Le Salvador est le plus petit pays d’Amérique centrale, de la taille de la Gironde et des Landes pour vous donner une idée. Les premières routes que nous parcourons sont en excellent état, ce qui tranche avec le Mexique ou le Guatemala. Les premiers paysages que nous traversons sont montagneux, volcaniques, et aussi très verts avec beaucoup de plantations de café et de fleurs tropicales. Les maisons sont nettement plus soignées qu’au Guatemala, où elles sont curieusement abandonnées à leur état de parpaings bruts. Les couleurs vives sont partout, mais ce n’est pas vraiment une surprise, et les fresques murales sont courantes. D’une manière générale, le Salvador semble avoir un meilleur niveau de vie que ses voisins, et cela se ressent dès la première visite au supermarché. Et ce n’est pas qu’une impression liée au fait que les prix soient en dollars américains, la monnaie officielle du pays.
Pour changer de la présentation habituelle du blog et rompre avec une éventuelle monotonie, cet article sera présenté uniquement en photos ou vidéos commentées
Passage de frontière : Les formalités n’ont pris qu’une cinquantaine de minutes et nous y avons reçu un accueil plus que chaleureux. De l’autre côté du pont qui sépare le Guatemala du Salvador, des panneaux de bienvenue s’étalent partout et la première démarche, pour l’importation de Roberto, s’est faite sur une petite table en extérieur avec chaise en plastique, où un employé jovial nous a rempli un formulaire que nous aurons ensuite à remettre à un autre employé plus ordinaire et dans un bâtiment plus conventionnel pour l’établissement du document définitif. Pas de tampons sur nos passeports. Nous savons juste que nous sommes autorisés pour 90 jours sur l’ensemble du territoire allant du Guatemala au Nicaragua. Cela devrait suffire, ces pays ne sont pas bien grands.Ahuachapan est la première ville sur notre route. Une place où flânent les habitants, où subsistent quelques édifices publics d’architecture coloniale,et dont les murs sont volontiers décorés de fresques aux couleurs vives, certaines réalisées par les frères Fabru’s dont nous reparlerons plus tard.
Procession des Rameaux : Une grande église blanche trône devant la place, très fréquentée en ce dimanche des Rameaux. Nous avons la chance d’observer une procession et de pouvoir faire la photo de famille des pénitents du jour.
Géothermie active : La région du Salvador par laquelle nous sommes entrés est riche en sources chaudes, geysers et fumerolles. Cette énergie naturelle est d’ailleurs parfaitement exploitée puisque l’usine d’Ahuachapan, la première ville que nous avons rencontrée, fournit 40% de toute l’électricité du pays en exploitant 28 fumerolles. A deux autres endroits, l’eau très chaude sera récupérée pour alimenter des piscines que les salvadoriens fréquentent tout particulièrement le week-end. Une raison suffisante pour que nous ne nous y rendions pas, particulièrement en ce dimanche des Rameaux et début de semaine sainte. Mais une zone de fumerolles tout près du centre-ville est accessible au public, et celle-là, nous nous y rendrons avec plaisir. Toujours impressionnant de marcher sur ce sol teinté de soufre et craquant sous les pas, de humer l’air brûlant à l’odeur d’hydrogène sulfuré, d’observer cette eau qui bout bruyamment et cette vapeur qui s’échappe de partout.
Concepcion de Ataco : davantage de fresques murales que la ville précédente. Quant aux couleurs vives, même les voitures et la végétation s’y emploient !L’art est jusque dans l’église, avec de beaux autels sculptés par un des habitants et quelques murs peints aussi.Normal car nous sommes ici dans le fief des frères Fabru’s, deux salvadoriens très connus ici pour leurs personnages fétiches : des femmes métisses aux grands yeux appelées « memitas », des hommes avec de grandes moustaches horizontales, des chiens et des chats. Ils étaient malheureusement absents de leur atelier.Rien de tout cela n’était exceptionnel, mais cela ne nous a pas laissés de glace non plus.Notre parking pour la nuit à Juayua, dans une petite cour qu’il fallait atteindre en traversant un couloir. Assez tranquille si ce n’était le gros criquet de 15 cm qui voulait grimper sur Roberto !
L’église de la ville est rouge et blanche à l’extérieure, tandis que son sol en damier et ses décorations de palmes donnent une petite ambiance caribéenne.Là aussi, des murs peints un peu partoutLes rutilants bus salvadoriens n’ont rien à envier aux chicken bus guatémaltèques. Ils sont tout aussi impétueux et produisent la même fumée bien noire.Une petite boutique de jus de fruits sur le marché qui accepte les Bitcoins : on n’est pas aussi modernes en France ! Et ces clés incrustées dans le béton devant l’entrée de la quincaillerie : indubitablement des clés de sol… 😉Santa Ana la seconde ville du pays ne nous a pas convaincus : nous n’y sommes restés qu’une heure, près de la place centrale avec son théâtre et son exceptionnelle cathédrale gothique (ça change du style hispanique habituel !). Mais 4 petites scènes ont attiré notre attention :
1. Ce palanquin déplacé d’un camion vers la cathédrale par 5 hommes seulement. Et dire qu’il en fallait 80 et qui paraissaient souffrir le martyr pour porter ceux que nous avons vus à Antigua. Certes il y avait quelques statues en plus mais quand même, chiqué !
2. Cette petite fille que son père amène faire des bulles dans la cathédrale comme s’il s’agissait d’un jardin public. Lui aurait-il parlé des bulles du pape ?
3. Cette « statue de la liberté » devant le palais municipal devant laquelle on a installé une tente abribus, la privant de toute vue. Mais où est la liberté ?
4. Santa Ana, la patronne de la ville, aurait inhabituellement les yeux bruns. Mais pas de chance pour nous, impossible de le vérifier en cette unique période de l’année (Rameaux) où les effigies de la cathédrale sont voilées de mauve !
Vous avez sous les yeux le plus haut volcan du Salvador, culminant à 2381 m d’altitude. D’en bas ça fait moins volcan que son jeune copain d’en face (image à droite ci-dessous) mais la pancarte du sentier nous annonce un joli lac de cratère en haut. Et aussi l’accompagnement obligatoire par un guide et des policiers, mais on fera ceux qui n’ont commencé l’Espagnol qu’avant-hier…Nous nous sommes levés tôt pour échapper à la foule et à la chaleur, tout en essayant d’arriver avant les nuages. A 7h45, nous étions les premiers à signer le registre, et nous sommes arrivés en haut les premiers en doublant le seul autre randonneur matinal : ce vendeur de glaces qui montait sa glacière de 45 kg comme chaque matin. Quel boulot ! L’environnement est un peu étonnant, associant cactus et coulées de lave, association que l’on avait du mal à imaginer.Peu avant l’arrivée, le sol devient franchement basaltique, et un panneau vient nous récompenser de nos efforts. Il est 9h10, nous sommes les premiers et les seuls au sommet. Youpi !Nous découvrons le spectacle époustouflant de ce lac bleu-vert tout au fond du cratère, bordé de fumerolles dont on entend bien le souffle et parcouru de fines brumes mobiles. Si la température du lac (20°C) est compatible avec la baignade, il n’en est pas de même de l’acidité qui se situe entre le contenu de votre batterie et celui de votre estomac (pH de 1). De toutes façons, il est interdit de s’en approcher et le sol instable incite à la prudence. Pas envie de plonger dans la Trempette !
