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Tout sur notre voyage autour du monde en fourgon aménagé, des étapes préparatoires au parcours détaillé pays par pays

  • 184. Poursuite de nos aventures colombiennes

    184. Poursuite de nos aventures colombiennes

    Dans ce second parcours en Colombie, nous allons découvrir une ville blanche, une autre multicolore, des indigènes conservateurs, des statues de chiens ou chats par dizaines et des petites sorcières. Un beau programme, non ?

    Poursuite de nos aventures colombiennes - parcours décrit dans cet article - version zoomable ici
    Poursuite de nos aventures colombiennes – parcours décrit dans cet article – version zoomable ici

    Popayán, la ville blanche

    Sortis tout propres des thermes d’eau bouillante (voir l’article précédent), c’est dans la continuité logique que nous parcourons la ville de Popayán dont tous les murs sont uniformément blancs avec une architecture coloniale soigneusement conservée. Ce serait dit-on l’une des plus belles villes coloniales de Colombie. Popayán a en effet bien évolué depuis son statut de hameau (c’est la signification de son nom) à la ville actuelle de 350 000 habitants, grâce à sa situation géographique stratégique sur la route commerciale entre Quito et la côte caraïbe. Occupée à s’enrichir, elle s’est beaucoup moins impliquée que ses voisines dans l’indépendance du pays, subissant en contrepartie moins de dommages et moins de pertes financières. Elle a pu ainsi réparer plus rapidement les conséquences des nombreux séismes qui affectent la région et soigner son apparence.


    Silvia : incursion chez les Misak

    Des traditions indigènes conservées

    Le village de Silvia, à 2620m d’altitude, se distingue en Colombie par sa population indigène majoritaire. Les Misak ont ainsi réussi à préserver l’essentiel de leur culture face à l’envahisseur espagnol. Dans leur mode de vie d’abord, puisque sur les 32000 membres de leur communauté, seuls 4000 habitent au village, les autres étant parsemés dans les hameaux des montagnes alentour. Dans leur tenue vestimentaire ensuite, très loin des standards occidentaux : les hommes comme les femmes portent de longues jupes drapées de couleur noire (symbolisant la terre-mère, la Pachamama) ou bleue (Misak signifie « les enfants de l’eau) bordée de rouge (le sang versé dans la lutte contre les envahisseurs espagnols), une ceinture ou une écharpe aux rayures colorées, un poncho et un superbe chapeau, soit en feutre noir, soit en paille et alors plat. Les deux peuvent porter une mochila, un petit sac à main fourre-tout. Les femmes complètent souvent l’ensemble avec des colliers de perles. Les Misak en tenue n’étaient pas si nombreux le jour de notre visite, un samedi, mais ils descendent en force de leurs montagnes le mardi, jour du marché. Nous avons été très touchés par cette préservation de leurs traditions.


    Un art mural revendicateur d’identité

    Nous commençons seulement à découvrir la richesse des fresques murales colombiennes, mais là, à Silvia, la densité est exceptionnelle par rapport à ce que nous avons pu voir jusqu’ici. Elles couvrent peut-être une maison sur trois, avec un thème nature prédominant. On nous dit que les MIsak ont énormément participé, encourageant l’expression de leur identité avec cet art. On y trouve donc volontiers des thèmes indigènes, comme les paysages de la région, les symboles Misak (l’eau principalement puisqu’ils sont « les enfants de l’eau »), ou des scènes de la vie quotidienne des communautés autochtones. Et c’est tellement beau à voir !

    Façades à Silvia, Colombie
    Façades à Silvia, Colombie

    Un camping pas comme les autres (La Bonanza, Silvia)

    De retour de Silvia, nous nous arrêtons pour 48h au camping La Bonanza. Ce n’est pas vraiment par hasard que nous avons choisi ce lieu. Il est dit sur les réseaux que le lieu est tenu par une famille marocaine partie en tour du monde en camping-car avec leurs 3 enfants de 8 à 10 ans. En raison des difficultés liées à leur nationalité, notamment pour obtenir les visas dans chaque pays, nous faisant au passage réaliser combien il est facile pour nous de voyager avec un passeport européen, leur voyage n’a pas été un long fleuve tranquille. Partis du Maroc en 2013, aidés d’un spécialiste en véhicules de loisirs de Marrakech, celui-là-même à qui nous avions loué notre tout premier camping-car en 2009 (!), ils ont rejoint le port d’Anvers et de là celui de Montevideo pour un parcours de presque 2 ans en Amérique du Sud. Rencontrant des difficultés pour passer en Amérique Centrale et tombant au passage amoureux de la Colombie, ils ont fini par s’y installer en achetant l’ancienne ferme d’un narcotrafiquant pour y aménager ce camping. Vous comprenez pourquoi nous avions envie de les rencontrer ! Le jardin était super bien entretenu, avec de jolies plantes tropicales. Outre de longues discussions avec notre hôte, nous avons fait connaissance avec d’autres voyageurs de passage. Un couple en pleine reconversion professionnelle et une famille voyageant avec 3 fillettes, terminant leur tour d’Amérique du Sud le mois prochain. Ambiance marocaine oblige, Kika (le diminutif de Malika) nous a cuisiné un excellent tajine berbère aux 6 légumes. Son mari était malheureusement absent. Leurs enfants ont bien grandi et poursuivent de brillantes études (l’effet stimulant du voyage y est peut-être pour quelque chose). De belles rencontres en tout cas qui ont comblé notre attente.


    Fruits et Légumes (Supermarché La Gran Colombia, Jaramundi)

    Un peu avant Cali, nous nous arrêtons refaire le plein du frigo dans un supermarché. Notre critère de choix est curieusement la présence d’un parking extérieur, et donc ni en sous-sol où nous passons rarement en hauteur, ni dans la rue, ce qui curieusement est très fréquent. Sans vouloir vous ennuyer avec le détail de nos courses, nous développons juste notre passage devant le rayon fruits et légumes qui comportait quelques curiosités. À voir en commentaires sur les photos. À noter aussi que ce supermarché était ouvert sur l’extérieur, ce qui n’est pas banal !


    Cali sans le cartel

    Si la ville de Cali a pu être célèbre pour son cartel fondé par les frères Rodríguez Orejuela, ce n’est plus tout à fait le cas puisque ce cartel a été démantelé en 1995. Depuis, la ville s’est partiellement assagie, même si le narcotrafic est loin d’avoir disparu. Le taux d’homicides encore très élevé se concentre surtout dans certains quartiers, hors des circuits touristiques. Même si cela est probablement moins rémunérateur, les cultures de canne à sucre, de café, de bananes et aussi de vignes couvrent une bonne partie des terres agricoles et restent dynamiques. La ville est plutôt tranquille en journée, et nous avons pu y découvrir quelques attraits.


