Étiquette : musée

  • 123. Croatie III

    Nous entrons pour la troisième reprise en Croatie et retrouvons l’Union Européenne, l’euro et nos forfaits Free. Mais aussi un coût de la vie un peu plus élevé qu’en Bosnie, qui reste toutefois raisonnable par rapport à la France.

    Vers le monastère de la rivière Krka

    Nous longeons d’abord les gorges de la Cetina, dans des paysages méditerranéens typiques : vignes , oliveraies, paysages calcaires parsemés de buissons à l’état naturel et de vignes et oliveraies lorsqu’ils sont cultivés, petits villages aux murs blancs et tuiles ocres. Nous nous arrêtons au monastère de Krka, important centre religieux orthodoxe, sans pouvoir y pénétrer en raison de réunion religieuses en cours. Nous ferons tout de même une jolie balade dans l’environnement immédiat.


    Le bruit de Skradin

    Nous sommes là dans un parc national dont l’attrait principal est un ensemble de chutes étagées le long d’une rivière, un peu comme à Plivice. L’accès au circuit se fait en bateau, le reste se découvre à pied en suivant des sentiers, passerelles, escaliers de pierre …et touristes. Le nombre de personnes, sans doute plus élevé que d’habitude puisque nous sommes un week-end, reste toutefois raisonnable et ne nous gâchera pas la visite. Les chutes, l’environnement, les brumes, la couleur de l’eau sont magnifiques. On en voit sortir de partout, disparaître miraculeusement à un endroit pour ressurgir quelques dizaines ou centaines de mètres un peu plus loin, et toujours en quantité impressionnante. Le débit moyen de la rivière Krka est de 55 m3 par seconde, et ça peut dépasser les 300 en haute saison. Difficile de croire ici que la planète manque d’eau, mais nous sommes en saison de fonte des neiges sur les sommets, ce n’est peut-être pas comme ça toute l’année. Le grondement de l’eau est aussi omniprésent, au point qu’ici on ne parle pas de « cascade de » mais de « bruit de ». Ainsi, la chute principale appelée « Skradinski Buk » se traduit par « Bruit de Skradin »


    Vieilles bagnoles

    Encore un collectionneur de voitures anciennes qui a réuni une cinquantaine de modèles dans un hangar et vous en fait volontiers la visite. Beaucoup de modèles de l’Est et quasiment pas d’Américaines, ça change un peu. Nous avons le plaisir de retrouver quelques modèles français dans lesquels nous avons circulé, enfants ou adultes. Le clou du spectacle est tout de même cette coccinelle VW dont la tôle a été totalement remplacée par du fer forgé, plaqués or 24 carats en plusieurs endroits et sertie à d’autres de plus de 8000 cristaux de Swarovski. 2500 heures de travail pour le fer forgé, 500 pour le plaquage en or et 100 supplémentaires pour les cristaux. Et l’auteur, M. Vrbanus, est là pour nous le raconter. Il nous montre aussi fièrement les nombreuses récompenses qu’il a obtenues dans diverses expositions et son inscription à la prestigieuse collection Ripley’s « Believe it or not ». La voiture est totalement fonctionnelle et sert exceptionnellement pour des mariages.

    Mais le clou du spectacle, c’est ça, présentée par son auteur qui plus est :


    Les villes dalmates

    Nous retrouvons ici, en Dalmatie, la côte adriatique et une succession de jolies petites villes aux traits similaires. Ayant dû se défendre par le passé tour à tour contre les Vénitiens et les Ottomans, elles sont en général fortifiées et ont pu conserver un cœur médiéval aux ruelles étroites pavées d’un marbre glissant. Croatie oblige, les cathédrales et autres édifices catholiques y sont nombreux et plutôt bien entretenus.
    Le seul bémol est que nous avons trouvé rassemblés dans ces villes tous les touristes que nous n’avions pas encore vus ailleurs. La saison commence tôt ! Malgré les ressemblances, chacune de ces cités possède quelques particularités

