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  • 177. Pérou 2003

    177. Pérou 2003

    Voici donc la suite de notre voyage itinérant sac au dos avec nos 4 enfants en 2003, retranscrite ici en guise de flash-back pendant la pause quadrimestrielle de la team Roberto. Après l’Équateur, c’est maintenant le Pérou que nous allons découvrir en famille.


    Courriel du 19/11/2003

    Entrée au Pérou à pied

    Après avoir passé la nuit dans la petite ville de Macara, totalement paumée et insipide, mais ayant le double avantage de se trouver à 3 km de la frontière et de bénéficier d’un climat chaud (comme en témoignent les hamacs suspendus devant chaque boutique de la rue principale), nous avons franchi la rivière qui sépare l’Équateur du Pérou le plus simplement du monde, à pied, sur le pont qui l’enjambe. Il n’y a pas de quoi fouetter un chat, mais c’est tout de même un peu plus marquant que de passer devant le guichet d’un douanier dans un aéroport, non ? C’est en tout cas le début de notre aventure péruvienne !

    Franchissement à pied du pont qui sépare l'Équateur du Pérou
    Franchissement à pied du pont qui sépare l’Équateur du Pérou

    Trois rencontres

    La première étape dans le pays, de la frontière à la première ville significative située à deux heures de voiture de là, a été marquée par trois rencontres, deux bonnes et une mauvaise. Commençons par une bonne, bien sûr, celle d’un sympathique couple de parisiens en voyage de noces pour dix mois autour du Monde. Nous avons longuement discuté avec eux des modalités pratiques de leur voyage – ça ne s’improvise pas ! – et échangé nos expériences. Leur parcours (Etats-Unis, Mexique, Amérique du Sud jusqu’en Patagonie, Ile de Pâques, Tahiti, Australie, Asie du Sud-Est et Transsibérien) a de quoi en faire rêver plus d’un nous compris !

    Nous avions aussi avec nous dans la voiture un péruvien qui ne pouvait qu’être gentil et sympathique puisque prénommé Juan Miguel. Arrangeant comme tout, il se proposa même de nous faire faire la seconde étape à bord de sa propre voiture. Mais arrivés à la ville intermédiaire, point de véhicule promis, et voilà notre ami qui se met à arrêter tout ce qui passe à quatre roues et à négocier avec les conducteurs notre passage jusqu’à la ville voisine. Le problème pour nous était de nous caser tous dans le véhicule (c’est à dire 6 Augé + les jeunes mariés + lui + les 9 sacs à dos de ce petit monde), alors que pour lui et les conducteurs qui voulaient bien s’arrêter, il s’agissait davantage d’une question de prix.

    Heureusement, une petite dame qui passait par là, après avoir fait une risette à nos enfants, nous a assuré que la solution proposée par le monsieur n’était pas convenable et qu’il était plus simple (et moins cher) de prendre le bus. Elle nous a d’ailleurs accompagné elle-même à la station, située pourtant à plus de 500m de là. Adorable !


    Le désert du Pérou

    Arrivés enfin à la ville de Piura, nous avons réservé un bus de nuit pour rejoindre Lima en une quinzaine d’heures. Nous avons décidé en effet de visiter principalement le sud du pays, là où se rassemblent la majorité des sites touristiques. Le trajet jusqu’à la capitale nous a fait longer toute la plaine côtière, parfaitement désertique, avec des dunes de sable comme nous n’aurions pu en imaginer qu’au Sahara ou au Moyen Orient. Mais bon, voilà nos idées reçues remises en place…

    Traversée au petit matin, la banlieue de Lima nous est apparue assez sinistre, avec des kilomètres de maisons pas finies, de terrains vagues, de détritus, d’ateliers miteux, de pancartes déglinguées, le tout dans une ambiance de brouillard qui accentuait encore l’impression de décadence. On comprend mal pourquoi tous ces gens ont fui la campagne pour venir habiter ici.


    Lima, en mieux

    Nous sommes depuis deux jours dans la capitale, plus précisément dans le quartier colonial, et notre opinion sur la ville remonte sérieusement. Malgré les multiples tremblements de terre, les édifices civils ou religieux sont systématiquement reconstruits et affichent une présence imposante un peu partout. Des balcons fermés de bois sculptés ornent souvent les façades. Côté culturel, il semble y avoir de quoi s’occuper. Nous avons commencé par un joli musée sur les civilisations pré et post-colombiennes du pays. Nous avons bien approfondi nos connaissances sur les us et coutumes de ces gens-là. Nos enfants ont bien aimé la fabrication des momies assises, les déformations des crânes en ogives ou en anneaux, et les trépanations de crânes étonnamment réussies à cette époque (début de l’ère chrétienne) puisque des signes de réparation osseuse étaient observables.

    Rien de tout cela ne nous a coupé l’appétit, puisque nous sommes allés nous sustenter dès la sortie du musée d’empanadas (petits chaussons fourrés à la viande) et de cochons d’Inde EN CHOCOLAT, accompagnés de chicha morada, boisson sucrée à base de maïs violet. Très bonne, mais nous attendons mieux demain avec la visite de la région de Pisco.

    À bientôt….


    Courriel du 29/11/2003

    Boires et déboires à Pisco

    Les bus péruviens ne sont pas aussi performants qu’en Équateur, nous l’avons constaté à nos dépens. Les horaires sont fantaisistes, les annulations pour cause de remplissage insuffisant sont monnaie courante et le personnel est aussi aimable que le lama qui vient de cracher. Pour notre seule étape de Pisco, nous avons essuyé deux retards de plus de deux heures, le second s’étant même terminé par une annulation. Et tout ça pour découvrir que la boisson nationale est originaire en fait de la ville voisine d’Ica, devant son nom au port d’expédition vers l’Espagne qui, lui, figurait en grosses lettres sur les caisses ! Nous nous rattraperons de rage sur l’Inca Kola, l’autre boisson nationale péruvienne, plus vendue que sa concurrente nord américaine malgré sa couleur jaune fluo et son goût de médicament.


    La baleine, le singe et le colibri

    Cela sonne comme une fable de La Fontaine, mais les initiés auront reconnu quelques-unes des figures des fameuses lignes de Nazca, tracées en plein désert il y a plus de mille ans, et qui résistent à la fois aux intempéries (qui se résument ici à quelques minutes de pluie par an, ça aide !) et à la sagacité des scientifiques de tous bords, lesquels se demandent bien pourquoi on a tracé ces lignes visibles seulement du ciel bien avant la découverte de l’aéroplane. Les hypothèses les plus sérieuses vont du calendrier solaire géant aux pistes d’atterrissage pour extra-terrestres… La moitié d’entre nous souffrant du mal de l’air (le secret médical m’interdit de vous dire qui, non, non, n’insistez pas !), nous avons choisi de ne voir qu’un échantillon de ces lignes du haut d’un mirador, et cela nous a paru suffisant.

