Entre patrimoine colonial, paysages d’altitude et ambiance portuaire, notre itinéraire nous emmène à la découverte de Cuenca, du parc national Cajas et de Guayaquil. Cette étape du sud de l’Équateur nous a permis d’explorer l’une des plus belles villes du pays, de randonner dans les paysages sauvages du páramo et de découvrir la plus grande métropole équatorienne.
Le parcours décrit dans cet article, en version zoomable ici
Visiter Cuenca, l’Athènes de l’Équateur
Oui, pourquoi ne pas appeler ainsi Cuenca, la 3ème ville du pays ? A l’instar des « Venise de … » (au moins 12 occurrences dont 3 Venise du Nord – lesquelles ?), le surnom n’est pas exclusif. « L’Athènes de … » est attribué en général à des villes réputées pour leur savoir, leur art ou leur philosophie. Comme Bogota, Édimbourg, Nashville, Madrid ou encore Alexandrie. Outre son cœur colonial bien conservé inscrit à l’UNESCO, véritable musée à ciel ouvert, Cuenca a vu naître de nombreux écrivains, poètes et intellectuels. Ses débats et salons littéraires l’ont mise en première place pour construire l’indépendance du pays. Son université est l’une des plus importantes d’Équateur. Ses festivals sont nombreux, dont celui du meilleur film féministe.
Ça a été notre parking à Cuenca, juste devant l’école d’infirmières, un gros flash back pour Claudie
Le musée Pumapungo de Cuenca et les têtes réduites Shuar
Cuenca possède aussi plusieurs musées de qualité, dont le Museo Pumapongo, situé sur les ruines de la ville initiale, appelée alors Tomebamba, et seconde ville de l’empire Inca après Cuzco. Nous avons apprécié les sections archéologie, avec de nombreux artefacts précolombiens présentés de façon pédagogique (des reproductions sont faites pour être manipulées, soupesées, décrites par les élèves) et surtout la section ethnographie, consacrée aux cultures traditionnelles de l’Équateur, avec des dioramas représentant les costumes, les maisons typiques et les modes de vie des peuples de la côte, de la Sierra et de l’Amazonie. Le clou du spectacle étant les fameuses têtes réduites de la culture Shuar. Ces têtes étaient celles de leurs ennemis, traitées pour que leur esprit ne se venge pas et aussi pour pouvoir les porter en trophée. On en décollait la peau après avoir cousu les paupières et la bouche (pour que l’esprit ne s’échappe pas) puis on la faisait cuire modelée sur une forme végétale jusqu’à ce qu’elle atteigne la taille d’un poing. Le processus qui durait jusqu’à 7 jours faisait aussi partie du rite de passage à l’âge adulte des jeunes Shuars. Il est encore poursuivi aujourd’hui avec des têtes de paresseux, la réduction de têtes humaines étant interdite depuis 1950…
Le véritable chapeau Panama est né à Cuenca
Pour terminer, l’artisanat de Cuenca est réputé. En particulier c’est dans et autour de la ville qu’est né le chapeau de paille de toquilla, plus largement connu sous le nom usurpé de Panama. Pour rappel, les caisses d’expédition vers le monde entier passaient par le canal de Panama et étaient pour cette raison estampillées « Panama » quelle que soit leur origine, ce qui a créé la confusion chez les destinataires. Lors de notre visite de Cuenca, nous avons découvert l’une des plus anciennes fabriques de véritables chapeaux Panama équatoriens, en place depuis 1950, celle d’Homero Ortega, toujours tenue par la même famille. On nous a expliqué le processus de fabrication, de la récolte des feuilles de toquilla (un palmier) sur la côte équatorienne à l’adjonction finale des rubans, en passant par la sélection des jeunes pousses, leur effilochage en lanières fines, l’ébouillantage destiné à les assouplir, le séchage au soleil après récolte, le tressage qui débute toujours par la calotte (l’absence de calotte indique toujours un faux panama), le façonnage sur des moules sculptés, la finition des bords et fréquemment le blanchiment et le repassage. Selon la qualité du tissage, la fabrication peut prendre entre 3 semaines et 6 mois. On nous a présenté aussi les différentes formes, parfois créées pour tel ou tel artiste (Madonna, Johnny Depp, Ben Affleck ou encore Bryan Cranston). Et puis forcément j’ai craqué lors du passage à la boutique, pour un panama plutôt classique mais avec le ruban aux couleurs de l’Équateur, un édition spéciale pour la coupe du monde de football qui vient de débuter.
J’ai oublié de préciser un détail important : tout ce que nous avons visité à Cuenca était totalement gratuit. Les décisions politiques intelligentes, ça existe. Quoi de mieux que de mettre la culture à la portée de tous ?
Randonnées dans le parc national Cajas
Il faut grimper plus de 1000 m sur la route à l’Est de Cuenca, ce qui nous amène à près de 3850 m d’altitude, pour rejoindre le parc national Cajas, une ancienne vallée glaciaire entourée de collines culminant à près de 4500m et où le retrait des glaciers a laissé plus de 4200 étendues d’eau, dont 180 supérieures à 1 hectare, qu’on pourrait donc qualifier de lacs. Le terrain autour est humide, mousseux et parsemé de plantes rases. Un genre de toundra qu’on appelle ici le páramo. De nombreux sentiers parcourent ce parc de 285 km² (la surface du département du Val de Marne !), sans être toujours bien entretenus ni délimités, à l’exception des sections en planches.
