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  • 131. Turquie

    Premières impressions

    Des formalités d’entrée relativement simples et rapides, de belles routes, de l’essence pas chère et même de l’AdBlue à la première pompe venue, des magasins modernes : tout porte à penser que, paradoxalement, la Turquie est économiquement plus développée que la Grèce. Cela va-t-il se confirmer dans la durée ?


    Le Mémorial des Dardanelles

    La bataille des Dardanelles a été un moment fort du début de la 1ère guerre mondiale. La France et la Grande Bretagne, alors alliés de la Russie, souhaitaient protéger son approvisionnement qui transitaient par le détroit des Dardanelles, entre la Mer Égée et la Mer Marmorata, contrôlé par l’Empire ottoman aidé des Allemands. Tout étant barré côté terrestre, ils organisèrent un débarquement, aidés aussi des Australiens et des Néozélandais. Mais, mal organisés, ils échouèrent et le conflit se termina au profit des Ottomans, chaque camp perdant au passage 56 000 soldats. Le succès permit tout de même à la Turquie de proclamer son indépendance, et en reconnaissance d’élever un grand mémorial en hommage aux victimes. Curieusement, le fait d’avoir participé rendit très fiers les Australiens et Néozélandais fraîchement libérés de l’emprise britannique. Le 25 avril, anniversaire du débarquement, est chez eux un jour férié et bien davantage célébré que le 11 novembre. Nous avons visité aussi l’un des cimetières français, mentionnant notamment la perte des 4 sous-marins et de leurs équipages qui avaient été engagés dans le conflit. Indispensable devoir de mémoire.



    Un de Troie

    Il nous aura fallu venir en Turquie, aussi bien Claudie que moi, pour apprendre que la ville de Troie était ici, sur la côte Ouest du pays. Et pas en Grèce comme nous le pensions. Et pas dans l’Aube non plus, je vous vois venir. Le site est presque aussi vieux que les pyramides d’Égypte, mais n’a été mis au jour qu’à partir de 1871. Il est bien sûr célèbre pour avoir été le théâtre de l’affrontement entre les rois grecs, dont Achille, venus récupérer la belle Hélène volée au roi de Sparte par le prince troyen Pâris. Après 10 ans de siège et une ruse chevaline que l’on connait tous, les Grecs ont fini par remporter et la guerre et l’épouse du roi.

    Il ne s’agirait pas simplement de la légende rapportée par Homère dans l’Iliade, les fouilles archéologiques réalisées à Troie confirmeraient une partie du conflit. Nous avons trouvé sur les lieux un musée moderne mais cher (2 fois le prix du déjeuner que nous avons pris après la visite) et un site archéologique agréable à parcourir sur de petites passerelles en bois. Notre vraie déception a été que la réplique grandeur nature du Cheval de Troie était … en travaux. De quoi ruer dans les brancards.



    Nulle autre qu’Assos…

    Qu’Assos me fasse sourire n’étonne pas Claudie, habituée à mes jeux de mots vaseux. J’espère tout de même transmettre ce sourire par contagion à quelques lecteurs.

    Pour le reste, le site que pourtant notre guide préférait largement à Troie nous a déçus. Accès mal indiqué, longue file de boutiques de souvenirs et de bars-restaurants avant de parvenir à l’entrée, édifices ressortant peu du paysage en raison d’une couleur similaire au sol, stigmates encore très présents du dernier incendie. Quant au « magnifique » temple d’Athéna perché sur sa colline au-dessus de la Mer Égée, il n’avait pas toute la superbe promise.

    Dommage pour un site fondé au 1er millénaire av. J.-C. par des Lesbiens et des Lesbiennes. Les habitants de Lesbos, l’île grecque juste en face, vous pensiez quoi ?

    Deux heures de route plus tard, nous trouvons un chouette endroit pour dormir. Une aire de pique-nique dans une petite forêt dont les arbres ont les pieds peints en blanc. L’ambiance tranquille à l’arrivée ne durera pas. Vers 19h les voitures ont commencé à défiler, haut-parleurs vrombissants et glacières pleines de bouteilles. Misère…

    Nous avons vite laissé ce petit monde à leur soirée animée pour rejoindre un spot plus paisible jouxtant un cimetière. Las, à 21h, deux voitures sont arrivées et ont commencé à sortir les bouteilles et les chaises. Re-misère !

    Mais la sono était discrète cette fois, au point que nous nous sommes endormis avant leur départ. À se demander le matin si nous n’avions pas rêvé. Mais les bouteilles et papiers gras étaient bien là sur le sol à l’emplacement des voitures…


    Immersion

    Parmi les choses que nous aimons le plus en voyage, il y a le fait de se retrouver au milieu d’une population qui ne nous ressemble pas et qui vit sa vie normalement, sans être pervertie par un quelconque attrait touristique, ni éventuellement par nous-mêmes. Cela ne nous était pas encore vraiment arrivés depuis notre arrivée en Turquie, jusqu’à ce que nous visitions Bursa, la 4ème ville du pays. Une journée de marche citadine qui nous aura conquis, nous menant des bazars très animés aux superbes mosquées et mausolées appelés ici turbë. Dans les deux cas nous avons eu l’impression d’être les seuls touristes du jour, du moins non turcs. Avec tous nous sens en éveil car très sollicités. La vision de cette architecture ottomane, d’un grand nombre de femmes voilées, des couleurs vives des boutiques de soie installées dans un ancien caravansérail. L’ambiance sonore des camelots, des klaxons et des appels à la prière mélangés. L’alternance des parfums d’encens, de savons ou encore de café. Alors que les lieux de cultes musulmans nous sont souvent refusés en Europe tout en étant par ailleurs assez austères dans leur décoration jusqu’ici, nous sommes entrés sans problème – du moment que le dress code était respecté – dans de grandes et magnifiques mosquées merveilleusement bien décorées. Une véritable immersion que nous attendions depuis un moment.

    Nous prenons la route de la station de ski située au sud de Bursa, sans monter jusqu’au sommet (2545 m d’altitude) pour dormir au frais dans une petite forêt déserte trouvée par hasard à environ 1100 m. Nous décidons d’y rester 2 nuits. La Turquie s’avère aussi hospitalière que la Grèce pour les véhicules aménagés, et c’est une bonne nouvelle.


    Cumalikizik

    Ce petit village au nom rigolo est l’exemple typique des conséquences désastreuses de la surpopulation touristique. Bien conservé depuis le moyen-âge, il attire forcément les citadins lassés du béton de leurs façades et du bitume de leurs rues. Mais les citadins ça a besoin de manger, de boire et de faire pipi. Alors on leur construit des bars et restaurants. Et puis un ou deux parkings. Et puis pourquoi ne pas les appâter avec des babioles multicolores ou des sirops de fruits locaux ? Alors les boutiques poussent et cachent les façades moyenâgeuses, empiètent sur les rues pavées.

