Catégorie : Articles

Tout sur notre voyage autour du monde en fourgon aménagé, des étapes préparatoires au parcours détaillé pays par pays

  • 73. Le pays de la rose sauvage

    Transition entre la région des Plaines et celle des Montagnes Rocheuses, la province de l’Alberta a de quoi attirer les voyageurs avec ses multiples parcs naturels et les paysages à couper le souffle. Son économie principale repose toutefois sur l’agriculture, l’élevage et surtout la production de pétrole. Elle n’est rien moins que la seconde réserve mondiale de pétrole brut, derrière l’Arabie Saoudite. Corollaire pour nous, le diesel à la pompe est l’un des moins chers du pays, en moyenne 1,40 €. De quoi compenser les longues distances à parcourir. Soucieuse de son image, la province a choisi comme emblème sur ses plaques d’immatriculation non pas un puits de pétrole mais une rose sauvage.


    L’indien (Walsh)

    Le premier village que nous traversons en Alberta s’appelle Walsh. Apparemment, il n’y a rien à voir. Du moins lorsque l’on reste sur le plancher des vaches (ou le bitume des autoroutes dans une version plus moderne). Mais des gens dont c’est la passion de scruter les photos aériennes diffusées par Google Earth ont repéré la tête d’un indien, fort appropriée dans ce pays où les premières nations se battent pour préserver ce qui leur reste de leurs territoires. Tentez l’expérience vous-même en tapant les coordonnées géographiques 50.010611,-110.113422 sur le site ou l’application. Ou regardez simplement la copie d’écran ci-dessous.


    Camping 4 (Medicine Hat)

    Nous trouvons un coin sympa et plantons la nouvelle tente que nous venons d’acheter chez un marchand indien. Claudie m’aide à planter les piquets – remarquez leur alignement parfait ! – puis, pendant que je décore de quelques assiettes, ma chérie coud nos torchons et serviettes – oui, je sais, il ne faut pas mélanger mais nous n’avions pas trop le choix – pour réaliser la toile.

    Bon, vous l’aurez compris, il s’agit d’une blague. Ayons un peu de respect pour le peuple Saami, en l’honneur duquel ce tepee géant a été construit pour les jeux olympiques d’hiver de Calgary en 1988, avant d’être déplacé ici. Peut-être qu’avec ses 65,5 de hauteur il faisait de l’ombre à la tour emblème de la ville ? (voir plus loin)


    Défaut de piquant (Lethbridge)

    Nous avons fait un détour pour nous rendre dans cette ancienne cité minière charbonnière, non pas pour les vestiges de cette activité, mais pour tenter d’apercevoir des porcs-épics accrochés aux arbres bordant le rivage de la rivière qui traverse la ville. Ce ne devait pas être la saison car aucun n’a montré le bout de ses épines. Nous nous sommes contentés d’admirer le grand viaduc ferroviaire en acier, unique en son genre dans le monde parait-il, et de nous rafraîchir dans la rivière peu profonde. Nous n’étions d’ailleurs pas les seuls en ce jour de canicule, l’activité la plus populaire étant de descendre le cours d’eau sur des bouées de toutes tailles et de toutes formes, du pneu de poids lourd à la licorne géante.


    Bisons pas futés (Fort Macleod)

    Entre voir ça dans des vieux westerns et être physiquement sur les lieux, cela fait toujours une belle différence. Nous sommes sur le site où il y a 4 800 ans les indiens Black Foot s’organisaient des festins de bisons en les précipitant en masse du haut d’une falaise. En fait c’était leur seul moyen de subsistance. Et la quantité de bisons tués ainsi d’un seul coup, plusieurs centaines parfois, servaient en totalité à nourrir un hiver entier ces populations autochtones.

    L’exposition très bien faite nous montre comment les différentes tribus devaient mettre tous leurs moyens en commun pour réussir cette chasse spectaculaire qui nécessitait une coordination et des préparatifs minutieux. A l’aide de cairns, que les bisons évitaient les prenants pour des rochers peu franchissables, des couloirs étaient créés sur les hauts plateaux, menant à un point de chute précis. Certains chasseurs déguisés en bisonneaux attiraient les mères qui pensaient à un animal perdu. D’autres grimés en loups, créaient un état de tension permanent dans le troupeau, afin de déclencher le moment venu la panique finale.

    Finalement, ces bisons ont couru à leur perte en se comportant comme des moutons.


    Frank Slide Story (Frank)

    Le nom de cette histoire rappelle un peu une comédie musicale connue. Mais la musique ici, dans la nuit du 29 avril 1903, ce fut plutôt un énorme roulement de tambour lorsqu’un pan entier de la Turtle Mountain s’effondra en 90 secondes sur la petite ville de Frank qui venait de s’installer imprudemment juste au-dessous. Bravant ainsi l’avertissement des sages indiens qui se gardaient bien, eux, de planter leurs tepees sous la « montagne qui bouge ». Mais l’attrait du travail dans la mine de charbon qui venait d’ouvrir était le plus fort. Et le propriétaire récent de la mine, M. Frank, assurait l’absence de tout danger. On connait la chanson. Elle s’appelle Frank Slide Story. 96 morts et un village rayé de la carte.

    119 ans plus tard, nous découvrons la tragédie et les lieux. L’énorme plaie dans la montagne et l’immense coulée de pierres qui couvre les deux versants de la vallée semblent dater d’hier. Plusieurs dizaines de corps restent d’ailleurs ensevelis dans l’éboulis. On surveille désormais la Turtle Mountain comme un volcan, car ses roches très friables menacent de se libérer à nouveau, mais pour l’instant les scientifiques assurent que tout est calme. Comme M. Frank.