Nous en avons parcouru 2 : une boucle de 2 km autour du lac proche du parking du centre des visiteurs le jour de notre arrivée. Puis, après une nuit sur place (c’est gratuit, il faut juste accepter de se faire enfermer dans le parc qui n’ouvre ses accès qu’entre 8h et 16h30) une autre boucle nettement plus longue (8 km) et surtout avec davantage de dénivelé, ce qui s’est avéré difficile en raison de l’altitude. Autour de 4000 m, nos poumons de sexagénaires se sont révélés un peu limites…
Mais globalement le paysage s’est révélé très beau, sauvage à souhait, et porteur d’une végétation unique, à l’image de cette gentiane hirculus qui n’existe dans le monde qu’à cet endroit, comme 70 autres plantes du parc. Nous avons eu l’occasion d’observer aussi de nombreux « arbres de papier », dénommés ainsi en raison de leur tronc qui pèle abondamment. Cette espèce, appelée en réalité Polylepis, ou encore localement Quinua, est la seule de la planète qui puisse encore pousser au-delà de 4000m. Dans ces conditions extrêmes, la croissance est très lente : il faut près de 160 ans pour que la circonférence du tronc s’accroisse d’un centimètre ! Chi va piano va sano…
Guayaquil, la ville de tous les dangers ?
Guayaquil est la plus grande ville d’Équateur et le principal moteur économique du pays, notamment grâce à son port. Elle est malheureusement aussi réputée pour sa violence et son insécurité et le Ministère des Affaires Étrangères déconseille formellement sa visite. Cela dit, la moitié Ouest de l’Équateur est dans ce cas, et si nous suivions ces conseils à la lettre nous ne pourrions plus voir grand-chose et puis Guayaquil est un point de passage obligé pour aller vers la côte. Alors nous allons redoubler de prudence, nous garer dans un parking sécurisé, ne pas sortir à la nuit tombée et nous limiter aux quartiers bien achalandés. Ça tombe bien, le gouvernement rénove et sécurise depuis l’an 2000 le Malecón, cette promenade de 2,5 km le long du fleuve, et met beaucoup de policiers dans les rues et places touristiques du centre-ville. C’est ainsi que nous parcourrons avec amusement le Parc des Iguanes, situé juste devant la cathédrale, où des dizaines de ces reptiles descendent de leur arbre à l’heure du déjeuner pour grignoter ce que les passants leurs donnent en pâture. C’est-à-dire des fruits, des légumes et des enfants. Je dis ça sur le ton de la blague bien sûr, mais j’ai trouvé que les parents laissaient leurs rejetons s’approcher bien près de ces animaux qui peuvent infliger de graves blessures avec les écailles de leur queue. Heureusement, rien de tel ne s’est produit au moment de notre passage. Et puis nous avons complété notre parcours touristique en empruntant l’Aerovia, une télécabine qui traverse non seulement la ville mais aussi le fleuve. 1,40 € l’aller-retour, ça fait une promenade pas chère.
En fait l’élément le plus marquant a concerné les préparatifs de la coupe du monde de football, l’entrée en lice de l’Équateur étant pour le soir même. Un bon quart de la population portait le tee-shirt jaune de l’équipe nationale tandis qu’un autre quart leur en vendait… Le tout à grands coups de trompettes et autres klaxons. A l’heure du match, la ville est devenue instantanément silencieuse, la circulation s’est presque totalement arrêtée. On entendait bien quelques clameurs de temps en temps, tout en sentant une certaine fébrilité ambiante. Alors que nous nous attendions à une reprise de tout cela à la fin du match, cela a été exactement l’inverse. Il faut dire que l’Équateur ayant perdu, plus personne n’avait envie de faire la fête…
Nous quittons maintenant Guayaquil pour gagner la côte. Des plages, des ports de pêche et des animaux marins à voir, a priori. À très bientôt !
Bienvenue au Panama, 23ème pays parcouru par Roberto (plus de 75 000 km au compteur) et dernier pays d’Amérique centrale. Nous ne nous attendons pas à une révolution paysagique ou culturelle par rapport au Costa Rica, d’autant plus que nous connaissons un peu le pays pour l’avoir visité juste avant le premier confinement. Mais c’était sac au dos et transports en commun. Notre fidèle destrier nous permettra sans doute d’élargir un peu le champ de nos anciennes découvertes. A voir…
Comme toujours, on commence par une plaque minéralogique. Très sobre ici. Ils auraient pu mettre une photo de nature ou du canal !
A l’instar d’autres pays, pas de plaque à l’avant : chacun son style !
Chaud et froid
C’est en partie pour retrouver un peu de fraîcheur que nous avons quitté la côte Caraïbe du Costa Rica et même celle du Panama et pris un peu d’altitude dans la Cordillère centrale. Après plusieurs jours à 35°C et autant de nuits à 29-30°C, nous étions heureux de perdre les six degrés et demi inhérents à tout gain d’altitude de 1000 m. Quelques averses ont été aussi les bienvenues, y compris pour le nettoyage des panneaux solaires. Nous nous sommes trouvés un petit coin tranquille dans la verdure et avons savouré une nuit tranquille à 21°C dans Roberto. Le paradoxe, c’est que notre première visite du lendemain a été pour des piscines thermales naturelles, entre 35 et 42°C, et dans lesquelles nous nous sommes immergés avec plaisir. Allez donc comprendre !