    Par chance, le village est assez grand et en pente. Vers l’extérieur et les hauteurs, les chalands se font plus rares et les maisons redeviennent accessibles. Et les boutiques sont plus intimes, comme celle où nous avons pris notre premier thé turc. Une seule table au milieu d’une grande pièce en désordre, à laquelle sont déjà attablés la patronne et quelqu’un de la maison. Mais ils s’écartent un peu et nous rajoutent 2 chaises, nous invitant à leurs côtés. Nous avons échangé un peu et bu notre thé, servi noir et dans de tout petits verres. 35 centimes le çay, comme on l’appelle là-bas. L’expérience valait le jus, si on peut dire.


    Ça rime

    Oui, Iznik ça rime avec céramique. L’activité a été prédominante entre le XVIe et le XVIIe siècle, au point que l’on retrouve de jolies faïences créées dans la ville sur les plus grandes mosquées du pays. La demande est moindre maintenant, mais de nombreuses boutiques restent dédiées à l’activité, dont un pôle de créateurs dans une ancienne école coranique. Du très beau travail qu’on aimerait rapporter avec nous. Mais il faudrait atteler une remorque à Roberto.


    Limite : 82 km/h

    Impressionnés par la qualité du réseau routier au départ, nous révisons peu à peu notre opinion. Il est vrai que le large temps dont nous disposons et notre quête des bivouacs en altitude et en nature nous conduisent fréquemment à emprunter les axes secondaires. Et là force est de constater que le niveau d’entretien n’est pas extraordinaire et rejoint en bien des points, on pourrait même dire en bien des trous, celui des derniers pays traversés. L’absence de revêtement est par ailleurs fréquente sur ces routes, et Roberto est presque en permanence recouvert de poussière. Le côté amusant de ces petites routes, c’est le nombre d’animaux qui y circulent en liberté, vaches principalement, mais aussi moutons, chèvres, chiens et chats. Il faut être vigilant.

    Sur les grands axes, nous empruntons habituellement la route à 2×2 voies qui longe l’autoroute – que par principe nous ne prenons pas, même si en Turquie le coût est modeste. La limite de vitesse y est extrêmement variable, passant de 110 km/h par défaut à 50 km/h au moindre croisement, les deux panneaux correspondants pouvant se suivre à quelques mètres seulement. Autant dire que personne ne respecte, d’autant plus que la fin du 50 n’est jamais annoncée. Le plus compliqué, c’est que la limite est variable selon les véhicules. Apparemment, c’est 100 pour les fourgons comme le nôtre ou 90 pour les camions. Quand la 2×2 voies traverse des villes, la limite descend à 82 km/h pour les voitures (il parait que c’est pour pouvoir flasher à 90…) et 50 à 60 km/h selon la ville et la taille du véhicule pour les autres.

    Mais le pire, c’est la mise en place depuis quelques années du contrôle de la vitesse moyenne, qui peut se faire sur plusieurs dizaines de kilomètres avec aussi des sections plus restrictives. On trouve des portiques avec caméras un peu partout, difficile de savoir si elles sont juste pour le contrôle de sécurité ou pour celui de la vitesse. Nous n’avons pas perçu de flash pour le moment, il n’y en a peut-être pas d’ailleurs. Mais il parait que pour les étrangers, la note tombe à la frontière, au moment de quitter le pays…


    La ville du safran

    Difficile de cacher son passé quand on s’appelle Safranbolu. Cette ville a été un poste caravanier important entre l’Orient et l’Occident du XIIIe au XVIIIe siècle, où l’arrivée du chemin de fer a mis fin à ce type d’activité. Entre autres commerces, on y vendait du safran, la ville en étant le principal producteur en Turquie. De ce passé, Safranbolu garde une architecture ottomane remarquablement conservée, qui l’a faite inscrire au patrimoine mondial de l’Unesco.

    Nous n’aurons pas le plaisir de voir les champs de crocus en fleur ni d’assister à la récolte, le tout se produisant à l’automne, mais nous pourrons déguster un « thé » au safran chez Mehmet, un commerçant réputé de la vieille ville. J’ai mis thé entre guillemets car de thé il n’y en a point : l’eau chaude est directement versée sur une pincée de pistils rouges de safran au fond d’un petit verre, le liquide prenant immédiatement une magnifique couleur jaune d’or.  En parlant d’or, le safran est l’épice la plus chère du marché, se vendant entre 30 et 45 000 € le kilo, soit à peine moins que le métal précieux (54 000 € le lingot)


    Thé ou café ?


    Le repos du gosier

    Bien sûr, nous avons craqué pour un petit assortiment….


    Noir c’est bleu

    Nous voici arrivés sur le littoral de la Mer Noire, et vous savez quoi ? Eh bien elle est toute bleue, parfois même d’un joli turquoise dans les zones de hauts fonds ! Encore un mythe qui tombe… Certes, tard le soir ou même la nuit, une couleur sombre apparait, mais la nuit, toutes les mers sont grises, c’est bien connu. Le pire, c’est que l’origine du nom n’a pas été élucidée. Il se pourrait que « noire » désigne le « nord », cette mer se situant au nord de la Turquie, mais ça n’est qu’une hypothèse parmi d’autres. Ce qui est admis, c’est que cette mer était autrefois un lac d’eau douce, 150 m au-dessous du niveau actuel. L’élévation suite à une fonte glaciaire aurait fait monter le niveau de la Méditerranée, qui se serait déversée par le détroit des Dardanelles dans la Mer de Marmara, qui se serait déversée par le détroit du Bosphore dans la Mer Noire. En profondeur, c’est toujours ce qui se passe d’ailleurs : l’eau y est très salée alors que très peu en surface.

    Nous avons longé la Mer Noire d’Ouest en Est sur plusieurs centaines de kilomètres. C’est parfois très sauvage avec une petite route tranquille qui se faufile entre une végétation abondante – favorisée par le microclimat – et de jolies petites criques, ou plus urbanisé avec des cités portuaires ou des stations balnéaires aux constructions quelconques, reliées par une route côtière à 2 x 2 voies souvent envahie de camions.


