femme. Une preuve de ses pouvoirs ? A moins que son second nom ne soit synonyme d’espoir ?


    La fausse patate multicolore

    L’ulluco est une plante particulière à l’Amérique du Sud. Elle produit des tubercules qui ressemblent à de petites pommes de terre, avec la différence qu’elles sont multicolores pour une même récolte … et qu’il ne s’agit pas de l’une des 10 000 variétés connues de pommes de terre. Au contraire, l’ulluco est unique. Avec un goût proche par contre de celui des tubercules ramenés par Parmentier, l’utilisation est similaire : soupes, purées, cuisson à la vapeur et même chips ou frites. Bon appétit M’sieurs Dames !


    Le lac rose

    Nous sortons de la route Panaméricaine pour explorer le parc national de Paracas, occupant une péninsule et quelques îles. Ces dernières sont d’ailleurs surnommées les « Galápagos du Pérou », mais à l’inverse de ces dernières, on ne peut y débarquer. Comme nous n’avions pas envie de revoir des animaux marins mais de loin et d’un bateau plein de touristes, nous nous sommes contentés de la partie terrestre qui déjà vaut largement la visite. Une petite exception pour la route, toute en « tôle ondulée », éprouvante pour nous comme pour l’habitacle de Roberto. Le reste, c’est du désert, avec de belles dunes dans des mélanges de rose et de jaune, mais comportant un certain nombre de plans d’eau. Dont de belles lagunes d’un bleu profond tranchant sur le désert, ou encore rose bonbon, comme celle du célèbre Lac Rose sénégalais. La couleur est, c’est connu, liée à une microalgue, et permet de jolies photos. Le vent n’a pas permis de faire voler le drone, dommage. Pas sûr que ce soit autorisé d’ailleurs à cause de la réserve naturelle.


    La plage rouge

    Vous avez vu, nous restons dans les couleurs et dans l’exceptionnel. Cette « Playa Roja » ne payait pourtant pas de mine vue du premier observatoire que nous avons atteint. Mais c’était à cause du soleil de face. Lorsque nous sommes descendus au bord, du bon côté du soleil cette fois, la couleur rouge du sable est apparue dans toute sa splendeur. Jamais nous n’avions vu ça auparavant. Cette fois, la couleur n’est pas due à une algue mais tout simplement à celle du sable formé par les rochers bordant la plage. Nous avons eu l’occasion d’y observer quelques oiseaux, dont des urubus à tête rouge, emblématiques de la région et finalement parfaitement assortis à la plage.


    Pisco, juste un port


    Lima, juste une ville

    Nous n’avons fait que traverser Lima. Notre décision de ne pas nous y arrêter a reposé sur plusieurs arguments. D’abord nous avons déjà visité cette ville avec nos enfants il y a plus de 20 ans et elle ne nous avait pas laissé un souvenir impérissable. Ensuite parce que circuler avec Roberto dans la 4ème ville la plus embouteillée du monde ne nous tentait guère, sans parler d’y séjourner dans une chaleur étouffante. Rien que de traverser la ville en restant sur les différentes branches de la route Panaméricaine nous a confirmé dans notre choix. La conduite péruvienne est de l’ordre du chacun pour soi, aucune règle ne semble applicable et la police est totalement absente, si ce n’est pour des verbalisations abusives pour tout et n’importe quoi dans certains lieux heureusement identifiés sur notre application et que nous avons pu contourner. La notion de voie de circulation semble inconnue, le dépassement peut se faire aussi bien à gauche qu’à droite et parfois même sur le trottoir si besoin. Les poids-lourds n’hésitent pas à forcer le passage en vous collant à 2 ou 3 cm. Et je ne parle pas des klaxons permanents, des 2 et 3 roues qui se faufilent de façon encore plus périlleuse au milieu de tout ça et des trous dans la chaussée. Il faut être à la fois concentré et zen pour ne pas se laisser submerger par ce rodéo urbain. Et ça ne serait pas plus facile avec une voiture. Bref, vous aurez compris que ne n’ai pas eu vraiment le temps de prendre des photos, et Claudie était sans doute trop stressée pour ça aussi !


    Le palais du désert

    J’en ai déjà parlé, la bande littorale péruvienne n’est qu’un long désert. Au nord de la capitale, ça reste la règle et nous parcourons des centaines de kilomètres dans des environnements purement minéraux bordés de plages sauvages et immenses mais inaccessibles, aucun chemin n’y menant. C’est côté montagne que nous allons faire notre pause pour la nuit, au pied d’une construction qu’on dirait faite spécialement pour un décor de cinéma. Ce pourrait être le palais d’un seigneur pré-inca ou encore un hôtel abandonné. En réalité, c’est une sorte d’usine de triage de gravier et de sable, qui a effectivement été abandonnée et dont les intérieurs ont été comblés. Mais l’ambiance était surréaliste et l’isolement parfait.


    Le premier centre d’études anatomiques au monde

    Nous avons la chance apparemment de visiter près de Casma le plus ancien site urbain connu des Amériques déjà présent plus de 2000 ans avant notre ère. Faute de moyens, seule une toute petite partie a été dégagée, le Cerro Sechin (du nom du peuple de l’époque), révélant déjà des gravures peu communes le long du mur d’enceinte. Ce sont surtout des humains qui sont représentés, les uns en situation de guerriers avec haches, épées, etc. et les autres au titre de victimes très malmenées : membres arrachés, sang giclant des crânes, abdomens éventrés, yeux enfilés sur des brochettes et j’en passe. À y regarder de plus près, si j’ose dire, les experts estiment que ces probables victimes de guerre ont servi à des études anatomiques approfondies. On retrouve gravés dans la pierre des schémas de poumons, reins et autres colonnes vertébrales clairement identifiables. Si la cause peut être noble, j’espère au moins que les victimes étaient mortes au moment des études de cas…


