122. Bosnie-Herzégovine

Ce pays des Balkans a été vraiment une bonne surprise pour nous. Alliant une histoire passionnante, des équilibres encore instables, une relation saine avec les touristes, une excellente tolérance des véhicules nomades et surtout de magnifiques paysages, la Bosnie-Herzégovine nous aura conquis.

Triple sortie de zone

Pour la première fois depuis le début de l’année, nous quittons l’Union Européenne, avec en corollaire la zone Euro et au final notre zone de confort. Le passage de frontière n’aura pris que quelques minutes au lieu d’une fraction de seconde et il aura fallu montrer notre carte d’identité, mais rien de bien méchant. Le changement de devise, nous l’avons déjà vécu en Hongrie. Nous ne faisons pas vraiment de change mais retirons directement en monnaie locale avec nos cartes bancaires, dont nous nous servons aussi pour régler les dépenses dès que c’est possible. Le seul vrai inconfort est d’avoir à convertir les prix affichés, mais la Bosnie est gentille avec nous puisqu’il suffit de diviser par deux. La devise locale est le mark convertible, KM en bosnien, ce qui prête à sourire dans les vitrines des marchands de chaussures (seraient-elles garanties en kilomètres) ou des agences de voyages (28 000 km pour une semaine au soleil, ça fait quand même une grande distance à parcourir journellement !). Le plus problématique est que la Bosnie n’est pas couverte par notre forfait téléphonique, Free, que nous nous empressons de désactiver afin de ne pas voir notre facture décoller. Habitués de la chose en Amérique, nous allons chez un opérateur téléphonique local acheter une carte SIM et un forfait de données pour les 3 semaines que nous prévoyons sur place.


Un alignement étrange

Notre premier stop dans le pays se fait au pied d’une colline hérissée de structures étranges, qu’on pourrait croire monolithiques de loin, mais qui apparaissent plus nettement constituées de blocs empilés lorsqu’on s’approche. La partie supérieure aurait une tête humaine, les blocs sous-jacents comportent des motifs gravés ressemblant parfois à des calandres de voitures ou parfois à autre chose. L’ensemble représenterait des femmes en deuil. Une quinzaine de statues que l’on pourrait imaginer être la fusion des moaï de l’île de Pâques, des mégalithes de Stonehenge et des colonnes de voitures compressées de César.

En réalité, il s’agit d’un monument yougoslave dédié aux victimes du fascisme, 12000 Serbes et Juifs exécutés par les forces fascistes pendant la 2ème Guerre Mondiale. La Yougoslavie a érigé ce mémorial en 1981 et l’a probablement entretenu jusqu’à son éclatement au début des années 90. Depuis, la Bosnie devenue indépendante ne semble plus guère s’en préoccuper


Bosnien ou Bosniaque ?

Cerner les différents peuples et régions de Bosnie-Herzégovine n’est pas une mince affaire. Historiquement, la Bosnie est apparue en 1154 comme une région de Hongrie. Elle en est devenue indépendante en 1377, formant alors le royaume de Bosnie, et annexant peu après la région voisine d’Herzégovine. Mais le petit royaume, alors peuplé de Slaves de religion chrétienne, a été envahi et annexé par l’Empire Ottoman en 1463, pour environ 4 siècles au cours desquels la moitié de la population a été convertie à l’islam. Le pays fut ensuite repris par l’Empire Austro-Hongrois, qui tenta sans succès un retour à la chrétienté. Après la guerre de 14-18, la Bosnie libérée intègre pour se protéger le Royaume des Serbes, Croates et Slovènes, puis la Yougoslavie un peu plus tard. Cette unité n’était qu’une façade et chacun des états reprit peu à peu son indépendance dans les années 90. Mais, même à l’intérieur de la Bosnie, l’unité reste une façade.

Aujourd’hui, tous les habitants de la République fédérale de Bosnie-Herzégovine sont des Bosniens. En matière de religion, 51% sont musulmans et appelés Bosniaques, 10% sont catholiques romains et appelés Bosno-Croates, 35% sont catholiques orthodoxes et dénommés Bosno-Serbes. Le pays est divisé en 3 régions autonomes : la Fédération de Bosnie, peuplée majoritairement de Bosniaques et Bosno-Croates, la République Serbe de Bosnie, peuplée majoritairement de Bosno-Serbes, et une toute petite région revendiquée par les 2 autres et pour le coup gérée par l’ONU. Tous ont des aspirations différentes. Les Bosno-Croates aimeraient bien réintégrer, avec un bout de terrain bien sûr, la Croatie voisine. Les Bosno-Serbes souhaiteraient de la même façon être annexés à la Serbie voisine. Tandis que les Bosniaques n’ayant pas de patrie à laquelle se raccrocher tiennent farouchement à l’intégrité de leur pays.

Compliqué, non ? En tout cas, partout dans le pays on trouve églises catholiques et orthodoxes, mosquées, synagogues et cimetières ad hoc. Et les différents drapeaux qui vont avec ces fédérations autonomes. Autonomes pour combien de temps ?


Re-chutes

A peine débarqués en Bosnie que nous retrouvons un parc naturel, celui de Una, agrémenté de belles cascades. Nous sommes d’abord allés voir la plus grande, magnifique, avant de traverser un joli petit village où l’eau coule presque partout. On n’a pas l’impression que la planète manque d’eau ici. Une première approche de la nature en Bosnie, belle et sauvage, et qui sera le point dominant de notre visite du pays.

Et l’arrière-pays est juste magnifique. Admirez le décor grandiose dans lequel nous avons passé la nuit !


Banja Luka

Nous sommes ici à Banja Luka, la capitale de la République Serbe de Bosnie, autant dire le bastion nationaliste bosno-serbe. Le drapeau officiel de la Bosnie est ici remplacé par celui de la Serbie voisine. La région est suffisamment autonome pour avoir un président, un palais de la république (sa résidence) et un parlement, tous dans le style massif des pays de l’Est. Les dômes dorés de la cathédrale St Sauveur rappellent que la religion dominante est ici l’orthodoxie, tandis que la structure béton de l’église Bonaventure est, selon notre guide, de style « socialiste ».

On retrouve ce style dans les bâtiments du centre-ville, tous reconstruits pendant la période yougoslave après un séisme dont Banja Luka était l’épicentre en 1969. L’ « horloge tordue » de la place principale, affichant l’heure précise sur ses 3 cadrans, en est le mémorial.