    Sinop, en bref


    Les mythes tombent comme des mouches

    Après la Mer Noire toute bleue, nous découvrons la ville de Samsun, qu’on imaginait plutôt sud-coréenne que turque. D’accord, c’est juste pour rire, il manque quand même le g final. Mais dans un parc de la ville, en bord de mer, nous tombons sur la statue d’une jeune guerrière, arc à la main, jupe et mocassins en daim, et la mention « Amazone » en dessous. Mais les Amazones ne sont-elles pas originaires d’Amazonie ? Eh bien non, je me suis encore fait piéger. Un panneau explicatif nous apprend qu’un peuple de femmes guerrières aurait vécu ici entre 2000 et 1000 av. J.-C. ce que les historiens jugent peu probable selon d’autres sources, aucun vestige archéologique correspondant n’ayant été retrouvé. Par contre, des traces tangibles de femmes guerrières ont été retrouvées en Ukraine et en Russie. Autant dire que le conflit actuel remonte à loin. Ç’est quand même drôle de voir réunis ici Samsun et Amazon.

    Et un petit chez soi reconstitué. Admirez au passage l’intégration du déshumidificateur d’air ! Tout ça était un peu kitsch et sujet à controverse historiquement parlant, mais bon à 0,40 € l’entrée, on n’a pas demandé à être remboursés !


    Ainsi s’achève cette première partie de la Turquie. Le pays est grand, prévoyez au moins 2 ou 3 autres articles sur le sujet. Alors à bientôt !

    Le parcours correspondant à cet article, en version zoomable ici pour les passionnés et ci-dessous les boutons pour commenter, pour vous abonner ou pour nous retrouver sur les réseaux sociaux

  • 126. Les merveilles du Monténégro

    Nous arrivons au début du mois de mai au Monténégro, le 31ème pays depuis le début de notre vie nomade il y a un peu plus de 3 ans, alors que nous approchons des 99000 km parcourus. Ce petit pays a été l’un des derniers avec la Serbie à quitter la Yougoslavie, les deux contrées partageant une religion orthodoxe prédominante et une affinité pour le communisme. Nous ignorons tout du Monténégro, la découverte est totale et va s’avérer pleine de belles surprises. Alors que nous pensions le traverser en une semaine (le pays a la taille de l’Île de France), il nous en faudra au moins deux avant de nous décider à en sortir.

    Les Bouches de Kotor

    Nous abordons le Monténégro par les Bouches de Kotor, un ensemble étonnant de 4 baies profondes entourées de hautes montagnes, s’apparentant un peu aux fjords nord-européens, mais débouchant sur la Mer Adriatique. La route qui en épouse le moindre contour offre des vues spectaculaires à chaque virage et traverse de charmants petits villages. Après un arrêt dans la cité balnéaire d’Herceg Novi, qui nous intéressera davantage par son monastère orthodoxe que par son centre historique très touristique, nous nous arrêtons à Lipci observer quelques peintures rupestres datant du VIIIè siècle av. J.-C., d’accès étonnamment libre. L’étape suivante est Risan, où nous décidons de passer la nuit sur une jetée en attendant l’ouverture le lendemain d’une maison ornée de mosaïques romaines du IIè siècle ap. J.-C. C’était sans compter sur le fait que le 2 mai était encore la fête du travail au Monténégro. Ils doivent sans doute travailler beaucoup pour avoir 2 jours de congés à cette occasion. Nous gagnons ensuite Perast, peut-être le plus beau village de la baie bien qu’envahi par la foule, venue en partie visiter 2 îles minuscules hébergeant l’une une église l’autre un monastère. La route se termine par la ville fortifiée de Kotor. Après, si l’on ne veut pas faire le tour complet, il ne reste plus qu’à s’échapper par l’une des nombreuses petites routes en lacets qui partent à l’assaut des montagnes.



    Une route à dessein

    Au lieu de poursuivre le tour des bouches de Kotor, nous prenons la direction des montagnes au Nord. Alors que la pente n’est encore que très modeste, nous rencontrons une petite succession de lacets qui sur notre GPS et sur Google Earth dessinent une sorte de M. Eh bien ça n’est pas un hasard. Cette sinuosité inutile – la route aurait pu aller tout droit compte tenu de la faible pente – est l’acte volontaire de l’architecte austro-hongrois en charge de la construction de cette route en 1878, tombé amoureux d’une monténégrine dénommée Milena, à qui il a pu offrir cette belle preuve de son affection. Et dans M il y a aussi aime, n’est-ce-pas ?

    Un peu plus haut, nous partons à l’assaut d’une impressionnante succession de lacets, 25 virages en épingles à cheveux sur quelques kilomètres, cette fois tout à fait justifiée. De plus, cette route appelée Serpentine est très étroite et assez fréquentée. Croiser les véhicules en sens inverse était presque un challenge à chaque fois. Particulièrement quand il s’agissait de bus. Nous en avons tout de même rencontré trois, nous donnant l’occasion d’apprendre la bonne technique pour que ça passe dans les virages : toujours laisser le bus à l’extérieur !


    Purée de poisse

    Montés bien haut avec ces routes délicates mais superbes, nous finissons dans le brouillard, et c’est bien dommage parce que notre destination du jour est un petit sommet censé procurer une vue époustouflante à 360° sur la moitié du pays et même les pays limitrophes. A l’arrivée au parking ça n’est pas gagné. Mais il nous reste l’espoir que ça se dégage après avoir gravi les 491 marches qui mènent au Mont Lovcen. Ne croyez pas pour autant que toutes les montagnes du Monténégro soient dotées d’escaliers. C’est qu’ici, au sommet, se trouve le mausolée du prince-évêque préféré du pays, qui a régné de 1830 à 1851, avant que le Monténégro ne devienne une vraie monarchie un peu plus tard. Pierre II Petrovic Njegos était un leader aussi bien politique que culturel, connu pour ses œuvres poétiques et philosophiques. Après que la petite chapelle où il était enterré ait été endommagée par les guerres, le pays reconnaissant l’a transformée en un mausolée étonnant. La démocratie est maintenant de mise au Monténégro, mais un prétendant au trône attend son tour en Bretagne où il est né après l’exil de la famille.

    Le brouillard ne se lèvera pas, nous décidons de repartir. Mais Roberto non. Toujours ce démarreur qui ne se lance pas, alors que pourtant tout ce qui est électrique fonctionne. Nous branchons le logiciel de diagnostic sur la prise ODB. Il dit que tout va bien. Et bien sûr, avec une boîte automatique, pas question de tenter de démarrer en prise. Comme ça s’était résolu tout seul il y a 3 jours, nous patientons un peu. Et Roberto finira de bouder. Alors nous changeons nos plans et partons vers la capitale qui n’est qu’à une heure de route et qui possède un garage Fiat-Iveco.