    De beau à Moche

    À l’approche de la ville de Moche – pas de chance pour eux leurs ancêtres du 1er millénaire de notre ère s’appelaient comme ça – nous côtoyons (paradoxalement ?)  des kilomètres de haies en bougainvilliers. Quel luxe! La ville revendique haut et fort son appartenance à cette civilisation évoluée, en exposant le long d’une avenue tout son panthéon de divinités, totalement Moches donc. De l’énigmatique être mi-homme mi-crabe à l’imposant poisson humanoïde à l’air maléfique, en passant par le « décapiteur » responsable des sacrifices humains. Nous trouverons un peu plus loin un autre témoignage de cette civilisation : les poteries érotiques, dans une allée bordée de reproductions géantes devant lesquelles les familles décomplexées photographient volontiers leurs enfants. C’était Vendredi Saint en plus…


    Trujillo en technicolor

    Moche est une petite ville de la banlieue de Trujillo, capitale régionale et 3ème ville du Pérou de par le nombre d’habitants (820 000, environ la population des métropoles de Nice ou Toulouse). Comme beaucoup de villes péruviennes, l’architecture en périphérie est plus que quelconque. Mais le centre-ville se distingue par une profusion de couleurs dans les bâtiments coloniaux situés autour et à proximité de la Plaza Mayor. Quand on y rajoute les balcons en bois sculpté, les façades en adobe, les fenêtres artistiquement grillagées et les toits de tuiles rouges, cela fait un ensemble plutôt agréable à regarder. En ce week-end pascal, les églises étaient plutôt animées, et notamment le parvis de la cathédrale avec des reconstitutions de scènes de la vie de Jésus.


    Un jour aux courses

    C’est le moment de mon petit inventaire épisodique des rayons des supermarchés. Axé principalement sur les boissons. J’y ai déjà retrouvé le lait Gloria de mon enfance, je ne sais pas si c’est encore vendu en France. Gloria fait aussi dans la colada morada, cette boisson sucrée à base de maïs violet typiquement péruvienne. Pas besoin de chercher longtemps dans les rayons pour trouver de la Cusqueño, cette bière très populaire originaire comme son nom l’indique de Cuzco. Et puis l’inévitable Inca-Kola, disponible ici en pack de 2 fois 3 litres, témoignant de la forte consommation locale. Coca-Cola est jaloux de cette boisson qui lui vole la vedette, et c’est peut-être l’entreprise américaine qui pousse à la commercialisation de packs mixtes : 3 litres d’Inca-Kola + 3 litres de Coca-Cola. Avec une possibilité pour que la boisson locale ne perde pas la face : des packs de 6 litres d’Inca-Kola pour 3 litres de Coca-Cola. Cela dit, c’est plus la santé que la face qui est à perdre pour les péruviens, avec pas loin d’un kilogramme de sucre dans ce pack de 9 litres ! On termine sur une particularité bien sud-américaine avec ce rayon intitulé carnes y aves, soit viandes et volaille. Là-bas, attention, la volaille ça n’est pas de la viande !


    Chan Chan

    Nous faisons connaissance, toujours dans la banlieue de Trujillo, avec un nouveau peuple précolombien, les Chimú, qui ont vécu ici du IXe au XVe siècle de notre ère jusqu’à être absorbés par les Incas (dans le sens figuré, ce n’était pas des anthropophages !). Avant de disparaitre, ils ont largement eu le temps de bâtir un ensemble de 9 citadelles toutes en argile et paille. Ce n’est rien moins que la plus grande ville en adobe au monde, et elle a remarquablement survécu au temps. Seule l’un des citadelles est en cours de restauration. On peut y apprécier des murs décorés de motifs représentant la mer, les poissons et les oiseaux, les Chimú rendant hommage ainsi à leur dépendance à l’océan Pacifique et à leurs croyances animistes. Et puis de grandes salles de réunions administratives (tribunaux, etc.) ou publiques et un système avancé de gestion de l’eau, essentiel dans cette région pour transformer le désert en terres fertiles. Encore un site étonnant où beaucoup reste à découvrir.


    David et Goliath

    2 véhicules que tout oppose mais volontiers choisis pour la vie nomade. Faut-il privilégier l’aspect passe-partout ou le confort ? Et vous, seriez-vous plutôt David ou Goliath ?


    Retour sur la culture Moche

    Dans un musée qui leur est consacré, nous en apprenons un peu plus sur la culture Moche (ou Mochica, c’est plus joli) qui a prospéré sur la côte nord du Pérou entre 100 et 700 ap. J.-C. Cette société avancée était dirigée par une élite guerrière et religieuse, avec des prêtres, des artisans et des paysans. Leurs villes en adobe étaient entourées par des pyramides qui n’étaient accessibles qu’aux élites. La guerre préoccupait leur quotidien, tout comme le climat. Finalement nous ne faisons pas mieux, sauf qu’à l’époque pour faire pleuvoir, on sacrifiait des humains aux dieux des montagnes. Tout ceci se retrouve parfaitement illustré sur leurs poteries, un art dans lequel ils excellaient. Et à moindre degré dans des objets en métal dont ils maîtrisaient aussi la technique.

    Deux de ces pyramides sont d’importance archéologique majeure dans la région : celle du soleil (Huaca del Sol) et celle de la lune (Huaca de la Luna). Si la première est au stade zéro des explorations (elle était consacrée au pouvoir politique – on craint peut-être d’y découvrir des horreurs), la seconde a été en grande partie dégagée. Cette pyramide haute d’environ 21 mètres, entièrement construite en briques d’adobe, a, autour d’une cour intérieure, une apparence de gradins. Elle est composée en fait de plusieurs plates-formes superposées, chacune correspondant à une phase de construction différente. A chaque niveau, les murs sont décorés de fresques polychromes toutes originales et remarquablement conservées, représentant des divinités, des scènes mythologiques et des motifs géométriques. Une visite extraordinaire en immersion dans une civilisation disparue. Obligatoirement guidée mais par des gens compétents et utiles à la compréhension du site.


    Mur Murs documenteurs

    C’est par ce clin d’œil aux documentaires jumeaux d’Agnès Varda que j’aborde cette immense fresque historique proposée à ses habitants et peut-être aussi aux touristes par la ville de Chiclayo. Sur 390 m le long d’une avenue est illustrée l’histoire des civilisations précolombiennes Moche et Lambayeque. Conçues par des archéologues et des artistes locaux, ces fresques sont un véritable livre à ciel ouvert, un plus culturel indéniable pour la ville.