Moulins des lacs de la Pliva

La Pliva est une rivière tumultueuse au fond d’un canyon qui a tendance lorsqu’on ne la dompte pas à creuser un peu trop le fond de son lit. Un peu en aval de la ville de Jajce, où la rivière fait une jolie chute d’ailleurs (dernière photo). Un ingénieur nommé Éric* assagit un jour la Pliva en la transformant en 2 grands lacs artificiels afin de permettre aux riverains de ne plus risquer leur vie sur leur pédalo (quelle grandeur d’âme, Éric !) tout en leur fournissant de l’électricité (la fée correspondante ayant ici été rebaptisée Éric pour des raisons évidentes). Éparpillés sur la région qui allait être inondée, 25 moulins ottomans tout en bois ont échappé de justesse à la noyade en étant regroupés juste devant l’endroit où nous avons garé Roberto pour la nuit. Nous avons eu de a chance qu’ils ne les aient pas placés 500 mètres plus loin ! Trêve de plaisanterie, ça fait un joli ensemble et c’était très agréable de les entendre et de les voir tous mouliner en même temps.

*Le prénom a été modifié, mais pas pour cause de préservation de l’anonymat


Le gourou de la vente pyramidale

A l’approche de Sarajevo, nous faisons halte pour la nuit dans la petite ville de Visoko, où notre guide papier, le Petit Futé, recommande de visiter une mosquée. Notre parking sera tout à fait par hasard celui d’une attraction touristique appelée Parc Ravne 2. Renseignements pris, nous serions sur le site des Pyramides de Bosnie, plus grandes et plus anciennes que celles d’Égypte. Quoi ? Et le Petit Futé n’en parle même pas ??

Le site Internet de Ravne 2 nous apprend que le maire de Visoko a sollicité l’avis du Dr Sam Osmanagic sur les collines un peu pointues connues depuis toujours dans sa région. Ce dernier a révélé au maire et et aux habitants médusés qu’ils dormaient sur un véritable trésor : des pyramides construites de la main de l’homme 10 000 ans auparavant, avec même des galeries et des chambres secrètes !

Malheureusement, la communauté scientifique ne partage pas son enthousiasme. Il y a 10 000 ans, la région était couverte d’une épaisse couche de glace et les humains d’alors auraient eu beaucoup de mal à ériger ces gigantesques pyramides avec le seul silex de leur hache. Les galeries ne seraient par ailleurs que celles de vieilles mines du XIXème siècle…

Mais notre homme ne se démonte pas. Il se déguise à la fois en archéologue (le chapeau d’Indiana Jones suffit) et en gourou (le baratin pseudoscientifique suffit), achète 15 parcelles de terre autour de l’une des galeries et monte de toutes pièces un parc d’attraction. Pas de montagnes russes ici, cela aurait prêté à rire dans ce contexte pyramidal, mais une exploitation à fond des propriétés miraculeuses soudainement découvertes des ondes positives émises par les « pyramides » et des ions négatifs émis dans les tunnels. Tout est bon dans le jambon. Et évidemment, dans un monde où l’on demande au médecin de famille de descendre la poubelle après sa visite, ça marche !


Sarajevo

On ne visite pas la capitale de la Bosnie comme n’importe quelle capitale européenne (qu’elle n’est pas encore). La ville a un lourd passé historique, subissant envahisseurs et guerres à répétition, ce qui laisse peu de place aux monuments anciens. Tout est en perpétuel recommencement ici et l’incertitude demeure sur la stabilité du pays, sans que l’on se sente en danger pour autant. Impossible de tout raconter sur ce blog, alors limitons-nous aux quelques points qui nous ont le plus marqués.

Mais tout ceci n’est qu’une façade…

1. C’est ici qu’un étudiant a déclenché à lui tout seul la première guerre mondiale

C’est à Sarajevo, le 28 juin 1914, que le prince héritier de l’Empire Austro-Hongrois, François-Ferdinand de Habsbourg et son épouse, au cours d’une visite de la Bosnie, sont assassinés par un nationaliste serbe Gavrilo Princip. L’Autriche déclare la guerre à la Serbie. Par le jeu des soutiens respectifs, La Grande Bretagne qui soutient la France qui soutient la Russie qui soutient la Serbie vont entrer en guerre contre l’Allemagne qui soutient l’Autriche qui soutient la Bosnie. Merci Gavrilo !

Y a pas de quoi répondent les nationalistes Serbes qui lui ont érigé une statue à l’occasion du centenaire de ce qui est pour eux un heureux évènement.

2. Sarajevo a connu une période suffisamment stable pour accueillir les J.O.

Après deux guerres mondiales et l’intégration de la Bosnie au sein de la Yougoslavie, Sarajevo a su démontrer suffisamment de stabilité pour pouvoir accueillir en 1984 les Jeux Olympiques d’hiver. Elle était tout de même  en concurrence avec Göteborg et Sapporo. La ville bosnienne a eu l’avantage d’un excellent regroupement des sites, tous à moins de 25 km de son centre. J’ajouterais personnellement l’avantage d’un trajet plus court pour les athlètes qui ont transporté la flamme depuis Olympe. C’était la première tenue de JO dans un pays communiste, et ce sont d’ailleurs l’Allemagne de l’Est et la Russie, dopées (entre autres ?) à cette doctrine, qui ont raflé le plus grand nombre de médailles. Le retentissement économique positif habituellement observé après un tel évènement n’a été que de courte durée puisque beaucoup d’infrastructures ont été détruites lors de la guerre de Yougoslavie 8 ans plus tard.

3. Huit ans après, elle a connu le siège le plus long d’Europe

Difficile d’imaginer, en croisant les gens dans les rues de cette ville, que tous les plus de 30 ans y ont vécu enfermés dans des conditions de guerre pendant les 4 années qu’a duré le siège. Imaginez-vous ce 6 avril 1992 dans une maison moderne de Sarajevo, la capitale de la Bosnie. Vous envoyez vos SMS tout en regardant l’écran de votre home cinéma diffuser le message qu’enfin votre pays est reconnu indépendant par l’ONU après 6 siècles d’appartenance à d’autres pays. Vous seriez prêt à faire la fête mais vous savez que cette décision n’est pas du goût de l’armée Serbe qui voit son idéal yougoslave s’effondrer et qui combat sévèrement tous les pays qui cherchent à s’en détacher. Et effectivement, alors que la population est dans la rue pour se réjouir, les premiers coups de feu serbes éclatent sur la foule. Une étudiante est tuée par un sniper. La ville est assiégée.

