Catégorie : Articles

Tout sur notre voyage autour du monde en fourgon aménagé, des étapes préparatoires au parcours détaillé pays par pays

  • 189. De Tunja à Guane

    189. De Tunja à Guane

    De Tunja à Guane, nous allons poursuivre notre road trip colombien en suivant les montagnes, peu pressés de retrouver la fournaise des vallées. De charmants villages coloniaux s’y succèdent, comme quelques curiosités naturelles. Que du bonheur !

    Notre parcours de Tunja à Guane, Colombie. En version zoomable ici
    Notre parcours de Tunja à Guane, Colombie. En version zoomable ici

    Éjectés par la police !

    Les nuits se suivent et ne se ressemblent pas. Nous avions pourtant envie de renouveler l’expérience nature de la veille juste avant la grande ville qu’est Tunja afin d’éviter une nuit bruyante en centre-ville. Le spot que nous visions, juste sous les lettres qui dominent la ville à la manière de l’enseigne Hollywood de L.A., n’était malheureusement plus accessible. Mais nous trouvons à courte distance un petit terrain herbeux proche de la croisée de 2 chemins, idéalement prometteur d’une nuit paisible. Mais 2 policiers circulant par là sur une seule petite moto vers les 7h du soir, bien après le coucher du soleil, en décideront autrement. Le discours est habituel : là où vous êtes, nous ne pouvons pas assurer votre sécurité, vous devriez dormir à l’hôtel, etc. Une méconnaissance totale de la vanlife et une exagération de l’insécurité (la région n’est pas jugée spécialement dangereuse par les autorités internationales) et les voyageurs de l’endroit fermé juste à côté n’ont rapporté aucun désagrément. Mais difficile de contester la force publique, alors nous sommes descendus en ville de nuit – ça par contre ça n’est pas recommandé ! – et avons trouvé une place au fond d’une impasse en ville, forcément moins calme que notre coin en campagne de la veille.


    Tunja et la maison de l’écrivain

    Nous partons pour une balade dans les rues du centre historique, qui a conservé quelques maisons coloniales autour d’une grande place (Bolivar bien entendu). Notre guide recommandait de visiter la cathédrale, que nous n’avons pas trouvée exceptionnelle, le temple Santo Domingo avec son plafond qui en ferait la chapelle Sixtine de Colombie, malheureusement fermée, la maison du fondateur de la ville avec son plafond mudéjar (mélangeant les styles mauresque, chrétien et judaïque) malheureusement pas encore ouverte, et la maison de l’escribano Don Juan Vargas réputée pour ses plafonds ornés de magnifiques fresques … heureusement visitable le temps que la guichetière-guide termine son café et aille chercher les clefs. Nous aurons vu au moins un des plafonds célèbres de la ville… Claudie pourtant grande lectrice n’avait jamais entendu parler de cet écrivain, mais c’est normal puisqu’il n’en était pas un… Escribano signifie en fait greffier ou notaire. Ce monsieur exerçait donc cette haute fonction à l’époque coloniale. La demeure du XVIe siècle est parfaitement conservée et contient de nombreuses pièces et meubles authentiques où l’on sent le poids des ans. Le point d’orgue de la visite est effectivement un ensemble de fresques peintes sur les plafonds de deux pièces, tout aussi bien conservées que les meubles. Elles représentent plusieurs aspects de la vie quotidienne et religieuse de l’époque coloniale, avec des saints, des végétaux, des animaux et des symboles du pouvoir et de la foi. Avec un style très original.


    Customisation

    Les Colombiens adorent customiser leurs véhicules, particulièrement lorsqu’il s’agit de taxis, de bus, ou de la populaire 4L Renault. En voici quelques exemples.


    Les délices d’Iza

    1. Les desserts du marché

    Ça n’est pas si fréquent, mais la ville d’Iza est connue pour ses desserts, au point d’avoir un marché dédié chaque dimanche. Malheureusement, nous y étions en semaine, mais les boutiques autour de la place centrale sont ouvertes tous les jours. Mille-feuilles, génoises garnies d’arequipe (confiture de lait) et de fruits locaux ou encore merengón sont parmi les plus populaires, Nous avons jeté notre dévolu sur ce dernier, proposé dans une sorte de salon de thé opportunément placé 10 mètres derrière Roberto. Comme son nom l’évoque, ce dessert est à base de meringues (françaises précisent-ils) entre lesquelles sont glissés de la crème, des fruits, une sauce sucrée, le tout étant personnalisable, y compris le topping. Au moins 2000 calories mais délicieux !


    2. Le « Nid vert du Boyacá »

    Touchée par la classification du village au patrimoine national, la ville apporte un soin particulier à son entretien et évite les débordements. L’architecture coloniale est ainsi bien préservée avec des maisons à un seul niveau, des toits de tuiles en terre cuite, des murs blancs ornés de quelques fresques et des ouvertures et balcons en bois peint de couleurs vives. À quelques pas du centre-ville, enjambant une petite rivière paisible, se trouve un autre vestige de la période coloniale : le Pont des Amoureux, dédié aux couples qui viennent se promener le soir sur ses traverses de bois encadrées de colonnes de pierre avant d’aller déguster un dessert sur le Parque Central sous les arbres couverts de mousse espagnole.


    3. Les Thermes d’El Batán

    Une petite route de terre de quelques kilomètres nous a menés du centre-ville à ce petit établissement thermal tout simple au milieu de la nature, dont le nom signifie « le moulin ». Un eau à 33°C sans soufre cette fois mais avec du carbonate de calcium pour minéral dominant. L’ambiance était particulièrement calme ce matin de milieu de semaine (une seule autre personne fréquentait les lieux) et l’effet relaxant était encore renforcé par un léger fond musical chinois. Pas trop typique mais il est difficile de trouver une musique sudaméricaine relaxante…


    4. Les délices de la langue

    Le peuple Muisca a vécu dans la région d’Iza entre 600 et 1540 ap. J.-C. avant d’être christianisé de force par les Espagnols et de disparaitre dans la masse. Leur centre religieux, le Temple du Soleil, situé dans la ville voisine de Sogamoso et a immédiatement été détruit par les conquistadors. Iza était plus discrète, ce qui lui a permis d’être préservée, et possiblement de se sentir une sorte de responsabilité dans la promotion du souvenir de la culture Muisca. J’ai trouvé ainsi des tableaux de porte-clefs intitulés « alphabet Muisca » où chaque lettre de l’alphabet latin est associée à un symbole Muisca. Malheureusement, aucun tableau n’était complet. Le meilleur que j’ai pu photographier était encore amputé de sa lettre D, correspondant sans doute à une demande excessive des Diego, David et autres Daniela, prénoms les plus fréquents en Colombie.