    Bagdad Café

    Nous trouvons facilement ce tout petit garage qui ne paie pas de mine. À 17h15, un quart d’heure après la fermeture officielle, il est encore ouvert. Nous entrons et cherchons quelqu’un dans ce tout petit local ne pouvant pas recevoir plus de 3 voitures, où règne un certain désordre ambiant et où la télé semble tourner en continu. Je déniche un mécano, branché avec son ordi sur une voiture. J’explique notre problème. Il commence par me dire que c’est encore férié pendant 5 jours (nous sommes le vendredi de Pâques orthodoxe…) avant de me donner, devant mon air dépité, rendez-vous à 8h30 demain matin. Ouf ! Nous dormons sur un terrain vague loin de nos standards habituels mais proche du garage. Roberto démarre correctement et nous sommes pile à l’heure au rendez-vous. Après quelques essais, ils nous disent que le démarreur a peut-être un problème, mais que la batterie aussi. Ils nous démontent le premier, nettoient et graissent tout mais ne trouvent pas grand-chose. La batterie semble moins en forme et il est probable qu’après 3 ans et près de 100 000 km elle soit en fin de vie. Nous acceptons la proposition de la changer. En attendant que la commande arrive d’un stock voisin, on nous amène des chaises puis on nous propose du café, de l’eau, un jus de fruit. Nous déclinons gentiment tout, mais quand ils nous proposent du brandy (!) nous acceptons finalement le café… Que nous dégustons avec eux pendant leur pause. Ils sont vraiment aux petits soins pour nous, nous font visiter le garage, nous montrent où ils en sont, etc. Finalement la batterie arrive et vers 11h, nous repartons avec un Roberto tout fringant et démarrant au quart de tour.


    Fuir la foule

    Avant que Roberto nous fasse le coup de la panne, nous avions prévu de visiter un monastère orthodoxe très connu dans le pays. Mais pas très facile d’accès. Nous nous sommes dits qu’y aller un week-end pascal n’était pas une si bonne idée et nous décidons de partir du côté opposé, vers une région montagneuse peu visitée. C’est une route magnifique qui nous y mène, longeant d’abord un canyon spectaculaire puis traversant des zones ressemblant un peu au massif des Causses chez nous. C’est de nouveau une voie étroite, par endroits mal revêtue, mais le côté sauvage nous va bien et nous ne croisons que rarement d’autres véhicules. Nous arrivons le soir au village de Gusinje, au cœur d’une vallée bucolique avec ruisseaux, pentes herbeuses, cimes enneigées tout autour et ce qu’il faut de vaches et de moutons pour compléter l’ambiance campagnarde.


    Les pieds dans le Plav

    Dans le même secteur se trouve le lac de Plav. Encore un décor magnifique avec des couleurs qui n’auraient pas manqué d’inspirer Monet. Mais une fraîcheur – nous sommes à plus de 900 m d’altitude – qui n’incite pas à y tremper autre chose que les pieds. Le village lui-même, sans être exceptionnel, mérite qu’on jette un œil à sa tour en pierre construite au XVIe siècle pour mieux se défendre des invasions ottomanes et à ses mosquées en pierres ou en bois qui montrent que ça n’a pas été si efficace…


    Vers le grand oeil bleu

    Nous faisons maintenant cap au Nord-Est vers d’autres montagnes, celles du parc naturel du Durmitor. De hauts plateaux, de jolis petits lacs et une couronne de montagnes dont certaines enneigées. Pas moins de 50 sommets à plus de 2000 m d’altitude nous attendent. De décembre à mars, le parc est d’ailleurs une station de ski réputée. Le reste de l’année, il semble que ces grands espaces soient peu visités et c’est bien dommage.


    Presque noir


    Scenic Road

    Nous avions rencontré ce concept lors de notre visite des parcs américains : beaucoup d’entre eux sont dotés d’une « scenic road », une route qui mène à différents points de vue ou départs de randonnées et qui permettrait même de visiter un parc sans descendre de sa voiture. Au parc du Durmitor, nous avons emprunté cette route panoramique sur à peu près les 2/3 de ses 75 km. Bien moins aménagée que ses homologues américaines, elle est particulièrement étroite, jouxte sans protection de nombreux précipices et côtoie des parois à risque élevé d’éboulement si l’on peut en juger par les roches jonchant la route à certains endroits. Elle est à double sens et il est ardu de s’y croiser. Il faut parfois reculer de quelques centaines de mètres pour trouver un petit élargissement approprié. Curieusement, le prospectus recommande une circulation en sens antihoraire SAUF pour les (petits) camping cars à qui il est conseillé l’autre sens… Raymond Devos trouverait certainement que ça n’en a pas. De sens.


    Gorge profonde


    Le monastère d’Ostrog

    Ce monastère isolé en plein centre du Monténégro, est le plus vénéré des chrétiens orthodoxes du pays, la religion majoritaire. Il se compose d’un monastère supérieur, le plus emblématique du fait de son encastrement dans une falaise de 900 m de hauteur, recevant un million de visiteurs par an, d’un monastère inférieur, situé 2 km plus bas, beaucoup moins visité, et de deux petites églises. Le tout premier aurait été créé par Saint-Basile, un évêque d’Herzégovine, qui aurait amené tous ses moines dans 2 grottes présentes dans la falaise après qu’ils aient été chassés de leur monastère initial d’Herceg Novi par les Ottomans. Son corps est maintenant enchâssé dans le mur de la petite église attenante et continuerait de guérir toutes sortes de maladies. Ce qui est bien c’est que toutes les confessions sont acceptées. La santé n’a pas de religion n’est-ce-pas ? De magnifiques fresques ornent l’intérieur, mais les photos sont interdites. Les superbes mosaïques de l’étage supérieur sont par contre accessibles. Une belle ambiance en tout cas et pas tant de monde que ça.


    Podgorica

    La jeune capitale du Monténégro – elle ne l’est devenue qu’en 2006, à l’indépendance du pays – est le reflet du passé chaotique du pays. Après les divers envahissements plus ou moins destructeurs qu’elle a subis, la ville s’est reconstruite de façon assez hétéroclite en une sorte de melting pot architectural quelque peu déconcertant. Nous y avons flâné une journée et fait tout de même quelques découvertes, démentant ceux qui racontent sur les réseaux qu’il n’y a rien à voir.


    Le Temple de la Résurrection du Christ est une superbe cathédrale orthodoxe presque neuve – elle n’a été consacrée qu’en 2014 – avec ses larges dômes surmontés de croix dorées, ses murs en pierres taillées et son intérieur couvert de fresques. Une cérémonie de mariage était en cours lors de notre visite, mais un groupe de touristes ayant été invité par leur guide à rentrer, nous avons suivi le pas. Nous n’avons néanmoins pas pu tout explorer, et nous n’avons pas réussi à dénicher la fresque la plus célèbre, une petite saynète montrant Tito, Marx et Engels brûlant ensemble en enfer. Une vengeance des orthodoxes sur l’interdiction de culte ordonnée par le régime yougoslave. Je vous mets quand même une photo prise sur Internet.


