Étiquette : état des routes

  • 172. Bienvenue au Pérou

    172. Bienvenue au Pérou

    Ayant traversé la frontière au niveau du lac Titicaca, à 3850 m d’altitude, nous ne changeons guère de décor. Les cultures sur les rives du lac sont peut-être plus nombreuses mais les petites maisons modestes aux parois de briques et aux toits de tôle sont les mêmes, et les chaînes montagneuses enneigées sont toujours là en toile de fond. Mais les différences ne devraient pas tarder à se manifester.

    Parcours correspondant à cet article, en version zoomable ici

    Puno, cité lacustre

    En dehors de l’hypercentre où subsistent quelques beaux bâtiments coloniaux, la ville est tout à fait quelconque. Comme d’habitude à l’arrivée dans un nouveau pays, nous y avons fait quelques courses essentielles : plein de diesel (c’est un bonheur de revoir plein de stations-service partout après les difficultés boliviennes), plein du frigo (il a fallu traverser le frigo vide) et achat d’une carte SIM pour Claudie. Il se dit sur les réseaux que les opérateurs n’auraient plus le droit de fournir des forfaits aux étrangers, et notre première tentative a semblé confirmer le fait. Mais nous avons trouvé apparemment le seul opérateur qui serait autorisé, Bitel, et qui nous a délivré un forfait sans histoire. Tout illimité 1 mois pour 10 euros, c’est moins cher qu’en France. Pour ma part, mon forfait Sosh couvre le Pérou.


    L’odyssée du Yavari

    Dans un port de Puno, un ancien navire à vapeur attend sagement au mouillage les rares visiteurs, en attendant un avenir meilleur. Son histoire peu commune nous a intéressés et nous avons eu envie de le visiter. Il a été commandé en Angleterre en 1861 par la marine péruvienne avec un autre bateau similaire. Mais pas question de lui faire traverser l’Atlantique par ses propres moyens, comment aurait-il fait pour rejoindre le lac Titicaca au beau milieu de la Cordillère des Andes ? Alors il a été transporté en 2766 pièces détachées, dont aucune ne devait dépasser es 1 750 kg, la charge maximale permise pour une mule (ce qui est déjà énorme !). Le transport maritime puis terrestre a pris 7 ans avec de nombreux imprévus, avant que le Yavari ne fut enfin assemblé, puis enfin lancé en 1870. Il fonctionnait initialement à la voile et avec une chaudière à vapeur alimentée par du fumier de lama. Désarmé, il fut revendu à une compagnie britannique qui installa un moteur diesel suédois, toujours en place et fonctionnel aujourd’hui. En 1975, le navire fut abandonné et commençait à sérieusement se dégrader lorsqu’il fut remarqué par une Anglaise qui organisa, via une association caritative, sa restauration avec l’objectif final de faire de petites croisières sur le lac Titicaca. C’est le second du navire, un véritable passionné, qui nous en a fait la visite. Malgré le peu de moyens dont il dispose il fait son possible pour entretenir ce qui existe et améliorer petit à petit le bateau. Nombre de pièces sont originales, et cuivres comme boiseries brillent comme au premier jour. Magnifique. J’adorerais faire une petite traversée du lac sur le Yavari !


    Dormir sur la paille ?

    Sur le papier, les îles flottantes des Uros, posées sur le lac Titicaca face à Puno, ont tout pour faire rêver : des îlots tressés en roseaux (la totora), des maisons dorées qui semblent flotter entre ciel et eau, et une culture ancestrale qui défie le temps. Les touristes s’y pressent, pensant découvrir là un mode de vie figé dans le temps, allant même jusqu’à « dormir chez l’habitant ». Dans la réalité, les habitants vivent tous à Puno, marre d’être toujours sur la paille… Ils reviennent le jour, juste avant les touristes, pour faire le petit-déj à ceux qui ont dormi là, ou surtout pour vendre repas et souvenirs aux autres. Certes la magie de marcher sur un sol qui s’enfonce sous les pas existe, tout comme celle d’observer une manière de vivre qui a bien existé autrefois, mais il est difficile de ne pas se rendre compte de l’organisation implacable qui est derrière tout ça. A vrai dire, ma critique ne se fonde que sur l’expérience que décrivent les gens sur les réseaux. Nous étions déjà allés sur les iles Uros avec nos enfants il y a 24 ans, et nous avons décidé de ne pas y retourner. Seul le drone y a fait un petit tour grâce à un stationnement nocturne opportun sur les hauteurs juste en face.


