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  • 175. Roberto au pays de l’or noir

    175. Roberto au pays de l’or noir

    Nous voici donc en Équateur, 8ème pays de notre périple sudaméricain et 46ème pays visité pour Roberto depuis sa naissance en 2021. Dans un premier temps, nous avons un peu moins d’un mois pour rejoindre l’aéroport de Quito, pour notre parenthèse familiale quadrimestrielle. Ce sera donc un trajet assez direct longeant l’avenue des volcans sur l’altiplano équatorien, comportant néanmoins des étapes intéressantes et nous replongeant dans ce pays 23 ans après notre première visite.

    Parcours Equateur 1
Roberto au pays de l'or noir
    Parcours décrit dans cet article, en version zoomable ici

    Roberto au pays de l’or noir

    La première chose qui nous a frappés en entrant en Équateur à partir du Pérou et de son décor aride, ça a été la couleur verte partout. Et ceci très vite après la frontière. On se demande comment le climat peut changer ainsi du tout au tout. Bananeraies à perte de vue relayées par des champs de canne à sucre, de cacaoyers ou encore de mais, on peut imaginer que les exportations vont bon train et j’étais à deux doigts d’intituler mon article « Roberto au pays de l’or vert ». Jusqu’à ce que nous passions à la pompe. 64 centimes d’euro le litre de gazole !!! Contre 1,41 € au Pérou (ce qui n’était déjà pas si mal) et surtout 2,23 € en France ! Nous sommes contents de visiter le premier pays exportateur de pétrole d’Amérique latine (a priori, le Venezuela était devant, mais depuis le bombardement des installations j’imagine que la donne a changé). Et du coup j’ai changé le titre de mon paragraphe.


    Bondieuseries modernes

    C’est le paradoxe de cette église de Balbanera, proche de la ville de Riobamba : elle est à la fois la première église catholique d’Équateur et l’objet d’un marketing moderne. Loin des églises en rondins de bois que l’on imagine après avoir regardé le film Mission, et qui ont toutes péri lors d’incendies plus ou moins volontaires, celle-ci bâtie en 1534 est de construction solide, toute en pierres taillées et sculptées, et s’est montrée résistante à tous les tremblements de terre qui sont passés par là. Si l’on peut apercevoir la nef depuis le portail principal, l’accès nécessite de traverser une boutique-café sur le côté que je qualifierais volontiers de LOA (locomotion avec option d’achat). Aux côtés des classiques statuettes, amulettes et bougies, on trouve ce que l’on pourrait appeler des objets dérivés : eau bénite en bouteilles plastique, bière et liqueur locales, bijoux fantaisie et, plus étonnant, médicaments religieux : connaissiez-vous le Rosarium (comprimés contre le stress, la dépression et la sclérose cardiaque) ou encore la Misericordina (je n’ai pas pu lire les indications mais c’est peut-être pour les crises de foi ?)


    Riobamba : du classique mais de la fraîcheur

    Après les températures torrides de la côte pacifique, nous sommes heureux de reprendre un peu d’altitude. Une route en mauvais état (on nous avait pourtant affirmé que le standard sudaméricain allait remonter en Équateur) nous hisse jusqu’à Riobamba, qui serait la première ville espagnole du pays. Alors il n’est pas étonnant d’y retrouver les grands classiques de la période coloniale : églises et bâtiments administratifs baroques, patios et autres places des Armes. La ville était très animée lors de notre passage, ayant organisé un défilé auquel la moitié de la population semblait assister. Nous avons attendu le passage du cortège qui mêlait étonnamment fanfares, conseils municipaux, miss et promos des grandes écoles, plus quelques personnages loufoques dont nous n’avons pas compris la signification. Au total une ville sans intérêt majeur mais qui nous a réconcilié avec les températures tempérées à fraîches de l’Altiplano andin.


    Plus haut que l’Everest !