    Elles prolongent en fait une série de statues relatives à ces 2 civilisations et à leur divinités monstrueuses, que nous avons revues avec plaisir après notre première rencontre dans la ville de Moche.


    Toutous nus

    Depuis que nous sommes dans cette région du nord du Pérou, nous rencontrons d’étranges chiens totalement démunis de poils ou presque (parfois ils ont un petit toupet sur la tête ou le dos) comme s’ils sortaient tondus de chez un véto ayant suspecté une teigne généralisée. Ça leur donne un air à la fois maladif et attendrissant, d’autant que ce sont des animaux plutôt gentils avec les humains. Les civilisations pré-incas ne s’y sont pas trompées et ont élevé ce chien tout nu au rang d’animal sacré. Il existait donc déjà il y a 2 ou 3000 ans et figure sur des poteries de l’époque, aux côtés de prêtres notamment. On prêtait autrefois à ces animaux des vertus curatives liées à la chaleur que leur corps procurait en peau à peau avec les humains. De vraies bouillottes vivantes !


    Scanner à toute heure


    Vamos a la playa

    Le littoral péruvien, avec ses 3000 km, comporte de très nombreuses plages, dont la plupart sont aussi sauvages qu’inaccessibles, notamment dans le Sud. De toutes façons, les vagues fortes et la température basse de l’eau n’attire guère les baigneurs. Près des grandes villes du milieu du pays, c’est la pollution et l’insécurité qui posent problème, notamment autour de la capitale Lima. Finalement, les plages qui commencent à avoir un peu d’intérêt pour les touristes sont celles du nord, à proximité de la frontière équatorienne, où les courants tropicaux affrontent le courant froid de Humboldt venu de l’Antarctique, rendant l’eau tempérée en été (décembre à avril). C’est là que nous avons daigné faire trempette, du côté de la ville de Mancora. Une station balnéaire qui n’a rien à voir avec nos standards européens : rue principale défoncée et poussiéreuse, rues secondaires en terre et insécures. Comment imaginer que si la ville ne dispose pas des moyens pour entretenir sa voirie elle puisse mettre en place un réseau d’assainissement correct ? Nous nous sommes éloignés le plus possible du centre et des quelques affluents douteux, en nous installant dans la cour d’un petit hôtel pour pouvoir garder nos fenêtres ouvertes la nuit (29°C au plus bas, 37°C dans la journée !).

    L’ambiance générale était plutôt agréable, j’ai eu le temps d’observer quelques fleurs intéressantes, mais la chaleur nous a donné très envie de retourner dans les montagnes. C’est le bon moment pour quitter le Pérou et gagner l’Équateur ! A bientôt là-bas !

  • 173. De Cuzco à Nazca

    173. De Cuzco à Nazca

    Notre parcours en zigzags (le luxe d’avoir le temps de voyager) nous amène d’abord à Cuzco, le nombril du monde Inca, puis Nazca et ses célèbres géoglyphes que nous espérons pouvoir survoler en avion. Y parviendrons-nous ?

    Parcours de Cuzco à Nazca
    Parcours correspondant à cet article, en version zoomable ici

    Les 3 ponts (ou l’étroit pont) de Checacupe

    Un air de déjà vu ? En effet, un article et 10 km en amont, nous avions observé un ensemble de 3 ponts datant de 3 époques radicalement différentes, et notamment un frêle pont inca que, je vous rassure, nous n’avons pas tenté de franchir. À peine quelques tours de roues plus loin, c’est un nouvel ensemble de 3 ponts qui retient notre attention. Le pont inca cette fois semble de bonne facture et nous n’hésitons pas à le franchir. Paradoxalement, c’est le pont moderne, comme perché sur un frêle échafaudage, qui parait le plus fragile. Cette fois, c’est Roberto que nous n’y engagerons pas, même si le GPS nous incitait à le franchir. La ville est par ailleurs très mignonne, assez typée amérindienne si l’on en juge par la façade de l’église et ses croix incas, par les décorations plumaires sur les maisons et par le condor qui domine la ville telle un Christ rédempteur. Et si l’on n’était pas convaincu, un parc thématique achève la démonstration (voir ci-dessous)


    Un pneu, de tout…

    Non loin de là, dans le même village, se trouve une attraction inhabituelle : un petit parc thématique représentant personnages et animaux de la cosmologie andine, réalisés principalement avec 30 tonnes de pneus usagés et quelques autres matériaux, tous récupérés sur la route Panaméricaine entre la ville voisine et ici. Ce sont des artistes de Cusco qui ont œuvré, à l’initiative de la municipalité. Parmi ces « statues », on distingue la trilogie inca (condor, puma et serpent), d’autres animaux sacrés tels le lion, le jaguar et le lama, les apus – montagnes transformées en dieux – tutélaires de la ville, et quelques autres personnages tirés de légendes locales, comme ce coq mocco.


    Insolites


    Cuzco, le nombril du monde Inca

    Cuzco, est l’une des villes les plus emblématiques du Pérou. Perchée à 3 400 mètres d’altitude dans l’Altiplano andin, elle fut la capitale de l’Empire inca. Et même si ça n’a duré que trois siècles, les traces sont encore bien perceptibles aujourd’hui. En grande partie parce que les Incas savaient construire solide. Même si les Espagnols lorsqu’ils ont conquis la ville au XVIe siècle ont bâti leurs monuments sur les fondations des édifices incas tout en récupérant les pierres d’autres bâtiments, ils n’ont eu de cesse de reconstruire leur propre partie, régulièrement affectée par les tremblements de terre. Tandis que la base inca souvent était la seule chose qui tenait encore debout. On retrouve un peu partout en partie basse ces murs incas, dont les pierres s’assemblent si intimement les unes aux autres que l’on ne peut glisser une feuille de papier entre elles. La plus emblématique d’entre elle possède pas moins de 12 angles. Quel savoir-faire ! Il reste que les nombreux monuments coloniaux de la ville, même reconstruits, sont agréables à regarder et visiter. En 1983, Cuzco a été classée au patrimoine mondial de l’UNESCO.