Sans savoir combien de temps cela va durer, tout le monde s’organise. Un grand nombre de gens arrivent à s’échapper. D’autres arrivent de la campagne pour mieux se protéger en ville. Au total environ 400 000 personnes sont assiégées. Les vivres s’épuisent rapidement, le téléphone, l’électricité et le gaz sont coupés. Il faut se débrouiller. Les tirs de munitions éclatent à tout moment. On doit courir pour traverser les rues. Les premières aides humanitaires n’arriveront que 3 mois plus tard, redonnant l’espoir d’une issue rapide, mais personne n’imaginait que cela durerait 4 ans et que 12 000 habitants y perdraient la vie.

Un petit musée aménagé par une famille qui a vécu le siège montre toute une collection de documents, de photos, et surtout d’objets datant de cette époque. L’incroyable système D imaginé par les habitants pour recueillir et transporter l’eau, alimenter le radiocassette avec une dynamo sur une route de vélo, se vêtir pour se protéger des hivers très froids quand tout chauffage est coupé, etc. On imagine mal que tout ça c’était quasiment hier, et que compte-tenu des tensions internationales cela pourrait bien se reproduire à tout instant.

Même si Sarajevo s’est beaucoup reconstruite en 30 ans, de nombreux immeubles gardent encore, quand ils ne sont pas totalement effondrés, les traces des projectiles reçus. Sur les trottoirs ou dans les parcs, on conserve même volontairement en les remplissant d’une résine rouge les empreintes laissées par les obus touchant le sol, formant ce qu’on appelle les « roses de Sarajevo ». Outre des monuments en mémoire des personnes décédées, quelques œuvres originales attirent l’attention, comme cette grosse boîte de conserve destinée à se souvenir de l’occasionnelle médiocrité de l’aide humanitaire reçue. Les assiégés gardent en effet un très mauvais souvenir de ces boîtes de corned beef de marque ICAR larguées par les Américains, dont certaines étaient périmées de 20 ans, datant de la guerre du Vietnam, tandis que d’autres contenaient du porc, inadapté à une population pour moitié musulmane. Le goût était tel que même les animaux n’en voulaient pas !


Pause florale


Srebrenica

En pleine guerre de Bosnie, le 11 juillet 1995, les forces serbes ont attaqué la ville de Srebrenica, une enclave bosniaque donc à majorité musulmane au sein d’une grande région serbe plutôt catholique orthodoxe, et qui avait été placée pour cela sous la protection des casques bleus de l’ONU.

La ville est vidée de sa population. 30 000 femmes, enfants et personnes âgées sont transportés au QG de l’ONU à 5 km de là, tandis que les hommes et garçons de plus de 16 ans sont rassemblés dans plusieurs lieux alentour pour y être exécutés. 10 à 15 000 tentent de fuir par la forêt, mais beaucoup seront rattrapés et massacrés dans les mois qui suivront.

Au total, plus de 8000 bosniaques musulmans périront dans ce véritable génocide. Les responsables seront jugés par la Cour internationale de Justice. Le principal dirigeant, Ratko Mladic, sera condamné à la prison à perpétuité. L’ONU sera fortement critiquées pour son incapacité à protéger la population civile et la FORPRONU sera enfin armée.

Nous avons pu visiter l’exposition installée sobrement dans les locaux mêmes de l’ONU. Elle est d’autant plus émouvante qu’elle est centrée sur le témoignage des survivants. Nous nous sommes rendus au cimetière, dont l’alignement parfait des tombes ne doit pas faire oublier qu’il s’agit de victimes civiles et non pas de soldats. 6 700 xxx sont aujourd’hui dressés. Le nombre augmente chaque année au fur et à  mesure de la découverte de nouveaux charniers.

Pour en savoir davantage : https://www.irmct.org/specials/srebrenica/timeline/fr/story


Srebrenik vs Srebrenica

Le seul point commun de Srebrenik avec la ville martyre qui vient d’être évoquée, c’est le préfixe qui signifie « argent », ces 2 cités ayant un passé minier. On visite Srebrenik essentiellement pour son joli petit château fort, perché sur un rocher, ayant eu l’honneur de voir naître le 1er roi de Bosnie au XVIè siècle. La vue sur la campagne environnante est splendide.


Le train sifflera zéro fois

Notre guide papier affirmait que les voies ferrées de Banovici et leur étonnant écartement de 76 cm (1,43 m habituellement) voyaient circuler les derniers trains de marchandises à vapeur en Europe, et qu’accessoirement ces locomotives d’un autre âge pouvaient tracter quelques wagons touristiques le week-end. Que nenni !Stationnés près de la voie nous avons effectivement vu, entendu et ressenti passer une dizaine de trains chargés de lignite, mais tous à traction diesel. Cela dit, le progrès est encore relatif : le passage à niveau du centre-ville, démuni de barrières, est encore gardé par un humain, petit drapeau rouge à la main.


Comme au bon vieux temps

Les souvenirs de la période ottomane ont tendance à disparaître rapidement dans ce pays aux conflits ethniques très présents. Alors quelques efforts sont nécessaires pour les préserver. Ici, à Mačkovac, près de Tuzla, c’est tout un village bosniaque qui a été reconstitué, afin de montrer à quoi ressemblait l’architecture et la vie quotidienne au XIXè et XXè siècle. Cette concentration de maisons et d’objets traditionnels est particulièrement bien mise en valeur et l’immersion est totale.

