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  • 160. La Terre de Feu

    160. La Terre de Feu

    Carte ancienne La Terre de Feu
    Carte ancienne de la Terre de Feu, photographiée au Musée Maritime d’Ushuaïa

    Nous allons rejoindre là un territoire mythique, que, abusé par une interprétation hâtive de son nom, j’imaginais à tort couvert de volcans actifs alors qu’elle n’en compte aucun. Mais alors, d’où vient ce nom ? Des torchères des nombreux puits de pétrole qui parsèment le nord de l’île ? Des incendies à répétition dus à l’absence d’entretien des forêts (depuis le grand incendie de 2023, tout allumage de feu est interdit) ? La solution est un peu plus bas…

    Parcours décrit dans cet article, en Terre de Feu
    Le parcours décrit dans cet article, en version zoomable ici

    Deux frontières en deux jours

    Quelques kilomètres après avoir quitté la Laguna Azul-Verde (cf. l’article précédent), nous nous présentons donc au poste frontière de sortie de l’Argentine. En moins de 10 mn, notre sortie du pays est dûment validée et l’autorisation de circuler de Roberto, que nous espérions conserver pour le lendemain, a été récupérée par le douanier. Pas d’autre choix que de gagner 200 m plus loin la douane chilienne pour retrouver une légitimité de circulation. Là aussi, une excellente organisation nous a permis sans devoir attendre dans une longue file d’avoir nos passeports tamponnés et un permis de circuler tout neuf établi pour notre véhicule. Le contrôle des aliments interdits a été très sommaire. En moins de 30 minutes nous étions sur les routes du Chili. Mais demain il faudra recommencer tout ça en sens inverse car nous repasserons en Argentine !

    Car oui, c’est étonnant, mais pour aller tout au sud de l’Argentine autrement qu’en avion ou par la mer, on ne peut pas faire autrement que de traverser un bout du Chili et notamment le détroit de Magellan qui est sur son territoire. Bon prince, le pays nous offre la traversée en mettant à disposition un service de bacs. C’est ainsi que nous rejoignons la plus grande île d’Amérique du Sud : la Terre de Feu. Je pensais d’ailleurs que le nom provenait de la présence d’une grande quantité de volcans, mais il aura fallu que je vienne ici pour apprendre que le nom original, Terre des Feux a été donné par Magellan lorsqu’il a aperçu en longeant le rivage pour la première fois les nombreux feux allumés par les Amérindiens Selk’nam qui occupaient les lieux depuis des millénaires. Désolé d’avoir interrompu mon récit avec cet éclairage.

    Après une nuit dans une petite ville chilienne toute modeste, un plein de gazole à 1,10 € le litre, nous poursuivons notre traversée de la pampa chilienne qui ressemble furieusement à sa sœur argentine, et 100 km plus loin, nous arrivons … à la frontière ! Même type de formalités mais dans l’autre sens. Re-tampons sur les passeports, re-annulation puis refabrication du permis de circuler pour Roberto. Et nous revoilà en Argentine !


    Étape à Rio Grande

    Nous sommes ici dans la première et la plus grande ville de la Terre de Feu et qui n’en est pourtant pas la capitale, la vedette lui ayant été volée par Ushuaïa créée ultérieurement et moins peuplée (60 000 contre 98 000 habitants). Le tourisme croissant de cette dernière a dû jouer en sa faveur. De ses débuts à la fin du XIXe siècle, il reste quelques bâtisses encore debout, comme l’église de la mission salésienne ou l’ancien bâtiment industriel dans lequel a été installé le Musée municipal Virginia Choquintel. Et pour ceux qui ont disparu, le musée en héberge des reproductions en céramique ou sous forme de tableaux. Virginia Choquintel, c’est la dernière descendante non métissée du peuple Selk’nam dont on reparle un peu plus bas. Elle est décédée en 1999, le lendemain de l’inauguration du musée, pas de chance. Rio Grande est aussi connue pour ses rivières riches en truites et saumons énormes, ses champs de pétrole, son rôle-clef dans la gestion de la guerre des Malouines qui ne sont qu’à 600 km de là. Et puis pour ses vents violents.  C’est ic qu’à été enregistrée la plus forte rafale de toute l’Argentine. 263 km/h tout de même !


    Tolhuin et les Selk’nam

    Au bord d’un lac qui recouvre la faille géologique séparant les plaques sudaméricaine et antarctique, Tolhuin développe doucement son activité touristique avec un gros train de retard sur Ushuaïa située 100 km plus loin. Mais en ce printemps bien frisquet, nous n’avons guère envie de nous initier au ski nautique ou de nous lancer dans une course de paddle. Nous sommes intéressés par contre par le fait que c’est ici qu’a été restituée la première parcelle de terre aux descendants des amérindiens Selk’nam. La justice vient un peu tard après la quasi extermination de ce peuple par les colons européens, principalement britanniques. De 4000 à l’arrivée de ceux-ci en 1880, ils n’étaient plus que 500 en 1905. Le terme de génocide n’a été validé qu’en 2003. Il resterait aujourd’hui environ 300 Selk’nam en Terre de Feu. On découvre à Tolhuin leur art et leurs coutumes un peu partout dans la ville, et notamment les effigies colorées rappelant la cérémonie initiatique des jeunes hommes. Des personnages effrayants au corps peint, portant des masques de formes étonnantes, qui représentent les esprits surgissant du monde invisible pour enseigner les règles de vie à ces futurs adultes.

    Peut-être qu’on devrait remettre ça en place chez nous, ça ferait du bien, non ?