Un petit selfie s’impose, à défaut de guide pour prendre la photo (ce doit être son utilité car il est impossible de se perdre sur l’unique sentier)
Fumerolle sur le rivage jaune
Pendant la redescente, nous croisons des hordes de touristes qui grimpent à leur tour en file indienne et ce sympathique tatou, hésitant à traverser le chemin tellement le trafic est dense !Nous visitons maintenant un site maya unique en son genre, Joya de Cerén. Unique parce que c’est le seul en Mésoamérique où l’on a retrouvé des maisons d’habitation, à l’inverse des palais princiers et lieux cérémoniels habituels qui d’habitude, étant construits en dur, sont seuls à résister au temps. Si les maisons en bois et torchis ont survécu ici, c’est grâce à l’intervention d’un volcan en l’an 590. Tel le Vésuve, il a recouvert ce petit village d’agriculteurs d’épaisses couches de cendre (14 au total).Il n’a été retrouvé qu’en 1976, par hasard, lors d’une tentative de construction de silos à grains. Rapidement sécurisé, le site est progressivement mis à jour depuis. L’unicité de ce témoignage de la vie des agriculteurs mayas l’a fait classer au patrimoine mondial de l’Unesco en 1993. C’est le seul site classé du SalvadorIci, la maison d’un chamane. On a identifié aussi des entrepôts, une salle de réunion, un sauna, une cuisine. On a trouvé beaucoup d’objets et même des aliments intacts laissés lors de la fuite des habitants.On a dégagé aussi des squelettes de souris dans les entrepôts, un canard attaché par une corde à une barrière (ci-dessous à droite), prouvant la domestication, mais heureusement aucun humain. Ouf !Les extérieurs sont relativement bien aménagés, avec de nombreuses fleurs tropicales et pas mal d’arbres fruitiers. Peut-être va-t-on reconstituer les champs de ces agriculteurs ?A gauche, des pommes-cajou. A droite, un panneau d’informations en Français, c’est si rare ici ! La France a manifestement participé aux travaux. Si vous aviez un doute sur l’utilité de vos impôts…Visitons ensemble la capitale du pays, San Salvador. Avec près de 250 000 habitants, c’est la 2ème ville la plus peuplée d’Amérique centrale après Guatemala Ciudad. Un développement anarchique commun dans la région fait qu’elle a peu d’intérêt pour les touristes, si ce n’est son centre-ville colonial et animé.A gauche le drapeau du Salvador avec comme ses pays voisins 2 bandes bleues entourant une blanche. Sauf que chez ces derniers les bandes bleues représentent les océans qui les bordent, mais comme le Salvador n’a qu’une frontière maritime, on dira ici que le bleu du haut est celui du ciel. Sinon au milieu, un blason avec 5 drapeaux et 5 volcans évoquant les 5 états de l’ex-fédération de l’Amérique centrale, un triangle maçonnique symbolisant l’égalité, une couronne de laurier à 14 feuilles (1 par département) et une devise : Dios, Union, Libertad. A droite, l’arbre national du pays, un Tabebuia rosea alias Calice du pape, que l’on voit fleurir partout avec un joli rose.Nous visiterons surtout les vieux quartiers, avec ici un hôpital (toujours en activité !) et la fac de médecine (toujours en activité ?)Une première église un peu particulière de par sa structure. A son époque, l’architecture en bois était couverte ensuite de plaques de fer. Ici, le travail n’a jamais été terminé et une grande partie du bois reste apparent.Le centre historique. Un autre temps…La cathédrale de San Salvador, plutôt massive, tremblements de terre à répétition obligentIci, vraiment l’église la plus moche que nous ayons jamais vue. Mais de l’extérieur seulement, car l’intérieur est conçu tout en jeux de lumières, que ne rendent pas très bien les photos.Le marché central. Le seul endroit de la capitale où l’on trouve encore des habitants en tenue traditionnelle. Nous y avons aussi goûté aux « pupusas », la spécialité nationale, une sorte de crêpe à base de farine de maïs ou de yucca fourrée à la viande et/ou aux légumes. Bon mais pas extraordinaire.Ah, un cimetière de 35 ha en plein centre-ville. Voyons comment ça se passe. D’emblée, les couleurs n’ont rien à voir avec celles des cimetières guatémaltèques. Les tombes sont d’une grande « diversité », pour ne pas employer un autre mot.Certaines font dans la grandiloquence…d’autres dans l’authenticité, d’autres encore se vendent (c’est la crise ?),et d’autres enfin sont le lieu manifeste de festivités ou bien … d’essais ???Le petit village de Panchimalco est sur notre route. On s’arrête visiter son église coloniale et l’atelier du peintre et sculpteur Miguel Angel Ramirez, peut-être poussé à la vocation par son prénom. Son travail est exposé dans un joli jardin. Il a le mérite d’être très actif auprès des jeunes de la région et anime beaucoup de formations.Des ailes de papillon avec des pinceaux, il fallait y penser…Quelques clichés de la cour intérieure. Admirez les chaussures en guise de pots de fleurs !Un exemple du travail des enfants. On sait qu’ils adorent crayonner sur les murs !Des ailes de papillon avec des photos de gens devant des ailes de papillon, il fallait y penser…Il commençait à faire très chaud sur les plaines du Sud (36° C à l’ombre…) alors nous avons pris un peu d’altitude. Ce petit lac dans un cratère près d’Alegria était parfait pour nous. 24°C le soir (1250m d’altitude) et bizarrement pas un chat. En pleine semaine sainte, les locaux étaient peut-être occupés ailleurs. En tout cas la nuit a été super tranquille et quel spectacle le matin au réveil !L’image panoramique rend mieux compte de notre solitude…J’ai même eu tout loisir de chercher un joli reflet !Par contre la couleur de l’eau n’incitait pas trop à la baignade. Sans être chaude, l’eau était peut-être relativement acide. Et puis il paraît qu’une sirène ensorcelle les hommes qui s’y plongent…Nous terminons notre parcours salvadorien par la ville d’Alegria, curieusement décorée de passoires en plastique censées sans doute représenter des méduses. Nous n’avons pas osé demander la raison de peur de s’entendre répondre « c’est pour faire joli, pourquoi ? »Les petites boutiques sont très pittoresquesPour rappel, une pupuseria est une boutique où l’on vend des pupusas, si jamais…Sur quelques maisons, on trouve des pensées de l’écrivain local Alberto Masferrer. Du bois aussi mais ça n’a rien à voir. Ça montre juste qu’on est en altitude…Les seules choses « inquiétantes », ce sont ces poudres colorées et ces pochoirs, qui signifient que l’on va sous peu décorer les chaussées d’alfombras pour les prochaines processions. Et que Roberto risque d’être coincé dans le centre-ville pour plusieurs jours. Go go go !