    L'une des figures de Nazca, vue d'un "mirador"
    L’une des figures de Nazca, vue d’un « mirador »

    Le retour des momies

    Nazca est aussi le site d’un cimetière pré-inca assez impressionnant, une étendue de sable de plusieurs kilomètres carrés parsemée d’ossements et de tissus âgés d’un millier d’années, d’où l’on extrait peu à peu des dizaines de momies assez bien conservées, avec encore la peau sur les os (après tant d’années sans manger, c’est normal) et plein de cheveux. Elles sont ensuite replacées dans les tombes, qui restent par contre à ciel ouvert afin que des détraqués comme nous viennent les photographier, ce qui ne devait pas être prévu dans le programme initial…


    Arequipa et Juanita

    Nous avons quitté les déserts côtiers, assez insipides en dehors des quelques curiosités sus-décrites, pour la belle ville d’Arequipa, située sur les contreforts de la Cordillère des Andes, aux pieds de trois volcans dépassant les 6000m d’altitude. Arequipa elle-même est à 2600m mais bénéficie pourtant de températures douces et d’un ensoleillement de plus de 300 heures par an. C’est dire que, là encore, rien ne pousse sans irrigation. Heureusement, les Incas sont passés par là et ont installé des aqueducs partout, après avoir essayé en vain de faire pleuvoir en sacrifiant des jeunes filles prépubères, comme la célèbre Juanita, retrouvée il y a quelques années dans un glacier des environs et exposée dans un musée de la ville.


    Le Mont-Blanc dans un fauteuil

    Le must d’Arequipa, c’est l’excursion au Canyon du Colca, le plus profond du monde (3600m) et pourtant peu connu car découvert seulement en 1986. On y accède en cinq heures de bus par une route non revêtue et donc assez inconfortable, mais qui nous permet de franchir sans effort un col à 4910m d’altitude, un peu plus élevé que notre montagne nationale. Tout autour, des cimes bien plus élevées encore, c’est dire le gigantisme du lieu, tout au long de la route, des pampas arides parfois tachées de vert lorsqu’un torrent les traverse, et surtout, des colonies de lamas, alpagas et vigognes parfaitement intégrés au décor.


    Comment distinguer un lama d’un alpaga et d’une vigogne, et vice versa ?

    Avant ce voyage, nos connaissances sur les camélidés andins se limitaient au lama du capitaine Haddock. Désormais, nous savons qu’il en existe beaucoup d’autres, et notre œil exercé identifie les trois principales espèces à 30m. Bien que l’éventualité d’une rencontre dans l’hexagone soit faible, il nous est apparu opportun de vous communiquer notre expérience, au travers des différentes méthodes utilisables :

    1. méthode descriptive : une robe caramel et une allure élancée orientent vers une vigogne ; une épaisse tignasse noire ou blanche et une démarche pataude désignent plutôt un alpaga ; des couleurs multiples et une attitude hautaine sont des caractéristiques du lama.

    2. méthode géographique : si vous découvrez votre animal dans une pampa aride, c’est un lama (tout comme le capitaine, ils n’aiment pas l’eau) ; dans une réserve naturelle, c’est une vigogne (elle n’aime pas les gens) ; partout ailleurs, y compris dans les endroits les plus insolites comme un jardin public, une salle de restaurant, les bras d’une petite fille ou l’étal d’un boucher, c’est un alpaga (il aime tout le monde, et ça lui attire parfois des ennuis).

    3. méthode monétaire : profitez d’un moment d’inattention de l’animal pour lui dérober un peu de laine, et tentez de vendre votre récolte au marché le plus proche. Si l’on vous donne des dollars, c’est une vigogne, des soles, c’est un alpaga, une claque dans le dos, c’est un lama.

    4. méthode comparative : empruntez les lunettes de vue de votre petite sœur et observez l’animal à une distance raisonnable afin d’éviter les coups de pieds (de votre petite sœur). S’il ressemble alors plutôt à un mouton, c’est un alpaga ; à une biche, c’est une vigogne ; à un lama, c’est … un lama.

    5. méthode risquée : essayez de chatouiller la bête sous le menton. Si elle crache, c’est un lama ; si elle mord, c’est un alpaga ; si elle vous envoie une bonne ruade, c’est une vigogne.


    El condor pasa

    Le point ultime de notre excursion était le lieu-dit « la cruz del condor », que nos progrès en espagnol nous ont permis de traduire par « la croix du condor ». Il s’agit d’un éperon rocheux surplombant de 1200m le torrent qui coule au fond du canyon juste au-dessous, connu pour être fréquenté par les condors, les oiseaux-emblèmes du pays. Et nous en avons vu effectivement passer pas mal, planant majestueusement (2 à 3 mètres d’envergure tout de même) dans un silence parfait, les serres apparentes comme le train d’atterrissage d’un Airbus en finale, l’écharpe de plumes blanches bien ajustée autour du cou. Le long du sentier bordant le canyon, nous avons vu l’espace de quelques secondes « passer » l’un de ces oiseaux entre nous et le vide, sans un bruit, et avons subitement mis pour longtemps une image sur le titre de la chanson « El Condor Pasa ».

    À bientôt…


    Courriel du 6/12/2003

    Toujours plus hauts

    Après avoir franchi un col à 5000m cette fois, sans même nous en apercevoir (serions-nous blasés ?), nous sommes parvenus au point le plus au sud de notre parcours, le Lac Titicaca, dont le nom ne manque pas de ravir Achille, évidemment. C’est une véritable mer intérieure, sur laquelle naviguent de gros bateaux, que l’on s’attend peu à trouver à une altitude proche de celle de l’Aiguille du Midi. Pour échapper aux Incas, des populations s’y sont établies sur des îles artificielles entièrement faites de couches de roseaux empilées, qu’il faut renouveler régulièrement (de 2 à 8 fois par mois selon la saison) au risque de se retrouver rapidement les pieds dans l’eau. De plus, il faut surveiller attentivement les pieux d’eucalyptus qui ancrent les îles au fond du lac afin de les remplacer au moindre signe de défaillance, sous peine de se réveiller en Bolivie, juste de l’autre côté du lac, au premier coup de vent. Quelle précarité ! Nous avons apprécié pour notre part la façon très spéciale dont s’enfoncent les pieds dans le sol lorsque l’on marche sur ces îles, la traversée d’une île à l’autre sur un frêle esquif de roseau tressé, et l’atmosphère générale du lac, aussi riche en sensations que pauvre en oxygène.


    Le Machu Picchu, entre mythe et réalité

    1 – Le mythe : un petit train de bois débordant d’indiens aux habits multicolores, jouant de la flûte de pan ou buvant du café, monte péniblement la paroi abrupte d’une montagne, changeant de sens à chaque extrémité tellement la pente est forte. La route est longue, une journée ou deux peut-être, mais l’ambiance est joyeuse et les quelques touristes privilégiés sont invités à partager la chicha et les danses des autochtones. Au sommet apparaît, baignée de soleil et déserte, la cité mystérieuse des Incas, étonnamment intacte, comme abandonnée la veille par ses habitants effrayés par on ne sait quoi. L’atmosphère calme incite fortement à la méditation et personne ne souhaite en redescendre.

