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  • 190. De Guane à Carthagène des Indes

    190. De Guane à Carthagène des Indes

    C’est hélas la dernière étape sudaméricaine pour Roberto qui va reprendre le chemin de l’Europe. Après avoir traîné encore un peu dans les montagnes, nous nous résignons à rejoindre la côte et son climat tropical. Pour quelques dernières aventures.

    Notre parcours de Guane à Carthagène des Indes
    Notre parcours de Guane à Carthagène des Indes – En version zoomable ici

    Guane

    À une dizaine de kilomètres seulement du plus beau village de Colombie, et dans un cul-de-sac routier, Guane n’est pourtant pas un sous-Barichara. Moins fréquentée touristiquement, moins peaufinée esthétiquement, elle n’en est que plus authentique. La pierre taillée reste le matériau principal des voiries et des maisons, avec une dimension particulière ici : la présence de fossiles. Très nombreux dans cette région couverte par la mer il y a 60 millions d’années, ils ont été d’emblée utilisés pour le bâti par les indiens Guane, au même titre peut-être que les autres roches récupérées dans le sol. Aujourd’hui, c’est devenu une tradition, voire un hommage à la mémoire historique et culturelle du village. C’est ainsi que des ammonites géantes délimitent des parterres de fleurs devant la petite église, que des fossiles d’oursins et de gastéropodes renforcent la base des statues de la place centrale ou se retrouvent incrustés dans des trottoirs. Et que de nombreuses enmuchiladas (des ammonites usées ou des concrétions en forme de sac tressé) ornent les murs des maisons ou encore de ce café magnifiquement situé face à une grande vallée où nous avons fait une pause. Et pendant que l’on parle de boisson, nous avons acheté un flacon d’une boisson locale typique : le sabajón, à base de lait de chèvre, d’œufs, de sucre de canne et d’aguardiente (eau-de-vie de canne) et le plus souvent d’un ingrédient aromatique local (café, guanabana, fruit de la passion, etc.). Cela donne un mélange crémeux proche du Baileys avec l’arôme en plus. Le nom vient effectivement du sabayon, cette crème dessert onctueuse d’origine italienne, importée par les colons espagnols et adaptée par les locaux.




    Le canyon du Chichamocha

    Nous allons suivre pendant une cinquantaine de kilomètres, sur une superbe route à flanc de montagne, cette grande vallée bordée de montagnes arides entourant une rivière café au lait. Au milieu se trouve un parc national au nom trompeur qui n’est en fait qu’un parc d’attraction dont raffolent les Colombiens : restaurants à tout va, mains géantes destinées aux selfies, téléphérique qui descend dans le cañon et remonte de l’autre côté en guise de montagnes russes. Le prix déjà élevé, encore majoré pour les étrangers, et notre peu d’intérêt pour la foule et ce genre d’attractions nous ont fait passer notre chemin. À l’inverse, nous sommes allés nous installer pour la nuit au bord d’une toute petite route surplombant une autre vallée beaucoup plus calme. Et c’est le soir, à la fois parce que c’est à ce moment que je l’ai trouvé sur Internet mais aussi parce que le clair de lune le confirme, que se révèle la traduction en langue amérindienne du nom de cette rivière qui coule au fond du canyon : Chicamocha signifie « un fil d’argent lors d’une nuit de pleine lune dans la cordillère ». En toute poésie.


    Girón, la ville coloniale de trop ?

    Un peu étouffée par son encombrante voisine Bucaramanga et par la chaleur liée à sa faible altitude, Girón ne nous laissera pas un souvenir impérissable. Oui l’architecture coloniale n’est pas trop mal conservée, mais avec moins d’harmonie visuelle que dans des villages comme Barichara, Guane, Iza ou encore Mongui, pour ne citer que les plus récemment visités. Oui nous y avons vu quelques ruelles pavées, quelques compteurs électriques transformés en œuvres d’art et même un iguane qui attendait les clients d’un restaurant. Le seul tort de Girón est peut-être d’avoir été la dernière sur notre route ?


    Les colonnes de grès des Estoraques

    Parking - bivouac du site des Estoraques en Colombie
    Parking – bivouac du site des Estoraques en Colombie

    Voilà un joli site qui nous a fait faire un détour de 150 km. Le fait de passer encore 2 nuits à  la fraîche a compté aussi dans notre motivation. Les Estoraques, c’est une curiosité géologique : des couches sédimentaires de grès brun déposées là il y a des milliers d’années ont été transformées en colonnes, piliers, grottes et silhouettes de toutes sortes (roi, vierge, animaux, etc.) par l’érosion combinée des précipitations, du vent et des mouvements sismiques. Il en résulte un décor spectaculaire, qui a même inspiré un film de Disney. Une vraie bouffée d’oxygène (en réalité c’est l’inverse vu l’altitude…) et de calme (nous avons dormi seuls sur le parking du site le second soir et avec un couple de Chiliens le 1er) avant de redescendre dans la vallée et ses 38°C.


