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  • 176. Équateur 2003

    176. Équateur 2003

    Du 19 octobre au 13 décembre 2003, nous avons effectué un voyage itinérant sac au dos en Équateur et au Pérou avec nos 4 enfants âgés de 4 ans ½ à 13 ans, comme nous avions pris l’habitude de le faire à cette période-là. Ce voyage étant en période scolaire, nous communiquions avec les classes et avec notre famille par courriel (on disait encore e-mail à l’époque…) et l’ensemble de ces textes était ensuite réuni, illustré de quelques photos, dans un album de voyage. C’était un peu l’ébauche du blog actuel. Le temps de notre pause familiale, j’ai décidé d’insérer en guise de flash-back ce récit dans En Route Avec Roberto. Commençons par l’Équateur.


    Courriel du 18/10/2003

    En route pour la Mitad del Mundo !

    Bonjour,

    Nous voici de nouveau à l’heure fébrile du départ, quand tout est prêt et rien n’est prêt à la fois, quand le doute regagne du terrain sur la certitude, quand quelques craintes essaient de ternir les joies du départ.

    D’un intervalle de 2 ans entre nos précédents voyages nous sommes passés à moins d’une année, parce que nous venons de définir que la fin du raisonnable pour les absences scolaires était la transition collège-lycée, et qu’il fallait donc profiter au mieux des 2 années qui nous restaient. Non pas que nous y ayons été poussés par les enseignants, qui, bien au contraire, ne nous auront peut-être jamais autant soutenu que cette année. Des courriers élogieux aux administrations aux programmes scolaires plus que détaillés (parfois au jour le jour dans certaines matières alors que nous ne demandions que les grandes lignes), en passant par l’e-mail d’un professeur en congé de paternité s’excusant d’être en retard, ou enfin le coup de téléphone à la maison pour donner des précisions supplémentaires, tous se sont donnés pleinement, comme s’ils rêvaient un peu de partir avec nous… Nous les remercions en tout cas vivement et ferons de notre mieux pour que nos enfants ne prennent pas de retard.

    Du coup, la préparation n’a duré que 9 mois et n’a sans doute pas été aussi approfondie que d’habitude, ce qui est d’autant plus dommageable que nous changeons de continent et de climat. Certes nous avons relu Tintin au pays des Incas (au moins deux douzaines de fois pour Achille qui pourtant ne sait pas encore lire !), parcouru quelques guides touristiques, fouillé un peu dans la vie de Darwin et l’écosystème des Galápagos. Claudie a lu quelques livres concernant notre voyage et en a commandé quelques autres que nous lirons sur place. Certes la composition des sacs à dos n’est plus un casse-tête depuis longtemps et n’a nécessité que quelques adaptations dues à la croissance de nos enfants ou au climat envisagé. Notre questionnement vient surtout de cette nouvelle population que nous allons rencontrer :  les Équatoriens et Péruviens seront-ils aussi accueillants que les asiatiques ? N’allons-nous pas mettre nos enfants en insécurité ici alors que là-bas c’était si paisible ? La rébellion récente en Bolivie est-elle contagieuse ? N’aurons-nous pas de difficulté à communiquer en Espagnol plutôt qu’en Anglais ? Allons-nous souffrir du froid sous les tropiques ?

    Mais tout aussi rapidement, les bons moments de nos voyages précédents nous reviennent à l’esprit. Tous nos enfants sont d’ailleurs très partants, à l’image de Mélusine qui écrit, dans une fiche de présentation de début d’année proposée par son institutrice, à la rubrique « Qu’est-ce que tu aimes faire ? » : « Voyager avec mes parents ». Tous regrettent évidemment d’abandonner leurs copains, leur école, leur maison quelque temps, mais tous apprécient tout autant la rupture avec le train-train quotidien, la découverte d’autres paysages, d’autres gens, d’autres habitudes, d’autres nourritures. Les 3 à 4 heures de travail scolaire quotidien sont denses mais laissent libres toutes les matinées pour partir en exploration, et toutes les fins de journées aussi. Le voyage est aussi l’occasion d’une vie de famille plus riche qui fait du bien à tous.

    Au programme cette année, rien de bien précis, comme d’habitude. Les circuits du genre « Journée n°7 : petit déjeuner continental et départ en bus à 7h pour X, visite au passage de Y et Z » ne sont pas pour nous. Arrivée à Quito 4 heures après avoir décollé de Madrid (avec le décalage horaire en plus, hélas), quelques jours à la « Posada del Maple », un petit hôtel réservé par Internet (vous pouvez allez voir, c’est www.posadadelmaple.com, ce serait amusant de vous faire un petit coucou devant la webcam s’il y en avait une…), et ensuite nous avons quartier libre jusqu’au 12 décembre à Lima. Quelle liberté ! Nous irons certainement voir assez rapidement la Mitad del Mundo (moitié du monde), un site touristique situé pile sur la ligne de l’Équateur pas du tout imaginaire à cet endroit et qui détaille toutes les particularités physiques de l’endroit : les œufs y tiennent paraît-il sur la tête d’une épingle, les chasses d’eau coulent sans tourbillon, les gens pèsent moins lourd, etc… Nous espérons pouvoir faire une escapade aux mythiques Iles Galápagos et traverser une partie du pays par l’Avenue des Volcans. Voilà le programme préliminaire pour vous mettre l’eau à la bouche.

    Si les accès à Internet sont aussi faciles qu’on le dit, nous devrions vous faire parvenir les prochaines nouvelles dans une dizaine de jours. Si pour une raison ou une autre vous ne souhaitez plus recevoir ces messages, nous le comprendrions très bien, et il suffit juste de nous le faire savoir.

    À bientôt donc,


    Courriel du 25/10/2023

    L´aventure commence à Madrid !