En cette période de week-end pascal, très suivi ici, tout ou presque est fermé. C’est le bon moment pour quitter ce pays auquel nous avons trouvé un certain charme, un côté paisible et de jolis paysages. Il aura juste eu la malchance de passer immédiatement après le Guatemala, ce qui nous a fait manquer un peu d’objectivité pour l’apprécier à sa juste valeur.
Notre prochaine étape est de traverser le Honduras en une journée (le pays est réputé peu sûr en ce moment et la plupart des voyageurs nomades n’y passent que très peu de temps) pour parvenir le soir même au Nicaragua. A bientôt !
Parcours au Salvador, zoomable ici pour les adeptes du détail
J’espère que cette version toute en légendes d’images (et de vidéos) vous a plu. N’hésitez pas à me dire en commentaires si vous préfériez l’ancienne forme.
Le Guatemala génère pour nous une émotion particulière. C’est là en effet qu’il y a vingt-cinq ans nous avons adopté notre quatrième enfant. Nous n’avions pas vu grand chose du pays à l’époque, concentrés sur l’ancienne et la nouvelle capitale et les démarches administratives. Nous avions ce regret qui va bientôt être comblé de ne pas connaître suffisamment le pays d’origine de notre fils.
Achille, cet article t’est évidemment dédié. Merci pour tout l’amour que tu dégages, pour tout l’amour que tu nous a donné et pour tout l’amour que tu nous donnes encore
Frontière express
Guidés par l’expérience des voyageurs qui nous ont précédés et par un jeune homme qui a trouvé là le moyen d’arrondir ses fins de mois, nous avons passé une à une les différentes étapes du passage de la frontière, assez similaires à celles de la précédente. La seule difficulté était de trouver les bons bâtiments, les bons guichets, l’endroit où faire les photocopies non anticipables et même la dame qui paye la banque à votre place pour le permis d’importation du véhicule et vous évite ainsi de marcher 2 km jusqu’à la ville la plus proche. En à peine une heure, nous étions au Guatemala !
Passage de la frontière guatémaltèque. De l’autre côté, nous sommes de suite dans l’ambiance !Le drapeau du Guatemala avec au centre son oiseau-emblème, le quetzal, qui est aussi sa monnaie
Les aventuriers de la cité perdue
Tikal est LA cité maya du Guatemala. A son âge d’or, entre 500 et 900 ap. J.-C., sa population avoisinait les 100 000 personnes, sur un territoire très étendu que l’on a du mal à se représenter car presque totalement envahi par la forêt tropicale aujourd’hui. Seuls en émergent les bâtiments qui ont été dégagés depuis le XIXème siècle après une longue période d’oubli. Et ces bâtiments, on les découvre peu à peu grâce au Lidar, une sorte d’écho-radar-laser qui permet de voir depuis un avion ce qui est enfoui sous la forêt.
Les temples de Tikal enfouis dans la forêt
Plus que dans toutes les autres cités mayas que nous avons visitées nous ressentons à la fois cette grandeur passée et l’excitation des archéologues qui de monticules de terre et de forêt informes dégagent des palais et des temples grandioses, des stèles gravées qui sont de véritables livres de pierre, des tombes et leurs offrandes, des objets de la vie quotidienne. De nombreux chantiers sont en cours, ce qui ne gêne pas forcément la visite mais démontre au contraire les efforts qui ont été nécessaires pour que nous puissions voir ces lieux aujourd’hui.
Dès l’entrée du site, la faune se manifeste : ici un dindon ocellé, oiseau élevé par les MayasOn s’enfonce ensuite dans la jungle…Arbres géants et entrelacs de lianes abondentAu détour d’un sentier, des constructions apparaissent…
A Tikal plus qu’ailleurs la nature est très présente, les chemins tracés dans la jungle dépassent volontiers le kilomètre pour se rendre d’un édifice à un autre, la flore est superbe et la faune bruyante et variée. Les oiseaux gazouillent ou crient autour de nous, les singes araignées graciles se baladent de branche en branche, les colonies de coatis reniflent le sol entre les temples, la queue dressée en forme de point d’interrogation, et les dindons ocellés multicolores se baladent tranquillement sur l’herbe. Et nous profitons d’autant mieux de tout cela que la densité de visiteurs est faible et que le site n’est pas envahi de vendeurs de souvenirs.
Murs, pyramides, stèles légendées, masques parsèment la Grande PlaceEn voici une vue d’ensembleCertaines pyramides peuvent se gravir à l’aide d’escaliers en bois judicieusement placés à l’arrière des édifices. Les escaliers sacrés sont ainsi préservés. Mais les marches en bois sont tout aussi raides que celles en pierre. D’ailleurs, en Espagnol, monter se dit « subir »…La vue den haut est forcément spectaculaireAu fur et à mesure de notre progression, les édifices sont plus sauvages, et nous sommes quasiment seulsDe quoi apprécier encore mieux certains temples excentrés,l’exubérante végétation tropicale ainsi que la faune, comme ce groupe de coatis qui fouine dans les ruines
A propos de faune…
Flores, l’île plutôt coule
Cette petite ville située sur une île du Lac Petén attire paraît-il de nombreux touristes. Peut-être espèrent-ils y voir des fleurs, mais le nom provient d’un médecin espagnol qui a pourchassé les indiens Itza venus du Mexique pour se réfugier ici. Mal lui en a pris car il a fini par se faire lyncher. Alors peut-être les visiteurs s’attendent-ils à voir ici des descendants de ces indiens dans leurs beaux habits aux couleurs chatoyantes ? Aucune chance, car ils ont préféré quitter l’île plutôt que de se soumettre à la religion catholique. Alors pour que les touristes viennent quand même, on leur a construit plein de restaurants et d’hôtels sur la petite route qui fait le tour de ce qui entre-temps est devenu une presqu’île. Le problème c’est que l’eau du lac monte et envahit peu à peu la chaussée. Bien qu’on veuille leur faire croire à une autre Venise, les gens ne sont pas dupes. En tout cas ils ne semblaient pas si nombreux le jour de notre visite, un week-end pourtant. Pas cool, Flores coule !