    2 – La réalité : 6 heures du mat devant la gare, les vendeurs nous assaillent pour nous proposer de l’eau, des pellicules photo et, plus inquiétant, des imperméables. Exhibant au contrôleur nos billets informatisés à 55 $ (l’équivalent de 4000 Km en bus dans le pays !), nous réussissons à leur échapper pour nous réfugier dans un train semi-moderne aux fauteuils confortables et inclinables, rempli de exclusivement de touristes puisque ce moyen de transport leur est réservé et imposé. 4 heures plus tard, le ghetto-sur-rails s’arrête et le « grupo » (« groupe » en espagnol, ça sonne un peu comme « troupeau », non ?) est transféré dans un convoi de bus à 9 $ (rappelons que la monnaie locale est le Sol) et hissé jusqu’à l’hôtel à 300 $ la nuit (mais là, ce n’est pas imposé, du moins pas encore…) qui marque l’entrée du site, c’est à dire … la billetterie. Délestés de 20 $ supplémentaires par tête, nous gravissons sans effort les dernières marches et commençons enfin notre visite. Nous essayons d’éviter au mieux les « grupos » éparpillés un peu partout mais surtout aux endroits précis que nous souhaitons prendre en photo. Au bout de 2 heures, le soleil nous abandonne, et une pluie torrentielle se met à tomber. Les imperméables de la gare ! Bon sang, mais c’est bien sûr ! Bien que correctement équipés (vous en doutiez ?), nous effectuons un retour quelque peu tristounet en ghetto-sur-roues puis en ghetto-sur-rails. Ce dernier se traîne interminablement dans la nuit, au point que – mais ne serait-ce pas fait exprès ? – des taxis-vautours viennent proposer leurs services dans les gares à ceux qui auraient encore quelques dollars à dépenser pour les ramener un peu plus vite à destination.

    Bon, redevenons positifs : Le site est d’une grande beauté, avec ses ruines remarquablement construites et bien conservées, ses cultures en terrasses d’un beau vert vif parfaitement alignées, l’ensemble trônant au sommet d’une montagne abrupte, elle-même surplombée de pitons rocheux baignés de brume. Le vide environnant, la vue vertigineuse sur les torrents très loin en contrebas renforcent encore l’impression d’isolement, et permettent de comprendre la découverte tardive du site en 1911 après 4 siècles d’oubli. Ce qui impressionne le plus, c’est le mystère qui entoure encore le rôle exact de cette citadelle construite puis abandonnée en un seul siècle alors qu’y vivaient près de 1200 personnes. Avec de tels vestiges, notre science ne devrait pas être aussi limitée ! En tout cas, ce sont toutes ces réflexions et ces images magnifiques qui nous resteront, et non pas les quelques tracasseries arnaquo-touristiques que nous avons rencontrées. Notre mémoire est heureusement sélective !


    Cuzco

    Avant-dernière étape de notre périple, l’ancienne capitale des Incas garde, comparativement au reste du pays, d’assez nombreuses traces de cette civilisation : les ruelles étroites et pavées au caniveau central, les soubassements de nombreux bâtiments, typiquement inclinés vers l’intérieur pour résister aux séismes et faits de pierres bombantes taillées au dixième de millimètre près, parfois sur plus de 10 faces, pour permettre un ajustement parfait. Ce sont encore les aqueducs et les multiples fontaines présents en pleine ville tout comme dans la campagne environnante, et les cultures en terrasses de celle-ci. C’est beaucoup et peu à la fois. Les conquistadores se sont en effet employés à détruire méticuleusement, avec une rage inouïe toutes traces des civilisations antérieures pour les transformer en métal fondu ou en cathédrales. La décoration de celles-ci, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur, a beau être d’une richesse exceptionnelle, l’arrière-pensée omniprésente du pillage ne nous en laisse qu’une impression mitigée. La ville est néanmoins très agréable à parcourir. Elle regorge de boutiques d’artisanat en tous genres et jouit d’un bel environnement montagneux. Nous y avons consacré presque une semaine, excursion au Machu Picchu comprise, mais cela n’aura pas suffi à Achille, qui cherche toujours désespérément l’empereur mégalo.

    L’avant-dernière image, c’est l’école du matin sur le toit de notre hôtel à Cuzco, juste au-dessus de la place principale. Quel endroit magnifique pour étudier !

    Nous partons demain pour Lima, alors à très bientôt !


    Courriel du 13/12/2003

    Dernière semaine à Lima

    La fin d’un séjour de 2 mois est toujours marquée par quelques formalités du genre confirmation des billets d’avion, achat des souvenirs, ajustement fin des programmes scolaires en fonction des dernières informations de nos correspondants (merci à eux !), et rien de tel qu’une grande ville pour ça. La capitale du Pérou s’est révélée bien adaptée à la situation avec une échelle humaine, un quartier colonial bien agréable pour résider, pas mal de choses à visiter et de beaux marchés et magasins pour les souvenirs. Nous avons déniché un hôtel sympathique, ancienne bâtisse coloniale qui a gardé de cette époque une superbe façade aux balcons-jalousies de bois et un intérieur tarabiscoté avec des escaliers et des recoins partout. Les propriétaires ont de plus décoré leur établissement comme un musée polyvalent, avec des statues de toutes tailles (y compris des têtes de 3m de haut), des momies, des crânes couverts de mousse, des poteries pré-incaïques, des tableaux anciens à l’huile ou en photo sépia, des plantes vertes exotiques un peu partout profitant du patio central à ciel ouvert. À signaler enfin une faune assez riche, aussi bien empaillée que vivante, avec notamment des perroquets et tortues en liberté qui venaient faire causette aux enfants – à leur grand ravissement – dans la salle du petit-déjeuner. Et l’ensemble pour le prix d’un non pas 5 ni 4 ni 3 ni 2 ni même 1 étoile : moins de 15 euros la chambre à 5 lits ! De là, donc, nous avons rayonné vers les différentes curiosités de la ville, en particulier l’horrible plage municipale dont le gris du gravier rivalise en sinistre avec le marron de l’eau, les catacombes avec leurs caisses d’os bien rangés (le tri sélectif bien avant l’heure, en quelque sorte), le célèbre (allez, avouez que comme nous vous en ignoriez l’existence) musée de l’or péruvien, dont les trésors sont bien gardés puisque juste au-dessus se trouve aussi la plus grande collection d’armes au monde, et enfin tout simplement les rues commerçantes en cours de décoration en cette période de Noël, contrairement aux pays asiatiques que nous avions jusqu’ici visités.