    Un petit reportage est disponible ici :

    Pour finir, nous avons passé la nuit près du site, en choisissant par prudence un emplacement sur le versant opposé et très haut situé. Un joli coin de forêt au milieu d’un troupeau de vaches. Vive la vanlife !


    Dîner en ville (Calgary)

    La plus grande ville de la province, qui semble avoir totalement oublié son passé olympique, est réputée cosmopolite, et c’est tout à fait en accord avec cet adjectif que nous avons abordé la ville avec une belle rencontre de voyageurs suisses, italiens et franco-canadiens, tous en fourgon aménagé. 3 Fiat Ducato et 1 Mercedes Sprinter que nous avons alignés sur le parking. Une riche et chaleureuse soirée d’échanges en a suivi. Pour certains, c’était une sorte de concrétisation de nos suivis respectifs sur les réseaux sociaux. Merci encore à Blanche et Marielle (@bm.aroundtheworld), Pierre et Pauline (@ras.supernova) et Alex et Serena (@chingonvanlife). J’ai mis les comptes Instagram pour ceux qui s’intéresseraient à leurs parcours de baroudeurs.

    Nous avons parcouru en une journée cette ville moderne, dotée de gratte-ciels impressionnants et joliment dessinés, de passages piétons couverts au-dessus des rues, sans doute bien pratiques en hiver, d’intéressantes œuvres d’art urbaines, d’une tour caractéristique et d’un quartier chinois bien établi.


    La petite boucle (Canmore)

    La ville ça va un temps, nous nous en éloignons rapidement car les montagnes rocheuses toutes proches nous attirent. Nous avons commencé notre mise au vert par un parcours à vélo de 50 km aller-retour en fond de vallée. Très bien pour la mise en jambes, mais pas terrible pour le décor car, malgré les jolis sommets environnants, il longe en permanence l’autoroute. Les cinquante kilomètres aller-retour feraient bien sourire celles et ceux qui ont parcouru la grande boucle au début de l’été, mais ils étaient bien suffisants pour nous. Enfin surtout pour moi car, malgré l’absence d’entraînement depuis des années, j’avais choisi un peu hâtivement un vélo classique. Claudie, plus prudente ou moins téméraire avait renoué avec l’assistance électrique que nous avions testée avec bonheur l’hiver dernier à l’Île d’Yeu.


    Les Rocheuses, enfin (Lake Louise)

    Après avoir traversé des plaines interminables, nous sommes heureux de voir apparaître les reliefs des Montagnes Rocheuses. Et quels reliefs ! Des sommets aux contours acérés, dépassant couramment les 3000 mètres d’altitude, entrecoupés de glaciers et bien sûr des vallées et des lacs qui vont avec. La route que nous allons traverser, l’une des plus panoramiques de la planète d’après les canadiens – ça vaut ce que ça vaut – s’appelle d’ailleurs la Promenade des Glaciers. Le corollaire de cette nature d’une grande beauté, c’est que nous y avons retrouvé tous les touristes que nous pensions absents. La totalité du Canada semble avoir décidé de passer ses vacances ici ! Et le corollaire des hauts sommets, c’est que ça attire les nuages, et de fait le ciel s’est bien couvert depuis que nous sommes dans le coin.

    Notre première étape sur l’Icefields Parkway (c’est la même route que ci-dessus mais les anglophones préfèrent l’appeler comme ça) est le Lac Louise. Randonner autour nécessite de se lever tôt, car le parking d’accès est souvent complet dès 7h30, et c’est encore pire pour le Lac Moraine son voisin dont le parking est clos vers 4h du matin ! Pour les non matinaux, une navette existe, mais il faut la réserver et elle était aussi complète dans notre cas. Pour les non matinaux riches, un service de limousine peut aussi vous emmener au parking. Comme Roberto voulait voir le Lac, nous avons fait un effort et sommes arrivés là-haut vers 6h30. Précaution qui s’est avérée inutile, le mauvais temps annoncé ayant dissuadé pas mal de randonneurs.

    Nous avons fini notre nuit sur le parking et pris tranquillement un bon petit-déjeuner avant de nous lancer sur les sentiers à la découverte de ce magnifique lac couleur menthe glaciale. Les photos vous le décriront mieux que moi. Le paysage et le temps pas si désagréable que ça nous ont poussé à parcourir 14 km. Mais on n’est pas obligé d’en faire autant.


    Sur la promenade des glaciers (de Lake Louise à Jasper)

    Nous nous lançons enfin sur cette route panoramique prometteuse et, malgré un temps toujours un peu mitigé, on peut dire que nous ne serons pas déçus. Du grand spectacle pendant 232 km dans cette longue vallée glaciaire bordée de hauts sommets souvent garnis de glaciers. Des arrêts sont proposés régulièrement, soit pour simplement profiter d’un point de vue, soit pour parcourir une randonnée plus ou moins longue aboutissant sur un point d’intérêt. Parmi les meilleurs, citons :

    • le Lac Herbert, de couleur émeraude, bordé de sapins et reflétant parfaitement les montagnes ;
    • le Lac Bow, qui mérite bien son nom ;
    • le Lac Peyto, avec sa forme en tête de loup, sa couleur bleu turquoise et ses points de vue idéaux pour les selfies
    • le canyon de la rivière Mistayaque où la rivière qui sort du lac Peyto s’engouffre avec furie avant de cheminer calmement, blanche et sinueuse, le long de la vallée
    • le ruisseau Coleman, censé être un repaire à chèvres blanches des montagnes mais que nous avons raté car il n’était pas indiqué
    • la Muraille en Pleurs, une forteresse de roche ou suintent (pas trop fort le jour de notre passage) de multiples ruisseaux
    • le Glacier Athabasca, autrefois accessible dès le bord de la route mais qui se trouve maintenant très haut, reculant de 5 mètres par an, malgré tout encore accessible jusqu’à permettre de marcher dessus
    • et pour terminer cette première journée bien remplie, le petit camping de Jonas, où l’on s’installe et s’inscrit tout seul.