    Encanto, le Disney colombien

    C’est en nous faufilant dans un labyrinthe formé par d’étroits couloirs entre les colonnes que nous tombons sur une sorte de grand patio entouré de murs immenses, avec ce panneau : ce lieu a inspiré la chambre de Bruno dans le film de Disney « Encanto« . Retournés dans Roberto après quelques séquences vidéo tournées par nous-mêmes, nous en apprenons davantage sur ce film pas vraiment de notre âge, ce qui explique que nous en ignorions l’existence, mais que nous avons visionné parce qu’il se passe en Colombie et que de nombreux lieux que nous avons visités y sont reproduits. Une vraie brochure touristique qui doit néanmoins surtout parler à des gens du pays ou à ceux qui l’ont parcouru.


    Vamos à La Playa … de Belén

    La Playa de Belén est le village niché au cœur du site des Estoraques. Le nom de « plage » est curieux à 1450 m d’altitude et en l’absence de toute étendue d’eau. J’imaginais qu’il était lié au sable qui s’écoule des colonnes de grès et dont on retrouve par endroits sur le bord de la route, mais apparemment le nom viendrait des bords sableux d’une rivière du coin que nous n’avons pas retrouvée (tout est super sec). Quant au qualificatif Belén, il vaut pour la vierge à l’enfant évoquant la nativité (Bethléem donc) qui trône sur une petite colonne de grès à un bout de la ville. La protectrice du site en quelque sorte, qui fait l’objet d’un pèlerinage très actif le premier dimanche de chaque mois. Voilà pour l’étymologie. Le village lui-même est charmant, dans un style colonial plutôt harmonieux avec des habitants d’autant plus accueillants que ne sont pas si nombreux les touristes qui font le détour jusqu’ici.


    Une journée compliquée

    La vie nomade n’est pas toujours un long fleuve tranquille. Des évènements indésirables se produisent parfois. Et, conformément à la loi des séries, ils ont tendance à se cumuler. Cette journée en sera l’exemple parfait hélas.

    Épisode 1 : la police d’Ocaña nous remet dans le droit chemin

    La série noire commence dès la première ville traversée avec un coup de sifflet de la police qui nous arrête alors que nous nous engagions sur une petite route de terre reliant deux routes bitumées, comme conseillé par notre GPS. Très gentils, ils commencent par nous serrer la main (c’est l’habitude ici), vérifient rapidement quelques papiers pour la forme, s’intéressent à notre maison roulante (c’est encore plus l’habitude ici !) et à notre parcours. Puis finissent par nous dire que le chemin n’est pas adapté à notre véhicule (ils ne savent pas par où on est passé, mais peut-être qu’après tout ils ont raison) et nous proposent (avons-nous le choix ?) de les suivre jusqu’à la route correcte. Nous traversons ainsi toute la ville derrière eux. Ils finissent par s’arrêter et nous souhaitent bon voyage, puis disparaissent dans une petite rue non sans nous avoir lancé un petit coup de sirène amical. Rien de bien méchant, juste une perte de temps.

    Les policiers d'Ocaña : trop bienveillants ?
    Les policiers d’Ocaña : trop bienveillants ?

    Épisode 2 : les freins nous (re)lâchent.

    Nous devons rejoindre la vallée par une longue descente d’une cinquantaine de kilomètres, qui va beaucoup solliciter les freins (la boîte de vitesses depuis un moment supporte mal le frein moteur…) et le frottement d’usure que nous avions constaté vers Medellin va se reproduire, mais sur une roue arrière cette fois. Ça freine encore, grâce aux 3 autres roues, mais il va quand même falloir agir dans un délai raisonnable, le temps de rejoindre une grande ville où les chances de trouver des pièces détachées disponibles sont plus grandes.


    Épisode 3 : les travaux sur la route

    Comparativement aux routes déjà parcourues en Colombie, cette route nationale en fond de vallée est plutôt en bon état, avec même un certain nombre de tronçons à 2 fois 2 voies qui permettent de doubler facilement les camions qui représentent 80% du trafic. Mais chaque traversée de ville ou village est un enfer. Je n’ai toujours pas compris pourquoi, mais ces véhicules particuliers, ces bus, ces camionnettes, voire ces poids-lourds qui nous doublent parfois à toute vitesse sur des routes en mauvais état sont soudain terrorisés par le moindre ralentisseur ou par de simples bandes rugueuses qu’ils franchissent alors à 3 km/h comme s’ils transportaient un chargement d’explosifs. Même réflexion au passage pour les radars, généralement bien annoncés, que les conducteurs franchissent à peine à la moitié de la vitesse limite autorisée. À ça se rajoutent de nombreux travaux, avec des circulations en sens unique qui peuvent nécessiter d’attendre une demi-heure, les vendeurs de tout et n’importe quoi au moindre ralentisseur devant lesquels les conducteurs n’hésitent pas à bloquer tout le monde le temps de s’acheter une boisson et un paquet de chips. Au total nous ne dépassons guère les 30km/h de moyenne pour des routes où l’on pourrait rouler à 100…