    Manger une paire de cuy…

    La grande spécialité culinaire du Pérou, que l’on rencontre forcément dans une ville truffée de restaurants comme Cusco, c’est le cochon d’Inde, appelé ici cuy. Qui se prononce bien comme vous pensez. Lors de notre séjour précédent il y a 24 ans, avec nos enfants, possédant un cochon d’Inde à la maison, nous avions d’emblée écarté l’idée de déguster la chose. Mais avec le temps, sans enfant avec nous, il ‘était plus question de passer à côté de cette expérience gustative. Nous avons jeté notre dévolu sur le restaurant Mr Cuy (prononcer misteure couille) en plein centre-ville, spécialisé dans la cuisine de ces rongeurs. Bah finalement, passée la surprise de l’arrivée du plat, nous n’avons pas trouvé ça extraordinaire. Une chair rosée peu abondante et difficile à détacher, un gout entre le poulet et le lapin. Pas de quoi se pâmer comme un péruvien. L’accompagnement était très andin avec maïs blanc, pommes de terres, fèves, risotto de quinoa. Ne buvant pas d’alcool à cette altitude (ça favorise le mal des montagnes), nous avons opté pour la chicha morada, boisson andine associant maïs violet, ananas, pommes, cannelle, clous de girofle et citron vert. Plutôt bon quand ça n’est pas trop sucré.


    Le quartier de San Blas

    On vous emmène faire un petit tour dans ce quartier pittoresque perché sur les hauteurs de Cusco. Du temps des Incas, c’est là qu’étaient logés les artisans de haut niveau. Les Espagnols ont maintenu la tradition, détruisant juste le temple inca local pour le remplacer par une église appelée San Blas qui donne son nom au quartier. Si l’on excepte l’ascension difficile de ces étroites ruelles – à 3 400 m d’altitude il faut souvent reprendre son souffle – la promenade est pleine de charme. Artisanat de qualité partout, décoration des rues soignée, aspect moyenâgeux lié aux pavés et caniveaux centraux : une vie de bohème. Le plus dur est de devoir ralentir le pas pour redescendre !


    1 arche, 3 croix, 3 cènes et 21 crèches

    C’est un petit moment de détente qui nous attend au Musée d’Art Populaire de Cuzco. Ce petit musée est dédié à la présentation des œuvres d’artisans locaux, aussi bien traditionnelles que contemporaines, avec des sculptures, des céramiques, des travaux sur métal, des retables et bien d’autres créations artisanales. Ce musée est géré par l’Institut Américain d’Art de Cuzco, une institution active depuis 1937, et il participe chaque année à l’organisation d’une foire qui se tient le 24 décembre de chaque année et qui fait un peu office de concours, notamment sur le thème de la Nativité. Pas étonnant donc d’y trouver de nombreuses crèches avec de multiples déclinaisons en matériaux, ethnies, humour.


    Sacsayhuamán

    Sacsayhuamán est l’un des sites archéologiques les plus impressionnants et mystérieux de la civilisation inca, situé à quelques kilomètres au nord du centre historique de Cuzco, au Pérou. Perchée à plus de 3 700 mètres d’altitude, cette forteresse domine la ville et offre une vue panoramique sur la vallée de Cuzco. Elle a été construite au XVe siècle, principalement sous le règne de l’empereur Pachacútec, qui a redessiné la ville de Cuzco en forme de puma, Sacsayhuamán représentant la tête de l’animal, symbole de puissance dans la culture inca. Le site servait à la fois de forteresse militaire, de lieu de culte dédié au dieu Soleil (Inti), et de scène pour des cérémonies religieuses et des rassemblements publics. On retrouve dans son architecture les fantastiques murs incas, avec ces pierres parfois énormes et pourtant intimement assemblées. Sur un côté, 3 murs forment des zigzags parallèles. Une astuce défensive pour les uns, les dents du fameux puma pour les autres. En face de la forteresse aux formes anguleuses, une colline couverte de nappes ondulées et striées tranche. On dirait de grands toboggans, et le plus curieux c’est que c’est bien l’usage qui a été fait des ces coulées de boues solidifiées. Des enfants Incas aux touristes adulescents, des milliers de postérieurs ont dévalé ces pentes depuis au moins 7 siècles. La roche étant humide, nous n’avons pas tenté l’expérience, mais j’avoue que l’idée m’a effleuré.


    Le coup du bébé alpaga

    Dans les zones les plus touristiques de Cuzco, la scène est commune : une femme en habits traditionnels Quechua (très colorés et avec cette sorte de grande galette sur la tête) portant un adorable bébé alpaga dans les bras vous propose de faire, moyennant quelques soles, la photo du siècle : vous avec cette peluche vivante dans les bras à côté d’une autochtone, faisant croire à votre entourage que vous venez de participer à « Rendez-vous en terre inconnue ». Certes, l’aspect pécuniaire est évident et peut donner des états d’âme (que nous avons eus). Et l’intérêt du bébé alpaga n’est pas évident. D’un autre côté, c’est peut-être la seule rémunération de ces femmes, et c’est aussi une façon d’affirmer leur identité. Alors pourquoi pas…


    Avant l’indigestion

    Le site de Pisac, à une heure de Cuzco
    Le site de Pisac, à une heure de Cuzco

    Les ruines incas abondent dans la région de Cuzco qui était le fief de cette civilisation. Notamment le long de ce que l’on appelle la Vallée Sacrée des Incas. Un billet groupé permet d’en visiter plusieurs, pour le bonheur des passionnés de vieilles pierres et le malheur des autres s’ils accompagnent les premiers. Je ne parle pas pour nous sommes entre les deux : si l’on s’émerveille des premiers vestiges rencontrés, on sature vite. Alors, comme on ne vous parlera pas du Macchu Pichu que nous avons décidé de ne pas revisiter, nous nous permettons de mentionner le site de Pisac, à 1 heure de Cusco. Un peu différent des précédemment cités, il se distingue par ses terrasses agricoles en demi-cercle, ses temples éparpillés, ses tours de surveillance et ses habitations reconstituées. Les magnifiques terrasses bien vertes ne sont entretenues aujourd’hui que par les alpagas (déjà photogéniques par nature, mais dans un tel décor…) mais servaient autrefois à cultiver maïs, pommes de terre, quinoa et autres plantes. Le site est immense et parcouru de chemins de randonnées, depuis lesquels la vue est époustouflante. Quelques passerelles et tunnels très pentus peuvent même générer un peu d’adrénaline. Tandis qu’un vertigineux pan de mur inaccessible de l’autre côté d’un ravin, percé de centaines de tombes malheureusement pillées, peut susciter, lui, un brin d’émotion. Allez, c’est fini, on ne parle plus des ruines Incas.