    Le chantier pharaonique du Christ Roi

    Un peu moins grand que le Christ Rédempteur de Rio, le Christ Roi de Cali n’en est pas moins impressionnant, dominant la ville de ses 26m (dont 5 de piédestal). D’un blanc immaculé, il a l’air comme neuf, mais la statue a été inaugurée en 1953. Symbole de la ville, il a de bonnes raisons d’être bien entretenu. Mais le ravalement a peut-être été fait à l’occasion de l’ouverture du tronçon supérieur d’un projet pharaonique consistant à relier la statue au centre-ville, à 6 km de là, par un réseau de passerelles et de sentiers en dur dans un corridor écologique. Revitalisant tous les quartiers qui se trouvent sur son passage et qui en ont bien besoin. Espérons que tout cela arrive à terme fin 2026 comme cela a été annoncé. Pour l’instant, l’accès est gratuit, le Christ Roi a de l’allure et le panorama est superbe.


    Le Chat du Fleuve et ses copines

    Près du Rio Cali (le fleuve…) une statue de chat en bronze de 3,50m de hauteur a été réalisée en 1996 dans le but d’embellir les abords de la rivière. Elle a de fait attiré quelques touristes mais la municipalité a décrété dix ans plus tard que ce chat était bien seul, décidant alors de lui procurer de la compagnie. Ces Novias del Gato (les copines du chat) ont été moulées en fibre de verre, toutes sur le même modèle, puis confiées pour personnalisation à des artistes plastiques renommés. Une quinzaine au départ, que sont venues rejoindre d’autres copines …et d’autres touristes !


    Le Parc du Chien …et de ses copains

    Au milieu d’un jardin public de Cali trône une statue de chien, en hommage à Teddy, la mascotte des enfants qui jouaient dans ce parc, tragiquement retrouvée empoisonnée. L’un de ces enfants devenu directeur de la Police nationale fit ériger cette statue. Le chien était-il devenu jaloux du chat du fleuve, qui sait ? Toujours est-il que des statues de chien ont fait peu à peu leur apparition à ses côtés. Non mais !


    L’imprimerie La Lanterne, Cali

    Voilà une imprimerie du quartier colonial de Cali qui ne connaît pas la crise. Et son secret n’est pas d’être passé tôt au numérique, mais au contraire de continuer de travailler à l’ancienne. Avec de vieilles presses de 1870, des caractères en plomb, des linograveurs. Et des artistes. Car oui, l’activité principale qui perdure encore aujourd’hui est la création d’affiches. Des publicités du XIXe siècle, ils sont passés aux créations artistiques grâce à une collaboration étroite entre maîtres imprimeurs et graphistes contemporains. L’atelier en pleine activité vend aussi des affiches anciennes. Sur les murs (dernière photo), une pépite : une affiche d’un concert d’Elton John promu par Coca-Cola. Les débuts n’ont pas été faciles pour tout le monde !


    L’architecture peu attrayante de Cali…

    Cali n’est pas renommée pour son architecture, c’est le moins que l’on puisse dire. Les conflits et les séismes ont peut-être freiné les ardeurs des architectes. La période coloniale a disparu des rues et les bâtiments qui ont suivi sont tout à fait quelconques. Les rares exceptions sont quelques édifices religieux comme les églises La Ermita (1942, style gothique), La Merced (1536, la plus ancienne) et San Francisco (1827 avec une tour hispano-mauresque de 1774), ou encore la cathédrale de 1841 sur la place centrale couverte de palmiers. Aucun de ces lieux de culte n’était ouvert, ça n’aide pas…


    …Mais un art mural assez développé

    Ça devient commun en Colombie, l’art mural est encore très présent à Cali, que ce soit sur les parois qui bordent les voies rapides, les enceintes des parkings, les murs des maisons, ou même les poteaux électriques. Une mention particulière pour la rue de l’Escopette, une ruelle couverte non pas des habituels parapluies mais de tissages au crochet du plus bel effet.


    Les petites sorcières de San Cipriano

    Le petit village de San Cipriano ne devait son existence qu’à la ligne ferroviaire qui le traversait, reliant Cali au port de Buenaventura, car il n’était pas relié à la route principale, située à quelques kilomètres de là. Lorsque la ligne ferroviaire a cessé son activité, dans la seconde moitié du XXe siècle, les habitants eurent l’idée d’utiliser la voie ferrée pour ne pas rester isolés. Ils mirent en place des sortes de draisiennes bien à eux, faites d’une plate-forme de bois montée sur routes métalliques et propulsées par une moto fixée dessus, seule la roue arrière restant en contact avec le rail. L’engin est appelé brujita (petite sorcière, c’est très poétique). Tous les biens dont le village a besoin, mais aussi tous les habitants et les visiteurs transitent de cette façon depuis ou vers les deux villages qui jouxtent la nationale. Les premiers touristes ont adoré, se passant la combine de bouche à oreille, et le lieu commence à être connu, sans pourtant sombrer dans le tourisme de masse. Le débit de la ligne ne le permettrait de toutes façons pas. Les conditions de sécurité ne sont pas optimales, mais la traversée de la jungle sur une voie étroite et sinueuse dans cette ambiance sonore particulière mélangeant les pétarades de la moto et les claquements des rails est une expérience extraordinaire à vivre !


    San Cipriano, le village et la forêt tropicale

    Le village est pour le moins modeste. Il a cette particularité d’être presque exclusivement peuplé par une communauté d’origine africaine, descendante d’esclaves amenés par les Espagnols au XVIIe siècle, ayant su préserver sa culture et ses traditions. En le traversant, nous avons l’impression d’avoir changé de continent. Par ailleurs, l’isolement de San Cipriano n’ayant pas favorisé l’apport massif de matériaux de construction, tout semble fait de bric et de broc. Mais les touristes s’en fichent un peu. Outre le pittoresque transport en brujita, ils viennent profiter de la forêt tropicale environnante, entre sentiers de randonnées, cascades dans lesquelles on peut se baigner et retour au village par la rivière en flottant sur des chambres à air de camions. L’offre de restauration est tout aussi modeste, mais j’ai tout de même pu gouter au sancocho, un plat traditionnel très populaire en Colombie. Il s’agit d’une soupe de poisson ou de viande, garnie ou accompagnée de tubercules (banane plantain, pomme de terre, manioc, maïs) de légumes et de l’incontournable riz, le tout mijoté dans un bouillon très parfumé.


    Fin du second épisode colombien

    À l’approche du Pacifique, le mercure est bien remonté, et nous nous dépêchons de reprendre un peu d’altitude avant de pester contre la chaleur. C’est l’un des atouts de la vie nomade que de pouvoir fuir facilement les températures tropicales ou caniculaires. Alors à bientôt dans les montagnes !