    Épisode 4 : la policière corrompue

    Malgré tout ce que nous avions entendu sur la corruption de la police en Amérique du Sud, malgré les nombreux contrôles policiers que nous avons eus lors de ces 2 années de traversée du sous-continent, nous n’avions toujours rencontré que des policiers aimables et professionnels, juste un peu curieux parfois mais sans plus. Mais voilà que cette policière nous arrête en sortie de ville et va chercher mille raisons de nous trouver en infraction, dans le but de nous proposer une alternative entre une amende salée et un « arrangement » qui finira dans sa poche. Devant ses collègues d’ailleurs qui sont donc dans la combine. Elle va finir par nous coincer sur l’extincteur qu’elle juge non conforme parce qu’il est rouge et que ceux du pays sont jaunes, avant de jubiler en découvrant que notre date de péremption est dépassée de 2 ans. Ordinairement, il est conseillé en pareil cas de prendre des photos du fonctionnaire et d’exiger de payer l’éventuelle amende au commissariat le plus proche, ce qui en général est dissuasif. Mais pour cela il faut du temps, ce dont nous disposons habituellement, mais là avec cette journée déjà éprouvante et la proximité de notre shipping, nous avons préféré nous en débarrasser en lui abandonnant l’équivalent de 12 euros. Mais ça nous a mis de mauvais poil et ça nous a de nouveau fait perdre du temps.

    Police corrompue : première expérience en 2 ans d'Amérique du Sud et 5 ans 1/2 de voyage !
    Police corrompue : première expérience en 2 ans d’Amérique du Sud et 5 ans 1/2 de voyage !

    Épisode 5 : un potentiel bivouac transformé en marécage

    Dans la chaleur devenue éprouvante depuis que nous sommes redescendus dans la vallée (le thermomètre de Roberto affiche 38°C) nous cherchons un lieu de bivouac ombragé et un petit parc au bord d’une rivière est annoncé sur notre application. Nous parvenons au lieu indiqué après 2 km d’un chemin de terre étroit, pour tomber sur une sorte de marécage. Manifestement, le lieu est actuellement inondé. Nous arrivons péniblement à faire demi-tour et rejoignons la route principale, en ayant encore perdu du temps. Le soleil commence à descendre sur l’horizon d’ailleurs.


    Épisode 6 : l’apothéose

    Le spot suivant proposé par l’application iOverlander est au bord d’un stade, dans un hameau situé une quinzaine de kilomètres plus loin. Accessible par moins d’un kilomètre de chemin de terre. Mais nous n’en ferons que la moitié, les 2 roues du côté gauche de Roberto s’enfonçant brusquement dans 2 ornières qui paraissaient sèches au premier abord mais dont la croûte a cédé sous notre poids. Nous comprenons très vite que nous sommes bloqués et que nous n’allons pas nous en sortir seuls. Heureusement, des gens sortent des maisons proches et viennent proposer leur aide. L’un amène des pelles, l’autre une plance, et nous commençons à dégager un passage devant la roue avant (motrice). Mais dès que l’on commence à creuser un peu, le sol devient liquide et la roue s’enfonce davantage. Les premières tentatives de sortir en avant comme en arrière sont un échec. Peut-être lié en partie au fait que le plancher de Roberto touche le sol. Nous attirons évidemment les curieux. Chacun y va de son conseil.

    Quelqu’un finit par appeler quelqu’un qui possède un tracteur. Pendant que nous l’attendons et que le soleil très bas commence à nous faire craindre de passer la nuit embourbés ici, j’installe le crochet de remorquage et une corde que nous avions achetée à cet effet. Le tracteur arrive et nous tire dans l’axe. Échec : la roue part de travers, refusant de sortir de l’ornière où elle est maintenant enfoncée aux deux tiers. Le tracteur vient alors se placer face à cette roue et nos aidants accrochent la corde d’une part sur la jante et d’autre part sur l’outil de levage de l’engin. La roue s’élève lentement, par à-coups. Chacun retient son souffle. La corde qui commence à s’effilocher un peu ne va-t-elle pas lâcher ?

    Finalement non. Quand la roue est assez haute, le tracteur recule un peu et repose notre véhicule sur le sol un peu plus ferme à côté de l’ornière. Une dernière traction dans l’axe, une poussée des passants à l’arrière, et …nous voilà sortis de cet endroit maudit ! Nous remercions chaleureusement tout le monde, donnons un peu d’argent et une petite bouteille de rhum aux principaux intervenants puis repartons sur la route goudronnée, abandonnant l’idée du stade.


    Épisode 7 : à la recherche d’un spot dans la nuit

    Nous voilà repartis la nuit tombée cette fois jusqu’à la prochaine ville. Nous rejoignons tant bien que mal la place centrale où parfois il est sécurisant de se garer, mais là c’est vraiment trop agité. Nous en faisons le tour désespérément. Non ce n’est décidément pas un bon endroit. Nous décidons de revenir vers la route nationale ou un hôtel accueille parfois des véhicules de loisir dans sa cour. En quittant la place centrale, un policier tape sur la carrosserie. « Votre roue fait du bruit ». « Oui nous avons un problème de frein, nous allons voir un garagiste demain, merci ». Petite piqûre de rappel pour les freins… Nous arrivons finalement dans la cour de l’hôtel. Un monsieur très aimable sort de l’un des bâtiments et nous invite à nous stationner juste devant chez lui. Gratuitement. Nous aurons du mal à trouver le sommeil avec la chaleur et les évènements de cette journée compliquée, mais nous sommes contents d’être posés !