    Le cimetière inca-colla

    Connaissez-vous l’Inca-Kola, la boisson nationale gazeuse péruvienne qui devance – une exception mondiale – le Coca Cola ? On en voit partout ici, même dans les petites échoppes du site archéologique de Sillustani que nous visitons aujourd’hui. Si je me suis permis cette allusion, c’est pour faire un parallèle douteux avec les peuples qui ont géré ce site funéraire : d’abord les Collas, entre le IXe et le XIIIe siècle, puis les Incas entre le XVe et le XVIe siècle. Certaines tombes seraient encore antérieures, remontant aux Tiwanakus (Ve – IXe siècle). Dans tous les cas, il s’agit de chullpas, des tombes familiales en forme de tour possédant une petite entrée en bas que l’on refermait après y avoir introduit défunts et offrandes. On voit bien les différentes techniques de fabrication, notamment les rampes qu’utilisaient les Collas et la taille précise des pierres employée par les Incas. L’ensemble, situé sur une péninsule au milieu d’un lac, offre des paysages magnifiques.

    Habitation typique du peuple Colla, un peu avant d'arriver à Sillustani
    Habitation typique du peuple Colla, un peu avant d’arriver à Sillustani

    Retourné à la campagne (3 lettres)

    Une définition sympathique de mots croisés* qui m’amène à vous parler de la monnaie péruvienne : le sol, qu’on nomme aussi le PEN en code ISO mais je ne voudrais surtout pas faire de politique. 😁 Encore qu’il est amusant de vouloir convertir le PEN à l’euro 😉 Un Sol vaut quasiment 0,25 €, ce qui nous simplifie grandement la tâche pour les conversions puisqu’il suffit de diviser les prix par 4. 👌 On trouve habituellement au dos des billets et des pièces des animaux (jaguar, vigogne, colibri, condor, etc.) et plantes typiques ou endémiques (reine des Andes, quinquina, orchidées, etc.) du Pérou. 🐆🦙🦅🌺🌾 Ça donne envie de collectionner les billets, non ?

    *J’aimais bien aussi « Rencontré après la gamelle »…


    Arequipa, la ville blanche

    Nichée à 2 300 mètres d’altitude, aux pieds de trois volcans qui devraient pourtant la salir de leurs cendres, Arequipa est pourtant surnommée « la ville blanche » en raison de la pierre volcanique claire, le sillar, dont on se sert pour bâtir ses principaux édifices. Cette pierre a l’avantage en outre de se tailler facilement, ce qui permet d’orner au mieux les façades de ses édifices baroques, de ses nombreuses églises, de son immense cathédrale qui occupe à elle seule un pan entier de la Place des Armes (cas unique au Pérou) et de nombreuses cours intérieures plus ou moins ouvertes au public. De fait, Arequipa est souvent considérée comme ville la plus élégante du Pérou.


    Une ville dans la ville

    Le monastère de Santa Catalina occupe au sein d’Arequipa un quadra entier (c’est l’espace compris entre 4 rues qui se croisent, formant une véritable ville dans la ville, ce qui était encore plus vrai à l’époque de sa création, en 1850, lorsque ce monastère vivait en totale autonomie. A l’instar du couvent Santa Teresa que nous avions visité à Cochabamba en Bolivie, les novices entrées ici selon le souhait de leur famille et moyennant 100 pièces d’or par an, ne devaient plus prononcer un mot et devaient consacrer leur vie au travail et à la prière. Mais à l’inverse du couvent bolivien, elles avaient le choix au bout de 4 ans de poursuivre ou non leur vie monastique. Dans ce cas, elles avaient la possibilité, en fonction des moyens donnés par leur famille, de se construire un appartement de plusieurs pièces, d’y faire venir des servantes, agrandissant ainsi la ville peu à peu. C’est ainsi un dédale de ruelles que l’on parcourt, tout en passant d’un appartement à l’autre par des porches ou des ouvertures étroites. Les murs peints alternativement en bleu et ocre, les couleurs vives de l’abondant fleurissement et les jeux de lumière avec le soleil en font un lieu assez magique à parcourir. Tout en découvrant petit à petit les anecdotes de la vie monastique.