Dès l’entrée au Panama, nous gagnons très vite la zone montagneuse pour prendre un peu le fraisVerdure, lacs et ambiance rurale sont au rendez-vousNous passons la nuit bien au frais, à plus de 1000m d’altitude et seuls au monde dans cette clairière
Du coup le lendemain, nous sommes en pleine forme et décidons – pourquoi pas – de tester des sources chaudes. C’est près de la petite ville de Caldera. La route est difficile, les ponts sont larges et sonores, et Roberto a un peu sali ses pneus
Mais au bout du chemin, la récompense est là : de petits bassins de pierre très rustiques emplis d’une eau thermale jaillissant à 35, 40 et 42°C (mon préféré, comme d’habitude)Tout ça est sur la propriété d’une famille panaméenne, dans un cadre bucolique
La ville du printemps éternel
Près du volcan Barú, le point culminant du pays (3745m), la petite ville de Boquete jouit d’un climat printanier permanent grâce à ses 1200m d’altitude, et l’humidité élevée permet aux arbres, aux fleurs, mais aussi aux caféiers de pousser sans limites. La ville a eu le malheur d’être classée « meilleur endroit pour prendre sa retraite » par un média américain, dont les compatriotes sont laissé tenter en masse. Les résidences, restaurants et autres commerces ont poussé comme des champignons, remplaçant les champs de caféiers et les petites maisons des indiens Ngäbe, occupants initiaux devenus minoritaires. Les prix aussi ont poussé fort, au point que même les sentiers de randonnée sont payants.
Comme il n’y a pas grand-chose d’autre à faire, nous avons tout de même emprunté avec une famille de voyageurs français le « Pipeline Trail », le moins difficile d’entre eux, qui comme son nom l’indique suit une conduite d’eau venue de la montagne et qui, comme son nom ne l’indique pas permet de temps en temps d’apercevoir des quetzals, oiseaux majestueux et rares d’Amérique centrale. Nous n’aurons pas cette chance, mais la balade était tout de même sympathique, permettant de côtoyer une végétation riche, dont un arbre millénaire, et se terminant par une belle cascade.
Boquete, ville de montagne verte et fleurie, mais sans grand charme malgré toutLes routes alentour sont tout de même bien fleuries, comme celle qui nous a amenés au Pipeline TrailQuelques colonnes basaltiques (oui nous sommes en pleine région volcanique) avant l’entrée du chemin. A vrai dire le nôtre était à gauche mais le panneau était moins beau…Randonnée en compagnie de la famille « les MATTE mobiles », ayant tout quitté pour traverser les Amériques du nord au sud en camping car. Et arrivée au point de chute (c’est le cas de le dire) : la cascade.Flore et faune riches en découvertes, comme à l’habitude
Les lacs de Volcán
Dit comme ça, ça peut paraître bizarre, mais Volcán est une ville. Son nom est bien lié au volcan Barú qui la surplombe, mais les lacs eux n’ont rien à voir avec une quelconque activité volcanique. Ils sont connus en tant que zone naturelle humide, la première du Panama et la cinquième de l’Amérique centrale, rien que ça. Alors comme nous étions dans le coin, nous sommes allés voir. Étonnamment, cette réserve est sur un territoire privé et nécessite la traversée d’une piste d’aviation pour la rejoindre. L’accès est malgré tout gratuit « du moment que l’on respecte les lieux et que l’on ne laisse rien traîner ».
Nous empruntons une jolie route bordée de pâturages en guettant à la fois les nuages sur le volcan en arrière-plan, dès fois qu’il se découvrirait, et les nids-de-poule sur la chaussée. Nous arrivons bientôt à l’aéroport. Nous traversons la piste après avoir demandé l’autorisation non pas à la tour de contrôle mais à un gentil monsieur qui entretenait le jardin du café attenant. La route s’enfonce ensuite dans une forêt et prend le statut de chemin boueux tandis que les arbres peu à peu se referment sur nous. Quand les branches commencent à frotter sur la carrosserie, nous regrettons de ne pas avoir stoppé plus tôt, mais impossible de toutes façons de faire demi-tour. Nous arrivons enfin au bord du premier lac, joli mais pas extraordinaire et exempt de l’extraordinaire faune aquatique que nous espérions. Tant pis, cela aura sorti un peu Roberto de sa routine.
Le grand bleu au réveil derrière les bancs bleus. Nous avons passé la nuit ici au parc central de VolcánNous partons en vadrouille voir les lacs de la réserve naturelle. La route se transforme en chemin mais traverse de jolis paysages champêtresAu loin on aperçoit le volcan Barú, point culminant du PanamaA un moment il faut marquer le pas et demander l’autorisation de traverser …la piste d’un aéroportPuis l’on s’enfonce avec Roberto dans la forêt, de plus en plus dense, tandis que le chemin devient boueuxAprès quelques frottements de branches sur la carrosserie, nous avons décidé de nous garer et finir à pied,pour aller voir ce joli lac, sous bonne garde d’une résidence privée. Malgré l’appellation de réserve naturelle, nous ne verrons pas le moindre animal
La ferme de Dracula
De 1400 m d’altitude, nous poursuivons la route principale jusqu’à 2000 m (ah ! la bonne fraîcheur) après la petite ville de Cerro Punta. L’activité agricole y est intense, grâce au climat frais et humide, et les montagnes sont ici recouvertes d’une mosaïque de champs multicolores aux motifs géométriques variés, du plus bel effet. Les bordures de routes sont particulièrement fleuries, comme s’il s’agissait des allées d’un jardin botanique géant. Des stands de vendeurs de fruits et légumes sont alignés tout du long. Avec la petite brume qui stagne sur les sommets alentour, c’est magnifique.