    Aracataca : la ville natale de Gabriel Garcia Marquez

    C’est un leitmotiv ici : le portrait de l’homme préféré d’Aracataca est affiché partout, une vraie fierté que d’avoir vu naître ici un prix Nobel de littérature ! Il a même été question un moment de renommer la ville Macondo, le lieu central imaginaire de l’univers littéraire de l’auteur. Ç’aurait d’ailleurs été plus facile à prononcer. Mais la population, consultée par référendum, a voté contre. Tout en permettant l’installation d’une fresque de 300 mètres de long cumulant des scènes de « Cent ans de solitude », l’œuvre majeure de Gabriel Garcia Marquez. La maison natale de l’auteur se visite. Mal conservée au départ, elle a été reconstituée d’après des photographies et surtout grâce aux descriptions qu’en a fait « Gabo ». Le lien avec les différentes pièces est ainsi bien expliqué. Un agréable jardin entoure la maison, avec notamment un superbe figuier étrangleur dont les racines aussi bien aériennes que terrestres sont spectaculaires.


    Santa Marta : la plus ancienne ville de Colombie

    C’est ici que nous rejoignons la côte caraïbe après 3 jours de route éprouvants. Santa Marta est une grande ville, où nous avons davantage chance de trouver des pièces détachées adaptées à notre véhicule européen, alors nous allons d’abord essayer de résoudre ce problème prioritaire avant d’entreprendre la visite touristique.

    1. Passage obligé chez le garagiste

    Notre première tâche est de trouver un garagiste pour résoudre notre problème de freins. Nous y arrivons vers 18h, un peu avant la fermeture. Aucun souci, il nous prend à 7h30 le lendemain. Essayez de tenter ça en France ! Nous restons garés sur son parking et passons la nuit dans l’hôtel adjacent, profitant ainsi d’une clim bienfaisante. Le démontage confirme l’usure totale des plaquettes et partielle du disque correspondant. Le disque pourra être ré-usiné sur place et après avoir un peu cherché, ils sont arrivés à trouver des plaquettes de rechange. Moins de 3 heures plus tard tout était fait, pour l’équivalent de 70 euros. Chapeau les garagistes colombiens !


    2. Visite de Santa Marta

    Nous pouvons partir découvrir la ville, moyennement attrayante. Santa Marta serait pourtant la plus ancienne ville de Colombie, mais sa conservation n’est pas exceptionnelle. Nous verrons un peu d’architecture coloniale, un musée de l’or consacré ici aux indiens Tayrona, une frise temporelle sur la vie de Gabriel Garcia Marquez sur le mur de la bibliothèque. Et nous passerons une nuit bien (trop) au chaud pas très loin de la plage.



    La dernière demeure de Simón Bolívar

    Notre parcours initiatique sur Simón Bolívar se termine comme lui à Santa Marta puisque c’est là que s’est éteint le célèbre libérateur de l’Amérique du Sud en 1830, accompagné par un médecin français. Il est mort avec le grand regret que les républiques qu’il avait contribué à créer ne soient pas restées unies. Un peu comme Gandhi avec la partition de l’Inde, sauf que  ce dernier était tout sauf un mercenaire. Nous visitons l’hacienda où il était hébergé, préservée dans ses conditions d’époque. On y a ajouté bien sûr quelques monuments commémoratifs. Et quelques expositions artistiques pour que le public continue de venir. Nous avons apprécié aussi le bel aménagement paysager. Après avoir été inhumé dans la cathédrale de Santa Marta, Simon Bolivar repose désormais au Panthéon de Caracas, sa ville vénézuélienne natale.


    Rencontre avec Eva, Jules et George

    Nous rejoignons à quelques kilomètres de là, à Pozo Azul précisément, le parking d’un hôtel en bord de plage où nous passerons 2 jours. Pour profiter de la petite brise du soir et de la mer bien sûr, mais surtout pour rencontrer Eva, Jules et leur fourgon George qui partagera avec Roberto le container de retour vers l’Europe. C’est eux qui avaient passé une annonce sur un groupe de voyageurs mi-juillet pour chercher ce qu’on appelle un « container buddy », alias un compagnon de conteneur, pour leur Peugeot J7 de 1979 qui a bravement fait le tour de l’Amérique du Sud. Pile au moment où nous cherchions de notre côté. Nous nous étions bien sûr parlé en visio sur WhatsApp mais jamais rencontrés de visu. Voilà qui est fait. Dans quelques jours nous nous retrouverons au port pour déposer nos véhicules respectifs.


    Barranquilla : Shakira et la mangrove

    Nous évitons de traverser la grande ville sans intérêt pour les touristes de Barranquilla et préférons en faire le tour. C’est d’ailleurs là que se trouvent les rares points d’intérêt.

    1. Shakira la Barranquillera

    Nous rencontrons tout d’abord la statue de Shakira. En dehors du pays, peu de gens savent que la célèbre chanteuse, danseuse et compositrice est Colombienne et qu’elle est native de Barranquilla. Mais les Barranquilleros oui ! C’est la seconde effigie mise en place, la première n’étant pas assez ressemblante. En hommage au succès mondial de la star, nous nous sommes quand même arrêtés faire la photo, mais on ne peut pas dire que nous sommes fans. Il a fallu que je cherche un peu pour apprendre qu’elle avait repris partiellement en Français le Je l’aime à mourir de Francis Cabrel et qu’elle avait cumulé plus d’un milliard de vues pour avoir interprété l’hymne de la coupe du monde de foot 2026.

