Catégorie : 2026 – Amérique du Sud 2

  • 172. Bienvenue au Pérou

    172. Bienvenue au Pérou

    Ayant traversé la frontière au niveau du lac Titicaca, à 3850 m d’altitude, nous ne changeons guère de décor. Les cultures sur les rives du lac sont peut-être plus nombreuses mais les petites maisons modestes aux parois de briques et aux toits de tôle sont les mêmes, et les chaînes montagneuses enneigées sont toujours là en toile de fond. Mais les différences ne devraient pas tarder à se manifester.

    Parcours correspondant à cet article, en version zoomable ici

    Puno, cité lacustre

    En dehors de l’hypercentre où subsistent quelques beaux bâtiments coloniaux, la ville est tout à fait quelconque. Comme d’habitude à l’arrivée dans un nouveau pays, nous y avons fait quelques courses essentielles : plein de diesel (c’est un bonheur de revoir plein de stations-service partout après les difficultés boliviennes), plein du frigo (il a fallu traverser le frigo vide) et achat d’une carte SIM pour Claudie. Il se dit sur les réseaux que les opérateurs n’auraient plus le droit de fournir des forfaits aux étrangers, et notre première tentative a semblé confirmer le fait. Mais nous avons trouvé apparemment le seul opérateur qui serait autorisé, Bitel, et qui nous a délivré un forfait sans histoire. Tout illimité 1 mois pour 10 euros, c’est moins cher qu’en France. Pour ma part, mon forfait Sosh couvre le Pérou.


    L’odyssée du Yavari

    Dans un port de Puno, un ancien navire à vapeur attend sagement au mouillage les rares visiteurs, en attendant un avenir meilleur. Son histoire peu commune nous a intéressés et nous avons eu envie de le visiter. Il a été commandé en Angleterre en 1861 par la marine péruvienne avec un autre bateau similaire. Mais pas question de lui faire traverser l’Atlantique par ses propres moyens, comment aurait-il fait pour rejoindre le lac Titicaca au beau milieu de la Cordillère des Andes ? Alors il a été transporté en 2766 pièces détachées, dont aucune ne devait dépasser es 1 750 kg, la charge maximale permise pour une mule (ce qui est déjà énorme !). Le transport maritime puis terrestre a pris 7 ans avec de nombreux imprévus, avant que le Yavari ne fut enfin assemblé, puis enfin lancé en 1870. Il fonctionnait initialement à la voile et avec une chaudière à vapeur alimentée par du fumier de lama. Désarmé, il fut revendu à une compagnie britannique qui installa un moteur diesel suédois, toujours en place et fonctionnel aujourd’hui. En 1975, le navire fut abandonné et commençait à sérieusement se dégrader lorsqu’il fut remarqué par une Anglaise qui organisa, via une association caritative, sa restauration avec l’objectif final de faire de petites croisières sur le lac Titicaca. C’est le second du navire, un véritable passionné, qui nous en a fait la visite. Malgré le peu de moyens dont il dispose il fait son possible pour entretenir ce qui existe et améliorer petit à petit le bateau. Nombre de pièces sont originales, et cuivres comme boiseries brillent comme au premier jour. Magnifique. J’adorerais faire une petite traversée du lac sur le Yavari !


    Dormir sur la paille ?

    Sur le papier, les îles flottantes des Uros, posées sur le lac Titicaca face à Puno, ont tout pour faire rêver : des îlots tressés en roseaux (la totora), des maisons dorées qui semblent flotter entre ciel et eau, et une culture ancestrale qui défie le temps. Les touristes s’y pressent, pensant découvrir là un mode de vie figé dans le temps, allant même jusqu’à « dormir chez l’habitant ». Dans la réalité, les habitants vivent tous à Puno, marre d’être toujours sur la paille… Ils reviennent le jour, juste avant les touristes, pour faire le petit-déj à ceux qui ont dormi là, ou surtout pour vendre repas et souvenirs aux autres. Certes la magie de marcher sur un sol qui s’enfonce sous les pas existe, tout comme celle d’observer une manière de vivre qui a bien existé autrefois, mais il est difficile de ne pas se rendre compte de l’organisation implacable qui est derrière tout ça. A vrai dire, ma critique ne se fonde que sur l’expérience que décrivent les gens sur les réseaux. Nous étions déjà allés sur les iles Uros avec nos enfants il y a 24 ans, et nous avons décidé de ne pas y retourner. Seul le drone y a fait un petit tour grâce à un stationnement nocturne opportun sur les hauteurs juste en face.


    Le cimetière inca-colla

    Connaissez-vous l’Inca-Kola, la boisson nationale gazeuse péruvienne qui devance – une exception mondiale – le Coca Cola ? On en voit partout ici, même dans les petites échoppes du site archéologique de Sillustani que nous visitons aujourd’hui. Si je me suis permis cette allusion, c’est pour faire un parallèle douteux avec les peuples qui ont géré ce site funéraire : d’abord les Collas, entre le IXe et le XIIIe siècle, puis les Incas entre le XVe et le XVIe siècle. Certaines tombes seraient encore antérieures, remontant aux Tiwanakus (Ve – IXe siècle). Dans tous les cas, il s’agit de chullpas, des tombes familiales en forme de tour possédant une petite entrée en bas que l’on refermait après y avoir introduit défunts et offrandes. On voit bien les différentes techniques de fabrication, notamment les rampes qu’utilisaient les Collas et la taille précise des pierres employée par les Incas. L’ensemble, situé sur une péninsule au milieu d’un lac, offre des paysages magnifiques.

    Habitation typique du peuple Colla, un peu avant d'arriver à Sillustani
    Habitation typique du peuple Colla, un peu avant d’arriver à Sillustani

    Retourné à la campagne (3 lettres)

    Une définition sympathique de mots croisés* qui m’amène à vous parler de la monnaie péruvienne : le sol, qu’on nomme aussi le PEN en code ISO mais je ne voudrais surtout pas faire de politique. 😁 Encore qu’il est amusant de vouloir convertir le PEN à l’euro 😉 Un Sol vaut quasiment 0,25 €, ce qui nous simplifie grandement la tâche pour les conversions puisqu’il suffit de diviser les prix par 4. 👌 On trouve habituellement au dos des billets et des pièces des animaux (jaguar, vigogne, colibri, condor, etc.) et plantes typiques ou endémiques (reine des Andes, quinquina, orchidées, etc.) du Pérou. 🐆🦙🦅🌺🌾 Ça donne envie de collectionner les billets, non ?

    *J’aimais bien aussi « Rencontré après la gamelle »…


    Arequipa, la ville blanche

    Nichée à 2 300 mètres d’altitude, aux pieds de trois volcans qui devraient pourtant la salir de leurs cendres, Arequipa est pourtant surnommée « la ville blanche » en raison de la pierre volcanique claire, le sillar, dont on se sert pour bâtir ses principaux édifices. Cette pierre a l’avantage en outre de se tailler facilement, ce qui permet d’orner au mieux les façades de ses édifices baroques, de ses nombreuses églises, de son immense cathédrale qui occupe à elle seule un pan entier de la Place des Armes (cas unique au Pérou) et de nombreuses cours intérieures plus ou moins ouvertes au public. De fait, Arequipa est souvent considérée comme ville la plus élégante du Pérou.


    Une ville dans la ville

    Le monastère de Santa Catalina occupe au sein d’Arequipa un quadra entier (c’est l’espace compris entre 4 rues qui se croisent, formant une véritable ville dans la ville, ce qui était encore plus vrai à l’époque de sa création, en 1850, lorsque ce monastère vivait en totale autonomie. A l’instar du couvent Santa Teresa que nous avions visité à Cochabamba en Bolivie, les novices entrées ici selon le souhait de leur famille et moyennant 100 pièces d’or par an, ne devaient plus prononcer un mot et devaient consacrer leur vie au travail et à la prière. Mais à l’inverse du couvent bolivien, elles avaient le choix au bout de 4 ans de poursuivre ou non leur vie monastique. Dans ce cas, elles avaient la possibilité, en fonction des moyens donnés par leur famille, de se construire un appartement de plusieurs pièces, d’y faire venir des servantes, agrandissant ainsi la ville peu à peu. C’est ainsi un dédale de ruelles que l’on parcourt, tout en passant d’un appartement à l’autre par des porches ou des ouvertures étroites. Les murs peints alternativement en bleu et ocre, les couleurs vives de l’abondant fleurissement et les jeux de lumière avec le soleil en font un lieu assez magique à parcourir. Tout en découvrant petit à petit les anecdotes de la vie monastique.