L’arrivée à Cerro Punta : un environnement plus agricole que tropical
Mais nous voilà arrivés à la ferme de Dracula. Déjà l’inscription au-dessus d’un portail à la peinture défraîchie en impose. Le portail était fermé, mais à notre arrivée il s’ouvre lentement en grinçant. Une voiture en sort. Les gens ont l’air normaux (je ne sais pas pourquoi je dis ça) et nous invitent à suivre le chemin qui s’enfonce dans une forêt dense et sombre, tandis que leur voiture disparaît et que le portail se referme derrière eux (en grinçant). Le long du sentier, tandis que des lianes nous effleurent le visage et que des feuilles géantes nous frôlent les bras, nous apercevons quelques panneaux inquiétants. L’un dit que les enfants égarés seront donnés en pâture à Dracula. Sur l’autre, apposé sur une grille rouillée et fermée, figurent une espèce de sorcier menaçant, muni d’un bâton et d’une épée, et une inscription dissuadant toute tentative de passage. Nous filons sans même ralentir vers la réception.
Arrivée à la Ferme de Dracula : l’ambiance change soudain
Là nous attend un bureau vide, des tables et des chaises vides, une vitrine réfrigérée (heureusement ?) vide. Nous appelons timidement, mais personne ne vient. Sauf un chien, un fox-terrier qui nous rappelle Baxter. Finalement une employée apparaît. Elle est un peu pâle pour le pays, mais sans plus.
Après que nous ayons acquitté le droit d’entrée (à noter qu’elle n’accepte pas les billets de sang euh de cent) elle nous dit que le comte est bon (lèche-bottes, va) et nous autorise à visiter, mais seulement avec le guide et sans aller dans le couloir sombre avec les grosse feuilles qui pendent ni dans la pièce fermée par une grosse grille fermée par un cadenas et couverte de mousse verdâtre. On se demande bien ce qu’il y a à l’intérieur.
Le guide nous fait la visite de la ferme, essentiellement de grands jardins de plantes exotiques. Il est très aimable, ce qui paradoxalement nous inquiète. Sans parler de Baxter qui ne nous lâche pas d’une semelle. J’allais demander des informations sur le propriétaire des lieux quand soudain Dracula apparaît. En tenue sombre avec une note pourpre, le visage menaçant, immobile et silencieux. Le guide se racle la gorge et nous fait finalement les présentations.
Dracula, c’est le nom d’une famille d’orchidées, abhorrant tantôt une tête de chauve-souris tantôt une tête de singe et pourvue de sépales pourpres en imposant pour deux longues canines. Comme son homonyme transylvanien, l’orchidée « dort » le jour, la tête basse, et revit la nuit, se redressant.
Bon, plus de peur que de mal. Mais quand même, à aucun moment dans le jardin je n’ai vu de culture d’ail. C’est un signe, ça, non ?
Vampirisme mis à part, cette Finca Dracula regorge d’espèces végétales tropicales dans un jardin mi-aménagé, laissant une part belle mais semble-t-il partiellement contrôlée à l’improvisation de dame nature. Malgré nos visites récurrentes dans ce type d’établissement, nous arrivons toujours à trouver des plantes que nous n’avions jamais vues. Cela semble presque sans limites.
Et pour finir les superbes toilettes en extérieur. Avec un papier un peu râpeux à disposition.
Un tout autre San Francisco
Ce village de l’état de Chiriqui, dans ce que l’on pourrait appeler le Panama profond, n’a évidemment rien à voir avec sa mégapole homonyme américaine. Créé en 1621 par une cinquantaine d’indigènes venus exploiter des mines d’or récemment découvertes dans la région, le village s’est peu à peu agrandi autour de son église. Les huttes aux toits de paille sont devenues des maisons de béton entourées de grilles métalliques, les chemins de terre se sont transformés en routes asphaltées (avec trous), les minivans roulant à toute allure ont remplacé les chars à bœufs et les commerces ont poussé, comme ce supermarché Jean XXIII que personne chez nous n’oserait appeler comme ça.
Une maison typique de San Francisco en 2023. Eh non, elle n’est pas bleue !Les commerces ne sont pas très modernes, mais il y a du WiFi gratuit en centre-villeLes maisons sont bien fleuries. Certes le climat aide un peu, mais ne fait pas toutVierge en plastique au carrefour, supermarché Jean XXIII, la religion est partout iciSur les routes pleines de trous, le vélo parait approprié, mais la voiture de course ?