    2. L’écoparc de Mallorquín

    Au risque de choquer, nous avons préféré deux kilomètres plus loin notre balade sur des passerelles en bois permettant de découvrir l’écosystème de la lagune côtière et de ses mangroves au nord de la ville. Un immense espace vert de près de 500 hectares qui a été conçu pour récupérer et protéger le Marais de Mallorquín, une zone auparavant fortement polluée et utilisée comme décharge. Pour ce projet pharaonique, la Colombie a dépensé 34 millions d’euros et emprunté plus de 43 millions d’euros à la banque de développement de l’Amérique latine. Nous avons trouvé cet espace magnifique, permettant d’observer gratuitement qui plus est une faune et une flore généreuse, dont beaucoup d’oiseaux et 3 espèces de mangroves. Les 7 km de passerelles sur pilotis, les terrasses qui s’avancent sur la lagune et la grande tour d’observation avec sa double rampe où l’on monte puis redescend sans repasser par le même chemin sont des chefs-d’œuvre d’architecture en bois, mais nous laissent dubitatifs quant à l’ampleur de la dépense dans un pays qui est loin de rouler sur l’or.


    Puerto Velero, avant dernière étape colombienne

    Toujours pour profiter un peu de la brise marine, nous nous arrêtons en bord de plage dans l’anse protégée de Puerto Velero. C’est un petit village de pêcheurs qui possède quelques restaurants de plage sous un alignement de palapas. Nous nous garons à distance, craignant d’être dérangés par la musique en ce samedi soir, mais une bonne pluie orageuse fera fuir tout le monde avant l’heure. Et le dimanche matin s’est révélé plutôt calme, propice à l’observation du ballet nautique des pélicans et de la pêche à la senne de quelques pêcheurs courageux. Rien de tout ça n’était typiquement colombien, c’était davantage un moment de repos avant de prendre la route de Carthagène dans l’après-midi. Le bout du bout des 18 mois de périple sudaméricain avec Roberto.


    Destination Carthagène des Indes

    Nous arrivons donc à la dernière étape de notre parcours colombien, mais aussi sudaméricain pour Roberto. C’est de là qu’il va repartir en container vers l’Europe pour de nouvelles aventures pendant que nous jouerons un peu les prolongations. À très bientôt pour la suite !

  • 183. Découverte de la Colombie

    183. Découverte de la Colombie

    Nous découvrons maintenant la Colombie, le 9ème pays de notre road-trip sudaméricain et le 47ème pays visité pour notre fourgon aménagé Roberto. Suivez-nous, c’est tout neuf !

    Le premier parcours de notre découverte de la Colombie, d'Ipiales à Coconuco
    Le premier parcours de notre découverte de la Colombie – En version zoomable ici

    Passage de frontière Équateur-Colombie

    Eh bien c’est sans surprise le même bazar que d’habitude, avec du stationnement anarchique, des vendeurs de tout et n’importe quoi, des bâtiments mal identifiés, des guichets où l’on mélange ceux qui arrivent et ceux qui sortent du pays, une procédure d’enregistrement préalable sur Internet pour le permis d’importation en Colombie de notre véhicule qui fait perdre du temps plutôt que d’en gagner. Mais voilà, nous savons que c’est un mauvais moment à passer et nous faisons preuve de patience. De la sortie de l’Équateur à l’entrée en Colombie, les démarches vont durer 2h30. Et c’est sans compter la souscription de l’assurance pour Roberto, que nous effectuerons dans …un supermarché, quelques km après la frontière. Nous sommes presque heureux au passage d’être assurés, après avoir roulé 3 mois sans assurance en Équateur (c’était tout bonnement impossible). Mais dans quelques jours ces petites tracasseries seront oubliées. Et nous avons maintenant 3 mois devant nous pour visiter le pays !


    Ipiales et son téléphérique le plus lent du monde

    C’est sur le parking du téléphérique d’Ipiales que nous passerons notre première nuit en Colombie. Impossible de quitter cette ville frontière avant minuit, heure ou notre assurance auto s’active. Mais peu importe, le passage transfrontalier nous a fatigués et nous sommes heureux de cette petite pause. Nous avons largement le temps de voir passer les petits groupes de cabines qui rejoignent à la vitesse de l’escargot le sanctuaire de Las Lajas situé à 7 km de là et 240 m plus bas. Concernant le record de lenteur évoqué dans le titre de ce paragraphe, je n’ai pas trouvé de comparatif précis, c’est peut-être juste une boutade, mais les vidéos sont éloquentes. Nous avons aussi le temps d’apprécier la décoration extérieure des bâtiments du téléphérique, dont certaines fresques en cours de réalisation. Des couleurs vives prometteuses pour la suite de notre parcours colombien.