    Au-dessus de Riobamba s’élève le Chimborazo, volcan inactif culminant à 6 268 m. C’est le point culminant de l’Équateur. Mais si l’on prend comme référence le centre le la Terre, c’est aussi le point culminant de notre planète ! En effet, en raison de l’aplatissement du globe terrestre au niveau des pôles et de son élargissement au niveau de l’équateur, le sommet du Chimborazo est à 6 384 km du centre de la Terre tandis que celui de l’Everest n’en est éloigné que de 6 382 km. Maintenant, nous n’avons pas pu voir à quoi ressemblait cette masse aussi énorme que timide qui est restée cachée en permanence derrière les nuages. Il faudra se contenter d’illustrations indirectes, comme ce petit zoom bricolé sur Google Earth, cette photo où le volcan est représenté sur un tapis ou encore l’histoire de Baltazar Ushca. Cet homme est célèbre pour avoir été le dernier ramasseur de glace du volcan Chimborazo. Pendant 60 ans, il a été y chercher 1 à 2 fois par semaine des blocs de glace de 27 kg qu’il ramenait enveloppés dans du foin aux vendeurs de crème glacée du marché de Riobamba pour quelques dollars…


    Mick et Mouse

    Il s’appelait Fray Lazaro de la Cruz de Santofinia, que je vais raccourcir arbitrairement à Mick, pour les besoins de la cause. C’était un moine franciscain du XVIe siècle, en charge de l’église de l’Assomption de la ville de Guano. Il était tellement dévoué à sa tâche qu’à sa mort les fidèles le placèrent dans un sarcophage intégré dans les murs de l’église pensant ainsi qu’il pourrait continuer à veiller sur elle. Ça a dû marcher un temps, mais en 1949, un violent tremblement de terre fit s’écrouler l’église et apparaître le sarcophage. On y découvrit non seulement le moine, miraculeusement momifié par la chaux vive dont on avait recouvert son corps, mais aussi une souris, momifiée de la même façon. Personne ne sait si elle avait atterri volontairement ou non dans le sarcophage, mais dans le doute les deux momies sont désormais unies pour l’éternité.


    Tourisme à Baños

    Nous arrivons à Baños par des routes de montagnes aussi belles qu’escarpées, dont les pentes couvertes de cultures bien penchées nous étonnent : le travail de la terre doit être bien difficile. Mais dans ces régions volcaniques, la terre est très fertile, alors on plante à tout va. Baños n’est qu’à quelques kilomètres d’un volcan très actif, le Tungurahua. Les éruptions multiples entre 1999 et 2016 ont entraîné plusieurs évacuations massives de la ville. Un retour au calme est observé depuis 2017, mais le volcan peut se réveiller à tout moment. Ce qui n’empêche pas les touristes d’affluer, Baños ayant multiplié les activités pour eux. Nous venions plutôt pour le thermalisme, mais nous avons dû nous contenter d’un petit parc fleuri en altitude et d’une visite du centre-ville. Car au moment de profiter des bains thermaux, la pluie a fait son apparition. Ça n’a pas enlevé l’esthétisme du lieu mais ça nous a fait craindre une expérience désagréable.


    Art topiaire

    J’avais l’impression d’avoir déjà évoqué ce mot, mais je ne le retrouve pas dans le moteur de recherche du blog. Connaissez-vous l’art topiaire ? Hérité de l’Antiquité romaine, c’est l’art de tailler des arbustes persistants pour leur donner des formes géométriques, ornementales ou figuratives. Et dans ce Jardin des Amoureux de la ville d’Ambato, nous en avons eu une belle démonstration. La preuve en images !


    Art mural salutaire

    Ambato se veut aussi la ville des couleurs et a financé un projet d’installer 25 fresques géantes dans différents endroits stratégiques, notamment ceux qui manquaient de sécurité. Incroyable le pouvoir de l’art ! Nous avons admiré en tout cas cette œuvre toute fraîche qui met superbement en valeur un escalier de la ville.


    Je m’baladais sur l’avenue

    Remontant ce que l’on appelle ici l’Avenue des Volcans, un parcours d’un peu plus de 300 km traversant les hauts plateaux andins et comportant pas moins de 90 volcans dont 25 sont encore actifs, nous arrivons à Latacunga. Résiliente, cette ville de 65 000 habitants a du renaitre 3 fois de ses cendres après avoir été détruite 3 fois par le terrible Cotopaxi aux XVIIIe et XIXe siècles. Prudente, elle comporte surtout des maisons en rez-de-chaussée, et a recouvert plusieurs de ses églises de toits arrondis. Il est agréable de s’y promener, dans une ambiance très détendue et absolument pas touristique : tout ce qu’on aime ! Nous y avons visité un bel espace culturel gratuit, découvrant au passage l’évènement annuel majeur de la ville : le festival de la Mama Negra. Un curieux personnage féminin incarné par un homme déguisé en femme, portant des habits luxueux et colorés, ainsi qu’un masque noir et un bébé dans les bras. Cette Mama Negra symbolise à la fois la protection, la fertilité et la résistance, en référence à l’histoire locale et aux cultures afro-indigènes. Le défilé, accompagné de fanfares et de personnages folkloriques, est un mélange fascinant de traditions catholiques, indigènes et africaines, reflétant la diversité culturelle de l’Équateur et la résilience de la ville face aux humeurs du Cotopaxi. Ça se passe malheureusement en septembre mais notre exposition nous en a donné un bon aperçu. Nous avons fait aussi un petit tour au marché, très coloré et animé lui aussi. Une bonne occasion de tester de nouveaux fruits exotiques, voire de manger à petit prix : un plat du jour local coûte 2,50 €, difficile de mourir de faim ici !