EFDans les petites rues tranquilles et colorées de Flores, certains habitants portent des gilets de sauvetage, vous voulez savoir pourquoi ?Eh bien c’est parce que le niveau du lac monte et inonde peu à peu la route périphériqueDu coup pas grand monde dans les rues !Les habitants fuient en bateau,le joli artisanat coloré se vend moins bien,Certains voudraient en faire la Venise du Guatemala, mais on ne peut pas faire gober n’importe quoi aux touristes…Pour nous consoler, nous avons goûté à la nourriture de rue du coin : bananes cuites dans leur peau, beignets au fromage, crêpes fourrées nappées de sauce rouge et de guacamole, tamales au poulet. Les boissons sont une « crème de lait » et un jus d’ananas frais. Contrairement aux apparences…
Le cratère bleu
La ville de Sayaxché possède à la fois un nom imprononçable et une rivière intraversable par la route : il faut prendre un bac, une grande barge de bois tractée par 2 moteurs de hors-bord protégés par un palapa au toit en palme. Roberto a pu embarquer avec un bus scolaire, 2 camions et 3 voitures et traverser la rivière sans souci. Sayaxché (non, je n’y arrive toujours pas) est aussi l’un des points de départ pour aller en lancha (barque à moteur) jusqu’au Crater Azul, que rien que le nom donne envie de visiter. Nous n’avons pas résisté. La balade commence par la descente du Rio de la Pasion (tout un programme) pendant une petite heure, après laquelle on bifurque sur un affluent qui ne figure même pas sur la carte. Et c’est là la partie la plus belle du parcours : l’eau verte et trouble du rio devient d’un coup bleue et transparente, les bords se parent tout du long de nénuphars en fleurs, tandis que l’étroitesse et les hauts fonds rendent la navigation plus sportive. Il paraît que certains jours ça se termine à la rame, mais cela n’aura pas été le cas pour nous. Nous avons adoré ce paysage à la fois sauvage et bucolique et les couleurs magnifiques de l’onde. Le soufflé est un peu retombé à l’arrivée, la zone naturellement arrondie d’eau bleue qui donne son nom au site (rien à voir avec un cratère en fait) étant envahie de touristes, essentiellement locaux, barbotant en bouée ou gilet de sauvetage. Rien de plus normal pour un dimanche mais un peu décevant pour nous qui, après avoir navigué quasiment seuls jusqu’ici, espérions trouver le lieu désert. Nous n’avons pas pour autant boudé la baignade ni notre pique-nique. L’impression au retour restait sur un moment exceptionnel.
BCA Sayaxché, la route s’interrompt : il faut prendre le bac, une barge propulsée par deux petits moteurs de hors bordSur l’autre berge, nous passons la nuit seuls dans un petit camping avec un son et lumière spécial fait de singes hurleurs et de lucioles : magique mais intranscriptible en photo !Le lendemain nous garons Roberto derrière les lettres de la ville pour embarquer dans cette lancha (barque à moteur)La partie la plus belle est quand la rivière devient bleue transparente et se borde de nénupharsLe cratère bleu est un peu envahi en ce dimanche, mais nous profiterons tout de même de la baignade
Changement de programme
Les joies de la vie nomade, c’est que rien n’est jamais fixé à l’avance. Après notre mini-croisière fluviale, nous avions prévu de passer la nuit sur place puis de rouler toute la journée du lendemain jusqu’aux grottes de Lanquin afin d’y être présents pour la sortie des chauve-souris vers 18h, puis de les visiter le lendemain et de programmer une excursion vers le site de Semuc Champey, très prisé des touristes français sur les réseaux sociaux. Il s’agit d’une rivière d’une jolie couleur bleutée qui à cet endroit forme des bassins dans lesquels on peut se baigner. La seule difficulté est l’accès par un chemin en très mauvais état, qu’il est préférable de parcourir en « collectivo » une sorte de bétaillère où tout le monde s’entasse (et se tasse aussi au fil des ornières) ou en pick-up privé. Dans tous les cas, au moins une heure de route défoncée à l’aller comme au retour. Mais bon, il paraît que le lieu en vaut la peine.
Sauf que notre lancha nous a déposés à Sayaxché plus tôt que prévu. Pas assez pour les grottes de Lanquin mais suffisamment pour atteindre celles de La Candelaria avant la tombée de la nuit. Alors changement de programme, nous visiterons ces grottes-là le lendemain matin. Moins connues, elles sont moins fréquentées, et nous les avions pour nous seuls. Un site de toute beauté, découvert de plus par un Français, resté sur place pour les préserver et les faire visiter par des guides de l’ethnie locale Q’eqchi. De salle en salle, de stalactite en stalagmite, de colonne festonnée en drapé sonore, d’araignées en chauve-souris, nous nous sommes extasiés tout du long.
L’entrée des grottes de la CandelariaDes concrétions intéressantes,une faune pour certains inquiétante,mais pour nous c’était trop tôt la sortie. Mais quelle sortie !
Nous sommes sortis de la grotte dès 9h30. Le timing était suffisant pour nous rendre sur le site de Lanquin, mais nous n’avions pas trop envie d’aller voir une nouvelle grotte dans la foulée, d’autant que les commentaires des visiteurs, bien qu’élogieux sur l’entrée et la sortie des chauve-souris, l’étaient beaucoup moins sur la grotte elle-même. Nous étions trop juste par ailleurs pour rejoindre Semuc Champey et en faire l’excursion en transport en commun dans la journée. Qu’à cela ne tienne, nous sommes libres, et nous changeons encore de programme pour nous rendre aux cascades de Las Conchas, nommées ainsi en fonction des retenues d’eau à l’allure de coquillages que forme la rivière. Un site tout à fait comparable à Semuc Champey, la couleur bleue en moins (nous avons vu mieux à Tolantongo au Mexique), mais l’accessibilité en Roberto en plus et l’intimité en prime (nous devions être une dizaine de visiteurs en tout sur ce grand site, tous locaux à part nous). Après avoir parcouru le petit chemin qui donne divers points de vue sur les cascades et profité de deux des bassins pour nous baigner, il nous restait encore un peu de temps pour reprendre la route et rejoindre notre destination suivante.
Las Conchas ça se présente comme ça…Une succession de cascades qui donne à certains envie de sauter…D’autres se satisfont des bassins au débit plus calme !
A propos de flore…
Livingston
Ce village de pêcheurs a un charme fou. D’abord par son histoire particulière : il est né à l’arrivée du peuple Garifuna, né de l’union entre des Africains ayant échappé à l’esclavage grâce à un naufrage qui les a amenés sur l’île de St Vincent et les indiens autochtones de cette île, les Caraïbes et les Arawaks. Ils en furent chassés par les anglais au début du XVIIème siècle et se réfugièrent sur les côtes caraïbes du Belize, du Guatemala et du Honduras. Aujourd’hui, ils ne représentent plus qu’une petite part de la population, mais leur culture et l’ambiance caraïbe restent prédominantes. L’autre intérêt est que le village n’est accessible que par bateau, aucune route ne le reliant à l’intérieur du pays. C’est donc en lancha que nous y sommes parvenus, traversant au passage le magnifique Rio Dulce, une rivière d’eau douce, comme son nom l’indique, qui relie le grand Lac Izabal à la mer, en longeant la forêt tropicale où se dissimulent des maisons plus ou moins luxueuses toutes munies de leur ponton d’accès, de très nombreux oiseaux, de jolies étendues de nénuphars multicolores et quelques grottes. Nous y avons pris un déjeuner typique, comportant ceviche, tapado (soupe de poisson et fruits de mer au lait de coco et aux épices) et guifiti (rhum macéré avec des plantes).