  • 183. Découverte de la Colombie

    183. Découverte de la Colombie

    Nous découvrons maintenant la Colombie, le 9ème pays de notre road-trip sudaméricain et le 47ème pays visité pour notre fourgon aménagé Roberto. Suivez-nous, c’est tout neuf !

    Le premier parcours de notre découverte de la Colombie, d'Ipiales à Coconuco
    Le premier parcours de notre découverte de la Colombie – En version zoomable ici

    Passage de frontière Équateur-Colombie

    Eh bien c’est sans surprise le même bazar que d’habitude, avec du stationnement anarchique, des vendeurs de tout et n’importe quoi, des bâtiments mal identifiés, des guichets où l’on mélange ceux qui arrivent et ceux qui sortent du pays, une procédure d’enregistrement préalable sur Internet pour le permis d’importation en Colombie de notre véhicule qui fait perdre du temps plutôt que d’en gagner. Mais voilà, nous savons que c’est un mauvais moment à passer et nous faisons preuve de patience. De la sortie de l’Équateur à l’entrée en Colombie, les démarches vont durer 2h30. Et c’est sans compter la souscription de l’assurance pour Roberto, que nous effectuerons dans …un supermarché, quelques km après la frontière. Nous sommes presque heureux au passage d’être assurés, après avoir roulé 3 mois sans assurance en Équateur (c’était tout bonnement impossible). Mais dans quelques jours ces petites tracasseries seront oubliées. Et nous avons maintenant 3 mois devant nous pour visiter le pays !


    Ipiales et son téléphérique le plus lent du monde

    C’est sur le parking du téléphérique d’Ipiales que nous passerons notre première nuit en Colombie. Impossible de quitter cette ville frontière avant minuit, heure ou notre assurance auto s’active. Mais peu importe, le passage transfrontalier nous a fatigués et nous sommes heureux de cette petite pause. Nous avons largement le temps de voir passer les petits groupes de cabines qui rejoignent à la vitesse de l’escargot le sanctuaire de Las Lajas situé à 7 km de là et 240 m plus bas. Concernant le record de lenteur évoqué dans le titre de ce paragraphe, je n’ai pas trouvé de comparatif précis, c’est peut-être juste une boutade, mais les vidéos sont éloquentes. Nous avons aussi le temps d’apprécier la décoration extérieure des bâtiments du téléphérique, dont certaines fresques en cours de réalisation. Des couleurs vives prometteuses pour la suite de notre parcours colombien.


    Le sanctuaire de Las Lajas

    Sanctuaire de Las Lajas, Ipiales, Colombie
    Sanctuaire de Las Lajas, Ipiales, Colombie

    Nous découvrons presque par hasard ce lieu qui a pourtant été classé en 2007 la 2ème des 7 merveilles de la Colombie. Ça n’est pas sur notre guide Lonely Planet que nous l’avons trouvé mais sur notre application iOverlander, celle qui nous aide à trouver nos lieux de bivouac. Comme quoi il vaut mieux diversifier ses sources. Car le lieu est exceptionnel : une basilique mélangeant les styles néo-gothique et colonial espagnol construite au-dessus d’un canyon dont elle relie les parois par un pont. Construite après une apparition de la Vierge sur les parois rocheuses au XVIIIe siècle qui a été suivie de nombreuses guérisons miraculeuses, la basilique Notre-Dame du Rosaire attire chaque année entre 750 000 et 900 000 visiteurs, malgré un accès difficile. Encore que facilité par l’arrivée du téléphérique d’Ipiales en 2015. Avec tous ces pèlerins, l’environnement du canyon, la cascade, la multitude d’ex-voto sur les murs, les statues lyriques sur le pont, la messe en cours, la beauté de la basilique, c’était un lieu véritablement magique. Nous en voulons à notre guide de l’avoir oublié.


    Colombie, Équateur et Venezuela même drapeau ?

    Je suis intrigué d’emblée par la ressemblance entre le drapeau de la Colombie et celui de l’Équateur que nous venons de quitter. Et sans chercher bien loin, je m’aperçois que le drapeau du Venezuela est presque identique. Il se trouve que ces pays ont un ancêtre commun, la Grande Colombie. Ce regroupement de pays qui incluait aussi le Panama et quelques morceaux des pays limitrophes a été créé à l’initiative de Simon Bolivar, le grand libérateur de l’Amérique du Sud, qui rêvait de fédérer l’entièreté du sous-continent. Malheureusement, la Grande Colombie a éclaté 7 ans plus tard, sans doute trop complexe à gérer de par son étendue et la diversité des pouvoirs qui y régnaient. Si le Panama a adopté lors de son indépendance un drapeau totalement différent, les 3 autres pays ont conservé une apparence proche : la bande jaune symbolisant l’or a été agrandie pour la Colombie et l’Équateur, le premier supprimant le blason de la Grande Colombie et le dernier le remplaçant par son blason propre, tandis que le Venezuela a rajouté 6 étoiles, 1 pour chacune de ses régions.


    Pasto, un musée de l’or et un carnaval classé à l’UNESCO

    Pasto est la première grande ville que nous traversons. 400 000 habitants et une circulation dense. Une première impression qui n’était pas favorable. Le centre est réputé pour son architecture coloniale et ses nombreuses églises. Mais nous n’avons rien trouvé de transcendant. Tout semble noyé dans un affairisme intense et des styles très disparates. Deux établissements sortent du lot toutefois, et nous avons même volontairement passé la nuit sur place, au bord d’un jardin public, pour attendre l’ouverture du second. Mais commençons par le premier.

    Le Musée de l’Or Nariño à Pasto

    C’est un musée mis à disposition du public par une banque, comme c’est souvent le cas en Amérique du Sud, consacré aux cultures préhispaniques et à la diversité culturelle du département de Nariño, avec une collection importante d’objets en or (480 !), céramique, pierre, bois, textile et coquillage. Nombre d’entre eux ont été récupérés dans des sépultures qui ont permis leur conservation. L’or, déjà travaillé par ces civilisations 2000 ans avant notre ère, était loin d’avoir le rôle monétaire actuel. Il servait surtout à faire des offrandes, à honorer les divinités, ou encore à marquer le prestige et le pouvoir. De bien beaux objets parfaitement mis en valeur en tout cas.