    * Zadar, son orgue marin, son « Salut au soleil » et son musée du verre antique

    C’est un humain qui a construit l’instrument, mais c’est la nature qui en joue, plus précisément le vent et la mer. L’orgue marin de Zadar ne se voit pas, caché sous les marches d’une jetée, mais il s’entend : au gré des vagues, des sons de rythme aléatoire et de tonalité variable sont émis, évoquant tantôt une flûte de pan tantôt des chants de baleines. Une étrange musique qui semble hypnotiser quelques auditeurs, manifestement assis là immobiles depuis un bon moment. Juste derrière, c’est un grand disque bleu sur le sol qui attire plus ou moins la foule. Une sorte de panneau solaire géant qui réfléchit différemment la lumière du soleil selon les moments de la journée.  Cette fois, le concepteur – le même que pour l’orgue – a voulu faire davantage visuel qu’auditif, mais nous n’avons pas vraiment perçu de jeu de lumière, tandis que le bruit des gamins qui se coursaient sur le panneau dominait la visite. Nos nous sommes réfugiés dans le musée voisin, dédié au verre antique et notamment à ses astucieux procédés de reconstruction.


    * Turanj et son île en forme de cœur

    Il suffit de jeter un œil sur Google Earth, dans la zone maritime proche de la ville de Turanj, et vous allez la trouver. Elle n’a peut-être plus aujourd’hui l’aspect sauvage de la photo satellite, il parait qu’un promoteur immobilier est entrain de tout raser pour en faire un projet ciblé sur l’amour. Vraiment ?


    Spot dodo

    Juste avant notre destination suivante, Sibenik, nous faisons halte pour la nuit – les vanlifeurs ont coutume d’appeler ça un « spot dodo » – sur les hauteurs de la ville. Le petit chemin étroit terreux et caillouteux a donné un peu de fil à retordre à Roberto, mais le panorama à l’arrivée sur cet ancien fort était exceptionnel. Une fois de plus nous étions seuls pour la nuit.


    * Sibenik, le coup de coeur ?

    La ville se découvre d’abord en longeant les quais, où les locaux prennent l’habitude de boire leur café le matin. Après, il suffit de s’enfiler dans n’importe quelle petite ruelle, tout est à flanc de colline. Les pierres des maisons, les dalles de marbre du sol, les petites curiosités à découvrir à chaque coin de rue ou de placette, tout est un régal pour les yeux et, malgré le temps radieux, la foule n’est pas encore au rendez-vous. Nous visitons, entre autres, la belle cathédrale St Jacques, à la fois gothique et renaissance, curieusement bordée d’une frise extérieure de 71 portraits d’anonymes, vraisemblablement des donateurs, plus ou moins gentiment caricaturés selon l’importance de leur don. Une porte encadrée de lions, supportant des statues d’Adam et Eve, ainsi qu’un baptistère finement sculpté complètent l’ensemble. Nous finirons bien sûr par goûter à la cuisine locale, bonne sans être exceptionnelle. Mais le joli cadre pardonne tout.


    * Spot dodo bis


    * Rogoznica et son oeil du dragon

    Cette cité balnéaire serait banale sans son petit lac d’eau de mer entouré de falaises, formé selon la légende par l’œil qu’un dragon fâché se serait extirpé avant de le jeter sur la falaise, fondant la roche à cet endroit, et selon la science par l’envahissement d’un trou naturel du sol par la mer Adriatique à la fin de l’âge de glace. C’est comme pour les décomptes de manifestants, on ne sait jamais qui a raison.


    * Trogir, heureuse et cachée

    Trogir est une petite ville sur une petite île prise entre le continent et une île plus grande, ce qui l’a peut-être miraculeusement protégée des différentes agressions (vivons heureux vivons cachés) et lui a permis de conserver des beaux monuments intacts de styles Roman et Renaissance derrière ses murailles. Les forces napoléoniennes ont aussi laissé une petite gloriette en souvenir de leur passage.


    * Kastilac alias Braavos : have you GoT it ?

    Kastilac n’est rien d’autre qu’un petit château sur un îlot carré, mais il attire du monde parce qu’il a servi de lieu de tournage pour être la ville de Braavos dans la série Game of Thrones (GoT pour les intimes). Beaucoup d’autres sites de Croatie ont été utilisés pour cette série, ainsi que pour le cinéma plus largement. Une partie non négligeable du tourisme croate se développe d’ailleurs autour de ce thème.