    Le sanctuaire de Las Lajas

    Sanctuaire de Las Lajas, Ipiales, Colombie
    Sanctuaire de Las Lajas, Ipiales, Colombie

    Nous découvrons presque par hasard ce lieu qui a pourtant été classé en 2007 la 2ème des 7 merveilles de la Colombie. Ça n’est pas sur notre guide Lonely Planet que nous l’avons trouvé mais sur notre application iOverlander, celle qui nous aide à trouver nos lieux de bivouac. Comme quoi il vaut mieux diversifier ses sources. Car le lieu est exceptionnel : une basilique mélangeant les styles néo-gothique et colonial espagnol construite au-dessus d’un canyon dont elle relie les parois par un pont. Construite après une apparition de la Vierge sur les parois rocheuses au XVIIIe siècle qui a été suivie de nombreuses guérisons miraculeuses, la basilique Notre-Dame du Rosaire attire chaque année entre 750 000 et 900 000 visiteurs, malgré un accès difficile. Encore que facilité par l’arrivée du téléphérique d’Ipiales en 2015. Avec tous ces pèlerins, l’environnement du canyon, la cascade, la multitude d’ex-voto sur les murs, les statues lyriques sur le pont, la messe en cours, la beauté de la basilique, c’était un lieu véritablement magique. Nous en voulons à notre guide de l’avoir oublié.


    Colombie, Équateur et Venezuela même drapeau ?

    Je suis intrigué d’emblée par la ressemblance entre le drapeau de la Colombie et celui de l’Équateur que nous venons de quitter. Et sans chercher bien loin, je m’aperçois que le drapeau du Venezuela est presque identique. Il se trouve que ces pays ont un ancêtre commun, la Grande Colombie. Ce regroupement de pays qui incluait aussi le Panama et quelques morceaux des pays limitrophes a été créé à l’initiative de Simon Bolivar, le grand libérateur de l’Amérique du Sud, qui rêvait de fédérer l’entièreté du sous-continent. Malheureusement, la Grande Colombie a éclaté 7 ans plus tard, sans doute trop complexe à gérer de par son étendue et la diversité des pouvoirs qui y régnaient. Si le Panama a adopté lors de son indépendance un drapeau totalement différent, les 3 autres pays ont conservé une apparence proche : la bande jaune symbolisant l’or a été agrandie pour la Colombie et l’Équateur, le premier supprimant le blason de la Grande Colombie et le dernier le remplaçant par son blason propre, tandis que le Venezuela a rajouté 6 étoiles, 1 pour chacune de ses régions.


    Pasto, un musée de l’or et un carnaval classé à l’UNESCO

    Pasto est la première grande ville que nous traversons. 400 000 habitants et une circulation dense. Une première impression qui n’était pas favorable. Le centre est réputé pour son architecture coloniale et ses nombreuses églises. Mais nous n’avons rien trouvé de transcendant. Tout semble noyé dans un affairisme intense et des styles très disparates. Deux établissements sortent du lot toutefois, et nous avons même volontairement passé la nuit sur place, au bord d’un jardin public, pour attendre l’ouverture du second. Mais commençons par le premier.

    Le Musée de l’Or Nariño à Pasto

    C’est un musée mis à disposition du public par une banque, comme c’est souvent le cas en Amérique du Sud, consacré aux cultures préhispaniques et à la diversité culturelle du département de Nariño, avec une collection importante d’objets en or (480 !), céramique, pierre, bois, textile et coquillage. Nombre d’entre eux ont été récupérés dans des sépultures qui ont permis leur conservation. L’or, déjà travaillé par ces civilisations 2000 ans avant notre ère, était loin d’avoir le rôle monétaire actuel. Il servait surtout à faire des offrandes, à honorer les divinités, ou encore à marquer le prestige et le pouvoir. De bien beaux objets parfaitement mis en valeur en tout cas.

    Le Musée du Carnaval de Pasto

    Faute de pouvoir être présents à l’évènement culturel majeur de Pasto, le Carnaval de Negros y Blancos, classé en 2009 au patrimoine mondial immatériel de l’humanité, nous sommes heureux de pouvoir en avoir un aperçu et des explications dans ce petit musée gratuit, fort intéressant et étonnamment spectaculaire. On s’y promène en effet dans une ambiance musicale qui rappelle celle du carnaval au milieu des personnages géants et multicolores qui participent habituellement au défilé. Et des panneaux donnent bien entendu les explications nécessaires. L’histoire de ce carnaval remonte à l’époque coloniale. Dans un esprit de favoriser la tolérance et la diversité ethnique, les colons se peignaient le visage en noir le 5 janvier et les esclaves en blanc le lendemain. Cette tradition s’est perpétuée jusqu’à nos jours, avec une période un peu plus étendue allant de fin décembre au 6 janvier mais toujours centrée sur les 2 derniers jours. Le décor spectaculaire du musée donne vraiment envie d’y aller !


    Le barniz de Pasto

    Nous découvrons à la boutique du musée du carnaval cette technique artisanale indigène colombienne et typique de la ville de Pasto qui utilise la résine d’un arbre des forêts humides des Andes, le mopa-mopa, pour être appliquée en fines feuilles colorées sur du bois. Dans la pratique, les bourgeons de l’arbre sont mis dans de l’eau bouillante pour extraire la résine. Celle-ci est étirée à chaud, mélangée avec des pigments, puis de nouveau étirée en feuilles fines qui sont appliquées à chaud sur le bois en plusieurs couches. Les motifs sont alors découpés directement sur l’objet dans un design original. Il est heureux que des artisans continuent de perpétrer ce savoir-faire ancestral. Voici un aperçu de quelques objets trouvés sur les vitrines.