    Le bouclier bleu

    J’en avais déjà remarqué avant, mais ces petits logos plus fréquents à Arequipa qu’ailleurs, principalement sur les monuments historiques, ont fini par éveiller ma curiosité. J’avais pensé un moment qu’il s’agissait de repères sismiques, afin de détecter les mouvements éventuels des bâtiments après un tremblement de terre – une éventualité probable dans la région. Ou encore de guides pour scanner ces édifices d’intérêt historique. Mais quelques recherches m’ont amené vers une autre explication, qui remonte curieusement à la Seconde Guerre Mondiale. Afin de protéger les biens culturels d’un pays des dégradations liées à la guerre, aux exactions humaines ou encore aux catastrophes naturelles, la Convention de La Haye a mis en place en 1954 ce moyen d’identification. Apposé sur les toits ou les façades historiques, ce bouclier bleu est un véritable dispositif international destiné à signaler les biens culturels à préserver en cas de conflit armé. Ce marquage indique aux forces militaires que le bâtiment possède une valeur patrimoniale important et ne doit pas être pris pour cible. Ce n’est évidemment une garantie contre rien, mais cela peut contenir l’ardeur d’éventuels oppresseurs et guider les priorités de réparation ou préservation en cas de dommages. En Iran actuellement, sur recommandations de l’UNESCO on peint ou on dispose ces boucliers bleus sur les toits des 28 sites classés par l’institution afin que les pilotes de drones les identifient comme tels et les épargnent. Comme quoi, du Pérou à l’Iran il n’y a qu’un pas !


    La route du sillar

    Beaucoup plus écologiques que les Chinois ou les Etats-Uniens d’Amérique qui vont chercher leur marbre à Carrare (ce sont les premiers importateurs mondiaux), les Arequipeňos vont se servir en sillar …juste à côté de chez eux. Dans des carrières en périphérie de la ville d’où est extrait le sillar, cette fameuse roche volcanique claire qui habille les bâtiments du centre historique. C’est là que les retombées de cendres, de pierres ponces et de fragments de roches se sont déposées il y a environ 1,8 million d’années après une éruption cataclysmique du volcan Chachani. En se refroidissant lentement et en se compactant, ces épais dépôts ont donné naissance à une roche légère, poreuse et facile à tailler. Tout en étant résistante aux séismes, ce qui n’est pas une mince affaire ici. Le sillar a été utilisé dès l’époque coloniale et continue d’être employé aujourd’hui dans plusieurs carrières. Celle que nous visitons n’est pas la plus active. Elle a été aménagée pour des raisons pédagogiques, invitant un grand nombre d’artistes à réaliser des œuvres sur place afin d’attirer le touriste. Nous baladant au milieu de grandes falaises blanches, nous observons nombre d’animaux, de personnages, d’écussons réalisés en sillar. Une reproduction d’une zone du site de Petra a même été réalisée. Et devinez en quelle matière sont faites les toilettes ?


    Camélidés du Nouveau Monde

    Quittant Arequipa vers le nord en direction du réputé Cañon de Colca, nous allons circuler à des altitudes de plus en plus élevées, franchissant même un col à 4 910 m, plus haut que le Mont-Blanc donc. Un nouveau record pour Roberto qui grimpe sans rechigner. Nous avons appris à donner quelques coups d’accélérateur le matin avant de démarrer (le diesel semble avoir un peu de mal à arriver avec l’altitude, alors que les températures ne sont pas forcément négatives la nuit) et à gérer manuellement la boîte de vitesse en montée (le rendement inférieur du moteur en altitude semble mal géré par le calculateur de la boîte auto). Plus l’on monte et plus les camélidés andins monopolisent le paysage, voire la route… Que ce soit lamas, alpagas ou vigognes, nous avons un gros coup de cœur pour ces animaux aussi sympathiques que laineux. Ces espèces sont remarquablement adaptées à l’altitude, jusqu’à 5 000 m été comme hiver, grâce à leur toison et leur peau épaisse bien sûr, mais aussi à un système cardio-vasculaire qui s’est adapté : gros cœur (tiens, qu’est-ce que je vous disais sur la côte d’amour !) et concentration élevée en hémoglobine. Ça ne semble pas les déranger de galoper joyeusement dans les pampas alors que nous soufflons au moindre effort. Tout comme leurs congénères africains, ils se contentent de peu en nourriture et en eau. Si les vigognes sont volontiers sauvages, les lamas et alpagas sont volontiers domestiqués pour produire laine et viande. Les lamas servent en outre de bêtes de somme. Dans tous les cas, les bébés sont craquants !


    À l’approche de Yanque

    Yanque est un des nombreux villages pittoresques qui bordent le Cañon de Colca. La route qui y mène offre déjà de superbes paysages de cultures en terrasses. Le centre très tranquille est représenté par une petite place ornée de statues dont le thème est le folklore local, tandis qu’une vieille église se tient péniblement debout sur l’un des côtés, soutenue par des étais. Dommage car son portail tout blanc très travaillé augurait d’une visite intéressante. Mais dans l’état actuel on comprend que tout soit fermé. Nous verrons quelques autres églises dans un état similaire un peu plus loin. La forte sismicité locale doit y être pour quelque chose. Nous poussons un peu plus loin jusqu’au parking d’une randonnée un peu particulière. Elle mène vers le village abandonné de Uyo, d’où les habitants des peuples Collaguas (XIVe siècle) puis Incas (XVe-XVIe siècle) ont été chassés brutalement par les conquistadors qui leur ont intimé de mener une vie plus saine au village de Yanque un peu plus bas, sous-entendu près de l’église catholique et de ses enseignements. Alors que quand on connaît le mode de vie de ces populations andines à cette époque, en parfaite communion avec la nature, plus sain tu meurs ! Il reste aujourd’hui des murs encore bien solides, des rues bien dallées centrées par un bon système d’irrigation, et des terrasses qui sont toujours heureusement cultivées.


    El condor pasa pas (pero los caballos si !)

    Nous voilà installés au sommet d’une falaise sur le Cañon de Colca, tout proches de la Cruz del Condor, endroit réputé pour l’observation de ces rapaces géants emblématiques de la culture andine. Et parfaitement en accord avec celle-ci, ces charognards, à l’inverse des aigles ou des faucons par exemple, ne tuant pas leurs proies mais se contentant de nettoyer la nature des cadavres d’animaux qui s’y trouvent. En total respect de la nature. Mais qui dit nature dit caprices météorologiques et la brume qui nous enveloppe lors de notre arrivée n’est pas spécialement favorable à l’observation des condors qui ne volent guère dans ces conditions. Les heures les plus propices sont théoriquement le coucher du soleil (normal, ils rentrent chez eux) et surtout le début de matinée, lorsque les courants ascendants commencent à se former le long des parois du cañon. Mais à aucun de ces deux moments (oui nous avons passé la nuit ici) le ciel ne s’est dégagé. Pas de condor donc. En consolation, tout un groupe de chevaux sauvages est venu nous rendre visite dans la matinée, l’un d’eux venant même grignoter l’un des essuie-glaces de Roberto ! Les nuages se sont tout de même évaporés en fin de matinée, nous permettant d’apprécier le grand spectacle du Cañon de Colca. Et puis tout de même une petite récompense à notre attente : l’un de ces volatiles tant attendu a daigné faire son apparition, mais assez haut dans le ciel. Pas de gros plan mais juste de quoi ne pas rentrer bredouille.