    Le bonheur est au bout du mitigeur

    Quelques 13 heures de vol à 900km/h (non, non, nous n’avons pas fait faire cet exercice à nos collégiens) plus tard et plus loin, et nous voici de retour sur le plancher des vaches (d’Abondance bien sûr). S’il est trop tôt pour se risquer à un bilan de ce voyage – c’est en général la découverte des photographies et diapositives qui initie la première analyse – le moment est opportun pour découvrir ce qui nous a manqué. Vous n’imaginez pas, par exemple, à quel point l’autoroute de Genève à Saint-Gervais est bien revêtue et confortable, à quel point il est agréable de prendre une douche à exactement 38° ou encore à dormir dans son propre lit. Bien d’autres petits plaisirs comme cela vont nous revenir dans les prochains jours, que nous n’aurions jamais soupçonnés si nous n’étions pas partis. Quelques désagréments aussi, sans doute, mais nous n’allons pas nous plaindre…

    À ce propos, si nous avons rencontré un certain nombre de français-voyageurs comme nous, partis pour quelques mois ou une année (le tour du monde en une année sabbatique connaît apparemment un grand succès), il s’est toujours agi d’adultes sans enfants. Nous n’avons pas cette fois en 2 mois rencontré une seule famille en voyage. Serions-nous une espèce en voie de disparition ? Nous le regrettons car les obstacles sont de plus en plus limités (facilité des déplacements, élargissement des congés annuels, variété des destinations adaptable à la plupart des budgets) et sont sans commune mesure avec l’enrichissement global que nous procurent nos voyages. La prochaine destination est d’ailleurs déjà fixée…

    À bientôt, et merci de nous avoir lus

    Jean-Michel, Claudie, Amandine, Basile, Mélusine et Achille.

  • 167. Al Norte

    167. Al Norte

    Ces fêtes sont passées tellement vite que nous sommes déjà repartis sur les routes du Chili, direction plein Nord comme l’indique le titre. Lequel nous a été inspirés par un panneau à l’entrée de l’autoroute n’indiquant que deux directions : Santiago et Al Norte. Cette orientation vague laisse à penser qu’aucune destination là-haut ne mérite d’être mentionnée plus qu’une autre. Nous allons nous faire un devoir de confirmer ou pas.

    Al Norte
Parcours décrit dans cet article
    Parcours décrit dans cet article, accessible en version zoomable ici

    Retour chez nous

    Depuis que nous sommes sur les routes depuis voilà bientôt cinq ans, la sensation est la même à chacun de nos retours de France : nous rentrons chez nous. Dans notre maison. Dans Roberto. Et le plaisir est le même de s’y retrouver, d’y retrouver ses affaires, son lit, son petit environnement douillet. Pourvu que ça dure ! Cela dit, ce voyage a été plutôt pénible. L’avancée de notre premier vol nous a conduit à partir plus tôt, le grand vol de Paris à Santiago est parti en retard, et après 14 heures de vol nous n’avions qu’une idée en tête, c’est sauter dans le taxi qui nous ramènerait à Roberto. Mais le débarquement de l’avion a été lent, surtout dans notre allée où un voyageur ne parvenait pas à rassembler ses bagages. Mais l’attente a été longue à l’immigration, essentiellement en raison de la lenteur de LA file d’attente que j’avais choisie, l’agent qui la gérait traitait une personne pendant que ses voisins en passaient dix. Mais évidemment au franchissement de la douane, nous avons été sélectionnés pour contrôle des bagages et donc dirigés vers une file d’attente supplémentaire tandis que beaucoup d’autres passagers sortaient librement, tout ça pour juste faire passer le sac-valise de Claudie aux rayons X mais pas ma valise ni nous bagages à main. Et il a fallu attendre un bon quart d’heure avant qu’un taxi se présente à la sortie. A la vue de Roberto notre énervement s’est vite estompé. Il a démarré au quart de tour et nous sommes vite partis faire quelques courses pour pouvoir déjeûner avant de nous poser sur un terrain ombragé afin de défaire nos bagages et tout ranger dans notre petit espace. Oui à l’ombre car nous avions dans les 28°C l’après-midi, au moins 15°C d’écart avec notre lieu de départ !


    Un peu de route

    Nous sommes réveillés de bonne heure grâce au décalage horaire et sommes prêts dès 9h pour reprendre la route, profitant des 20°C de ce début de matinée ensoleillée. Nous circulons d’abord sur des petites routes, dans un environnement semi-aride. Des collines jaunâtres parsemées de petits buissons. Nous suivons une vallée étroite un peu plus verte au milieu de laquelle se sont installés de petits hameaux, voire des fermes. Depuis notre route, aucun accès n’y mène, la petite ligne de chemin de fer et la rivière presque asséchée ayant sans doute rebuté les autorités. On devine des chemins de terre de l’autre côté, c’est de toutes façons la majorité des voies de circulation dans ce pays. Et d’ailleurs c’est pour cette raison que nous allons rapidement prendre l’autoroute, la seule voie asphaltée dans notre direction. Ça ressemble assez à chez nous, à l’exception des voies de retournement tous les 10 km, des péages à tarif fixe (environ 3 € pour nous) tous les 30 km environ, et des traversées possibles de piétons lorsqu’une station-service ou des petits commerces se trouvent d’un seul côté. Les conducteurs dans l’autre sens n’hésitent pas alors à se garer sur le bas-côté et traverser l’autoroute à pied pour aller acheter leurs empanadas ou leurs fruits ! Après 250 à 300 km (quand on aime on ne compte pas !) nous nous arrêtons pour la nuit sur la presqu’île de Tongoy. Nous filons de suite au sommet de la petite colline pour nous trouver un petit coin tranquille avec une vue magnifique sur la ville et l’océan Pacifique. Je profite de la pause pour installer le nouveau lanterneau que nous avons ramené de France. Pour rappel, le nôtre avait été arraché par le vent en Patagonie argentine. Nous avions pu le récupérer et le remettre en place, ce qui nous assurait heureusement la protection contre la pluie, mais plus question de l’ouvrir à cause des charnières cassées et des ficelles qui le maintenaient.


    Matin d’été

    Encore du beau temps au réveil, qui nous frappe encore après une période assez froide et couverte en France. Après le petit déjeûner, je pars en exploration dans le maquis environnant pendant que Claudie émerge doucement. Je vais faire une petite visite à la statue de la Vierge qui domine ce belvédère avant d’aller faire quelques découvertes botaniques, dont une curieuse plante endémique que nous ne reverrons plus en quittant le Chili, par définition. Les détails sont dans les images ci-dessous. Et puis nous reprenons Roberto pour la destination suivante, nous arrêtant au passage jeter un œil au pittoresque port de pêche de Tongoy. Étonnamment, alors que nous sommes l’équivalent du 15 juillet en France et en pleines vacances scolaires, les touristes sont très peu nombreux, sur le port comme sur les plages avoisinantes.


    De fer à béton

    Nous avons rejoint Coquimbo, une cité balnéaire. Notre première visite est pour une église étonnante loin du centre-ville. Toute en métal et en rivets, elle nous rappelle vaguement quelque chose. Ou plutôt quelqu’un. Mais oui, c’est bien Gustave Eiffel qui en a dessiné les plans. L’église a été préfabriquée en France à une époque où les colonies françaises en avaient besoin en grand nombre. Elle a fini par être assemblée ici en 1889. Malgré une restauration en 1960 et un classement aux monuments nationaux, elle ne semble guère être entretenue, ce qui attriste nos cœurs hexagonaux. Nous partons alors à la recherche d’une autre église, celle qui fait la fierté de la ville. Pas besoin de la chercher bien longtemps, le monument qui la recouvre, un édifice cruciforme de 93 mètres de haut perché au sommet d’une colline, est visible à des kilomètres à la ronde. Cette fois c’est le béton qui domine, et ça n’est pas plus heureux que ça. Notamment dans l’église où le plafond suinte déjà alors que la construction ne date que de l’an 2000. Cette année d’inauguration n’est pas le fruit du hasard, ce monument a été bâti pour célébrer le 2000e anniversaire de la naissance du Christ et l’entrée dans le 3e millénaire de ses fidèles. Et accessoirement procurer quelque notoriété à la ville. Mais le style brutaliste n’a pas forcément convaincu. La France a bien fait de miser sur Gustave Eiffel !