    Précaution élémentaire

    À 50 km au sud de Quito, nous décidons de faire étape sur un champ proche du Parc Naturel du Cotopaxi. Un des volcans les plus actifs d’Équateur, la dernière éruption remontant à 2022-2023 (oui, ça duré 1 an !). Le temps est mitigé. Alternant éclaircies accompagnées d’apparitions fugaces du sommet enneigé du Cotopaxi (alt. 5 911m), et passages orageux avec un ciel très sombre et des grondements dont on se demande s’ils suivent les éclairs ou s’ils proviennent de l’activité volcanique. Mais pas de soucis, nous sommes garés 300 mètres à l’EXTÉRIEUR du parc. Tout le monde sait que les coulées pyroclastiques et les torrents de boues en ébullition s’arrêtent à la barrière. Non ?


    La Vierge du Petit Pain

    Il a fallu 25 ans à la ville de Quito, de la réflexion à l’inauguration, pour que cette Vierge Marie ailée en aluminium soit installée au sommet d’une colline en forme de pain et fasse la fierté de la capitale de l’Équateur. Non seulement il s’agit de la plus haute statue en aluminium du monde, mais c’est aussi la plus haute représentation ailée de la Vierge Marie au monde. Et si l’on rajoute à la comparaison le dragon tenu en laisse, le record devient de l’ordre de l’Univers… Comme pour Lady Liberty, la statue a été fabriquée à distance, à Madrid dans notre cas, avant d’être démontée puis réassemblée sur place. On voit d’ailleurs encore les numéros à l’intérieur des pièces. Avec 7400 morceaux, il valait mieux être organisé !


    Miroir ô miroir…

    C’est assez dans nos habitudes lorsque nous visitons une capitale : nous trouvons un parking sécurisé ou un camping en périphérie, à partir duquel nous rejoignons le centre-ville chaque jour pour les visites. Notre choix s’est porté à Quito sur un petit camping d’une capacité modeste (une dizaine de véhicules) mais bien situé sur les hauteurs de la capitale, calme et avec une jolie vue. Le centre historique est à 5 km à vol d’oiseau et le double en taxi pour 5 euros pourboire 18% compris. Super pratique, donc. L’occasion aussi de rencontrer d’autres voyageurs, comme cette Autrichienne dont le Fiat Ducato garé face à notre vitre passager nous donne l’impression de nous voir dans un miroir !


    A la découverte de Quito

    La Plaza Grande de Quito

    Quito n’est pas seulement la seconde plus haute capitale du monde (alt. 2 850m) après La Paz, mais aussi la première à avoir été classée au patrimoine mondial de l’UNESCO dès 1978. Pour son centre-ville le mieux préservé d’Amérique latine, son riche passé historique et son environnement multiculturel. Nous avons commencé par explorer le vaste centre historique, dont on a l’impression de ne jamais sortir tellement on tombe de surprise en surprise. Le temps grisâtre ne rendait pas grâce aux façades multicolores bordant les rues pavées ni à la blancheur des édifices religieux ou administratifs, mais au moins il n’a pas plu et de nombreuses visites étaient en intérieur. Que ce soit les simples patios, les petits musées, les expositions ou encore les multiples églises, cathédrale ou basilique dans lesquelles nous sommes entrés. Notre premier édifice de taille – c’est d’ailleurs le plus grand de ce type de toute l’Amérique latine – a été la Basilique du Vœu National, édifiée après une sorte de pari : il fallait que les tensions sociales et politiques de la fin du XIXe siècle s’apaisent, ce qui s’est produit. Mais comme tout n’est pas résolu, le bâtiment reste prudemment inachevé… L’architecture serait basée sur celle de la cathédrale de Bourges, mais avec des gargouilles typiquement équatoriennes : crocodiles, pumas, tatous, iguanes, singes, etc.