    Le bouclier bleu

    J’en avais déjà remarqué avant, mais ces petits logos plus fréquents à Arequipa qu’ailleurs, principalement sur les monuments historiques, ont fini par éveiller ma curiosité. J’avais pensé un moment qu’il s’agissait de repères sismiques, afin de détecter les mouvements éventuels des bâtiments après un tremblement de terre – une éventualité probable dans la région. Ou encore de guides pour scanner ces édifices d’intérêt historique. Mais quelques recherches m’ont amené vers une autre explication, qui remonte curieusement à la Seconde Guerre Mondiale. Afin de protéger les biens culturels d’un pays des dégradations liées à la guerre, aux exactions humaines ou encore aux catastrophes naturelles, la Convention de La Haye a mis en place en 1954 ce moyen d’identification. Apposé sur les toits ou les façades historiques, ce bouclier bleu est un véritable dispositif international destiné à signaler les biens culturels à préserver en cas de conflit armé. Ce marquage indique aux forces militaires que le bâtiment possède une valeur patrimoniale important et ne doit pas être pris pour cible. Ce n’est évidemment une garantie contre rien, mais cela peut contenir l’ardeur d’éventuels oppresseurs et guider les priorités de réparation ou préservation en cas de dommages. En Iran actuellement, sur recommandations de l’UNESCO on peint ou on dispose ces boucliers bleus sur les toits des 28 sites classés par l’institution afin que les pilotes de drones les identifient comme tels et les épargnent. Comme quoi, du Pérou à l’Iran il n’y a qu’un pas !


    La route du sillar

    Beaucoup plus écologiques que les Chinois ou les Etats-Uniens d’Amérique qui vont chercher leur marbre à Carrare (ce sont les premiers importateurs mondiaux), les Arequipeňos vont se servir en sillar …juste à côté de chez eux. Dans des carrières en périphérie de la ville d’où est extrait le sillar, cette fameuse roche volcanique claire qui habille les bâtiments du centre historique. C’est là que les retombées de cendres, de pierres ponces et de fragments de roches se sont déposées il y a environ 1,8 million d’années après une éruption cataclysmique du volcan Chachani. En se refroidissant lentement et en se compactant, ces épais dépôts ont donné naissance à une roche légère, poreuse et facile à tailler. Tout en étant résistante aux séismes, ce qui n’est pas une mince affaire ici. Le sillar a été utilisé dès l’époque coloniale et continue d’être employé aujourd’hui dans plusieurs carrières. Celle que nous visitons n’est pas la plus active. Elle a été aménagée pour des raisons pédagogiques, invitant un grand nombre d’artistes à réaliser des œuvres sur place afin d’attirer le touriste. Nous baladant au milieu de grandes falaises blanches, nous observons nombre d’animaux, de personnages, d’écussons réalisés en sillar. Une reproduction d’une zone du site de Petra a même été réalisée. Et devinez en quelle matière sont faites les toilettes ?


    Camélidés du Nouveau Monde

    Quittant Arequipa vers le nord en direction du réputé Cañon de Colca, nous allons circuler à des altitudes de plus en plus élevées, franchissant même un col à 4 910 m, plus haut que le Mont-Blanc donc. Un nouveau record pour Roberto qui grimpe sans rechigner. Nous avons appris à donner quelques coups d’accélérateur le matin avant de démarrer (le diesel semble avoir un peu de mal à arriver avec l’altitude, alors que les températures ne sont pas forcément négatives la nuit) et à gérer manuellement la boîte de vitesse en montée (le rendement inférieur du moteur en altitude semble mal géré par le calculateur de la boîte auto). Plus l’on monte et plus les camélidés andins monopolisent le paysage, voire la route… Que ce soit lamas, alpagas ou vigognes, nous avons un gros coup de cœur pour ces animaux aussi sympathiques que laineux. Ces espèces sont remarquablement adaptées à l’altitude, jusqu’à 5 000 m été comme hiver, grâce à leur toison et leur peau épaisse bien sûr, mais aussi à un système cardio-vasculaire qui s’est adapté : gros cœur (tiens, qu’est-ce que je vous disais sur la côte d’amour !) et concentration élevée en hémoglobine. Ça ne semble pas les déranger de galoper joyeusement dans les pampas alors que nous soufflons au moindre effort. Tout comme leurs congénères africains, ils se contentent de peu en nourriture et en eau. Si les vigognes sont volontiers sauvages, les lamas et alpagas sont volontiers domestiqués pour produire laine et viande. Les lamas servent en outre de bêtes de somme. Dans tous les cas, les bébés sont craquants !