    Le Musée du Carnaval de Pasto

    Faute de pouvoir être présents à l’évènement culturel majeur de Pasto, le Carnaval de Negros y Blancos, classé en 2009 au patrimoine mondial immatériel de l’humanité, nous sommes heureux de pouvoir en avoir un aperçu et des explications dans ce petit musée gratuit, fort intéressant et étonnamment spectaculaire. On s’y promène en effet dans une ambiance musicale qui rappelle celle du carnaval au milieu des personnages géants et multicolores qui participent habituellement au défilé. Et des panneaux donnent bien entendu les explications nécessaires. L’histoire de ce carnaval remonte à l’époque coloniale. Dans un esprit de favoriser la tolérance et la diversité ethnique, les colons se peignaient le visage en noir le 5 janvier et les esclaves en blanc le lendemain. Cette tradition s’est perpétuée jusqu’à nos jours, avec une période un peu plus étendue allant de fin décembre au 6 janvier mais toujours centrée sur les 2 derniers jours. Le décor spectaculaire du musée donne vraiment envie d’y aller !


    Le barniz de Pasto

    Nous découvrons à la boutique du musée du carnaval cette technique artisanale indigène colombienne et typique de la ville de Pasto qui utilise la résine d’un arbre des forêts humides des Andes, le mopa-mopa, pour être appliquée en fines feuilles colorées sur du bois. Dans la pratique, les bourgeons de l’arbre sont mis dans de l’eau bouillante pour extraire la résine. Celle-ci est étirée à chaud, mélangée avec des pigments, puis de nouveau étirée en feuilles fines qui sont appliquées à chaud sur le bois en plusieurs couches. Les motifs sont alors découpés directement sur l’objet dans un design original. Il est heureux que des artisans continuent de perpétrer ce savoir-faire ancestral. Voici un aperçu de quelques objets trouvés sur les vitrines.


    La Laguna Cocha

    A une vingtaine de kilomètres à l’est de Pasto et à 2800m d’altitude, c’est le deuxième plus grand lac de Colombie et une réserve de biosphère importante. Compte-tenu du temps tristounet, nous nous attendions à y faire un bref passage. Mais là encore, nous avons découvert un véritable joyau inconnu de nos guides : rien de moins que la Venise de Colombie ! El Encanto (Le Charme), le petit village de pêcheurs et d’agriculteurs paisible au bord du lac s’est en effet transformé au fil des années en pôle touristique majeur. L’unique route qui y mène est bordée d’hôtels et/ou de restaurants avec par endroits des airs de chalets suisses et à d’autres les couleurs habituelles des constructions colombiennes. Des canaux de part et d’autre sont envahis de petites embarcations à moteur toutes sur le même modèle. De nombreux ponts courbés rejoignent les établissements situés sur la rive d’en face. Ajoutez à cela une forte affluence touristique (nous sommes un week-end) et du trafic sur l’eau et vous verrez qu’effectivement Venise et ses gondoles ne sont pas si loin. Sévèrement en retrait si l’on parle des couleurs qui explosent véritablement ici, surtout quand le soleil daigne apparaître.


    Les empanadas de Vivi et les cañelazos de Lourdes

    Nous avions déjeuné à bord de Roberto avant la visite du port, alors il n’était pas question de consommer ne serait-ce qu’un sandwich lors de notre parcours. Mais nous avons tout de même salivé en passant devant le stand des « Empanadas de Vivi » qui propose de vous confectionner des empanadas sur mesure, qu’ils soient végétariens, au poulet, au bœuf ou encore à la truite, assortis d’un choix de 60 sauces différentes constituées de piments des plus doux au plus forts et aromatisés au café, au yaourt, à la mangue verte et autres fruits. L’éventuel appétit qui nous restait est brutalement retombé devant la vision de cochons d’Inde rôtissant sur une broche, puis celle de la carte d’un restaurant proposant du perro caliente (chien chaud). Ce n’est qu’un peu plus loin, devant une photo du plat en question que nous avons réalisé que le perro caliente n’était que la traduction du célèbre hot dog, bon sang mais c’est bien sûr ! Rassérénés, nous avons fini par craquer devant la « Tienda de Lourdes » et ses cañelazos tout fumants dans leurs marmites : un à la mûre pour Claudie, un autre au fruit de la passion pour moi. Un délice !


    La route du tremplin de la mort

    Cette route est notre seule possibilité pour rejoindre de l’autre côté de la Cordillère des Andes la ville de San Augustin réputée pour son site funéraire unique. Difficile de dire d’emblée si son nom vient du caractère de notre destination ou bien du côté périlleux du parcours, nous n’allons pas tarder à le savoir. Nous quittons très vite l’asphalte pour une route de terre parsemée de nids-de-poule. La pluie s’en mêlant, la surface va devenir boueuse, restant néanmoins assez compacte. Tant mieux car nous en avons pour 85 km ! Le décor bien que souvent baigné dans la brume est grandiose, avec de hautes montagnes couvertes de forêt primaire qui nous surplombent, tandis que nous longeons une vallée profonde qui se rétrécit peu à peu. La route aussi se rétrécit d’ailleurs, pour ne plus devenir qu’une voie unique. Les virages se succèdent et l’on appréhende de voir surgir un véhicule en face, ce qui arrive régulièrement, y compris des poids-lourds. Il ne reste alors qu’à reculer jusqu’à l’espace de croisement le plus proche, en se collant soit contre la paroi soit contre le ravin selon l’endroit. Régulièrement aussi, la végétation coiffe la route, formant presque des tunnels. Et pour parfaire l’exotisme du parcours, plusieurs gués sont à traverser. Rarement profonds, mais parfois les roues de Roberto ont du mal à accrocher sur les galets qui roulent. 4 heures plus tard, pour 85 km donc, c’est avec grand plaisir que nous retrouvons le bitume !


    À grande eau

    Après notre route aventureuse, nous avons trouvé un endroit paisible pour passer la nuit, dans un village au bord d’un torrent. Nous aurions bien lavé Roberto qui n’a peut-être jamais autant été couvert de boue, mais des locaux se baignent malgré le fort courant. Alors nous reportons notre séance de nettoyage au lendemain. Ce sera dans le centre du village, près d’une station-service où l’on sert séparément les deux-roues – c’est vrai qu’ils sont particulièrement nombreux dans le pays. Lavé à la main et à grande eau, Roberto le grand bleu retrouve son éclat. C’est reparti pour un tour ! Nous restons sur le thème de l’eau en allant visiter un petit mais joli canyon situé sur notre route, le Cañon del Mandiyaco. Sur 400m, la rivière a joliment sculpté des arabesques, des orifices et des bassins dans la roche volcanique. La nature dans tout son art.