    Pisac, le village


    Flore et faune

    Les trouvailles sont quotidiennes, avec toujours beaucoup d’espèces jamais rencontrées auparavant.


    Le monolithe de Saihuite

    C’est un gros caillou trouvé au sommet d’une colline du sud du Pérou. Comme brisé en deux et avec une tranche très irrégulière, à la manière d’un fossile. Alors quelle bestiole préhistorique se cache à l’intérieur ? En fait il ne faut pas hésiter à employer le pluriel, car ce sont plus de 200 figures animales et végétales qui seraient présentes là. Ça paraît évident sur le dessin des experts mais beaucoup moins quand nos yeux profanes regardent le caillou. Par contre, lesdits experts n’arrivent pas à s’accorder sur la fonction du caillou : maquette de test pour le circuit de l’eau d’une ville, représentation symbolique de l’univers ou encore support d’adoration religieuse ? Moi je dirais zoo miniature pour la petite sœur du sculpteur. Jusqu’à preuve du contraire, ma version se tient.


    Élections prochaines

    Le 12 avril prochain, ce sera au Pérou le premier tour des élections présidentielles, en parallèle avec les législatives. Le président sera élu pour 5 ans au suffrage universel à 2 tours, comme chez nous quoi. Avec au moins 3 différences notables. La première est que les affiches électorales ne sont pas placardées à droite et à gauche, mais peintes sur une multitude de murs et autres bâtiments. Dont une ruine en pleine campagne juste derrière notre emplacement de bivouac. Nous avons pris en flagrant délit l’équipe venue peindre ces vieux murs. Cela dit, ils étaient peut-être en règle. La seconde différence, c’est que 35 candidats sont en lice, dont seulement 3 femmes. Et la troisième, last but not least, c’est que 7 ex-présidents sont soit incarcérés soit en cours de poursuites pour corruption… Le président élu en 2021 a été destitué moins de 2 ans plus tard pour « incapacité morale ». Sa colistière qui avait pris le relais a connu le même sort fin 2025, ainsi que le président du parlement nommé par intérim peu de temps après. La fonction semble éminemment éphémère ! Manifestement, la population n’en peut plus et souhaite évidemment du changement. Mais les partis politiques les plus en avance dans les sondages sont proches des sortants. A part une révolution, on ne voit pas trop comment la situation peut évoluer. Nous avions vu qu’en Bolivie, outre l’interdiction de la vente et de la consommation d’alcool, toutes les routes et aéroports nationaux étaient fermés les jours d’élections. Il ne semble pas que cela soit aussi radical au Pérou, mais nous nous interrogeons sur l’opportunité de sortir du pays avant les élections.


    Pêche à la ligne

    Qu’est-ce que qui a bien pu passer par la tête de ce peuple Nazca lorsqu’il s’est mis à dessiner sur le sol des araignées ou des colibris de 50 m de long ou encore ce pélican de 285 m d’envergure alors que personne à l’époque (de -500 à +500 av./ap. J.-C.) n’avait la possibilité de voir ces œuvres dans leur globalité ? Distraire les dieux ? Distraire ou rebuter les extra-terrestres ? Personne n’a la réponse aujourd’hui et probablement personne ne l’aura demain. Les Nazca eux-mêmes ne soupçonnaient peut-être même pas que leurs petites rigoles creusées dans le sol seraient encore là 2000 ans plus tard, ni que des gaspilleurs d’énergies fossiles comme nous auraient la possibilité de voir leurs dessins depuis les airs en lieu et place des dieux ou des extra-terrestres espérés. En tout cas pour nous ça a été une chouette expérience. D’abord une revanche sur le fait de n’avoir pas pu les survoler lors de notre premier voyage, pour cause essentielle de budget insuffisant. Et puis le plaisir de découvrir tout ça depuis les airs, avec l’aide quasi indispensable du guide-copilote car on peut très vite manquer ces figures – malgré leur taille – si on ne regarde pas à l’endroit précis. Merci donc à l’équipage d’AeroMoche (oui ça fait bizarre, mais les Moche – prononcer motché – sont un autre peuple précolombien) de nous avoir fait découvrir ces étonnants géoglyphes et de nous avoir ramenés en vie, à défaut d’être en forme. En effet, l’alternance des rotations à angle élevé, une fois dans le sens horaire puis une fois dans le sens antihoraire autour de chacune des 21 figures afin que chacun puisse bien voir a chaviré l’estomac de 4 passagers sur 6. Dans la moyenne parait-il…

    Et ci-dessous une version en images statiques pour ceux qui auraient le mal de l’air ou du mal à charger la vidéo


    C’est avec Nazca que nous clôturons ce second parcours péruvien. Nous allons maintenant remonter le long de la côte en empruntant la route Panaméricaine. D’autres découvertes à suivre donc, ne nous abandonnez pas !

  • 172. Bienvenue au Pérou

    172. Bienvenue au Pérou

    Ayant traversé la frontière au niveau du lac Titicaca, à 3850 m d’altitude, nous ne changeons guère de décor. Les cultures sur les rives du lac sont peut-être plus nombreuses mais les petites maisons modestes aux parois de briques et aux toits de tôle sont les mêmes, et les chaînes montagneuses enneigées sont toujours là en toile de fond. Mais les différences ne devraient pas tarder à se manifester.