    * Split, 2ème ville de Croatie

    La ville se démarque par ses nombreux vestiges romains (son cœur fortifié, le Palais de Dioclétien, en est un à lui tout seul), son supermarché Spar classé au patrimoine mondial de l’Unesco (pour ses murs, pas pour ses boîtes de petit pois), sa statue géante de Grégoire de Nin (un évêque du Xe siècle qui lutta pour imposer le Croate à la place du Latin, devenant pour cela porte-bonheur à condition qu’on lui caresse le gros orteil), sa belle cathédrale Saint-Dominius ayant débuté sa vie par un mausolée en l’an 311, quand l’empereur romain Dioclétien y fut inhumé, avant de connaître une forte ascension sociale pour devenir église au Ve siècle puis cathédrale au VIIe.


    A partir de Split nous quittons pour une quinzaine de jours la côte dalmate en nous dirigeant vers les montagnes. Nous ferons une première étape au site archéologique de Salona, l’ancienne capitale romaine de la province de Dalmatie, ayant hébergé jusqu’à 60 000 personnes. Puis une seconde à Klis pour visiter sa forteresse bâtie sur un éperon rocheux qui domine toute la campagne environnante. Même pour les non spectateurs de GoT (oui c’est Meereen dans la série), la grimpette valait le déplacement, rien que pour le panorama magnifique.



    Et bien vous savez quoi, nous allons repasser en Bosnie, ou plutôt en Herzégovine, la province qui est associée au pays depuis sa création. Mostar la seconde ville du pays et quelques sites spectaculaires nous y attendent. A bientôt là-bas !

  • 120. Hongrois ce convoi

    Roberto notre fidèle fourgon aménagé nous a promenés sur les routes de la Hongrie, un beau parcours d’environ 500 km autour du Lac Balaton. Nous nous réservons la partie Est du pays et la visite de la capitale pour dans quelques mois.


    Hongrois être parfait

    Suite à la dernière publication, un fidèle lecteur francilo-normand m’adresse la remarque suivante :

    « Une petite remarque normande insignifiante : lorsque vous parlez de Grandville, parlez-vous de Granville en Normandie car je n’ai pas trouvé le jumelage dont vous parlez ? (Serait-ce une) coquille ? Si oui, attention la « Pléiade » risque de vous refuser la publication ».

    Maniaque de l’orthographe comme je suis, je vérifie et ne peux que constater ma lamentable erreur. Je lui ai bien entendu répondu en privé, mais au cas où d’autres esprits vifs se seraient posé la même question, je publie ci-dessous ma réponse (sans les formules de politesse et amicales) :

    Oui nous parlons bien de Granville la normande, initiatrice du douzelage comme on peut le lire ici.

    Dans ma grande générosité, j’ai hélas rajouté ce « d » inopportun, qui fut tout de même utilisé dans le passé. Je hais la simplification de l’orthographe !

    Cela dit, j’ai lu que le port de Granville était le premier en France en matière de coquilles… Il me pardonnera certainement.


    Hongrois que c’est un château

    Notre première étape hongroise est la ville de Keszthely, sur la rive Ouest du Lac Balaton. Hors saison, ça n’est pas une grande ville touristique, mais elle recèle quelques curiosités dont ce palais qui ressemble à un château, propriété des Festetics, une famille de notables croates depuis 1739.

    Au fil des générations, ils ont accumulé comme vous et moi tout un tas de bricoles, mais eux en avaient tellement qu’ils ont fini par les exposer au public, moyennant finances bien sûr. Ce qui est amusant, c’est qu’il y a un peu de tout, réparti dans plusieurs dépendances du palais.

    La collection consacrée à la chasse, au rez-de-chaussée de l’un de ces « musées » effraie tout d’abord les visiteurs contemporains en raison de la multitude de trophées exhibés, des cornes couvrant les murs aux peaux de bêtes étalées sur le sol. En réalité, la collection initiale ayant été perdue au cours de la guerre, tous ces objets seraient des dons de chasseurs de la région, notamment de l’un des créateurs du musée qui se montre en photo souriant jusqu’aux oreilles le pied posé sur un tigre du Bengale ou un éléphant d’Afrique. Beurk.