    L'aventure commence à Madrid : mais où est le sac à dos d'Amandine ?
    L’aventure commence à Madrid : mais où est le sac à dos d’Amandine ?

    Le risque de vol à la tire étant plus grand en Équateur qu’en Asie, nous avions largement insisté auprès de nos enfants pour qu’ils surveillent soigneusement leurs effets personnels. Le premier test grandeur nature a eu lieu à Madrid et a dépassé toutes nos craintes : Amandine a mis moins de 10 mn pour perdre son sac à dos, qui contenait évidemment tout son matériel scolaire et une bonne partie de ses vêtements… Le voyage commençait très fort ! Le retour au pas de course sur le lieu supposé de la perte (ah que nous avions belle allure !) n’a abouti à rien, pas plus que les appels à l’aide au personnel de l’aéroport peu intéressés manifestement par l’affaire. L’heure de notre correspondance approchant, il ne nous restait plus qu’à faire une croix sur nos affaires et rejoindre piteusement la porte d’embarquement. Les yeux humides d’Amandine ne lui avaient pas pour autant affaibli la vision, puisque, o miracle, elle aperçoit soudain au loin dans la zone d’embarquement d’un autre avion son bien le plus précieux du moment. À grands renforts de bras et de cris, nous réussissons cette fois à alerter les policiers de l’endroit, qui nous rendront bien volontiers le sac qu’ils auraient dû faire exploser en l’absence de son propriétaire… Ouf !


    ¡Buenos días, Ecuador!

    Nous découvrons Quito, la capitale du pays, étalée toute en longueur à 2850m d’altitude sous le volcan Pichincha qui, lui, frôle celle du Mont-Blanc. Si l’on excepte le quartier colonial qui garde le cachet de cette époque, l’architecture de la ville nous apparaît d’une grande monotonie, basée sur un élément essentiel : le cube de béton, décliné en plusieurs tailles et couleurs. Le quadrillage impeccable des rues renforce encore cette sensation d’uniformité, tout en rendant le repérage assez facile. La ville est vivement colorée, avec des mélanges parfois très réussis mais souvent très criards. La circulation est dense, et bus et taxis se comportent comment s’ils voulaient écraser le plus possible de passants. La population des rues nous ignore (où sont nos beaux sourires d’Asie ?), sans doute habituée aux mélanges de couleurs, mais lorsqu´on l’aborde dans les boutiques, l’amabilité est toujours de mise. Quelques indiens  »en tenue » (chapeau, tresse, poncho, …), manifestement cantonnés aux emplois subalternes, donnent pour l’instant la seule touche exotique à la ville. Le temps est plutôt agréable, avec un ciel bien dégagé le matin et plus chargé l’après-midi, des températures avoisinant 25 degrés dans la journée mais descendant rapidement le soir (petite laine obligatoire). La nourriture ne devrait guère poser de problème, puisque le plat national est le poulet-frites, mais nous ne manquerons pas de nous réorienter vers des spécialités locales … plus locales, si l’on peut dire. Notre seul vrai problème pour l’instant est la langue. Basile et Claudie qui ont étudié l’Espagnol comprennent bien l’écrit mais manquent de pratique à l’oral. Amandine et moi qui sommes débutants allons devoir faire des progrès rapidement car l’Anglais est très peu parlé.


    La Mitad del Mundo

    Nous partons en bus pour visiter ce site à 22 km au nord de Quito. L’animation ne manque pas à bord, avec des vendeurs de toutes sortes et des musiciens qui se succèdent.

    La Mitad del Mundo (le milieu du monde) est située à l’endroit exact où passe l’équateur, celui-ci étant matérialisé par une ligne jaune au sol. Nous ne résistons pas à la tentation de photographier nos enfants un pied dans chaque hémisphère. Nous visiterons aussi un musée consacré aux différentes étapes de la localisation précise de l’endroit par des savants français. A l’aide d’un sextant et de quelques instruments du même type, après 4 années de mesures, La Condamine au XVIIIème siècle ne s’était trompé que de quelques kilomètres. Si seulement il avait connu le GPS ! Le plus intéressant de tout a été l’observation directes des particularités physiques de cet endroit, liées à la situation géographique (cadran solaire à deux faces), à la plus faible gravité (des pèse-personnes prouvent qu’un adulte fait 2 kg de moins, un œuf tient en équilibre sur la tête d’un clou) et à la force de Coriolis (nous avons vu, de nos yeux vu, un lavabo se vider avec un tourbillon dans le sens horaire à à peine 1 mètre au sud de l’équateur, dans le sens contraire à 1 m au nord, et sans tourbillon lorsqu’il était pile sur la ligne, une démonstration éclatante).

    Nos 4 enfants un pied dans chaque hémisphère
    Nos 4 enfants un pied dans chaque hémisphère

    Fin du séjour à Quito

    Ce samedi 25 octobre, nous avons récupéré le décalage horaire et sommes en pleine forme, heureux d’être là et savourant chaque instant. Hier, nous avons fait la connaissance avec la culture amazonienne, initiation à la sarbacane et à l’élevage de lamas incluses. Demain, nous partirons pour visiter les îles Galápagos, et inutile de dire que les enfants piaffent d´impatience. Nous allons sillonner l’archipel pendant 5 jours à bord d’un petit bateau de 10 places et rêvons déjà de rencontrer tortues, lions de mer, iguanes, albatros et une multitude d’autres animaux. Lorsque nous avons demandé à l’agence si nous étions certains de voir des animaux, ils nous ont répondu avec cette phrase merveilleuse : “Là-bas, ce sont les animaux qui vous regardent”