    Parcours correspondant à cet article, en version zoomable ici

    Puno, cité lacustre

    En dehors de l’hypercentre où subsistent quelques beaux bâtiments coloniaux, la ville est tout à fait quelconque. Comme d’habitude à l’arrivée dans un nouveau pays, nous y avons fait quelques courses essentielles : plein de diesel (c’est un bonheur de revoir plein de stations-service partout après les difficultés boliviennes), plein du frigo (il a fallu traverser le frigo vide) et achat d’une carte SIM pour Claudie. Il se dit sur les réseaux que les opérateurs n’auraient plus le droit de fournir des forfaits aux étrangers, et notre première tentative a semblé confirmer le fait. Mais nous avons trouvé apparemment le seul opérateur qui serait autorisé, Bitel, et qui nous a délivré un forfait sans histoire. Tout illimité 1 mois pour 10 euros, c’est moins cher qu’en France. Pour ma part, mon forfait Sosh couvre le Pérou.


    L’odyssée du Yavari

    Dans un port de Puno, un ancien navire à vapeur attend sagement au mouillage les rares visiteurs, en attendant un avenir meilleur. Son histoire peu commune nous a intéressés et nous avons eu envie de le visiter. Il a été commandé en Angleterre en 1861 par la marine péruvienne avec un autre bateau similaire. Mais pas question de lui faire traverser l’Atlantique par ses propres moyens, comment aurait-il fait pour rejoindre le lac Titicaca au beau milieu de la Cordillère des Andes ? Alors il a été transporté en 2766 pièces détachées, dont aucune ne devait dépasser es 1 750 kg, la charge maximale permise pour une mule (ce qui est déjà énorme !). Le transport maritime puis terrestre a pris 7 ans avec de nombreux imprévus, avant que le Yavari ne fut enfin assemblé, puis enfin lancé en 1870. Il fonctionnait initialement à la voile et avec une chaudière à vapeur alimentée par du fumier de lama. Désarmé, il fut revendu à une compagnie britannique qui installa un moteur diesel suédois, toujours en place et fonctionnel aujourd’hui. En 1975, le navire fut abandonné et commençait à sérieusement se dégrader lorsqu’il fut remarqué par une Anglaise qui organisa, via une association caritative, sa restauration avec l’objectif final de faire de petites croisières sur le lac Titicaca. C’est le second du navire, un véritable passionné, qui nous en a fait la visite. Malgré le peu de moyens dont il dispose il fait son possible pour entretenir ce qui existe et améliorer petit à petit le bateau. Nombre de pièces sont originales, et cuivres comme boiseries brillent comme au premier jour. Magnifique. J’adorerais faire une petite traversée du lac sur le Yavari !


    Dormir sur la paille ?

    Sur le papier, les îles flottantes des Uros, posées sur le lac Titicaca face à Puno, ont tout pour faire rêver : des îlots tressés en roseaux (la totora), des maisons dorées qui semblent flotter entre ciel et eau, et une culture ancestrale qui défie le temps. Les touristes s’y pressent, pensant découvrir là un mode de vie figé dans le temps, allant même jusqu’à « dormir chez l’habitant ». Dans la réalité, les habitants vivent tous à Puno, marre d’être toujours sur la paille… Ils reviennent le jour, juste avant les touristes, pour faire le petit-déj à ceux qui ont dormi là, ou surtout pour vendre repas et souvenirs aux autres. Certes la magie de marcher sur un sol qui s’enfonce sous les pas existe, tout comme celle d’observer une manière de vivre qui a bien existé autrefois, mais il est difficile de ne pas se rendre compte de l’organisation implacable qui est derrière tout ça. A vrai dire, ma critique ne se fonde que sur l’expérience que décrivent les gens sur les réseaux. Nous étions déjà allés sur les iles Uros avec nos enfants il y a 24 ans, et nous avons décidé de ne pas y retourner. Seul le drone y a fait un petit tour grâce à un stationnement nocturne opportun sur les hauteurs juste en face.


    Le cimetière inca-colla

    Connaissez-vous l’Inca-Kola, la boisson nationale gazeuse péruvienne qui devance – une exception mondiale – le Coca Cola ? On en voit partout ici, même dans les petites échoppes du site archéologique de Sillustani que nous visitons aujourd’hui. Si je me suis permis cette allusion, c’est pour faire un parallèle douteux avec les peuples qui ont géré ce site funéraire : d’abord les Collas, entre le IXe et le XIIIe siècle, puis les Incas entre le XVe et le XVIe siècle. Certaines tombes seraient encore antérieures, remontant aux Tiwanakus (Ve – IXe siècle). Dans tous les cas, il s’agit de chullpas, des tombes familiales en forme de tour possédant une petite entrée en bas que l’on refermait après y avoir introduit défunts et offrandes. On voit bien les différentes techniques de fabrication, notamment les rampes qu’utilisaient les Collas et la taille précise des pierres employée par les Incas. L’ensemble, situé sur une péninsule au milieu d’un lac, offre des paysages magnifiques.

    Habitation typique du peuple Colla, un peu avant d'arriver à Sillustani
    Habitation typique du peuple Colla, un peu avant d’arriver à Sillustani

    Retourné à la campagne (3 lettres)

    Une définition sympathique de mots croisés* qui m’amène à vous parler de la monnaie péruvienne : le sol, qu’on nomme aussi le PEN en code ISO mais je ne voudrais surtout pas faire de politique. 😁 Encore qu’il est amusant de vouloir convertir le PEN à l’euro 😉 Un Sol vaut quasiment 0,25 €, ce qui nous simplifie grandement la tâche pour les conversions puisqu’il suffit de diviser les prix par 4. 👌 On trouve habituellement au dos des billets et des pièces des animaux (jaguar, vigogne, colibri, condor, etc.) et plantes typiques ou endémiques (reine des Andes, quinquina, orchidées, etc.) du Pérou. 🐆🦙🦅🌺🌾 Ça donne envie de collectionner les billets, non ?