    La Laguna Cocha

    A une vingtaine de kilomètres à l’est de Pasto et à 2800m d’altitude, c’est le deuxième plus grand lac de Colombie et une réserve de biosphère importante. Compte-tenu du temps tristounet, nous nous attendions à y faire un bref passage. Mais là encore, nous avons découvert un véritable joyau inconnu de nos guides : rien de moins que la Venise de Colombie ! El Encanto (Le Charme), le petit village de pêcheurs et d’agriculteurs paisible au bord du lac s’est en effet transformé au fil des années en pôle touristique majeur. L’unique route qui y mène est bordée d’hôtels et/ou de restaurants avec par endroits des airs de chalets suisses et à d’autres les couleurs habituelles des constructions colombiennes. Des canaux de part et d’autre sont envahis de petites embarcations à moteur toutes sur le même modèle. De nombreux ponts courbés rejoignent les établissements situés sur la rive d’en face. Ajoutez à cela une forte affluence touristique (nous sommes un week-end) et du trafic sur l’eau et vous verrez qu’effectivement Venise et ses gondoles ne sont pas si loin. Sévèrement en retrait si l’on parle des couleurs qui explosent véritablement ici, surtout quand le soleil daigne apparaître.


    Les empanadas de Vivi et les cañelazos de Lourdes

    Nous avions déjeuné à bord de Roberto avant la visite du port, alors il n’était pas question de consommer ne serait-ce qu’un sandwich lors de notre parcours. Mais nous avons tout de même salivé en passant devant le stand des « Empanadas de Vivi » qui propose de vous confectionner des empanadas sur mesure, qu’ils soient végétariens, au poulet, au bœuf ou encore à la truite, assortis d’un choix de 60 sauces différentes constituées de piments des plus doux au plus forts et aromatisés au café, au yaourt, à la mangue verte et autres fruits. L’éventuel appétit qui nous restait est brutalement retombé devant la vision de cochons d’Inde rôtissant sur une broche, puis celle de la carte d’un restaurant proposant du perro caliente (chien chaud). Ce n’est qu’un peu plus loin, devant une photo du plat en question que nous avons réalisé que le perro caliente n’était que la traduction du célèbre hot dog, bon sang mais c’est bien sûr ! Rassérénés, nous avons fini par craquer devant la « Tienda de Lourdes » et ses cañelazos tout fumants dans leurs marmites : un à la mûre pour Claudie, un autre au fruit de la passion pour moi. Un délice !


    La route du tremplin de la mort

    Cette route est notre seule possibilité pour rejoindre de l’autre côté de la Cordillère des Andes la ville de San Augustin réputée pour son site funéraire unique. Difficile de dire d’emblée si son nom vient du caractère de notre destination ou bien du côté périlleux du parcours, nous n’allons pas tarder à le savoir. Nous quittons très vite l’asphalte pour une route de terre parsemée de nids-de-poule. La pluie s’en mêlant, la surface va devenir boueuse, restant néanmoins assez compacte. Tant mieux car nous en avons pour 85 km ! Le décor bien que souvent baigné dans la brume est grandiose, avec de hautes montagnes couvertes de forêt primaire qui nous surplombent, tandis que nous longeons une vallée profonde qui se rétrécit peu à peu. La route aussi se rétrécit d’ailleurs, pour ne plus devenir qu’une voie unique. Les virages se succèdent et l’on appréhende de voir surgir un véhicule en face, ce qui arrive régulièrement, y compris des poids-lourds. Il ne reste alors qu’à reculer jusqu’à l’espace de croisement le plus proche, en se collant soit contre la paroi soit contre le ravin selon l’endroit. Régulièrement aussi, la végétation coiffe la route, formant presque des tunnels. Et pour parfaire l’exotisme du parcours, plusieurs gués sont à traverser. Rarement profonds, mais parfois les roues de Roberto ont du mal à accrocher sur les galets qui roulent. 4 heures plus tard, pour 85 km donc, c’est avec grand plaisir que nous retrouvons le bitume !


    À grande eau

    Après notre route aventureuse, nous avons trouvé un endroit paisible pour passer la nuit, dans un village au bord d’un torrent. Nous aurions bien lavé Roberto qui n’a peut-être jamais autant été couvert de boue, mais des locaux se baignent malgré le fort courant. Alors nous reportons notre séance de nettoyage au lendemain. Ce sera dans le centre du village, près d’une station-service où l’on sert séparément les deux-roues – c’est vrai qu’ils sont particulièrement nombreux dans le pays. Lavé à la main et à grande eau, Roberto le grand bleu retrouve son éclat. C’est reparti pour un tour ! Nous restons sur le thème de l’eau en allant visiter un petit mais joli canyon situé sur notre route, le Cañon del Mandiyaco. Sur 400m, la rivière a joliment sculpté des arabesques, des orifices et des bassins dans la roche volcanique. La nature dans tout son art.