    Les mystérieux monolithes de San Augustin

    À 1700m d’altitude et une pluviosité élevée, San Augustin est bien placée pour la culture du café, mais aussi des bananes, de la canne à sucre, des naranguilles ou du bambou. La pluie fréquente (27 jours par mois en juillet…) pourrait dissuader les touristes, mais la ville possède un attrait majeur : son site archéologique hébergeant nombre de statues aussi énigmatiques que celles de l’Île de Pâques. Si l’on ne connaît pas grand-chose de la civilisation pré-incaïque et totalement disparue qui les a créées, on sait que ces statues sculptées dans la roche volcanique faisaient partie entre autres de cultes et rites funéraires. Elles figurent des divinités de la cosmologie andine précolombienne, sous forme anthropomorphe, zoomorphe …ou mixte. Mais aussi des personnages importants de cette civilisation perdue, comme des chamanes souvent représentés en transe, ou les gardiens des défunts. Parmi les sculptures zoomorphes, les plus représentées sont l’aigle, le jaguar, le serpent, la grenouille et le singe, symbolisant respectivement le monde du ciel, de la terre, du sous-sol, la fertilité et la ruse dans la culture andine précolombienne. Toutes ces statues étaient enfouies dans le sol depuis 1000 à 2000 ans avant d’être découvertes vers le XVIIIe siècle. Après leur étude qui n’a permis de connaître que des bribes de cette civilisation disparue, faute de disposer d’écrits, elles ont été exposées et sécurisées sur le site, soit à leur emplacement d’origine, soit le long d’un sentier pédagogique. Le tout dans une superbe végétation tropicale humide et malheureusement une pluie battante sur un tiers du parcours. Pour une fois nous avons pris un guide, mais ses commentaires n’ont pas pu dépasser les limites des archéologues actuelles. Du pain sur la planche pour les Indiana Jones des nouvelles générations !


    Le bananier rose

    À le voir si bien portant dans cette forêt tropicale colombienne, on jurerait qu’il est d’ici. Mais, comme les cochons qui tournent sur les broches du pays, il vient d’Inde. Ses petites bananes toutes velues (l’espèce s’appelle d’ailleurs Musa velutina) sont comestibles mais sont pleines de graines très dures qui font le bonheur des dentistes su coin car on s’y casse volontiers les dents. Et puis, encore moins rose chez ces bananiers, ils se reproduisent comme des lapins, aux dépends d’autres espèces. Ils sont classés invasifs dans certains pays comme le Costa Rica ou le Brésil. Peut-être qu’un jour on consacrera un mois par an là-bas à les éradiquer. On pourrait appeler l’évènement Octobre rose, qu’en pensez-vous ?


    Le bestiaire routier de San Augustin à Coconuco

    Après ce détour archéologique, il nous faut regagner la route panaméricaine et donc retraverser la montagne. Par une route censée être en meilleur état, si ce n’est un tronçon en « mauvais état » de 35 km. En fait l’une des pires routes que nous ayons empruntées ! Si la voie est plus large que celle du tremplin de la mort, le revêtement est particulièrement pénible avec un relief rocheux très irrégulier, des trous et des ornières par centaines. Le paysage est moins agréable aussi. Heureusement, pour tromper l’ennui, sont disposés tout du long des panneaux alertant de la traversée possible d’animaux sauvages. La variété est grande, dommage que nous n’en ayons vu aucun ! À refaire, et à condition d’accepter de reprendre une route en sens inverse, ce que nous cherchons à éviter au maximum, nous aurions peut-être repris la route boueuse et étroite… Deux heures environ pour franchir ces 35 km et nous revoilà  sur une bonne route asphaltée, entrecoupée tout de même de nombreux secteurs en travaux, qu’il est difficile de reprocher au gouvernement colombien. Ces panneaux animaliers me donnent l’occasion de vous montrer quelques panneaux routiers inhabituels chez nous. À voir en images.


    Les thermes de Coconuco

    Allez, terminons chaudement ce premier parcours colombien avec les Termales de Agua Hirvienda (littéralement thermes d’eau bouillante…) de Coconuco. Un petit établissement tenu par une communauté indigène locale, développé autour d’une source volcanique affichée à 72,3°C. Étonnamment, l’eau du captage annoncée à cette température est en ébullition. Soit c’est plus chaud que ce qui est annoncé, soit c’est une émanation simultanée de gaz qui donne cet état. Selon le circuit de l’eau, 4 bassins offrent des températures différentes. J’ai estimé le plus chaud entre 40 et 45°C quand nous nous y sommes baignés en milieu de matinée. On pouvait tenir une vingtaine de minutes avant d’aller nager dans une piscine plus grande et moins chaude, à 35-38°C environ, ce qui est fort agréable. Le ticket donnant droit à des entrées multiples sur 24h, nous y sommes retournés dans l’après-midi puis une fois la nuit tombée. Vers 16 heures, l’établissement était un peu plus fréquenté que le matin, ce qui est habituel car les Colombiens préfèrent en général les visites en 2ème moitié de journée, mais curieusement, personne ne barbotait dans le bassin le plus chaud. Et pour cause, alimenté depuis le matin directement avec l’eau à 72,3°C, il était sans doute devenu proche de cette température… pas question d’y tremper ne serait-ce qu’un orteil ! Le soir c’était plus calme mais toujours fréquenté. Les volutes de vapeur au dessus des bassins créaient une ambiance surréaliste. Au total, ce fut une étape très relaxante pour nous, d’autant que nous avons pu passer 2 nuits gratuitement sur leur parking très tranquille.


    Ragaillardis, nous allons pouvoir reprendre les routes de Colombie, que nous allons espérer plus douces pour les suspensions de Roberto et nos articulations soixantenaires. On vous dit à bientôt !

  • 182. Quito et la Mitad del Mundo : dernières découvertes avant la frontière colombienne

    182. Quito et la Mitad del Mundo : dernières découvertes avant la frontière colombienne

    Après avoir quitté la côte de l’Équateur, nous retrouvons Quito pour explorer plusieurs lieux emblématiques encore inconnus de notre précédent passage : le TelefériQo, la Mitad del Mundo, le Museo Intiñan et le Temple du Soleil. Avant de rejoindre la frontière colombienne, cette dernière étape de notre road trip équatorien nous réserve encore quelques belles surprises.

    De Quito à la frontière colombienne : fin du road trip équatorien
    De Quito à la frontière colombienne : fin du road trip équatorien. Parcours correspondant à cet article en version zoomable ici

    Retour à Quito

    Le passage par la capitale de l’Équateur est incontournable pour aller vers le Nord du pays, et puis, même si nous l’avons déjà visitée avant notre parenthèse française, il nous restait quelques lieux à découvrir.

    1. Le Centre d’Art Contemporain

    Assez esthétique en lui-même, ce qui est étonnant pour un ancien hôpital militaire, ce lieu culturel n’offre que 4 expositions d’artistes contemporains latino-américains. Pas assez à notre goût hélas : nous ne garderons de souvenir que l’architecture des locaux. Et peut-être cette sculpture originale à découvrir dans les photos ci-dessous.