    Un peintre quitois engagé

    Au hasard d’une rue, nous entrons voir l’expo (gratuite) de Camilo Egas, un peintre équatorien renommé né à Quito (1889-1962). Il a consacré une grande partie de son œuvre à dénoncer les inégalités sociales et la discrimination subies par les communautés autochtones (appelées indigènes en Équateur). Voici quelques-uns de ces tableaux.


    La Plaza Grande et la cathédrale

    Comme dans beaucoup de villes sudaméricaines, elle est censée être le cœur de l’animation. C’est possiblement vrai pour les touristes qui trouvent là une concentration de sites à visiter, de boutiques de souvenirs, de restaurants, de cireurs de chaussures, de vendeurs ambulants, etc. A l’inverse, les nombreux bancs et les ombres des arbres sont squattés par les retraités de la ville qui y discutent toute la journée. C’est par là que nous sommes entrés dans la cathédrale métropolitaine qui en occupe presque tout un côté. La débauche de dorures, de sculptures, de chapelles est impressionnante mais tout à fait conforme à ce que nous allons observer par la suite dans la capitale ou même dans le pays. Un intérêt non négligeable de l’édifice est que l’on peut monter sur son toit pour en apprécier toutes les coupoles, mais aussi avoir un joli panorama sur la place et sur la ville.


    Le menu du jour à 3,30 €

    J’avais déjà évoqué le coût modeste de la vie en Équateur, particulièrement pour la restauration. Attirés par une ardoise dans la rue affichant un menu complet à 3,30 € nous avons décidé de tenter l’expérience, d’autant que le lieu avait l’air accueillant (un petit patio à l’écart de la rue largement décoré d’artisanat local). Alors nous voilà assis et l’on nous sert successivement l’entrée composée d’une salade de fruits (pourquoi pas…) et d’une empanada sucrée, une boisson (horchata = tisane fruitée), un plat de résistance appelé cecina lojana puis un dessert : une glace à l’Oreo. La cecina lojana est un plat traditionnel de la province de Loja, comportant une tranche fine de filet de porc marinée dans une pâte d’ail, de cumin, d’origan et de roucou, séchée au soleil puis cuite au four. L’accompagnement se composait d’une sauce maison, d’une salade de crudités et de yuca cuit. Au total, un rapport qualité-prix imbattable !


    Le musée ethno-historique d’artisanat Mindalae

    Il n’y a pas que le nom qui est extraordinaire, le contenu l’est tout autant et nous a émerveillés Claudie et moi. Sont présentés ici, sur 5 étages reliés entre eux par une colonne de lumière, un large échantillon de l’artisanat traditionnel des groupes indigènes de l’Amazonie, des Andes et de la côte, ainsi que des illustrations de leurs traditions ancestrales. Un véritable hommage vivant aux peuples autochtones et à leur savoir-faire. On trouve pêle-mêle des céramiques au design peu commun, des vêtements traditionnels et de fêtes, des objets en bois sculpté, des instruments de musique, des colliers de cérémonie, et de très nombreux objets rituels liés au chamanisme ou aux dieux et démons andins. Le tout dans une présentation impeccable et didactique. Avec une belle boutique à la sortie en soutien aux nombreuses communautés qui ont participé. Désolé si j’ai mis trop de photos, tout était si beau et passionnant que j’ai eu un mal fou à trier… Pour info les Mindalae étaient des marchands indigènes qui reliaient les communautés par l’échange de biens et de savoirs. Un peu comme nos anciens colporteurs.


    Une sur 200

    Quito compte plus de 200 églises, soit bien davantage par habitant que Paris, ce qui peut se comprendre par l’énorme besoin en lieux de culte lors de l’évangélisation forcée de la population à l’arrivée des Espagnols. Nous en avons vu plusieurs, chacune ayant ses propres caractéristiques, mais s’il faut n’en parler que d’une seule, ce sera l’église de la Compagnie de Jésus. Il a fallu 160 ans pour la construire, entre 1605 et 1765, mais cela valait le coup : sa façade et son intérieur sont parmi les plus riches exemples du baroque colonial en Amérique du Sud, avec une profusion d’or, de sculptures et de motifs décoratifs. L’intérieur notamment est entièrement recouvert de feuilles d’or. Un incendie au siècle dernier et plusieurs séismes dont le dernier en 2016 ont tenté de ternir l’image de ce merveilleux édifice, mais à chaque fois des campagnes intenses de restauration ont permis de tout réparer. On n’ose à peine imaginer le travail que cela représente !