    Mais qu’à cela ne tienne, je me suis lancé à transmettre la photo à ChatGPT en lui demandant de compléter le porte-clef manquant. Pas si simple a priori, l’intelligence artificielle devant successivement reconnaitre qu’il s’agit d’un alphabet Muisca, que chaque symbole est associé à une lettre, que la lettre manquante est le D, et qu’il faille reconstituer l’image du porte-clef manquant. Moins de 10 secondes après la demande, j’ai reçu un tableau complet avec le porte-clef qui manquait. Bluffé, j’ai tout de même cherché sur Internet les caractères de l’alphabet Muisca. Et le symbole pour le D ne correspondait pas ! J’ai envoyé derechef mon tableau de référence à ChatGPT, qui m’a pondu sans sourciller un nouveau porte-clef avec le bon symbole cette fois. Je l’ai félicité, ça permet d’humaniser un peu le dialogue. Mais un peu trop vite car en voulant en savoir encore plus sur la langue Muisca – oui je reconnais être pénible au quotidien – je me suis aperçu qu’en réalité, il n’existe PAS d’alphabet Muisca ! Le souvenir de la langue étant davantage oral ou phonétique qu’écrit. Mais ça c’est une autre histoire !


    Le Lac de Tota

    Nous arrivons dans un autre lieu sacré pour les Muisca, qui est aussi le plus grand lac d’eau douce de Colombie : le Lac de Total. Nous avons prévu d’en faire le tour.

    1. Et l’Autriche franchit notre frontière

    Après avoir circulé longtemps sans croiser grand monde, nous nous arrêtons pour la nuit sur un petit promontoire au-dessus de ce lac de Tota, culminant à 3015 m d’altitude. Nous nous réjouissons à l’avance du calme et de la fraicheur à venir, tout en admirant la vue sur les pentes vertes qui descendent vers l’onde immobile et les montagnes baignées de brume alentour. Nous nous imaginons être transposés au Connemara. Mais le charme se rompt d’un coup quand un gros camping-car vient se garer juste devant nous. Cela fait plusieurs semaines que nous n’avons pas croisé de véhicule de ce genre, et il faut que ça tombe sur nous. Des gens comme ça qui se sentent plus rassurés s’ils sont collés à leurs congénères. Nous serions arrivés après eux, nous aurions cherché un endroit plus loin ! Un peu irrités, nous n’avons pas trop discuté avec ce couple d’Autrichiens, juste assez pour savoir qu’ils se dirigent vers le Sud et que nous n’aurons pas l’occasion de les revoir sur notre chemin. Grrr !


    2. La monoculture de la ciboule

    La route qui fait le tour du lac de Tota est pittoresque mais les endroits pour s’arrêter sont rares tant les rives sont occupées par des cultures. Et principalement par la ciboule, un intermédiaire entre l’oignon et le poireau, très utilisée dans la cuisine colombienne. 80% de la production nationale est originaire d’ici. Les travaux dans les champs sont intenses et ne sont en rien saisonniers : la stabilité du climat frais et humide du lac tout au long de l’année permet 4 à 5 récoltes par an. En espaçant bien les semis, la production est ainsi quotidienne. Elle est même si intense qu’avec tous ces travailleurs qui nettoient et lient une multitude de ciboules non loin de notre route, nous en avons les yeux qui piquent ! C’est même les larmes aux yeux que nous apercevrons la minuscule Playa Blanca, la plus haute plage du pays. Avec le temps mitigé et surtout une température maximale du lac autour de 13°C malgré le mois d’août, elle était évidemment déserte.


    Mongui, la ville aux couleurs de Noël

    Voilà encore une ville qui se revendique la plus belle de toutes, en se limitant sagement à celles du département du Guayacá. Cela méritait donc une petite visite. Effectivement on trouve là encore une architecture coloniale bien conservée, avec la particularité que toutes les menuiseries des façades sont ici peintes en rouge, vert et or. Avec un certain nombre de boules de toutes tailles qui y sont accrochées, on pourrait croire à un lien avec Noël, mais pas du tout.

    Ou presque pas. D’abord ces trois couleurs symbolisent principalement l’environnement historique, géographique et économique de la ville : le vert pour la nature proche, le rouge pour le sang versé lors des guerres d’indépendance et l’or pour les richesses minières (principalement du charbon). Mais les touristes y ayant vu un lien avec Noël, la municipalité s’est empressée d’imposer cette charte graphique à tous les habitants pour entretenir la confusion. Quant aux boules, il s’agit tout simplement de ballons de foot, une production qui, avec une vingtaine d’entreprises spécialisées, fait vivre un bon quart de la population. Pas étonnant de voir Zidane ou M’Bappé sur les murs de cette ville alors.


    La route traversière de Mongui à Guadalupe

    Lors de nos choix d’itinéraires, lorsqu’aucun point d’intérêt touristique ne permet de les guider, nous privilégions la route la plus directe, qui ne suit pas toujours les nationales. Dans la mesure du possible nous essayons d’éviter les nombreux chemins de terre en repérant au préalable l’état de surface des routes sur l’application Osmand (ni Google Maps ni Waze ne font ça). Les routes asphaltées y sont indiquées par des pointillés noirs, qui deviennent marron pour la terre et bleus pour un revêtement « compact ». C’est ce dernier qui domine sur la route traversière que nous allons prendre et malheureusement il peut signifier beaucoup de choses. Compact qualifie un sol ferme, restant praticable par temps de pluie. Mais cela peut être aussi bien du ciment qu’une terre très bien tassée ou encore un sol rocheux. Nous allons avoir un peu des trois sur notre route, ornières, marches, gués, sol ameubli par des travaux en plus. La moyenne se situe entre 10 et 30 km/h selon les zones et nous sommes bien secoués. Par moments le doute nous habite : n’aurions-nous pas du prendre la nationale et parcourir 221 km au lieu des 158, même si c’était derrière des poids-lourds ? À d’autres moments, quand nous nous rendons compte que nous n’avons pas croisé d’autre véhicule depuis une bonne heure et que les paysages sont spectaculaires, nous ne regrettons rien. Nous avons même passé une journée complète et 2 nuits au milieu de nulle part pour profiter de la quiétude de l’endroit et laisser passer le week-end – et la foule afférente – avant notre destination suivante.


    La Cascada de los Caballeros

    Nous ne sommes pas encore sortis de notre route orniéreuse que nous tombons, peu après le petit village de San José de Suaita, sur cette cascade à plusieurs niveaux qui atteint les 100m de hauteur. La visite la plus tranquille consiste à aller se baigner dans les petites piscines naturelles formées sous les niveaux inférieurs. Tandis que la plus courageuse consiste à grimper le long d’un chemin boueux vers le niveau supérieur, avec en récompense la possibilité de passer derrière la cascade. C’est la voie que nous avons empruntée, sans vraiment l’avoir choisie car le gérant du parking où nous avons laissé Roberto nous a accompagnés en personne jusqu’au départ du sentier. Difficile alors de ne pas l’emprunter… Mais c’est sans regret car c’était vraiment spectaculaire. Au retour je me pose évidemment la question de l’étymologie du lieu. La Cascade des Messieurs ? Mais où est alors la Cascade des Dames ?

    En fait Caballeros est dans ce cas un nom de famille. Les Caballeros étaient, aux XIXe et XXe siècle, de riches entrepreneurs dans le textile et faisaient vivre la région, notamment dans une usine que l’on peut encore apercevoir dans le village. C’est en leur honneur que les habitants de San José de Suaita ont baptisé cette cascade ainsi. Comme la cascade Michelin de Clermont-Ferrand. Non non, c’est une blague bien sûr.