    Une dent contre la France

    Rencontrer un problème de santé en voyage apparait toujours comme une crainte, notamment celle de pas trouver les mêmes standards de qualité qu’en France. Mais avec la dégradation générale du service dans l’Hexagone, le rapport peut s’inverser du tout au tout et je viens d’en faire l’expérience. En plein repas de midi à Coquimbo, je perds brutalement un groupe de 3 couronnes. Le premier réflexe est de se dire que ça tombe mal moins d’une semaine après notre retour de France. Mais aurais-je pu me faire soigner rapidement ? Je teste les éventuels rendez-vous disponibles dans la région d’Agen : rien avant plusieurs mois et la plupart des praticiens ne prennent plus de nouveaux patients. C’est malheureusement devenu la règle en France, la dernière fois où j’ai eu besoin d’un dentiste, j’ai du attendre 3 semaines et faire 200 km ! Pas le choix de toutes façons que de trouver une solution locale. Nous cherchons un cabinet dentaire près de l’endroit où nous sommes. Il y en a un à 9 mn. Le temps de ranger après le repas, il est 13h30 et nous nous y rendons. J’explique mon cas à la secrétaire et j’obtiens un rendez-vous le jour même à 15h ! Je redoutais l’absence de possibilité de résoudre mon problème, mais le dentiste en 1 heure de travail m’a tout assaini la zone concernée et m’a recollé mes couronnes. Je n’en espérais pas tant ! Un praticien agréable de surcroît et dans un cabinet tout ce qu’il y a de plus moderne. Et pour un coût modique compte-tenu du temps passé. Vive le service de santé chilien !


    La Serena

    C’est la grande ville à côté de la précédente. Seconde plus ancienne ville du Chili, elle conserve encore de beaux restes dans son centre historique malgré un incendie qui a fait de gros ravages au XIXe siècle. Les touristes y viendraient plutôt pour ses 6 km de sable fin, mais ça n’est pas notre truc, surtout en période de vacances scolaires. Nous avons simplement parcouru les rues du centre, admiré les belles églises en pierre, la façade similaire du musée d’histoire (nous n’y sommes pas entrés), le palais de justice dans le plus pur style hispanique, le paisible jardin japonais au travers de ses grilles car il était fermé, et les bâtiments néo-coloniaux autour de la classique place des armes, plutôt paisible aujourd’hui. On pourrait dire sereine, comme la ville.

    Le Palais de Justice et son style hispanique (La Serena, Chili)
    Le Palais de Justice et son style hispanique (La Serena, Chili)

    Spot de rêve

    C’est ainsi que les vanlifers décrivent habituellement leur lieu de bivouac, pour peu qu’il se situe en zone naturelle, ou même sur un parking en bord de mer du moment que l’on puisse ouvrir les portes arrière face à l’eau et faire une jolie photo instagrammable, peu importe la présence de voisins. Nous préférons pour notre part le terme de spot nature, l’absence de construction, de voisins et de bruit étant nos principaux critères de choix. Oui, nous reconnaissons volontiers être asociaux, surtout la nuit ! Cet endroit un peu perdu sur les falaises à une quinzaine de kilomètres au nord de La Serena remplissait en tout cas toutes nos attentes, si ce n’est un accès délicat par des chemins orniérés. C’était peut-être le prix à payer pour la tranquillité. En prime quelques découvertes botaniques, dont ce Solanum crispum (📷 3 & 4) endémique du Chili. Quant à la plante aux tiges renflées (📷 5 à 7) je cherche encore ce que c’est !


    Quand t’es dans le désert

    Roberto dans le désert d'Atacama (Chili)
    Roberto dans le désert d’Atacama (Chili)

    Ah qui se souvient de ce tube de Jean-Patrick Capdevielle datant de 1979 ? Et comment est-il stocké dans mon cerveau pour qu’il me revienne au moment où nous entrons dans le désert d’Atacama, le plus aride du monde ? Après être devenue rase, la végétation disparaît au fil des kilomètres tandis que le paysage devient jaune puis ocre. Étonnamment, la bande de bitume est en excellent état, même si par endroits le sable semble vouloir en reprendre possession. Et puis toute forme de vie n’a pas disparu pour autant : de temps en temps, de multiples petits buissons tout ronds parsèment les collines, voire même de petites fleurs jaunes sur des massifs assez verts pour qu’on se demande où ils ont puisé leur eau. Les lézards semblent la seule forme de vie animale apparente, mais des trous dans le sol en laissent présager d’autres. Pas question d’y mettre la main pour vérifier !


    Combo #33

    Je l’ai déjà dit à plusieurs reprises, nous adorons faire coïncider le visionnage d’un film relatant un évènement particulier et la visite du lieu où il s’est produit. Alors juste avant de nous rendre à la mine San José près de la ville de Copiapo, en plein désert d’Atacama, nous avons regardé le film « Les 33 ». Il raconte la terrible mésaventure survenue en 2010 à 33 mineurs coincés à 700m de profondeur dans leur mine après effondrement du tunnel d’accès principal. Réfugiés dans une cavité de secours, ils n’avaient que 2 à 3 jours de réserves en eau et en nourriture et aucun moyen de faire savoir à la surface qu’ils étaient encore en vie. La ténacité des secouristes et surtout celle des familles qui ont fait pression auprès du gouvernement et des médias ont permis une heureuse issue, si l’on peut dire, après un suspense qui a tenu le monde entier en haleine. Je ne vais pas vous donner les détails dans ce texte afin de ne pas vous gâcher le film si vous aviez envie de le voir, ce que je vous conseille vivement, mais vous en saurez un peu plus en regardant les photos ci-dessous. surtout à partir de la n°6. Claudie a fait par ailleurs un excellent reportage sur notre groupe Facebook. Le lendemain du visionnage du film, nous nous sommes rendus sur place, nous avons rencontré l’un des survivants, nous avons concrétisé notre image des lieux et appris moult détails supplémentaires sur le sauvetage. Un beau moment d’émotion.