C’est reparti pour une nouvelle croisière en lancha sur le Rio Dulceune rivière plus ou moins large reliant le lac Izabal à la mer des Caraïbes, bordée d’une faune et d’une flore magnifiquesde grottes maya encore utilisées pour les rituels et par quelques araignées (c’est le meilleur anti-moustiques),et de maisons qui font envie…Tout ca pour arriver à Livingston,pas celui du goéland Jonathan, mais peut-être celui des pélicans.Le petit port est accueillant, les boutiques typiques et coloréesL’ambiance est assurément caribéenneABLes Garinagu (le pluriel de Garifuna), bien que devenus minoritaires, sont encore très présentset l’on retrouve leur culture dans l’assiette (voir descriptif dans le texte)
Les stèles de Quiriguá
Nous l’avons dit antérieurement, chaque site Maya a son style propre. Ici à Quirigá, au sud du Lac Izabal, ce sont les stèles qui dominent, et pas qu’un peu puisque la plus grande de ces pierres gravées, avec ses 11 mètres, détient le record de hauteur des stèles mayas. Elles mettent presque toutes en scène le roi Cauac-Ciel qui régna ici du 2 janvier 725, après avoir capturé puis décapité le roi prestigieux de la ville rivale de Copán, jusqu’à sa mort le 27 juillet 785. Ça méritait bien quelques stèles, la seule forme de propagande de l’époque. On sait tout ça grâce au déchiffrage des glyphes mayas sur les parois latérales. La précision des dates est impressionnante, mais il manque quand même l’heure. Ou alors ils n’avaient pas assez de place.
La particularité de ce site ce sont les pierres gravées bien conservées et/ou restauréessous forme horizontale comme ci-dessus ou sous formes de stèles de belle hauteur
Ce véritable livre à ciel ouvert donne une multitude de renseignements sur les rois qui se sont succédé jusqu’au déclin du site, sur d’autres dates comme celle de la création du monde maya (le 13 août 3114 av. J.-C.) et sur les us et coutumes de la population, dont le fameux jeu de pelote. Apparemment, deux équipes de 5 joueurs s’y affrontaient, renvoyant une balle en caoutchouc de 3 kg à l’aide exclusivement des hanches, des coudes ou des genoux. Cette balle symbolisant le mouvement du soleil ne devait en aucun cas toucher le sol, considéré comme l’accès au monde souterrain des ténèbres. Proches des rites religieux, les parties étaient accompagnées de sacrifices dont on n’est pas totalement certain qu’ils concernaient les gagnants, les perdants ou encore des animaux.
Lorsqu’elles ont été découvertes, elles ressemblaient à ça (ici en 1970)(photo extraite du dépliant fourni à l’entrée)Ce qui est formidable, c’est que toutes ces stèles sont légendées. Il suffit de savoir lire le MayaIl est par exemple écrit ici que le monde des Mayas a débuté le 13 août 3114 av. J.-C.Pour faciliter la lecture des pierres, certains en font de belles représentations graphiquesLa plupart des stèles sont à l’honneur du 1er roi. Sauf celle de gauche qui représente le dernier et quelques unes comme à droite qui sont zoomorphesLe reste du site est plus classique avec ici l’esplanade des bâtiments administratifs et du palais royalLa taille des pierres est assez précise mais n’atteint pas la perfection des IncasComme presque partout on trouve un terrain de jeu de pelote Maya, mais ici il n’a pas encore été dégagé. La documentation en donne toutefois quelques illustrations et on peut retrouver quelques reconstitutions vidéo sur internet. Cliquez ici par exemplePour les solutions, si besoin, passez un message !
Hors des sentiers battus
Depuis que nous sommes au Guatemala, hormis une famille française rencontrée pour la première fois à Yellowstone et que nous avons eu le plaisir de revoir à Flores, et hormis cet endroit et Tikal, nous avons l’impression d’être les seuls touristes occidentaux dans le pays.
Sur la plupart des spots nocturnes nous sommes seuls
Une explication possible à cette faible fréquentation touristique est l’état des routes. Dès que l’on sort des nationales, qui sont excellentes et en bien meilleur état qu’en Amérique du Nord, les routes sont rarement revêtues, et nous comprenons que beaucoup puissent s’en effrayer. Cela dit, elles ne sont pas impraticables pour autant, du moins pendant la saison sèche actuelle. Nous avons parcouru au total une cinquantaine de kilomètres sur ce genre de route et, malgré quelques montées parfois difficiles sans 4X4, malgré les 4 gués traversés sur le dernier trajet, Roberto s’en est toujours bien sorti. La bonne nouvelle aussi concernant la route, c’est le prix du carburant toujours bien plus bas qu’en France, avoisinant les 0,98 € le litre. Tant mieux, car c’est notre principale dépense !
C’est vrai que nous prenons souvent les petites routes, parfois excellentes mais parfois non !Le temps prévu par le GPS, déjà bien long, doit encore souvent être réactualisé à la hausse. Par contre, le diesel à 0,98 € le litre, ça aide ! (29,95 Queztales pour 1 gallon)
Ce n’est peut-être pas tout à fait un hasard parce que nous tentons dans la mesure du possible de fuir les zones les plus conventionnelles, au profit des plus authentiques. Lorsque nous lisons les blogs de voyageurs, peu se sont rendus aux grottes de Candelaria, aux chutes de Las Conchas, à Livingston ou encore au site maya de Quiriguá, pourtant tous des endroits spectaculaires.
Mais ces petites routes nous font traverser d’adorables petits villages, avec édifices coloniaux bien préservés,églises parées de violet en préparation de la semaine sainte,ou pas du tout parées d’ailleurs
Et que dire de tous ces adorables petits villages que nous traversons en revenant vers l’ouest du pays. Partout où nous allons, nous sommes encore les seuls touristes et nous nous régalons de ces marchés colorés, de la gentillesse des locaux qui nous sourient, nous saluent, nous renseignent spontanément. Nous les trouvons beaux, aussi bien physiquement que dans leurs habits multicolores qui leur vont si bien. Nous sommes si ternes à côté !
Les cimetières aussi débordent de couleurs et de décorations
Nous venons d’arriver dans la ville de Nebaj, fief du peuple maya Ixil. Mais chut, gardons-en un peu pour la prochaine fois ! A très bientôt.
Parcours 1ère semaine au Guatemala – Pour agrandir c’est ici
Nous n’aurons passé qu’une petite semaine au Bélize, mais ce pays n’est pas très grand. Et nous avons volontairement omis sa partie Sud qui n’était pas sur notre route pour entrer au Guatemala. Mais ce fut une agréable découverte d’un pays dont nous ignorions tout, s’avérant très attachant, se différenciant du Mexique à bien des égards, et malgré le titre n’ayant rien à voir avec Goscinny et Uderzo. C’est juste que chez moi ça part comme ça, comme un syndrome de Gilles de la Tourette.