    Les mystérieux monolithes de San Augustin

    À 1700m d’altitude et une pluviosité élevée, San Augustin est bien placée pour la culture du café, mais aussi des bananes, de la canne à sucre, des naranguilles ou du bambou. La pluie fréquente (27 jours par mois en juillet…) pourrait dissuader les touristes, mais la ville possède un attrait majeur : son site archéologique hébergeant nombre de statues aussi énigmatiques que celles de l’Île de Pâques. Si l’on ne connaît pas grand-chose de la civilisation pré-incaïque et totalement disparue qui les a créées, on sait que ces statues sculptées dans la roche volcanique faisaient partie entre autres de cultes et rites funéraires. Elles figurent des divinités de la cosmologie andine précolombienne, sous forme anthropomorphe, zoomorphe …ou mixte. Mais aussi des personnages importants de cette civilisation perdue, comme des chamanes souvent représentés en transe, ou les gardiens des défunts. Parmi les sculptures zoomorphes, les plus représentées sont l’aigle, le jaguar, le serpent, la grenouille et le singe, symbolisant respectivement le monde du ciel, de la terre, du sous-sol, la fertilité et la ruse dans la culture andine précolombienne. Toutes ces statues étaient enfouies dans le sol depuis 1000 à 2000 ans avant d’être découvertes vers le XVIIIe siècle. Après leur étude qui n’a permis de connaître que des bribes de cette civilisation disparue, faute de disposer d’écrits, elles ont été exposées et sécurisées sur le site, soit à leur emplacement d’origine, soit le long d’un sentier pédagogique. Le tout dans une superbe végétation tropicale humide et malheureusement une pluie battante sur un tiers du parcours. Pour une fois nous avons pris un guide, mais ses commentaires n’ont pas pu dépasser les limites des archéologues actuelles. Du pain sur la planche pour les Indiana Jones des nouvelles générations !


    Le bananier rose

    À le voir si bien portant dans cette forêt tropicale colombienne, on jurerait qu’il est d’ici. Mais, comme les cochons qui tournent sur les broches du pays, il vient d’Inde. Ses petites bananes toutes velues (l’espèce s’appelle d’ailleurs Musa velutina) sont comestibles mais sont pleines de graines très dures qui font le bonheur des dentistes su coin car on s’y casse volontiers les dents. Et puis, encore moins rose chez ces bananiers, ils se reproduisent comme des lapins, aux dépends d’autres espèces. Ils sont classés invasifs dans certains pays comme le Costa Rica ou le Brésil. Peut-être qu’un jour on consacrera un mois par an là-bas à les éradiquer. On pourrait appeler l’évènement Octobre rose, qu’en pensez-vous ?


    Le bestiaire routier de San Augustin à Coconuco

    Après ce détour archéologique, il nous faut regagner la route panaméricaine et donc retraverser la montagne. Par une route censée être en meilleur état, si ce n’est un tronçon en « mauvais état » de 35 km. En fait l’une des pires routes que nous ayons empruntées ! Si la voie est plus large que celle du tremplin de la mort, le revêtement est particulièrement pénible avec un relief rocheux très irrégulier, des trous et des ornières par centaines. Le paysage est moins agréable aussi. Heureusement, pour tromper l’ennui, sont disposés tout du long des panneaux alertant de la traversée possible d’animaux sauvages. La variété est grande, dommage que nous n’en ayons vu aucun ! À refaire, et à condition d’accepter de reprendre une route en sens inverse, ce que nous cherchons à éviter au maximum, nous aurions peut-être repris la route boueuse et étroite… Deux heures environ pour franchir ces 35 km et nous revoilà  sur une bonne route asphaltée, entrecoupée tout de même de nombreux secteurs en travaux, qu’il est difficile de reprocher au gouvernement colombien. Ces panneaux animaliers me donnent l’occasion de vous montrer quelques panneaux routiers inhabituels chez nous. À voir en images.


    Les thermes de Coconuco

    Allez, terminons chaudement ce premier parcours colombien avec les Termales de Agua Hirvienda (littéralement thermes d’eau bouillante…) de Coconuco. Un petit établissement tenu par une communauté indigène locale, développé autour d’une source volcanique affichée à 72,3°C. Étonnamment, l’eau du captage annoncée à cette température est en ébullition. Soit c’est plus chaud que ce qui est annoncé, soit c’est une émanation simultanée de gaz qui donne cet état. Selon le circuit de l’eau, 4 bassins offrent des températures différentes. J’ai estimé le plus chaud entre 40 et 45°C quand nous nous y sommes baignés en milieu de matinée. On pouvait tenir une vingtaine de minutes avant d’aller nager dans une piscine plus grande et moins chaude, à 35-38°C environ, ce qui est fort agréable. Le ticket donnant droit à des entrées multiples sur 24h, nous y sommes retournés dans l’après-midi puis une fois la nuit tombée. Vers 16 heures, l’établissement était un peu plus fréquenté que le matin, ce qui est habituel car les Colombiens préfèrent en général les visites en 2ème moitié de journée, mais curieusement, personne ne barbotait dans le bassin le plus chaud. Et pour cause, alimenté depuis le matin directement avec l’eau à 72,3°C, il était sans doute devenu proche de cette température… pas question d’y tremper ne serait-ce qu’un orteil ! Le soir c’était plus calme mais toujours fréquenté. Les volutes de vapeur au dessus des bassins créaient une ambiance surréaliste. Au total, ce fut une étape très relaxante pour nous, d’autant que nous avons pu passer 2 nuits gratuitement sur leur parking très tranquille.


    Ragaillardis, nous allons pouvoir reprendre les routes de Colombie, que nous allons espérer plus douces pour les suspensions de Roberto et nos articulations soixantenaires. On vous dit à bientôt !