    Stara Varos, le vieux quartier ottoman, en dehors de ses ruelles pavées qui tranchent avec les larges avenues de la ville nouvelle, ne possède pas de construction bien typique à part peut être la tour de l’horloge peu mise en valeur et le vieux pont romain. Nous avons été intrigués par contre par de multiples graffitis dans ses rues montrant des vikings et la date 1987. Après recherches, il s’agit d’une référence à la date de création d’un club de fans de l’équipe de foot locale. Ils se sont nommés les « barbares » et sont connus pour être très turbulents, responsables de nombreuses interruption de matches après avoir envahi le terrain, lancé des fusées éclairantes, des gaz lacrymogènes et des objets contondants. Y compris lors de compétitions européennes. Les hooligans monténégrins en quelque sorte.


    Du vin de bonne garde

    Pas très loin de Podgorica, nous nous arrêtons visiter une cave à vin qui possède une histoire particulière : elle est en effet installée 30 mètres sous terre dans des anciens hangars top secret abritant les avions de l’armée populaire yougoslave. 1 million de litres de vins vieillissent juste sous le vignoble dont ils sont issus. Deux cars de touristes arrivés juste avant nous ont dissuadé de tenter la dégustation, mais c’est une option sur place, y compris avec restauration et accord mets-vins si ça vous tente.


    C’est une surprise mais chut !

    Peu de gens le savent, mais les chutes du Niagara sont à 10 minutes de Podgorica, au Monténégro. On ne peut pas en douter, c’est écrit dessus. Plus modestes que leurs homologues nord-américaines, elles sont néanmoins de belle prestance et méritent véritablement la visite. A part peut-être au mois d’août où elles auraient tendance à se dessécher, la comparaison n’étant alors plus de mise.


    Le Lac de Skadar

    La plus grande étendue d’eau des Balkans sert aussi de frontière entre le Monténégro et l’Albanie. Elle est alimentée par une rivière sinueuse bordée de nénuphars, dont on peut observer les magnifiques méandres depuis la route panoramique qui traverse le parc. Plus loin, c’est le lac presque entier que l’on peut observer. Sa faible profondeur, 5 m en moyenne, explique la présence de nombreuses plantes aquatiques lui donnant de belles couleurs, et attirant surtout une faune exceptionnelle. 256 espèces d’oiseaux notamment, dont le rare pélican frisé que nous n’aurons pas le bonheur de rencontrer alors qu’il avait une tête sympathique sur les photos. La route panoramique est aux « normes » monténégrines, c’est-à-dire étroite, tortueuse, mal limitée, sans marquage au sol évidemment, et dont les glissières de sécurité sont remplacées par de simples rochers posés en équilibre au bord du précipice. L’attention nécessairement soutenue du conducteur limite un peu l’observation des paysages pourtant exceptionnels. Heureusement que des arrêts sont ménagés ça et là !


    Cetinje

    La capitale du pays de 1481 à 1918 est un peu plus chargée d’histoire que sa successeure Podgorica. Elle conserve nombre de bâtiments Art nouveau datant de l’époque où la noblesse européenne rendait visite à celle du Monténégro. D’opulentes demeures d’habitation – dont celle du président, mais aussi des administrations, des ambassades, etc. La construction effrénée noie tout ça un peu plus chaque jour dans des immeubles plus ou moins modernes, mais il persiste suffisamment de bâtiments de caractère pour rendre la visite de la ville agréable. D’autant qu’un certain nombre de ces édifices ont été transformés en musées.   


    Laisse béton

    « Une petite Dubrovnik, le calme en plus » disait notre guide à propos de Budva, la première ville que nous retrouvons sur la côte. Après la visite de la « perle de l’Adriatique » en Croatie, il nous fallait aller le vérifier. Eh bien nous avons été très déçus. La citadelle qui crève les yeux dans la version croate est ici difficile à apercevoir ici, presque constamment dissimulée par des constructions récentes hideuses. Et une fois passées les murailles, on retrouve la même concentration de boutiques et restaurants, mais sans l’harmonie et la richesse architecturale de la grande sœur croate, définitivement bien supérieure. Le seul point sur lequel nous sommes en accord, c’est le moindre nombre de touristes. Mais il ne faut pas chercher bien loin l’explication.


    Un peu plus loin, la presqu’île de Sveti Stefan, certes hyper photogénique, confirme la vente du littoral aux promoteurs immobiliers : là c’est la totalité de cet ancien village, dont les habitants ont été expulsés par le régime communiste, qui a été privatisée, les maisons ayant été reconverties en chambres d’hôtel de luxe. L’accès via l’étroite route est réservé exclusivement aux résidents, tout comme l’une des 2 plages qui l’entourent tandis que l’autre est payante. Du coup, le site touristique le plus photographié au Monténégro est aussi le moins visité. Quel paradoxe !

    Et à proximité, de nouvelles constructions sortent déjà de terre, une tendance au bétonnage intensif que nous ne pourrons malheureusement que confirmer en poursuivant la route côtière. C’est décidé, nous repartons vers les montagnes !


    Une vie de châteaux

    Nous allons trouver sur notre route quelques-uns de ces nombreux châteaux, perchés stratégiquement au sommet de montagnes pour assurer la défense des envahisseurs actuels contre les envahisseurs futurs. Le Monténégro a, malheureusement pour lui, fait l’objet de beaucoup de convoitises dans le passé.

    La forteresse de Haj Nehaj fut construite au XVe siècle par les Vénitiens pour se protéger des Ottomans. On y accède par une belle randonnée dans la forêt. Au sommet, on s’étonne de la taille de la construction et on compatit pour les travailleurs qui ont assemblé toutes ces pierres au bord d’un précipice. On distingue encore bien la silhouette de la petite église qui disposait autrefois d’un autel catholique et d’un autre orthodoxe. Nous avons eu la surprise de voir un père et sa fille, ayant gravi comme nous le sentier, venir y prier. La nature envahit délicieusement les lieux et le panorama est bien sûr splendide.