    Las Gachas : des trous dans la rivière

    Ce site est parfois appelé le Caño Cristales du pauvre. La célèbre rivière aux plantes écarlates est effectivement plus coûteuse à explorer (ici le site est en libre accès) et sa beauté surpasse largement celle du site de Las Gachas. Ici, la teinte rougeâtre du lit de la rivière est due à l’oxyde de fer contenu dans les roches. Mais ce n’est pas tant la couleur qui fait la réputation du lieu que les nombreux trous pour la plupart presque parfaitement circulaires qui forment autant de micro-piscines naturelles que les locaux appellent jacuzzis. En raison sans doute des quelques remous créés par le flux de la rivière qui s’y écoule. On peut s’y baigner, la profondeur atteignant pour certaines les 3 mètres et la température n’étant pas trop fraîche dans les trous situés hors du parcours direct de la rivière. On nous avait recommandé d’être sur le site de bonne heure pour éviter les foules et effectivement il n’y avait personne quand nous y sommes arrivés vers 8h30. Mais seulement un autre couple était présent lorsque nous sommes repartis une heure plus tard. Le site s’étalant sur 1400 m de longueur, il est peu probable qu’il soit envahi aujourd’hui, un jour de semaine et hors vacances scolaires. Tant mieux pour nous ! Mais au fait, que signifie Las Gachas ? Des trous de mites ? Des vasques ? Des marmites ? Des greens de golf ? Des morceaux de gruyère ? Pas si simple si l’on se tient à la traduction purement littérale, mais vous trouverez sûrement.


    San Gil, la capitale des sports extrêmes

    Bah ça n’est pas trop notre truc les sports extrêmes, mais San Gil était un passage obligé pour les étapes suivantes, alors nous y avons dormi au pied de l’église du Divin Enfant, loin de la base de rafting qui aurait pu vouloir nous recruter. Nous avons surtout trouvé que c’était une ville de pentes extrêmes, avec des rues en dalles de grès qui ont parfois fait ripper un peu Roberto et qui ont compliqué notre exploration à pied de la cité. Ce type de rue est assez typique du département du Santander et nous devrions le retrouver à plus grande échelle à Barichara, notre prochaine destination.

    Nous retiendrons de cette ville la jolie cathédrale toute en pierre de taille, aux tons sable doré, avec un intérieur riche en boiseries et vitraux, un iguane aperçu par hasard dans les arbres au-dessus du torrent, une effigie de Ferd’nand, le héros d’une bande dessinée danoise devenu point de rendez-vous populaire, et le parc du poulailler (pourquoi pas ?), une sorte de jardin botanique célèbre pour ses arbres porteurs de mousse espagnole mais que nous verrons en bien plus grande quantité au bord de la route suivante (ce n’était pas la peine de payer si cher). Nous y ferons la rencontre d’un écureuil peu farouche qui finira sur une bonne note notre bref séjour dans la ville.


    Barichara, le plus beau village de Colombie

    J’ai l’impression d’avoir déjà employé cette expression de nombreuses fois, mais la fonction rechercher de mon traitement de texte me donne tort. Barichara serait donc réellement le plus beau village de Colombie, selon l’opinion des voyageurs et des guides. Il était donc impensable de ne pas nous y rendre.

    Barichara, le plus beau village de Colombie
    Barichara, le plus beau village de Colombie

    1. Barichara : le village

    Effectivement, dès l’arrivée, nous avons l’impression d’un village figé dans le temps. Si l’on excepte les murs blancs des maisons d’au maximum 1 niveau, c’est la pierre qui domine. Les toits sont tous en tuiles, les rues sont entièrement couvertes de larges pavés de grès, les trottoirs impeccables sont en briques cirées et les monuments importants comme la cathédrale et plusieurs églises sont en pierre de taille. Évidemment magnifiques à l’intérieur avec les boiseries en complément.


    2. Barichara : la cathédrale

    Cette cathédrale de l’Immaculée Conception est l’un des joyaux architecturaux et historiques du village. Ses origines remontent à 1702 lorsqu’une image de la Vierge est apparue sur une pierre taillée par un artisan. Cette « Vierge de la Pierre » est d’ailleurs toujours vénérée aujourd’hui dans une chapelle de ce qui est devenu en 1838 une cathédrale. Le bâtiment a été construit en pierres de taille par les artisans de la région eux-mêmes. Sa façade de style baroque avec ses deux tours est imposante. La statue de marbre toute blanche de la Vierge Marie en immaculée Conception ressort bien sur les tons jaune-ocre du grès. Les portes et la cloison, en bois sculpté, sont magnifiques. À l’intérieur, un plafond à caissons en bois et bambou soutenu par 10 colonnes monolithiques surplombe la nef. La dorure à l’or fin de l’autel, évidemment sculpté en bois, illumine l’ensemble.


    3. Barichara : le cimetière

    Dans ce village de tailleurs de pierre, il ne pouvait être qu’original. Ici le grès sculpté a remplacé les stèles de marbre et les croix de métal, accrochées en souvenir aux murs blancs de l’enceinte au fur et à mesure de leur remplacement. Comme souvent en Amérique latine, mais avec une dimension supplémentaire ici, les sépultures reflètent le parcours des défunts, vie professionnelle et passions principalement. Un magnifique hommage a été rendu au dernier fossoyeur de ce cimetière.


    4. Barichara : la Casa de Papel

    Barichara est une ville riche en artisans. Aux côtés des tailleurs de pierre, des potiers, joaillers, etc. on trouve aussi des artisans du papier. Et notamment la Fondation San Lorenzo qui est une organisation à but non lucratif et fait travailler prioritairement des mères célibataires. Ici, on fabrique son propre papier à partir des plantes du jardin adjacent, la fibre d’agave étant la plus utilisée, et on en fait de petits objets décoratifs vendus à la boutique. Le jardin comme l’atelier se visitent, et les touristes peuvent se former à la fabrication. Il faut quand même que je vous avoue un truc. La plaque à l’entrée portait initialement de nom de Taller de Papel. Mais le titre de la série culte m’a paru plus accrocheur. L’IA a fait le reste…


    5. Barichara : en vrac

    Avec les rues en forte pente, il est très tentant de s’arrêter boire un verre, manger une glace, ou tout simplement se reposer sur un banc du parc central bien ombragé. D’ailleurs, en langue Guane (les amérindiens qui vivaient ici avant que les Espagnols n’occupent leurs terres), Barichara signifie « lieu de repos ». Á 1300 m d’altitude, nous y avons d’ailleurs très bien dormi.

    On termine par ces quelques photos que je n’ai pas pu rassembler ailleurs mais qui m’ont paru intéressantes à diffuser. Bon visionnage !


    En route vers Guane

    De Barichara, deux solutions s’offrent à nous pour rejoindre le village de Guane, encore plus excentré donc peut-être encore plus dans son jus : une petite route étroite et sinueuse mais asphaltée et le Camino Real (Chemin Royal) entièrement pavé et en descente sur 6 km avec possibilité de revenir en taxi au point de départ. Qu’allons-nous choisir ? Rendez-vous au prochain épisode pour le savoir !