    Racines fuégiennes

    Ce titre est la traduction française du nom de cet endroit : Raices Fueginas. Un extraordinaire resto-bar-musée que nous n’avions jamais vu dans de telles proportions auparavant. C’est l’œuvre de Pedro Fernández, un collectionneur compulsif depuis l’âge de 6 ans qui a rassemblé au cours de sa vie plus de 11 000 objets dont 8 000 sont exposés ici dans ce hangar de 650 m² ouvert en 2022. Dans plusieurs salles, sur toute la hauteur des murs et sur des étagères centrales, mais aussi en vitrines thématiques sous chaque table du restaurant, on retrouve une accumulation d’antiquités totalement éclectique. Jouets anciens, motos, machines à écrire, appareils photo, vaisselle, secteurs complets consacrés aussi bien au chemin de fer argentin qu’à la vie de la famille Perón en passant par la guerre des Malouines, l’automobile, le football et les coutumes Selknam. Un rassemblement d’intérêt historique « pour toute l’Argentine » reconnu par la ville de Tolhuin dont tous les pontes étaient présents pour l’inauguration. Et cerise sur le gâteau, on y mange plutôt bien. Nous avons notamment goûté à l’une des spécialités de la Terre de Feu, le ragoût d’agneau, qui était excellent.


    Ushuaïa, la fin du monde

    Nous arrivons enfin près de l’extrémité sud de notre parcours latino-américain. Ushuaïa se revendique la ville la plus au sud de la Terre et l’argument commercial du bout du monde – appelé ici Fin del Mundo – est plus que largement repris : partout où porte le regard tout est à la sauce fin du monde. Du train au coiffeur, de l’épicerie à l’agence immobilière, de la prison au musée, jusqu’à l’inquiétant « ascenseur de la fin du monde » que nous avons pourtant emprunté. Immanquablement, cela fait des jaloux. L’agglomération de Puerto Williams, située au sud d’Ushuaïa sur l’île chilienne de Navarino, a ainsi été élevée au statut de ville par le Chili, et donc au statut de ville la plus australe du monde dans la foulée. Évidemment, l’Argentine n’est pas d’accord et soutient qu’il faut au minimum 30 000 habitants pour faire une ville…


    Arrivée décevante

    Une fois de plus, notre guide a péché par excès d’optimisme. Ushuaïa y est décrite comme un « méli-mélo multicolore d’architectures tyrolienne, Tudor et scandinave grimpant à l’assaut des pentes du glacier Martial ». Le temps gris, froid et pluvio-neigeux à notre arrivée n’a certes pas aidé, mais nous n’avons trouvé pour notre part qu’une ville tentaculaire aux constructions dénuées de toute harmonie prises entre deux montagnes de containers. Il est vrai que le splendide décor de montagnes enneigées et que la majestuosité tranquille du canal de Beagle étaient bien cachés – nous ne les découvrirons que plus tard – mais cela n’enlève rien à la pauvreté architecturale de la ville, très loin de notre attente. Nous sommes très loin des waouh de Nicolas Hulot…


    Croisière impromptue

    Le lendemain de notre arrivée, la pluie a cessé et, si les montagnes restent assez couvertes, le ciel bleu domine au-dessus de nos têtes. Mais la météo n’est pas très optimiste et annonce un ciel couvert, des averses de neige et des températures frisquettes pour l’après-midi. Nous quittons Roberto pour aller découvrir la ville avec l’intention de revenir nous y réfugier l’après-midi bien au chaud. Mais nous passons devant les guichets des compagnies touristiques qui organisent des excursions sur le canal Beagle, ce que nous avions l’intention de faire dans les jours qui viennent. Nous avions un peu étudié la chose et décidé de privilégier la seule compagnie autorisée à débarquer sur une petite île peuplée de pingouins alors que les autres bateaux ne font que stationner devant. Nous tombons d’emblée sur son bureau et entrons pour voir comment tout cela pouvait s’organiser. Le bateau de demain dimanche est complet, lundi c’est fermé, mardi nous ne savons pas si nous serons encore là. Mais il reste des places dans le bateau qui part à 10h30, soit dans une demi-heure… Décision difficile à prendre, mais nous optons pour le départ immédiat, déniant la météo pessimiste et oubliant que peut-être il nous faudrait nous équiper autrement que pour un petit tour en ville par beau temps. Les billets pris, nous demandons combien de temps ça va durer. 8 heures. Ah quand même… Il y a possibilité de déjeuner à bord ? Oui. Bon, c’est toujours ça. Et nous voilà partis avec 38 autres passagers et 2 guides naturalistes.

    Ça démarre super fort avec les superbes paysages encore magnifiés par le recul du bateau, le passage tout près et au ralenti le long d’ilets couverts de cormorans ou de lions de mer, le tour du Phare des Éclaireurs planté au milieu du canal et dont on nous raconte l’histoire. Il doit son nom aux explorateurs français partis cartographier le canal de Beagle en 1882 et qui ont baptisé ainsi ces îlets en prévision de leur mission future de prévention des naufrages courants dans cette région dangereuse. Le phare n’a été construit qu’en 1920 et est resté habité jusqu’en 1998. Tandis que le ciel s’obscurcit complètement – tiens oui, au fait c’était prévu… – nous poursuivons notre croisière en dégustant une cassolette de mouton. Autant prendre quelques calories pour la suite. Alors que nous passons devant Puerto Williams, la ville la plus au sud du monde selon les Chiliens mais pas selon les Argentins (voir ci-dessus), c’est de la neige fondue qui se met à tomber. Nous arrivons bientôt au point le plus éloigné de notre croisière : l’Estancia Harberton, la première fondée en Terre de Feu en 1886 par un missionnaire anglais, avec la collaboration des Yamanas, un peuple d’autochtones. L’estancia fonctionne toujours aujourd’hui, continuant à élever des moutons et cultiver des fruits et légumes, tout en ayant intégré le tourisme dans son organisation. Une visite était prévue mais après 20mn debout dans le froid glacial et le vent à écouter le guide en raconter l’histoire (mais pourquoi dehors ?!), nous craquons et allons nous réfugier dans la cafet’ voisine. Le temps d’attendre que l’on vienne nous chercher pour le clou de la croisière : un petit voyage en zodiac vers l’île Martillo où nous allons débarquer et côtoyer plusieurs espèces de pingouins. Certains vivent là à l’année comme ces manchots Papous, d’autre pour la saison de reproduction, les manchots de Magellan que nous commençons à bien connaître. Et puis un manchot Royal, plus grand que les autres, tout seul, personne pas même les guides qui viennent là chaque jour ne sait ce qu’il est venu faire là. La visite est intéressante, mais les conditions météo sont atroces. Nous grelottons sous nos blousons légers et nos pantalons mouillés par la pluie. Heureusement, la visite est un peu plus courte que prévu et nous repartons sur le zodiac. Un taud nous protège de la pluie et des embruns, mais une vague réussit tout de même à s’engouffrer par l’arrière et asperger Claudie qui n’avait pas besoin de ça ! Dur dur la vie de touristes ! Nous nous réfugions à l’arrivée dans le bus par bonheur chauffé qui va nous ramener à Ushuaïa, tandis que notre bateau est déjà reparti avec les gens arrivés eux par le bus, ça fonctionne comme ça. Des conditions difficiles mais un souvenir impérissable !