Cerise sur le gâteau, si l’on peut dire, l’entrée est gratuite. Le modèle économique repose sur la fréquentation du restaurant intégré au village et tout aussi joliment décoré. Et noix dans le gâteau, si l’on peut dire, nous y avons dégusté de succulents baklavas autour d’un café traditionnel bosniaque (le service en métal martelé, la petite cafetière individuelle et le loukoum qui va bien pour respecter le rituel)

S’il vous prend d’y aller un jour, ça s’appelle Etno avlija Mačkovac


Le bunker de Tito

Nous avons peu parlé du Maréchal Tito, le « dictateur bienveillant », qui a eu le mérite de tenir la Yougoslavie pendant le temps de sa présidence. La preuve en est qu’à sa mort tout est « parti en couilles » si je puis me permettre. Tito, craignant les représailles de l’URSS au moment de la fondation de la Yougoslavie, a fait bâtir en secret un immense abri-antiatomique caché derrière une maison à flanc de montagne. Les chiffres impressionnent : 26 ans de travaux, 30 000 ouvriers à qui on bandait les yeux lorsqu’ils venaient et repartaient du travail, 6500 m² creusés 300 m sous terre, 100 chambres ou dortoirs, et l’équivalent de 20 milliards d’euros actuels dépensés. La visite, obligatoirement guidée, permet d’apprécier l’énorme travail qui a été accompli. Tout était si bien conçu qu’on regretterait presque qu’aucune attaque nucléaire n’ait déclenché sa mise en opération. On dit même que Tito n’y aurait jamais mis les pieds, un comble !


La bataille de la Neretva

Nous allons suivre pendant plusieurs dizaines de kilomètres cette rivière dont les rapides sont propices au rafting. A Jablanica, le pont qui traverse le cours d’eau a connu le sort particulier d’être détruit 3 fois : une fois par ruse lors de la bataille de la Neretva en 1943, une fois par bombardement et une fois pour les besoins du film relatant la bataille en 1969. Attaqués par les nationalistes croates soutenus par Hitler, les communistes yougoslaves firent sauter le pont pour faire croire à leurs poursuivants qu’ils franchiraient la rivière plus loin. Mais le minage astucieux permit une reconstruction sommaire suffisante pour la traversée et donc leur salut. Le pont fut reconstruit pour les besoins du film yougoslave « La bataille de la Neretva », avec pour acteurs principaux Yul Brynner et Orson Welles. S’il fut effectivement dynamité, les images montrées dans le film – que nous avons vu à cette occasion – sont celles d’une maquette, l’explosion du vrai pont ayant dégagé trop de poussières pour permettre le tournage. Le pont est resté dans son jus, ce qui est le cas de le dire puisqu’une de ses extrémités trempe dans la rivière.


Aaah Doub Doub Doub Doub


Gastronomie

La cuisine bosnienne est un joyeux mélange d’emprunts faits à ses voisins ou occupants d’un temps, croates austro-hongrois mais surtout ottomans : 4 siècles d’occupation ça marque ! Nous n’avons pas trouvé cela spécialement raffiné mais les portions sont généreuses et les prix sont doux. Les spécialités les plus communes sont les cevapi, petits rouleaux de viande un peu spongieuse insérés dans un pain plat, les burek, mélange de viande hachée enveloppé dans de la pâte et enroulé pour former une spirale. Un fromage ou un yaourt crémeux sont souvent servis avec ces deux plats, en plus de quelques crudités. Côté desserts, le baklava fourré aux noix est un must, mais on peut trouver plein d’autres pâtisseries orientales. Les vins de Bosnie sont de qualité variable et pas toujours prévisible. Nous avons goûté aussi à plusieurs bières locales. Il est impensable de visiter le pays sans tester (et généralement approuver) le café bosniaque et le rite de consommation qui va avec. Les adeptes du pousse-café trouveront leur bonheur dans la rakija, l’alcool de fruits local.


Grandes étendues

Nous dirigeant vers l’Ouest du pays, nous traversons d’immenses étendues calcaires, arides et sèches en surface mais abritant de nombreuses grottes qui parfois s’effondrent en formant des « dolines », sortes de cuvettes bien circulaires de quelques mètres à quelques centaines de mètres de diamètre. Ailleurs, l’eau souterraine resurgit, alimentant des rivières et des lacs. Ces derniers sont aussi parfois créés par des barrages. Nous passerons de magnifiques et paisibles nuits en pleine nature, la Bosnie semblant tolérante en la matière, enfin du moment où nous respectons les lieux. Nous sommes proches ici du littoral croate et la végétation méditerranéenne tout comme les édifices religieux catholiques sont plus présents qu’ailleurs. Entre les étendues quasi-désertes et les petites villes de cette région la moins peuplée de Bosnie, voici quelques uns de nos points de passage :

* Le lac de Jablanica

Nous avons longé pendant un moment ce long lac de barrages (il y en a 4 sur son trajet) de couleur émeraude, et nous avons même fait une étape pour la nuit sur l’une de ses petites plages tranquilles.


* Un point d’eau sur la route…


* Le monastère franciscain du lac de Ramsko

Initialement bâti sur une colline, il a échappé de peu à l’engloutissement lors de la mise en eau de ce lac de barrage. Une mosquée voisine a eu moins de chance : seul son minaret dépasse encore parfois de la surface de l’eau en été.


* Le polje de Livno, sans les chevaux sauvages

Voici l’une de ces trois zones karstiques de la région appelée d’ailleurs Tropolje (= 3 polje ou 3 zones calcaires), des étendues désertes à la végétation rase, entourées des massifs montagneux, dans lesquelles vivent parait-il des hordes de chevaux sauvages. Malgré la sortie du drone et des jumelles, nous n’aurons pas le bonheur d’en apercevoir. Mais rien que le paysage valait le déplacement, et quelle nuit !


* La petite ville de Livno

Réputée pour son décor de falaises, son monastère, son éco-archéo-musée, sa vieille mosquée en pierre et surtout ses fromages proches du gruyère,


* Le lac de Busko

Nous avons dormi sur une de ses plages, profitant de sa quiétude en basse saison alors que ce lac attirerait les foules en été.

C’est de là que nous allons regagner la Croatie, quittée il y 3 bonnes semaines. Mais la Bosnie aura sa revanche, car il nous en reste encore un bout à parcourir. A bientôt pour les retrouvailles

113. Novembre

Un titre court pour un mois court. Encore bien occupés par la famille, quelque peu restreints par le mauvais temps dont nous avions perdu l’habitude, nous avons tout de même sillonné encore et encore le quart sud-ouest de la France et fait quelques découvertes. Le mois sera tout de même marqué par l’adoubement d’une jeune vanlifeuse. A voir plus bas !