    À l’approche de Yanque

    Yanque est un des nombreux villages pittoresques qui bordent le Cañon de Colca. La route qui y mène offre déjà de superbes paysages de cultures en terrasses. Le centre très tranquille est représenté par une petite place ornée de statues dont le thème est le folklore local, tandis qu’une vieille église se tient péniblement debout sur l’un des côtés, soutenue par des étais. Dommage car son portail tout blanc très travaillé augurait d’une visite intéressante. Mais dans l’état actuel on comprend que tout soit fermé. Nous verrons quelques autres églises dans un état similaire un peu plus loin. La forte sismicité locale doit y être pour quelque chose. Nous poussons un peu plus loin jusqu’au parking d’une randonnée un peu particulière. Elle mène vers le village abandonné de Uyo, d’où les habitants des peuples Collaguas (XIVe siècle) puis Incas (XVe-XVIe siècle) ont été chassés brutalement par les conquistadors qui leur ont intimé de mener une vie plus saine au village de Yanque un peu plus bas, sous-entendu près de l’église catholique et de ses enseignements. Alors que quand on connaît le mode de vie de ces populations andines à cette époque, en parfaite communion avec la nature, plus sain tu meurs ! Il reste aujourd’hui des murs encore bien solides, des rues bien dallées centrées par un bon système d’irrigation, et des terrasses qui sont toujours heureusement cultivées.


    El condor pasa pas (pero los caballos si !)

    Nous voilà installés au sommet d’une falaise sur le Cañon de Colca, tout proches de la Cruz del Condor, endroit réputé pour l’observation de ces rapaces géants emblématiques de la culture andine. Et parfaitement en accord avec celle-ci, ces charognards, à l’inverse des aigles ou des faucons par exemple, ne tuant pas leurs proies mais se contentant de nettoyer la nature des cadavres d’animaux qui s’y trouvent. En total respect de la nature. Mais qui dit nature dit caprices météorologiques et la brume qui nous enveloppe lors de notre arrivée n’est pas spécialement favorable à l’observation des condors qui ne volent guère dans ces conditions. Les heures les plus propices sont théoriquement le coucher du soleil (normal, ils rentrent chez eux) et surtout le début de matinée, lorsque les courants ascendants commencent à se former le long des parois du cañon. Mais à aucun de ces deux moments (oui nous avons passé la nuit ici) le ciel ne s’est dégagé. Pas de condor donc. En consolation, tout un groupe de chevaux sauvages est venu nous rendre visite dans la matinée, l’un d’eux venant même grignoter l’un des essuie-glaces de Roberto ! Les nuages se sont tout de même évaporés en fin de matinée, nous permettant d’apprécier le grand spectacle du Cañon de Colca. Et puis tout de même une petite récompense à notre attente : l’un de ces volatiles tant attendu a daigné faire son apparition, mais assez haut dans le ciel. Pas de gros plan mais juste de quoi ne pas rentrer bredouille.


    État des routes

    Nous sommes partis pour une grande traversée vers la ville de Cuzco. Notre itinéraire emprunte majoritairement des routes asphaltées, qui ne représentent pourtant que 17% du réseau péruvien. Nous faisons ce choix dès lors qu’il est possible grâce notamment à notre application de routage Osmand+ qui indique, ce que la plupart des autres ne font pas, l’état de surface des routes. Asphalté n’est pas toujours synonyme de route bien lisse, la présence très fréquente de nids-de-poule obligeant à une vigilance permanente lors de la conduite, même sur des routes à grande circulation. Régulièrement, nous devons circuler malgré tout sur des routes dites « compactées », constituées aussi bien de ciment que de gravier ou d’une terre battue bien tassée. C’est le cas aujourd’hui, pour une soixantaine de kilomètres qu’il faut parcourir à petite vitesse et en ayant coincé une bâche entre les portes arrière de Roberto afin que la poussière soulevée ne pénètre pas trop dans l’habitacle. Pour les routes en terre, que nous évitons comme la peste, c’est en fait du tout ou rien. Quelquefois orniéreuses et boueuses, à la limite du praticable par temps de pluie, elles peuvent tout aussi bien être plus lisses qu’une mauvaise route asphaltée. Mais c’est risqué. Les petites routes sont moins fréquentées que les grandes, parfois au point de croiser moins d’un véhicule à l’heure. En contrepartie, ce sont souvent elles qui offrent les plus beaux paysages.


    Intermède vidéo


    Les 3 ponts (ou l’étroit pont) de Cambopata

    Le symbole d’un appareil photo sur Google Maps nous conduit à nous arrêter dans cette petite ville qu’aucun guide papier ne juge digne d’intérêt. Nous allons y découvrir 3 ponts presque côte à côte. Un classique pont de métal appelé « pont moderne » qui recueille toute la circulation. Un joli pont de pierre construit par les conquistadors et baptisé de ce fait « pont colonial ». Nous y avons vu traverser des locaux avec leurs animaux. Et puis ce pont de corde datant lui du temps des Incas et s’appelant naturellement le « pont inca ». C’est évidemment celui qui nous intrigue le plus. Et qui parait le plus difficile à traverser. Déjà gravir l’escalier lui aussi en corde qui mène au pont lui-même nécessite un minimum d’agilité.