    Concurrence déloyale

    La Grotte du Père Noir est un petit bâtiment insolite sur une placette de la ville de Caldera. Malgré sa forme de parallélépipède rectangle, il s’agit bien d’une grotte, posée au sommet d’un petit promontoire. Elle a été bâtie en 1934 à l’initiative d’un père franciscain d’origine colombienne qui débordait parait-il d’empathie et d’humour. L’idée initiale était de reproduire la grotte de Notre-Dame de Lourdes. Mais si effectivement un décor évocateur a été placé à un bout de l’unique pièce, c’est à l’autre bout que vont d’emblée les fidèles, là où se trouvent plusieurs effigies du père franciscain appelé Padre Negro, entourées d’une multitude d’ex-voto. En comparaison, la Vierge de la grotte n’en a aucun ! Comme quoi l’empathie et l’humour payent ! A signaler par ailleurs de jolies fresques religieuses très expressives sur les murs et le plafond.


    À deux doigts du cénozoïque

    Il y a 8 millions d’années, la région du Chili ou nous sommes était recouverte par la mer. Les sédiments qui s’y sont déposés recèlent nombre de fossiles des animaux marins qui vivaient à cette époque (le cénozoïque) : dauphins, gavials, grands requins blancs, marlins, phoques, paresseux marins, oiseaux de haute-mer et aussi mégalodons, ces requins géants capables de dévorer des baleines. Un parcours d’un kilomètre dans la zone fouillée expose des répliques de ces bestioles, accompagnées de panneaux informatifs. Le rôle est surtout pédagogique, le site n’ayant manifestement pas misé sur la qualité des répliques, mais les amateurs d’authenticité peuvent se rattraper en examinant les quelques vrais fossiles rassemblés autour des faux : on découvre ainsi des dents de requin incluses dans la pierre, des morceaux d’arbres pétrifiés et des os de je-ne-sais-pas-quoi (oui, il y en avait aussi au cénozoïque). Un intéressant voyage dans le passé, totalement gratuit qui plus est. Ah, j’oubliais, ce parc paléontologique s’appelle Los Dedos, les doigts en Français. Les zones en relief du site représenteraient vu d’en haut les doigts d’une main. Ça ne m’a pas paru évident, mais ça m’a permis de trouver un titre à ce paragraphe !


    Voilà pour cette fois. Nous avons adoré cette reprise de notre périple sudaméricain, découvrir tant de nouveautés que nous ne voyons pas chez nous, et profiter de températures et d’un temps cléments. La suite est prometteuse. Hâte de la découvrir et de vous la partager.

  • 133. Turquie du Sud-Ouest

    Après l’Est peu fréquenté et donc authentique, nous nous rapprochons des grands sites touristiques du centre et du Sud-Ouest, comme la Cappadoce, la Riviera turque et Pamukkale. Ces endroits plus visités seront-ils à la hauteur de nos attentes ?

    Turquie du Sud-Ouest
    Et pourquoi pas la carte du parcours en début d’article ? Toujours en version zoomable ici

    Traversée vers la Cappadoce

    Il nous faudra deux bonnes journées pour rejoindre la région de la Cappadoce, avec de beaux paysages et de tranquilles spots nature pour seules attractions touristiques. Il est toujours assez difficile de photographier des paysages en roulant, alors que cela représente somme toute une partie importante de notre voyage. A part quelques clichés glanés aux arrêts, le reste restera fixé uniquement dans nos yeux. Il faut bien garder un peu d’intimité ! Nous ferons une halte nocturne intéressante pour la suite devant le Mont Erciyes. C’est l’éruption de ce volcan aujourd’hui endormi qui a permis de former les paysages de la Cappadoce, recouvrant toute la région de diverses couches dont certaines vont donner de la couleur, et d’autres comme le tuf du relief. Cet agglomérat volcanique tendre va permettre à la nature de créer de jolis paysages (canyons, falaises, cheminées de fées, etc.) et aux humains de creuser à peu près n’importe où des abris, des églises voire des villes souterraines complètes pour se protéger des assaillants.


    Kayseri

    Kayseri est la grande ville la plus proche de la Cappadoce. Nous trouvons la ville plutôt agréable et étonnamment propre comparé au reste du pays. C’est un sujet dont j’ai peu parlé, mais, alors que nous trouvons en Turquie le plus grand nombre de poubelles à disposition de tout notre voyage (en ville c’est quelquefois une tous les cinquante mètres), le pays est jonché de détritus, lingettes canettes et bouteilles de verre loin devant le reste. On ne sait pas si le secret des espaces publics assez nets tient à une politique municipale ou bien à une éducation particulière dans les écoles, mais la preuve est là : quand on veut on peut ! Cette parenthèse mise à part, nous dénichons quelques curiosités dans la ville, comme un mausolée tournant (c’est sa construction en spirale qui donne cet effet mais rien à voir avec le restaurant panoramique de la Tour Montparnasse) dédié à une princesse, la reproduction au milieu d’un rond-point d’une tablette en argile écrite en cunéiforme reprenant le texte d’une lettre de commerce Assyrienne, un bazar animé sans le moindre touriste occidental, pas mal de magasins de tapis (la ville est la capitale turque du tapis) et quelques magasins intéressants de par leur contenu. Nous avons fait aussi un petit stop dans une concession Fiat (présent partout en Turquie) pour faire changer des balais d’essuie-glaces et compléter le niveau du liquide de refroidissement qui baissait, tout ça en quelques minutes sans rendez-vous, à peine le temps de boire le thé offert.


    Ozkonak

    Le sous-sol de la Cappadoce est un vrai gruyère. La nature y est pour une part, mais l’homme a largement profité de la tendreté du tuff volcanique pour creuser des villes souterraines afin de se protéger de ses agresseurs, et cela a commencé plusieurs siècles avant notre ère. Environ 200 villes sont présentes dans la région, nous avons choisi celle-ci, la première sur notre route. On y trouve diverses cavités correspondant à des habitations, mais aussi des écoles, des églises, des cuisines communes, reliées entre elles par de tout petits couloirs où il faut marcher courbé. Des portes à roue isolent les passages stratégiques. 4 niveaux sont visitables sur les 10 que comporte la ville, et c’est déjà pas mal. Difficile tout de même d’imaginer vivre longtemps là-dedans. A quelques kilomètres de là, le Monastère de Belha (Ve siècle) est totalement creusé dans la roche, sur le même principe. Il comporte même une chambre secrète source d’énergie positive (ce serait la raison de l’installation de moines ici) que nous avons rejointe en nous faufilant dans un couloir à l’obscurité totale. A la lueur près de nos smartphones. Un petit air d’Indiana Jones…


    Avanos

    A l’entrée nord de la Cappadoce, cette petite ville est renommée pour ses potiers (le fleuve qui la traverse serait riche en argile à certaines saisons) dont la production est affichée à tous les coins de rues et même aux intersections, ainsi que pour son vin (elle est jumelée avec Nuits-Saint-Georges). Nous n’avons acheté ni grande jarre émaillée ni caisse de rouge pour raison de place dans Roberto, nous contentant de flâner dans la ville.


    La Vallée de l’Amour

    Les cheminées des fées sont légion en Cappadoce. Parmi les plus visitées on trouve celles de la Vallée de l’Amour, dont vous trouverez aisément la signification en regardant les photos. Les fées étaient bien gâtées… En arrière-plan de cette belle randonnée, on aperçoit de grandes falaises aux couleurs roses, blanches ou rouges, qui donnent leur nom à autant de belles balades, nécessitant parfois la journée.