    Un peu de street-art

    Comme toute ville sudaméricaine qui se respecte, Quito compte un certain nombre d’œuvres de street-art. Les particularités sont la concentration dans le quartier dit de La Floresta et le portage fréquent de messages sociaux et culturels. Autour du marché artisanal, ce sont plutôt les attraits touristiques de l’Équateur qui sont représentés. Cela dit, nous avons vu (bien) mieux ailleurs, mais c’est de notre faute, nous voyageons trop !


    Théâtre, chocolat et fruits empilés

    Juste avant de rentrer, une envie de cañelazo me prend… Nous trouvons notre bonheur rapidement en admirant un joli théâtre de style colonial, appelé Bolivar, c’est dire. Juste au-dessous, une énorme fève de cacao indique la présence de l’une de ces nombreux ateliers-boutiques qui font la démonstration et la dégustation de chocolat sous différentes formes. Car l’Équateur est réputé pour son cacao. Le pays en est le 3ème exportateur mondial, après la Côte d’Ivoire et le Ghana, avec une qualité supérieure. Nous ne tardons pas à en avoir la confirmation en testant  au moins une douzaine de parfums différents de chocolat. Et en dégustant une version locale du cañelazo où l’alcool de canne à sucre (aguardiente) est remplacé par de la liqueur de cacao. Excellent mais à consommer avec modération bien sûr ! À peine plus loin, nous entrons dans une supérette pour faire quelques courses et découvrons ce que nous avions déjà remarqué dans la rue : les fruits et légumes sont pour la plupart vendu empilés verticalement dans de petits sachets transparents. Il est possible que cela facilite la vente sans pesage, chaque sachet étant vendu généralement 1 dollar. Le même genre de conditionnement est d’ailleurs fréquemment vendu à tous les endroits où les automobilistes ralentissent : feux, péages, croisements, ralentisseurs, bouchons, etc.


    Pause famille

    D’autres découvertes nous attendent à Quito, mais ce sera pour dans un peu plus d’un mois. Est venu en effet le temps de notre pause familiale quadrimestrielle. L’occasion de distiller ici le récit de notre voyage en famille en Équateur et au Pérou vingt-deux ans auparavant. Le prochain article y sera consacré. A très bientôt donc !

  • 146. Le retour de Roberto

    La fin du suspense approche puisque nous devrions réceptionner Roberto ces jours-ci. Le navire qui le transporte est en effet annoncé à l’arrivée dans le port de Montevideo, après 25 jours de mer y compris quelques escales. Il va falloir encore attendre le déchargement du bateau, le dépotage du conteneur et les formalités administratives dont le dédouanement pour enfin retrouver notre véhicule chéri et notre parcours itinérant. D’ici là, il reste donc encore quelques jours pour finir d’explorer la capitale.


    Pansements de trottoir, ou le ténor du carreau

    Un nouvel art de rue (street-art pour les anglophiles) est né : le pansement de trottoir. Ce sont des petites portions de faïences, en carreaux entiers ou plus souvent avec des brisures, installées en réparation d’un morceau de trottoir endommagé. Et à Montevideo, les trottoirs endommagés, ce n’est pas ça qui manque ! Peut-être parce qu’ils sont à la charge des riverains et que ceux-ci ont d’autres chats à fouetter.

    Le cœur historique de la capitale de l’Uruguay a commencé à être envahi, pour reprendre les termes de notre Invader national, en 2008 par un artiste pseudo-nommé Odin. Ses petites mosaïques sont maintenant présentes sur de nombreux trottoirs. En cherchant un peu sur le net, j’ai retrouvé un artiste français qui produit des œuvres similaires, mais avec davantage de géométrie. Ememem, un pseudonyme également, a débuté à Lyon en 2016 avant d’envahir Paris puis d’autres villes du monde. Il a baptisé son art le flacking, ou comment embellir avec des flaques de mosaïques les défauts des trottoirs.

    Pour en savoir davantage sur Odin (les 6 premières photos du carrousel ci-dessus), lisez cet article ou celui-ci

    Pour en savoir davantage sur Ememem (les 4 dernières photos), lisez cet article


    Carnaval

    Nous n’étions évidemment pas à Montevideo au moment de son carnaval, qui est le plus long d’Amérique du Sud, voire du monde, durant 40 à 50 jours (du 23 janvier jusqu’au 11 mars pour 2025). Heureusement pour le pays, tous ces jours ne sont pas fériés ! Mais le Musée du Carnaval est lui ouvert toute l’année, donnant un bon aperçu des particularités du carnaval d’Uruguay.