    2. Le Jardin Botanique

    Pas au niveau d’entretien qu’on attendrait d’une capitale, le Jardin Botanique de Quito possède tout de même une belle serre d’orchidées, une collection de cactus originaux et un jardin de bonsaïs bien mis en valeur.


    3. Le TelefériQo

    Le c du mot Espagnol teleferico a été remplacé ici par le Q de Quito mais il n’empêche que cette télécabine est de construction française. Elle va nous mener de 2650 à 4000m d’altitude pour observer à quel point la capitale de l’Équateur semble étendue à l’infini du Nord au Sud, comprimée par les chaînes de volcans qui l’entourent. Le sommet comporte quelques sentiers de randonnées, plutôt réservés aux personnes bien acclimatées à l’altitude. Nous nous sommes contentés d’aller voir une petite chapelle (fermée) et de grimper jusqu’à un point de vue à moins d’un kilomètre de là. Joli panorama tout de même.


    La Mitad del Mundo

    Le « Milieu du Monde » est un lieu éminemment touristique qui s’est construit autour d’une pyramide en pierre surmontée d’un globe terrestre, placée là en 1979 pour commémorer la mission géodésique française du XVIIIe siècle (1736-1744) qui a permis à l’équipe de scientifiques menée par Charles-Marie de la Condamine de confirmer que la Terre était bien aplatie aux pôles (à l’époque il y avait des « aplato-sceptiques »). Et de déterminer avec précision la position de l’équateur. Du moins avec la précision des instruments purement mécaniques de l’époque, ce qui était déjà un travail remarquable. Avec l’arrivée du premier GPS en 1970, l’équateur fut repositionné 240m plus au Nord. On n’a pas déplacé la pyramide pour autant, et les visiteurs continuent de se faire photographier « un pied dans chaque hémisphère » sur la ligne de l’ex-équateur dessinée au sol. En réalité ils ont encore les 2 pieds dans l’hémisphère Sud !


    L’art du tricot-graffiti

    Je ne sais pas si vous vous rappelez avoir aperçu dans les photos de la Mitad del Mundo un tronc d’arbre emmailloté de tricot. Ayant déjà vu ça à plusieurs reprises dans les pays que nous avons traversés et connaissant l’affinité pour les petits personnages en laine des populations latino-américaines (amigurumis andins, poupées-soucis guatémaltèques ou mexicaines, etc.), j’imaginais cet habillage des arbres typique de l’Amérique du Sud. Eh bien après recherche il n’en est rien ! C’est apparemment l’artiste texane (et propriétaire d’une mercerie !) Magda Sayeg qui a inventé en 2005 le concept de yarn bombing, traduisible par tricot–graffiti. Un art urbain visant comme les autres à colorer, humaniser et vitaliser l’espace public. Magda Sayeg a commencé par habiller de tricot la poignée de porte de sa boutique, puis, encouragée par la réaction positive des passants, le mobilier urbain de son voisinage. Le succès grandissant, le monde a fini par s’en emparer et ce sont une multitude d’arbres, de ponts, de cabines téléphoniques, de statues ou encore de véhicules qui ont été habillés de tricot ou de crochet. J’en ai rassemblé quelques exemplaires dans le carrousel d’images ci-dessus. Seules les 3 premières et la dernière sont des photos personnelles, avec l’aide de l’IA pour le yarn bombing de Roberto.


    Et un petit bonus pour rester dans le thème du fil : l’état du réseau électrique et téléphonique des villes équatorienne qui fait un peu peur quant à la maintenance…


    Le Museo Intiñan

    Profitant de l’inexactitude de l’emplacement précédent, ce « Musée de la voie du soleil » s’est installé opportunément sur la nouvelle ligne de l’équateur et organise des visites mélangeant allègrement des informations culturelles sur les peuples autochtones de l’Équateur et des démonstrations censées être scientifiques, illustrant les phénomènes physiques liés à l’équateur. Assez ludique, mais il faut parfois démêler le vrai du faux. Ainsi on nous affirme que sur la ligne de l’équateur :

    – la force de Coriolis ne s’applique pas

    Due à la rotation de la Terre, cette force fait dévier les objets en mouvement vers la droite dans l’hémisphère Nord et vers la gauche dans l’hémisphère Sud, ce qui explique notamment l’orientation différente des perturbations atmosphériques et des courants marins entre les deux hémisphères. A l’aide d’un évier déplaçable, on essaie ici de nous démontrer que l’eau se vide verticalement sur l’équateur, dans le sens horaire à 2m au nord et dans le sens antihoraire à 2m au sud. Mais quand on sait que la force de Coriolis est trop faible pour produire cet effet, qu’elle n’est significative que pour des masses énormes et que de toutes façons la vraie ligne de l’équateur est 100m plus au nord que celle de la « démonstration », le trucage est avéré.

    – la gravité est légèrement plus faible

    C’est dû au double effet de l’éloignement plus grand du centre de la Terre à cet endroit, notre planète étant aplatie aux pôles et « renflée » à l’équateur, et à une plus grande force centrifuge puisque le diamètre de la Terre est au maximum. La conséquence la plus évidente pour nous selon notre guide, c’est que l’on pèse 1 kg de moins sur la balance. La vérité est plus proche des 200g pour un humain de 70kg et à condition de comparer au poids que l’on ferait aux pôles. Il faut quand même y aller !

    – la gravité et la force centrifuge sont à l’exact opposé

    On peut faire tenir ici en équilibre un œuf sur la tête d’un clou. Ça n’est pas impossible ailleurs, mais il paraît que c’est moins difficile ici (seules 2 personnes sur notre groupe ont réussi…)

    – le jour et la nuit durent chacun 12 heures toute l’année et il n’y a pas de saison

    – en traversant d’un pas l’équateur, on peut passer en moins d’une seconde de l’été à l’hiver ou du printemps à l’automne

    – le soleil est parfaitement à la verticale (ne générant aucune ombre) 2 fois par an, aux équinoxes

    C’est vrai aussi pour tous les autres lieux de la zone intertropicale mais à des dates qui leur sont propres (exemple vers le 1er avril et vers le 12 septembre pour la lagune du Quilotoa). Pour les tropiques eux-mêmes, ça n’arrive qu’une fois par an, au moment du solstice correspondant. Et ça n’arrive jamais ailleurs.

    – la vitesse de rotation de la Terre est maximale (1670 km/h contre 0 aux pôles)

    C’est pour ça qu’on lance les fusées le plus proche possible de l’équateur : ça leur donne de l’élan !