    Choc thermique (Jasper et Miette)

    La nuit dans le petit camping a été plutôt fraîche, et nous avons anticipé en mettant le chauffage dès le soir sachant que les températures nocturnes descendraient jusqu’à 1°C. Nous avons eu un peu pitié des quelques personnes qui dormaient ce soir-là sous la tente, les espérant néanmoins bien équipées. Grand ciel bleu le matin pour terminer la promenade des glaciers, ça embellissait encore les sommets. Quelques arrêts encore pour admirer d’impressionnants canyons et de tumultueuses cascades, et nous voilà arrivés à Jasper, le point ultime de cette belle route. Nous ne nous arrêtons pas pour autant, notre point de chute du jour étant prévu encore une soixantaine de kilomètres au nord-est de la ville. Il s’agit d’une sorte de village thermal où, entourés de quelques groupes de bungalows, quelques bassins emplis d’eau à 40°C accueillent les touristes du jour venus faire trempette. La source jaillit en fait à 55°C un kilomètre en amont, et nous sommes bien sûr, en thermalistes avertis, allés lui rendre visite, humer sa bonne odeur soufrée et même la goûter. Le chemin passe devant les anciens thermes bâtis en 1938, fermés pour cause de vétusté en 1984. Ici, contrairement à l’Europe, on s’intéresse peu aux vertus médicales de l’eau. La composition n’est en rien affichée et nous avons dû demander pour avoir une composition partielle. Et puis, après un rien d’hésitation, nous sommes allés nous immerger à la fois dans la foule et dans la piscine à 40°C. Nous étions vraiment bien après. Sûrement des vertus cachées à exploiter !


    Last but not least (Jasper)

    C’est notre dernier jour dans le Parc National de Jasper. Nous quittons de bonne heure le « camping de débordement » – un camping basique avec un minimum de services qui sert de dépannage lorsque les campings classiques sont pleins – de la Rivière Piégeuse (on se demande si c’est pour les poissons ou pour les campeurs) pour arriver avant 9h au parking de notre première randonnée du jour, comme nous l’a recommandé le centre des visiteurs du parc. Nous suivons une jolie route entre montagne et lacs, sur laquelle nous rencontrerons un troupeau de mouflons des Amériques, puis, après avoir garé Roberto, un sentier qui suit d’abord le Lac Maligne avant de s’enfoncer dans la forêt. Ce lac très encaissé est bien plus long que large, 22 km pour 1,5 km au maximum. Il est très touristique et l’ambiance entre queues-leu-leu de camping-cars monstrueux et cars de touristes nous gâche le plaisir. Nous leur laissons les petits bateaux de croisière et les canoës pour tenter de trouver notre bonheur un peu plus loin. Nous reprenons donc la route dans l’autre sens et là, c’est un ours qui traverse tranquillement la chaussée au milieu des voitures. Le plan B pour la randonnée sera le Canyon de la rivière Maligne, au bord duquel on chemine en observant les étroitures et les cascades. Jamais deux sans trois, c’est un cerf de Virginie qui se trouvera sur le bas-côté. 3 animaux sauvages effacent bien 300 touristes, dont très peu ont pu profiter du spectacle d’ailleurs.


    C’est avec ce parc national exceptionnel que nous quittons la province de l’Alberta. Nous n’en avons pas fini pour l’instant avec les Montagnes Rocheuses. Nous allons voir à quoi elles ressemblent du côté de la Colombie Britannique. A très bientôt !

  • 72. Le pays des cieux vivants

    Nous traversons cette fois la Saskatchewan, province des prairies canadiennes dont la devise, présente sur toutes les plaques minéralogiques, est « Le pays des cieux vivants ». L’auteure aurait été inspirée par l’aspect souvent spectaculaire du ciel de la région, tant par ses levers et couchers de soleil magnifiques que par ses aurores boréales et ses orages impressionnants.

    Entrée en matière

    Après avoir quitté notre stationnement nocturne sur l’immense parking déserté d’une station de sports d’hiver, après avoir croisé 2 biches, l’une au bord du chemin et l’autre se frayant un chemin au milieu d’un champ de colza, nous passons de la province du Manitoba à celle de la Saskatchewan sans qu’aucune indication ne définisse la frontière.

    Nous nous engageons sur une route en terre, longue et rectiligne, côtoyant d’immenses champs de blé et de colza. La couleur jaune vif de ces derniers ressort magnifiquement sur le sombre ciel orageux. Nous pensions suivre une petite route de liaison entre 2 routes bitumées, mais non, le GPS annonce que le prochain virage est dans 55 kilomètres ! Nous voyons arriver de loin les rares véhicules que nous croisons, des poids lourds principalement, grâce au nuage de poussière qu’ils soulèvent. Je m’arrête en bord de route pour photographier l’un de ces véhicules. Mais au lieu de continuer, celui-ci s’arrête, s’inquiétant sans doute d’une éventuelle panne. Je le rassure, reprends la route et retente ma chance pour le camion suivant. Mais il s’arrête de même ! Bon, j’ai quand même ma photo. Un peu plus loin, nous observerons un petit avion qui croise régulièrement la route assez bas pour aller déverser en rase-mottes des produits chimiques (je me doute que ce n’est pas de l’eau) sur les champs. J’hésite à m’arrêter pour le photographier, craignant qu’il n’atterrisse sur la route pour prendre de mes nouvelles, mais il n’en fera rien. Du coup j’ai ma photo aussi !