    État des routes

    Nous sommes partis pour une grande traversée vers la ville de Cuzco. Notre itinéraire emprunte majoritairement des routes asphaltées, qui ne représentent pourtant que 17% du réseau péruvien. Nous faisons ce choix dès lors qu’il est possible grâce notamment à notre application de routage Osmand+ qui indique, ce que la plupart des autres ne font pas, l’état de surface des routes. Asphalté n’est pas toujours synonyme de route bien lisse, la présence très fréquente de nids-de-poule obligeant à une vigilance permanente lors de la conduite, même sur des routes à grande circulation. Régulièrement, nous devons circuler malgré tout sur des routes dites « compactées », constituées aussi bien de ciment que de gravier ou d’une terre battue bien tassée. C’est le cas aujourd’hui, pour une soixantaine de kilomètres qu’il faut parcourir à petite vitesse et en ayant coincé une bâche entre les portes arrière de Roberto afin que la poussière soulevée ne pénètre pas trop dans l’habitacle. Pour les routes en terre, que nous évitons comme la peste, c’est en fait du tout ou rien. Quelquefois orniéreuses et boueuses, à la limite du praticable par temps de pluie, elles peuvent tout aussi bien être plus lisses qu’une mauvaise route asphaltée. Mais c’est risqué. Les petites routes sont moins fréquentées que les grandes, parfois au point de croiser moins d’un véhicule à l’heure. En contrepartie, ce sont souvent elles qui offrent les plus beaux paysages.


    Intermède vidéo


    Les 3 ponts (ou l’étroit pont) de Cambopata

    Le symbole d’un appareil photo sur Google Maps nous conduit à nous arrêter dans cette petite ville qu’aucun guide papier ne juge digne d’intérêt. Nous allons y découvrir 3 ponts presque côte à côte. Un classique pont de métal appelé « pont moderne » qui recueille toute la circulation. Un joli pont de pierre construit par les conquistadors et baptisé de ce fait « pont colonial ». Nous y avons vu traverser des locaux avec leurs animaux. Et puis ce pont de corde datant lui du temps des Incas et s’appelant naturellement le « pont inca ». C’est évidemment celui qui nous intrigue le plus. Et qui parait le plus difficile à traverser. Déjà gravir l’escalier lui aussi en corde qui mène au pont lui-même nécessite un minimum d’agilité.

    Mais lorsqu’arrivés entre les deux piles on voit l’état du tablier, fait de petites branches d’à peine 1 cm de diamètre, la traversée parait hasardeuse, d’autant que le courant boueux qui passe au-dessous est assez violent. J’hésite. Vais-je tenter de franchir ce pont fragile ? Les Incas le faisaient bien, eux ? Vous saurez ça dans le prochain article… un peu de suspense que diable !

  • 171. En remontant l’Altiplano

    171. En remontant l’Altiplano

    Ayant décidé de mettre de côté les plaines amazoniennes de la Bolivie, nous poursuivons notre traversée de l’Altiplano, le plus haut plateau habité du monde situé entre 3000 et 4000m d’altitude, coincé entre deux chaines de la Cordillère des Andes. Nous y croiserons deux villes importantes du pays, Cochabamba et La Paz, avant de terminer notre parcours bolivien par le Lac Titicaca.

    Le parcours correspondant à cet article, inhabituellement sur une carte en relief pour mieux visualiser l’Altiplano. En version zoomable ici
    J’ai photographié cette carte dans un musée. En version coupe, elle montre bien aussi la situation particulière de ce haut plateau

    Arrêt au Parc Crétacé

    Dans Sucre, on voit des effigies de dinosaures partout. C’est qu’en 1994, les engins de chantier d’une cimenterie au nord de la ville ont dégagé fortuitement tout un pan de montagne recelant, après avis des scientifiques bien sûr, plus de 12000 empreintes de ces sauriens préhistoriques. Soit le plus grand site mondial. La plus longue trace de pas atteint 347m, également un record. Elle est le fait d’un bébé T. rex qui a marché là il y a 68 millions d’années, alors que le sol était plat – une grande baie en bord de mer. Lorsque la Cordillère des Andes s’est formée, cette plage devenue pierre a formé la pente que l’on connaît aujourd’hui et qui a fini par dévoiler ses secrets en s’érodant. Sous pression de la ville, la cimenterie a dû aménager des visites guidées, tout en étant gênée dans son activité. Poursuivant des dynamitages proches de la paroi, elle serait responsable d’un glissement de terrain qui aurait entraîné la disparition d’une cinquantaine d’empreintes. Précisément 48 grand pas perdus pour l’humanité.


    Un vieux caoutchouc

    Nous nous garons pour la nuit près du lit d’une rivière à 90% asséchée. De la fenêtre de Roberto, nous pouvons apercevoir la cime d’un arbre de belle taille. C’est un caoutchouc tricentenaire (Ficus elastica) qui possède non seulement une belle envergure, 30m de haut, 20m de large, mais aussi de superbes racines en volutes rayonnant sur une quinzaine de mètres. Leur hauteur atteint les 4m près du tronc, ce qui est plutôt peu commun. C’est un agriculteur qui nous permet de visiter, moyennant 50 centimes d’euro par personne, l’arbre âgé aujourd’hui de 330 ans (daté au carbone 14 !) dans le champ qu’il a acquis en 1994. Le précédent propriétaire, un ancien président de la Bolivie, possédait pas mal de terres dans la région, qu’il a décidé de vendre en lots sans avoir évalué précisément la valeur de celui-ci. Pour un homme politique, rien d’étonnant !


    Le musée du charango

    Moi non plus je ne savais pas de quoi il s’agit. Mais je ne suis pas musicien. Le charango est une sorte de petite guitare typique d’Amérique du Sud. Il a été conçu par les amérindiens qui ont adapté à leurs sonorités favorites les guitares et autres vielles importées par les conquistadors. Mais comme ces derniers leur interdisaient la pratique des instruments à cordes, ils ont fabriqué des modèles miniatures qu’ils pouvaient dissimuler plus facilement. Un petit musée de la ville d’Aiquile collectionne des merveilles de réalisation de ces instruments. Elle en façonne environ 400 par an et organise en novembre de chaque année à la fois un concours du plus beau charango et un festival de musique dédié à l’instrument. Du fait du concours, des modèles extraordinaires sont réalisés et exposés ici, soit par la qualité de leur fabrication dans une pièce de bois taillée dans la masse, soit par les motifs qui sont gravés ou collés sur la coque. A noter que les charangos les plus anciens étaient réalisés à partir de la carapace d’un tatou local. Les exigences de protection de l’espèce ont fait abandonner cette pratique.

    A titre anecdotique, nous nous sommes présentés pour visiter le musée un samedi, le seul jour de fermeture, ce que nous ignorions. Un passant nous a aidé à téléphoner au conservateur qui a accepté d’ouvrir l’établissement un peu plus tard rien que pour nous ! Et ce passant était un chanteur de musique folklorique bolivienne. Vous trouverez ci-après 2 vidéos YouTube, l’une relatant son parcours musical et l’autre étant un clip d’une de ses chansons. Bon visionnage !


    Dormir sur un terrain de foot

    Perché sur un plateau à 3000m d’altitude, ce terrain de foot apparemment désaffecté, recommandé par d’autres voyageurs dans notre application iOverlander, nous tendait les bras. Avec un bel environnement montagneux et floral. J’ai encore découvert de nouvelles espèces d’ailleurs. Rester dormir sur un terrain de foot dans la nuit du samedi au dimanche paraissait un peu risqué. Mais nous avons passé une nuit super tranquille.


    Cochabamba

    Nous sommes là dans la 3ème ville de Bolivie, avoisinant le million d’habitants. L’altitude modérée (2800m, tout est relatif dans ce pays !) et le climat doux et ensoleillé toute l’année en font un lieu agréable à vivre, tout en favorisant l’agriculture : Cochabamba est le grenier de tous les Boliviens.

    a) Le Christ de la Concorde

    Partant un peu vite du Brésil, nous avions raté le Christ Rédempteur de Rio de Janeiro, mais celui de Cochabamba est encore plus grand : 34,20m de hauteur contre 33 pour son concurrent brésilien. Le sculpteur se serait un peu gouré sur les cheveux et n’aurait pas respecté les 33 ans du Christ comme son prédécesseur… Entre les deux mains, on est à un peu moins de 33m d’envergure. La construction de cette statue monumentale a été décidée en 1987, dans le but de perpétuer le souvenir de la visite du pape Jean-Paul II cette année-là. Elle a duré 7 ans. La statue située sur une colline au-dessus de la ville est rejoignable selon le budget et le courage soit à pied (gratuit), soit en télécabine (0,70€ le trajet – ça a été notre choix) soit enfin en taxi (6€ l’aller-retour avec 30mn d’attente, ça reste raisonnable). Le panorama sur la ville vaut dans tous les cas le déplacement.