    À bientôt


    Courriel du 5/11/2003

    Escapade aux Iles Galápagos

    Embarqués avec six autres passagers et quatre membres d’équipage sur le Cormorant, nous avons croisé pendant quatre jours entres les principales îles de l’Archipel, séparées par quelques heures de navigation. Chaque matin et chaque après-midi, nous débarquions avec un petit canot sur une plage différente pour partir quelques heures en exploration. Nous avons vite compris que les touristes ici étaient tout juste tolérés, ne pouvant accéder qu’à des zones restreintes (10% de l’archipel) et dûment accompagnés d’un guide officiel, tellement l’écosystème est fragile. La moindre bestiole agrippée par mégarde sous nos chaussures – nous passons sur un tapis désinfectant à l’arrivée à l’aéroport – ou la moindre graine apportée innocemment dans nos bagages – fouille au départ avec confiscation des cacahuètes et autres gâteries – pourraient créer une catastrophe écologique et décimer toute une espèce. Les précédents sont hélas nombreux. En contrepartie de ces tracasseries, nous avons pu observer de vraiment très près, mais sans l’autorisation de toucher (les enfants se sont sentis très frustrés) une faune et une flore exceptionnelle, souvent uniques au monde : le mot endémique revient souvent dans la bouche du guide. Ne serait-ce que d’une île à l’autre, les espèces diffèrent déjà des quelques détails qui ont permis à Darwin d’élaborer sa célèbre théorie, ou plutôt de prouver celle de son grand-père, comme nous avons pu le lire. Nous nous sommes donc régalés d’observer à loisir des centaines d’otaries paressant sur les plages ou jouant dans l’eau, les tortues géantes qui ont donné leur nom aux îles, des colonies de flamants rose bonbon, des crabes rouges d’un côté et bleus de l’autre, une multitude d’iguanes marins ou terrestres de belle taille, des oiseaux de toutes sortes dont les célèbres pinsons de Darwin, les adorables fous à pattes bleues, les fous masqués, les mouettes de lave avec leurs yeux joliment cerclés de rouge, les élégants oiseaux tropicaux avec leur longue queue blanche et leurs becs rouges, des albatros en pleine parade nuptiale, les frégates au jabot rouge vif et les pélicans sympathiques qui suivaient le bateau. Et j’allais oublier l’oiseau moqueur qui venait boire dans le creux de notre main ! Côté sous-marin, nous avons pu entrevoir une baleine au loin, quelques tortues vertes sortant la tête de l’eau entre deux vagues, des inquiétants bancs de raies noires ou pastenagues frôlant nos pieds. Enfin, pour ceux d’entre nous qui se sont adonnés au snorkeling (plongée avec masque et tuba), les hauts fonds arboraient quelques beaux coraux, étoiles de mer fluorescentes, une myriade de poissons multicolores, et quelques requins-marteau ayant suffisamment à manger pour ne pas avoir la mauvaise idée de s’attaquer aux nageurs.

    Bien entendu, les appareils photos n’ont pas chômé, et nous espérons bien vous ramener de belles images. Pour nous, elles sont déjà gravées définitivement dans notre tête…


    L’avenue des volcans

    “Quitte à quitter Quito, quittons Quito par le bus, quitte à s’acquitter d’un ticket. C’est équitable, non ? Et qui t’es toi pour tiquer ? “ (dictée du 1er novembre : vous voyez bien que l’on fait travailler les enfants…)

    Ni la capitale, ni les Iles Galápagos n’étant représentatifs de l’Équateur, nous avons hâte de découvrir enfin ce pays. Nous avons décidé de le parcourir du nord au sud, par la sierra centrale (hauts plateaux andins) car les zones côtières à l’ouest sont très embrumées à cette époque de l’année tout en étant dangereuses par endroits, tandis que la forêt amazonienne à l’est est peu pénétrable. Le paysage se révèle d’emblée superbe, avec des zones vallonnées au centre, où l’on cultive avec peu de moyens toutes sortes de céréales, fruits et légumes dans des champs bordés de haies de cactus, et des reliefs montagneux en périphérie faits de montagnes abruptes et de volcans dont les plus élevés sont enneigés (Chimborazo : 6310m, Cotopaxi : 5897m). Une trentaine de volcans sont actifs, tel le Tungurahua qui émet actuellement de grosses volutes de fumée juste au-dessus de nos têtes. Il est d’ailleurs en alerte rouge depuis 1999, détruisant cette année-là une partie de la ville. Mais les habitants ont l’air assez sereins, alors nous aussi… D’autres volcans ont fait leur temps, comme le Quilotoa, dont nous avons visité la superbe lagune vert émeraude.


    Les villes restent les villes, avec leurs cubes de béton (cf. Quito), mais la population dans le cœur du pays est plus authentique, le meilleur témoin étant sans doute le taux de portage de l’élégant petit chapeau équatorien : 75% ici contre 5% à Quito. L’habitat en campagne est différent, avec des maisons en briques au toit pentu, ou bien des maisons dont le toit et les murs sont d’un seul tenant et habillés de chaume. La peau violacée et pelée des joues des autochtones témoigne de la rudesse de la vie et du climat. Le port du chapeau atteint ici 95%, y compris chez les enfants. Dans l’ensemble, les gens communiquent assez facilement.


    La Toussaint et la fête des morts

    La fête des morts est très populaire pour cette population chrétienne fortement pratiquante. Les cimetières où les caveaux sont placés tout en hauteur sont richement décorés à cette occasion. Les gens laissent trace de leur passage en agrafant une carte de visite sur un ruban accroché à la plaque funéraire, et il y en a souvent plusieurs dizaines. À noter aussi que l’on vend glaces et boissons à l’intérieur même du cimetière ! Parmi celles-ci, nous avons pu goûter à une préparation qui ne se consomme qu’à cette période de l’année : la colada morada, une délicieuse boisson chaude à base de fruits rouges (fraises, mures, myrtilles…) et de farine de maïs, accompagnée d’un petit pain au lait en forme de bonhomme.