    Regina, capitale verte

    Regina avec ses 200 000 habitants n’est pas la ville la plus peuplée de la province, mais c’en est la capitale. Nous avons d’ailleurs visité son parlement. C’est encadré mais gratuit et l’on peut admirer les belles colonnades en marbre de la rotonde centrale et la salle luxueuse où se réunit l’Assemblée législative deux fois par an, 40 jours au printemps et 25 jours à l’automne. Un chouette métier que d’être député saskatchewanais, non ?

    Pour le reste, la capitale est plutôt tranquille, dotée d’un grand lac où se croisent kayaks, canards et pédalos, agréablement verte et fleurie avec ses grands parcs où flânent une multitude d’oies dans l’attente de leur migration automnale. Même sur le parking où nous nous étions garés, pourtant proche du centre-ville, plusieurs lapins sont venus nous rendre visite.

    L’offre culturelle est là, avec entre autres la Galerie d’art MacKenzie, spécialisée dans l’art indigène, exposant notamment une magnifique collection d’œuvres en perles, et le Musée royal de la Saskatchewan, dédié à la partie des sciences de la vie et de la terre qui concerne la province. Les dioramas montrant la faune et la flore dans chaque sous-région, chaque saison voire pour certains à différents moments de la journée, sont d’une qualité technique exceptionnelle. A titre d’exemple, des oiseaux sont en suspension dans l’air sans que l’on n’aperçoive aucune attache, et des vues subaquatiques montrent un canard plongeur entouré de bulles alors qu’il n’y a pas d’eau. Pour petits et grands, avec un prix libre.


    Enfin, au chapitre des curiosités, notons cet Albert Memorial Bridge qui détiendrait le record mondial du pont le plus long par rapport à la taille du cours d’eau qu’il enjambe, soit 260 m de longueur pour 3 m de rivière. Cela est probablement dû au fait qu’un barrage a été construit pour créer le joli lac du centre-ville juste en amont du pont.


    Moose Jaw, l’assagie

    Cette ville ayant poussé comme un champignon au moment où la Canadian Pacific y a installé ses rails, on y retrouve une petite ambiance de Far-West, de ruée vers l’or. Aucune mine pourtant, mais l’or local c’était la production céréalière que l’arrivée du chemin de fer a dopée, puis l’alcool au moment de la prohibition qui a amené son lot de malfrats dont Al Capone et le Ku Klux Klan. Elle s’est heureusement assagie depuis et nous avons profité de quelques attractions :

    1. Mac the moose

    Oublions rapidement cette statue géante d’orignal placée au bord de la route transcanadienne pour arrêter les touristes. Faite de plusieurs couches de ciment déposées sur une grille métallique, elle est en fait assez hideuse. Reconnaissons-lui tout de même le mérite d’être l’orignal le plus haut du monde, dépassant les 10 mètres. En 2019, la Norvège a battu temporairement le record, mais la population de Moose Jaw s’est rapidement cotisée pour rallonger les bois (en ciment, donc) de quelques dizaines de centimètres et sauver ainsi l’honneur.


    2. Les tunnels d’Al Capone

    La ville est surtout connue pour avoir été très active pendant la prohibition, grâce à un réseau de tunnels souterrains dans lesquels se préparaient les caisses d’alcool et un excellent réseau ferré pour les acheminer ensuite jusqu’à Chicago. Al Capone est censé être venu contrôler son marché ici, et la ville le revendique, mais il n’y aurait pas de preuve formelle. Nous on a bien aimé l’ambiance far-west de la rue principale.


    3. Le street-art

    Nous nous sommes aussi prêtés au jeu de piste à la recherche des 47 œuvres de street-art dispersées dans le centre-ville, munis d’un petit guide que distribue l’office de tourisme. Vous trouverez ci-dessous quelques-unes de ces fresques murales


    4. La galerie Yvette Moore

    Dans l’ancien bâtiment où l’on enregistrait les terrains donnés par l’état à tous ceux qui défricheraient et cultiveraient 10 hectares par an pendant 5 ans, une artiste locale renommée expose ses œuvres ou celles de créateurs de la région.


    5. Le Western Development Museum

    Le but de musée est de recueillir et exposer tout ce qui a trait à l’économie et à la culture de l’ouest du Canada. En pratique, nous sommes passés vite devant la partie concernant l’histoire locale pour avoir le temps d’admirer la jolie collection de, comme dit notre guide, tout ce qui vole, qui roule ou qui glisse.


    Gravelbourg et les frankaskois

    Nous reprenons la route vers le sud-ouest et les paysages commencent à changer un peu. Quelques champs bleus commencent à apparaître, que nous supposons être du lin. Si vous êtes linologue, n’hésitez pas à vous exprimer en commentaire si besoin. Le plus important pour nous, c’est que ça nous change du jaune et du vert de ces derniers jours. Le relief aussi est un peu différent, avec l’arrivée de collines. Sans doute un peu moins facilement cultivables, les terres se transforment volontiers en pâturages.