Mais l’église datant de 1630 est toujours là, juste devenue monument historique national entre temps. Aussi simple à l’extérieur avec ses murs en pierre et son clocher rectangulaire que riche à l’intérieur. Elle recèle de multiples sculptures baroques qui ont la double particularité d’avoir été non pas importées d’Espagne comme cela se faisait habituellement à l’époque, mais au contraire réalisées par des artistes locaux, et d’intégrer une influence indigène dans les sujets, comme ces chérubins dont les têtes représentent celles des artistes eux-mêmes. Malgré la panne d’éclairage le jour de notre passage, nous avons pu admirer ces superbes retables en bois peints, formés chacun de 120 à 480 pièces assemblées.
L’église San Francisco de la Montaña, sobre à l’extérieur,…mais richement décorée de boiseries à l’intérieur, grâce aux artistes locaux qui se sont même illustrés en chérubins
San Francisco de la Montaña (son nom complet) est aussi connue pour ses bains en extérieur, comme le Balneario El Salto. Malgré une enseigne aguichante, le centre d’accueil est tout décrépit, et la zone de baignade se résume à une mare boueuse dans laquelle se déversent quelques petites cascades. Quelques gamins s’y ébattent pendant que leur mère y lave le chien. Nous ne tenterons pas l’expérience…
Ocu-passions
Claudie notre traceuse d’itinéraire a été attirée par cette petite ville de 7000 habitants pour son artisanat. On y fabrique en effet des costumes traditionnels et des chapeaux proches du vrai panama équatorien, tout en maintenant de nombreuses pratiques folkloriques, notamment lors de la semaine du Manito Ocueño juste après le 15 août. Malheureusement, les boutiques d’artisanat traditionnel sont toutes fermées et nous ne verrons rien de tout ça. Une bonne façon d’en avoir une idée est de consulter la page Instagram de l’association @conoce_ocu.
Festival de la Manito d’Ocu (2ème quinzaine d’août) exhibant chapeaux et costumes traditionnels Photos extraites du site panamaamerica.com et de la page instagram @conoce_ocuMalheureusement rien de tel le jour de notre passage : que des marchands d’alimentation et de vêtements ordinairesBien qu’étant un jour de semaine, tous les ateliers d’artisanat étaient fermés
De mon côté, j’ai été inévitablement attiré par les turlupinades réalisables à partir du nom de la ville. En cherchant peu, j’ai trouvé une enseigne de supermarché, un site internet et une affiche électorale pour illustrer mon propos que vous retrouverez sur les légendes. Quant au nom du festival ci-dessus, sachant que « manito » se traduit par « petite main » et qu’ »ocueño » est le gentilé d’ »Ocu », je vous laisse la responsabilité de la traduction.
Sur cette enseigne de supermarché, mon esprit pervers a vu le « SU » d’Ocu. OK, pas terrible mais attendez la suite…Élections en cours à la mairie d’Ocu. Mais franchement, vous vous battriez pour être le ou la maire d’Ocu ??? La dernière, je vous la laisse. Manito ça veut dire « petite main ». A vous de traduire… Copie d’écran du site educapanama.edu.pa
Les plus pointilleux d’entre vous souligneront volontiers que le u se prononce ou en Espagnol et que mes jeux de mots laids ne valent rien. Alors pour ceux-là, je leur ai déniché un autre document. En Espagnol puisqu’ils savent tout. Lisez donc la légende.
Indubitablement, ce sont les accords d’Ocu ! (bien prononcer le « ou » final)
La péninsule d’Azuela
Peu visitée par les touristes en dehors du littoral, elle présente tout de même quelques attraits qui méritent le déplacement.
1. Wilfredo Pimentel Campos
C’est juste le maire d’Ocu. C’est pour voir si vous suivez et parce que Ocu fait partie de la péninsule en question.
Notez bien que la municipalité est tout à fait irréprochable financièrement et que le maire d’Ocu n’a rien à voir avec les Panama Papers…
2. Pesé
C’est là où nous avons passé la nuit, sur un terre plein au-dessus de la route principale trouvé à la tombée de la nuit après avoir fui un autre spot qui paraissait tranquille mais qui a peu à peu été envahi de gens venus faire la fête. Nous avons eu tort – mais c’était la nuit – de ne pas être allés nous présenter aux voisins, qui du coup se sont plaints qu’un véhicule bizarre s’était garé là. Nous avons eu droit à un contrôle de police à 22h, très courtois malgré tout. Nous pensions finir la nuit tranquille mais à 6h du matin, des camions citernes se sont succédé juste au-dessous de nous pour remplir leur engin avec une bonne grosse pompe bien sonore. C’est aussi ça la vie nomade… Pesé c’est enfin le site d’une célèbre distillerie de canne à sucre, qu’on ne transforme pas en rhum ici mais en « seco ». Nous sommes allés tenter notre chance mais les visites n’ont pas repris depuis la pandémie.
Ci-dessus : Roberto sur son terre-plein. Nuit tranquille entre 22h (passage de la police) et 6h (début du pompage) Ci-dessous : champs de canne à sucre au bord de la route et bouteilles du produit fini (seco)
3. Los Santos
Comme nous l’apprend le petit musée de la municipalité, cette ville de nature rebelle a été la première à autoproclamer son indépendance de la couronne espagnole le 10 novembre 1821, entraînant par contagion l’ensemble du pays en moins de 3 semaines (le coronavirus a fait moins bien) puisque le 28 du même mois tout était signé. Une copie du document est fièrement affichée dans ce musée aux côtés d’une cuisine fin XIXè reconstituée et dans un joli jardin avec vue sur l’église elle-même pleine de charme.
