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  • 184. Poursuite de nos aventures colombiennes

    184. Poursuite de nos aventures colombiennes

    Dans ce second parcours en Colombie, nous allons découvrir une ville blanche, une autre multicolore, des indigènes conservateurs, des statues de chiens ou chats par dizaines et des petites sorcières. Un beau programme, non ?

    Poursuite de nos aventures colombiennes - parcours décrit dans cet article - version zoomable ici
    Poursuite de nos aventures colombiennes – parcours décrit dans cet article – version zoomable ici

    Popayán, la ville blanche

    Sortis tout propres des thermes d’eau bouillante (voir l’article précédent), c’est dans la continuité logique que nous parcourons la ville de Popayán dont tous les murs sont uniformément blancs avec une architecture coloniale soigneusement conservée. Ce serait dit-on l’une des plus belles villes coloniales de Colombie. Popayán a en effet bien évolué depuis son statut de hameau (c’est la signification de son nom) à la ville actuelle de 350 000 habitants, grâce à sa situation géographique stratégique sur la route commerciale entre Quito et la côte caraïbe. Occupée à s’enrichir, elle s’est beaucoup moins impliquée que ses voisines dans l’indépendance du pays, subissant en contrepartie moins de dommages et moins de pertes financières. Elle a pu ainsi réparer plus rapidement les conséquences des nombreux séismes qui affectent la région et soigner son apparence.


    Silvia : incursion chez les Misak

    Des traditions indigènes conservées

    Le village de Silvia, à 2620m d’altitude, se distingue en Colombie par sa population indigène majoritaire. Les Misak ont ainsi réussi à préserver l’essentiel de leur culture face à l’envahisseur espagnol. Dans leur mode de vie d’abord, puisque sur les 32000 membres de leur communauté, seuls 4000 habitent au village, les autres étant parsemés dans les hameaux des montagnes alentour. Dans leur tenue vestimentaire ensuite, très loin des standards occidentaux : les hommes comme les femmes portent de longues jupes drapées de couleur noire (symbolisant la terre-mère, la Pachamama) ou bleue (Misak signifie « les enfants de l’eau) bordée de rouge (le sang versé dans la lutte contre les envahisseurs espagnols), une ceinture ou une écharpe aux rayures colorées, un poncho et un superbe chapeau, soit en feutre noir, soit en paille et alors plat. Les deux peuvent porter une mochila, un petit sac à main fourre-tout. Les femmes complètent souvent l’ensemble avec des colliers de perles. Les Misak en tenue n’étaient pas si nombreux le jour de notre visite, un samedi, mais ils descendent en force de leurs montagnes le mardi, jour du marché. Nous avons été très touchés par cette préservation de leurs traditions.


    Un art mural revendicateur d’identité

    Nous commençons seulement à découvrir la richesse des fresques murales colombiennes, mais là, à Silvia, la densité est exceptionnelle par rapport à ce que nous avons pu voir jusqu’ici. Elles couvrent peut-être une maison sur trois, avec un thème nature prédominant. On nous dit que les MIsak ont énormément participé, encourageant l’expression de leur identité avec cet art. On y trouve donc volontiers des thèmes indigènes, comme les paysages de la région, les symboles Misak (l’eau principalement puisqu’ils sont « les enfants de l’eau »), ou des scènes de la vie quotidienne des communautés autochtones. Et c’est tellement beau à voir !

    Façades à Silvia, Colombie
    Façades à Silvia, Colombie

    Un camping pas comme les autres (La Bonanza, Silvia)