Quelques voiles de lasers en arrière-plan de ces lettres du pays. J’avoue que l’envie m’a démangé…
Passage de frontière
Bien que se décrivant souvent aventuriers, la plupart des voyageurs n’aiment pas cette part d’incertitude qui justement définit l’aventure et cherchent des informations préalables sur les réseaux sociaux ou sur les applications qui leurs sont dédiées. Ainsi va pour le passage de frontière de chaque pays et nous connaissions le détail de la procédure avant même de passer le premier contrôle. Et quand bien même nous serions arrivés sans information, il y a toujours une bonne âme pour vous guider au fil des formalités.
Notre propre passage a vu s’enchaîner les étapes suivantes : tampon de sortie du Mexique sur chacun de nos passeports, annulation du permis d’importation de Roberto au Mexique (il était pourtant valable 10 ans, mais dans le cas où nous devrions le vendre, l’acheteur ne pourrait obtenir à son tour de permis, et dans le cas où nous souhaiterions importer un autre véhicule, nous ne le pourrions pas non plus), passage sous un portique hors d’usage pour un simulacre de fumigation (le terme fumisterie serait plus approprié), passage à la caisse pour payer tout de même cette opération fumeuse, obtention d’un visa d’immigration de 30 jours pour chacun de nous et d’un permis d’importation temporaire pour Roberto, passage express à la douane sans fouille aucune contrairement à d’autres voyageurs (le fait d’être des compatriotes de M’Bappé a apparemment impressionné les agents).
Une fois entrés légalement dans le pays, nous avons de suite rejoint un bureau où nous avons acquis une assurance pour Roberto, avec une couverture minimale (au tiers) pour 8 jours. Les visas et permis sont gratuits, nous avons payé un droit de circulation de 15 € et l’assurance auto a coûté 20 € pour 8 jours. Les « formalités » d’arrivée se sont terminées dans la première ville rencontrée, Corozal, où nous avons retiré quelques dollars béliziens au distributeur (il y avait la queue, les habitants doivent être comme au Mexique payés le vendredi et viennent donc ce jour là en nombre en retirer tout ou partie) et acheté des cartes SIM locales. Car Free, c’est fini, et dire que c’était la SIM de mon premier amour…
Nouvelles plaques sur les voitures…Nouveau drapeau… le seul dans le monde à faire figurer des êtres humains ; l’un métis et l’autre créole avec les « armes » du pays : de quoi exploiter les ressources forestières (hache, acajou…) et marines (pagaie, bateau 3 mâts). Et la devise : Je fleuris à l’ombre…et le 17ème pays visité pour Roberto !
L’autoroute du bon air
Après une nuit tranquille à Corozal, dans un joli parc en bord de mer, nous reprenons la route. La première que nous empruntons, s’appelle autoroute. Mais rien à voir avec nos standards européens, il s’agit d’une route à double sens de circulation avec un nombre de voies indéterminé en l’absence de tout marquage au sol. Ajouté à l’absence de tout contrôle de vitesse, cela donne une conduite assez libre mais qui se passe plutôt bien. Cette autoroute traverse volontiers des villages, protégés alors des chauffards par des ralentisseurs en forme de passages piétons surélevés tous les 50m. Une dernière caractéristique et pas des moindres est le revêtement d’asphalte, en relativement bon état, qui a au moins l’avantage de ne pas faire soulever de poussière par les véhicules.
Car oui, c’est le problème majeur dès lors que l’on aborde les routes secondaires : elles sont la plupart du temps en terre et/ou en cailloux, parsemées d’ornières profondes et de nids-de-poule, et surtout génératrices de gros nuages de poussière au passage des véhicules. Les habitations et la végétation en bordure de ces routes sont toutes blanches. Tout comme Roberto après avoir parcouru une trentaine de kilomètres sur ces pistes avant d’atteindre notre nouvelle destination.
Ces routes un peu difficile nous ont permis tout de même d’entrer sur les terres des mennonites, une communauté proche des Amish, se préservant du monde moderne en refusant l’électricité. Vêtus « à l’ancienne », ils sont nombreux à circuler en calèche, mangeant davantage de poussière que nous alors qu’ils n’en soulèvent pas : un comble !
P.S. La dernière photo = piste en gazon à l’arrivée, idéale pour dépoussiérer le bas de caisse…
Première étape à Corozal, un ancien port mayasur un joli parking en herbe en front de mer, gratuit, aéré, calme, parfait quoi. On y discute volontiers avec les locaux qui viennent vous aborder spontanémentVues de la fenêtre de la cuisine et de celle de la chambreLes routes secondaires sont poussiéreuses à souhait et l’on y rencontre toutes sortes de véhiculesC’est que la communauté mennonite est très présente ici. Nous en trouverons des représentations murales un peu plus loinCDRoberto a été bien éprouvé, il a même connu une petite perte de puissance… mais rien de tel qu’un bon chemin herbeux à l’arrivée pour dépoussiérer le bas de caisse !
Un p’tit tour chez l’épicier
A l’arrivée dans un nouveau pays, il est toujours intéressant de parcourir les rayonnages des supermarchés (on parlera plutôt ici de supérette) car cela est souvent indicateur de la culture locale. Voici quelques trouvailles lors de notre premier passage. Les prix apparaissant éventuellement sont en dollars béliziens, à diviser par deux pour convertir en euros.
Ici on aime les grosses quantités : bloody mary ou pina colada en bouteilles de 2 l, cannelle ou poivre en boîtes d’1,3 kg, vanille liquide (chimique bien sûr) en bouteilles d’un litreLa cuisine se fait à la margarine « olmèque » ou à l’huile de coco, les oeufs sont emballés en vrac… gare à l’omelette en arrivant, surtout vu l’état des routes !Un petit restau de bord de rue juste en face de la supéretteEt n’oublions pas les alcools locaux : bière bélizienne et rhum. Nous sommes aux Caraïbes que diable, fini la téquila !
Un site mayo-bélizien
L’empire maya couvrait l’actuel Belize (ce jeune état n’est né qu’en 1981) et il est donc normal d’en retrouver quelques vestiges ici. Nous avons rejoint le site archéologique de Lamanai, en bordure de rivière, découvert en 1970, et très lentement mis à jour depuis. On y apprend qu’il a été occupé de 1500 av. J.-C. jusqu’au XIXe siècle, soit une longévité exceptionnelle. La forêt tropicale a ensuite repris ses droits et reste encore bien présente malgré les passages dégagés pour les touristes, c’est ce qui fait le charme du lieu. Il est de plus assez peu visité, compte-tenu des difficultés d’accès (55 km en bateau ou 60 km en voiture dont 30 sur une route extrêmement poussiéreuse). Arrivés en début d’après-midi, nous avons eu le site pour nous seuls, le petit groupe de touristes déjà sur place regagnant son bateau. Un petit musée à l’entrée retrace l’histoire de la découverte de Lamanai et de la civilisation Maya. Puis nous entrons dans la jungle sous des allées de palmiers et d’arbres géants, sous les cris des oiseaux et des singes hurleurs, et découvrons peu à peu ces ruines couvertes de mousses multicolores et d’arbres qui prennent racine. Entre le temple des jaguars, le palais royal, le terrain de jeu de balle, le temple haut (une pyramide de 33m) et le temple des masques avec son petit air d’Angkor, nous avons été conquis par l’atmosphère du lieu.