    Nous rejoignons bientôt Gravelbourg. Cette petite ville de 1000 âmes doit son développement à l’Abbé Louis Gravel, missionnaire québécois qui développa ici une communauté de canadiens francophones. Les 30% de la population qui y parlent encore Français sont appelés les fransaskois, contraction de français et de Saskatchewan, le nom de la province. L’Abbé dépensa beaucoup d’énergie pour faire venir le train et construire des bâtiments religieux et publics, dont une cathédrale, un palais de justice, un théâtre, un lycée. Il voyait grand mais cela parait aujourd’hui démesuré par rapport à la taille de la ville.


    Val Marie et le Parc National des Prairies

    Et nous voilà repartis sur de longues routes droites dont les intersections sont séparées de trente ou cinquante kilomètres, pour certaines occupées par un petit hameau qui semble tellement isolé du reste du monde.

    Nous parvenons finalement à Val Marie, une petite bourgade accueillante, elle aussi partiellement francophone. A moins de vouloir dormir au milieu des champs, le seul endroit acceptable pour la nuit est le petit camping municipal, qui n’est pas si mal finalement. Un camping tout simple comme nous aimons. 13 emplacements dont 3 seulement étaient occupés (nous compris !), un paiement basé sur la confiance (on dépose le règlement dans une enveloppe que l’on glisse ensuite dans une urne) et un calme nocturne parfait.

    Si nous sommes venus là, c’est pour le Parc National des Prairies, et nous n’avons pas été déçus. Sur les conseils de la « ranger » au centre des visiteurs, nous avons enchaîné deux randonnées de 2,5km dans un environnement superbe mêlant reliefs rocheux et vue à 360° sur des plaines herbeuses ou des champs à l’infini, puis parcouru avec Roberto l’Ecotour Scenic Drive, une route de 15km qui traverse le parc. Outre l’environnement tout aussi spectaculaire, nous avons craqué pour les colonies de chiens de prairies. Un seul regret : la petite communauté de bisons ne s’est pas montrée.


    Une révélation

    Nous terminons notre traversée de la Saskatchewan par la petite ville d’Eastend. Son nom semble inadapté pour l’une des villes les plus à l’ouest de la province, mais il fait référence à l’extrémité Est du Parc naturel des Cyprès, si proche qu’il en devient un pléonasme. Mais ce n’est pas ce parc qui nous attire, c’est le T.rex Discovery Centre. On y étudie le squelette de Scotty, le plus grand T.rex du monde découvert dans la région en 1991 par un simple prof d’Eastend qui participait à une sortie fossiles avec des paléontologues renommés. En une demi-journée, alors que les autres n’avaient déterré que quelques ammonites, notre enseignant sortit de terre une grosse dent et une vertèbre rapidement attribuées par les spécialistes à un T.rex. Peut-être vexés, ils n’ont commencé le reste des fouilles que trois ans plus tard et ont appelé la bête Scotty alors que le prof se prénommait Robert. C’est petit.

    Après 20 ans de fouilles, 65% du squelette était reconstitué et le chantier fut arrêté, ses dirigeants et surtout ses financeurs jugeant que l’on ne découvrirait plus rien. Nous avions vu une copie complète au Musée Royal de Regina, mais une copie c’était une copie et nous espérions voir quelques os authentiques. De fait 2 vertèbres d’origine sont exposées. 600 000 siècles nous contemplant, c’est toujours mieux que les 40 des pyramides de Napoléon. Et puis même si avec nos 0,6 siècles d’existence nous avons l’impression d’en savoir beaucoup sur les dinosaures, il y a toujours un truc ou deux à glaner. Mais là, ce n’était pas un truc, c’était une claque. J’avais l’impression d’un fait universellement admis que l’extinction des dinosaures était liée à  la chute d’une comète, dont les conséquences atmosphériques ont entraîné la disparition de 75% des espèces sur terre, DONT nos fameux sauriens géants. Il se disait aussi que la plupart d’entre eux n’étaient pas morts directement, mais conséquemment à une raréfaction de la végétation suite à la pénombre durable qui avait suivi le cataclysme. Les petits dinosaures vegan sont morts de faim les premiers, leurs prédateurs ont logiquement suivi.

    La réalité de la chute de la météorite semble indiscutable. On a retrouvé son cratère au Mexique et la perturbation des sédiments à l’époque est retrouvée dans tous les sols du monde (couche Crétacé-Tertiaire, appelée aussi K-T dans les pays anglosaxons et третинний крейдяний шар en Ukraine). Selon Wikipédia, les chercheurs se tâteraient entre une influence marginale, partielle ou majeure de la métérorite sur la disparition des dinosaures. Or, comme le souligne le centre, 100% des fossiles de dinosaures ont été retrouvés au-dessous de la couche crétacé-tertiaire. Leur disparition ne peut donc qu’être antérieure à la chute de la météorite. Je regrette que mes profs de sciences-nat aient écrit leur cours avec Wikipédia.


    Nous quittons maintenant les saskatchewanais pour aller saluer les albertains. Nous vous en dirons des nouvelles ! Le parcours décrit ci-dessus est illustré ci-dessous et les liens vers les commentaires, le compte Instagram ou l’abonnement sont juste après. Merci de nous suivre et d’avoir la patience de tout lire, le cas échéant.

  • 71. Traversée du Manitoba

    Après les forêts et les lacs de l’Ontario, après la route de Thunder Bay à Kenora, nous abordons les plaines fertiles du Manitoba. D’immenses champs de blé alternent avec ceux de colza formant de superbes damiers jaunes et verts, entrecoupés de lacs. Il y en aurait plus de 150 000 dans cette province grande comme la France mais peuplée comme la moitié de Paris. Autant dire que nous ne la parcourrons pas en long et en large, mais seulement en travers, de sa capitale animée Winnipeg aux « sentinelles des prairies » d’Inglis.