    Spot nocturne près du Club Nautique d'Ushuaïa
    De retour de la croisière, nous sommes venus passer la nuit ici, près du club nautique.
    Avec le mauvais temps, peu de risque d’avoir une activité intense !

    La prison du bout du monde

    Avec ces conditions météorologiques extrêmes de cette région appelée aussi la « Sibérie du Sud », il n’est pas étonnant que l’on ait décidé de construire ici un bagne aux tout débuts d’Ushuaïa qui ne comptait alors que 40 maisons. Ce sont les bagnards eux-mêmes qui ont construit la prison à partir de 1902. Avec ce froid, on peut comprendre qu’ils aient mis du cœur à l’ouvrage pour avoir le plus tôt possible un toit sur la tête. Les conditions de détention étaient tout de même assez rudes et la surpopulation carcérale était tout aussi la règle qu’aujourd’hui en France. Une fois la prison construite, on leur fit bâtir la ville : routes, chemin de fer, port, bâtiments administratifs, etc. Et puis couper du bois dans la forêt parce qu’il faut bien chauffer tout ce petit monde. L’établissement fut fermé par le président Perón en 1947, jugé trop coûteux à entretenir pour une inefficacité démontrée (taux de récidives très élevé). Et puis l’idée première d’occuper le terrain qui était convoité par les Chiliens n’était plus d’actualité, la région étant désormais suffisamment peuplée.

    La cafeteria du musée aménagée en hall de prison
    La cafeteria du musée aménagée en hall de prison

    Alors aujourd’hui c’est un musée. Consacré en partie bien sûr à l’histoire du bagne, mais aussi à l’activité maritime de la région, aux populations autochtones, au milieu antarctique et à l’art local. Nous y avons passé 2 bonnes heures, mais rassurez-vous, nous ne vous détaillerons pas la visite. Juste quelques photos pour avoir une idée de l’atmosphère du lieu.

    D’autres musées font partie de l’enceinte, dont un musée maritime, un musée antarctique et de petites galeries d’art. Les deux premiers font la part belle à l’exploration de ces terres à l’accès difficile, avec leur part de risque, comme en témoignent les cartes des naufrages de la région du Cap Horn et des Îles des États. De nombreuses maquettes sont exposées dont celles du Trinidad, ayant permis à Magellan de découvrir en 1520 ce détroit facilitant grandement le passage atlantico-pacifique au niveau de la Patagonie, et celle du Beagle. Ce navire anglais dirigé par le capitaine FitzRoy (on en parlait dans l’article précédent) a permis d’une part de mieux cartographier entre 1826 et 1830 le canal auquel il a donné son nom mais qui était déjà connu – et sans doute dénommé autrement – par les Yamana (autochtones) qui l’avaient découvert bien avant. C’est aussi à bord du Beagle que Darwin a fait ses découvertes les plus importantes sur l’évolution des espèces.


    Le parc national de la Terre de Feu.

    Le grand beau temps est de retour, c’est le moment idéal pour aller explorer le parc naturel qui se trouve à l’extrémité de la route nationale n°3. Le vrai bout du monde pour l’Argentine, à 3 079 km de Buenos Aires. A noter que c’est aussi l’extrémité Sud de la route panaméricaine à 17 848 km de son départ en Alaska. L’occasion d’avoir une petite pensée pour ceux qui font ça à pied ou en vélo… Pour nous, c’est un environnement de montagne comme on les aime, avec de très nombreux sommets enneigés, des lacs bien froids, des forêts immenses (ça fait du bien après la pampa), des tourbières et une végétation caractéristiques du climat antarctique, proches de ce que nous avions pu voir à St Pierre et Miquelon. Peu d’animaux en contrepartie : quelques oiseaux dont ces couples d’oies qu’on voit partout, mais pas les renards argentés ni les castors que l’on aurait pu espérer rencontrer. Et tiens, une particularité : il n’y a aucun amphibien en Terre de Feu. Mais alors, comment apparaissent ici les princes charmants si les princesses n’ont pas de grenouilles à embrasser ?


    La Laguna Esmeralda

    C’est un petit lac dont la couleur cette fois est bien en accord avec le nom. Nous l’avons rejoint au terme d’une randonnée de 4,5 km, peu pentue mais presque entièrement boueuse. Au point que dès le départ du sentier, des loueurs de chaussures attendent que les visiteurs veuillent bien troquer leurs escarpins ou leurs baskets blanc-immaculé contre des chaussures de randonnées rendues doublement étanches par l’interposition d’un sac plastique entre la chaussure et la chaussette. Nous n’avons pas opté pour cet équipement supplémentaire, sans trop savoir d’ailleurs quelles conditions nous allions rencontrer. Mais il faut bien dire que la boue, il y en avait vraiment partout. Parfois accessible directement car peu épaisse, parfois enjambables entre deux gros cailloux, parfois franchissable sur quelques planches de bois instables et elles-mêmes boueuses, ou enfin – le graal – évitable grâce à quelques passerelles (5% du trajet, à peine). Nous avons réussi à ne pas ni nous étaler ni nous embourber, rejoignant le lac d’une belle couleur émeraude effectivement en environ 2 heures. Entouré de montagnes enneigées mais très venté et moyennement ensoleillé avec le voile nuageux permanent du jour. Nous avons apprécié notre pique-nique, bien abrités derrière des rochers, avant de nous décider à redescendre …dans les mêmes conditions hélas. Mais heureux d’avoir fait cet exercice dans un environnement toujours superbe et d’avoir marché 9 km. C’est bon pour la santé, ça.