4. Parita
Cette ville possède la seule église du pays dont le clocher est au-dessus de la porte et non pas dans un angle pour assurer sa stabilité. Impossible de voir l’intérieur, c’était fermé et en plus la pluie commençait à tomber fort.
5. Nata
Encore une église mais pas n’importe laquelle : construite en 1522, elle serait la plus ancienne des Amériques côté Pacifique. Bâtie dans la douleur par des esclaves amérindiens qui ont intégré, peut-être pour se consoler, plein de symboles de leur propre religion dans les sculptures catholiques : nombreux motifs floraux et fruitiers, présence de serpents à plumes, etc. Quelques fresques murales dans le centre-ville aussi, mais la pluie battante nous a poussé, là aussi, à repartir assez vite.
Façade ensoleillée à notre arrivée mais le ciel ne présageait rien de bon !Intérieur tout en bois, qui parait assez frêle comme ça mais a pourtant bien résisté au tempsParmi les sculptures, notez l’intégration d’éléments religieux amérindiens comme le serpent à plumes, les figurines représentant des locaux et les éléments végétaux
Un rien de street art aussi
Sortis de la péninsule d’Azuela, nous remontons vers Panama City. Mais pas question de s’immerger de suite dans la fournaise de la capitale, nous prenons le chemin des écoliers et allons vers El Valle, un village entouré de montagnes situé à 600 m d’altitude. Mais ça c’est pour le prochain article !
Notre parcours un peu erratique dans l’Ouest du Panama. En version zoomable ici
Nous traversons cette fois la Saskatchewan, province des prairies canadiennes dont la devise, présente sur toutes les plaques minéralogiques, est « Le pays des cieux vivants ». L’auteure aurait été inspirée par l’aspect souvent spectaculaire du ciel de la région, tant par ses levers et couchers de soleil magnifiques que par ses aurores boréales et ses orages impressionnants.
The Last Light, peinture d’Yvette Moore, artiste locale
Entrée en matière
Après avoir quitté notre stationnement nocturne sur l’immense parking déserté d’une station de sports d’hiver, après avoir croisé 2 biches, l’une au bord du chemin et l’autre se frayant un chemin au milieu d’un champ de colza, nous passons de la province du Manitoba à celle de la Saskatchewan sans qu’aucune indication ne définisse la frontière.
Parking nocturne et surprise au bord du chemin
Nous nous engageons sur une route en terre, longue et rectiligne, côtoyant d’immenses champs de blé et de colza. La couleur jaune vif de ces derniers ressort magnifiquement sur le sombre ciel orageux. Nous pensions suivre une petite route de liaison entre 2 routes bitumées, mais non, le GPS annonce que le prochain virage est dans 55 kilomètres ! Nous voyons arriver de loin les rares véhicules que nous croisons, des poids lourds principalement, grâce au nuage de poussière qu’ils soulèvent. Je m’arrête en bord de route pour photographier l’un de ces véhicules. Mais au lieu de continuer, celui-ci s’arrête, s’inquiétant sans doute d’une éventuelle panne. Je le rassure, reprends la route et retente ma chance pour le camion suivant. Mais il s’arrête de même ! Bon, j’ai quand même ma photo. Un peu plus loin, nous observerons un petit avion qui croise régulièrement la route assez bas pour aller déverser en rase-mottes des produits chimiques (je me doute que ce n’est pas de l’eau) sur les champs. J’hésite à m’arrêter pour le photographier, craignant qu’il n’atterrisse sur la route pour prendre de mes nouvelles, mais il n’en fera rien. Du coup j’ai ma photo aussi !
Regina, capitale verte
Regina avec ses 200 000 habitants n’est pas la ville la plus peuplée de la province, mais c’en est la capitale. Nous avons d’ailleurs visité son parlement. C’est encadré mais gratuit et l’on peut admirer les belles colonnades en marbre de la rotonde centrale et la salle luxueuse où se réunit l’Assemblée législative deux fois par an, 40 jours au printemps et 25 jours à l’automne. Un chouette métier que d’être député saskatchewanais, non ?
Le palais législatif et les colonnades centralesLa salle du conseilLa bibiothèque
Pour le reste, la capitale est plutôt tranquille, dotée d’un grand lac où se croisent kayaks, canards et pédalos, agréablement verte et fleurie avec ses grands parcs où flânent une multitude d’oies dans l’attente de leur migration automnale. Même sur le parking où nous nous étions garés, pourtant proche du centre-ville, plusieurs lapins sont venus nous rendre visite.
Plus vert que vertVoisin de parkingParterre fleuriReginald la sauterelle
L’offre culturelle est là, avec entre autres la Galerie d’art MacKenzie, spécialisée dans l’art indigène, exposant notamment une magnifique collection d’œuvres en perles, et le Musée royal de la Saskatchewan, dédié à la partie des sciences de la vie et de la terre qui concerne la province. Les dioramas montrant la faune et la flore dans chaque sous-région, chaque saison voire pour certains à différents moments de la journée, sont d’une qualité technique exceptionnelle. A titre d’exemple, des oiseaux sont en suspension dans l’air sans que l’on n’aperçoive aucune attache, et des vues subaquatiques montrent un canard plongeur entouré de bulles alors qu’il n’y a pas d’eau. Pour petits et grands, avec un prix libre.