    Mais lorsqu’arrivés entre les deux piles on voit l’état du tablier, fait de petites branches d’à peine 1 cm de diamètre, la traversée parait hasardeuse, d’autant que le courant boueux qui passe au-dessous est assez violent. J’hésite. Vais-je tenter de franchir ce pont fragile ? Les Incas le faisaient bien, eux ? Vous saurez ça dans le prochain article… un peu de suspense que diable !

  • 153. Argentine, une première pour Roberto

    153. Argentine, une première pour Roberto

    Si Claudie et moi pénétrons en Argentine pour la seconde fois, après notre séjour à Buenos Aires, c’est une première pour Roberto. Il va donc nous falloir trouver un sticker pour le 42ème pays de son périple. D’autres premières sont à suivre, comme des records d’altitude ou de circulation sur des routes non asphaltées.

    Argentine une première pour Roberto
    Le parcours nord-argentin décrit dans cet article – en version zoomable ici

    Passage de frontière plutôt rapide

    Comme pour les autres frontières de notre voyage, tout apparaît quelque peu désorganisé, à l’encontre de ce que nous avions observé en Amérique centrale. Pour la sortie du Paraguay ça commençait pourtant de façon assez simple avec contrôle des passeports et apposition du visa de sortie sans même avoir besoin de descendre de Roberto. 5 voitures devant nous, 10 minutes d’attente, ça allait. Mais il nous fallait ensuite faire annuler le permis de circuler de Roberto. On nous fait alors garer près des douanes, un agent inspecte rapidement l’intérieur sans même faire ouvrir les portes arrière, puis on nous envoie tout à l’opposé du bâtiment, vers le circuit d’entrée au Paraguay pour annuler ce permis. Il nous faudra demander à plusieurs personnes avant de trouver l’Algeco dédié à cette tâche… Un employé nous met un coup de tampon, nous dit que c’est bon et garde le papier. Nous retraversons tout pour récupérer notre véhicule désormais autorisé à quitter le Paraguay et nous nous engageons sur le pont qui mène en Argentine. Circulation à double sens à vitesse limitée et dépassements interdits, mais tout le monde s’en donne à cœur joie… Pas trop d’attente non plus de l’autre côté mais là aussi, une fois les passeports visés (aucun tampon, c’est tout dans l’ordi), il nous faut donner à l’employée chargée des enregistrements de véhicules les bons renseignements qui lui permettront de compléter notre permis d’importation robertesque. Elle nous demande combien de temps nous souhaitons. Nous tentons un an. Elle nous donne 6 mois, ce qui n’est pas si mal (c’est le double de nos propres visas !). Et nous voilà libres de circuler sur les routes de l’Argentine. Le passage de frontière aura pris au total une cinquantaine de minutes. C’est plutôt honorable.


    Quelles routes !

    Notre première centaine de kilomètres se fera sur une route asphaltée en excellent état. Mais à la première bifurcation, une route en terre s’annonce, avec 158 km jusqu’à notre destination, un parc naturel. Et un peu moins pour rejoindre la première ville de l’autre côté de ce parc quelque peu isolé. Bah, c’est le prix à payer sans doute. Nous sommes plus rats des champs que rats des villes ! Nous faisons une première étape juste avant d’emprunter cette route. Histoire de mieux se préparer mentalement à l’affronter.

    La qualité de la route s’avère en fait très variable, de terre bien tassée mais très poussiéreuse à terre molle genre boue entrain de sécher avec des ornières profondes entre deux passages de roues. Lesquels, un rien tassés mais glissants, nous entraînant volontiers vers les ornières. Si nous glissons là-dedans, nous risquons de ne pas pouvoir en sortir … et de ne pas être secourus de suite. Nous n’avons croisé qu’une dizaine de véhicules sur les 158 km ! Il faut être particulièrement attentifs. Nous nous félicitons d’avoir des pneus tout neufs « spécial boue » sur les roues motrices de Roberto. En contrepartie de ces efforts, le paysage est relativement sauvage, la plupart du temps de grandes plaines où d’immenses troupeaux de bovins sont dispersés. Pas mal d’animaux semblent en liberté le long de la route ou la traversant : vaches, chevaux, cochons, moutons, oies, oiseaux de proie, nous aurons un peu de tout. Même une sorte d’autruche – sans doute un nandu – qui a couru un instant dans le champ à nos côtés avant de s’éloigner.