    500 km en sens inverse

    La route vers Ushuaïa est un cul-de-sac. Il n’y a pas de jonction routière vers l’extrême sud du Chili, alors nous allons devoir refaire une bonne partie de la route en sens inverse. Certes, nous aurions pu tenter une succession de traversées en ferries, mais avec des horaires aléatoires, une prise en charge pas forcément systématique de véhicules du gabarit de Roberto. Mais notre ami franco-argentin Julian nous a suggéré, afin d’éviter 600 ou 700 km supplémentaires en sens inverse en Argentine, de prendre un ferry qui traversera les fjords chiliens pendant 2 jours et 3 nuits. Nous avons réservé ce trajet et l’attendons avec impatience. En attendant, nous remontons la route 3 avec sa pampa et ses guanacos, en repassant par Tolhuin et Rio Grande avant de refranchir dans l’autre sens la frontière de San Sebastian vers le Chili. Mais cette fois c’est pour de bon. Nous en avons terminé avec l’Argentine. Ne manquez pas les 2 trajets animés récapitulatifs du carrousel ci-dessous, le premier reprenant notre parcours argentin et l’autre l’ensemble de notre voyage depuis Montevideo.


    A bientôt au Chili !

  • 142. Nouveau départ

    Après une halte trimestrielle dédiée à la famille et aux amis bien placés géographiquement (désolés pour ceux de la moitié nord du pays), mais aussi à une remise en forme de Roberto, nous voilà repartis sur les routes du monde, La boucle 2025-2026 sera consacrée à l’Amérique du Sud. Oui, il nous faudra bien deux années pour visiter ce sous-continent, en incluant quelques allers-retours familiaux devenus indispensables depuis l’arrivée de nos petits-enfants.

    Préparation et expédition de Roberto

    Nouveau départ pour Roberto
    Installation des panneaux solaires avec Christophe

    Après 3 ans et demi et 121 000 km passés sur des routes, des chemins, plus rarement des plages ou du sable volcanique, Roberto avait besoin de se refaire une santé. Nous avons choisi une location proche de nos enfants, ce qui nous a permis de vider complètement notre véhicule et dans un premier temps de le nettoyer en profondeur, ce qui aurait été difficile en continuant à habiter dedans. Il a fallu ensuite resserrer un certain nombre de vis d’assemblages des menuiseries, qui avaient pris un peu de jeu avec les vibrations de la route. Le joint du lanterneau avait un peu souffert du soleil et des écarts de températures, entraînant de petites fuites par pluie de travers. Il a été refait. La moquette a été remplacée. La plus grosse partie a été de remplacer les panneaux solaires. Au final le choix des panneaux souples, guidé par leur légèreté et leur discrétion, s’est avéré non judicieux. Agressés par la chaleur de la tôle sur laquelle ils étaient collés, ils ont perdu beaucoup de leur capacité, voire même totalement pour l’un d’entre eux. Mon ami Christophe (merci encore) et moi-même avons installé 5 nouveaux panneaux de 200W chacun, en rigide bien sûr. Un nouveau régulateur a été mis en service, me permettant de contrôler via Bluetooth la production en cours, ce que ne me permettait pas le précédent, et m’a permis de vérifier que tout fonctionnait au mieux. Nous retrouvons le plaisir d’utiliser à volonté la bouilloire ou le micro-ondes, sans avoir à se soucier de la charge de la batterie. Nous avions anticipé d’un mois le contrôle technique des 4 ans, afin de vérifier que tous les points de sécurité étaient conformes.

    Roberto en pause sur la route d’Anvers. On remarque à peine les nouveaux panneaux solaires qui dépassent pourtant de 4 cm du niveau précédent

    Pour l’expédition, nous avons trouvé un nouveau prestataire, Wave Logistics, basé à Montevideo en Uruguay, et logiquement plus compétitif pour cette destination. En outre, ils se chargent de trouver eux-mêmes un colocataire de container, ce que ne font pas les autres. Voyager en container permet a priori d’éviter le risque de vols que nous avions connu lors de notre première traversée vers le Mexique. Roberto fera donc la traversée Anvers-Montevideo dans un container 40 pieds réhaussé. Il a fallu mesurer la hauteur et la largeur précise de Roberto afin de vérifier que l’on passait la porte d’entrée du container. Ça s’est joué à 2 cm en haut et de chaque côté à condition de rentrer les rétroviseurs. J’ai conduit Roberto à Anvers le 24 mars, pour un départ prévu le 31 et une arrivée à Montevideo le 26 avril. Mais le navire qui devait embarquer notre container aurait « oublié » de s’arrêter à Anvers et nous sommes reportés sur le suivant avec une dizaine de jours de retard. A vrai dire, aucun de nos 3 shippings n’a respecté son planning, ça semble assez courant hélas.

    La grosse pince s’apprête à attraper Roberto pour le mettre dans le container *
    Roberto dans son container : ça rentre juste juste juste ! – * la « grosse pince » était une blague bien sûr !

    Préparation et expédition de Claudie et Jean-Michel

    La plupart des voyageurs venant récupérer leur véhicule à Montevideo ne vont pas attendre directement dans cette ville. Il est plus opportun de se rendre d’abord à Buenos Aires, où il y a davantage à s’occuper, puis de rallier la capitale uruguayenne en ferry. C’est donc ce que nous avons programmé. Claudie a largement préparé le début de notre itinéraire en Amérique du Sud, épluchant et notant soigneusement les points d’intérêt, tout ça pendant que je m’occupais de Roberto.