    Göreme

    C’est le cœur de la zone touristique. Tout ce dont ont besoin (ou pas) les visiteurs y est concentré : distributeurs de billets, marchands de glaces, cireurs de chaussures, pour commencer par les plus indispensables, et bien sûr bars, restaurants et magasins de souvenirs. La particularité, c’est que tout a été intégré dans une zone hérissée de formations plus ou moins coniques. Il a suffi d’y creuser directement les hôtels et les boutiques. Les touristes en redemandent, mais nous avons préféré la nature autour. Il est vrai que nous avons notre maison avec nous et que nous pouvons la déplacer presque partout.


    Boycott raté

    Difficile d’imaginer la Cappadoce sans montgolfières. L’aspect trop prégnant de l’invasion humaine de ce décor naturel et le paradoxe de photographier d’autres personnes qui photographient ce que vous êtes venus voir me gênait suffisamment pour que je décide a priori de ne pendre aucun cliché de montgolfière. Et puis le matin quand nous nous sommes réveillés avec une multitude de ces engins volant juste au-dessus de Roberto, j’ai craqué. J’ai tout de même réussi au cours de ce bref séjour à éviter toute intrusion de quad dans le champ de mon objectif. Ce qui est un exploit, car à l’approche de l’aube et du crépuscule, de longues files de ces engins bruyants et générateurs de poussière se forment partout. On n’ose à peine imaginer l’ambiance sur les lieux où ils se rejoignent tous. Et encore moins le nombre incalculable de selfies publiés au même moment sur les réseaux sociaux. Oui je sais, moi aussi je publie. Mais pas trop de selfies, hein ?


    Concentré de troglodytisme

    Dès les 1ers siècles de notre ère, les chrétiens arrivent nombreux dans la région et fondent monastères et églises. Pour le bâti c’est facile, il suffit de creuser dans le tuf qui est en surabondance ici. C’est ainsi que sont concentrées près de Göreme une dizaine de ces lieux de culte, protégés dans ce qui est appelé un « musée à ciel ouvert ». Les portes souvent étroites et parfois au sommet d’escaliers raides et sans rambarde ouvrent sur des salles parfois étonnamment grandes et structurées comme chez nous (nef, autel, chapelles, etc.). Les murs sont volontiers couverts de fresques dont l’état de conservation est variable mais parfois excellent. Dans plusieurs cas, les yeux de tous les personnages ont disparu. On pourrait croire à un vandalisme de la part des Ottomans qui sont arrivés plus tard, mais ce sont en fait les Grecs qui sont responsables de ces énucléations, croyant à un pouvoir miraculeux de la peinture des yeux diluée dans une boisson. Les photos étant interdites à l’intérieur des bâtiments, toutes les fresques que vous verrez ont été « empruntées » sur le net.

    Dans la même journée, nous avons gravi le rocher central de la ville d’Uçhisar, tout autant gruyèrisé que les églises précédentes. La différence est dans la laïcité, ce piton ayant abrité une grande partie de la population jusqu’à il y a peu, avant d’être livré à la foule et et à la manne touristique.

    Et pour terminer en beauté, nous sommes allés visiter 40 km plus loin la vallée de Soganli, un melting pot d’habitations et d’édifices religieux creusés dans des falaises et des reliefs rocheux. Là encore, nous jouons aux explorateurs dans des lieux abandonnés, aussi bien les habitations initiales évacuées suite au tremblement de terre de 1998 que les maisons construites par le gouvernement pour reloger les habitants qui n’en ont pas voulu. Les lieux sont aussi beaux que peu visités, l’équation étant plutôt rare.


    Le caravansérail du sultan

    C’est exactement comme cela que se traduit le nom de la ville de Sultanhani, qui comporte pourtant bien d’autres bâtiments. Mais celui-là est d’exception. D’abord parce qu’il est le plus grand caravansérail de Turquie. Dans ce pays, tout au long de la route de la soie, on en trouve un tous les 30 à 40 km, ce qui correspond à une journée de marche. Après quoi, il fallait bien que les caravaniers se reposent et pratiquent leur commerce. Ils étaient, comme leurs animaux de transport, reçus ici gratuitement, nourris et logés, et disposaient même de la mosquée au centre. Du all inclusive en quelque sorte. Aujourd’hui, les touristes sont moins bien traités, puisqu’il leur faut s’acquitter d’un droit d’entrée et payer leurs consommations au bar. Néanmoins, l’architecture vaut le coup d’œil, tout comme les femmes qui se relaient pour tisser un immense tapis, et l’exposition de tapis anciens très bien mise en scène.


    Konya, la ville sainte

    Cette grande ville de 2 millions d’habitants est à la fois l’un des plus grands centres religieux du pays, respectant les valeurs traditionnelles de l’islam via ses 3000 mosquées, et le lieu de naissance du fondateur d’un ordre dérivé de l’islam, les derviches tourneurs. Nous visiterons en premier le mausolée qui leur est dédié, mais raterons de peu la démonstration hebdomadaire de la fameuse danse au centre culturel. Mais vous n’aurez aucun mal à trouver une vidéo sur le net. Naturellement, nous visiterons quelques mosquées, découvrant au passage les magnifiques céramiques bleu turquoise* seldjoukides (une dynastie turco-persane qui domina l’empire musulman d’Orient du Xie au XIIIe siècle) et finirons par le musée ethnographique, centré sur l’artisanat ottoman. La pause restaurant n’aura pas été exceptionnelle quant aux entrées et plats de résistance dont nous commençons à nous lasser, mais nous aura encore appris 2 ou 3 choses sur les desserts.

    * Turquoise signifie « pierre de Turquie ». J’avoue que je n’avais pas fait le rapprochement jusqu’ici !



    Au musée ethnographique, en autres, cette arme hydride associant pistolet et hache (deux précautions valent mieux qu’une !) et ce joli set en bois pour la préparation du café turc.


    Alanya : les affres du tourisme de masse

    Nous rejoignons la Méditerranée à Alanya, en pleine « Riviera turque ». Nous n’avions pas vu la mer depuis que nous avons quitté les rivages de la Mer Noire. Eh bien ça n’est pas folichon. D’Antalya à Antioche, ce sont près de 800 km de littoral qui ont été bétonisés et livrés au tourisme de masse, principalement des Russes et des Allemands en plus des nationaux. Hotels, piscines, plages couvertes de parasols et clubs de loisirs se succèdent sans fin autour d’une 2 fois 2 voies où l’on roule à 110 km/h en pilant tous les 500m à cause des feux rouges. Nous grimpons au sommet d’une péninsule qui domine la ville et gaspillons 12 euros chacun à visiter une citadelle qui ne comporte que des murs. Nous étions sans étonnement les seuls, même les Turcs qui ne paient pourtant que dix fois moins semblaient avoir eu vent de l’arnaque. S’il fallait trouver un point positif, gardons le panorama. Revenus sur les quais en bas, nous longeons une armada de bateaux de pirates amarrés côte à côte, que tentent de remplir les vendeurs en hélant le chaland. Pourquoi des pirates ? Peut-être parce que les sirènes et leurs seins nus sont plutôt mal vues ici ?  