    On y découvre les différentes phases, du défilé initial de présentation au concours final, en passant par les appels, les scènes ouvertes et la grande parade. Tandis que le défilé initial et la grande parade ont lieu sur l’avenue principale de Montevideo, les appels (petits groupes musicaux) et les scènes ouvertes (spectacles de chansons satiriques, chœurs ou critiques sociales et politiques, appelés aussi murgas) se font dans les quartiers.

    Dans tous les cas, les costumes exubérants et les rythmes endiablés des percussions reflètent le mélange unique des descendances européennes et africaines de l’Uruguay.

    Le musée expose grand nombre de magnifiques costumes magnifiques et diffuse des vidéos des différentes phases, donnant envie d’assister au carnaval pour de vrai.


    Roberto à bon port


    Au marché artisanal

    Ils sont plusieurs marchés de ce type sur Montevideo, afin de maximiser les points de vente. On n’y trouvera pas de chinoiseries mais seulement des œuvres d’artisans locaux, identifiés par une plaquette sur l’espace qui est réservé à chacun. Une coopérative donc.


    Sites remarquables

    Montevideo fourmille de musées et de monuments, nous n’avons pas eu le temps de tout visiter, alors voici une petite sélection commentée de nos meilleures trouvailles.

    L'offre culturelle multiple de Montevideo
    L’offre culturelle multiple de Montevideo

    > Le Palais Taranco

    Façade et jardin du Palais Taranco
    Façade et jardin du Palais Taranco

    Il était la demeure d’une famille de la noblesse uruguayenne qui, au début du XXe siècle, l’a faite aménager par des architectes français. La décoration et le mobilier sont de style Louis XIV, Régence et Louis XVI. A la mort des propriétaires, l’état a racheté les lieux pour en faire un « musée d’arts décoratifs » un terme un peu excessif. La visite est libre (dans le sens gratuit, parce que nous sommes très surveillés) et tout est superbe en bien conservé. Je n’aménagerais pas ma maison comme ça, mais je reconnais que cela a du cachet.


    > La cathédrale métropolitaine abhorre une façade assez banale sur la Place de la Constitution, mais l’intérieur est beaucoup plus riche et solennel. Un fond sonore de chœurs religieux accompagnait notre visite, c’était bien agréable.


    > Hommage au général Jose Gervasio Artigas

    Mausolée du général Artigas
    Mausolée du général Artigas

    Ce héros national est très vénéré pour son rôle essentiel dans l’indépendance de l’Uruguay. Sa statue équestre de 17 m de hauteur trône au milieu de la place de l’Indépendance, tandis que juste en dessous son mausolée tout en marbre noir est surveillé jour et nuit par deux gardes en uniforme. Inutile de dire que nous attendons à voir un grand nombre de statues à son effigie dans tout le pays.


    > La librairie des vers purs

    La Librairie Puro Verso
    La Librairie Puro Verso

    La Libreria puro verso, n’étonne pas que par son nom. Installée dans une vaste demeure de style art-déco datant de 1917, elle n’a pourtant été créée qu’en 2003 par un ancien éditeur espagnol qui souhaitait que les uruguayens puissent accéder à des livres rares. Autour d’un superbe patio dominé par une magnifique verrière intégrant une horloge, plusieurs étages reliés par des escaliers en colimaçon ou un vieil ascenseur à grilles exposent plus de 50 000 titres. Une petite cafeteria permet de mieux observer l’ensemble en sirotant un café con leche tout en grignotant un volcano (pâtisserie au chocolat avec cœur fondant). C’est là que l’on s’interroge sur l’inscription en latin au bas de la verrière. Pas de problème, en changeant la langue d’origine de Google Traduction de l’espagnol au latin on peut lire alors « la vraie famille est un mensonge ». Un beau sujet de philo pour le bac, non ?


    > Le marché artisanal

    Installé tout près du port, il était idéal pour revendre les marchandises arrivées des bateaux. Mais comme une bonne partie des touristes arrivent aussi par là, d’Argentine ou du Brésil, il s’est reconverti en boutiques de souvenirs et en restaurants. C’est moins authentique, mais cette grande halle de métal garde un certain charme.