    La citadelle de Stari Bar, alors qu’elle est située en plein centre-ville, a le mérite de ne pas être habitée et envahie de commerçants, lesquels sont sagement alignés à l’extérieur des murailles. L’intérieur est dans son jus et fait l’objet de travaux de restauration permanents. On y découvre des restes des différentes civilisations qui ont occupé les lieux, des Illyriens en 800 av. J.-C. aux Monténégrins depuis 1878, en passant par les Slaves, les Vénitiens, les Ottomans. Paradoxalement, ce sont les Monténégrins qui ont le plus abîmé les bâtiments en les bombardant pour récupérer leur bien. Un gros tremblement de terre en 1979 a aussi fait beaucoup de dégâts. Ayant eu la bonne idée de démarrer de bonne heure, nous avons la chance d’avoir le site presque rien que pour nous. C’est en redescendant vers 11h que nous avons croisé quelques « groupeaux », comme nous les appelons…

    L’olivier bimillénaire

    La région de Bar est couverte d’oliviers, il y en aurait plus de 100 000, et la majorité aurait plus de 1000 ans. Celui-là serait le doyen de toute l’Europe avec ses 2 000 ans d’âge. S’il a résisté aux dégradations des différentes guerres qui ont secoué le pays, il a été un partiellement brûlé par un incendie accidentel : un joueur de cartes qui profitait de son ombre a jeté accidentellement une allumette et l’un des troncs a pris feu. Sans doute un flambeur de poker.


    Dernier stop nature dans les ajoncs

    Nous n’aurons au cours de cette traversée du Monténégro passé qu’une nuit dans un camping, car nous étions un peu juste en électricité, et une autre en ville, près du garage Iveco dans lequel nous avions rendez-vous le lendemain. Tout le reste a été en pleine nature. Le pays en est largement doté et est plutôt tolérant sur le sujet. Jamais nous n’avons été dérangés ni n’avons craint pour notre sécurité.


    La frontière

    Nous en avons donc terminé avec ce beau pays qui nous aura réellement émerveillés. Nous nous dirigeons maintenant vers l’Albanie. Une autre aventure commence. Nous allons de nouveau changer de monnaie (vous ai-je dit que, bien qu’il ne fasse pas partie de l’Union Européenne, le Monténégro utilisait l’Euro ?) et devoir composer avec un nouvel opérateur téléphonique, notre forfait Free de 35 Go mensuels ne fonctionnant pas là-bas. Mais si tout était facile, il n’y aurait plus d’aventure ! A bientôt !


    Carte

  • 118. Rendez-vous au Bled

    Nous voici donc entrés en Slovénie, un pays où nous n’avions jamais mis les pieds ou les pneus. Des premières impressions jusqu’au Lac de Bled, avec une petite incursion stratégique en Croatie, revivez avec nous cette grande boucle slovène.

    SLO travel

    Après avoir traversé l’Amérique centrale et passé au moins une et parfois plusieurs heures aux frontières entre chaque pays, ça fait du bien de passer d’un pays européen à un autre en ralentissant à peine devant le poste où un douanier lève à peine les yeux de son téléphone portable. Donc nous voilà en Slovénie. Ce qui frappe tout d’abord, c’est que l’on ne comprend plus rien à ce qui est écrit sur les panneaux. Un bon point, ça pour nous autres adeptes de dépaysement. Enfin du moment qu’on a un peu de réseau pour pouvoir utiliser Google traduction. Voulant goûter ce nouveau pays, nous roulons tout doucement en regardant partout, alors que les locaux nous talonnent avant de nous doubler d’un grand coup d’accélérateur, contredisant les lettres SLO qui figurent sur leur plaque minéralogique. OK les pressés, laissez-nous le slow-travel ! Parmi les autres premières impressions figurent le coût réduit du carburant (1,45 €/l de gazole) et des aliments, à contrebalancer avec le coût élevé du stationnement (souvent 3€/h) ou des aires pour camping-cars (minimum 35€/j soit le double de la France ou de l’Italie). Pour l’instant nous avons réussi à contourner ces endroits-là. Nous verrons par la suite.


    La magie Koper

    Dès le passage en Slovénie, le beau temps est revenu. Ça doit être un hasard, encore que nous avançons vers le Sud par rapport à nos destinations précédentes. Koper est l’une des rares villes côtières d’un pays dont la façade maritime n’a pas plus de 44 km de long. Autant dire que l’été ça doit être bondé. Imaginez la totalité des Français devant se partager les plages entre Narbonne et Perpignan au cœur de l’été ! En réalité, les Slovènes sont 34 fois moins nombreux, mais quand même.

    Koper se présente comme un mignon petit port entouré d’un centre ville médiéval aux notes vénitiennes. L’opulence des édifices italiens n’est pas là, mais le charme opère tout de même.


    Piran, reine de la reconversion

    C’est l’autre ville côtière, sous forme d’une péninsule s’avançant dans la mer terminée par un ancien phare reconverti en clocher d’église. Il a tout de même donné son nom à Piran (ben oui, pyros en Grec ça veut dire feu). Comme à Koper, on retrouve une influence étrangère dans certaines constructions, comme ce palais vénitien, et cette petite statue aux airs danois (si vous séchez, regardez toutes les photos). Comme à Koper, la ville était autrefois construite autour d’un port presque intérieur, mais celui-ci a été reconverti en place parce qu’il en manquait. Quant à la cathédrale et au baptistère, ils semblent eux aussi avoir été reconvertis …en cages pour animaux si l’on en juge par la grille qui barre leur porte. Non sans avoir laissé juste derrière un tronc accessible aux fidèles, pas folle la guêpe !

    Question subsidiaire : sur une petite place de Piran, on retrouve une sorte de chérubin portant des objets formant des cylindres creux (photo ci-dessus à droite). A quoi cela pouvait-il bien servir ? Réponse à la fin du sujet suivant.


    Incursion en Croatie

    Nous sommes loin d’avoir exploré toute la Slovénie. Nous y reviendrons plus tard. Mais nous avons trouvé plus pratique de compléter dès maintenant notre parcours en Istrie, cette péninsule triangulaire au bord de l’Adriatique et dont la majorité du territoire appartient à la Croatie. Le passage de frontière est plus marqué que le précédent, avec une transition brutale d’une zone assez peuplée (les 47 km de côtes slovènes) à un territoire très rural. Ça fait du bien de revoir des forêts, des champs, des montagnes. La première ville où nous faisons étape est de taille modeste et ne tranche pas forcément avec ce que nous avons vu en Slovénie. Un port, de jolies rues étroites et pavées, une basilique aux mosaïques scintillantes, des boutiques de souvenirs dont beaucoup de variétés de miel et de liqueurs.