De saison


Sarladaises, comme les pommes

Nouvelle découverte sur notre route au cœur du Périgord noir, la jolie ville médiévale de Sarlat, dont nous n’avions connaissance que par les menus des restaurants servant des pommes de terre tantôt « sarladaises » tantôt « salardaises », qui se distinguent dans les deux cas par une cuisson dans la graisse d’oie ou de canard et un assaisonnement d’ail et de persil. Afin de lever tout doute sur l’orthographe, je suis allé consulter un forum ad-hoc. Je suis tombé sur une discussion typique en 45 messages perturbée dès le début par un intrus qui se fait malmener joliment. Je vous la laisse en pâture.

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Sinon Sarlat est une petite ville moyenâgeuse très photogénique, même par temps maussade, avec une belle homogénéité dans la couleur (ocre clair) et l’architecture bien restaurée. Hors saison, la circulation dans l’entrelacs de ruelles est facile, mais vu le nombre de restaurants et de boutiques, on imagine sans peine la foule dense qui doit piétiner ici l’été.

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Faudrait savoir…

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Il existe en fait une explication à cette apparente confusion : le côté « non potable » est celui où les campingcaristes déversent leurs cassettes de WC chimiques et les rincent. Des projections pourraient souiller le robinet et rendre ainsi l’eau non potable. Merci en tout cas au joli village corrézien de Sadroc de mettre gracieusement à disposition des voyageurs nomades cette installation. Une prise électrique est même disponible. Chapeau, c’est rare !


Une faille dans la laïcité ?

C’est la question que nous nous somme posé en traversant Villedieu-sur-Indre, une petite commune de 2800 habitants. L’église qui trône au centre du bourg porte sur son fronton la mention « République Française ». Le bâtiment aurait-il été désacralisé et racheté par la mairie pour y installer ses services ? Nous rentrons pour voir l’intérieur : pas de doute, il s’agit bien d’une église. Alors ? L’explication figure sur un panneau pas loin de l’entrée. En 1835, l’association qui gérait l’église bâtie sur un terrain communal demanda l’autorisation d’y effectuer des travaux de rénovation et d’y installer un clocher. N’obtenant pas de réponse, elle entreprit tout de même les travaux, faisant alors réagir le conseil municipal qui décida de s’y opposer. Quelques années plus tard, un compromis fut trouvé, permettant le maintien du clocher en contrepartie de l’apposition de la mention « République Française » bien en vue au-dessus de la porte d’entrée et de l’obligation de faire sonner la cloche tous les 14 juillet. La morale était sauve et la querelle de clocher résolue.


Le musée du compagnonnage, enfin

Vous vous rappelez peut-être de notre « cassage de nez » il y a 2 mois lors de notre première tentative de visite de ce musée. La seconde fut la bonne et nous avons pu enfin admirer les chefs d’œuvres exposés, pour la plupart des œuvres dites « de réception », réalisées par chaque compagnon pour sa propre cérémonie d’intronisation. A ouvriers d’exception, formés par des maîtres d’exception, œuvres d’exception.

Le musée retrace aussi la longue histoire du compagnonnage, difficile à retranscrire en quelques lignes, mais que le site du musée résume bien par « l’existence, depuis le Moyen-Âge, de groupements de jeunes ouvriers qui voyagent, s’entraident, pratiquent des rites en diverses circonstances et possèdent des attributs et un vocabulaire identitaires ». Pratiquement tous les corps de métiers sont représentés, du moment qu’ils sont « manuels, liés à la transformation de la matière lors d’un processus complet ». Les œuvres du musée sont d’ailleurs classées par matière : le bois, la pierre, les métaux, le cuir et les textiles, l’alimentation. C’est très humblement que mes photos suivront cette classification, après une courte partie sur les débuts du compagnonnage.

  • Histoire et légendes
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Le Père Soubise, Salomon et Maître Jacques, les 3 fondateurs légendaires du compagnonnage. Ils auraient pu participer à l’édification du Temple de Jérusalem (ou Temple de Salomon) au Xème siècle av. J.-C.
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  • Les métiers du bois (charpentiers, menuisiers, charrons, sabotiers, vanniers, etc.)
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NB Les sabots du haut et les anneaux de bois qui les relient sont faits d’une seule pièce de bois !
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Connaissiez-vous cet alphabet ? (l’explication est au bas de l’image…)

  • Les métiers de la pierre (tailleurs de pierre, maçons, plâtriers, couvreurs, etc.)
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  • Les métiers du métal (forgerons, mécaniciens, serruriers, maréchaux-ferrants, carrossiers, chaudronniers et plombiers-zingueurs)
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Grille de parc à l’échelle 1/10 constituée de 2325 pièces et ayant nécessité 14 ans de travail !

  • Les métiers du cuir et du textile (cordonniers-bottiers, selliers-bourreliers, maroquiniers, tapissiers, etc.)

  • Les métiers de l’alimentation (boulangers, cuisiniers, pâtissiers, confiseurs, bouchers, etc. Seules les œuvres en pastillage (sucre glace, eau, gélatine et jus de citron) ou en pâte à nouilles peuvent être conservées)(oui parce que le Taj Mahal en steak haché du XIXème siècle n’est plus présentable)
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Composition en sucre sur le jeu d’échecs (1981, restaurée en 2018) (1 an de travail)
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Vielle en sucre (1978) (seules les cordes ne sont pas en sucre…)
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Hospices de Beaune (1978) (20 kg de pâte à nouilles, colorants alimentaires – 20 000 tuiles pour le toit) (800 h de travail)

Se tenir au courant


Une ville mal nommée ?

Nous quittons la Touraine en direction de la Loire (les zigzags, vous vous rappelez ?). L’alternateur a bien maintenu la charge et c’est en toute autonomie que nous pouvons faire étape pour la nuit sur les rives de l’Allier à Moulins.

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La silhouette de la ville apparaît au petit-jour. « Moulins« , vous avez dit ??? Et pourquoi pas plutôt « Églises » ?