    – le champ magnétique terrestre est horizontal

    En tout cas au niveau de l’équateur magnétique, qui n’est pas superposé à l’équateur géographique. Ça veut dire que l’aiguille d’une boussole est parfaitement horizontale alors qu’au niveau des pôles magnétiques elle se dirige droit vers le sol. Aussi, avec ce champ magnétique horizontal, aucun phénomène de type aurore boréale n’est possible.

    – la pression atmosphérique au niveau du sol est plus basse

    En effet, avec le soleil arrivant verticalement, l’océan et le sol chauffent beaucoup plus qu’ailleurs : l’air réchauffé qui en résulte monte et se dilate, créant la basse pression permanente appelée pot-au-noir. À ne pas confondre avec le pot-aux-roses que nous avons découvert dans les commentaires du musée.


    Le Temple du Soleil

    Dans cette région de la ligne équatoriale, le soleil a une signification particulière pour les populations qui y vivent ou qui y ont vécu. Il est aussi source d’inspiration pour les artistes, dont le peintre et sculpteur local Ortega Maila qui a bâti ici en 2000 son lieu d’expression et l’a baptisé Temple du Soleil. Nous avons pu admirer dans plusieurs bâtiments et jardins une multitude de tableaux et sculptures reflétant une fusion entre tradition et modernité, avec des motifs et des couleurs vives typiques de l’art andin. L’artiste est d’ailleurs issu de la communauté Kitu Kara. Il a développé son talent en utilisant des graines et du fusain, seuls outils disponibles sur le moment. Enfin, Ortega Maila est réputé pour sa rapidité d’exécution, capable de réaliser des œuvres d’art et des paysages andins en quelques minutes, voire quelques secondes, en utilisant uniquement le bout de ses doigts et la paume de ses mains. A Los Angeles, après avoir réalisé 100 tableaux en une heure, il a obtenu le titre de peintre le plus rapide du monde. Pas étonnant que sa maison-musée soit aussi grande et en permanente évolution !


    Le cratère du volcan Pululahua

    Étonnamment, c’est avec Yellowstone le seul autre cratère volcanique peuplé : une trentaine de familles y vivent en permanence tandis qu’une centaine d’agriculteurs viennent y travailler une terre très fertile. La brume qui vient s’installer chaque après-midi dans ce cratère de 12 km de diamètre et 300 m de profondeur crée en outre un microclimat favorable aussi bien aux cultures qu’à la biodiversité. Le site est d’ailleurs devenu réserve naturelle en 1966. Plusieurs sentiers de randonnée y sont aménagés, mais la plus belle vue reste celle du bord du cratère. On espère pour les familles que l’activité du volcan, éteint provisoirement depuis 2300 ans, ne reprendra pas de sitôt.

    Le cratère du volcan Pululahua, près de Quito, Equateur : l'un des deux cratères habités au monde avec Yellowstone
    Le cratère du volcan Pululahua, près de Quito, Equateur : l’un des deux cratères habités au monde avec Yellowstone

    La plus ancienne hacienda d’Équateur, près de Cayambe

    Les plus vieux bâtiments de l’Hacienda Guachalá datent en effet de 1580, hébergeant à l’époque les encomenderos, ces colons espagnols chargés par Couronne d’administrer les régions conquises et de collecter les tributs versés par les chefs amérindiens. À la fin du XVIIe siècle, la propriété devient une immense exploitation agricole et pastorale. Elle eut aussi des hôtes célèbres, comme les géographes de la mission géodésique française en 1736 (l’hacienda n’est qu’à 2km de l’équateur), Gabriel Garcia Moreno, dirigeant autoritaire de l’Équateur de 1858 à 1875, puis Neptali Bonifaz, le premier président de la banque centrale du pays, à la famille duquel l’hacienda appartient désormais. C’est aujourd’hui un lieu touristique offrant hôtellerie, restauration et randonnées à cheval. Nous avons profité de la seconde option dans ce lieu empreint de charme et d’histoire, déjeunant dans un magnifique patio fleuri inchangé depuis le XVIe siècle, avec en toile de fond la vielle chapelle construite sur un temple inca, l’église de 1938 et l’allée des premiers eucalyptus que Garcia Moreno fit importer d’Australie dans tout le pays pendant son règne. Peut-être avons-nous déjeuné à la même table que La Condamine, qui sait ?

    L'Hacienda Guachalá en vue aérienne
    L’Hacienda Guachalá en vue aérienne

    Le Museo Solar de Cayambe, le vrai équateur ?

    Cette fois, nous nous rapprochons de la vérité, comme en atteste le tracé GPS de tous les points situés à la latitude 0°0’0″ que j’ai installé sur ma carte. Ce Museo Solar inauguré le 21 juin 2007 (forcément un jour de solstice d’été pour que l’ombre du pilier central du grand quadrant solaire de 54m de diamètre disparaisse complètement à midi) tient un discours un peu plus authentique que le site précédent. N’hésitant pas au passage à démonter les pseudo-démonstrations effectuées là-bas. Un rien engagés envers la culture amérindienne, ils prônent l’utilisation de planisphères orientés Est-Ouest et non pas Nord-Sud comme imposé par les occidentaux qui considèreraient le Nord comme supérieur et désirable et le Sud comme inférieur et sous-développé. La longue diatribe sur leur site me parait néanmoins excessive. Et puis, une fois sur place, j’ai de nouveau vérifié si l’équateur marqué au sol par une ligne de galets était bien à la bonne place. Eh bien le GPS la trouve encore trente centimètres trop au Sud. On nous explique que cela est dû à la dérive des continents. Vous me connaissez, j’ai vérifié un peu plus tard. Si le sous-continent sud-américain poursuit effectivement sa dérive de 3 à 4 cm par an, c’est en direction du Nord-Ouest, ce qui contredit l’affirmation du guide. Mais bonne nouvelle, c’est que d’ici 10 à 20 ans, la ligne de galets sera pile à la bonne place !


    Cayambe et ses biscuits

    La ville de Cayambe est connue auprès des Équatoriens pour sa production de fleurs et principalement de roses (le paysage alentour est parsemé de serres) mais aussi pour être la capitale du bizcocho, traduisez biscuit. Une tradition centenaire entretenue par encore 80 entreprises familiales aujourd’hui, qui non seulement fabriquent mais servent leurs biscuits lors des classiques pauses-café du matin ou de l’après-midi. Nous n’avons pas résisté à tester l’une d’entre elles, la plus ancienne paraît-il, les Bizcochos San Pedro. Pittoresque à souhait et très achalandée. Les biscuits, à base de farine de blé, de beurre, de jaune d’œuf et d’anis, sont cuits dans des fours à bois d’eucalyptus, ce qui leur donne une saveur particulière. D’abord 20 mn à four chaud, puis 3 h à basse température. Ils sont servis encore chauds avec un petit bâtonnet de mozzarella et la boisson de votre choix. Miam !  