    Baños

    C’est une agréable ville thermale qui nous amène une pensée émue pour nos collègues restés au travail. Nous nous baignons chaque matin dans une belle eau aussi chaude que jaune, “bouillante” d’après Achille pour le bassin à 54 degrés. Nous flânons dans les rues couvertes chaque jour d’un nouveau voile de cendres. Nous visitons la cathédrale et son prieuré construits en pierres volcaniques. Nous observons les pâtissiers étirer devant leur boutique des bandes de melcocha, une mélasse de canne à sucre transformée ensuite en bonbons colorés. La ville est entourée de montagnes abruptes, reliées l’une à l’autre par des tarabitas, nacelles suspendues à un filin tracté par un moteur de camion, que nous avons bien sur essayées : sensations fortes garanties. Nous allons essayer ce soir d’aller voir le volcan Tungurahua en activité, mais cela dépend du temps, assez couvert aujourd´hui. Nous vous en dirons plus la prochaine fois…

    À bientôt !


    Courriel du 11/11/2003

    Le volcan Tungurahua, suite et fin

    Nous nous présentons vers 20h30 à l’agence qui organise le tour, un peu inquiets car le ciel commence à se couvrir et qu’il s’agit de notre dernière chance puisque nous quittons la ville demain. Heureusement, on nous dit que c’est bon et nous partons derechef en 4×4 à l’assaut de la montagne située juste en face du volcan. L’ascension de celui-ci est interdite, et nous comprendrons peu après pourquoi. La montée se fait d’abord dans la brume, puis nous émergeons des nuages pour découvrir la masse sombre du volcan (plus de 5400m d’altitude) surmontée d’une colonne de fumée encore plus sombre.

    « Fuego ! Fuego ! » dit brutalement le chauffeur pointant le doigt vers la fumée tout en se rapprochant dangereusement du ravin. Mais nous avons beau scruter dans la direction indiquée, nous ne voyons rien.

    « Fuego ! Fuego ! » dit-il encore une minute plus tard. En y mettant de la bonne volonté, nous trouvons effectivement que la base de la fumée présente vaguement quelques reflets rosâtres. Au bout de dix minutes de ce petit jeu, Claudie remonte déçue dans la voiture avec Mélusine et Achille qui ont froid, tandis que je me refuse encore à croire à l’arnaque. Le chauffeur vient alors nous soutenir le moral en nous offrant une petite tisane bien chaude allongée d’un peu de rhum et en nous racontant l’éruption de 1999 où la ville se réveillait chaque matin avec une couche de 25cm de cendres. Soudain, et je jure que le rhum n’y était pour rien, nous apercevons une gerbe rouge vif au-dessus du cratère, puis plusieurs autres, et nous suivons les yeux écarquillés la lave qui s’écoule rapidement sur les flancs du volcan, jusqu’à en couvrir un bon quart. Un grondement suit de peu, sourd et prolongé, impressionnant. Nous verrons ainsi plusieurs émissions pyroclastiques et écouterons le tonnerre qui les accompagne. Le guide nous explique que la lave recouvrirait tout en moins d’un quart d’heure si la colère du volcan s’accentuait… Du coup, au moment de redescendre en ville, plus personne n’est rassuré ! Mais, puisque vous lisez ces lignes, c’est que nous en avons réchappé…

    NB : Ni les photos du volcan ni les schémas des coulées historiques ci-dessus ne sont de nous : En 2003, nous ne voyagions qu’avec un petit appareil photo argentique compact incapable de réaliser de tels clichés. Mais les photos sont assez proches de ce que nous avons observé.


    Le petit train de Riobamba au « Nez du Diable »

    Son originalité tient principalement à la possibilité de voyager sur le toit, ce qui est d’autant plus intéressant que les paysages traversés sont fabuleux, avec des pampas arides comme des vallées fertiles encadrées par des montagnes gigantesques à 4 ou 5000 m d’altitude, et que le train circule sans parapet au bord de précipices vertigineux. Comme on dit, il n’y a qu’à bien se tenir ! Le trajet se termine sur une descente impressionnante (plus de 2000m perdus en quelques kilomètres seulement) en zigzag sur les flancs d’un gros rocher en forme de nez. L’appellation vient des pertes humaines importantes enregistrées lors de la phase de construction. L’arrivée se fait en plein centre-ville, les rails occupant le milieu d’une rue et les bâtiments de la gare s’insérant simplement entre deux maisons.


    Scènes de rue à Cuenca

    Troisième ville de l’Équateur, Cuenca est probablement la plus belle. Elle est d’ailleurs classée au Patrimoine mondial de l’Humanité par l’UNESCO. Peut-être plus épargnée que les autres cités par les tremblements de terre, elle a gardé un caractère colonial très marqué, avec des façades ouvragées aux balcons somptueux en fer forgé, des avant-toits peints et souvent sculptés, le tout avec de beaux mélanges pastel qui donnent un ensemble assez harmonieux.

    Le rythme de vie y semble un peu plus lent qu’ailleurs, et nous avons eu l’occasion de bien l’observer. D’abord, le symbole de l’Amérique du Sud, l’homme au sombrero qui somnole sur le pas de sa porte : il est bien là, à chaque coin de rue. D’autres autochtones dorment par terre ou mendient, ce qui dérange nos enfants. Les vendeurs de tout et n’importe quoi abondent sur les trottoirs, dans les bus, dans les jardins publics, et même dans les allées étroites et déjà encombrées des marchés, ce qui n’arrange rien. Ils ne sont néanmoins jamais envahissants, et puis il y a des côtés pratiques. Ainsi, si l’on a subitement l’envie de connaître son poids, il se trouve toujours quelqu’un avec un pèse-personne à deux pas de chez soi. Un problème malgré tout, c’est que beaucoup de ces vendeurs sont des enfants. Le taux de scolarisation est très bas en Équateur (30% je crois). C’est désolant, mais nous n’y pouvons pas grand-chose.