    La baie du tonnerre

    C’est comme ça que se traduit en français le nom de la ville de Thunder Bay, située à l’extrémité nord-ouest de la partie canadienne du Lac Supérieur. Elle est née en 1970 du regroupement de deux villes plus petites, Fort Williams et Port Arthur et a peut-être été baptisée ainsi en hommage à la montagne sacrée des indiens Ojibwés, la « montagne du tonnerre » ou « thunder mountain ». Les anglais avaient alors préféré donner à la montagne sacrée le nom d’un commerçant en fourrures écossais, histoire d’effacer un peu plus la mémoire des autochtones.

    Le Mont McKay est une sorte de cheminée des fées géante, que la coiffe rocheuse protectrice au sommet a protégée de l’érosion. Du coup le massif est maintenant 300m au-dessus de la vallée pour une altitude par rapport à la mer de 483m. Malgré les falaises, on peut gagner le sommet par un petit sentier bien escarpé. Mais la vue du plateau en haut récompense les efforts. C’est aussi devant cette montagne entourée de falaises, au bord d’une rivière assez fréquentée par les locaux, que nous avons garé Roberto pour y passer deux nuits.


    Il y a deux siècles, l’activité dominante était la « traite », les indiens venant troquer les fourrures résultant de leur chasse dans le grand Nord contre des biens occidentaux (tissus, armes, ferblanterie, tabac, etc.). Les fourrures étaient ensuite acheminées par canoë jusqu’à Montréal. De là elles étaient expédiées sur de plus gros bateaux vers le monde entier. Toute cette activité se situait au Fort Williams où elle est aujourd’hui très bien mise en scène dans des bâtiments parfaitement reconstitués avec des acteurs costumés qui jouent leur rôle comme s’ils sortaient d’une machine à remonter le temps.



    Faites-moi un signe

    La poursuite de la route transcanadienne vers l’ouest va comporter de longs trajets où les forêts, les roches sédimentaires et les lacs se succèdent, tandis que les villes se font plutôt rares. Afin que le paysage, même splendide, ne risque pas de tourner à la monotonie, nous nous occupons. Notre activité principale est l’écoute de podcasts, souvent sur les sujets locaux mais pas toujours. J’aime bien aussi lire les panneaux sur le bord de la route. Ils peuvent annoncer des points d’intérêts non mentionnés dans nos guides, mais aussi informer sur les coutumes du pays, ou encore tout simplement donner le nom des voies de circulation. Un panneau indiquant sur ma droite « Yellow Brick Road » m’a tout de suite fait penser à cette chanson d’Elton John. Je n’ai pas eu le temps de le photographier, mais vous trouverez bien cette route sur Google Map du côté de Thunder Bay.

    Mais toute occasion étant bonne à saisir, j’ai imaginé un petit jeu consistant à trouver des noms de rues jouant bien sûr sur les mots. Je vous en propose quelques-uns, saurez-vous en trouver d’autres ? Une image avec des panneaux vierges est à votre disposition, vous pouvez aussi metttre vos propositions en commentaires. Allez, soyez créatifs !


    Orage ô désespoir

    A l’approche de notre dernière ville ontarienne, Kenora, le temps devient orageux avec un ciel vraiment très sombre. Aurons-nous le temps de visiter cette cité touristique basée au bord du Lac des Bois ? Nous nous y aventurons, le parapluie à la main pour Claudie, mes jambes prêtes à courir en ce qui me concerne. En une heure de marche rapide, nous aurons un bon aperçu du centre-ville assez animé malgré le temps menaçant. Au final, le ciel sombre ne rend pas si mal sur certaines photos, mettant en valeur la couleur blanche du navire de croisière qui emporte son lot de touristes sur le lac ou de celle de la flotte d’hydravions plus prudemment restée ancrée au quai. En revanche, les autres clichés, comme celui du brochet géant de 12m de haut censé attesté de la qualité des eaux du lac, ou encore ceux des fresques murales, gagneraient à être plus contrastés.

    Et puis la pluie nous a rattrapés. Aucune chance de voir un hydravion décoller devant Roberto. Nous avons repris la route, ça occupe… Avant de quitter l’Ontario, nous nous arrêtons pour la nuit sur une halte routière un peu en retrait de la transcanadienne. Comme d’habitude, il n’y avait que nous …et les moustiques !


    Paysages urbains

    Après plusieurs centaines de kilomètres dans une nature superbe parsemée de rares villages, nous arrivons dans la province du Manitoba, où se situe le centre longitudinal du Canada. En serions-nous pour autant à la moitié de notre périple canadien ? La suite nous le dira.


    Nous arrivons assez rapidement à Winnipeg, la capitale de la province et 7ème ville du pays. Winnipeg, Manitoba, ça fleure bon les racines autochtones, non ? Après avoir traversé la banlieue, dans une circulation dense mais sans embouteillage, nous stationnons pour la nuit et probablement davantage sur le parking de la gare. Si celle-ci est étonnamment déserte, les trains ne manquent pas, transportant principalement des marchandises.


    Nous retrouvons donc sans enthousiasme ces côtés négatifs de la ville : bruits en tous genres, des vrombissements des motos aux sirènes des ambulances en passant par les klaxons prolongés des trains, circulation rapide de gens pressés, mendiants ou personnes dans des états seconds, parkings payants, immeubles de béton rarement esthétiques, petit brin d’insécurité, etc.