    Aspendos : un bel amphithéâtre mais pas que

    Nous nous éloignons de la côte de quelques kilomètres, c’est fou comme on retrouve du beau rapidement : nous sommes sur le site archéologique d’Aspendos. La majorité des visiteurs se limitent au théâtre, l’un des mieux conservés d’Asie mineure, au point d’être couramment utilisé aujourd’hui pour des représentations, dont un festival d’opéra et de ballet. 20 000 places seraient disponibles. Nous étions très peu le jour de notre passage à grimper le petit chemin qui mène à la ville haute, avec de beaux vestiges d’une agora, d’un marché couvert, d’une basilique, d’une fontaine monumentale, d’un aqueduc. Dommage.


    Antalya : les affres bis

    On se demande ce que trouvent à cette ville les 10 millions de visiteurs annuels. Certes le petit port est mignon, la vieille ville pourrait être charmante si toutes ses maisons anciennes n’étaient pas reconverties en boutiques qui vendent toutes les mêmes souvenirs. Mais le reste n’est qu’un alignement de voitures devant un alignement d’hôtels all-inclusive devant un alignement de parasols sur une longue plage de 18 km au sable douteux. Le pire c’est que beaucoup de ces touristes n’iront pas plus loin que ce séjour balnéaire artificiel et n’auront que cette image de la Turquie.

    Nous quittons rapidement cette ville étouffante à bien des égards pour gravir de jolies montagnes, traverser des prairies aux belles couleurs, laisser passer des troupeaux de chèvres. Ça change des moutons de la ville !


    Pamukkale : une merveille de la nature

    On pourrait se croire en haute montagne, proche d’un domaine skiable, en voyant surgir devant notre pare-brise ces collines d’un blanc éclatant qui tranchent sur celles plus vertes alentour. Mais la vallée dans laquelle nous roulons n’est qu’à 250 m d’altitude et les fameuses collines ne dépassent pas 600, il ne peut donc s’agir de neige à cette saison, d’autant plus qu’en ce milieu d’après-midi, la température ambiante avoisine les 32°C. Nous sommes en fait face à un extraordinaire phénomène naturel : des sources saturées en bicarbonate de calcium déposent depuis plusieurs milliers d’année du calcaire sur le sol. Petit à petit se forment de petits barrages, les travertins, qui retiennent l’eau dans de jolies piscines aux teintes bleu vert. L’afflux non contrôlé des touristes a failli dégrader totalement le site, mais les autorités ont mis un peu d’ordre dans tout ça : interdiction de se baigner (des bassins artificiels ont été créés pour les irréductibles et les selfimaniaques), interdiction de marcher en chaussures, interdiction de gravir les travertins. Une gestion complexe de l’eau est aussi nécessaire pour entretenir la belle couleur blanche et éviter les algues à certaines saisons.

    Comme pour la Cappadoce, des montgolfières survolent le site (et Roberto) le matin de bonne heure. Ce n’était pas spécialement anticipé, et cette fois nous étions les seuls à cet endroit.


    La visite est couplée avec celle de la station thermale antique de Hiérapolis, perchée juste au-dessus, qui exploitait les fameuses sources entre le IIe siècle av. J-C. et le IVe siècle ap. J.-C., pendant la période gréco-romaine. Encore un joli théâtre, un musée archéologique dans les anciens thermes, la mystérieuse porte de Pluton d’où sort un gaz mortel qui tue les oiseaux et les taureaux mais curieusement pas les prêtres eunuques, et une nécropole qui rassemble les tombes de tous ceux qui espéraient repartir guéris après avoir « pris les eaux ». Au final c’est plutôt la station qui leur a pris les os.

    La visite s’est terminée par les Bains de Cléopâtre, une piscine thermale à 36°C d’où s’échappent quelques bulles. La photo aux jolis reflets verts masque une réalité moins reluisante. D’abord rien ne prouve que Cléopâtre soit venue se baigner là. Ensuite une horrible zone commerciale a été construite autour de la piscine, où déambule une foule de touristes occidentaux dont certains en maillots de bain échancrés ou strings assez mal venus dans un pays musulman même tolérant. Les prix y sont exorbitants, le simple thé turc y coûte par exemple 6 fois plus cher que dans la ville à côté, tout en étant servi dans un gobelet en carton au lieu du joli verre tulipe habituel. Bien que plutôt fans des piscines d’eau thermale, nous avons rapidement fui cet endroit pour nous dérangeant.


    Boycott réussi !

    Le site d’Éphèse avait l’apparence d’un énième site archéologique sur notre route. Les commentaires du guide et les photos ne nous ont pas convaincus, notamment la foule qui traîne dans l’allée principale. Et puis s’est rajouté le ras-le-bol de la taxation des touristes-étrangers-vaches-à-lait. Certes l’inflation galopante que connaît le pays depuis 2022 (ça tourne à environ 50% par an avec des pics dépassant les 80% !) justifiait l’instauration d’un prix en euros qui assurerait la stabilité, mais on observe au contraire une encore plus forte inflation sur les prix en euros : de 11 € en 2022, le prix d’entrée est passé à 23 € en 2023 et 40 € en 2024, hors suppléments ! Alors que les Turcs paieront moins de 2 €. Alors que le gouvernement turc refuse l’inscription d’élèves turcs aux lycées français du pays, prétextant la non réciprocité (refus de la France d’ouvrir des écoles turques pour élèves français) j’aimerais bien voir cette réciprocité appliquée aux musées français exigeant des touristes turcs un droit d’entrée 20 fois supérieur. Agacés par tout ça, nous avons boycotté et pris le chemin de la plage…


    La plage

    Les plages ne sont pas si attirantes que ne le laissent supposer les guides, principalement en raison de la présence d’innombrables déchets, du moins pour les plages publiques ou sauvages. Il est à espérer que celles quadrillées de parasols à n’en plus finir sont un minimum entretenues, mais ce n’est pas le genre d’endroit que nous avons envie de fréquenter. Nous nous trouvons tout de même une grande plage pas trop abimée, dont le sable à l’arrière est suffisamment tassé pour que Roberto puisse rouler dessus. Une bonne brise compense l’absence d’ombre, et l’eau à peu près claire encourage à la baignade. Nous allons finalement rester deux jours ici, une sorte de week-end de vacances dans notre voyage. Nous en avons besoin régulièrement. Nous observons au passage un joyeux pêle-mêle d’occupants, des pêcheurs assis toute la journée devant leur ligne aux familles entières se baignant en burqa en passant par les couples venant faire faire leurs photos de mariage devant le coucher du soleil. Les chiens sont nombreux sur les plages, comme dans tout le pays d’ailleurs, mais absolument pas agressifs.


    Après une nouvelle pause baignade dans un autre port, nous arrivons à Izmir, la ville de tous les Danger. Le plus difficile, c’est qu’il va vous falloir attendre le prochain article pour savoir pourquoi je l’ai appelée comme ça. À bientôt !