    Et nous voilà donc partis ce 7 avril sur un avion d’Air France, avec un billet aller-simple à 166 € chacun en utilisant nos miles. Un tarif plutôt doux pour un trajet de plus de 13 heures ! L’aller simple est à mon avis la meilleure façon d’utiliser les miles, car le nombre nécessaire pour un aller simple est juste la moitié d’un aller-retour, alors que pour les billets standards, l’aller simple avoisine souvent les 60-70% de l’aller-retour. Dans la foulée, réservant un hôtel à Buenos Aires avec Booking, Claudie a profité de ses points bonus pour bénéficier d’un taxi gratuit depuis l’aéroport. Confirmé dans les règles. Le chauffeur nous attendrait même dans le hall des arrivées avec une pancarte à notre nom. A l’heure où j’écris, nous sommes encore dans l’avion. Le dénouement ne sera connu que dans quelques heures…

    A l’arrivée à l’aéroport de Buenos Aires, le conducteur de taxi nous attendait effectivement avec sa pancarte. Très aimable, il nous a décrit les points d’intérêt tout au long de notre trajet d’environ 35 km jusqu’au centre-ville. Avant de nous déposer devant notre hébergement. Nous découvrons un superbe hôtel dans le style colonial, comme nous aimons. C’est souvent moins confort que dans les grandes chaînes – nous allons découvrir notamment l’absence d’eau chaude et aussi faire tomber la tringle en fermant l’un des rideaux – mais nous préférons de loin ces bâtiments avec beaucoup de cachet. Nous nous effondrons rapidement : il est minuit heure locale, mais cinq heures du matin pour la France.


    Découverte de Buenos Aires

    Buenos Aires jour 1

    Nous partons découvrir notre quartier aux constructions très hétéroclites. Normal car la ville a connu de nombreuses influences au cours de son histoire. Espagnole bien sûr jusqu’à l’indépendance du pays en 1810, mais aussi anglaise (brève tentative d’occupation en 1806 et 1807), italienne (3 millions d’immigrants entre 1857 et 1940) et française (une certaine francophilie a conduit à importer des mesures éducatives, architecturales et économiques). Il en ressort un mélange pas très heureux de constructions quelconques et pas très entretenues, de bâtiments anciens de style colonial espagnol (murs massifs, arches simples, peu de couleurs), baroque, néoclassique, art nouveau et contemporain avec des tours de verre qui poussent partout.

    De façon plus pragmatique, nous allons aussi retirer de l’argent au distributeur avec nos cartes de crédit dites « sans frais à l’étranger ». Le terme est quelque peut trompeur puisque cela ne compte que pour la banque française qui les délivre. Les banques locales prennent leur propre part. Et les banques argentines sont très très gourmandes puisqu’elles prélèvent 25% du montant retiré ! Nous allons changer de méthode et tenter d’utiliser les services de Western Union pour le cash. Et bien sûr continuer comme nous avons l’habitude de faire à régler nos dépenses en priorité avec nos cartes de crédit. Tout en sachant qu’en Argentine, l’efectivo (les espèces) est roi, affichant régulièrement de fortes réduction si l’on paie cash ou de fortes majorations si l’on règle par carte. Il nous faut aussi gérer un taux de conversion pas très pratique, à savoir diviser les prix par 1360 pour convertir en euros. J’ai quand même trouvé qu’en divisant par mille puis en enlevant un quart au résultat obtenu on avait quelque chose d’approchant, évitant de sortir la calculatrice… Côté téléphone, nous bénéficions encore des 35 Go d’internet à l’étranger de nos forfaits Free, profitons-en car en Uruguay ce ne sera plus le cas.

    En fin de matinée, nous avons l’immense plaisir d’être rejoints par Clémentine, la nièce de Claudie, une grande voyageuse qui est pour quelques mois en Amérique du Sud, avec notamment l’objectif d’apprendre le Portugais au Brésil. Déjà sur place, elle a bien voulu reculer son départ de 2 jours afin de passer quelques heures avec nous. C’est toujours très agréable de partager nos visites. Clémentine qui connaissait déjà un peu la ville nous a emmenés dans ses quartiers préférés, notamment près du port.

    Et en fin de journée la bonne nouvelle :


    Buenos Aires jour 2

    > Une librairie d’exception

    > Un Musée de l’eau et de l’assainissement

    > Des manifs


    Buenos Aires jour 3

    > Balade un jour de grève

    > De la fleur au camembert

    La jolie fleur du carrousel ci-dessus est celle d’un kapokier, un arbre qui pousse volontiers dans les zones subtropicales. Elle n’a guère d’autre utilité que de se faire jolie pour attirer les chauve-souris qui la pollinisent. Le fruit en résultant s’ouvre à maturité produisant une espèce de boule cotonneuse appelée kapok. Ces fibres sont très utiles, quand on n’a plus de billets, pour rembourrer les matelas. A condition d’enlever les graines pour ne pas reproduire l’histoire de la princesse au petit pois. Accessoirement on peut faire de l’huile avec ces graines, mais le plus intéressant est le bois de l’arbre qui est utilisé pour faire du contre-plaqué ou des boîtes à camembert. C’est pour cette raison que le kapokier est aussi connu sous le nom de fromager. Vous savez, cet arbre dont les racines enveloppent si bien les temples d’Angkor.


    Buenos Aires jour 4

    > Où l’on découvre un café au charme d’antan, une tiny house et une petite fille espiègle


    Comme c’est demain dimanche, j’arrête là le premier article de ce nouveau voyage. Il en sera plus court à lire. A très bientôt pour la suite !

  • 133. Turquie du Sud-Ouest

    Après l’Est peu fréquenté et donc authentique, nous nous rapprochons des grands sites touristiques du centre et du Sud-Ouest, comme la Cappadoce, la Riviera turque et Pamukkale. Ces endroits plus visités seront-ils à la hauteur de nos attentes ?

    Turquie du Sud-Ouest
    Et pourquoi pas la carte du parcours en début d’article ? Toujours en version zoomable ici

    Traversée vers la Cappadoce

    Il nous faudra deux bonnes journées pour rejoindre la région de la Cappadoce, avec de beaux paysages et de tranquilles spots nature pour seules attractions touristiques. Il est toujours assez difficile de photographier des paysages en roulant, alors que cela représente somme toute une partie importante de notre voyage. A part quelques clichés glanés aux arrêts, le reste restera fixé uniquement dans nos yeux. Il faut bien garder un peu d’intimité ! Nous ferons une halte nocturne intéressante pour la suite devant le Mont Erciyes. C’est l’éruption de ce volcan aujourd’hui endormi qui a permis de former les paysages de la Cappadoce, recouvrant toute la région de diverses couches dont certaines vont donner de la couleur, et d’autres comme le tuf du relief. Cet agglomérat volcanique tendre va permettre à la nature de créer de jolis paysages (canyons, falaises, cheminées de fées, etc.) et aux humains de creuser à peu près n’importe où des abris, des églises voire des villes souterraines complètes pour se protéger des assaillants.