  • 188. De Bogotá à Tunja

    188. De Bogotá à Tunja

    Nous quittons la frénétique Bogotá pour remonter tranquillement la cordillère orientale de la Colombie jusqu’à l’autre grande ville qu’est Tunja, pour des découvertes aussi variées que colorées.

    Notre parcours de Bogotá à Tunja
    Notre parcours de Bogotá à Tunja, en version zoomable ici

    Jaime Duque : un parc d’attraction sans but lucratif

    Le fait est suffisamment rare pour être mentionné : ce parc d’attraction a été créé en 1983 par Jaime Duque, pilote en chef d’Avianca Airlines et philanthrope, dans le but de créer un environnement éducatif et ludique pour les enfants de Colombie, tout en reversant l’intégralité des bénéfices à des œuvres caritatives. Proche de la ville de Briceño, à 35 km au nord de Bogotá, il se remarque de loin lorsque l’on voir émerger de son enceinte sa majesté le Taj Mahal, du moins une reproduction à l’échelle 1:1. Rien que cela nous a attirés…

    En une après-midi, nous n’avons pu parcourir qu’une partie de cet immense parc de 28 hectares sillonné de sentiers, ponts et autres voies de chemin de fer. À titre indicatif nous avons pu voir un château hanté, une immense carte topographique de la Colombie située dans une volière, un parcours dans de longs couloirs bordés d’une centaine de dioramas racontant l’histoire du monde, le fameux Taj Mahal, la Main de Dieu (une main géante soutenant une sphère), une exposition sur les vêtements du monde avec des centaines de poupées, une reconstitution des 7 merveilles du monde antique dont un imposant Colosse de Rhodes et de non moins imposants Jardins Suspendus de Babylone, un brigantin grandeur nature, un navire de guerre, un avion de ligne, un bout d’un très grand zoo, et beaucoup d’attractions pour les enfants. Pour un visuel, cliquez sur ce lien : https://parquejaimeduque.com/zonas-y-atracciones/

    Au total un mélange réussi d’éducatif et de ludique adapté à tous les âges, étonnamment peu connu des touristes


    La mine de sel de Nemocón

    Nous avions décidé initialement d’aller voir la mine de Zipaquirá, célèbre pour sa cathédrale de sel souterraine, à seulement 25 km de là. Mais après avoir lu beaucoup de commentaires défavorables (coût excessif, visites express, prédominance de la religion sur l’histoire minière, etc.) nous avons décidé de boycotter et d’aller visiter à la place la mine voisine de Nemocón, une expérience décrite par les visiteurs des deux comme plus authentique. Alors nous voilà affublés de casques, à descendre 80 mètres sous terre pour un parcours d’1,6 km dans les galeries, accompagnés d’un guide. On nous explique que le sel a été déposé ici il y a environ 700 000 ans lorsque la Colombie était recouverte par un océan, avant de prendre de la hauteur sous les poussées telluriques (la mine est aujourd’hui à 2 684 mètres d’altitude). Que son exploitation remonte au minimum au IVe siècle av. J.-C. (poteries retrouvées dans les galeries) avant de connaitre une extraction à plus grande échelle entre 1816 et 1968 (huit millions de tonnes de sel ramenées à la surface). La mine de Nemocón a depuis été aménagée pour le tourisme.

    Au cours de notre cheminement dans un silence parfait, nous allons trouver des parois sombres desquelles émergent des « bouquets » de sel, formant parfois des cascades figées, des stalactites ou des stalagmites. Des mares de saumure à la surface parfaitement immobile vont rendre de jolis effets-miroirs, bien mis en valeur par des éclairages multicolores. Une chapelle en sel – utilisée tous les dimanches – accompagnée d’une crèche, un cœur d’un seul bloc de cristal de sel et quelques dioramas complèteront le décor. De façon inattendue, nous allons découvrir aussi les décors restants du tournage dans ces lieux du film « Les 33 » racontant l’histoire des 33 mineurs chilien bloqués en 2010 dans la mine de San José. Si vous vous rappelez, nous avions vu cette dernière en début d’année, une expérience émouvante après avoir revu le film.

    Au total, une belle visite, que nous complèterons par un tour dans le charmant village de Nemocón. Aucun regret pour la cathédrale de sel !


    Les falaises de Sutatausa

    L’histoire se répète : nous avions décidé initialement de nous rendre au Lac de Guatavita, un petit lac de cratère pour l’homme mais un grand site sacré pour le peuple Muisca qui vivait là avant l’arrivée des Espagnols. Régulièrement, leur chef couvert de poudre d’or partait en radeau vers le milieu du lac, s’y immergeait et y jetait des offrandes en or elles aussi. De cette légende racontée aux Espagnols est né le mythe de l’El Dorado qu’ils ont désespérément cherché par la suite. Cette histoire aurait mérité une petite visite si là aussi l’organisation n’était pas démoniaque : visite guidée d’une heure obligatoire pour un parcours de 10 mn, tellement encadrée qu’un visiteur s’est senti « en prison », sortie par un lieu suffisamment distant de l’entrée pour avoir besoin de recourir à un taxi pour le retour, etc. Ce fut un nouveau boycott vous l’avez compris et nous avons poussé notre route jusqu’à un petit parking au pied de ces falaises de Sutatausa, inconnues de notre guide papier mais opportunément situées sur notre route.

    On y grimpe par un petit sentier de 2 km pour moitié pavé, sans doute avec les roches détachées des falaises. Le chemin suit ensuite la ligne de crête entre 2800 et 3200 mètres d’altitude et offre un panorama aussi grandiose que vertigineux. Encore une belle expérience totalement improvisée.


    La basilique de Chiquinquirá

    Cette petite ville serait la capitale religieuse de la Colombie. Depuis un miracle survenu au XVIe siècle, quand la plus ancienne peinture du pays, représentant une vierge à l’enfant, sur le point de disparaître car très abîmée, retrouva d’un coup ses couleurs un lendemain de Noël. D’autres miracles survinrent dans la foulée, une église fut construite, puis une basilique, le processus habituel en pareilles circonstances. La visitant un 15 août, nous nous attendions à d’intenses cérémonies, mais c’était ignorer que depuis l’an dernier un jour férié a été créé spécialement pour célébrer la Vierge du rosaire dans tout le pays, le 9 juillet. Inutile de dire que ce jour-là, Chiquinquirá, sa place et sa basilique sont envahies de pèlerins.