    De retour de Silvia, nous nous arrêtons pour 48h au camping La Bonanza. Ce n’est pas vraiment par hasard que nous avons choisi ce lieu. Il est dit sur les réseaux que le lieu est tenu par une famille marocaine partie en tour du monde en camping-car avec leurs 3 enfants de 8 à 10 ans. En raison des difficultés liées à leur nationalité, notamment pour obtenir les visas dans chaque pays, nous faisant au passage réaliser combien il est facile pour nous de voyager avec un passeport européen, leur voyage n’a pas été un long fleuve tranquille. Partis du Maroc en 2013, aidés d’un spécialiste en véhicules de loisirs de Marrakech, celui-là-même à qui nous avions loué notre tout premier camping-car en 2009 (!), ils ont rejoint le port d’Anvers et de là celui de Montevideo pour un parcours de presque 2 ans en Amérique du Sud. Rencontrant des difficultés pour passer en Amérique Centrale et tombant au passage amoureux de la Colombie, ils ont fini par s’y installer en achetant l’ancienne ferme d’un narcotrafiquant pour y aménager ce camping. Vous comprenez pourquoi nous avions envie de les rencontrer ! Le jardin était super bien entretenu, avec de jolies plantes tropicales. Outre de longues discussions avec notre hôte, nous avons fait connaissance avec d’autres voyageurs de passage. Un couple en pleine reconversion professionnelle et une famille voyageant avec 3 fillettes, terminant leur tour d’Amérique du Sud le mois prochain. Ambiance marocaine oblige, Kika (le diminutif de Malika) nous a cuisiné un excellent tajine berbère aux 6 légumes. Son mari était malheureusement absent. Leurs enfants ont bien grandi et poursuivent de brillantes études (l’effet stimulant du voyage y est peut-être pour quelque chose). De belles rencontres en tout cas qui ont comblé notre attente.


    Fruits et Légumes (Supermarché La Gran Colombia, Jaramundi)

    Un peu avant Cali, nous nous arrêtons refaire le plein du frigo dans un supermarché. Notre critère de choix est curieusement la présence d’un parking extérieur, et donc ni en sous-sol où nous passons rarement en hauteur, ni dans la rue, ce qui curieusement est très fréquent. Sans vouloir vous ennuyer avec le détail de nos courses, nous développons juste notre passage devant le rayon fruits et légumes qui comportait quelques curiosités. À voir en commentaires sur les photos. À noter aussi que ce supermarché était ouvert sur l’extérieur, ce qui n’est pas banal !


    Cali sans le cartel

    Si la ville de Cali a pu être célèbre pour son cartel fondé par les frères Rodríguez Orejuela, ce n’est plus tout à fait le cas puisque ce cartel a été démantelé en 1995. Depuis, la ville s’est partiellement assagie, même si le narcotrafic est loin d’avoir disparu. Le taux d’homicides encore très élevé se concentre surtout dans certains quartiers, hors des circuits touristiques. Même si cela est probablement moins rémunérateur, les cultures de canne à sucre, de café, de bananes et aussi de vignes couvrent une bonne partie des terres agricoles et restent dynamiques. La ville est plutôt tranquille en journée, et nous avons pu y découvrir quelques attraits.


    Le chantier pharaonique du Christ Roi

    Un peu moins grand que le Christ Rédempteur de Rio, le Christ Roi de Cali n’en est pas moins impressionnant, dominant la ville de ses 26m (dont 5 de piédestal). D’un blanc immaculé, il a l’air comme neuf, mais la statue a été inaugurée en 1953. Symbole de la ville, il a de bonnes raisons d’être bien entretenu. Mais le ravalement a peut-être été fait à l’occasion de l’ouverture du tronçon supérieur d’un projet pharaonique consistant à relier la statue au centre-ville, à 6 km de là, par un réseau de passerelles et de sentiers en dur dans un corridor écologique. Revitalisant tous les quartiers qui se trouvent sur son passage et qui en ont bien besoin. Espérons que tout cela arrive à terme fin 2026 comme cela a été annoncé. Pour l’instant, l’accès est gratuit, le Christ Roi a de l’allure et le panorama est superbe.


    Le Chat du Fleuve et ses copines

    Près du Rio Cali (le fleuve…) une statue de chat en bronze de 3,50m de hauteur a été réalisée en 1996 dans le but d’embellir les abords de la rivière. Elle a de fait attiré quelques touristes mais la municipalité a décrété dix ans plus tard que ce chat était bien seul, décidant alors de lui procurer de la compagnie. Ces Novias del Gato (les copines du chat) ont été moulées en fibre de verre, toutes sur le même modèle, puis confiées pour personnalisation à des artistes plastiques renommés. Une quinzaine au départ, que sont venues rejoindre d’autres copines …et d’autres touristes !