    La ville de Cuenca est tellement agréable que nous explorerons ses rues à maintes reprises, juste pour le plaisir de flâner. Elle est aussi un haut lieu culturel de l’Équateur qui a engendré beaucoup d’artistes et qui comporte pas mal de visites dignes d’intérêt. Une mention particulière pour le musée de squelettologie qui, outre des informations utiles pour comprendre comment s’adapte le squelette en fonction de l’environnement et du mode de vie des espèces, donne moult détails sur les circonstances de décès de certains des « animaux » exposés, comme l’éléphanteau mort au cours d’une représentation d’un cirque de passage dans la ville, ou l’oiseau ayant succombé à une crise cardiaque… Nous visiterons aussi une fabrique de « Panamas », dont chacun de vous sait que ces chapeaux sont originaires …d’Équateur, non ?


    Et ça mange quoi un équatorien ?

    Pas de difficulté pour se nourrir ici, on trouve à manger de tout, à toute heure et à tous les prix, un peu comme en Asie. Par contre, si la variété est abondante, la qualité de la cuisine laisse souvent à désirer, à moins peut-être de se cantonner aux grands restaurants, ce que notre budget ne permet pas. Le riz, le maïs, les haricots rouges, les pommes de terre et le poulet constituent la base de l’alimentation. On trouve un peu partout des « menus du jour », peu différents du matin au soir, comportant une soupe, un plat de résistance et une boisson pour la modique somme d’un euro, avec des quantités gargantuesques qui permettent de nourrir au moins deux personnes (européennes, pas américaines, c’est dingue ce qu’ils peuvent engloutir). Alors, inutile de dire que l’on ne se ruine pas pour manger. Par contre, on n’a rien sans rien, il faut à ce prix là supporter la télé braillarde qui semble quasi incontournable…

    A côté de ces plats de base, nous goûtons le plus souvent possible à des spécialités plus typiques, un peu moins grossièrement cuisinées, mais toujours avec les mêmes ingrédients essentiels. Nous avons découvert de nouveaux fruits exotiques dont nous ignorons encore le nom. Nous avons testé l’Inka-Cola, qui supplante presque au Pérou la boisson américaine à l’acide phosphorique, mais qui n’a rien à voir : couleur jaune fluo et goût prononcé de médicament. Nous avons osé la « chicha », boisson à base de yucca salivé par de vieilles indiennes pour en déclencher la fermentation. Enfin, nous avons préféré éviter, pour des raisons sentimentales, le cochon d’Inde rôti, fort apprécié ici le dimanche…


    Dernier trajet en Équateur

    Nous avons rejoint en bus la ville de Loja, sa jolie porte en forme de château et son parc d’attraction. Ici, les mini-monuments du monde et le petit zoo avec ses nandus (sortes d’autruches) ont fait le bonheur des enfants. Nous franchirons demain la frontière péruvienne. Très bientôt, nous ne pourrons plus employer l’expression « Ce n’est pas le Pérou ! »

    À bientôt au Pérou !

  • 175. Roberto au pays de l’or noir

    175. Roberto au pays de l’or noir

    Nous voici donc en Équateur, 8ème pays de notre périple sudaméricain et 46ème pays visité pour Roberto depuis sa naissance en 2021. Dans un premier temps, nous avons un peu moins d’un mois pour rejoindre l’aéroport de Quito, pour notre parenthèse familiale quadrimestrielle. Ce sera donc un trajet assez direct longeant l’avenue des volcans sur l’altiplano équatorien, comportant néanmoins des étapes intéressantes et nous replongeant dans ce pays 23 ans après notre première visite.

    Parcours Equateur 1
Roberto au pays de l'or noir
    Parcours décrit dans cet article, en version zoomable ici

    Roberto au pays de l’or noir

    La première chose qui nous a frappés en entrant en Équateur à partir du Pérou et de son décor aride, ça a été la couleur verte partout. Et ceci très vite après la frontière. On se demande comment le climat peut changer ainsi du tout au tout. Bananeraies à perte de vue relayées par des champs de canne à sucre, de cacaoyers ou encore de mais, on peut imaginer que les exportations vont bon train et j’étais à deux doigts d’intituler mon article « Roberto au pays de l’or vert ». Jusqu’à ce que nous passions à la pompe. 64 centimes d’euro le litre de gazole !!! Contre 1,41 € au Pérou (ce qui n’était déjà pas si mal) et surtout 2,23 € en France ! Nous sommes contents de visiter le premier pays exportateur de pétrole d’Amérique latine (a priori, le Venezuela était devant, mais depuis le bombardement des installations j’imagine que la donne a changé). Et du coup j’ai changé le titre de mon paragraphe.


    Bondieuseries modernes

    C’est le paradoxe de cette église de Balbanera, proche de la ville de Riobamba : elle est à la fois la première église catholique d’Équateur et l’objet d’un marketing moderne. Loin des églises en rondins de bois que l’on imagine après avoir regardé le film Mission, et qui ont toutes péri lors d’incendies plus ou moins volontaires, celle-ci bâtie en 1534 est de construction solide, toute en pierres taillées et sculptées, et s’est montrée résistante à tous les tremblements de terre qui sont passés par là. Si l’on peut apercevoir la nef depuis le portail principal, l’accès nécessite de traverser une boutique-café sur le côté que je qualifierais volontiers de LOA (locomotion avec option d’achat). Aux côtés des classiques statuettes, amulettes et bougies, on trouve ce que l’on pourrait appeler des objets dérivés : eau bénite en bouteilles plastique, bière et liqueur locales, bijoux fantaisie et, plus étonnant, médicaments religieux : connaissiez-vous le Rosarium (comprimés contre le stress, la dépression et la sclérose cardiaque) ou encore la Misericordina (je n’ai pas pu lire les indications mais c’est peut-être pour les crises de foi ?)