    Solution de l’énigme du paragraphe précédent :


    Découverte inattendue

    Nous faisons étape pour la nuit sur le parking du cimetière de Vodnjan, trouvé sur l’application Park4night que la plupart des voyageurs nomades utilisent pour trouver des endroits où se garer de jour comme de nuit et pour trouver quelques facilités comme l’eau ou les laveries self-service par exemple. Une fois l’endroit décrit, d’autres voyageurs laissent leur témoignage ou enrichissent la description initiale. C’est l’un de ces commentaires qui nous a incités à visiter la ville le lendemain, alors qu’elle ne figurait pas sur notre guide papier. Objet d’un festival annuel de street art, la petite ville de 6000 habitants, abhorre une trentaine de fresques sur ses murs et de vieux immeubles en pierre en son centre. Il y aurait aussi plusieurs centaines de momies de religieux dans l’église, mais celle-ci était malheureusement fermée. Heureusement, par définition, le street art c’est H24 !


    Pula et ses vestiges romains

    La pointe Sud de l’Istrie est occupée par la ville de Pula, dont la particularité est d’héberger de nombreux vestiges romains, comme un amphithéâtre, quelques temples, et quelques mosaïques. On pourra regretter que tout ça ne soit pas particulièrement mis en valeur. Ainsi ce chantier qui semble être là depuis un moment dans l’amphithéâtre, ces fondations de la maison d’Agrippine, protégées mais en plein dans la cour d’un immeuble, l’arrière du temple jumeau de celui d’Auguste utilisé comme mur arrière de la mairie, où encore cette mosaïque romaine vieille de 18 siècles, plutôt bien conservée mais que nous avons eu du mal à dénicher. Il a fallu traverser un terrain vague et contourner un parking avant d’oser s’aventurer dans une petite ruelle obstruée par un camion de chantier et un tas de gravats.


    Champions de l’inutile


    Rijeka

    Nous n’avons pas trouvé grand charme à la 3ème ville de la Croatie : pas d’unité architecturale, beaucoup de circulation et peu de choses à visiter. Nous retiendrons tout de même 3 choses : une curieuse Cathédrale de Saint Guy toute en rond (pour danser peut-être ? ;)), un musée de l’informatique (voir plus loin) et la première fabrique mondiale de torpilles qui, faute de préservation, va finir par disparaître dans la mer. Ce serait pourtant dommage d’oublier que c’est ici, à Rijeka qu’ont été mises au point les toutes premières torpilles. La base pour les premiers essais a été bâtie en 1860, suivie de l’usine actuelle qui a fonctionné de 1930 à 1966. Aujourd’hui ce n’est plus qu’une carcasse de béton, mais ce bâtiment a révolutionné en son temps l’armement maritime, tout en étant sans doute responsable de milliers de morts. Alors, on le sauve ou on le sauve pas ?


    PEEK & POKE

    Ces commandes de programmation ne parlent qu’aux initiés, mais le sous-titre « Musée de l’informatique » est plus évocateur pour les autres. Mais j’estime faire partie des premiers, en ayant vécu toute la progression de l’informatique depuis le début. J’avais 10 ans quand la télévision familiale est passée du noir et blanc à la couleur, 20 ans quand j’ai soudé avec mes frères une centaine de composants sur un circuit imprimé pour en faire un jeu de ping-pong qui se branchait sur sur la télé, 22 ans quand j’ai eu mon premier ordinateur, le ZX81, une sorte de grosse calculatrice programmable en BASIC mais dont le programme, limité à 1000 caractères, s’effaçait lorsqu’on éteignait la machine. D’autres machines ont suivi, avec davantage de mémoire vive (RAM), la possibilité de stocker ou charger un programme sur une cassette audio, puis sur des disquettes et enfin des disques durs. J’avais 29 ans quand je me suis offert mon premier compatible PC (Amstrad PC2086) avec écran intégré et surtout un disque dur de 20 Mo (à l’époque c’était énorme, aujourd’hui le disque dur de mon ordi portable fait 1 To). A 30 ans, j’ai commencé à informatiser mon cabinet médical en développant un programme adapté à un fonctionnement en réseau. J’ai quasiment utilisé toutes les versions de Windows depuis la 3.1. J’ai vu apparaître Internet et les téléphones portables lorsque j’avais 40 ans. Alors oui, je suis vieux, j’ai l’impression d’avoir été un pionnier de l’informatique, et c’est sans doute pour ça que j’ai retrouvé avec plaisir un peu de toute cette progression fantastique dans ce musée, y compris un exemplaire de mon ZX81 !


    Bouticocanardophilie


    Le lac intermittent

    Nous voici de retour en Slovénie, à Cerknika, dans une région au sol karstique, comprenez un gruyère de calcaire. avec beaucoup de grottes et de galeries souterraines. En été, ces formations absorbent bien l’eau et le lac se vide presque complètement. Pendant la saison des pluies, au printemps et à l’automne, le sous sol est vite saturé d’eau et le niveau du lac monte. Il peut passer en une seule journée de 0,1 km2, sa surface minimale, à 38 km2, sa surface maximale. C’est le plus grand lac intermittent d’Europe, et, lorsqu’il est plein, le plus grand lac de Slovénie.


    Un château troglodyte

    Construit directement dans une falaise à partir du XIIIème siècle, le château de Predjama était quasiment imprenable. Il fut tout de même assiégé vers la fin du XVè siècle par l’armée de l’empereur Frédéric III dont un parent avait été assassiné par l’occupant des lieux, le baron Erazem Lueger. Le siège dura plus d’un an, l’astucieux occupant continuant de s’approvisionner à l’extérieur grâce à un tunnel secret. La plaisanterie se termina le jour où, grâce à une complicité interne, l’armée envoya un boulet de canon sur le mur des toilettes à ce moment occupées par le baron, et qui s’effondra sur ce dernier. Mourir assis sur le siège après un an de siège, c’est un comble !

    Nous avons pris plaisir à visiter ce château peu commun, grandement aidés par des audioguides en Français très bien faits.


    Les grottes de Postojna

    Nous avons pénétré dans le plus grand système de grottes de Slovénie, plus de 700 km de galeries sur une longueur de 20 km. D’abord en empruntant un petit train puis à pied.

    Nous avions déjà vu un certain nombre de grottes dans notre vie, mais celles-ci sont véritablement exceptionnelles. D’abord par l’immensité du réseau, telle que dès les premiers mètres de voie ferrée apparait déjà une féérie de stalactites et stalagmites, certains ayant dû être coupés d’ailleurs pour que les têtes des passagers ne frottent pas trop au plafond. On nous a conduit dans des salles immenses, certaines pouvant accueillir des concerts avec 10 000 places assises. Tout est à la fois protégé et bien mis en valeur. Du grand spectacle, assurément.


    Bébés dragons ou poissons humains ?