    Kayseri

    Kayseri est la grande ville la plus proche de la Cappadoce. Nous trouvons la ville plutôt agréable et étonnamment propre comparé au reste du pays. C’est un sujet dont j’ai peu parlé, mais, alors que nous trouvons en Turquie le plus grand nombre de poubelles à disposition de tout notre voyage (en ville c’est quelquefois une tous les cinquante mètres), le pays est jonché de détritus, lingettes canettes et bouteilles de verre loin devant le reste. On ne sait pas si le secret des espaces publics assez nets tient à une politique municipale ou bien à une éducation particulière dans les écoles, mais la preuve est là : quand on veut on peut ! Cette parenthèse mise à part, nous dénichons quelques curiosités dans la ville, comme un mausolée tournant (c’est sa construction en spirale qui donne cet effet mais rien à voir avec le restaurant panoramique de la Tour Montparnasse) dédié à une princesse, la reproduction au milieu d’un rond-point d’une tablette en argile écrite en cunéiforme reprenant le texte d’une lettre de commerce Assyrienne, un bazar animé sans le moindre touriste occidental, pas mal de magasins de tapis (la ville est la capitale turque du tapis) et quelques magasins intéressants de par leur contenu. Nous avons fait aussi un petit stop dans une concession Fiat (présent partout en Turquie) pour faire changer des balais d’essuie-glaces et compléter le niveau du liquide de refroidissement qui baissait, tout ça en quelques minutes sans rendez-vous, à peine le temps de boire le thé offert.


    Ozkonak

    Le sous-sol de la Cappadoce est un vrai gruyère. La nature y est pour une part, mais l’homme a largement profité de la tendreté du tuff volcanique pour creuser des villes souterraines afin de se protéger de ses agresseurs, et cela a commencé plusieurs siècles avant notre ère. Environ 200 villes sont présentes dans la région, nous avons choisi celle-ci, la première sur notre route. On y trouve diverses cavités correspondant à des habitations, mais aussi des écoles, des églises, des cuisines communes, reliées entre elles par de tout petits couloirs où il faut marcher courbé. Des portes à roue isolent les passages stratégiques. 4 niveaux sont visitables sur les 10 que comporte la ville, et c’est déjà pas mal. Difficile tout de même d’imaginer vivre longtemps là-dedans. A quelques kilomètres de là, le Monastère de Belha (Ve siècle) est totalement creusé dans la roche, sur le même principe. Il comporte même une chambre secrète source d’énergie positive (ce serait la raison de l’installation de moines ici) que nous avons rejointe en nous faufilant dans un couloir à l’obscurité totale. A la lueur près de nos smartphones. Un petit air d’Indiana Jones…


    Avanos

    A l’entrée nord de la Cappadoce, cette petite ville est renommée pour ses potiers (le fleuve qui la traverse serait riche en argile à certaines saisons) dont la production est affichée à tous les coins de rues et même aux intersections, ainsi que pour son vin (elle est jumelée avec Nuits-Saint-Georges). Nous n’avons acheté ni grande jarre émaillée ni caisse de rouge pour raison de place dans Roberto, nous contentant de flâner dans la ville.


    La Vallée de l’Amour

    Les cheminées des fées sont légion en Cappadoce. Parmi les plus visitées on trouve celles de la Vallée de l’Amour, dont vous trouverez aisément la signification en regardant les photos. Les fées étaient bien gâtées… En arrière-plan de cette belle randonnée, on aperçoit de grandes falaises aux couleurs roses, blanches ou rouges, qui donnent leur nom à autant de belles balades, nécessitant parfois la journée.


    Göreme

    C’est le cœur de la zone touristique. Tout ce dont ont besoin (ou pas) les visiteurs y est concentré : distributeurs de billets, marchands de glaces, cireurs de chaussures, pour commencer par les plus indispensables, et bien sûr bars, restaurants et magasins de souvenirs. La particularité, c’est que tout a été intégré dans une zone hérissée de formations plus ou moins coniques. Il a suffi d’y creuser directement les hôtels et les boutiques. Les touristes en redemandent, mais nous avons préféré la nature autour. Il est vrai que nous avons notre maison avec nous et que nous pouvons la déplacer presque partout.


    Boycott raté

    Difficile d’imaginer la Cappadoce sans montgolfières. L’aspect trop prégnant de l’invasion humaine de ce décor naturel et le paradoxe de photographier d’autres personnes qui photographient ce que vous êtes venus voir me gênait suffisamment pour que je décide a priori de ne pendre aucun cliché de montgolfière. Et puis le matin quand nous nous sommes réveillés avec une multitude de ces engins volant juste au-dessus de Roberto, j’ai craqué. J’ai tout de même réussi au cours de ce bref séjour à éviter toute intrusion de quad dans le champ de mon objectif. Ce qui est un exploit, car à l’approche de l’aube et du crépuscule, de longues files de ces engins bruyants et générateurs de poussière se forment partout. On n’ose à peine imaginer l’ambiance sur les lieux où ils se rejoignent tous. Et encore moins le nombre incalculable de selfies publiés au même moment sur les réseaux sociaux. Oui je sais, moi aussi je publie. Mais pas trop de selfies, hein ?