    Quatre heures après notre départ, mais pause déjeuner comprise, nous arrivons au camping du Parque Ibera. Après nous être installés, nous débarrassons l’arrière de Roberto, intérieur comme extérieur, de l’épaisse couche de poussière rouge qui s’est infiltrée. Il va vraiment falloir que nous améliorions l’étanchéité de nos joints de carrosserie sur les portes arrière. Nous nous renseignons sur les possibilités d’excursions. Ce sera un tour en bateau de 2 heures dans les marais de la réserve naturelle et plusieurs randonnées sur des petits sentiers aménagés. En attendant, nous profitons du camping et de son bel environnement lacustre, observant tour à tour des capybaras qui traînent près de Roberto, un magnifique ciel embrasé après le coucher du soleil, et la plupart de nos voisins argentins dînant au barbecue sur les tables extérieures, anorak fermé et capuche sur la tête parce que la température descend vers les 10°C. De notre côté, le chauffage tourne déjà !


    Sortie bateau : encore des espèces pour nous inconnues !

    Nous sommes une dizaine sur cette petite embarcation menée par un guide naturaliste. Au moteur pour les plus grands déplacements, ou à la perche lorsque nous approchons des animaux. Nous rencontrons d’abord un « cerf des marais » qui broute les pieds dans l’eau la végétation flottante. Puis un nombre impressionnant de caïmans, pas énormes sauf quand le bateau s’en approche de quelques dizaines de centimètres. Nous ne devrions pas nous inquiéter puisque de petits palmipèdes rougeâtres tout comme des capybaras leur passent sous le nez sans les faire broncher. Apparemment, ce sont de jeunes caïmans Yacaré qui ne se nourriraient que d’invertébrés et de petits poissons. À l’âge adulte, le régime alimentaire s’élargit aux vertébrés, dont j’ose vous rappeler que nous faisons partie. Plus loin, une sorte de gros dindon noir couve ses œufs, le regard inquiet quand l’embarcation se rapproche. Et encore des cerfs des marais. Et encore plus de caïmans. Une véritable infestation de crocodiles, pour reprendre la formule qui fait sens ici.


    Sortie pédestre : savoir persévérer

    Notre guide papier était très enthousiaste sur les randonnées qui démarrent à l’entrée du parc, nous annonçant des paysages exceptionnels et une multitude d’animaux venant prendre la pose devant nos smartphones (plus smart que phones d’ailleurs en l’absence quasi-totale de réseau mobile). La première randonnée était un parcours d’une vingtaine de minutes dans un sous-bois aux arbres étiquetés, dans le silence total de l’absence de toute faune. Une déception. Le second sentier qui comportait plusieurs variantes démarrait de la même façon, nous incitant dans un premier temps à suivre le trajet le plus court pour rentrer. Après réflexion et parce que nous avions envie de bouger, nous nous engageons dans la boucle longue. A peine 2 minutes plus tard, un cerf des marais apparait au bout du chemin. Nous nous immobilisons. Loin de s’enfuir, le cerf nous observe attentivement puis marche vers nous. Incroyable. Les cerfs européens sont bien plus craintifs que cela, avec raison sans doute. Mais le nôtre poursuit son approche, jusqu’à près de 5 mètres de nous, avant de s’engager lentement dans la végétation pour nous contourner. Nous verrons plus loin d’autres animaux de la même espèce, et puis aussi un capybara et quelques oiseaux. Finalement la persévérance a payé.


    Retour à la civilisation

    Où nous quittons notre parc naturel pour retrouver la ville … et encore des animaux ! C’est tout en images ci-dessous.


    La grande traversée

    La répartition des ressources touristiques ne répond à aucune règle, et notre prochaine zone d’intérêt se situe aux pieds de la Cordillère des Andes, à plus de 800 km de Corrientes. Nous allons traverser pendant une dizaine d’heures, et sur deux journées, les grandes plaines du centre de l’Argentine correspondant au bassin du fleuve Paraná, le second plus grand fleuve d’Amérique du Sud après l’Amazone. La vision porte à l’infini sur d’immenses pâturages où les vaches et moutons sont très dispersés, en alternance avec des champs de soja ou de canne à sucre. Quelques villages rompent la monotonie de la route, mais ils restent très espacés. Les lieux pour se poser la nuit ne sont pas si fréquents, limités souvent dans notre application aux parkings pour poids-lourds aménagés derrière les stations-service. Des lieux peu réjouissants auxquels nous préférons des espaces verts en bordure de village ou des parkings de cimetière, calmes la plupart du temps.


    Les couleurs arrivent !