    Mais le positif domine avec les beaux bâtiments au charme suranné du quartier historique, le design des ponts et bâtiments publics, les sculptures au coin des rues, les fresques murales un peu partout, les accueillantes terrasses des cafés devant le « cube », une petite scène en plein centre-ville, un quartier français qui mérite de s’y arrêter, des beaux musées et bien sûr des boutiques qu’on ne trouve pas dans les villages de campagne. Et puis, cerise sur le gâteau, les moustiques semblent avoir déserté. Apparemment, une politique active de la ville en ce sens y serait pour quelque chose.

    1. Le centre-ville et le quartier historique


    2. La Winnipeg Art Gallery

    On y trouve des oeuvres classiques bien sûr, mais ce musée présent depuis 1912 s’est spécialisé dans l’art Inuit et met en valeur parallèlement l’art Métis et ses magnifiques broderies de perles.


    3. La cathédrale Saint-Boniface

    Saint-Boniface, autrefois ville indépendante, est maintenant un quartier francophone de Winnipeg. Sa cathédrale de 1906 a été ravagée par un incendie en 1968, il n’en reste guère que la façade percée d’un trou béant à la place de la rosace, que l’on a choisi malgré tout de garder. Tout en reconstruisant une nouvelle cathédrale beaucoup plus moderne dans sa sobriété intérieure et le design de ses vitraux.


    4. Parc de la Fourche

    Il y a 6000 ans, les Premières Nations du Canada se sont installées là, au confluent de la Rivière Rouge et de la Rivière Assiniboine, pour profiter de terres fertiles, d’eaux poissonneuses et de bons moyens de communication avec les régions environnantes. L’état en a fait un lieu historique, l’a aménagé avec de nombreuses oeuvres d’art et y a édifié son Musée des droits de la personne (voir plus loin).


    5. The Rolling Stones Unzipped

    Cette exposition internationale sur l’inusable groupe de rock nous a consolés de ne pas être en France pour leur tournée mondiale actuelle. Histoire complète, costumes de scène, musicologie, graphisme des pochettes de disques, scénographie, vidéos grand format de concerts. Difficile d’entrer davantage dans les détails, mais vu que c’est international, peut être avez-vous ça à côté de chez vous si vous êtes fan.


    Musée canadien des droits de la personne

    C’est à Winnipeg une visite incontournable. Ce musée géré par l’état, très réussi architecturalement, a été bâti sur le site où les premières nations autochtones se sont installées avant de devoir gérer l’envahissement par le monde occidental. Même si leurs droits s’améliorent timidement d’année en année, nous sommes loin de l’égalité promue par la déclaration des droits de l’homme dont l’un des premiers rédacteurs était Canadien. Le musée aborde tous les aspects des droits de la personne, d’une manière universelle mais aussi sur ce qui touche particulièrement le Canada. Notamment la lutte pour les droits des autochtones, des femmes, des francophones, des travailleurs. On porte aussi un regard sans concession sur les abominations commises par le pays : déportation des acadiens, internement des canadiens d’origine japonaise, surtaxation des immigrés chinois, refus d’accueillir les juifs pendant la 2ème guerre mondiale, déplacement forcé des Inuits, génocide culturel des autochtones dont les enfants ont été enlevés pour être placés dans des orphelinats pour « effacer l’Indien qui était en eux ». Un étage entier est consacré aux génocides mondiaux, juif, arménien, rwandais, cambodgien, ukrainien, bosniaque et au racisme en général. Heureusement on développe aussi tous les moyens mis pour lutter contre tout ça. Nous y avons passé 4 ou 5 heures sans voir le temps défiler.

    A propos du génocide physique et culturel des autochtones dans les pensionnats indiens, lire le bel article de France Info qui vient de paraître, à l’occasion de l’actuelle visite du pape au Canada, venu entre autres y réitérer les excuses de l’église catholique. Cliquez sur ce lien.


    Déclarés revenus

    Les pélicans blancs d’Amérique étaient en voie d’extinction il y a une vingtaine d’années, essentiellement parce que les humains détruisaient leurs lieux de nidification. Une fois ces zones protégées sur les rives du Lac Winnipeg, ils sont revenus, et en masse qui plus est, pour le plus grand plaisir de nos yeux. Nous les avons trouvés un peu par hasard, en étant garés pour la nuit juste au-dessus de leur plage favorite !


    Chasse, pêche, traditions …et camping

    Les Canadiens sont férus d’activités à l’extérieur, comme le camping, la chasse, la pêche, la randonnée à pied à vélo ou en kayak, etc. Et pas seulement l’été ! Alors ce magasin Cabela’s doit être leur paradis. Décoré d’animaux empaillés dans tous ses recoins, il semble répondre de A à Z aux besoins de chaque activité. Pour les chasseurs par exemple, outre l’équipement vestimentaire de base, on y trouve des affûts en tous genres, des animaux-cibles équipés de capteurs pour s’entraîner au tir, des appeaux pour toutes les proies possibles, des pièges à ours ou à renard, des sprays pour enlever sa propre odeur, pour en rajouter des trompeuses genre urine de coyote ou d’orignal, de la poudre pour voir d’où vient le vent (si si) et bien sûr toutes les armes possibles et les munitions qui vont avec. J’oublie les arcs, arbalètes et pistolets vendus sous blister. Pour ceux qui dépècent et cuisinent le résultat de leur chasse, des rayons entiers de couteaux, des outils à éviscérer, des machines à fabriquer les saucisses et des barbecues pour les faire griller combleront leur bonheur.