    b) Une nonne pour une Rolex

    « Si à cinquante ans, on n’a pas une Rolex, on a quand même raté sa vie« , disait le publicitaire français Jacques Séguéla. A Cochabamba, ont prenait les choses beaucoup moins à la légère. Pour ne pas rater sa vie, pour montrer son rang social, il fallait avoir mis au moins une de ses filles au couvent. Et la doter suffisamment pour qu’elle puisse porter le voile noir, ce qui lui permettait de se faire servir par les nonnes au voile blanc qui elles-mêmes se faisaient servir par les nonnes sans voile, les plus pauvres. Si toutes étaient assurées d’avoir une place au paradis, ce qui maintenait la paix sociale à l’intérieur du couvent, étaient-elles conscientes de l’incertitude sur l’absence de hiérarchie là-haut ? Cela dit, les conditions de vie étaient particulièrement austères, même pour les plus aisées des nonnes. Nous avons vu leurs chambres qui étaient plus petites que l’habitacle de Roberto, leur bibliothèque limitée à la littérature religieuse (un petit San Antonio aurait pu passer discrètement et donner un peu de piment à la vie monastique), leurs étagères tournantes qui leur permettaient d’échanger des denrées avec l’extérieur sans jamais voir la personne en face. Certes, les bâtiments sont de toute beauté, mais rester enfermé là-dedans la vie entière, était-ce vraiment une vie ? Heureusement, cela n’a plus lieu aujourd’hui, le Vatican a rendu la liberté aux nonnes qui le souhaitaient en 1960. Et les pères s’offrent une Rolex…


    c) Le jardin des villes et le jardin des champs

    Toujours sous un soleil radieux, nous commençons nos visites ce matin par le Palacio Portales. Notre guide nous la présente comme la maison la plus luxueuse jamais construite en Bolivie. Ce palais a été construit par Simon I Patino, le magnat de l’étain bolivien. Dans les années 1940, il fut l’homme le plus riche du monde. Alors il avait largement de quoi se faire bâtir de somptueuses maisons. Au milieu d’adorables jardins à la française parfaitement entretenus, le Palacio Portales est d’une grande élégance, autant dans les raffinements architecturaux de ses façades que dans le luxe de son aménagement intérieur. Les pièces s’inspirent volontiers de chefs d’œuvres européens comme cette galerie entourée de miroirs comme pour la bibliothèque du Vatican, cette réplique de la chapelle Sixtine ou encore une salle de style mauresque influencée par les palais de l’Alhambra. Tous les matériaux respirent la qualité, des sols en marbre de Carrare aux tapisseries murales en damas, des lustres vénitiens aux meubles finement sculptés à la main. Les chambres dans des teintes pastel dégagent une grande douceur. Mais vous n’en reviendrez peut-être pas quand vous saurez que ni le propriétaire ni aucun membre de sa famille n’ont habité ce palais. Le comble du luxe sans doute !

    Juste après, et ce n’était probablement pas une bonne idée, je suis allé faire un tour au jardin botanique de la ville. Le contraste a été saisissant. Les allées sont tout juste balayées, la végétation est à peine entretenue, beaucoup de bassins sont vides, les serres sont désertées et poussiéreuses, les statues sont rongées par le temps, les quelques fleurs meurent de soif. Moi qui aime beaucoup les jardins botaniques, je suis très déçu. La ville n’a manifestement pas les moyens ou la volonté d’entretenir ce lieu. Le plus grand paradoxe est qu’en marchant dans les rues après être sorti du parc, je trouve de jolies fleurs et de jolis massifs chez ou devant les particuliers. Comme quoi, au moins en matière d’embellissement végétal, l’argent privé l’emporte largement sur l’argent public.


    d) Cochabamba, en vrac

    Ci-dessous quelques images prises au cours de nos déambulations dans la ville, la plupart avec un petit commentaire.


    Détente…


    Bouchon

    C’est le moment de reprendre la route. Nous traversons l’interminable banlieue de Cochabamba pour nous retrouver enfin dans les montagnes. Mais après une quarantaine de kilomètres, nous voilà derrière une très longue file de poids-lourds arrêtés sur la route. Avec l’habitude des franchissements de douanes, nous doublons tout le monde. Nous arrivons bientôt à un village où tout semble bloqué. Les gens dorment ou pique-niquent à l’ombre de leur véhicule. Les marchandes du village passent et repassent pour vendre des glaces, des chips ou des boissons sucrées. Nous nous garons sur le côté, derrière un bus, laissant libre le côté gauche de la route. Il est 14h30, je pars aux renseignements. La route est fermée pour travaux depuis 9h ce matin et jusqu’à 17h ce soir, et cela tous les jours pour un peu plus de 2 mois. Pourtant, c’est l’unique route asphaltée entre la capitale et la 3ème ville du pays, sans alternative possible. Imaginez le capharnaüm si l’autoroute entre Paris et Lyon et toutes les alternatives possibles étaient fermées 8 heures par jour pendant 2 mois. On crierait au scandale ! Mais non ici, tout est calme, les gens sont habitués et attendent tranquillement la réouverture. Par contre, une demi-heure avant, c’est la pagaille totale : les premiers véhicules de la file mettent en route leur moteur et tout le monde fait de même. Tous ceux qui étaient sur les côtés, y compris une pauvre ambulance et des camions d’animaux de ferme, se précipitent sur la file du milieu. Je me demande comment vont passer les véhicules bloqués dans l’autre sens, mais je suis le mouvement. Il doit y avoir une raison. Les barrières n’ouvriront qu’à 17h pile et là c’est un grand concert de moteurs, de fumée, de klaxons et de pousse-toi-de-là-que-je-m ‘y-mette ! Finalement, tout se dégage lentement et la voie de gauche devrait être libre lorsque les véhicules venant en sens inverse, plusieurs kilomètres en amont, arriveront dans le village.


    Cultures de l’Altiplano

    Tout au long de notre route qui serpente entre 3500 et 4500 m d’altitude entre les montagnes de la Cordillère Est, nous passons de charmants villages et hameaux. Les murs et les clôtures des maisons sont généralement en briques d’adobe tandis que la toiture est en paille. Devant, une cour héberge souvent un four hémisphérique et quelques animaux : poules, ânes, cochons et lamas. Autour, on cultive quinoa, maïs, blé et pommes de terre, et ça a l’air de bien pousser malgré l’altitude. Dans un de ces villages, nous avons trouvé une petite église abandonnée, toute en adobe également. Nous croisons rarement du monde, mais les contacts sont en général sympathiques et accompagnés d’un généreux sourire. Par respect et sachant qu’ils n’aiment pas ça, nous nous retenons de les photographier, mais ce n’est pas l’envie qui nous manque, d’autant que, aussi bien les gens que les tenues traditionnelles qu’ils portent au quotidien sont hautement photogéniques.


    La capitale la plus haute du monde

    La Paz est une capitale étonnante à plus d’un titre. D’abord par son histoire, la ville ayant été créée en 1548 pour pacifier – d’où son nom – le Haut-Pérou et le Bas-Pérou qui s’entre-tuaient, une guéguerre entre deux conquistadors à gros ego. La ville était si bien placée sur le plan commercial qu’elle vola en 1900 le titre de capitale à Sucre, victime du déclin de l’argent. La Paz est étonnante aussi de par sa géographie, occupant une immense cuvette située entre 4000 m et 3400 m d’altitude. Contrairement à ce qui se passe généralement, les habitants les plus pauvres sont sur les hauteurs tandis que les plus riches sont tout au fond, profitant d’un taux d’oxygène plus élevé et de températures plus clémentes. Arpenter les rues les plus touristiques – pas pour autant chargées de touristes – est un régal pour les yeux. L’artisanat andin et ses couleurs vives y est omniprésent, aussi bien devant et dans les boutiques qu’au-dessus des ruelles. Les classiques parapluies sont ici remplacés par de jolis carrés suspendus aux motifs géométriques ainsi que des guirlandes de pompons et autres babioles. La vieille ville est aussi un marché à ciel ouvert avec des vendeurs envahissant les trottoirs et proposant un peu de tout, du maïs égrené aux bas nylon en tas, en passant par des fromages frais vendus sans réfrigération voisinant avec des articles de plomberie. On trouve dans la capitale bolivienne davantage de fresques murales que dans les autres villes que nous avons pu visiter. Pas toujours bien entretenues mais très locales dans le style. L’auteur le plus typique est Mamani Mamani, mais il est loin d’être le seul sur place. Les motifs quechua ou aymara sont fréquemment retrouvés sur les devantures ou sur quelques véhicules. Je ne sais pas si on peut faire rentrer ça dans le street-art mais les vieux bus Dodge bringuebalants aux couleurs vives et accessoires chromés font aussi partie du décor des rues.