    Bivouac au Lago San Pablo

    Nos lieux de bivouac ne ressemblent que rarement à l’horrible station-service de la ville de Quevedo avec ses sonos et supporters bruyants. Celui-ci est plus proche des endroits que nous recherchons : calme, nature, jolie vue et un peu de faune si possible. Près de ce Lago San Pablo, tout était réuni !


    Le marché d’Otavalo

    A deux heures de route au nord de Quito, cette ville doit son nom aux amérindiens Otavalo qui représentent encore 70% de sa population. Et ça se voit car beaucoup portent encore des habits traditionnels. Bien avant l’arrivée des colons espagnols, les Otavalo étaient déjà des commerçants réputés et tenaient un marché hebdomadaire, devenu aujourd’hui quotidien même si le nombre de vendeurs est au maximum le samedi. C’est surtout le marché artisanal qui attire les chalands, aussi bien locaux que touristes. On y trouve des tapis, des nappes ou des vêtements brodés, des hamacs, des ponchos, des peluches, des bijoux, des pierres semi-précieuses, des instruments de musique et de petits objets en tagua, l’ivoire végétal. Les couleurs sont évidemment chatoyantes. On trouve encore à Otavalo quelques bâtiments coloniaux, des places animées comme cette classique place centrale bordée comme partout en Amérique latine par une mairie et une église. Nous y avons trouvé des supporters de l’équipe nationale de football qui se prenaient en photo devant un masque de carnaval géant. C’était juste avant la défaite de l’Équateur en 16èmes de finale du Mundial. Depuis, la ferveur est bien retombée.


    La cascade de Peguche

    En périphérie d’Otavalo, la rivière Peguche qui prend sa source dans le lac San Pablo au bord duquel nous avons passé la nuit forme une belle cascade de 18 m de hauteur. Sacrée pour la communauté Facha Llacta, elle n’est accessible qu’avec leur accord et une petite donation. Un sentier bien aménagé traversant une forêt d’eucalyptus la rejoint en 20 mn. Une distraction dominicale bien agréable.


    Les sculpteurs sur bois de San Antonio de Ibarra

    Stimulée par son inscription sur la liste des « villages magiques » par le ministère de la culture équatorien en 2020, San Antonio de Ibarra, déjà connue pour ses nombreux sculpteurs sur bois, a poursuivi son embellissement en rajoutant des statues et des fresques un peu partout dans le centre-ville. De nombreux ateliers sont actifs. Nous avons visité en détail celui du sculpteur le plus célèbre du village, Luis Potosi, qui nous a reçu en personne et manifestement toujours actif à 89 ans. Nous avons beaucoup aimé ses œuvres axées sur la représentation fidèle du peuple équatorien, racines et coutumes comprises. Nous avons été moins sensibles à ses sculptures religieuses ou abstraites tout en reconnaissant un travail de qualité.

    Et une ville axée sur l’art se doit de posséder quelques fresques murales. En voici en bonus une petite sélection.


    Les glaces à la poêle d’Ibarra

    Cette ville peu touristique attire quelques randonneurs prêts à ascensionner les volcans qui la dominent. Cela nécessite une bonne condition physique en raison de l’altitude élevée. Et dans l’idéal un ciel dégagé. Aucune des conditions n’étant réunies (nous aurions quand même bien aimé apercevoir les sommets enneigés de ces volcans) nous nous sommes contentés de visiter le centre-ville animé et pittoresque. C’est un quadrillage de petites rues aux murs blanchis par la chaux – sur instruction de la municipalité pour assainir et unifier la ville après l’important séisme de 1868 – entrecoupé de carrés de verdure bordés d’églises aux plafonds peints et autels dorés. Joli mais rien d’extraordinaire en Amérique latine. Nous nous sommes mis alors à la recherche de la spécialité locale : les helados de paila, ou « glaces à la poêle ». Des sorbets à base de jus de fruits frais, préparés dans une bassine en cuivre mise en rotation à la main sur de la glace. Excellents et pas chimiques pour un sou.

    Si vous voulez voir une petite vidéo YouTube sur la préparation des helados de paila, cliquez sur ce lien.


    Salinas et le train de la liberté

    Un train semi-touristique fait normalement le parcours entre les villes d’Ibarra et de Salinas. Il est réputé pour les jolis paysages qu’il traverse, mais à la gare d’Ibarra on nous a dit qu’il fallait revenir en haute saison… Ce Train de la Liberté est ainsi dénommé parce qu’il emmena les esclaves affranchis jusqu’à Salinas, où ils se sont installés, développant là une culture africaine peu commune en Amérique du Sud. Faute de pouvoir faire la traversée, nous nous contentons de voir un peu des deux gares, d’abord à Ibarra où persistent quelques vieux wagons, et puis à Salinas, un village qui vit au ralenti lorsque le train ne s’y arrête pas. Nous avons tenté de passer la nuit près de la gare, pour marquer le coup, mais la police est venue nous dire à la nuit tombée que ce n’était pas raisonnable et nous a renvoyé …devant leurs bureaux. Nous ne pouvions pas être mieux gardés, mais franchement, nous n’étions pas inquiets.


    Pause véhicules

    Ce train me permet une transition vers quelques véhicules insolites rencontrés dernièrement en Équateur. Légendes sur les photos.


    Le cimetière de Tulcán

    Nous avions déjà fait connaissance avec l’art topiaire à plusieurs reprises, la dernière fois du côté d’Ambato également en Équateur, mais ici à Tulcán il est poussé au maximum. De célébrité mondiale même. Nous ne pouvions rater ce lieu, opportunément placé sur notre lieu de passage obligé pour gagner la Colombie. C’est en 1936 que José María Azael Franco, le jardinier en chef du cimetière, entreprend de tailler les cyprès qui y poussent vigoureusement grâce au climat et au terrain calcaire. La reconnaissance aidant, il va y consacrer toute sa vie et ce sont plus de 300 sculptures végétales vivantes qui décorent aujourd’hui le cimetière, à la place des traditionnelles statues de marbre ou de pierre. Les thèmes variés abordent aussi bien les divinités précolombiennes que la faune équatorienne et mondiale ou encore l’architecture romaine ou mauresque. Grandiose. Pour la petite histoire, à sa mort en 1985, José María Azael Franco a été enterré ici, au milieu de son œuvre.  Avec sur sa tombe l’épitaphe qu’il s’est choisie : « À Tulcán, un cimetière si beau qu’il invite à mourir. Émouvant, non ?


    L’Équateur c’est fini !

    Tulcán était notre dernière étape en Équateur. Nous nous préparons à franchir demain la frontière vers la Colombie. Nous nous réjouissons à l’avance des découvertes à venir !