Lamanai, des temples perdus dans la jungle et juste pour nous. Ça change avec le Mexique !bLa végétation y est doucement envahissante, ça fait partie du charme du lieuGOn marche ici dans une vraie forêt de palmiers. Au Belize, 70% de la couverture végétale est naturelleAu détour d’un sentier, on découvre le fameux Temple des Masques avec ses têtes sculptées. Un petit air d’Angkor Wat avec cette végétationForcément, ça pousse aux selfies…
Pour rester dans l’ambiance, nous sommes allés nous stationner pour la nuit à deux pas de là, sur un petit terrain plat immédiatement au bord de la rivière. Il y passe parfois des lamentins, mais nous n’avons pas eu l’honneur de leur visite. La nuit a été néanmoins des plus calmes et le lever de soleil magnifique.
Après la visite stationnement pour la nuit au bord de l’eau. Baignade rafraîchissante et dîner à la lampe de mineur pour fêter nos noces d’ambre (à vos calculs). Contrairement aux apparences, nous ne trinquons pas à l’eau mais au rhum-coco !Au petit matin, on profite du lever de soleil et du départ des pêcheurs
L’ancienne capitale
Belize City fut un temps capitale du Belize, à l’époque où le pays s’appelait encore Honduras Britannique. Malheureusement, sa situation en bord de mer l’expose régulièrement aux ouragans, dont Hattie en 1961 qui détruisit la ville aux trois quart, poussant le gouvernement à déplacer sa capitale dans un lieu plus sûr. C’est ainsi que naquit Belmopan. Le pays acquit son indépendance en 1981, et Belize City, malgré les ouragans à répétition, en reste la capitale économique et la ville la plus peuplée.
Belize City possède un caractère créole bien marquéLes traces de l’ouragan Earl de 2016 sont encore visibles. Un passant tient spontanément à le faire remarquer à Claudie. Mais on trouve aussi heureusement des bâtiments récents
Bien qu’encore très abimée par le passage de Earl en 2016, Belize City mérite la visite pour ses grandes maisons créoles, ses peintures murales et son agréable front de mer. Les rues étaient un peu désertes le jour de notre passage, pour cause de dimanche, aussi n’avons-nous guère pu profiter de l’ambiance du centre-ville. A la place nous avons visité le petit musée qui raconte bien l’histoire de l’esclavage au Belize et l’arrivée de la culture garifuna (métissage entre les esclaves africains et les indiens caraïbes autochtones) tout en faisant la part belle aux peintures d’un artiste local renommé : Pen Cayetano. Nous avons aussi jeté un œil à la cathédrale construite avec des briques venue d’Angleterre et qui servaient au ballast des bateaux d’esclaves, ainsi qu’à l’étonnant phare construit en l’honneur d’un navigateur anglais admirateur du pays depuis son bateau ancré dans le port et qui, sans y avoir jamais accosté, a légué une partie de sa fortune au gouvernement juste avant de mourir 2 mois après son arrivée. Sa tombe est au pied du phare…
Le port de pêche est peu actif ce dimanche. Même les pélicans sont au repos !il y a eu un artefact étrange au moment de la composition de la photo… finalement je le laisse…Nous avons déniché un petit lot de peintures murales près de l’embarcadère des ferriesMais l’art n’est pas que dans la rue, on en trouve aussi en poussant les portes de l’ancienne prison…On y fait la part belle à l’artiste local Pen Cayetano, dont voici quelques oeuvres
Ce musée consacre aussi une exposition permanente à l’esclavagisme local, développé au XVIIIème siècle par les colons britanniques pour l’exploitation de la forêt, mais très particulier en ce sens qu’une sorte de solidarité entre les esclaves et de leurs maîtres a permis de repousser les tentatives de récupération espagnoles et finalement d’amorcer la fondation du pays au début du siècle suivant. Il faudra attendre encore 150 ans avant qu’il ne deviennent indépendant. Malgré la précession par les Mayas et l’arrivée ultérieure d’Espagnols et de Garifunas, les descendants d’esclaves et de colons britanniques présents au moment de cette bataille victorieuse contre l’Espagne, dénommés Créoles, n’hésitent pas à faire valoir que sans eux le Belize n’existerait pas. Ce qui est évidemment contesté par les autres populations.
La visite se poursuit par les extérieurs de la cathédrale. Construite avec des briques venues d’Angleterre et servant comme ballast dans les bateaux négriers. Sur le panneau ils disent juste « venues d’Angleterre »…Deux pylônes étranges s’élèvent dans le ciel : ce cocotier qui témoigne de la rudesse des éléments et ce phare construit en l’honneur d’un navigateur anglais amoureux du pays sans y avoir jamais débarqué
Le Grand Trou Bleu
C’est une merveille de la nature, une grotte formée il y a plus de 150 000 ans et dont le toit a fini par s’effondrer lorsque le niveau de la mer est monté. Si l’on reste au niveau de l’eau, c’est paraît-il un paradis pour les plongeurs avec des fonds descendant jusqu’à 120 m. Nous avons choisi pour notre part de l’observer du ciel. Un cadeau que nous nous offrons pour notre récent anniversaire de mariage.
Des cartes d’embaquement originales…
Nous choisissons la compagnie Tropik Air, qui promet une place hublot systématique et un maximum de 11 passagers. Mais comme nous sommes les seuls passagers du jour, on nous octroie un avion privé, un petit Cessna 182, rien que nous, et je suis en place copilote !
Un petit Cessna rien que pour nous ! Et le pilote avec bien sûr…
Nous survolons les îles qui bordent le continent, puis la barrière de corail, la seconde plus longue du monde après sa sœur australienne. Les couleurs sont magnifiques, même si le ciel est un rien voilé. Après 30 mn de vol, nous parvenons au-dessus de cet œil géant, un disque bleu sombre parfait qui tranche avec les couleurs plus claires du petit récif corallien qui l’entoure. Un bateau est au mouillage, attendant probablement des plongeurs. Un autre arrivera un peu plus tard. Le pilote fait 3 fois le tour du Grand Trou Bleu, nous laissant le temps de bien l’admirer, avant de longer la barrière de corail jusqu’à une épave puis de reprendre la route du retour.
Le survol des îles et de la barrière de corail est un moment de pur bonheurEt voilà la merveille ! Nous avons tourné plusieurs fois autourPassage au dessus d’une épave sur la route du retour
Vraiment une expérience exceptionnelle !