    Le Parc du Chien …et de ses copains

    Au milieu d’un jardin public de Cali trône une statue de chien, en hommage à Teddy, la mascotte des enfants qui jouaient dans ce parc, tragiquement retrouvée empoisonnée. L’un de ces enfants devenu directeur de la Police nationale fit ériger cette statue. Le chien était-il devenu jaloux du chat du fleuve, qui sait ? Toujours est-il que des statues de chien ont fait peu à peu leur apparition à ses côtés. Non mais !


    L’imprimerie La Lanterne, Cali

    Voilà une imprimerie du quartier colonial de Cali qui ne connaît pas la crise. Et son secret n’est pas d’être passé tôt au numérique, mais au contraire de continuer de travailler à l’ancienne. Avec de vieilles presses de 1870, des caractères en plomb, des linograveurs. Et des artistes. Car oui, l’activité principale qui perdure encore aujourd’hui est la création d’affiches. Des publicités du XIXe siècle, ils sont passés aux créations artistiques grâce à une collaboration étroite entre maîtres imprimeurs et graphistes contemporains. L’atelier en pleine activité vend aussi des affiches anciennes. Sur les murs (dernière photo), une pépite : une affiche d’un concert d’Elton John promu par Coca-Cola. Les débuts n’ont pas été faciles pour tout le monde !


    L’architecture peu attrayante de Cali…

    Cali n’est pas renommée pour son architecture, c’est le moins que l’on puisse dire. Les conflits et les séismes ont peut-être freiné les ardeurs des architectes. La période coloniale a disparu des rues et les bâtiments qui ont suivi sont tout à fait quelconques. Les rares exceptions sont quelques édifices religieux comme les églises La Ermita (1942, style gothique), La Merced (1536, la plus ancienne) et San Francisco (1827 avec une tour hispano-mauresque de 1774), ou encore la cathédrale de 1841 sur la place centrale couverte de palmiers. Aucun de ces lieux de culte n’était ouvert, ça n’aide pas…


    …Mais un art mural assez développé

    Ça devient commun en Colombie, l’art mural est encore très présent à Cali, que ce soit sur les parois qui bordent les voies rapides, les enceintes des parkings, les murs des maisons, ou même les poteaux électriques. Une mention particulière pour la rue de l’Escopette, une ruelle couverte non pas des habituels parapluies mais de tissages au crochet du plus bel effet.


    Les petites sorcières de San Cipriano

    Le petit village de San Cipriano ne devait son existence qu’à la ligne ferroviaire qui le traversait, reliant Cali au port de Buenaventura, car il n’était pas relié à la route principale, située à quelques kilomètres de là. Lorsque la ligne ferroviaire a cessé son activité, dans la seconde moitié du XXe siècle, les habitants eurent l’idée d’utiliser la voie ferrée pour ne pas rester isolés. Ils mirent en place des sortes de draisiennes bien à eux, faites d’une plate-forme de bois montée sur routes métalliques et propulsées par une moto fixée dessus, seule la roue arrière restant en contact avec le rail. L’engin est appelé brujita (petite sorcière, c’est très poétique). Tous les biens dont le village a besoin, mais aussi tous les habitants et les visiteurs transitent de cette façon depuis ou vers les deux villages qui jouxtent la nationale. Les premiers touristes ont adoré, se passant la combine de bouche à oreille, et le lieu commence à être connu, sans pourtant sombrer dans le tourisme de masse. Le débit de la ligne ne le permettrait de toutes façons pas. Les conditions de sécurité ne sont pas optimales, mais la traversée de la jungle sur une voie étroite et sinueuse dans cette ambiance sonore particulière mélangeant les pétarades de la moto et les claquements des rails est une expérience extraordinaire à vivre !


    San Cipriano, le village et la forêt tropicale

    Le village est pour le moins modeste. Il a cette particularité d’être presque exclusivement peuplé par une communauté d’origine africaine, descendante d’esclaves amenés par les Espagnols au XVIIe siècle, ayant su préserver sa culture et ses traditions. En le traversant, nous avons l’impression d’avoir changé de continent. Par ailleurs, l’isolement de San Cipriano n’ayant pas favorisé l’apport massif de matériaux de construction, tout semble fait de bric et de broc. Mais les touristes s’en fichent un peu. Outre le pittoresque transport en brujita, ils viennent profiter de la forêt tropicale environnante, entre sentiers de randonnées, cascades dans lesquelles on peut se baigner et retour au village par la rivière en flottant sur des chambres à air de camions. L’offre de restauration est tout aussi modeste, mais j’ai tout de même pu gouter au sancocho, un plat traditionnel très populaire en Colombie. Il s’agit d’une soupe de poisson ou de viande, garnie ou accompagnée de tubercules (banane plantain, pomme de terre, manioc, maïs) de légumes et de l’incontournable riz, le tout mijoté dans un bouillon très parfumé.