    À propos de jours fériés, ils sont très nombreux en Colombie. Avec 19 jours fériés officiels, le pays est dans le top 10 dans le monde à ce sujet. Si l’on compare, la France arrive dans le classement en 68ème position avec « seulement » 11 jours fériés. Mais nous restons mieux lotis que le Vietnam et les USA qui n’en possèdent que 6…


    Les poteries de Ráquira

    Dans cette ville dont le nom signifie « cité des pots », on travaillait l’argile bien avant l’arrivée des Espagnols, et cela reste une activité dominante aujourd’hui. Les amas de poteries en tous genres et à tous les stades s’accumulent dans la plupart des rues, à l’exception peut être de la rue et de la place principale qui se sont fourvoyées dans les affres du tourisme, en se parant de couleurs exubérantes et en transformant tous les ateliers d’artisanat en restaurants et boutiques de souvenirs. Mais elles sont faciles à contourner et nous avons préféré nous concentrer sur les boutiques au détail ou en gros de poteries brutes de cuisson. Le volume limité de Roberto nous a sauvé de toute tentation d’achat, alors que les photos-souvenirs n’occupent que quelques méga-octets dans nos smartphones. L’artisanat de Ráquira n’est pas limité à la poterie : on trouve aussi de jolis hamacs, de la vannerie, des sacs à main et des ruanas (ponchos colombiens) de bonne facture. Et je ne parle pas du prix bien sûr.

    1. Une production qui ne date pas d’hier


    2. La tirelire cochon serait-elle originaire de Colombie ?

    Parmi toutes ces poteries, les tirelires cochons sont en bonne place parmi les favoris. Mais d’où vient cette pratique de transformer les cochons en tirelires ? La réponse est dans le carrousel ci-dessous !


    3. Ráquira, artisanale et touristique

    Selon certains, Ráquira serait l’une des plus belles villes de la région et, carrément, la capitale de l’artisanat de toute la Colombie. Côté esthétique, elle nous semble effectivement en bonne position, tandis que côté artisanat, il y a effectivement un grand choix. Après, les goûts et les couleurs… À vous de juger !


    La maison en terre cuite d’Octavio Mendoza Morales

    Maison en terre cuite, Villa de Leyva, Colombie
    Maison en terre cuite, Villa de Leyva, Colombie

    Un peu avant d’arriver à Villa de Leyva, nous sommes allés visiter cette maison insolite entièrement bâtie en terre cuite. Les courbes, l’asymétrie et la multiplicité des niveaux dominent, en une sorte de mélange entre Gaudi et le facteur Cheval. Mais les matériaux employés entrent ici dans une démarche écologique. L’architecte et céramiste qu’est Octavio Mendoza a souhaité privilégier l’usage des 4 éléments que sont la terre (cuite bien sûr), l’air (qui entre partout et anime de nombreux mobiles), l’eau (nécessaire pour mixer l’argile et présente dans le jardin) et le feu (indispensable pour « cuire » l’ensemble). La terre cuite serait l’un des matériaux les plus sains, tout en absorbant la chaleur du soleil le jour et la restituant la nuit. Ce qui n’empêche pas la présence d’une cheminée dans chacune des pièces toutes biscornues. Nous avons adoré explorer cette maison peu conventionnelle dans laquelle on se perd facilement. La cuisine et les salles de bains sont de petits joyaux. La décoration, dominée par des insectes en métal suspendus aux plafonds comme obstruant les fenêtres ou encore imposant le contact lorsqu’ils remplacent les boutons de la gazinière, peut paraître effrayante, mais elle est compensée par beaucoup d’objets plus sympathiques et par de nombreux espaces prévus pour s’asseoir. Je ne sais pas si nous pourrions y vivre mais nous sommes heureux d’avoir pu visiter la plus grande maison en terre cuite du monde.


    Le monastère de la Candelaria

    A quelques kilomètres de Raquirá, nous visitons ce beau monastère isolé dans un vallon boisé. En 1604, des  moines augustins espagnols qui vivaient dans des grottes près de là ont décidé d’améliorer leur quotidien et leur aura en fondant ce monastère. Qui n’a été achevé qu’en 1661, l’attente a dû leur paraître longue ! Il est occupé aujourd’hui par une vingtaine de moines colombiens et brésiliens qui vivent surtout dans les prières et la méditation mais accueillent volontiers les touristes pour une visite guidée. Nous voilà donc dans les pas de Frère Jonathan qui nous montre d’abord les superbes jardins, avant de nous commenter quelques-uns des tableaux qui entourent tout le cloître. Puis nous visitons différentes pièces dans leur jus de la première heure (XVIIe siècle donc), dont une chapelle avec un magnifique autel en bois doré centré par une peinture de Notre-Dame de la Candelaria, sainte-patronne du lieu. Nous finirons par une grotte, observant sur le chemin la résidence hôtelière appartenant au site, idéale pour une retraite spirituelle dans cette ambiance paisible et isolée. Nous demanderons d’ailleurs, comme d’autres l’ont fait avant nous, l’autorisation de dormir sur leur parking, mais malheureusement le père supérieur n’étant pas là, les moines nous refuseront gentiment. Tant pis, nous irons plus loin.


    Le festival de comètes de Villa de Leyva

    La grand-place de Villa de Leyva, la plus grande de Colombie avec ses 120m de côté, l’une des rares du pays qui ne s’appelle pas Bolivar, est aussi l’une des plus ventées du pays, particulièrement adaptée à l’envol de comètes. Oui, c’est comme ça qu’on appelle les cerfs-volants ici. Et d’ailleurs nous autres Français sommes bien les seuls à voir des cervidés voler dans le ciel. À part peut-être la veille de Noël… La confusion date du XIIe siècle, lorsque les premiers engins volants de cette sorte arrivèrent d’Asie. Du fait de leur morphologie courante de dragon ou de serpent, les locuteurs occitans – c’est par là que ça a dû arriver – les ont appelés serp-volantes (serpents volants). Quand on est capable d’appeler un pain au chocolat chocolatine, la confusion est plausible. Et puis chacun sait que les cerfs ne volent pas mais restent derrière leur fenêtre au cas où un lapin traqué par des chasseurs aurait besoin d’un coup de main.

    Mais ne nous égarons pas, nous sommes venus à Villa de Leyva pour voir le festival annuel de cerfs-volants. Une journée sur les 4 sera suffisante tant la foule est immense voire oppressante. Le parking municipal gratuit où nous séjournons s’emplit d’une multitude de bus et de voitures dès le milieu de la matinée, qui continuent d’arriver jusqu’au milieu d’après-midi, déversant une foule de visiteurs que les petites rues du centre-ville ont du mal à contenir. Villa de Leyva possède un certain charme, avec ses maisons basses au toit de tuiles, aux balcons de bois sculptés et aux murs blanchis à la chaux, mais elle a perdu hélas toute authenticité en s’ouvrant excessivement au tourisme. Les rues du centre ne sont qu’un alignement de bars, de restaurants et de boutiques à touristes, faisant regretter les tiendas pittoresques des villages alentour. Quant au festival lui-même, si les multiples cerfs-volants réunis en un même lieu offrent forcément un spectacle visuellement agréable, nous avons trouvé qu’ils manquaient d’originalité, basés essentiellement sur des ailes delta, ne justifiant pas d’attirer toute cette foule. En tout cas rien à voir avec les superbes modèles asiatiques ou même les cerfs-volants géants du nord de la France.