    *J’aimais bien aussi « Rencontré après la gamelle »…


    Arequipa, la ville blanche

    Nichée à 2 300 mètres d’altitude, aux pieds de trois volcans qui devraient pourtant la salir de leurs cendres, Arequipa est pourtant surnommée « la ville blanche » en raison de la pierre volcanique claire, le sillar, dont on se sert pour bâtir ses principaux édifices. Cette pierre a l’avantage en outre de se tailler facilement, ce qui permet d’orner au mieux les façades de ses édifices baroques, de ses nombreuses églises, de son immense cathédrale qui occupe à elle seule un pan entier de la Place des Armes (cas unique au Pérou) et de nombreuses cours intérieures plus ou moins ouvertes au public. De fait, Arequipa est souvent considérée comme ville la plus élégante du Pérou.


    Une ville dans la ville

    Le monastère de Santa Catalina occupe au sein d’Arequipa un quadra entier (c’est l’espace compris entre 4 rues qui se croisent, formant une véritable ville dans la ville, ce qui était encore plus vrai à l’époque de sa création, en 1850, lorsque ce monastère vivait en totale autonomie. A l’instar du couvent Santa Teresa que nous avions visité à Cochabamba en Bolivie, les novices entrées ici selon le souhait de leur famille et moyennant 100 pièces d’or par an, ne devaient plus prononcer un mot et devaient consacrer leur vie au travail et à la prière. Mais à l’inverse du couvent bolivien, elles avaient le choix au bout de 4 ans de poursuivre ou non leur vie monastique. Dans ce cas, elles avaient la possibilité, en fonction des moyens donnés par leur famille, de se construire un appartement de plusieurs pièces, d’y faire venir des servantes, agrandissant ainsi la ville peu à peu. C’est ainsi un dédale de ruelles que l’on parcourt, tout en passant d’un appartement à l’autre par des porches ou des ouvertures étroites. Les murs peints alternativement en bleu et ocre, les couleurs vives de l’abondant fleurissement et les jeux de lumière avec le soleil en font un lieu assez magique à parcourir. Tout en découvrant petit à petit les anecdotes de la vie monastique.


    Le bouclier bleu

    J’en avais déjà remarqué avant, mais ces petits logos plus fréquents à Arequipa qu’ailleurs, principalement sur les monuments historiques, ont fini par éveiller ma curiosité. J’avais pensé un moment qu’il s’agissait de repères sismiques, afin de détecter les mouvements éventuels des bâtiments après un tremblement de terre – une éventualité probable dans la région. Ou encore de guides pour scanner ces édifices d’intérêt historique. Mais quelques recherches m’ont amené vers une autre explication, qui remonte curieusement à la Seconde Guerre Mondiale. Afin de protéger les biens culturels d’un pays des dégradations liées à la guerre, aux exactions humaines ou encore aux catastrophes naturelles, la Convention de La Haye a mis en place en 1954 ce moyen d’identification. Apposé sur les toits ou les façades historiques, ce bouclier bleu est un véritable dispositif international destiné à signaler les biens culturels à préserver en cas de conflit armé. Ce marquage indique aux forces militaires que le bâtiment possède une valeur patrimoniale important et ne doit pas être pris pour cible. Ce n’est évidemment une garantie contre rien, mais cela peut contenir l’ardeur d’éventuels oppresseurs et guider les priorités de réparation ou préservation en cas de dommages. En Iran actuellement, sur recommandations de l’UNESCO on peint ou on dispose ces boucliers bleus sur les toits des 28 sites classés par l’institution afin que les pilotes de drones les identifient comme tels et les épargnent. Comme quoi, du Pérou à l’Iran il n’y a qu’un pas !


    La route du sillar

    Beaucoup plus écologiques que les Chinois ou les Etats-Uniens d’Amérique qui vont chercher leur marbre à Carrare (ce sont les premiers importateurs mondiaux), les Arequipeňos vont se servir en sillar …juste à côté de chez eux. Dans des carrières en périphérie de la ville d’où est extrait le sillar, cette fameuse roche volcanique claire qui habille les bâtiments du centre historique. C’est là que les retombées de cendres, de pierres ponces et de fragments de roches se sont déposées il y a environ 1,8 million d’années après une éruption cataclysmique du volcan Chachani. En se refroidissant lentement et en se compactant, ces épais dépôts ont donné naissance à une roche légère, poreuse et facile à tailler. Tout en étant résistante aux séismes, ce qui n’est pas une mince affaire ici. Le sillar a été utilisé dès l’époque coloniale et continue d’être employé aujourd’hui dans plusieurs carrières. Celle que nous visitons n’est pas la plus active. Elle a été aménagée pour des raisons pédagogiques, invitant un grand nombre d’artistes à réaliser des œuvres sur place afin d’attirer le touriste. Nous baladant au milieu de grandes falaises blanches, nous observons nombre d’animaux, de personnages, d’écussons réalisés en sillar. Une reproduction d’une zone du site de Petra a même été réalisée. Et devinez en quelle matière sont faites les toilettes ?


    Camélidés du Nouveau Monde

    Quittant Arequipa vers le nord en direction du réputé Cañon de Colca, nous allons circuler à des altitudes de plus en plus élevées, franchissant même un col à 4 910 m, plus haut que le Mont-Blanc donc. Un nouveau record pour Roberto qui grimpe sans rechigner. Nous avons appris à donner quelques coups d’accélérateur le matin avant de démarrer (le diesel semble avoir un peu de mal à arriver avec l’altitude, alors que les températures ne sont pas forcément négatives la nuit) et à gérer manuellement la boîte de vitesse en montée (le rendement inférieur du moteur en altitude semble mal géré par le calculateur de la boîte auto). Plus l’on monte et plus les camélidés andins monopolisent le paysage, voire la route… Que ce soit lamas, alpagas ou vigognes, nous avons un gros coup de cœur pour ces animaux aussi sympathiques que laineux. Ces espèces sont remarquablement adaptées à l’altitude, jusqu’à 5 000 m été comme hiver, grâce à leur toison et leur peau épaisse bien sûr, mais aussi à un système cardio-vasculaire qui s’est adapté : gros cœur (tiens, qu’est-ce que je vous disais sur la côte d’amour !) et concentration élevée en hémoglobine. Ça ne semble pas les déranger de galoper joyeusement dans les pampas alors que nous soufflons au moindre effort. Tout comme leurs congénères africains, ils se contentent de peu en nourriture et en eau. Si les vigognes sont volontiers sauvages, les lamas et alpagas sont volontiers domestiqués pour produire laine et viande. Les lamas servent en outre de bêtes de somme. Dans tous les cas, les bébés sont craquants !