    Fin du second épisode colombien

    À l’approche du Pacifique, le mercure est bien remonté, et nous nous dépêchons de reprendre un peu d’altitude avant de pester contre la chaleur. C’est l’un des atouts de la vie nomade que de pouvoir fuir facilement les températures tropicales ou caniculaires. Alors à bientôt dans les montagnes !

  • 175. Roberto au pays de l’or noir

    175. Roberto au pays de l’or noir

    Nous voici donc en Équateur, 8ème pays de notre périple sudaméricain et 46ème pays visité pour Roberto depuis sa naissance en 2021. Dans un premier temps, nous avons un peu moins d’un mois pour rejoindre l’aéroport de Quito, pour notre parenthèse familiale quadrimestrielle. Ce sera donc un trajet assez direct longeant l’avenue des volcans sur l’altiplano équatorien, comportant néanmoins des étapes intéressantes et nous replongeant dans ce pays 23 ans après notre première visite.

    Parcours décrit dans cet article, en version zoomable ici

    Roberto au pays de l’or noir

    La première chose qui nous a frappés en entrant en Équateur à partir du Pérou et de son décor aride, ça a été la couleur verte partout. Et ceci très vite après la frontière. On se demande comment le climat peut changer ainsi du tout au tout. Bananeraies à perte de vue relayées par des champs de canne à sucre, de cacaoyers ou encore de mais, on peut imaginer que les exportations vont bon train et j’étais à deux doigts d’intituler mon article « Roberto au pays de l’or vert ». Jusqu’à ce que nous passions à la pompe. 64 centimes d’euro le litre de gazole !!! Contre 1,41 € au Pérou (ce qui n’était déjà pas si mal) et surtout 2,23 € en France ! Nous sommes contents de visiter le premier pays exportateur de pétrole d’Amérique latine (a priori, le Venezuela était devant, mais depuis le bombardement des installations j’imagine que la donne a changé). Et du coup j’ai changé le titre de mon paragraphe.


    Bondieuseries modernes

    C’est le paradoxe de cette église de Balbanera, proche de la ville de Riobamba : elle est à la fois la première église catholique d’Équateur et l’objet d’un marketing moderne. Loin des églises en rondins de bois que l’on imagine après avoir regardé le film Mission, et qui ont toutes péri lors d’incendies plus ou moins volontaires, celle-ci bâtie en 1534 est de construction solide, toute en pierres taillées et sculptées, et s’est montrée résistante à tous les tremblements de terre qui sont passés par là. Si l’on peut apercevoir la nef depuis le portail principal, l’accès nécessite de traverser une boutique-café sur le côté que je qualifierais volontiers de LOA (locomotion avec option d’achat). Aux côtés des classiques statuettes, amulettes et bougies, on trouve ce que l’on pourrait appeler des objets dérivés : eau bénite en bouteilles plastique, bière et liqueur locales, bijoux fantaisie et, plus étonnant, médicaments religieux : connaissiez-vous le Rosarium (comprimés contre le stress, la dépression et la sclérose cardiaque) ou encore la Misericordina (je n’ai pas pu lire les indications mais c’est peut-être pour les crises de foi ?)


    Riobamba : du classique mais de la fraîcheur

    Après les températures torrides de la côte pacifique, nous sommes heureux de reprendre un peu d’altitude. Une route en mauvais état (on nous avait pourtant affirmé que le standard sudaméricain allait remonter en Équateur) nous hisse jusqu’à Riobamba, qui serait la première ville espagnole du pays. Alors il n’est pas étonnant d’y retrouver les grands classiques de la période coloniale : églises et bâtiments administratifs baroques, patios et autres places des Armes. La ville était très animée lors de notre passage, ayant organisé un défilé auquel la moitié de la population semblait assister. Nous avons attendu le passage du cortège qui mêlait étonnamment fanfares, conseils municipaux, miss et promos des grandes écoles, plus quelques personnages loufoques dont nous n’avons pas compris la signification. Au total une ville sans intérêt majeur mais qui nous a réconcilié avec les températures tempérées à fraîches de l’Altiplano andin.