    Riobamba : du classique mais de la fraîcheur

    Après les températures torrides de la côte pacifique, nous sommes heureux de reprendre un peu d’altitude. Une route en mauvais état (on nous avait pourtant affirmé que le standard sudaméricain allait remonter en Équateur) nous hisse jusqu’à Riobamba, qui serait la première ville espagnole du pays. Alors il n’est pas étonnant d’y retrouver les grands classiques de la période coloniale : églises et bâtiments administratifs baroques, patios et autres places des Armes. La ville était très animée lors de notre passage, ayant organisé un défilé auquel la moitié de la population semblait assister. Nous avons attendu le passage du cortège qui mêlait étonnamment fanfares, conseils municipaux, miss et promos des grandes écoles, plus quelques personnages loufoques dont nous n’avons pas compris la signification. Au total une ville sans intérêt majeur mais qui nous a réconcilié avec les températures tempérées à fraîches de l’Altiplano andin.


    Plus haut que l’Everest !

    Au-dessus de Riobamba s’élève le Chimborazo, volcan inactif culminant à 6 268 m. C’est le point culminant de l’Équateur. Mais si l’on prend comme référence le centre le la Terre, c’est aussi le point culminant de notre planète ! En effet, en raison de l’aplatissement du globe terrestre au niveau des pôles et de son élargissement au niveau de l’équateur, le sommet du Chimborazo est à 6 384 km du centre de la Terre tandis que celui de l’Everest n’en est éloigné que de 6 382 km. Maintenant, nous n’avons pas pu voir à quoi ressemblait cette masse aussi énorme que timide qui est restée cachée en permanence derrière les nuages. Il faudra se contenter d’illustrations indirectes, comme ce petit zoom bricolé sur Google Earth, cette photo où le volcan est représenté sur un tapis ou encore l’histoire de Baltazar Ushca. Cet homme est célèbre pour avoir été le dernier ramasseur de glace du volcan Chimborazo. Pendant 60 ans, il a été y chercher 1 à 2 fois par semaine des blocs de glace de 27 kg qu’il ramenait enveloppés dans du foin aux vendeurs de crème glacée du marché de Riobamba pour quelques dollars…


    Mick et Mouse

    Il s’appelait Fray Lazaro de la Cruz de Santofinia, que je vais raccourcir arbitrairement à Mick, pour les besoins de la cause. C’était un moine franciscain du XVIe siècle, en charge de l’église de l’Assomption de la ville de Guano. Il était tellement dévoué à sa tâche qu’à sa mort les fidèles le placèrent dans un sarcophage intégré dans les murs de l’église pensant ainsi qu’il pourrait continuer à veiller sur elle. Ça a dû marcher un temps, mais en 1949, un violent tremblement de terre fit s’écrouler l’église et apparaître le sarcophage. On y découvrit non seulement le moine, miraculeusement momifié par la chaux vive dont on avait recouvert son corps, mais aussi une souris, momifiée de la même façon. Personne ne sait si elle avait atterri volontairement ou non dans le sarcophage, mais dans le doute les deux momies sont désormais unies pour l’éternité.


    Tourisme à Baños

    Nous arrivons à Baños par des routes de montagnes aussi belles qu’escarpées, dont les pentes couvertes de cultures bien penchées nous étonnent : le travail de la terre doit être bien difficile. Mais dans ces régions volcaniques, la terre est très fertile, alors on plante à tout va. Baños n’est qu’à quelques kilomètres d’un volcan très actif, le Tungurahua. Les éruptions multiples entre 1999 et 2016 ont entraîné plusieurs évacuations massives de la ville. Un retour au calme est observé depuis 2017, mais le volcan peut se réveiller à tout moment. Ce qui n’empêche pas les touristes d’affluer, Baños ayant multiplié les activités pour eux. Nous venions plutôt pour le thermalisme, mais nous avons dû nous contenter d’un petit parc fleuri en altitude et d’une visite du centre-ville. Car au moment de profiter des bains thermaux, la pluie a fait son apparition. Ça n’a pas enlevé l’esthétisme du lieu mais ça nous a fait craindre une expérience désagréable.


    Art topiaire

    J’avais l’impression d’avoir déjà évoqué ce mot, mais je ne le retrouve pas dans le moteur de recherche du blog. Connaissez-vous l’art topiaire ? Hérité de l’Antiquité romaine, c’est l’art de tailler des arbustes persistants pour leur donner des formes géométriques, ornementales ou figuratives. Et dans ce Jardin des Amoureux de la ville d’Ambato, nous en avons eu une belle démonstration. La preuve en images !


    Art mural salutaire

    Ambato se veut aussi la ville des couleurs et a financé un projet d’installer 25 fresques géantes dans différents endroits stratégiques, notamment ceux qui manquaient de sécurité. Incroyable le pouvoir de l’art ! Nous avons admiré en tout cas cette œuvre toute fraîche qui met superbement en valeur un escalier de la ville.