    > Génie et fantaisie

    Découverte par hasard sur une affiche, cette exposition rend hommage à la sculpture uruguayenne contemporaine dans ses formes les plus diverses. Un ensemble d’une grande variété en termes de supports, on y voit de la pierre, de la résine, du grès, de la céramique, du ciment, du marbre, du fer, etc. Et gratuitement bien entendu.


    > Le musée des azuleros

    Scène murale de Don Quichotte
    Scène murale de Don Quichotte

    Rappelez-vous, nous avions raté celui de Colonia del Sacramento pour cause de fermeture prolongée. Eh bien nous n’avons pas perdu au change. Ce musée expose la collection privée de l’architecte Alejandro Artucio Urioste, composée de plus de 5 000 pièces collectées sur une période de 40 ans et offerte à la ville en 2004. L’idée de l’architecte est née du fait que les carreaux utilisés en Uruguay, entre 1790 et 1930 environ, étaient tous importés de différents pays, ce qui a donné lieu à une grande variété de styles, de techniques et de formats. Un peintre uruguayen a ensuite apporté sa propre collection, puis d’autres ont suivi y compris des Français. Nous avons en effet découvert que la France était le pays le plus représenté, avec des tuiles en provenance de Desvres, Beauvais, Martres Tolosane et Aubagne, entre autres. Et la collection est vraiment splendide ! Sinon nous avons aussi découvert que « azuleros » n’était pas comme nous le pensions – et comme le préfixe pourrait le laisser supposer – synonyme de carreaux bleus, mais vient du mot arabe qui signifie « argile émaillée »;

    Musée des Azuleros : une toute petite partie de l'exposition
    Musée des Azuleros : une toute petite partie de l’exposition

    > Art de rue

    La ville de Montevideo est malheureusement très taguée. Quelques peintures murales ou décors de rue viennent toutefois rehausser un peu le niveau.


    > Insolite

    Photos inclassables de scènes qui m’ont intrigué ou amusé…



    Le grand jour !

    C’est évidemment celui où nous sommes invités à récupérer au port notre véhicule préféré. Le bateau est arrivé un samedi après-midi, le conteneur a été débarqué le dimanche, puis déchargé le lundi. Nous nous attendions, selon notre expérience à Vera Cruz, à une réception dans la seconde moitié de la semaine, mais déjà le lundi nous recevions un mail annonçant la livraison le mercredi après-midi. Mais mardi matin, alors que nous avions déjà prolongé d’un jour notre hébergement, nous avons été convoqués à l’agence maritime en tout début d’après-midi. Après 2 heures à suivre l’employé de l’agence dans divers bureaux du port, je sortais de celui-ci au volant de Roberto. Claudie suivait l’opération à distance car une seule personne était autorisée à entrer. A noter que j’ai fait connaissance là-bas avec notre colocataire de conteneur. Son Land Rover Defender a donc voyagé avec Roberto pendant un mois. On ne sait pas trop ce qu’ils se sont racontés. Pour notre part nous avons fêté l’arrivée de nos véhicules avec Raoul et Sylvie dans un bar à tapas du centre-ville avec dégustation de vins uruguayens à la clef.

    Et voilà, c’est la fin de En route sans Roberto, une nouvelle aventure à 4 jambes et 4 roues redémarre ! A très bientôt !

  • 144. Derniers jours à Buenos Aires

    Eh oui, nous sommes encore dans la capitale pour quelques jours, avant de prendre le ferry pour l’Uruguay, à une cinquantaine de kilomètres de là.

    Buenos Aires jour 11

    Cette journée sera consacrée au street-art. Nous avons repéré dans notre guide Lonely Planet un parcours dédié à une demi-heure de bus de notre appartement. Arrivés au premier emplacement, rien de visible sinon une palissade qui pourrait indiquer que l’immeuble support de l’œuvre recherchée a été démoli. C’est un peu le problème en général avec ces fresques murales, c’est qu’elles ont une durée de vie limitée. Soit dégradées par le temps, et en fonction du climat cela peut être assez rapide, soit recouvertes par autre chose, genre graffitis ou affiches publicitaires, soit cachées par une autre construction ou encore perdues par cause de démolition du support. Au total, sur les 5 œuvres décrites dans le guide, je n’en retrouverai qu’une, et encore bien délavée par les intempéries. Mais heureusement, le parcours fait passer par des rues propices à cet art. Assez souvent, lorsqu’une œuvre de street-art est réalisée, on en retrouve d’autres à côté, par contagion. Parfois c’est tout le quartier qui s’y met ! Voici donc ci-dessous une petite sélection de ce que nous avons trouvé.