    Plus haut que l’Everest !

    Au-dessus de Riobamba s’élève le Chimborazo, volcan inactif culminant à 6 268 m. C’est le point culminant de l’Équateur. Mais si l’on prend comme référence le centre le la Terre, c’est aussi le point culminant de notre planète ! En effet, en raison de l’aplatissement du globe terrestre au niveau des pôles et de son élargissement au niveau de l’équateur, le sommet du Chimborazo est à 6 384 km du centre de la Terre tandis que celui de l’Everest n’en est éloigné que de 6 382 km. Maintenant, nous n’avons pas pu voir à quoi ressemblait cette masse aussi énorme que timide qui est restée cachée en permanence derrière les nuages. Il faudra se contenter d’illustrations indirectes, comme ce petit zoom bricolé sur Google Earth, cette photo où le volcan est représenté sur un tapis ou encore l’histoire de Baltazar Ushca. Cet homme est célèbre pour avoir été le dernier ramasseur de glace du volcan Chimborazo. Pendant 60 ans, il a été y chercher 1 à 2 fois par semaine des blocs de glace de 27 kg qu’il ramenait enveloppés dans du foin aux vendeurs de crème glacée du marché de Riobamba pour quelques dollars…


    Mick et Mouse

    Il s’appelait Fray Lazaro de la Cruz de Santofinia, que je vais raccourcir arbitrairement à Mick, pour les besoins de la cause. C’était un moine franciscain du XVIe siècle, en charge de l’église de l’Assomption de la ville de Guano. Il était tellement dévoué à sa tâche qu’à sa mort les fidèles le placèrent dans un sarcophage intégré dans les murs de l’église pensant ainsi qu’il pourrait continuer à veiller sur elle. Ça a dû marcher un temps, mais en 1949, un violent tremblement de terre fit s’écrouler l’église et apparaître le sarcophage. On y découvrit non seulement le moine, miraculeusement momifié par la chaux vive dont on avait recouvert son corps, mais aussi une souris, momifiée de la même façon. Personne ne sait si elle avait atterri volontairement ou non dans le sarcophage, mais dans le doute les deux momies sont désormais unies pour l’éternité.


    Tourisme à Baños

    Nous arrivons à Baños par des routes de montagnes aussi belles qu’escarpées, dont les pentes couvertes de cultures bien penchées nous étonnent : le travail de la terre doit être bien difficile. Mais dans ces régions volcaniques, la terre est très fertile, alors on plante à tout va. Baños n’est qu’à quelques kilomètres d’un volcan très actif, le Tungurahua. Les éruptions multiples entre 1999 et 2016 ont entraîné plusieurs évacuations massives de la ville. Un retour au calme est observé depuis 2017, mais le volcan peut se réveiller à tout moment. Ce qui n’empêche pas les touristes d’affluer, Baños ayant multiplié les activités pour eux. Nous venions plutôt pour le thermalisme, mais nous avons dû nous contenter d’un petit parc fleuri en altitude et d’une visite du centre-ville. Car au moment de profiter des bains thermaux, la pluie a fait son apparition. Ça n’a pas enlevé l’esthétisme du lieu mais ça nous a fait craindre une expérience désagréable.


    Art topiaire

    J’avais l’impression d’avoir déjà évoqué ce mot, mais je ne le retrouve pas dans le moteur de recherche du blog. Connaissez-vous l’art topiaire ? Hérité de l’Antiquité romaine, c’est l’art de tailler des arbustes persistants pour leur donner des formes géométriques, ornementales ou figuratives. Et dans ce Jardin des Amoureux de la ville d’Ambato, nous en avons eu une belle démonstration. La preuve en images !