    Concentré de troglodytisme

    Dès les 1ers siècles de notre ère, les chrétiens arrivent nombreux dans la région et fondent monastères et églises. Pour le bâti c’est facile, il suffit de creuser dans le tuf qui est en surabondance ici. C’est ainsi que sont concentrées près de Göreme une dizaine de ces lieux de culte, protégés dans ce qui est appelé un « musée à ciel ouvert ». Les portes souvent étroites et parfois au sommet d’escaliers raides et sans rambarde ouvrent sur des salles parfois étonnamment grandes et structurées comme chez nous (nef, autel, chapelles, etc.). Les murs sont volontiers couverts de fresques dont l’état de conservation est variable mais parfois excellent. Dans plusieurs cas, les yeux de tous les personnages ont disparu. On pourrait croire à un vandalisme de la part des Ottomans qui sont arrivés plus tard, mais ce sont en fait les Grecs qui sont responsables de ces énucléations, croyant à un pouvoir miraculeux de la peinture des yeux diluée dans une boisson. Les photos étant interdites à l’intérieur des bâtiments, toutes les fresques que vous verrez ont été « empruntées » sur le net.

    Dans la même journée, nous avons gravi le rocher central de la ville d’Uçhisar, tout autant gruyèrisé que les églises précédentes. La différence est dans la laïcité, ce piton ayant abrité une grande partie de la population jusqu’à il y a peu, avant d’être livré à la foule et et à la manne touristique.

    Et pour terminer en beauté, nous sommes allés visiter 40 km plus loin la vallée de Soganli, un melting pot d’habitations et d’édifices religieux creusés dans des falaises et des reliefs rocheux. Là encore, nous jouons aux explorateurs dans des lieux abandonnés, aussi bien les habitations initiales évacuées suite au tremblement de terre de 1998 que les maisons construites par le gouvernement pour reloger les habitants qui n’en ont pas voulu. Les lieux sont aussi beaux que peu visités, l’équation étant plutôt rare.


    Le caravansérail du sultan

    C’est exactement comme cela que se traduit le nom de la ville de Sultanhani, qui comporte pourtant bien d’autres bâtiments. Mais celui-là est d’exception. D’abord parce qu’il est le plus grand caravansérail de Turquie. Dans ce pays, tout au long de la route de la soie, on en trouve un tous les 30 à 40 km, ce qui correspond à une journée de marche. Après quoi, il fallait bien que les caravaniers se reposent et pratiquent leur commerce. Ils étaient, comme leurs animaux de transport, reçus ici gratuitement, nourris et logés, et disposaient même de la mosquée au centre. Du all inclusive en quelque sorte. Aujourd’hui, les touristes sont moins bien traités, puisqu’il leur faut s’acquitter d’un droit d’entrée et payer leurs consommations au bar. Néanmoins, l’architecture vaut le coup d’œil, tout comme les femmes qui se relaient pour tisser un immense tapis, et l’exposition de tapis anciens très bien mise en scène.


    Konya, la ville sainte

    Cette grande ville de 2 millions d’habitants est à la fois l’un des plus grands centres religieux du pays, respectant les valeurs traditionnelles de l’islam via ses 3000 mosquées, et le lieu de naissance du fondateur d’un ordre dérivé de l’islam, les derviches tourneurs. Nous visiterons en premier le mausolée qui leur est dédié, mais raterons de peu la démonstration hebdomadaire de la fameuse danse au centre culturel. Mais vous n’aurez aucun mal à trouver une vidéo sur le net. Naturellement, nous visiterons quelques mosquées, découvrant au passage les magnifiques céramiques bleu turquoise* seldjoukides (une dynastie turco-persane qui domina l’empire musulman d’Orient du Xie au XIIIe siècle) et finirons par le musée ethnographique, centré sur l’artisanat ottoman. La pause restaurant n’aura pas été exceptionnelle quant aux entrées et plats de résistance dont nous commençons à nous lasser, mais nous aura encore appris 2 ou 3 choses sur les desserts.

    * Turquoise signifie « pierre de Turquie ». J’avoue que je n’avais pas fait le rapprochement jusqu’ici !



    Au musée ethnographique, en autres, cette arme hydride associant pistolet et hache (deux précautions valent mieux qu’une !) et ce joli set en bois pour la préparation du café turc.


    Alanya : les affres du tourisme de masse

    Nous rejoignons la Méditerranée à Alanya, en pleine « Riviera turque ». Nous n’avions pas vu la mer depuis que nous avons quitté les rivages de la Mer Noire. Eh bien ça n’est pas folichon. D’Antalya à Antioche, ce sont près de 800 km de littoral qui ont été bétonisés et livrés au tourisme de masse, principalement des Russes et des Allemands en plus des nationaux. Hotels, piscines, plages couvertes de parasols et clubs de loisirs se succèdent sans fin autour d’une 2 fois 2 voies où l’on roule à 110 km/h en pilant tous les 500m à cause des feux rouges. Nous grimpons au sommet d’une péninsule qui domine la ville et gaspillons 12 euros chacun à visiter une citadelle qui ne comporte que des murs. Nous étions sans étonnement les seuls, même les Turcs qui ne paient pourtant que dix fois moins semblaient avoir eu vent de l’arnaque. S’il fallait trouver un point positif, gardons le panorama. Revenus sur les quais en bas, nous longeons une armada de bateaux de pirates amarrés côte à côte, que tentent de remplir les vendeurs en hélant le chaland. Pourquoi des pirates ? Peut-être parce que les sirènes et leurs seins nus sont plutôt mal vues ici ?  


    Aspendos : un bel amphithéâtre mais pas que

    Nous nous éloignons de la côte de quelques kilomètres, c’est fou comme on retrouve du beau rapidement : nous sommes sur le site archéologique d’Aspendos. La majorité des visiteurs se limitent au théâtre, l’un des mieux conservés d’Asie mineure, au point d’être couramment utilisé aujourd’hui pour des représentations, dont un festival d’opéra et de ballet. 20 000 places seraient disponibles. Nous étions très peu le jour de notre passage à grimper le petit chemin qui mène à la ville haute, avec de beaux vestiges d’une agora, d’un marché couvert, d’une basilique, d’une fontaine monumentale, d’un aqueduc. Dommage.