    Villa de Leyva : la ville

    Villa de Leyva : le festival de cerfs-volants


    Nuit sur les hauteurs

    Après le parking municipal bruyant où nous avons tout de même passé deux nuits, nous avions besoin d’un lieu paisible et si possible proche de la nature. Sur notre route vers Tunja, nous trouvons notre bonheur au bord un petit chemin de terre longeant une crête de collines. Le vent nous a bousculé un peu en fin de journée mais s’est calmé la nuit. Superbe paysage autour de nous avec une vue sur 2 vallées, un petit lac tout rond et de jolies formations rocheuses dans un canyon. Voilà un moment que nous n’avions pas goûté à la pleine nature en Colombie. Vive la vie nomade !


    Nous allons maintenant rejoindre Tunja, la capitale de la région. Ce ne devrait être qu’un bref point de passage vers les charmants villages de la cordillère orientale. À bientôt !

  • 187. Bogotá – La Macarena et retour

    187. Bogotá – La Macarena et retour

    En plus de la visite de Bogotá, la capitale de la Colombie, nous allons nous rendre en avion au parc de La Macarena pour voir l’une des merveilles naturelles du pays : les rivières rouge-sang de Caño Cristales.

    Parcours Bogotá - Villavicencio - La Macarena et retour
    Le parcours Bogotá – Villavicencio – La Macarena et retour décrit dans cet article, en version zoomable ici

    Trajet express Bogotá – Villavicencio

    C’est un fait qui nous joue parfois des tours : nous détestons organiser des excursions trop à l’avance, quitte parfois à en rater certaines. Cela nous semble rogner sur notre liberté d’agir, et puis s’il faut réserver longtemps auparavant, c’est qu’il y a foule et ça nous n’aimons pas trop non plus. C’est la veille d’arriver à Bogotá que nous prenons contact avec une agence pour la visite d’un lieu isolé dans la jungle amazonienne que nous ne pouvons pas rejoindre avec Roberto pour cause de routes impraticables et qu’il nous faudra donc atteindre en avion. S’y prendre un samedi pour un départ en avion le mercredi, c’était assez osé. Les sites des autres agences ne donnaient pas de disponibilités avant deux semaines. Quant à notre guide papier, il recommandait d’anticiper la réservation de plusieurs mois. Mais notre agence était cool, la seule vraie complication a été le règlement, uniquement par virement bancaire international, ce qui était pour nous impossible à mettre en œuvre sur un délai aussi court. Ils ont finalement envoyé un lien pour un règlement en ligne, mais ça n’a pas marché du premier coup, il nous a fallu une seconde carte pour y parvenir. Et, après avoir rejoint le mercredi la petite ville de Villavicencio à 3h de route de Bogotá, nous étions dans l’avion le mercredi !


    Petite agence, petites formalités, petit avion…

    Nous sommes convoqués le matin à 7h devant le local de l’agence dans l’enceinte de l’aéroport. Claudie et moi montons sur la balance sac à dos compris, puis c’est le tour de notre petit bagage soute qui sera placé aux côtés de sacs hétéroclites plus proches dans l’aspect de sacs poubelles que de valises. On nous remet 2 cartes d’embarquement « spéciales » complétées à la main avant de nous envoyer dans la cafétéria de l’aéroport où l’on viendra nous chercher quand il aura cessé de pleuvoir… tout un programme. Ni notre avion ni notre destination n’apparaissent sur le panneau d’affichage des vols en partance, ce qui ne semble pas plus étonnant que ça après tout ce qui a précédé. Et puis finalement on vient nous chercher. Claudie est arrêtée au passage des sacs à dos aux rayons, non pas à cause de sa bouteille d’eau pleine mais en raison de sa perche à selfie. Les deux seront finalement autorisées et nous voilà sur le tarmac encore très humide de tout ce qu’il vient de tomber. Nous passons devant des avions de plus en plus petits, cherchant lequel serait le nôtre, pour arriver devant un petit Cessna de 6 places. 3 autres passagers seront du voyage, le compte est bon avec le pilote, si c’est bien lui qui est assis devant le manche vêtu d’un jean et d’un gilet jaune. L’avion n’est pas tout jeune, mais bon, ça fait partie de l’aventure. De toutes façons plus le choix : nous voilà à nous élancer sur la piste sans même avoir marqué de temps d’arrêt à son seuil. Le pilote (finalement le gilet jaune c’est bien lui) a l’air pressé…


    Vol au-dessus de la forêt amazonienne

    Le ciel va rester nuageux et l’air brumeux tout au long de l’heure de vol, ce qui ne va pas aider au rendu des photos qui pourraient être sympathiques avec une altitude de croisière qui ne va pas dépasser les 1500m. Nos avons tout de même l’occasion d’observer l’alternance de forêts denses, de pâturages et de plantations de palmiers à huile. Contrairement au Brésil où la déforestation connaît un certain recul, ici dans ce parc c’est l’équivalent de 3300 terrains de football qui disparaissent encore chaque année, au profit de l’élevage ou des cultures de coca (y compris dans ce parc national protégé !). Mais ne tergiversons pas, notre descente a commencé vers le petit aéroport du village au nom dansant de La Macarena, entrée du parc éponyme que nous avons hâte de visiter.


    Première journée au Parc Sierra de la Macarena

    1. Présentations

    La récupération des bagages est vite faite (directement dans l’avion) et nous nous dirigeons vers la sortie, passant sous un panneau de bienvenue occupé pour un tiers par la photo d’un militaire armé jusqu’aux dents. Histoire de nous rappeler que la région a été longtemps (50 ans !) sous la domination des FARC qui ont fini par rendre les armes après un accord de paix avec le gouvernement. Des groupes dissidents ou paramilitaires continuent à rôder dans le coin, poursuivant leur part de narcotrafic et menaçant les gardes forestiers, aussi a été installé dans le cœur du village un gros contingent militaire pour la sécurité des habitants celle des touristes qui les font vivre. Notre agence de voyage nous attend dès la sortie et nous confie au guide, un jeune homme qui nous accompagnera pendant 2 jours, aucune visite du parc n’étant permise en solo. Après une présentation obligatoire à l’office du tourisme accompagnée de recommandations, nous déposons notre valise à l’hôtel et embarquons sur le fleuve Guayaraba à bord d’une pirogue.


    2. Trajet en pirogue et grimpette dans la forêt

    Ce large fleuve boueux agité d’un fort courant nous rappelle le Maroni en Guyane. Longeant les rives, nous découvrons un peu de faune locale : divers oiseaux et quelques tortues. Nous sommes déposés sur un quai en boue séchée et partons pour une randonnée de 11 km. D’abord une belle grimpette dans la forêt tropicale humide avec végétation luxuriante, murs végétaux suintants, cascades et même des peintures rupestres. Nous sortons de la jungle à un beau point de vue sur toute la région. C’est le moment du déjeûner, de type fiambre : un petit paquet en feuille de bananier contenant un plat associant riz, pommes de terre, banane plantain et viande.


    3. Balade sur le plateau au milieu des vellozias

    Rassasiés, nous repartons cette fois sur un haut-plateau, un prolongement paraît-il du plateau des Guyanes. Nous nous faufilons sur un sol rocheux mais ruisselant en permanence, entre les arbustes emblèmes de cet écosystème, formant des bouquets de tiges velues ornées au sommet d’un bouquet d’une dizaine de feuilles étroites. Ces Vellozia tubiflora ne doivent pas leur nom à leur vélocité de pousse, bien au contraire : ils ne croissent que d’un centimètre par an, directement sur la roche. Ils ont aussi la particularité de retenir l’eau et d’être relativement résistants aux incendies. Nous verrons effectivement plusieurs secteurs où sur des tiges noircies par le feu émergent des feuilles bien vertes.