    Art mural salutaire

    Ambato se veut aussi la ville des couleurs et a financé un projet d’installer 25 fresques géantes dans différents endroits stratégiques, notamment ceux qui manquaient de sécurité. Incroyable le pouvoir de l’art ! Nous avons admiré en tout cas cette œuvre toute fraîche qui met superbement en valeur un escalier de la ville.


    Je m’baladais sur l’avenue

    Remontant ce que l’on appelle ici l’Avenue des Volcans, un parcours d’un peu plus de 300 km traversant les hauts plateaux andins et comportant pas moins de 90 volcans dont 25 sont encore actifs, nous arrivons à Latacunga. Résiliente, cette ville de 65 000 habitants a du renaitre 3 fois de ses cendres après avoir été détruite 3 fois par le terrible Cotopaxi aux XVIIIe et XIXe siècles. Prudente, elle comporte surtout des maisons en rez-de-chaussée, et a recouvert plusieurs de ses églises de toits arrondis. Il est agréable de s’y promener, dans une ambiance très détendue et absolument pas touristique : tout ce qu’on aime ! Nous y avons visité un bel espace culturel gratuit, découvrant au passage l’évènement annuel majeur de la ville : le festival de la Mama Negra. Un curieux personnage féminin incarné par un homme déguisé en femme, portant des habits luxueux et colorés, ainsi qu’un masque noir et un bébé dans les bras. Cette Mama Negra symbolise à la fois la protection, la fertilité et la résistance, en référence à l’histoire locale et aux cultures afro-indigènes. Le défilé, accompagné de fanfares et de personnages folkloriques, est un mélange fascinant de traditions catholiques, indigènes et africaines, reflétant la diversité culturelle de l’Équateur et la résilience de la ville face aux humeurs du Cotopaxi. Ça se passe malheureusement en septembre mais notre exposition nous en a donné un bon aperçu. Nous avons fait aussi un petit tour au marché, très coloré et animé lui aussi. Une bonne occasion de tester de nouveaux fruits exotiques, voire de manger à petit prix : un plat du jour local coûte 2,50 €, difficile de mourir de faim ici !


    Précaution élémentaire

    À 50 km au sud de Quito, nous décidons de faire étape sur un champ proche du Parc Naturel du Cotopaxi. Un des volcans les plus actifs d’Équateur, la dernière éruption remontant à 2022-2023 (oui, ça duré 1 an !). Le temps est mitigé. Alternant éclaircies accompagnées d’apparitions fugaces du sommet enneigé du Cotopaxi (alt. 5 911m), et passages orageux avec un ciel très sombre et des grondements dont on se demande s’ils suivent les éclairs ou s’ils proviennent de l’activité volcanique. Mais pas de soucis, nous sommes garés 300 mètres à l’EXTÉRIEUR du parc. Tout le monde sait que les coulées pyroclastiques et les torrents de boues en ébullition s’arrêtent à la barrière. Non ?


    La Vierge du Petit Pain

    Il a fallu 25 ans à la ville de Quito, de la réflexion à l’inauguration, pour que cette Vierge Marie ailée en aluminium soit installée au sommet d’une colline en forme de pain et fasse la fierté de la capitale de l’Équateur. Non seulement il s’agit de la plus haute statue en aluminium du monde, mais c’est aussi la plus haute représentation ailée de la Vierge Marie au monde. Et si l’on rajoute à la comparaison le dragon tenu en laisse, le record devient de l’ordre de l’Univers… Comme pour Lady Liberty, la statue a été fabriquée à distance, à Madrid dans notre cas, avant d’être démontée puis réassemblée sur place. On voit d’ailleurs encore les numéros à l’intérieur des pièces. Avec 7400 morceaux, il valait mieux être organisé !


    Miroir ô miroir…

    C’est assez dans nos habitudes lorsque nous visitons une capitale : nous trouvons un parking sécurisé ou un camping en périphérie, à partir duquel nous rejoignons le centre-ville chaque jour pour les visites. Notre choix s’est porté à Quito sur un petit camping d’une capacité modeste (une dizaine de véhicules) mais bien situé sur les hauteurs de la capitale, calme et avec une jolie vue. Le centre historique est à 5 km à vol d’oiseau et le double en taxi pour 5 euros pourboire 18% compris. Super pratique, donc. L’occasion aussi de rencontrer d’autres voyageurs, comme cette Autrichienne dont le Fiat Ducato garé face à notre vitre passager nous donne l’impression de nous voir dans un miroir !