Galerie MacKenzie : broderies indigènes, sac à main cousu de perles et détailMusée Royal : Qualité des dioramas
Enfin, au chapitre des curiosités, notons cet Albert Memorial Bridge qui détiendrait le record mondial du pont le plus long par rapport à la taille du cours d’eau qu’il enjambe, soit 260 m de longueur pour 3 m de rivière. Cela est probablement dû au fait qu’un barrage a été construit pour créer le joli lac du centre-ville juste en amont du pont.
Le pont le plus long du monde …par rapport à la largeur de la rivière qu’il enjambe
Moose Jaw, l’assagie
Cette ville ayant poussé comme un champignon au moment où la Canadian Pacific y a installé ses rails, on y retrouve une petite ambiance de Far-West, de ruée vers l’or. Aucune mine pourtant, mais l’or local c’était la production céréalière que l’arrivée du chemin de fer a dopée, puis l’alcool au moment de la prohibition qui a amené son lot de malfrats dont Al Capone et le Ku Klux Klan. Elle s’est heureusement assagie depuis et nous avons profité de quelques attractions :
1. Mac the moose
Mac the moose
Oublions rapidement cette statue géante d’orignal placée au bord de la route transcanadienne pour arrêter les touristes. Faite de plusieurs couches de ciment déposées sur une grille métallique, elle est en fait assez hideuse. Reconnaissons-lui tout de même le mérite d’être l’orignal le plus haut du monde, dépassant les 10 mètres. En 2019, la Norvège a battu temporairement le record, mais la population de Moose Jaw s’est rapidement cotisée pour rallonger les bois (en ciment, donc) de quelques dizaines de centimètres et sauver ainsi l’honneur.
2. Les tunnels d’Al Capone
Motel Al CaponeMural Al Capone
La ville est surtout connue pour avoir été très active pendant la prohibition, grâce à un réseau de tunnels souterrains dans lesquels se préparaient les caisses d’alcool et un excellent réseau ferré pour les acheminer ensuite jusqu’à Chicago. Al Capone est censé être venu contrôler son marché ici, et la ville le revendique, mais il n’y aurait pas de preuve formelle. Nous on a bien aimé l’ambiance far-west de la rue principale.
Aspect Far-West
3. Le street-art
Hommage aux pompiers de la ville
Nous nous sommes aussi prêtés au jeu de piste à la recherche des 47 œuvres de street-art dispersées dans le centre-ville, munis d’un petit guide que distribue l’office de tourisme. Vous trouverez ci-dessous quelques-unes de ces fresques murales
4. La galerie Yvette Moore
Galerie Yvette Moore
Dans l’ancien bâtiment où l’on enregistrait les terrains donnés par l’état à tous ceux qui défricheraient et cultiveraient 10 hectares par an pendant 5 ans, une artiste locale renommée expose ses œuvres ou celles de créateurs de la région.
5. Le Western Development Museum
Un CT-114, l’avion d’entraînement des Snowbirds, l’équivalent canadien de la patrouille de France
Wagon de la Canadian Pacificet intérieurQuelquesvieuxtacotsUne caravane Cheshire faite maison en 1946Un van Corvair de 1961Une Harley de 1910 hybride (moteur Harley, cadre Indien)Des traîneauxhippomobilesou motorisésEt pour finir cet étonnantcheval mécanique
Gravelbourg et les frankaskois
Nous reprenons la route vers le sud-ouest et les paysages commencent à changer un peu. Quelques champs bleus commencent à apparaître, que nous supposons être du lin. Si vous êtes linologue, n’hésitez pas à vous exprimer en commentaire si besoin. Le plus important pour nous, c’est que ça nous change du jaune et du vert de ces derniers jours. Le relief aussi est un peu différent, avec l’arrivée de collines. Sans doute un peu moins facilement cultivables, les terres se transforment volontiers en pâturages.
Les champs se mettent au bleuAlors, lin ou pas lin ?Roberto avait besoin de céréales pour le petit dejEt ça tombe bien, le lait n’était pas loin !
Nous rejoignons bientôt Gravelbourg. Cette petite ville de 1000 âmes doit son développement à l’Abbé Louis Gravel, missionnaire québécois qui développa ici une communauté de canadiens francophones. Les 30% de la population qui y parlent encore Français sont appelés les fransaskois, contraction de français et de Saskatchewan, le nom de la province. L’Abbé dépensa beaucoup d’énergie pour faire venir le train et construire des bâtiments religieux et publics, dont une cathédrale, un palais de justice, un théâtre, un lycée. Il voyait grand mais cela parait aujourd’hui démesuré par rapport à la taille de la ville.
Centre-ville mi Far Westmi franchouillardCathédrale de la villeet cathédralesdes champsLes habitants ont dû en oublierqui était St Christophe
Val Marie et le Parc National des Prairies
Et nous voilà repartis sur de longues routes droites dont les intersections sont séparées de trente ou cinquante kilomètres, pour certaines occupées par un petit hameau qui semble tellement isolé du reste du monde.
Encore une grande ligne droiteet des pauses dans des hameaux surréalistes
Nous parvenons finalement à Val Marie, une petite bourgade accueillante, elle aussi partiellement francophone. A moins de vouloir dormir au milieu des champs, le seul endroit acceptable pour la nuit est le petit camping municipal, qui n’est pas si mal finalement. Un camping tout simple comme nous aimons. 13 emplacements dont 3 seulement étaient occupés (nous compris !), un paiement basé sur la confiance (on dépose le règlement dans une enveloppe que l’on glisse ensuite dans une urne) et un calme nocturne parfait.