    Un papier sur une feuille

    Le jour de nos noces de papier, il a été amusant et adéquat de visiter un musée dédié à une feuille. Mais pas n’importe laquelle : la feuille de coca. Dans l’argumentaire très instructif, on apprend vite à différencier la cocaïne, drogue éminemment addictive et danger mondial, de la coca, psychostimulant d’usage traditionnel depuis des millénaires dans les Andes qui est comparé ici à notre utilisation quotidienne du café. On apprend aussi que, outre la mastication des feuilles pour supporter la fatigue, la faim et surtout l’altitude, la coca participe à de nombreux rituels religieux, dont des offrandes à la Pachamama ou au démon des mines El Tio, aux voyages à pied dans la cordillère, à la dot des futurs mariés et même à certaines négociations sociales. Étonnamment, la feuille de coca a été utilisée directement comme une monnaie. On nous parle aussi de l’influence négative des occidentaux. Les conquistadors ont d’emblée interdit l’usage de la coca aux amérindiens avant de s’apercevoir que le rendement des travailleurs était bien meilleur s’ils en consommaient. La réintroduction a été rapide… accompagnée d’une taxation. Ces mêmes conquistadors ont alors compris les profits qu’ils pouvaient tirer de la petite feuille et ont lancé des cultures intensives. Ils se sont effectivement enrichis, mais pas les amérindiens. Devant la hausse de la demande mondiale, la cocaïne a été synthétisée. Cette fois, ce sont des multinationales qui se sont enrichies. Les amérindiens sont restés aussi pauvres mais en bonne santé alors que celle des occidentaux en pâtissait lourdement. Et la situation continue de se dégrader. Paradoxalement, on préfère aujourd’hui rejeter la faute sur les pays producteurs, qui n’ont pourtant fait que s’adapter à la demande. C’est tellement plus pratique que de taper sur les consommateurs. Et heureusement pour les populations andines, l’ONU a bien fait la différence entre la cocaïne et la coca et autorisé cette dernière dans les pays où l’usage est traditionnel. Alors nous on n’a pas encore trop mâchouillé les feuilles, mais nous avons par contre testé les bonbons et l’élixir qui se pulvérise sous la langue. Ça a l’air de plutôt marcher. Sinon il y a un petit café à côté qui sert toutes sortes de préparations à base de coca.


    Parcourir la ville en télécabine

    Depuis 2012, la ville de La Paz est équipée d’un réseau de télécabines, appelé ici Mi Teleferico. Cela fonctionne à la manière d’un métro, peu envisageable ici en raison des importants reliefs de la ville (de 3600 à 4200 m d’altitude). En 2026, 10 lignes sont installées, chacune baptisée par une couleur, pour un parcours total de 30 km Pour un prix modique (0,30 € le premier téléphérique puis 0,20 € les suivants), nous nous sommes régalés à survoler toute la ville, observer le magnifique panorama, voir de haut l’animation des rues, explorer l’architecture éclectique et colorée, repérer des endroits que nous aimerions visiter par la suite. Si l’on inclut la pause de midi au restaurant entre 2 télécabines, c’est presque une journée entière que nous avons passé dans les transports en commun et pourtant nous avons adoré !

    Plan des lignes du télécabine de La Paz en 2026
    Plan des lignes du télécabine de La Paz en 2026

    Le marché aux sorcières

    Un quartier est réservé à la médecine traditionnelle amérindienne (quechua ou aymara) avec de nombreuses potions, herbes médicinales, amulettes et autres objets utilisés dans les rituels chamaniques comme les fœtus de lamas. Les Espagnols ont appelé cet endroit « marché des sorcières« , et les commerçants en jouent auprès des touristes en exposant des portraits de sorcières grimaçantes au chapeau pointu telles qu’on les imagine dans le monde occidental, mais ici rien à voir. C’est plutôt du chamanisme.


    Un beau musée d’art

    Le Museo Nacional de Arte est installé dans un magnifique palais colonial datant du XVIIIe siècle, une œuvre d’art en lui-même avec son élégant patio entouré d’arches de pierre sur 3 étages. Il est dédié à la diffusion de l’art bolivien, de la période coloniale à l’art contemporain. Que des œuvres de qualité et dans un style différent de ce que l’on a l’habitude de voir, quelle que soit la période. Voici une petite sélection de nos œuvres préférées.

    Fraternidad de Cristian Laime
    Fraternidad de Cristian Laime – 2023 – Museo Nacional de Arte – La Paz

    Lustrabotas

    Sur la très animée place Murillo de La Paz, un cireur de chaussures muni d’une cagoule remontée jusqu’au nez propose à Claudie de cirer ses chaussures pour 3 pesos (30 centimes d’euro). La cagoule, c’est une particularité des cireurs de chaussures de La Paz. Initialement moyen de se protéger du froid et du soleil (la ville est à 4000m d’altitude), la cagoule a permis ensuite de dissimuler le travail des enfants et adolescents, nombreux dans la profession. C’est aussi et surtout un symbole d’appartenance à un groupe social, une façon de lutter activement et avec fierté contre la stigmatisation dont est victime le métier. Notre lustrabota n’était manifestement pas un enfant. Il a fait du super boulot malgré une bonne part de textile sur les chaussures. Nous avons « généreusement » donné 10 pesos (1 €…) au lieu des 3 pesos demandés. Il ne faut pas casser le marché !


    Textiles, masques et art plumaire

    Les capitales, c’est bien connu, hébergent souvent les plus beaux musées du pays. Après le superbe Museo Nacional de Arte (voir ci-dessus) nous voilà maintenant à visiter, lui aussi installé dans un ancien palais colonial, le Museo Nacional Etnografia y Folklore. Vous voyez à peu près de quoi il s’agit. De nouveau des collections de grande qualité, très bien présentées. Nous nous sommes régalés. Difficile de raconter tout cela. Voici en collections de photos nos 3 expositions préférées : la première sur les textiles andins et leur technique de fabrication plus complexe qu’elle n’en a l’air, la seconde sur une incroyable collection de masques issus des différentes régions de Bolivie, et la troisième sur l’art plumaire (oui oui, ça existe !).


    Détente (bis)


    Tout sur la bolivianite

    Le suffixe pourrait faire penser à une sorte de tourista chopée dans les stands de nourriture des marchés de La Paz ou Sucre, mais non. D’abord ces marchés n’ont pas si mauvaise réputation, on y mange des plats basiques et sains à tout petit prix. Et puis la bolivianite, appelée aussi amétrine, est une variété très rare de quartz qui combine l’améthyste (violet) et la citrine (jaune) dans un même cristal, formant des zones de couleur distinctes. Ce minéral est presque uniquement extrait dans le sud-est de la Bolivie, notamment dans la mine Anahí, et est apprécié en joaillerie pour son aspect unique. Amé (thyste) + (ci) trine = amétrine, vous l’avez ?

    P.S. Il n’est pas certain que la première photo corresponde bien à un minerai de bolivianite, j’ai oublié de photographier la légende dans ce musée de Potosi. Quant à la dernière, je ne sais pas trop ce que c’est que cette « boulangerite » mais le nom m’a amusé…


    L’empire méconnu

    Si tout le monde ou presque (j’ai un doute pour la moitié des étatsuniens d’Amérique qui pense que ) a entendu parler de l’empire Inca, peu connaissent la civilisation qui les a précédé, les Tiwanakus. De leur petit village naissant au bord du Lac Titicaca en 1580 av. J.-C., où ils furent les initiateurs mondiaux de la culture de la pomme de terre et où ils élevaient déjà des lamas, ils réussirent jusqu’en 1200 ap. J.-C. à constituer un véritable empire similaire à celui que développeront les Incas 2 siècles plus tard. Leur première grande cité fut Tiahuanaco, occupant 400ha et hébergeant jusqu’à 100 000 habitants. Si les Tiwanakus étaient capables très tôt de travailler les métaux précieux, leur économie reposait essentiellement sur l’agriculture, grâce notamment à la maîtrise de la sélection de variétés, de la culture en terrasses et de l’irrigation (bien avant les Incas à qui pourtant on attribue ces découvertes). C’est grâce à la fabrication du bronze et de l’étain – ces deux métaux conférant des avantages sur le plan militaire – qu’ils commencèrent à étendre leur territoire. Mais leur dépendance à l’agriculture restait grande et c’est probablement une grande période de sécheresse qui entraîna un déclin rapide de cette civilisation au début du XIIIe siècle. Nous visitons aujourd’hui les ruines de leur capitale. Pyramides à degrés, temples, portes du soleil et de la lune : beaucoup de points communs avec les autres civilisations andines. Nous avons été particulièrement été intéressés par un temple semi-enterré dont une centaine de visages émergent des parois, par de nombreux monolithes sculptés (le plus grand fait 7m de haut) ou pas, inclus alors dans la structure des murs d’enceinte d’un temple, entourés de pierres taillées un peu à la manière des Incas. Et puis cette porte du soleil qui nous rappelait vaguement quelque chose… Mais oui, c’est probablement celle qui a inspiré Hergé pour son album Tintin et le temple du soleil !