    Je m’baladais sur l’avenue

    Remontant ce que l’on appelle ici l’Avenue des Volcans, un parcours d’un peu plus de 300 km traversant les hauts plateaux andins et comportant pas moins de 90 volcans dont 25 sont encore actifs, nous arrivons à Latacunga. Résiliente, cette ville de 65 000 habitants a du renaitre 3 fois de ses cendres après avoir été détruite 3 fois par le terrible Cotopaxi aux XVIIIe et XIXe siècles. Prudente, elle comporte surtout des maisons en rez-de-chaussée, et a recouvert plusieurs de ses églises de toits arrondis. Il est agréable de s’y promener, dans une ambiance très détendue et absolument pas touristique : tout ce qu’on aime ! Nous y avons visité un bel espace culturel gratuit, découvrant au passage l’évènement annuel majeur de la ville : le festival de la Mama Negra. Un curieux personnage féminin incarné par un homme déguisé en femme, portant des habits luxueux et colorés, ainsi qu’un masque noir et un bébé dans les bras. Cette Mama Negra symbolise à la fois la protection, la fertilité et la résistance, en référence à l’histoire locale et aux cultures afro-indigènes. Le défilé, accompagné de fanfares et de personnages folkloriques, est un mélange fascinant de traditions catholiques, indigènes et africaines, reflétant la diversité culturelle de l’Équateur et la résilience de la ville face aux humeurs du Cotopaxi. Ça se passe malheureusement en septembre mais notre exposition nous en a donné un bon aperçu. Nous avons fait aussi un petit tour au marché, très coloré et animé lui aussi. Une bonne occasion de tester de nouveaux fruits exotiques, voire de manger à petit prix : un plat du jour local coûte 2,50 €, difficile de mourir de faim ici !


    Précaution élémentaire

    À 50 km au sud de Quito, nous décidons de faire étape sur un champ proche du Parc Naturel du Cotopaxi. Un des volcans les plus actifs d’Équateur, la dernière éruption remontant à 2022-2023 (oui, ça duré 1 an !). Le temps est mitigé. Alternant éclaircies accompagnées d’apparitions fugaces du sommet enneigé du Cotopaxi (alt. 5 911m), et passages orageux avec un ciel très sombre et des grondements dont on se demande s’ils suivent les éclairs ou s’ils proviennent de l’activité volcanique. Mais pas de soucis, nous sommes garés 300 mètres à l’EXTÉRIEUR du parc. Tout le monde sait que les coulées pyroclastiques et les torrents de boues en ébullition s’arrêtent à la barrière. Non ?


    La Vierge du Petit Pain

    Il a fallu 25 ans à la ville de Quito, de la réflexion à l’inauguration, pour que cette Vierge Marie ailée en aluminium soit installée au sommet d’une colline en forme de pain et fasse la fierté de la capitale de l’Équateur. Non seulement il s’agit de la plus haute statue en aluminium du monde, mais c’est aussi la plus haute représentation ailée de la Vierge Marie au monde. Et si l’on rajoute à la comparaison le dragon tenu en laisse, le record devient de l’ordre de l’Univers… Comme pour Lady Liberty, la statue a été fabriquée à distance, à Madrid dans notre cas, avant d’être démontée puis réassemblée sur place. On voit d’ailleurs encore les numéros à l’intérieur des pièces. Avec 7400 morceaux, il valait mieux être organisé !


    Miroir ô miroir…

    C’est assez dans nos habitudes lorsque nous visitons une capitale : nous trouvons un parking sécurisé ou un camping en périphérie, à partir duquel nous rejoignons le centre-ville chaque jour pour les visites. Notre choix s’est porté à Quito sur un petit camping d’une capacité modeste (une dizaine de véhicules) mais bien situé sur les hauteurs de la capitale, calme et avec une jolie vue. Le centre historique est à 5 km à vol d’oiseau et le double en taxi pour 5 euros pourboire 18% compris. Super pratique, donc. L’occasion aussi de rencontrer d’autres voyageurs, comme cette Autrichienne dont le Fiat Ducato garé face à notre vitre passager nous donne l’impression de nous voir dans un miroir !


    A la découverte de Quito

    La Plaza Grande de Quito

    Quito n’est pas seulement la seconde plus haute capitale du monde (alt. 2 850m) après La Paz, mais aussi la première à avoir été classée au patrimoine mondial de l’UNESCO dès 1978. Pour son centre-ville le mieux préservé d’Amérique latine, son riche passé historique et son environnement multiculturel. Nous avons commencé par explorer le vaste centre historique, dont on a l’impression de ne jamais sortir tellement on tombe de surprise en surprise. Le temps grisâtre ne rendait pas grâce aux façades multicolores bordant les rues pavées ni à la blancheur des édifices religieux ou administratifs, mais au moins il n’a pas plu et de nombreuses visites étaient en intérieur. Que ce soit les simples patios, les petits musées, les expositions ou encore les multiples églises, cathédrale ou basilique dans lesquelles nous sommes entrés. Notre premier édifice de taille – c’est d’ailleurs le plus grand de ce type de toute l’Amérique latine – a été la Basilique du Vœu National, édifiée après une sorte de pari : il fallait que les tensions sociales et politiques de la fin du XIXe siècle s’apaisent, ce qui s’est produit. Mais comme tout n’est pas résolu, le bâtiment reste prudemment inachevé… L’architecture serait basée sur celle de la cathédrale de Bourges, mais avec des gargouilles typiquement équatoriennes : crocodiles, pumas, tatous, iguanes, singes, etc.


    Un peintre quitois engagé

    Au hasard d’une rue, nous entrons voir l’expo (gratuite) de Camilo Egas, un peintre équatorien renommé né à Quito (1889-1962). Il a consacré une grande partie de son œuvre à dénoncer les inégalités sociales et la discrimination subies par les communautés autochtones (appelées indigènes en Équateur). Voici quelques-uns de ces tableaux.


    La Plaza Grande et la cathédrale

    Comme dans beaucoup de villes sudaméricaines, elle est censée être le cœur de l’animation. C’est possiblement vrai pour les touristes qui trouvent là une concentration de sites à visiter, de boutiques de souvenirs, de restaurants, de cireurs de chaussures, de vendeurs ambulants, etc. A l’inverse, les nombreux bancs et les ombres des arbres sont squattés par les retraités de la ville qui y discutent toute la journée. C’est par là que nous sommes entrés dans la cathédrale métropolitaine qui en occupe presque tout un côté. La débauche de dorures, de sculptures, de chapelles est impressionnante mais tout à fait conforme à ce que nous allons observer par la suite dans la capitale ou même dans le pays. Un intérêt non négligeable de l’édifice est que l’on peut monter sur son toit pour en apprécier toutes les coupoles, mais aussi avoir un joli panorama sur la place et sur la ville.