    4. La transparence du Rio Cristalito

    En redescendant, nous allons suivre le Rio Cristalito, une rivière aussi transparente que son nom l’indique et dans laquelle nous aurons l’occasion d’une baignade rafraîchissante. Nous observerons enfin de jolies plantes tropicales et un petit élevage de tortues avant de rejoindre notre pirogue de retour. Une première journée bien remplie. Mais le meilleur est pour demain : nous devrions voir rien de moins que l’une des 7 merveilles de Colombie !


    Seconde journée : Caño Cristales et parrando llanero

    1. Caño Cristales, la rivière aux 5 couleurs

    L’attrait majeur du Parc National de la Sierra de la Macarena, c’est une plante aquatique qui ne pousse qu’ici : Macarenia clavigera. Elle tapisse le fond des rivières et, lorsque les conditions d’ensoleillement, de température et de niveau de l’eau sont réunies – ce qui n’arrive qu’entre juin et novembre – elle se pare de couleurs allant du vert au rouge vif du plus bel effet. À certains endroits, le phénomène s’étend sur plusieurs centaines de mètres et le spectacle est véritablement féérique. Et dynamique à la fois car la plante ondule sous les effets du courant ou accompagne le début des cascades. Le décor lui-même est à la hauteur, avec cette rivière vive qui creuse un sol karstique ou descend en formant de grandes marches d’escalier.

    Une fois la saison passée, la plante perd ses belles couleurs et sont volume, redevenant un insignifiant tapis marron. Elle ne reprendra ses couleurs qu’au début de l’été suivant. Et à condition que la population locale et les touristes ne viennent pas polluer le cours de la rivière. C’est ainsi que le Rio Cristalito que nous avons visité en premier s’est dégarni de ses macarenias. Seul le Caño Cristales, lieu de notre visite du jour, en possède encore un nombre important, grâce à des mesures de protection drastiques : limitation du nombre de visiteurs quotidiens dans le parc, répartition sur plusieurs sentiers, interdiction d’entrer avec des bouteilles d’eau en plastique jetable, repas fournis par les agences enveloppés dans des matériaux biodégradables, baignade autorisée dans des secteurs limités et avec interdiction de s’enduire de crème solaire ou de répulsifs anti-moustiques. Apparemment les règles sont bien suivies puisque nous avons pu voir ce spectacle éblouissant qui mérite bien son nom de merveille naturelle de Colombie.

    Claudie et moi devant les magnifiques macarenias de Caño Cristales
    Claudie et moi devant les magnifiques macarenias de Caño Cristales

    2. Le parrando llanero, la fête des cow-boys colombiens

    Nous sommes conviés le soir même à un parrando llanero, reconstitution d’une fête traditionnelle locale à l’intention des touristes. Instauré 2 fois par semaine par la municipalité en lien avec les agences locales, ce spectacle qui pourrait paraître ultra-touristique s’apparente aussi à une cérémonie de bienvenue par des habitants, heureux de nous voir après avoir souffert des 50 ans du conflit armé. Un animateur d’ailleurs cite les différents pays représentés par la centaine de convives et les (nous) remercie d’être là.

    Les Llaneros, ce sont les habitants de la région, des éleveurs de bétail avant tout, que l’on pourrait comparer aux gauchos argentins, mais avec des traditions propres. Comme les chants a cappella d’accompagnement du bétail (pour ne pas le stresser) ou encore leurs sortes de rodéos.

    Le parrando llanero s’apparente, lui, à un repas dansant. On y déguste de la viande de bœuf ou de veau cuite des heures à la verticale sur des pics plantés près de braises ardentes, accompagnée de yuca, plantains ou galettes de maïs. Tout en buvant une bonne Aguila bien fraîche (la bière la plus célèbre de Colombie). Un quatuor de musiciens jouant de la harpe, du cuatro (guitare miniature), des maracas et de la guitare basse joue seul ou accompagne tantôt un chanteur tantôt des danseurs de joropo en habits traditionnels. Qui en effectuent d’abord la démonstration avant d’inviter le public à participer.

    Nous avons été impressionnés par cette danse llanero très particulière, qui mélange flamenco, percussions amérindiennes et rythmes complexes et endiablés africains. Le joropo se danse en couple, avec des pas glissés et des frappements de pieds au son de la harpe, du cuatro et des maracas. L’homme guide la femme avec des tournoiements vifs et élégants. Mais le plus marquant est cette accélération soudaine du rythme en cours de danse, avec des claquements de pas de plus en plus marqués. Les enfants sont formés très tôt au joropo, qui nécessite des années pour sa maîtrise. Au cours du spectacle nous allons justement voir des démonstrations par des enfants, des ados puis des adultes avec évidemment une virtuosité qui progresse avec l’âge. Mais la danse des plus jeunes était déjà impressionnante.


    Troisième journée : état des routes, dernière balade et vol de retour

    1. De l’utilité du pick-up

    Ce matin, c’est un nouvel accompagnateur qui vient nous chercher en pick-up, accompagné de son épouse. Nous partons dans un nouveau secteur du parc national, sur une route forcément en terre puisqu’il n’y a que ça dans le coin. Encore que la terre ne soit pas toujours le seul constituant, nous allons pouvoir le constater. Entre autres éléments, nous trouverons de l’herbe, de la roche, de l’eau, et même des petites flaques de pétrole (qui affleure volontiers à la surface ici). Et le tout agrémenté d’un cochon et de canards que l’on dérange manifestement au passage des gués. Nous allons prendre des chemins de plus en plus étroits, repoussant la végétation, jusqu’à ce que finalement ça ne passe vraiment plus. Là, notre chauffeur et son épouse abandonnent leur véhicule et nous poursuivons à pied.


    2. Dernière balade dans le parc de La Macarena

    C’est à pied donc que nous poursuivons la balade. Après avoir rencontré quelques plantes locales au bord du chemin, retrouvé de nombreux vellozias bien fleuris (pour un jour comme vous le savez), nous allons atteindre une jolie petite rivière perdue dans les arbres. Mais couverte de nos chères macarenias rouge vif. Une piqûre de rappel en quelque sorte avant notre départ.


    3. Adieux à l’agence et vol de retour

    De retour à l’hôtel, nous plions bagages et allons prendre le déjeûner pendant qu’une pluie battante tombe dehors, ayant sagement attendu la fin de notre séjour. Nous partons à pied à deux pas à l’agence qui est elle-même à deux pas de l’aéroport. Dans ce village de taille modeste, tout est à deux pas en fait ! Nous les remercions chaleureusement pour leur organisation sans faille et pour ces merveilles que nous avons pu voir. Nous prenons conscience que nous aurons fait travailler beaucoup de monde au cours de ce bref séjour. Personnel de l’agence bien sûr, mais aussi guides, pilotes de pirogue et d’avion, chauffeurs de 4×4, personnel du parc national, employés d’hôtellerie et restauration, employés ou gérants des boutiques où nous avons pu consommer quelques rafraîchissements, voire acheter une paire de chaussures de marche les miennes ayant lâché sur ces terrains difficiles !