    Buenos Aires jour 12

    La boisson mystérieuse

    Elle est partout et nulle part. Présente chez 98% des foyers argentins, bue par 90% de la population y compris largement dans l’espace public, et pourtant on ne la trouve jamais sur les cartes des bars ou restaurants. Et presque 2 semaines après notre arrivée en Argentine, nous n’avons pas encore réussi à y goûter. Incroyable, non ?


    Buenos Aires jour 13

    Vous le voyez bien sur les photos, le temps est plutôt au beau depuis notre arrivée, au pire nuageux mais il n’a plu qu’une seule journée en 13 jours, ce qui nous a conduit à visiter le musée de l’immigration. Nous attendions depuis (sans le souhaiter pour autant) l’arrivée d’un nouveau jour de pluie pour aller visiter avant notre départ de Buenos Aires un ou plusieurs autres musées que propose la ville. Ce qui explique le rush final, le mauvais temps n’ayant pas eu l’honneur de se faire connaître.

    > Le musée de l’immigration

    A l’instar de son homologue américain à Ellis Island, ce musée est installé dans l’ancien Hôtel des Immigrants de Buenos Aires, là où les arrivants étaient accueillis, nourris, hébergés et soignés si besoin. On ne parle pas de l’immigration initiale des Espagnols au XVIe siècle, ni de l’immigration forcée des esclaves africains entre le XVIIIe et le XIXe siècle, mais de l’immigration massive des Européens, principalement Italiens et Espagnols, entre la fin du XIXe et le début du XXe siècle. Cette immigration souhaitée a même été inscrite dans la constitution par les Argentins qui avaient besoin de bras après le boum économique qui a suivi l’indépendance du pays. On retrouve bien sûr des photos de cette période, ainsi que des témoignages des familles d’immigrés qui racontent les difficultés rencontrées à l’arrivée. Les archives sont encore régulièrement consultées aujourd’hui par les descendants d’immigrés qui cherchent à savoir quand et par quel bateau leurs parents sont arrivés.


    > Le musée des Beaux Arts

    Il abrite la plus grande collection d’arts d’Argentine, avec plus de 12 000 œuvres, qui ne sont pas toutes exposées en même temps bien sûr. Beaucoup de peinture, avec une part belle faite aux artistes français (il parait que nous sommes beaucoup aimés dans ce pays, même en dehors de l’art !) mais aussi, naturellement, à ceux du pays. Côté sculptures, pas mal d’œuvres aussi, beaucoup de statues en bois récupérées dans des églises dont certaines datant du Moyen-Âge, et une pièce entière consacrée à Rodin. L’art contemporain n’est pas oublié avec ses aspects parfois bizarres.


    > Le musée Sivori

    Déjà pour y parvenir, on longe un joli parc, avec plan d’eau, petits ponts, statues, roseraie et toute une colonie d’oies assez pacifiques

    Totalement ignoré de Trip Advisor mais pas de notre guide Lonely Planet, le musée Sivori, dédié aux arts plastiques, est limité actuellement à des expositions temporaires. Dommage car le fonds de 5000 œuvres était prometteur. L’artiste du jour était Alicia Orlandi (1937-2022) avec pour thème « Lucidité géométrique. Estampes, peintures et monotypes ». Art abstrait, figures géométriques entre peinture et gravure, ça peut plaire ou pas. A nous ça nous a plu !


    Les deux ci-dessous sont d’un autre auteur dont j’ai oublié le nom…

    Au fait, les deux derniers musées étaient gratuits.


    Buenos Aires jour 14

    Nous quittons l’Argentine aujourd’hui à bord d’un ferry qui va nous conduire en 1h15 à Colonia del Sacramento en Uruguay. Une ville pleine de promesses d’après notre guide, que nous visiterons toujours privés de Roberto pour cause de croisière transatlantique. Nous n’aurons vu que Buenos Aires, mais avec une durée de séjour bien supérieure à la moyenne des visiteurs. Et puis nous retournerons en Argentine dans quelques mois. Il nous reste tellement à voir !


    Et Roberto ?

    Eh bien apparemment toujours dans son cargo, il longe actuellement le nord-est brésilien pour arriver sous peu à Santos, près de Sao Paulo. Normalement, ce devrait être la dernière escale avant Montevideo. Il est temps pour nous de rejoindre l’Uruguay. A très bientôt pour la visite de Colonia del Sacramento !