Bouthéon, le château-zoo

Ayant la garde de notre petite fille pour l’après-midi, nous cherchons une destination un peu champêtre proche de l’agglomération stéphanoise, idéalement une randonnée compatible avec les poussettes. Mais les sites qui recensent ou qui offrent ce critère de sélection ne sont pas légion. Créateurs d’applications sur smartphone, voilà une idée à prendre. C’est ainsi qu’à défaut de pouvoir trouver une rando-poussette à proximité, nous nous retrouvons au Château de Bouthéon. Nous nous sommes limités aux extérieurs, parce que les escaliers en colimaçon et les portes étroites auraient eu raison de la poussette de compétition aimablement prêtée avec la jeune fille. Mais les extérieurs se sont révélés plutôt agréable, baignés dans un joli soleil automnal. Jolis jardins bien dessinés et bien entretenus aux pieds du château, Et deux circuits d’allées accessibles aux poussettes bordés d’animaux fermiers de toutes sortes, en cage, en enclos ou en liberté, qui ont bien fasciné notre petite visiteuse de 11 mois.

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Voyager à Grand Frais

N’allez pas imaginer que nous nous sommes lancés à voyager de palace en palace laissant notre Roberto aux bons soins d’un « valet parking ». Non, c’est juste que nous venons de découvrir l’enseigne spécialiste des aliments frais qui a fêté l’an dernier ses 30 ans d’existence. Le nom ne nous était pas inconnu pour autant, mais nous avions ce préjugé que l’on n’y trouvait que des fruits et légumes et qu’il nous fallait obligatoirement pour le reste de nos courses recourir à un autre magasin. Par ailleurs l’enseigne n’existe pas partout. Elle est notamment curieusement absente de Paris et ne se trouvait pas non plus sur la minuscule île où nous avons habité ces 12 dernières années. Quoi qu’il en soit, nous avons franchi la porte de l’un des magasins et avons été très impressionnés par la qualité des produits et de leur présentation, par leur grande diversité. Pourtant grands voyageurs et connaisseurs de beaucoup de fruits et légumes « exotiques », nous avons découvert en une demi-heures davantage d’espèces inconnues pour nous jusque là que lors d’un voyage d’un mois en Amérique ou en Asie. Vous qui avez soif de découvertes, venez-donc goûter au paradoxe de voyager à Grand Frais pour des prix raisonnables !


Vanlifeuse à 11 mois

Notre adorable petite Mélissandre a été adoubée vanlifeuse après quelques nuits et kilomètres d’essai dans Roberto. Comme beaucoup de jeunes enfants, elle aime quand ça roule (c’est vrai aussi pour la poussette…) et semble captivée par le paysage qui défile quand ce ne sont pas les vibrations qui l’endorment. A 11 mois, un équipement minimum est nécessaire comme le siège auto adapté, qui nous a été prêté par les parents. Nous avons investi de notre côté dans un lit parapluie spécial vanlife qui est maintenu par quatre sangles aux parois ou au plafond du véhicule. Pour la nuit, il est placé sur les sièges avant retournés, tandis que pour les siestes diurnes il est posé sur le lit à l’arrière. Dans les deux cas, la porte du cabinet de toilette une fois ouverte isole les deux espaces du bruit et de la lumière : nous faisons notre vie de notre côté pendant que la demoiselle dort. Pour le reste ça n’est pas bien compliqué, le sol moquetté et les lits font d’excellents tapis d’éveil. Le galop d’essai étant validé, nous passerons à l’étape suivante mi-décembre pour plusieurs jours de voyage avec notre jeune passagère qui aura tout juste soufflé sa première bougie. L’aurons-nous convertie à une future vie nomade ou plus simplement aux voyages ? Seul l’avenir nous le dira… Mais ce que nous pouvons retenir est qu’il n’est pas si compliqué de voyager en van ou en fourgon avec un très jeune enfant et qu’il serait dommage de se fixer des barrières si l’on aime ce mode de vie.

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Préparation du lit pour la nuit

On a touché le fond (du puits)

De passage au Cap Ferret, nous tombons sur ce qui ressemble à un puits de pétrole sur fond de paysages de dunes. Damned, aurions-nous emprunté un trou de ver (une faille dans l’espace-temps) qui nous aurait téléporté en Arabie Saoudite ou au Texas ? Mais non, un panneau bienvenu nous permet à la fois de toucher du bois pour nous ramener à la réalité et de confirmé qu’il s’agit bien d’un pompage de pétrole sur le sol français. Plus surprenant, nous apprenons que c’est une entreprise canadienne qui gère ce forage, comme la majorité des forages français d’ailleurs. Pour parodier un slogan célèbre, en France on a du pétrole, mais ce sont les canadiens qui ont des idées. Sinon le coin est joli, rendu très sauvage par l’interdiction de marcher sur les plages et sur 99% des dunes. Il offre tout de même une belle vue sur la Dune du Pilat, de l’autre côté du bassin d’Arcachon

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Les plages ici sont interdites, mais apparemment pas pour tout le monde
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Sur le chemin du retour, jolie vue sur la Dune du Pilat, de l’autre côté du bassin d’Arcachon

La maison de l’huître

Poursuivant notre tour du bassin d’Arcachon, nous nous arrêtons à la Maison de l’Huître, en plein coeur de la zone ostréicole. Nous profitons d’une visite VIP par un ostréiculteur passionné pour (presque) tout apprendre sur son métier et sur l’histoire et l’origine des huîtres que nous consommons aujourd’hui. Plein de petits restaurants juste à côté sur le port nous permettront de passer de la théorie à la pratique avec le petit vin blanc qui va bien. Et vous, savez-vous combien d’espèces d’huîtres sont exploitées en Europe ? Connaissiez-vous les huîtres triploïdes et savez-vous pourquoi vous avez plus de chances de les retrouver dans votre assiette en été ? Bien sûr vous pouvez demander les réponses à votre ami Google, mais pourquoi ne pas venir les chercher ici à la Maison de l’Huître ? Vous pourrez ensuite aller tester vos connaissances dans un des petits restaurants voisins. Autour du petit verre de vin blanc qui va bien.

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La belle époque

Nous voilà partis à la découverte d’Arcachon. Nous commençons par la ville d’hiver, un quartier qui concentre un grand nombre de somptueuses demeures d’un style dit « pittoresque » mélangeant des éléments de chalets suisses, de demeures coloniale ou de palais mauresques. Elles ont toutes été construites à la « belle époque », une période de plusieurs décennies de paix interrompue en 1914, pour être vendues ou louées à de riches familles. Le thermalisme et les bains de mer étaient alors en plein essor, réputés efficaces pour soigner toutes sortes de maladies dont la tuberculose, largement répandue jusqu’à l’arrivée des antibiotiques en 1945. Et même alors, les riches bien-portants ont succédé aux riches malades. La ville d’Arcachon recevait régulièrement des hôtes célèbres, de Gustave Eiffel à Sissi l’Impératrice, lui conférant une renommée internationale.