    Après pesée de nous et de nos sacs, nous sommes invités à patienter dans la petite salle d’attente de l’aéroport. Il n’y a plus d’électricité ni de téléphone depuis la forte pluie, mais ça n’inquiète personne. Rapidement, un homme en civil vient nous chercher. Nous le reconnaissons : c’est le pilote de l’aller. Il nous fait monter dans le même petit Cessna dont nous serons les seuls passagers et met rapidement le moteur en route. Je me suis demandé s’il n’allait pas se dépêcher de décoller avant un bi-turbo-propulseur à côté de nous, dont les hélices tournent aussi. Mais non, l’autre avion décolle et puis c’est notre tour. Mêmes paysages brumeux qu’à l’aller, mais j’ai cette fois une meilleure vue sur le poste de pilotage. Ce qui n’est pas forcément un bien car je constate que plusieurs instruments ne fonctionnent pas, comme l’horizon artificiel de secours qui nous donne très penchés alors que nous sommes à plat ou ce compas qui indique l’Ouest alors que nous volons vers le Nord. En compensation il y a bien sûr ce GPS mobile que le pilote a posé devant lui. Mais qu’il ne le regarde pas beaucoup, plus absorbé dans les messages qu’il envoie sur son smartphone, redressant un peu le manche de temps en temps quand nous tanguons un peu trop. Mais manifestement l’avion connaît la route, et nous arrivons bientôt en vue de la piste de Villavicencio. Épisode Sierra de la Macarena terminé et concluant.


    Joies de la vanlife

    1. Délogés de notre parking !

    Après avoir passé une première nuit tranquille sur le parking de l’aéroport de Villavicencio juste avant notre trajet pour La Macarena, c’est tout naturellement que nous décidons d’en enchaîner une seconde à notre retour. Mais une fois la nuit tombée, le service de sécurité vient nous demander de partir, affirmant que passer la nuit dans son véhicule n’est pas permis par les autorités aéroportuaires. Pourquoi ça a fonctionné le premier soir ? Mystère ! Alors nous avons traversé la ville de nuit, ce qui n’est pas spécialement recommandé, pour nous trouver un autre emplacement à l’autre bout de la ville. Rien de plus agaçant, heureusement que ça n’arrive pas souvent.

    Roberto sur le parking de l'aéroport de Villavicencio, Colombie
    Roberto sur le parking de l’aéroport de Villavicencio

    2. Perte d’une partie de notre linge…

    En arrivant à Villavicencio, nous avions laissé 2 sacs de linge à laver dans une lavanderia (en Amérique du Sud en effet, il est rare de trouver des laveries automatiques comme en Europe ou en Amérique du Nord), avec l’intention de le récupérer juste avant de repartir pour Bogotá. À la récupération, c’est la valeur d’un seul sac qui nous est rendue, l’employée justifiant le volume réduit par le conditionnement comprimé. Tout est emballé dans du film étirable et comme nous sommes mal garés, nous ne vérifions pas de suite et reprenons la route. C’est seulement en arrivant à Bogotá, 3 heures plus tard, que Claudie déballe tout. Ne contrôlant pas la sortie de la machine, il n’est pas exceptionnel de perdre un sous-vêtement ou une chaussette, mais là, c’est la moitié de notre linge qui manque ! Pas question de tout refaire en sens inverse, ce n’était que du linge usagé après tout. Claudie met tout de même un commentaire négatif sur Google Maps. Et nous avons la surprise de recevoir une réponse de la lavanderia sur WhatsApp. Ils sont désolés et nous demandent notre adresse pour nous renvoyer le linge manquant. Notre adresse ? Roberto sur la route Untel à 3 heures de là ? Nous donnons sans trop y croire l’adresse du parking où nous prévoyons de stationner. Et le lendemain à 20h, un dimanche, alors que la grille du parking est fermée, un message nous informe qu’un livreur est là à nous attendre. Effectivement, un livreur en moto est là avec le paquet de linge sur son porte-bagage. Je n’arrive pas à savoir s’il a fait les 3 heures de route juste avant, mais la lavanderia a bien rattrapé le coup. Claudie a retiré son commentaire…

    Notre Lavanderia de Villavicencio - Service pas top mais SAV irréprochable
    Notre Lavanderia de Villavicencio – Service pas top mais SAV irréprochable

    Bogotá

    Nous rejoignons la capitale de la Colombie après 3 heures d’une route montagneuse assez pénible. L’environnement est plutôt agréable si l’on excepte les nombreux et longs tunnels, mais la route est envahie de camions qui roulent à petite vitesse en raison de la pente soutenue – nous allons passer de 600 à 2600m. Et les possibilités de dépassement ne sont pas si fréquentes.

    Nous allons trouver un grand parking qui nous hébergera pour 3 nuits. Bien que situé en plein centre-ville, dans le quartier le plus touristique de La Candelaria et tout près du palais présidentiel, il va se révéler extrêmement calme. La seule exception étant les secousses répétées dans Roberto un matin à 7h30, confirmées peu après comme un puissant tremblement de terre survenu à 400 km de là et ressenti jusque dans les pays voisins. Notre parking étant en plein air et Roberto étant parasismique grâce à ses amortisseurs, nous n’avons couru aucun risque. Bogotá elle-même n’a presque pas subi de dommages, mais les régions plus proches de l’épicentre – que nous avions d’ailleurs traversées 3 semaines auparavant – ont été fortement impactées avec plus de 250 morts et des milliers de blessés.

    Après la chaleur de la jungle et pendant que la France souffre de la canicule, nous trouvons à Bogotá une fraîcheur bienvenue. La ville est d’ailleurs surnommée par les locaux « la glacière » en raison de son climat frais et humide particulièrement changeant. 11°C la nuit et 20°C le jour pendant notre visite : des conditions idéales pour la vie nomade. Avec 8 millions d’habitants, la ville est tentaculaire, mais nous allons nous limiter à quelques quartiers, à commencer par La Candelaria, le cœur historique de la ville qui réunit à la fois les restes de l’architecture coloniale, une offre culturelle notable, quelques rues et placettes pittoresques, et beaucoup de street-art. Impossible bien sûr de tout vous raconter, ce serait même ennuyeux, alors voici quelques morceaux choisis, avec les commentaires dans les images.

    1. Les restes coloniaux


    2. La maison de Simon Bolivar


    3. Quelques plats colombiens typiques


    4. L’art du café


    5. Le secteur des chicherias


    6. L’autre musée Botero


    7. L’art de rue


    8. La colline de Montserrat et son funiculaire


    9. Le musée de l’or


    10. Bogotá insolite

    La capitale a encore sans doute beaucoup à offrir ou découvrir, mais nous n’aimons pas rester trop longtemps dans les villes. Sans parler de Roberto qui s’ennuie sûrement à ne rien faire. Alors nous voilà déjà repartis vers le nord de la Colombie. Tranquillement.