    Dormir sur une île du Lac Titicaca

    Nous rêvions depuis longtemps de retourner au Lac Titicaca, que nous avions vu du côté péruvien il y a 24 ans. La Bolivie de l’autre côté nous faisait envie. Nous en avons presque terminé avec ce pays qui nous a enchantés, mais nous n’étions pas encore arrivés près de ce lac dont le nom ravit les enfants. Le découvrant en milieu d’après-midi, nous décidons de faire halte pour la nuit sur une île, ou plutôt une presqu’île car elle est reliée au continent par un petit chemin de terre qui chemine entre les joncs. Nous découvrons un paysage sauvage, une vue étendue sur le lac et passerons encore une nuit super tranquille au milieu de la nature.


    L’art du totora

    Le totora est une plante de la famille des roseaux, très répandue tout autour du lac Titicaca. Il est utilisé depuis des millénaires, parfois en adjonction avec du balsa, pour fabriquer des bateaux, un savoir qui se transmet de génération en génération. Nous nous arrêtons justement près de la maison de la famille de Paulino Esteban, un Bolivien maîtrisant suffisamment la technique de la totora pour avoir été convié à la fabrication de bateaux transocéaniques et notamment le célèbre Kon-Tiki. En 1947, ce bateau a relié la Polynésie à partir du Pérou. L’initiateur de cette traversée, le norvégien Thor Heyerdahl, voulait démontrer que les peuples sud-américains pouvaient avoir atteint la Polynésie à bord d’embarcations rudimentaires. Paulino Esteban participera à d’autres expéditions similaires dans différents endroits du monde. Et transmettra son savoir-faire à sa famille. C’est son fils qui nous a expliqué tout cela, photos et articles de presse à l’appui. Autour de sa maison, plusieurs embarcations sont en cours de fabrication. Et pour satisfaire les besoins des touristes, la famille fabrique aussi de multiples objets en totora et tous les textiles traditionnels de la culture Aymara. Un car de touristes est venu se joindre à nous, nous donnant l’occasion de faire quelques jolis clichés.


    Complètement barge !

    Nous approchons de la fin de notre parcours bolivien, prévoyant de traverser le Lac Titicaca au niveau de l’isthme de Copacabana. Seulement pour parvenir à cette ville, il y a un chenal à franchir. Alors que nous pensions monter sur un ferry digne de ce nom, nous voilà embarqués sur de simples barges en bois, éloignées du quai à l’aide de perches et mues par des moteurs de hors-bord. L’apparence fragile est contrebalancée par le fait que ce sont essentiellement des bus et des camions qui traversent, deux à la fois en général. C’est donc derrière un bus de tourisme que nous avons effectué la traversée. Bon finalement, pas de chavirage intempestif ! Pour situer notre inquiétude, je rappelle que Roberto n’est assuré qu’au tiers – il n’était pas possible de faire autrement – et que nous perdrions tout en cas de naufrage…


    Copacabana, Bolivie

    Copacabana est accessoirement une petite ville touristique de 6000 habitants, mais surtout un sanctuaire religieux, à la fois catholique et inca. Pour la partie catholique, la grande basilique Notre-Dame de Copacabana, toute blanche, abrite la célèbre sculpture de la Virgen de la Candelaria, figure religieuse majeure en Bolivie, sculptée par un descendant direct de la famille royale inca en 1580 et capable (entre autres miracles) de faire pleuvoir après de longues périodes de sécheresse. Ce qui a facilité la conversion au christianisme des amérindiens, très attachés par nature à tout ce qui touche la terre et les cultures. D’ailleurs, cette Virgen de Candelaria (ou Copacabana, c’est pareil) a été élevée au rang de vierge nationale de la Bolivie en 1825. Et c’est bien grâce à elle, grâce à une église qui lui était dédiée, que le célèbre quartier Copacabana de Rio de Janeiro porte ce nom.



    L’autre fait religieux majeur qui fait de Copacabana un sanctuaire religieux est la présence des Îles du Soleil et de la Lune. C’est de là que le dieu créateur inca Viracocha aurait lancé le Soleil et la Lune dans le ciel, et nous ne le savions pas ! Bon sang, mais c’est bien sûr ! Alors nous sommes allés visiter ces îles mythiques, en bateau avec une dizaine d’autres personnes. D’abord l’Île de la Lune (le temps pluvieux aurait desservi l’autre) où nous avons découvert le Temple des Vierges du Soleil. Des jeunes filles de bonne famille y apprenaient les taches domestiques pour soit être mariées à des Incas de l’Île du Soleil, soit être retenues pour des sacrifices humains. Qui perd perd en quelque sorte… Nous avons assisté là-bas par surprise à une cérémonie Inca. Le soleil étant revenu, nous sommes repartis vers le nord de l’ile éponyme pour admirer quelques vestiges incas dans un environnement superbe. Une table dédiée aux sacrifices humains (brrr), un rocher sacré avec une tête de puma* et un temple labyrinthique. Toucher le rocher sacré et boire de l’eau sacrée du temple nous a fait gagner au moins dix ans de vie ! Le bateau nous a ramené ensuite vers un ponton avant Copacabana où nous avons enfin pu déjeuner (il était 15 h !) d’une truite juste sortie d’un vivier sous le restaurant.

    *le condor, le puma et le serpent représentent les trois mondes de la cosmologie inca. Le premier domine le ciel, le second la terre et le troisième le sous-sol. Le lac Titicaca, sacré pour les Incas a d’ailleurs une forme de puma. Et Titicaca signifie en Quechua « puma de pierre ».

    Les contours du lac Titicaca dessinent un puma
    On peut voir un puma dans les contours du lac Titicaca. Les deux sont sacrés pour les Incas

    Actualité brûlante

    Comme en France, ce sont les élections en Bolivie. Probablement afin d’éviter les débordements, la législation prévoit de sévères restrictions, ainsi que le communique l’Ambassade de France sur les réseaux sociaux :


    Le port de Copacabana, où nous avons passé notre dernière nuit en Bolivie
    Le port de Copacabana, où nous avons passé notre dernière nuit en Bolivie

    Après avoir passé la nuit sur le port, nous avons tranquillement rejoint la frontière avec le Pérou. Adios la Bolivie, nous avons beaucoup aimé ce pays, à la fois beau et authentique. Un vrai coup de cœur !

  • 170. Roberto en Bolivie

    170. Roberto en Bolivie

    Nous rêvions depuis longtemps de visiter ce pays, surtout après l’avoir approché de près lorsque nous étions sur la rive péruvienne du Lac Titicaca avec nos enfants en 2002. Quelquefois, la concrétisation des images que l’on se fait d’un pays n’est pas à la hauteur de l’idée qu’on s’en faisait. Les pénuries d’essence, les barrages routiers et l’état des routes (seulement 10% sont asphaltées) nous inquiètent aussi un peu. Alors la Bolivie va-t-elle nous séduire ou nous décevoir ? Nous allons bientôt le savoir.

    Carte du parcours correspondant à cet article
    Parcours correspondant à cet article, en version zoomable ici

    Sortir avant d’entrer

    Le poste frontière de Tambo Quemado semble d’emblée bien mieux organisé que celui qui nous avait tenu 6 heures deux semaines plus tôt. Les flux des camionneurs, des bus et des voitures particulières sont séparés dans des bâtiments différents. Une petite fiche en 6 étapes nous est remise au début, il suffit de valider chacune d’elles pour compléter le process. Et nous complèterons tout ça en 50 minutes, dont 30 pour le seul permis de circuler de Roberto en Bolivie. Nous entrons ainsi dans le pays 10 minutes AVANT d’avoir quitté le Chili, un miracle dû à la différence de fuseau horaire entre les deux pays.