    À l’approche de Yanque

    Yanque est un des nombreux villages pittoresques qui bordent le Cañon de Colca. La route qui y mène offre déjà de superbes paysages de cultures en terrasses. Le centre très tranquille est représenté par une petite place ornée de statues dont le thème est le folklore local, tandis qu’une vieille église se tient péniblement debout sur l’un des côtés, soutenue par des étais. Dommage car son portail tout blanc très travaillé augurait d’une visite intéressante. Mais dans l’état actuel on comprend que tout soit fermé. Nous verrons quelques autres églises dans un état similaire un peu plus loin. La forte sismicité locale doit y être pour quelque chose. Nous poussons un peu plus loin jusqu’au parking d’une randonnée un peu particulière. Elle mène vers le village abandonné de Uyo, d’où les habitants des peuples Collaguas (XIVe siècle) puis Incas (XVe-XVIe siècle) ont été chassés brutalement par les conquistadors qui leur ont intimé de mener une vie plus saine au village de Yanque un peu plus bas, sous-entendu près de l’église catholique et de ses enseignements. Alors que quand on connaît le mode de vie de ces populations andines à cette époque, en parfaite communion avec la nature, plus sain tu meurs ! Il reste aujourd’hui des murs encore bien solides, des rues bien dallées centrées par un bon système d’irrigation, et des terrasses qui sont toujours heureusement cultivées.


    El condor pasa pas (pero los caballos si !)

    Nous voilà installés au sommet d’une falaise sur le Cañon de Colca, tout proches de la Cruz del Condor, endroit réputé pour l’observation de ces rapaces géants emblématiques de la culture andine. Et parfaitement en accord avec celle-ci, ces charognards, à l’inverse des aigles ou des faucons par exemple, ne tuant pas leurs proies mais se contentant de nettoyer la nature des cadavres d’animaux qui s’y trouvent. En total respect de la nature. Mais qui dit nature dit caprices météorologiques et la brume qui nous enveloppe lors de notre arrivée n’est pas spécialement favorable à l’observation des condors qui ne volent guère dans ces conditions. Les heures les plus propices sont théoriquement le coucher du soleil (normal, ils rentrent chez eux) et surtout le début de matinée, lorsque les courants ascendants commencent à se former le long des parois du cañon. Mais à aucun de ces deux moments (oui nous avons passé la nuit ici) le ciel ne s’est dégagé. Pas de condor donc. En consolation, tout un groupe de chevaux sauvages est venu nous rendre visite dans la matinée, l’un d’eux venant même grignoter l’un des essuie-glaces de Roberto ! Les nuages se sont tout de même évaporés en fin de matinée, nous permettant d’apprécier le grand spectacle du Cañon de Colca. Et puis tout de même une petite récompense à notre attente : l’un de ces volatiles tant attendu a daigné faire son apparition, mais assez haut dans le ciel. Pas de gros plan mais juste de quoi ne pas rentrer bredouille.


    État des routes

    Nous sommes partis pour une grande traversée vers la ville de Cuzco. Notre itinéraire emprunte majoritairement des routes asphaltées, qui ne représentent pourtant que 17% du réseau péruvien. Nous faisons ce choix dès lors qu’il est possible grâce notamment à notre application de routage Osmand+ qui indique, ce que la plupart des autres ne font pas, l’état de surface des routes. Asphalté n’est pas toujours synonyme de route bien lisse, la présence très fréquente de nids-de-poule obligeant à une vigilance permanente lors de la conduite, même sur des routes à grande circulation. Régulièrement, nous devons circuler malgré tout sur des routes dites « compactées », constituées aussi bien de ciment que de gravier ou d’une terre battue bien tassée. C’est le cas aujourd’hui, pour une soixantaine de kilomètres qu’il faut parcourir à petite vitesse et en ayant coincé une bâche entre les portes arrière de Roberto afin que la poussière soulevée ne pénètre pas trop dans l’habitacle. Pour les routes en terre, que nous évitons comme la peste, c’est en fait du tout ou rien. Quelquefois orniéreuses et boueuses, à la limite du praticable par temps de pluie, elles peuvent tout aussi bien être plus lisses qu’une mauvaise route asphaltée. Mais c’est risqué. Les petites routes sont moins fréquentées que les grandes, parfois au point de croiser moins d’un véhicule à l’heure. En contrepartie, ce sont souvent elles qui offrent les plus beaux paysages.


    Intermède vidéo


    Les 3 ponts (ou l’étroit pont) de Cambopata

    Le symbole d’un appareil photo sur Google Maps nous conduit à nous arrêter dans cette petite ville qu’aucun guide papier ne juge digne d’intérêt. Nous allons y découvrir 3 ponts presque côte à côte. Un classique pont de métal appelé « pont moderne » qui recueille toute la circulation. Un joli pont de pierre construit par les conquistadors et baptisé de ce fait « pont colonial ». Nous y avons vu traverser des locaux avec leurs animaux. Et puis ce pont de corde datant lui du temps des Incas et s’appelant naturellement le « pont inca ». C’est évidemment celui qui nous intrigue le plus. Et qui parait le plus difficile à traverser. Déjà gravir l’escalier lui aussi en corde qui mène au pont lui-même nécessite un minimum d’agilité.

    Mais lorsqu’arrivés entre les deux piles on voit l’état du tablier, fait de petites branches d’à peine 1 cm de diamètre, la traversée parait hasardeuse, d’autant que le courant boueux qui passe au-dessous est assez violent. J’hésite. Vais-je tenter de franchir ce pont fragile ? Les Incas le faisaient bien, eux ? Vous saurez ça dans le prochain article… un peu de suspense que diable !