    Gimli, capitale de la Nouvelle Islande

    Le nom de cette petite ville n’a rien à voir avec le personnage de Tolkien. Il signifie tout simplement « paradis » en langue Viking, car c’est là que se sont installés en 1875 plusieurs centaines d’immigrants islandais, fuyant leur pays en pleine crise économique suite à une éruption volcanique. Le gouvernement a mis à leur disposition des terres sur les rives du Lac Winnipeg. Un petit musée raconte les difficultés des premiers arrivants, la façon dont ils ont bâti toute une vie à partir de zéro, la malchance d’avoir perdu un tiers de leurs effectifs en raison d’une épidémie de variole la 2ème année, puis le développement progressif de la ville, l’intégration choisie au gouvernement Canadien qui leur avait pourtant laissé beaucoup d’autonomie, l’ouverture à d’autre communautés par la suite, ukrainiennes et polonaises en premier. De quoi nous faire réfléchir les jours où l’on trouve sa propre vie difficile.


    Le planeur de Gimli

    La ville est aussi célèbre pour l’atterrissage d’urgence en 1983 d’un Boeing 767 d’Air Canada sur une piste militaire désaffectée, à la grande surprise des festivaliers qui s’y étaient rassemblés pour suivre une course de dragsters. La surprise était d’autant plus grande que l’avion est arrivé dans un silence total, tous moteurs coupés, en panne sèche en fait. Une bête erreur de conversion de litres en livres. Tout le monde s’en est sorti heureusement. Je vous invite à lire l’histoire en détail ici.

    L’expression « to pull a Gimli glider » est depuis utilisée au Canada pour dire « faire une erreur spectaculaire et embarrassante ». Ça fait une belle jambe aux passagers !


    Pas que sous les ponts

    L’eau est partout ici, ou presque. Elle couvrirait 10% de la surface de la province du Manitoba (contre 0,5% de la France) et plutôt à un niveau assez élevé, ce qui embellit les paysages mais nous cause quelques petits problèmes de fermetures de sentiers de randonnées. C’était le cas pour le parc provincial d’Hecla, dans lequel nous avons simplement dormi et circulé, mais les deux chemins que nous avions envisagés de suivre étaient bloqués par l’eau.


    Le lendemain, après un petit tour en voiture jusqu’au bout de la presqu’île, nous avons roulé jusqu’au parc national des Riding Mountains. Pour les mêmes raisons de hautes eaux, la moitié des randonnées étaient inaccessibles, y compris celle qui traversait un parc de bisons, quel dommage. Heureusement, nous avons pu trouver notre bonheur dans les parcours qui restaient. Une jolie balade dans une forêt de bouleaux puis de pin qui s’est terminée sur le ponton d’un petit lac.


    Camping 2

    Rassurez-vous, je ne vais pas vous raconter le film, encore que ce pourrait être drôle étant donné que je ne l’ai pas vu. Je voulais juste vous parler de notre seconde nuit en camping depuis le début de notre circuit au Canada fin mai, ce qui nous fait une moyenne d’une nuit par mois. Et c’est généralement parce que nous ne pouvons pas faire autrement. La première fois, c’était à Percé en Gaspésie. Toutes les villes de cette côte très touristique interdisaient le stationnement nocturne, même sur des parkings ordinaires. L’exceptionnel camping sur la falaise devant le rocher percé et les baleines nous a rapidement convaincu de ne pas chercher très loin un emplacement ce jour-là. Et aujourd’hui, le motif principal est le remplissage de nos réservoirs d’eau. La plupart du temps, c’est assez facile de trouver de l’eau, mais là, avec les villes très éloignées les unes des autres, nous arrivions au bout de nos 200 litres. Les campings au Canada sont pourtant en général plutôt cool, avec des emplacements spacieux, relativement privatisés, et quasi toujours munis d’une table de pique-nique et d’un barbecue. Pour un prix raisonnable, entre 25 et 50 € dirons-nous. Le problème avec les campings, ce sont les voisins. Ils sont pour la plupart du temps discrets ou agréablement causants, mais il y a toujours le risque d’avoir un entourage bruyant (conversation, musique, enfants, etc.) ou d’être sous le vent des odeurs des barbecues, qui servent là-bas dès le petit-déjeuner. Nos premiers critères pour le choix d’un stationnement nocturne sont 1°) le calme, 2°) la situation par rapport à nos activités du lendemain et 3°) la vue. Nous réussissons la plupart du temps à conjuguer les trois.


    Les sentinelles des prairies

    C’est par cet alignement étrange de hautes bâtisses de bois que nous terminons notre traversée du Manitoba.  On dirait de grands moulins sans ailes, mais on n’y meulait pas les céréales qu’on leur confiait, on les y stockait. Car ce sont des élévateurs à grain, installés là à partir de 1880 pour simplifier le transport des récoltes qui se faisait jusqu’ici uniquement par sacs transportés à dos d’homme. Le grain apporté par les agriculteurs était déversé au sol dans une trémie puis hissé à plus de 20m de hauteur grâce à une courroie munie de godets. De là, il était réparti à l’aide de tuyaux mobiles dans l’une des 16 cellules de stockage. Lorsque le moment du transport était venu, la cellule était vidée dans un camion sur la route devant ou dans un wagon sur la voie ferrée à l’arrière. En 1953, 260 élévateurs de ce type étaient en fonctionnement au Manitoba. L’arrivée des silos en béton puis en inox a conduit peu à peu à leur déclin. Ceux d’Inglis ont heureusement été restaurés pour préserver la mémoire de ces « sentinelles des prairies ».


    Et, voilà, à l’heure où vous lirez ces lignes, si vous n’êtes pas trop en retard par rapport aux publications, nous serons dans la province peu prononçable de la Saskatchewan, dont la plus grande ville s’appelle Saskatoon. Peut-être la patrie de Roger Rabbit ? Merci de nous lire et à bientôt !