    Antalya : les affres bis

    On se demande ce que trouvent à cette ville les 10 millions de visiteurs annuels. Certes le petit port est mignon, la vieille ville pourrait être charmante si toutes ses maisons anciennes n’étaient pas reconverties en boutiques qui vendent toutes les mêmes souvenirs. Mais le reste n’est qu’un alignement de voitures devant un alignement d’hôtels all-inclusive devant un alignement de parasols sur une longue plage de 18 km au sable douteux. Le pire c’est que beaucoup de ces touristes n’iront pas plus loin que ce séjour balnéaire artificiel et n’auront que cette image de la Turquie.

    Nous quittons rapidement cette ville étouffante à bien des égards pour gravir de jolies montagnes, traverser des prairies aux belles couleurs, laisser passer des troupeaux de chèvres. Ça change des moutons de la ville !


    Pamukkale : une merveille de la nature

    On pourrait se croire en haute montagne, proche d’un domaine skiable, en voyant surgir devant notre pare-brise ces collines d’un blanc éclatant qui tranchent sur celles plus vertes alentour. Mais la vallée dans laquelle nous roulons n’est qu’à 250 m d’altitude et les fameuses collines ne dépassent pas 600, il ne peut donc s’agir de neige à cette saison, d’autant plus qu’en ce milieu d’après-midi, la température ambiante avoisine les 32°C. Nous sommes en fait face à un extraordinaire phénomène naturel : des sources saturées en bicarbonate de calcium déposent depuis plusieurs milliers d’année du calcaire sur le sol. Petit à petit se forment de petits barrages, les travertins, qui retiennent l’eau dans de jolies piscines aux teintes bleu vert. L’afflux non contrôlé des touristes a failli dégrader totalement le site, mais les autorités ont mis un peu d’ordre dans tout ça : interdiction de se baigner (des bassins artificiels ont été créés pour les irréductibles et les selfimaniaques), interdiction de marcher en chaussures, interdiction de gravir les travertins. Une gestion complexe de l’eau est aussi nécessaire pour entretenir la belle couleur blanche et éviter les algues à certaines saisons.

    Comme pour la Cappadoce, des montgolfières survolent le site (et Roberto) le matin de bonne heure. Ce n’était pas spécialement anticipé, et cette fois nous étions les seuls à cet endroit.


    La visite est couplée avec celle de la station thermale antique de Hiérapolis, perchée juste au-dessus, qui exploitait les fameuses sources entre le IIe siècle av. J-C. et le IVe siècle ap. J.-C., pendant la période gréco-romaine. Encore un joli théâtre, un musée archéologique dans les anciens thermes, la mystérieuse porte de Pluton d’où sort un gaz mortel qui tue les oiseaux et les taureaux mais curieusement pas les prêtres eunuques, et une nécropole qui rassemble les tombes de tous ceux qui espéraient repartir guéris après avoir « pris les eaux ». Au final c’est plutôt la station qui leur a pris les os.

    La visite s’est terminée par les Bains de Cléopâtre, une piscine thermale à 36°C d’où s’échappent quelques bulles. La photo aux jolis reflets verts masque une réalité moins reluisante. D’abord rien ne prouve que Cléopâtre soit venue se baigner là. Ensuite une horrible zone commerciale a été construite autour de la piscine, où déambule une foule de touristes occidentaux dont certains en maillots de bain échancrés ou strings assez mal venus dans un pays musulman même tolérant. Les prix y sont exorbitants, le simple thé turc y coûte par exemple 6 fois plus cher que dans la ville à côté, tout en étant servi dans un gobelet en carton au lieu du joli verre tulipe habituel. Bien que plutôt fans des piscines d’eau thermale, nous avons rapidement fui cet endroit pour nous dérangeant.


    Boycott réussi !

    Le site d’Éphèse avait l’apparence d’un énième site archéologique sur notre route. Les commentaires du guide et les photos ne nous ont pas convaincus, notamment la foule qui traîne dans l’allée principale. Et puis s’est rajouté le ras-le-bol de la taxation des touristes-étrangers-vaches-à-lait. Certes l’inflation galopante que connaît le pays depuis 2022 (ça tourne à environ 50% par an avec des pics dépassant les 80% !) justifiait l’instauration d’un prix en euros qui assurerait la stabilité, mais on observe au contraire une encore plus forte inflation sur les prix en euros : de 11 € en 2022, le prix d’entrée est passé à 23 € en 2023 et 40 € en 2024, hors suppléments ! Alors que les Turcs paieront moins de 2 €. Alors que le gouvernement turc refuse l’inscription d’élèves turcs aux lycées français du pays, prétextant la non réciprocité (refus de la France d’ouvrir des écoles turques pour élèves français) j’aimerais bien voir cette réciprocité appliquée aux musées français exigeant des touristes turcs un droit d’entrée 20 fois supérieur. Agacés par tout ça, nous avons boycotté et pris le chemin de la plage…


    La plage

    Les plages ne sont pas si attirantes que ne le laissent supposer les guides, principalement en raison de la présence d’innombrables déchets, du moins pour les plages publiques ou sauvages. Il est à espérer que celles quadrillées de parasols à n’en plus finir sont un minimum entretenues, mais ce n’est pas le genre d’endroit que nous avons envie de fréquenter. Nous nous trouvons tout de même une grande plage pas trop abimée, dont le sable à l’arrière est suffisamment tassé pour que Roberto puisse rouler dessus. Une bonne brise compense l’absence d’ombre, et l’eau à peu près claire encourage à la baignade. Nous allons finalement rester deux jours ici, une sorte de week-end de vacances dans notre voyage. Nous en avons besoin régulièrement. Nous observons au passage un joyeux pêle-mêle d’occupants, des pêcheurs assis toute la journée devant leur ligne aux familles entières se baignant en burqa en passant par les couples venant faire faire leurs photos de mariage devant le coucher du soleil. Les chiens sont nombreux sur les plages, comme dans tout le pays d’ailleurs, mais absolument pas agressifs.


    Après une nouvelle pause baignade dans un autre port, nous arrivons à Izmir, la ville de tous les Danger. Le plus difficile, c’est qu’il va vous falloir attendre le prochain article pour savoir pourquoi je l’ai appelée comme ça. À bientôt !