Elle fut aussi remarquée pour une installation sportive insolite. A votre avis laquelle ?
1) une piste de ski sur aiguilles de pins ?
2) des courts de tennis en coquilles d’huîtres concassées ?
3) un bassin de hockey subaquatique ?

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Et pour départager les ex aequo, quel est l’arbre sur la dernière photo ?


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sa promenade en bord de mer,
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ses grands hôtels,

Ce n’est que Justiz

Notre aînée Amandine basée  à St Jean de Luz nous emmène de l’autre côté de la frontière, en Espagne, randonner dans un site superbe dont le point de départ est le hameau Justiz. Suivant quelques minutes la petite route, nous devons l’abandonner car elle est occupée par un attroupement de chevaux sauvages qu’on croirait entrain de manifester. « Laissez les routes aux chevaux, vous les avez suffisamment occupées et vous nous avez suffisamment exploités. Justice pour les chevaux sauvages » croirait-on entendre. Alors nous coupons à travers champs, de grands espaces ou broutent tranquillement chevaux, vaches et moutons. Nous rejoignons le littoral que nous allons longer plusieurs kilomètres sur une sorte de sentier des douaniers (pas sûr que ça existe en Espagne). Côte sauvage et rocheuse, petites criques, piscines naturelles : que du bonheur !

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Retour à St Jean de Luz avec quelques clichés du très photogénique port de pêche
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Débit de poissons

Encore un jeu de mots foireux dont j’ai le secret. Je n’ai pas trouvé mieux pour introduire notre dernière visite de Novembre à l’aquarium de Biarritz. Un bel ensemble de bassins bien entretenus classés par régions : Atlantique Nord, Caraïbes et Indo-Pacifique. Coraux magnifiques, belle collection de méduses, espèces rares. Un régal pour les yeux et toujours 2 ou 3 trucs à apprendre pour les grands enfants que nous sommes.


Ainsi se termine notre mois de Novembre. Nous nous dirigeons maintenant vers la période des fêtes. Notre projet actuel reste de repartir sur les routes début Janvier, en direction de la côte Adriatique et de la Turquie.

Merci de nous suivre et à bientôt.

30. Arrivée en Suède

Bivouac de rêve entre 2 lacs. Calme absolu.

The Bridge, en vrai

Nous voici depuis quelques jours en Suède. Pour ce faire, nous avons pris le pont-tunnel de l’Øresund qui en 14 Km relie Copenhague à Malmö. Depuis le Danemark, on commence par descendre dans un tunnel et parcourir près de 4 Km sous la mer, avant de faire surface sur une île artificielle. Vient ensuite le pont, un magnifique pont à haubans de 8 Km de long, puis le péage, un peu plus de 60 € tout de même, ça fait cher du kilomètre. Nous nous consolons en apprenant qu’à 1 cm près (Roberto fait 5,99m de long) nous aurions payé le double !

Nous avons préparé cette traversée en regardant la série suédo-danoise The Bridge, dont l’intrigue policière se déroule autour du pont. Du coup la traversée avait une toute autre saveur. Côté Malmö, nous avons aussi admiré la célèbre tour torsadée devant laquelle loge l’actrice principale pendant la série.

Le tunnel côté danois
Le pont côté suédois
Vue aérienne un jour sans pluie…


Des plages blanches de monde

Quand c’est noir de monde, vous voyez bien ce que c’est. Eh bien là c’est tout simplement l’inverse. La météo n’est pas particulièrement clémente depuis notre arrivée en Suède, le ciel est gris les ¾ du temps, le crachin est régulièrement entrecoupé d’averses, et les températures tournent autour de 15°C, paraissant bien moins sous le vent soutenu. Du coup les plages sont désertes et d’apparence très sauvages, les nombreux petits parkings dans la forêt proche du littoral ne sont guère plus fréquentés. Il faut dire aussi que, malgré des campings semblant bien remplis le long de notre route, les vacances d’été sont quasiment terminées pour les suédois. Tant mieux pour nous !


Mégalithes méga-mystérieux

Les 59 menhirs du site d’Ale, tout au sud du pays, installées lors de la période Viking mais découvertes plus tard interrogent encore les archéologues. Disposées en losange, comme autour des tombes vikings, elles pouvaient être interprétées comme sépultures, mais aucun reste de ce type n’a été retrouvé. Monument en l’honneur d’un roi, lieu de rassemblement, tentative de communication avec l’au-delà ou encore calendrier solaire géant, tout est possible. Encore du boulot pour les futurs Indiana Jones, tout n’a pas encore été découvert, loin de là.


Absolue était mon ignorance

En terme de vodka en tout cas, car je pensais initialement que cette boisson alcoolisée était exclusivement russe. La case manquante de mon cerveau est à présent comblée depuis que nous sommes passés devant la maison-mère de la Vodka Absolut, produite à Ǻhus en Suède depuis 1879. Nous sommes arrivés trop tard pour la dégust.. euh la visite, qui de toutes façons faute d’attendre 3 jours aurait été en suédois, et c’est bien dommage car cette vodka se différencie apparemment des autres par un certain nombre de critères de qualité. Pour en savoir plus, notamment ce qui est gardé pour les hommes et ce qui est jeté aux cochons, lire ici.


Les moulins de Öland de Suède

De la ville de Kalmar qui échappera aujourd’hui à tout jeu de mots, nous avons rejoint par un pont pas trop loin l’île de Öland, dans le sud-est suédois. Son climat censé cumuler douceur et soleil attire parait-il les foules, mais nous n’avons vu ni les uns ni les autres. Pas même la famille royale qui y vient en villégiature l’été. Par contre nous avons aimé nous perdre au milieu des champs bordés de murets de pierres sèches bien taillées parsemés de moulins à vent. 350 pour une île de 1300 Km², c’est mieux que les Pays-Bas.