Le Zoo du Bélize
Si nous ne sommes pas fans des zoos classiques, préférant voir les animaux dans la nature que dans des cages, nous aimons bien ceux qui hébergent les animaux blessés ou orphelins avec l’idée de les remettre dans le milieu naturel si c’est possible. Et c’est bien le cas ici. De plus, s’il y a bien des cages grillagées, la plupart des enclos sont larges et laissés avec la végétation d’origine que le climat tropical n’a aucun mal à entretenir. Comme dans un refuge que nous avions vu au Canada, une pancarte raconte l’histoire de chaque hôte et donne des conseils pour que la situation ne se reproduise pas, comme par exemple éviter d’accueillir comme animaux de compagnie des espèces qui ne s’y habitueront pas.
Coatis, jaguarundi et tapirAra, pélican brun et aigle harpieLe jaguar est une espèce menacée. Celui-ci a failli être euthanasié parce qu’il avait dévoré 4 chiens. Le zoo l’a heureusement récupéré
Nous avons pu avoir ainsi une idée plus précise de la faune du Belize, et même de sa flore avec quelques arbres impressionnants comme ce ceiba (alias kapok) de 30 m de haut et tout cela dans un environnement agréable et bienveillant.
Camping Paradis ?
Depuis le Yucatan, nous ne bénéficions plus de la fraîcheur des montagnes et il est quasi impossible de dormir les fenêtres latérales fermées. Pour des raisons de sécurité, nous allons plus souvent qu’auparavant passer la nuit dans des campings, ce qui nous permet de tout laisser ouvert en grand. Les prix sont modiques, mais le confort est en rapport…
Découvrez ici si vous ne la connaissez pas la comptine en rapport de Vincent Malone
La capitale de béton
Puisqu’elle était sur notre route, nous avons traversé la capitale du pays, Belmopan. Ce n’est qu’une petite ville de 30 000 habitants, construite de toutes pièces entre 1964 et 1970 après que Belize City ait été ravagée par un ouragan en 1961. Belmopan est à 35 km des côtes, le risque est bien moindre. Le problème est que le gouvernement britannique qui détenait la colonie à l’époque (le Honduras Britannique) n’a versé que la moitié des fonds promis, et la ville a un petit air d’inachevé, surtout concernant les bâtiments administratifs. Mais elle fait des efforts, et l’installation récente de l’Université du Belize devrait relancer l’économie.
Belmopan la capitale. La « cité des jardins » est encore un peu en friche. A droite le monument nationalLe parlement entouré de bâtiments administratifs. Théoriquement il est en forme de temple maya. Théoriquement.
Conserve d’iguanes
Nous l’avons découvert à un carrefour où un jeune homme brandissait, au lieu des habituelles boissons rafraîchissantes, des iguanes aux automobilistes de passage : les béliziens mangent ces reptiles ! Aussi, quand nous avons vu à San Ignacio ce petit conservatoire des iguanes, nous n’avons pas hésité. Une intéressante visite qui nous en a beaucoup appris sur les 2 espèces locales : les iguanes verts (qui deviennent gris en grandissant) qui sont plutôt arboricoles et en voie d’extinction, leur chair ayant malheureusement meilleur goût (surtout les femelles en gestation) que l’autre espèce, les iguanes noirs, vivant plus près du sol et consommant toutes les espèces peu ragoutantes qui y traînent. Ici vous l’avez compris on protège surtout les iguanes verts, recueillant et protégeant leurs œufs et les juvéniles qui en naissent, améliorant ainsi fortement le taux de survie qui est de moins de 10% dans la nature. La visite se termine par quelques photos de famille avec ces iguanes peu farouches, avec tout de même le message de prudence que ceux-là sont l’exception : dans la nature, les morsures et les violents coups de queues peuvent entraîner des blessures sévères.
Ça se passe à San Ignacio, près de la frontière guatémaltèqueUn centre-ville assez ordinaireLa visite du conservatoire commence par la présentation des us et coutumes des iguanes verts qui sont tout autour de nous dans une serre mi-ouverte. Il y a les timides, qui se cachent sur les toits, les plus placides, qui se laissent tripoter, et les juvéniles, d’environ 8 mois, arborant un vert presque fluo.Ensuite nous sommes invités à prendre la pose avec les habitants du lieu
Haricots-riz-coco !
Ce presque chant-du-coq n’annonce pas l’heure du petit-déj mais celle du déjeuner. Loin de nous l’idée de consommer des iguanes en voie d’extinction, mais nous avons tout de même envie de goûter à la cuisine locale. Un doux mélange d’influences mexicaine, guatémaltèque et caraïbe. Les tortillas de maïs côtoient ici les galettes de manioc (kassav, vous connaissez ?). Le poisson fraîchement pêché est facilement accessible. L’accompagnement comporte toujours une part de riz et haricots rouges cuits dans du lait de coco. Simple et savoureux. La bière locale Belikis est sur toutes les tables et excellente. Et pour le dessert un petit gâteau au chocolat s’impose : le pays aurait été le premier à produire du cacao. Descendance maya oblige.
Cuisine bélizienneLa publicité autrefois disait : « Mettez un tigre dans votre moteur ». Roberto, lui, semble avoir absorbé un jaguar. On va peut-être changer de marque…
Vous reprendrez bien un peu de maya ?
Dans la même ville se trouve le site maya de Cahal Pech. Sa particularité est d’avoir le joli prénom du fils de notre grand copain, et des portes partout. Peut-être cherchait-on ici les courants d’air ? Les architectes mayas construisaient toutes leurs portes sur le principe de l’encorbellement : chaque pierre repose sur la précédente, en dépassant un peu, donnant cet aspect triangulaire à leur sommet et aux plafonds des couloirs. L’intérêt est l’absence de clé de voûte et donc une plus grande facilité de réalisation. L’inconvénient est que les portes sont assez étroites. Mais à l’époque où les sacrifices humains étaient monnaie courante, on n’en menait pas large…
Le site maya de Cahal Pech avec toutes ses portes
Rencontre avec un artiste de Beliwood
Après quelques routes bien poussiéreuses, Roberto avait besoin d’un bon lavage. Nous sommes allés dans un « car wash » et, le temps que l’opération se fasse, nous avons fait une pause dans la boutique-bar autour d’une Belikin bien fraîche. Le barman, un beau jeune homme bodybuildé au crâne rasé, engage la conversation. Très jovial et charismatique, il nous apprend qu’il est chanteur et acteur, ayant joué dans plusieurs films comme Jurassic Attack (2013) ou Les 7 aventures de Sindbad. Naturalisé américain, il est natif du Belize et n’en a pas oublié ses racines, chantant notamment du punta rock, la musique des Garifundas (voir plus haut). Il a manifestement du talent et nous lui souhaitons une belle carrière. Vous pouvez retrouver quelques unes de ses œuvres ici ou là.
Berne Velasquez dans toute sa splendeur !
C’est déjà fini… Un peu moins d’une semaine après notre arrivée, nous quittons déjà le Belize, conquis par ce petit pays qui donne envie d’y revenir. Destination le Guatemala pour d’autres découvertes et un émouvant retour en arrière de 25 ans. Pour ceux qui ne nous connaissent pas, vous en saurez davantage dans le prochain article. A très bientôt !