    A la découverte de Quito

    Quito, la place centrale
    La Plaza Grande de Quito

    Quito n’est pas seulement la seconde plus haute capitale du monde (alt. 2 850m) après La Paz, mais aussi la première à avoir été classée au patrimoine mondial de l’UNESCO dès 1978. Pour son centre-ville le mieux préservé d’Amérique latine, son riche passé historique et son environnement multiculturel. Nous avons commencé par explorer le vaste centre historique, dont on a l’impression de ne jamais sortir tellement on tombe de surprise en surprise. Le temps grisâtre ne rendait pas grâce aux façades multicolores bordant les rues pavées ni à la blancheur des édifices religieux ou administratifs, mais au moins il n’a pas plu et de nombreuses visites étaient en intérieur. Que ce soit les simples patios, les petits musées, les expositions ou encore les multiples églises, cathédrale ou basilique dans lesquelles nous sommes entrés. Notre premier édifice de taille – c’est d’ailleurs le plus grand de ce type de toute l’Amérique latine – a été la Basilique du Vœu National, édifiée après une sorte de pari : il fallait que les tensions sociales et politiques de la fin du XIXe siècle s’apaisent, ce qui s’est produit. Mais comme tout n’est pas résolu, le bâtiment reste prudemment inachevé… L’architecture serait basée sur celle de la cathédrale de Bourges, mais avec des gargouilles typiquement équatoriennes : crocodiles, pumas, tatous, iguanes, singes, etc.


    Un peintre quitois engagé

    Au hasard d’une rue, nous entrons voir l’expo (gratuite) de Camilo Egas, un peintre équatorien renommé né à Quito (1889-1962). Il a consacré une grande partie de son œuvre à dénoncer les inégalités sociales et la discrimination subies par les communautés autochtones (appelées indigènes en Équateur). Voici quelques-uns de ces tableaux.


    La Plaza Grande et la cathédrale

    Comme dans beaucoup de villes sudaméricaines, elle est censée être le cœur de l’animation. C’est possiblement vrai pour les touristes qui trouvent là une concentration de sites à visiter, de boutiques de souvenirs, de restaurants, de cireurs de chaussures, de vendeurs ambulants, etc. A l’inverse, les nombreux bancs et les ombres des arbres sont squattés par les retraités de la ville qui y discutent toute la journée. C’est par là que nous sommes entrés dans la cathédrale métropolitaine qui en occupe presque tout un côté. La débauche de dorures, de sculptures, de chapelles est impressionnante mais tout à fait conforme à ce que nous allons observer par la suite dans la capitale ou même dans le pays. Un intérêt non négligeable de l’édifice est que l’on peut monter sur son toit pour en apprécier toutes les coupoles, mais aussi avoir un joli panorama sur la place et sur la ville.


    Le menu du jour à 3,30 €

    J’avais déjà évoqué le coût modeste de la vie en Équateur, particulièrement pour la restauration. Attirés par une ardoise dans la rue affichant un menu complet à 3,30 € nous avons décidé de tenter l’expérience, d’autant que le lieu avait l’air accueillant (un petit patio à l’écart de la rue largement décoré d’artisanat local). Alors nous voilà assis et l’on nous sert successivement l’entrée composée d’une salade de fruits (pourquoi pas…) et d’une empanada sucrée, une boisson (horchata = tisane fruitée), un plat de résistance appelé cecina lojana puis un dessert : une glace à l’Oreo. La cecina lojana est un plat traditionnel de la province de Loja, comportant une tranche fine de filet de porc marinée dans une pâte d’ail, de cumin, d’origan et de roucou, séchée au soleil puis cuite au four. L’accompagnement se composait d’une sauce maison, d’une salade de crudités et de yuca cuit. Au total, un rapport qualité-prix imbattable !