    Le petit village de Purmamarca devant la montagne aux 7 couleurs

    Nous entrons dans cette région du Nord de l’Argentine classée au patrimoine mondial de l’UNESCO à la fois pour son importance historique (culture indigène bien préservée) et naturelle (montagnes colorées spectaculaires). Le premier site sur notre route s’appelle La Montagne aux 7 Couleurs, sur la commune de Purmamarca à 2000 m d’altitude. Je vous dirais volontiers que les photos parlent d’elles-mêmes, mais c’est par simplification excessive. Les 3 dimensions sont indispensables pour percevoir le côté grandiose du paysage, et les couleurs sur les photos ne reflètent qu’un instantané d’un éclairage qui change en permanence, en raison de la perturbation de ces derniers jours qui s’éloigne peu à peu. Le ciel des prochains jours est annoncé dégagé, tant mieux !


    La Pucará de Tilcara

    Tilcara, c’est la ville suivante de notre périple nord-argentin. Sans charme excessif, elle est surtout une base logistique pour les touristes venus visiter la région. Roberto assurant notre restauration, notre hébergement et nos déplacements, nous n’aurons pas besoin de stationner ici autrement que pour la visite de la Pucará, une ancienne forteresse préhispanique et même pré-Inca. Elle a en effet été bâtie par les indiens Omaguacas au Xe siècle, sur une colline de 60 m de haut assurant leur sécurité. Puis oubliée, comme pas mal de sites précolombiens, avant d’être redécouverte au début du XXe siècle et en partie restaurée. Il est clairement expliqué que les techniques de restauration ne reflètent pas celles d’origine, mais les plans dessinés par les archéologues sont respectés et nous permettent de découvrir l’organisation civile et religieuse de la forteresse. La visite vaut aussi – j’allais dire surtout – pour le décor en arrière plan des chaînes de montagnes de la Quebrada de Humahuaca, la fameuse zone protégée par l’UNESCO.


    C’est l’histoire d’un Mec

    Le Museo En los Cerros est un lieu à part. Géographiquement d’abord, car pour y accéder, il faut s’éloigner de la route principale de près de 5 km sur un chemin de terre et de cailloux. Artistiquement ensuite car ce musée s’est donné pour projet de montrer les œuvres de photographes argentins à l’endroit même où ils ont puisé leur imagination. Est-ce la difficulté d’accès ou bien le peu d’intérêt des touristes pour le sujet, mais nous étions les seuls à visiter les lieux. Les photos présentées sous verres un peu réfléchissants étaient peu …photographiables, mais si vous êtes intéressés par l’histoire de ce Mec, n’hésitez pas à visiter son site internet.


    Humahuaca, 3000m d’altitude

    Poursuivant notre progression dans la vallée qui monte lentement mais sûrement, nous atteignons Humahuaca, dont le nom signifie en Quechua « la tête du taureau ». Cela ne correspond en rien au dessin du village ou de ses limites, mais peut-être est-ce lié au fait que Humahuaca est le village principal de la région et le dernier jusqu’à la frontière avec la Bolivie. Les maisons en adobe de style colonial et les petites rues pavées (pour les principales), le grand escalier et la place principale toujours très animés, donnent beaucoup de charme à ce lieu même s’il est assez fréquenté par les touristes principalement argentins. C’est notre étape la plus au nord de notre parcours dans le pays. Nous prenons un peu de temps pour la visite, mais ce n’est pas pour le village que nous sommes venus ici, mais pour une toute autre raison. Soyez patients, je vais y venir…


    Escalade dans les couleurs

    Toujours à Humahuaca, comme si nous ne nous contentions pas de ses 3000 m d’altitude, de ses nuits fraîches (il a fait -3°C) et de ses jolies chaînes montagneuses en arrière-plan, nous nous lançons sur une piste de 25 kilomètres qui va grimper jusqu’à 4350 m d’altitude, record absolu pour Roberto qui n’a pas bronché (tout au plus j’ai passé en manuel la boîte automatique qui gérait mal les changements de vitesse, ne tenant sans doute pas compte de la moindre puissance du moteur avec l’altitude). Nous aurions pu faire le trajet en bus, mais nous avons privilégié notre liberté de mouvement aux contraintes horaires des transports en commun. Arrivés là-haut, nous voilà estomaqués devant la Serrania del Hornocal, plus couramment appelée la montagne aux 14 couleurs (7 de plus que sur notre site précédent, d’où le titre), vous comprendrez pourquoi sur les photos. Un lieu magique, un des plus beaux spectacles de la nature que nous ayons vus dans notre voyage.