My name is Bond, Gunnar Bond

Bien que l’auteur de la saga 007 soit anglais, Gunnar Schäfer un suédois s’est passionné depuis le plus jeune âge pour l’œuvre de Ian Fleming et son célèbre héros. Pas par hasard, mais parce que comme lui son père était agent secret et a mystérieusement disparu alors que Gunnar n’avait que 2 ans. Après avoir vu son premier James Bond à l’âge de 8 ans, il commence très vite à collectionner tout ce qui touche à la saga et finit par ouvrir un muséum en lieu et place de son garage automobile. On y trouve outre les gadgets habituels un nombre impressionnant de véhicules, objets volants ou embarcations ayant servi aux différents tournages, bien mis en valeur avec à côté la projection de la scène de film correspondante. Le garage héberge tout de même quatre voitures de prestige (la Lotus de l’Espion qui m’aimait, l’Aston Martin de Casino Royale 2006, la Jaguar de Casino Royale 1967 et la BMW 1200 de Demain ne meurt jamais), la moto BMW de Demain ne meurt jamais, le long-tail-boat de L’homme au pistolet d’or, la célèbre gondole sur coussin d’air qui a traversé la place St Marc dans Moonraker, le scooter des neiges de Meurs un autre jour, le rickshaw d’Octopussy, l’autogyre de On ne vit que 2 fois, le Cessna 172 utilisé dans  Goldeneye et Permis de tuer, et enfin l’hydroglisseur de Vivre et laisser mourir que notre passionné a essayé dans son jardin le jour où il l’a reçu, vidéos à l’appui. Il ne manque guère que le téléphérique autrichien sur lequel s’accrochait Daniel Craig et peut-être encore la navette spatiale pilotée par Roger Moore, ce doit être juste par manque de place.

Le musée ne manque pas de rappeler que si aucun réalisateur ou aucun agent 007 n’a été suédois, 4 James Bond Girls sont originaires du pays. Leurs robes et bikinis sont bien sûr exposées. En fin de visite, on peut s’offrir un verre dans le bar du musée, champagne Bollinger ou Martini dry pour rester dans le ton bien sûr.

Gunnar Schäfer a poussé l’intégration jusqu’au bout, appelant Ian Fleming « Papa Fleming », réussissant à faire immatriculer ses voitures « JB 007 », « OO7 JB » etc. tout comme à obtenir des numéros de téléphone fixe ou portable se terminant par 007. Il a même en 2007 réussi à obtenir de la justice suédoise d’être renommé « James Bond Gunnar Schäfer ». Nous avons donc eu le plaisir de discuter avec James Bond, ça valait le déplacement.


C’est l’heure de se mettre au verre

Le Sjælland, cette région du sud-est de la Suède, est réputée de longue date pour son artisanat du verre. Nous avons visité la verrerie la plus ancienne du pays et toujours en activité depuis 1742, celle de Kosta Boda. Elle produit aussi bien des objets du quotidien (nombreuses boutiques très achalandées aux alentours) que des créations artistiques de toute beauté dont vous trouverez quelques échantillons ci-après.

Au fait c’est un suédois émigré aux Etats-Unis qui a créé le design de la célèbre bouteille en verre de Coca-Cola, gagnant ainsi un concours organisé par la firme en 1915. La Suède n’en est pas peu fière. Les critères étaient que, alors que la boisson était contenue dans des bouteilles banales, elle devienne typiquement reconnaissable, même les yeux fermés. Malgré l’ère du plastique, les bouteilles de Coca en verre restent bien présentes sur le marché, et viennent récemment d’être restylées (on ne sait pas si c’est par un Suédois). En Suède, toutes les bouteilles sont consignées, même celles en plastique. D’ailleurs les bouteilles de coca dans ce pays sont en plastique 100% recyclé depuis 2020.

De mon côté, j’ai participé dans le musée à un concours de design de mozaïque de verre. Je suis très confiant dans mes chances de gagner.


La petite ville aux allumettes

Le musée des allumettes de Jöngköping, premier bâtiment de la fabrique

La cité de Jöngköping est le centre du monde lorsque l’on parle d’allumettes. D’abord parce que c’est là qu’est née la première fabrique d’allumettes dites « de sûreté » en 1848. L’invention elle-même datait de 1805 mais n’avait pas été développée car il fallait pour allumer l’objet le tremper dans une solution d’amiante et d’acide sulfurique, autant dire que les gens ne trouvaient pas ça très pratique et même plutôt dangereux. Les premières allumettes inflammables par friction arrivèrent à partir de 1826, mais ne connurent pas non plus le succès tant les défauts étaient rédhibitoires : taille imprévisible de la flamme, tendance explosive, odeur forte, conservation en boîte hermétique, et surtout risque graves pour la santé des utilisateurs et surtout des fabricants (nécrose phosphorique souvent mortelle). En 1844, un suédois dénommé Gustaf Erik Pasch résolut le problème en inventant des allumettes qui ne s’enflammaient qu’au contact d’une bande située le long de la boîte et non plus sur une façade de mur ou dans une poche de pantalon. Et c’est en 1848 que ses copains les frères Lundström construisirent à Jöngköping leur première fabrique. Le bâtiment était tout en bois et la production fut vite déplacée dans un nouveau bâtiment en briques, moins inflammables. Quand on fabrique des allumettes, cela s’impose. Cela dit, la maison initiale est toujours là et sert aujourd’hui de musée, tandis que la fabrique, qui n’a cessé de se développer jusqu’à la fin du siècle suivant, n’a souffert d’aucun incendie mémorable. La maison mère assurait d’ailleurs le service d’incendie pour toute la ville. La production d’abord manuelle s’est peu à peu industrialisée, un magnat de la finance s’en est mêlé et la ville a été à un moment au cœur de la production de 70% du marché mondial d’allumettes. Mais après la seconde guerre mondiale la production a fait long feu, peut-être handicapée par l’arrivée du briquet de poche ou de l’allumage piezo-électrique. Il nous reste l’histoire, les méthodes de fabrication et les machines, bien exposés dans le musée.

Fabrication très rustique des premières allumettes par rabotage, réalisation de bouquets puis trempage manuel dans le combustible
Première mécanisation pour écorcer le frêne, le bois le plus adapté à la fabrication d’allumettes
Passage à l’ère industrielle. Cette machine pouvait produire 400 000 paquets par jour
Les toutes premières boîtes
… avant l’exportation mondiale

Tout ce mal pour ensuite couper les bouts des allumettes et en faire ensuite des châteaux !

Allez, c’est le moment de reprendre la route pour d’autres découvertes. A très bientôt !