    Document de passage de la frontière du Chili à la Bolivie
    Le document qui nous guide étape par étape à recueillir tous les coups de tampons nécessaires…

    Premières impressions

    Nous gagnons rapidement le village situé juste après la frontière pour tenter (en vain) d’y acquérir quelques fruits et légumes et acheter (avec succès) une carte SIM locale pour mon téléphone, SOSH ne couvrant pas la Bolivie. La puce me coûte 5 € (50 bob, la monnaie bolivienne au nom sympathique) et autant pour un forfait illimité de 12 jours que je pourrai renouveler si besoin. Plutôt pas cher. Déjà autour de nous, nous voyons circuler de nombreuses femmes en tenue traditionnelle avec chapeau rond, tresses et ample jupe plissée multicolore. Ça promet ! Côté paysage, bien que nous n’ayons fait que franchir un col, le changement est important aussi. Nous sommes dans l’altiplano, de grandes étendues planes entourées de superbes montagnes. Sur parfois un gazon vert tendre ou plus souvent des petits buissons en forme de flamme à perte de vue paissent tranquillement des centaines de lamas, vigognes ou alpagas. Avec beaucoup de petits qu’on aurait envie de prendre dans ses bras si ce n’était une certaine appréhension de la réaction haddockienne des parents. Et puis cet autre volcan majestueux, encore plus haut que le précédent avec ses 6 542m. Le Sajama est d’ailleurs le point culminant de la Bolivie. Nous nous arrêtons pour déjeuner dans un autre petit village appelé Lagunas, charmant avec son église de style andin sur sa place centrale. Et puis nous roulons vers notre prochaine destination : Oruro. La route est plutôt bonne et la portion qui n’était pas asphaltée s’avère cimentée. Nous ne sommes interrompus que par deux péages (environ 1 € à chaque fois) et un points de contrôle où il faudra montrer les tickets de péage. Heureusement que nous les avions gardés ! Nous terminons la journée sur un petit chemin de traverse dans une zone riche en cactus et en chullpas, les tours funéraires que construisaient les Aymaras pour abriter les restes momifiés de certains membres de leur communauté. Curieux petits édifices en adobe munis d’une porte triangulaire sur leur façade Est. Encore du typique. Au total de premières impressions trèèès favorables !


    Le soufflet retombe

    Nous arrivons à Oruro, la première grande ville depuis la frontière. Difficile d’ouvrir un guide ou un article qui ne parle pas majoritairement de son carnaval, un évènement majeur en Bolivie qui attire chaque année plus de 400 000 visiteurs. Et qui tombe la semaine prochaine. Ce qui pourrait paraître une bonne nouvelle n’en est pas une : la ville est en pleins préparatifs, avec installation en cours de nombreuses tribunes et échoppes qui prennent toutes les places de parking et rendent les rues du centre aussi bouchonnées que peu circulables, d’autant que beaucoup de monde est déjà arrivé. Après avoir tourné une bonne heure dans les embouteillages sans pouvoir nous stationner, nous avons renoncé à visiter Oruro. Les principales attractions de la ville sont inaccessibles et nous n’avons pas l’intention d’attendre 1 semaine pour voir ce carnaval. Si le côté pittoresque et culturel est indéniable, nous goûtons peu aux bains de foule et craignons les débordements et autres batailles d’eau qui accompagnent les festivités. Nous nous échappons du centre pour remplir le frigo et le réservoir de Roberto. Pas de supermarché ici, rien que des petites supérettes où manquent beaucoup des produits que nous consommons habituellement comme les yaourts et les fruits par exemple. Quant au carburant, nous n’en trouverons qu’à la 4ème station-service testée, les précédentes, outre une file d’attente impressionnante, n’avaient pas ou plus de diesel. Mais la dernière a été la bonne, ouf !

    Nous prenons la direction de Potosi, au Sud du pays. Et là encore, ça ne se passe pas très bien, une longue portion de route (30 km peut-être) s’avère être une déviation en terre suivant en parallèle la nationale en cours de réfection. Pour couronner le tout, le ciel est gris et fréquemment pluvieux. Demain sera un autre jour ?


    Notre premier marché

    Découvert par hasard dans la petite ville de Challapata où nous avons fait étape pour la nuit, il nous réconcilie d’emblée avec le pays. Pittoresque, coloré, animé, c’est un enchantement et un dépaysement total, grâce notamment aux cholitas, ces femmes boliviennes qui ont su garder leur tenue traditionnelle : petit chapeau rond, tresses, vêtements multicolores tissés et triple ou quadruple jupon de laine qui leur donne une allure inimitable. Cela nous rappelle un peu le Guatemala, où les tenues permettaient d’identifier, sinon l’ethnie, le village d’origine de ces femmes, et ceci hors de toute pression touristique.


    La feuille de coca en symbole national

    Dans ce marché et dans d’autres après, un commerce insolite est très répandu : celui de la feuille de coca disponible dans de gros sacs en toile de jute parfois ornés de tissus aux motifs autochtones, que les vendeurs détaillent en sacs plastiques comme ceux que l’on trouve de moins en moins dans nos supermarchés. La production, la vente et l’usage de la coca sont autorisés en Bolivie, mentionnés dans la constitution et encadrés par une loi de 2017 sous l’impulsion du président d’alors Evo Morales, lui-même président du puissant syndicat des producteurs de coca. Outre le côté traditionnel et culturel qui remonte aux Incas, mastiquer des feuilles de coca aide les travailleurs à trouver le surplus l’énergie nécessaire dans les environnements de haute altitude où l’oxygène est raréfié. Accessoirement, les tourismes en consomment pour prévenir ou soigner le mal des montagnes ou plus simplement pour donner l’air de s’encanailler. La tradition c’est tout à fait honorable, d’autant que la plante à l’état naturel ne crée apparemment pas de dépendance. Le seul problème est que 2/3 de la production est transformé en cocaïne.

    On trouve parallèlement sur les marchés des vendeurs de lepta, une pâte de chaux et de cendres présentée en petits bâtonnets ou galettes séchées, qui aide à donner une consistance plus homogène à la chique de feuilles de coca.

    NB. La boisson Coca Cola ne contient plus de cocaïne depuis 1929. La Bolivie en consommerait curieusement moins que les Européens alors que plusieurs pays d’Amérique latine sont dans le peloton de tête. Le premier consommateur mondial est le Mexique avec 200 litres par habitant et par an, devant le Chili et l’Argentine (130 l), les États-Unis (100l). À côté, la France est plutôt sobre en Coca (23 l) mais ça reste énorme.


    Encore un environnement spectaculaire

    À partir de Challapata, la route s’embellit de kilomètre en kilomètre. Les montagnes prennent de jolies couleurs. Les lamas nous saluent du bord des routes où ils se rassemblent comme si la végétation avait précisément là bien meilleur goût que quelques mètres en retrait, au point de justifier le danger de se faire renverser à tout moment. Des murets de pierres dessinent de jolis motifs géométriques sur les reliefs, sans doute placés là pour délimiter des parcs à animaux d’élevage, ce que nous n’avons pu confirmer qu’une seule fois malgré la multitude des emplacements observés. Peut-être qu’ils étaient davantage utilisés par les autochtones avant qu’ils ne subissent la pression espagnole ? Et puis nous voyons pas mal de petites maisons en adobe, la construction par excellence à la campagne. Beaucoup semblent inhabitées d’ailleurs, mais il est vrai qu’une maison en adobe, soit ça s’entretient, soit ça se jette… Dans certains villages traversés, nous avons pu observer des danses traditionnelles animées par quelques musiciens. Ce serait assez courant. Ambiance typique garantie en tout cas.