Le petit camping de Val Marie
Si nous sommes venus là, c’est pour le Parc National des Prairies, et nous n’avons pas été déçus. Sur les conseils de la « ranger » au centre des visiteurs, nous avons enchaîné deux randonnées de 2,5km dans un environnement superbe mêlant reliefs rocheux et vue à 360° sur des plaines herbeuses ou des champs à l’infini, puis parcouru avec Roberto l’Ecotour Scenic Drive, une route de 15km qui traverse le parc. Outre l’environnement tout aussi spectaculaire, nous avons craqué pour les colonies de chiens de prairies. Un seul regret : la petite communauté de bisons ne s’est pas montrée.
Accès le matin au 1er site du Parc des Prairies par une groute en gravierLe chemin ne change pas …… juste faire attention de ne pas trébucher sur ces espèces sonnantesPlus on grimpe plus c’est beauPetits sommets avoisinantset vue qui se dégage vers le basEt au sommet, quel spectacle !L’après-midi c’est Roberto qui nous emmène le long de l’Ecotour Scenic Drivepour un agréable jeu de pisteau milieu des colonies de chiens de prairied’adorables petits rongeursOn scrute aussi l’horizon à la recherche de bisonsEn vain, mais la vue reste belleCabanes d’un ancien trappeur au milieu de nulle partEt route en gravier pour le retour. De la poussière partout sur et dans Roberto mais nous étions ravis de notre journée
Une révélation
Nous terminons notre traversée de la Saskatchewan par la petite ville d’Eastend. Son nom semble inadapté pour l’une des villes les plus à l’ouest de la province, mais il fait référence à l’extrémité Est du Parc naturel des Cyprès, si proche qu’il en devient un pléonasme. Mais ce n’est pas ce parc qui nous attire, c’est le T.rex Discovery Centre. On y étudie le squelette de Scotty, le plus grand T.rex du monde découvert dans la région en 1991 par un simple prof d’Eastend qui participait à une sortie fossiles avec des paléontologues renommés. En une demi-journée, alors que les autres n’avaient déterré que quelques ammonites, notre enseignant sortit de terre une grosse dent et une vertèbre rapidement attribuées par les spécialistes à un T.rex. Peut-être vexés, ils n’ont commencé le reste des fouilles que trois ans plus tard et ont appelé la bête Scotty alors que le prof se prénommait Robert. C’est petit.
Intérieur du T.rex Discovery CentreLes extérieurs. Voyez comme Roberto est petit sur le parking par rapport à la caravane de gauche.La Frenchman River, lieu de la découverte de Scotty
Après 20 ans de fouilles, 65% du squelette était reconstitué et le chantier fut arrêté, ses dirigeants et surtout ses financeurs jugeant que l’on ne découvrirait plus rien. Nous avions vu une copie complète au Musée Royal de Regina, mais une copie c’était une copie et nous espérions voir quelques os authentiques. De fait 2 vertèbres d’origine sont exposées. 600 000 siècles nous contemplant, c’est toujours mieux que les 40 des pyramides de Napoléon. Et puis même si avec nos 0,6 siècles d’existence nous avons l’impression d’en savoir beaucoup sur les dinosaures, il y a toujours un truc ou deux à glaner. Mais là, ce n’était pas un truc, c’était une claque. J’avais l’impression d’un fait universellement admis que l’extinction des dinosaures était liée à la chute d’une comète, dont les conséquences atmosphériques ont entraîné la disparition de 75% des espèces sur terre, DONT nos fameux sauriens géants. Il se disait aussi que la plupart d’entre eux n’étaient pas morts directement, mais conséquemment à une raréfaction de la végétation suite à la pénombre durable qui avait suivi le cataclysme. Les petits dinosaures vegan sont morts de faim les premiers, leurs prédateurs ont logiquement suivi.
Scotty et sa vertèbre originaleLa révélation
La réalité de la chute de la météorite semble indiscutable. On a retrouvé son cratère au Mexique et la perturbation des sédiments à l’époque est retrouvée dans tous les sols du monde (couche Crétacé-Tertiaire, appelée aussi K-T dans les pays anglosaxons et третинний крейдяний шар en Ukraine). Selon Wikipédia, les chercheurs se tâteraient entre une influence marginale, partielle ou majeure de la métérorite sur la disparition des dinosaures. Or, comme le souligne le centre, 100% des fossiles de dinosaures ont été retrouvés au-dessous de la couche crétacé-tertiaire. Leur disparition ne peut donc qu’être antérieure à la chute de la météorite. Je regrette que mes profs de sciences-nat aient écrit leur cours avec Wikipédia.
Les dinosaures méchants ? Du grand n’importe quoi ! Moi je les aime bien !
Nous quittons maintenant les saskatchewanais pour aller saluer les albertains. Nous vous en dirons des nouvelles ! Le parcours décrit ci-dessus est illustré ci-dessous et les liens vers les commentaires, le compte Instagram ou l’abonnement sont juste après. Merci de nous suivre et d’avoir la patience de tout lire, le cas échéant.