    Dans les eaux profondes du réseau de grottes de Postojna, on trouve plusieurs espèces animales qui se sont bien adaptées à l’obscurité. Parmi elles, le protée anguillard, une sorte de salamandre aquatique à la peau rose pâle, dépourvue de tout pigment – devenu inutile dans le noir – et dont les yeux se sont atrophiés pour la même raison. Il arrive régulièrement que des grosses crues fassent remonter ces bestioles à l’extérieur des grottes, qu’à une certaine époque on imaginait peuplées de dragons. Le corps ondulé et les branchies rouge vif ont fait prendre les protées pour les bébés de ces monstres souterrains. Ceux qui ignoraient la légende ont plutôt parlé de poissons humains, en raison de l’aspect et de la couleur de la peau proches de celle des Slovènes.

    La bête

    A côté des grottes, nous avons pu voir, dans un vivarium plongé dans la quasi-obscurité, plusieurs exemplaires de cette espèce peu connue, capable de rester dix ans sans se nourrir, de régénérer ses membres perdus et de vivre une centaine d’années.

    Alors, bébés dragons, poissons humains ou protées anguillards ? Quel nom préférez-vous ?


    Le Lac Sauvage

    Après le Lac Intermittent de Cerknica, voici le Lac sauvage. En ce jour de beau temps, ce tout petit lac a l’air tout tranquille, mais après une forte pluie, son niveau peut monter brusquement et même un geyser peut se former. C’est qu’il est relié à des galeries karstiques en profondeur, drainant l’eau d’un vaste territoire. Pour le voir dans cette phase, regardez cette vidéo sur Youtube.

    Mais pour nous il est resté calme, et nous avons pu nous promener le long de cette rivière qui mène à Idrija, notre prochaine étape.

    Juste au-dessus de la rivière, nous avons suivi un canal conduisant une eau limpide jusqu’à un bâtiment dans lequel nous avons pu entrer

    A l’intérieur se trouve la roue géante d’un moulin, de 13 mètres de diamètre, dont l’action est d’animer …une pompe à eau. C’est que, juste à côté, se trouve l’entrée d’une mine. Mais une mine de quoi ?


    Mercure l’insaisissable

    En 1490 à Idrija, un fabricant de seaux a trouvé dans un ruisseau des petites gouttes de métal liquide. Ce fut le début d’une ère minière extraordinaire pour la ville qui a produit en 500 ans 13% du mercure mondial, le récoltant directement sous forme liquide ou le produisant à partir de minerai (cinabre). Si forcément Idrija s’est enrichie et a fait grandement progresser la science, ça n’a pas été aussi bénéfique pour la planète puisque les 2/3 du mercure produit ont servi à l’extraction de l’or et de l’argent en Amérique, avec la pollution qui s’en suit. Et ça n’a pas été si bon non plus pour les mineurs qui ont souffert de la toxicité du vif-argent, autre nom donné au précieux métal liquide. Aujourd’hui encore, les rivières locales restent polluées et la ville menace de s’effondrer sur le gruyère de galeries qui traversent son sous-sol.

    Gouttes de mercure dans un cube de résine
    (œuvre d’art du musée)
    Miroir ô miroir, dis-moi qui est la plus belle…

    Quant à l’origine du nom du métal, il aurait été associé des sa découverte à Mercure le messager des dieux romains connu pour sa rapidité qui le rendait insaisissable. Un peu plus tard, on donna le nom du métal à la planète la plus proche du soleil et donc la plus rapide à en faire le tour (88j). Par ailleurs, Mercure est le dieu des voyageurs, ce qui nous conviendrait parfaitement s’il n’était pas aussi le dieu des voleurs et des commerçants… Bizarre cette association !


    Faire dans la dentelle

    Les progrès technologiques dans l’extraction du mercure au XVIIè siècle a fait chuter la demande en main d’oeuvre à Idrija et, comme dans d’autres cités minières, ce sont les femmes qui ont pris le relais économique de leur famille en produisant de la dentelle, avec la technique des fuseaux qui demande un temps considérable mais offre une qualité exceptionnelle. La première école de dentellerie a ouvert ici en 1876 et est toujours en activité en 2024. On y accueille des jeunes filles de 6 à 15 ans, toutes volontaires, qui suivent une formation gratuite de 3 heures par semaine et qui dure 6 ans ! Une partie du musée municipal d’Idrija est consacrée à cet art et présente des oeuvres magnifiques, comme on peut en juger sur les photos.


    …et 27 font douze

    La petite ville de Škofja Loka a quelque chose de spécial en Europe : elle fait partie du douzelage (sic) initié par la cité normande de Grandville en 1991, en gros un jumelage avec 11 autres villes de l’Union Européenne. Seulement voilà, l’Europe entre temps s’est élargie à 28 pays, mais le terme de douzelage est resté.

    Sinon Škofja Loka serait la ville slovène au centre médiéval le mieux conservé. Ce qui ne saute pas aux yeux d’emblée, mais le tremblement de terre de 1511 qui a dévasté la ville y est peut-être pour quelque chose. Nous y avons trouvé tout de même une architecture originale et visité dans son château un intéressant musée sur le patrimoine culturel slovène.




    Alimentaire mon cher Watson

    Juste un titre bidon pour introduire quelques spécialités trouvées dans les magasins. On ne peut pas dire pour l’instant que nous ayons été transcendés par la cuisine slovène.


    Arrivés au Bled

    Nous terminons notre remontée depuis la pointe Sud de l’Istrie avec le Lac de Bled. Une vague pluvieuse nous coince presque 48h dans Roberto, l’occasion de se reposer un peu et de rattraper notre retard qui dans la planification de notre itinéraire qui dans l’avancée du blog. Dès l’accalmie nous partons à la rencontre de ce lac très prisé des touristes en saison, mais quasi désert en février surtout avec la récente pluie. Partant pour un tour du lac à pied (6 km) nous prenons le temps d’apprécier ses éléments emblématiques : l’ilot central avec sa petite église, le château perché sur son rocher, la grande église de la ville et les bateaux au taud en toile rayée qui relient les quais à l’ilot. Notre promenade s’arrête après à peine 1 km, le sentier piéton étant fermé pour travaux sur 200 ou 300 mètres. Nous pensions emprunter la route, mais celle-ci, tout en étant autorisée aux voitures, est interdite aux piétons. En bon français, nous tentons tout de même le passage par la route, mais un vigile dans une voiture banalisée nous rappelle vite à l’ordre. Voilà comment sont traités les piétons à Bled. Est-ce pour nous forcer à reprendre notre voiture et nous garer à l’autre bout du lac pour 6 euros de l’heure ? Qui sait…



    Carte