    Escalade dans les couleurs (suite)

    Nous rejoignons par une route encore pittoresque les Salinas Grandes, une mer intérieure asséchée de 525 km² formée par le soulèvement de massifs montagneux de part et d’autre il y a 10 millions d’années. Elle s’est d’ailleurs soulevée en même temps puisque se situant à 3350 m au-dessus du niveau des océans actuels. Il en résulte une croûte de sel de 30 cm d’épaisseur sur laquelle on peut rouler, accompagnés d’un guide amérindien qui connaît parfaitement les lieux car à certains endroits la couche est plus mince et l’on peut se retrouver embourbés. Le blanc éclatant est presque aveuglant – les lunettes de soleil sont largement conseillées – et ressort merveilleusement bien sur le bleu du ciel et la ligne des montagnes lointaines. A distance des pluies de l’été, le sol se craquelle en dalles polygonales. Par endroits, quelques bassins naturels tranchent en couleur et en transparence avec le blanc dominant, tout comme les bassins segmentés rectangulaires utilisés pour la récolte du sel. De l’autre côté du secteur touristique, une usine est en fonctionnement, traitant le sel récolté et aussi le lithium, encore plus demandé depuis les années 2000, notamment par les voyageurs nomades comme nous pour les batteries-cellules de nos véhicules.

    Une excursion aux Salinas Grandes ne serait pas complète sans profiter des caractéristiques du lieu pour prendre quelques photographies humoristiques. Le large fond blanc permet de jouer sur la perspective, tandis que la lumière intense permet de fermer le diaphragme à fond et obtenir de grandes profondeurs de champ. Les guides accompagnant les visiteurs sont formés à exploiter ces deux propriétés, et réalisent les clichés avec votre smartphone ou votre appareil photo. Appréciez !


    En route vers Salta

    Comme dirait un commandant de bord, nous amorçons notre descente vers Ushuaia, à 4 400 km de là comme le dit un panneau sur la route 40 qui relie le Nord et le Sud de l’Argentine. Nous allons repasser par Purmamarca, là où se trouvait la montagne aux 7 couleurs, avec un ciel bien dégagé et une atmosphère matinale transparente nous incitant à nous arrêter pour reprendre quelques clichés. En voici deux pour l’exemple, c’est tellement beau !


    Bien avant Ushuaia, que nous espérons rejoindre vers le mois de Novembre, notre première étape sera Salta qui, comme le dit notre guide, a les attraits d’une grande ville et le charme d’une petite. Mais notre première préoccupation, arrivant peu après midi, est le déjeûner. Et comme nous n’avons pas envie de faire la cuisine aujourd’hui, nous nous cherchons un restaurant. Pas de problème, il y a le choix !


    Une fois restaurés, nous partons visiter la ville. D’emblée nous apprécions le caractère colonial assez bien conservé de son architecture et l’absence d’immeubles élevés dans le centre. La place centrale, appelée ici Place du 9 Juillet, le jour de l’indépendance obtenue en 1816, est comme toujours le centre de l’animation tout en offrant le maximum de bâtiments des siècles derniers. D’abord la cathédrale-basilique à la façade rose et blanche, très (trop ?) richement décorée à l’intérieur, puis le Cabildo (ancienne mairie, fermée aujourd’hui) et le musée archéologique de haute-montagne. Ce dernier est consacré à l’univers des Andes incas, avec des expositions sur la vie dans les montagnes et sur les figures emblématiques de la religion à l’époque, et tout un étage dédié à des momies d’enfants sacrifiés, dont 3 retrouvés au sommet d’un volcan à 6 739 m d’altitude, dont le gel a permis l’étude et la conservation. Nous ferons un tour et quelques emplettes dans la belle boutique du musée. Plus loin, nous verrons l’église San Francisco, superbe dans ses couleurs terre cuite et ivoire et détentrice du record de hauteur de toute l’Amérique du Sud pour son clocher de 64 m. On termine cette balade historique par le couvent de San Bernardo datant du XVIe siècle. Sans pouvoir y pénétrer, on apprécie pourtant sa façade si typique et sa belle porte en bois sculpté. Dans un parc, nous discuterons un moment avec un voyageur nomade argentin qui nous donnera quelques tuyaux sur notre futur parcours. Et puis nous finirons dans un petit marché où la droguerie « La Reine de la coca » nous a intrigués. L’achat et la détention de feuilles de coca, vendues ici, ne sont autorisés que dans le Nord de l’Argentine pour ses propriétés contre le mal des montagnes.


    Se termine ici cette première étape en Argentine qui nous a ravis, principalement par les paysages extraordinaires de cette région, mais aussi par la culture andine que nous avons eu plaisir à redécouvrir depuis notre voyage en Équateur et au Pérou il y a de cela euh 22 ans. Mais que le temps passe vite ! Le pays a sûrement encore beaucoup à nous apporter. Attendons la suite.