    Le musée ethno-historique d’artisanat Mindalae

    Il n’y a pas que le nom qui est extraordinaire, le contenu l’est tout autant et nous a émerveillés Claudie et moi. Sont présentés ici, sur 5 étages reliés entre eux par une colonne de lumière, un large échantillon de l’artisanat traditionnel des groupes indigènes de l’Amazonie, des Andes et de la côte, ainsi que des illustrations de leurs traditions ancestrales. Un véritable hommage vivant aux peuples autochtones et à leur savoir-faire. On trouve pêle-mêle des céramiques au design peu commun, des vêtements traditionnels et de fêtes, des objets en bois sculpté, des instruments de musique, des colliers de cérémonie, et de très nombreux objets rituels liés au chamanisme ou aux dieux et démons andins. Le tout dans une présentation impeccable et didactique. Avec une belle boutique à la sortie en soutien aux nombreuses communautés qui ont participé. Désolé si j’ai mis trop de photos, tout était si beau et passionnant que j’ai eu un mal fou à trier… Pour info les Mindalae étaient des marchands indigènes qui reliaient les communautés par l’échange de biens et de savoirs. Un peu comme nos anciens colporteurs.


    Une sur 200

    Quito compte plus de 200 églises, soit bien davantage par habitant que Paris, ce qui peut se comprendre par l’énorme besoin en lieux de culte lors de l’évangélisation forcée de la population à l’arrivée des Espagnols. Nous en avons vu plusieurs, chacune ayant ses propres caractéristiques, mais s’il faut n’en parler que d’une seule, ce sera l’église de la Compagnie de Jésus. Il a fallu 160 ans pour la construire, entre 1605 et 1765, mais cela valait le coup : sa façade et son intérieur sont parmi les plus riches exemples du baroque colonial en Amérique du Sud, avec une profusion d’or, de sculptures et de motifs décoratifs. L’intérieur notamment est entièrement recouvert de feuilles d’or. Un incendie au siècle dernier et plusieurs séismes dont le dernier en 2016 ont tenté de ternir l’image de ce merveilleux édifice, mais à chaque fois des campagnes intenses de restauration ont permis de tout réparer. On n’ose à peine imaginer le travail que cela représente !


    Un peu de street-art

    Comme toute ville sudaméricaine qui se respecte, Quito compte un certain nombre d’œuvres de street-art. Les particularités sont la concentration dans le quartier dit de La Floresta et le portage fréquent de messages sociaux et culturels. Autour du marché artisanal, ce sont plutôt les attraits touristiques de l’Équateur qui sont représentés. Cela dit, nous avons vu (bien) mieux ailleurs, mais c’est de notre faute, nous voyageons trop !


    Théâtre, chocolat et fruits empilés

    Juste avant de rentrer, une envie de cañelazo me prend… Nous trouvons notre bonheur rapidement en admirant un joli théâtre de style colonial, appelé Bolivar, c’est dire. Juste au-dessous, une énorme fève de cacao indique la présence de l’une de ces nombreux ateliers-boutiques qui font la démonstration et la dégustation de chocolat sous différentes formes. Car l’Équateur est réputé pour son cacao. Le pays en est le 3ème exportateur mondial, après la Côte d’Ivoire et le Ghana, avec une qualité supérieure. Nous ne tardons pas à en avoir la confirmation en testant  au moins une douzaine de parfums différents de chocolat. Et en dégustant une version locale du cañelazo où l’alcool de canne à sucre (aguardiente) est remplacé par de la liqueur de cacao. Excellent mais à consommer avec modération bien sûr ! À peine plus loin, nous entrons dans une supérette pour faire quelques courses et découvrons ce que nous avions déjà remarqué dans la rue : les fruits et légumes sont pour la plupart vendu empilés verticalement dans de petits sachets transparents. Il est possible que cela facilite la vente sans pesage, chaque sachet étant vendu généralement 1 dollar. Le même genre de conditionnement est d’ailleurs fréquemment vendu à tous les endroits où les automobilistes ralentissent : feux, péages, croisements, ralentisseurs, bouchons, etc.


    Pause famille

    D’autres découvertes nous attendent à Quito, mais ce sera pour dans un peu plus d’un mois. Est venu en effet le temps de notre pause familiale quadrimestrielle. L’occasion de distiller ici le récit de notre voyage en famille en Équateur et au Pérou vingt-deux ans auparavant. Le prochain article y sera consacré. A très bientôt donc !