    L’œil était dans la tombe…

    Toujours dans cette région aux superbes montagnes multicolores, nous approchons d’un lieu un peu particulier appelé « l’œil de l’Inca ». Il s’agit d’un tout petit lac circulaire d’à peine 100 m de diamètre au fond duquel jaillit une source chaude. Un chef Inca aurait découvert le lieu au XIVe siècle et s’y serait baigné pour soulager quelque problème de santé. C’est après cette visite qu’il aurait fait retravailler les berges du lac pour qu’elles forment un cercle presque parfait, digne de convertir l’endroit en lieu de culte de la Pachamama et autres divinités inca. Voilà pourquoi l’œil de l’Inca surveille maintenant tous ceux qui passent. C’est peut-être lui qui génère régulièrement des tourbillons qui aspirent régulièrement des touristes venus profiter de l’eau à 30°C. Après quelques décès par noyade, le lieu est désormais interdit à la baignade et le gardien se targue d’un diplôme de maître-nageur sauveteur. Deux précautions valent mieux qu’une !


    Potosi, première ville du capitalisme

    Ce n’est pas moi qui le dis, c’est un professeur d’anthropologie qui a qualifié ainsi la plus célèbre ville minière de Bolivie. Car dès la fin du XVIe siècle, ce qui était alors le plus grand gisement d’argent du monde, exploité par l’Espagne impériale grâce au travail forcé des esclaves Quechua et africains, a financé la conquête du Nouveau Monde et alimenté la Renaissance européenne. Dès 1600, l’argent bolivien avait multiplié par 8 la masse monétaire en circulation en Europe. Cet afflux massif a malheureusement (pour la ville et pour les Espagnols) entraîné un déclin économique rapide au XVIIe siècle, aggravé par le fait que l’épuisement des filons de surface, les plus accessibles, rendait l’exploitation plus compliquée. La mine est toujours en activité bien que de façon moins effrénée qu’auparavant et curieusement exploitée par des Quechua malgré les millions de leurs ancêtres engloutis dans les entrailles du Cerro Rico (la montagne riche). Après avoir lu les conditions difficiles et dangereuses de la visite, appréhendé le côté voyeur et intrusif dès lors que l’on s’introduit dans une entreprise en activité, nous avons renoncé à visiter la mine. Mais Potosi a beaucoup d’autres attraits. Le déclin économique a figé la ville dans son architecture coloniale espagnole avec les beaux bâtiments construits par tout ceux qui vivaient de la ruée vers l’argent et les 33 couvents et églises dans lesquels ils venaient prier pour que ça continue. Tout ça est classé au patrimoine mondial de l’UNESCO.

    Le minerai d’argent qui a fait la fortune de Potosi, de l’Europe et des USA

    La Casa de la Moneda

    La Casa de la Moneda est un incontournable de la visite de Potosi. Un quart de la production de la mine d’argent, soit environ 10 000 tonnes par an, y était dirigé pour y être frappé en monnaie. Une visite guidée, aussi encadrée que s’il s’agissait de la Casa de Papel madrilène, nous montre les différentes étapes de la fabrication des pièces au cours des siècles. À commencer par les gigantesques fours aux plafonds encore tout noircis par le traitement du minerai et tous les moules qui servaient à couler les lingots. Et puis les ateliers, où jusqu’en 1773, les pièces étaient frappées une par une à coup de marteau (c’est de là que vient l’expression…). Et encore les imposants laminoirs qui transformaient les lingots en feuilles d’argent d’1 mm d’épaisseur grâce à des engrenages en bois de chêne entraînés par des chevaux en sous-sol. On nous montre bien entendu la progression technologique de la fabrication avec l’avènement de la vapeur puis de l’électricité. Aujourd’hui, c’est toujours à Potosi qu’est fabriquée la monnaie bolivienne, mais dans un autre lieu. La Casa de la Moneda en tant que musée expose aussi des peintres locaux, une salle de numismatique et une autre de minéralogie.


    Quand l’actualité nous rattrape…

    En 2026, la production des pièces de monnaie boliviennes est toujours localisée à Potosi, mais dans un autre endroit. Les billets de banque quant à eux sont imprimés à Santa Cruz, une autre grande ville du pays. Et l’on vient d’en entendre parler avec cet avion militaire qui, lors de sa livraison à la banque centrale de La Paz, s’est crashé à l’atterrissage, éparpillant son chargement de billets. Inutile de dire que la police a eu un peu de mal à disperser les curieux !


    Balade en ville

    Nous flânons bien sûr dans les rues de la ville, appréciant les façades blanches, les portails baroques, les balcons et fenêtres en encorbellement, les multiples églises et le marché. Au-delà du centre historique, on aperçoit les maisons en briques et couvertes de tôle des mineurs et du « petit peuple », ainsi que les sommets environnants dont le célèbre Cerro Rico qui contiendrait encore suffisamment d’argent pour assurer 6 ans de PIB à la Bolivie. Faut-il aller le chercher.


    Un privilège partagé avec Sao Paulo

    Dans toute l’Amérique du Sud, seules deux villes partagent un privilège très spécial : Potosi et Sao Paulo. Toutes deux et seulement elles ont été « envahies » par notre artiste français Invader. C’est-à-dire qu’il y a apposé un certain nombre de mosaïques dans les rues sur le thème de base des Space Invaders mais généralement personnalisé pour chaque ville. Si vous êtes lecteur(trice) régulier(ère) du blog, vous savez que Claudie et moi faisons partie des chasseurs de ces œuvres d’art, utilisant notamment l’application dédiée. C’est en 2022 que Invader s’est rendu à Potosi pour y installer 53 de ses œuvres, dont la 4000ème de sa carrière, un symbole pour une ville située à 4000m d’altitude. Nous nous sommes contentés d’en flasher une douzaine, ce qui n’est pas si mal. Nous avons apprécié d’y retrouver les éléments caractéristiques de Potosi : Cerro Rico, condors, cholitas, mineurs, lamas, etc.


    Sucre

    La ville de Sucre vue des toits de la cathédrale
    La ville de Sucre vue des toits de la cathédrale

    Voilà une ville considérée par beaucoup comme la plus belle de Bolivie, et la pompiste avec qui j’ai causé un peu pendant mon plein de diesel n’a pas démenti. Mais elle était peut-être d’ici… Sucre (prononcer soucré) a été la première capitale du pays, ayant été la première ville à obtenir son indépendance de l’empire espagnol. Devenue riche grâce à sa voisine Potosi, grand centre intellectuel et culturel, elle était le lieu idéal pour que les révolutionnaires développent leur idéaux d’émancipation. Ce qui fut obtenu le 25 mai 1809, grâce notamment aux actions guerrières du maréchal …Sucre. La capitale fut transférée à La Paz 90 ans plus tard, mais Sucre a gardé un statut de capitale constitutionnelle et juridique. La ville a gardé de cette période faste tout le charme de l’architecture coloniale espagnole mélangée à des styles empruntés aux européens et aux nord-américains. Nous avons consacré plusieurs jours à la visite, profitant par ailleurs d’un climat idéal, chaud et ensoleillé le jour, frais la nuit grâce aux 2700m d’altitude. Ci-dessous quelques photos commentées d’une partie de nos découvertes.

    La ville blanche


    Sucre d’art


    Un cimetière touristique

    On met un peu à part la visite du cimetière général de Sucre, une sorte de ville dans la ville qui en reproduit toutes les particularités, souvent même en mieux : rues et avenues tracées au cordeau, végétation abondante et bien entretenue, chapelles et mausolées plus somptueux que la plupart des habitations de la ville. De la ville on reproduit ici hélas aussi les inégalités criantes : les défunts riches sommeillent pour toujours à l’aise dans de larges et beaux bâtiments, tandis que les pauvres sont entassés dans des caveaux familiaux disposés dans des sortes d’HLM en béton bordant des ruelles étroites. Même dans la pauvreté on fait des distinctions avec le coffre vitré apposé en façade, au cadre zingué à doré en fonction des revenus et dont le contenu censé évoquer la mémoire du défunt varie énormément selon le niveau social antérieur de celui-ci. A noter que les Boliviens procèdent en 2 étapes pour les sépultures : d’abord un enterrement comme en majorité chez nous, puis une exhumation du corps 10 jours après pour une incinération. Les urnes peuvent se retrouver dans les petits coffres mais pas toujours.


    C’en est terminé pour la visite de la capitale administrative de la Bolivie. Nous avons bien apprécié ces quelques jours de visite. Nous allons repartir maintenant vers le Nord du pays, tout en restant dans l’Altiplano. Nous n’envisageons pas à ce point d’aller du côté de l’Amazonie. Mais tout peut toujours changer !

    Hasta luego !