    Le menu du jour à 3,30 €

    J’avais déjà évoqué le coût modeste de la vie en Équateur, particulièrement pour la restauration. Attirés par une ardoise dans la rue affichant un menu complet à 3,30 € nous avons décidé de tenter l’expérience, d’autant que le lieu avait l’air accueillant (un petit patio à l’écart de la rue largement décoré d’artisanat local). Alors nous voilà assis et l’on nous sert successivement l’entrée composée d’une salade de fruits (pourquoi pas…) et d’une empanada sucrée, une boisson (horchata = tisane fruitée), un plat de résistance appelé cecina lojana puis un dessert : une glace à l’Oreo. La cecina lojana est un plat traditionnel de la province de Loja, comportant une tranche fine de filet de porc marinée dans une pâte d’ail, de cumin, d’origan et de roucou, séchée au soleil puis cuite au four. L’accompagnement se composait d’une sauce maison, d’une salade de crudités et de yuca cuit. Au total, un rapport qualité-prix imbattable !


    Le musée ethno-historique d’artisanat Mindalae

    Il n’y a pas que le nom qui est extraordinaire, le contenu l’est tout autant et nous a émerveillés Claudie et moi. Sont présentés ici, sur 5 étages reliés entre eux par une colonne de lumière, un large échantillon de l’artisanat traditionnel des groupes indigènes de l’Amazonie, des Andes et de la côte, ainsi que des illustrations de leurs traditions ancestrales. Un véritable hommage vivant aux peuples autochtones et à leur savoir-faire. On trouve pêle-mêle des céramiques au design peu commun, des vêtements traditionnels et de fêtes, des objets en bois sculpté, des instruments de musique, des colliers de cérémonie, et de très nombreux objets rituels liés au chamanisme ou aux dieux et démons andins. Le tout dans une présentation impeccable et didactique. Avec une belle boutique à la sortie en soutien aux nombreuses communautés qui ont participé. Désolé si j’ai mis trop de photos, tout était si beau et passionnant que j’ai eu un mal fou à trier… Pour info les Mindalae étaient des marchands indigènes qui reliaient les communautés par l’échange de biens et de savoirs. Un peu comme nos anciens colporteurs.


    Une sur 200

    Quito compte plus de 200 églises, soit bien davantage par habitant que Paris, ce qui peut se comprendre par l’énorme besoin en lieux de culte lors de l’évangélisation forcée de la population à l’arrivée des Espagnols. Nous en avons vu plusieurs, chacune ayant ses propres caractéristiques, mais s’il faut n’en parler que d’une seule, ce sera l’église de la Compagnie de Jésus. Il a fallu 160 ans pour la construire, entre 1605 et 1765, mais cela valait le coup : sa façade et son intérieur sont parmi les plus riches exemples du baroque colonial en Amérique du Sud, avec une profusion d’or, de sculptures et de motifs décoratifs. L’intérieur notamment est entièrement recouvert de feuilles d’or. Un incendie au siècle dernier et plusieurs séismes dont le dernier en 2016 ont tenté de ternir l’image de ce merveilleux édifice, mais à chaque fois des campagnes intenses de restauration ont permis de tout réparer. On n’ose à peine imaginer le travail que cela représente !


    Un peu de street-art

    Comme toute ville sudaméricaine qui se respecte, Quito compte un certain nombre d’œuvres de street-art. Les particularités sont la concentration dans le quartier dit de La Floresta et le portage fréquent de messages sociaux et culturels. Autour du marché artisanal, ce sont plutôt les attraits touristiques de l’Équateur qui sont représentés. Cela dit, nous avons vu (bien) mieux ailleurs, mais c’est de notre faute, nous voyageons trop !


    Théâtre, chocolat et fruits empilés

    Juste avant de rentrer, une envie de cañelazo me prend… Nous trouvons notre bonheur rapidement en admirant un joli théâtre de style colonial, appelé Bolivar, c’est dire. Juste au-dessous, une énorme fève de cacao indique la présence de l’une de ces nombreux ateliers-boutiques qui font la démonstration et la dégustation de chocolat sous différentes formes. Car l’Équateur est réputé pour son cacao. Le pays en est le 3ème exportateur mondial, après la Côte d’Ivoire et le Ghana, avec une qualité supérieure. Nous ne tardons pas à en avoir la confirmation en testant  au moins une douzaine de parfums différents de chocolat. Et en dégustant une version locale du cañelazo où l’alcool de canne à sucre (aguardiente) est remplacé par de la liqueur de cacao. Excellent mais à consommer avec modération bien sûr ! À peine plus loin, nous entrons dans une supérette pour faire quelques courses et découvrons ce que nous avions déjà remarqué dans la rue : les fruits et légumes sont pour la plupart vendu empilés verticalement dans de petits sachets transparents. Il est possible que cela facilite la vente sans pesage, chaque sachet étant vendu généralement 1 dollar. Le même genre de conditionnement est d’ailleurs fréquemment vendu à tous les endroits où les automobilistes ralentissent : feux, péages, croisements, ralentisseurs, bouchons, etc.


    Pause famille

    D’autres découvertes nous attendent à Quito, mais ce sera pour dans un peu plus d’un mois. Est venu en effet le temps de notre pause familiale quadrimestrielle. L’occasion de distiller ici le récit de notre voyage en famille en Équateur et au Pérou vingt-deux ans auparavant. Le prochain article y sera consacré. A très bientôt donc !