    À l’étage heureusement, l’exposition devient didactique, des diaporamas très bien faits montrant des animaux de chaque continent dans leur environnement reconstitué.


    En franchissant le palier, on tombe sans transition aucune sur l’un des plus grands réseaux de modélisme ferroviaire d’Europe. 75 trains orchestrés par un système informatique circulent sur 2700 m de voies ferrées dans des paysages autrichiens ou hongrois, dans des gares fidèlement reproduites à l’échelle, dans diverses saisons, traversant des viaducs, s’arrêtant (comme) pour prendre des passagers dans de petites villes aux personnages parfois hétéroclites comme cette scène de rue clin d’œil à la Guerre des Étoiles.


    Dans le bâtiment suivant, nous trouverons une collection sur le thème du transport, avec des calèches de tout poil précédant les premières automobiles du XIXème siècle, principalement d’origine américaine. Avant chacun des 3 modèles exposés ci-dessous figurent en gros plan des bouchons de radiateurs, rétroviseurs ou autres accessoires. Saurez-vous retrouver la marque correspondante ? (réponses dans l’ordre après la dernière photo).

    C’était quasiment le seul modèle hongrois exposé parmi les automobiles, les autres étant plutôt américains. L’occasion de vous proposer un petit jeu : saurez-vous reconnaître, pour chacun des 3 modèles ci-dessous, la marque que suggèrent les 2 gros plans qui les précèdent (bouchons de radiateurs, rétroviseurs, éléments de roues, etc.). La réponse est après la dernière photo.




    Nous finirons par la visite du palais lui-même, au cours d’une visite guidée obligatoire en Hongrois. Si nous n’avons pas compris grand-chose aux commentaires, nous avons tout de même pu apprécier sur de nombreuses salles le mode de vie des aristocrates aux XVIIIè et XIXè siècle, juste avant qu’ils ne se fassent piquer le palais au moment de la 2nde Guerre Mondiale. On leur a tout de même laissé leur magnifique bibliothèque en chêne hébergeant 80 000 ouvrages. J’imagine par contre que tout le pinard est parti. A la guerre comme à la guerre !


    Hongroise personne

    Keszthely est l’une des plus anciennes villes du pays et ça se voit. L’architecture est austère, de notre point de vue du moins (mais où sont les belles couleurs du Mexique ?!) et les rues sont désertes lors de notre départ en balade alors qu’il est presque 10h, certes un dimanche. Les magasins fermés renforcent la notion de solitude. Mais quelques passants finissent par arriver, on doit se lever tard ici les jours fériés.


    Quelques musées finiront par ouvrir, mais nous n’en visiterons qu’un, celui dédié à l’œuvre d’une vie, celle de l’honorable Ilona Miskei qui a assemblé pendant 14 ans plus de 4,5 millions de coquilles d’escargots fossiles recueillis dans les mines voisines pour reproduire le Parlement de Budapest à l’échelle 1:33. L’ouvrage fait tout de même 7 m de long sur 2,5 m de large et 2 m de haut. Lorsque l’auteure en a fait don au musée, Il a fallu une semaine pour transporter l’œuvre depuis chez elle. Une allure d’escargot, tout naturellement.


    Spécialités hongroises



    Hongrois être au Népal

    Ciel bleu et air frais ce matin-là, un dimanche. Traversant une forêt, grimpant au sommet d’une colline accompagnés d’autres randonneurs, nous traversons bientôt un torana, apercevons des ribambelles de drapeaux de prières accrochés aux arbres et flottant au vent tout en entendant de petites clochettes et en humant des effluves d’encens qui nous rappellent notre séjour à Katmandou.

    Et bientôt le grand stupa tout blanc apparaît. Pas besoin de nous pincer, nous savons que nous ne sommes qu’à une quinzaine de kilomètres du Lac Balaton. Eh oui, il existe bien une petite communauté bouddhiste dans ce pays à majorité catholique. Moins d’un Hongrois sur 1000. Mais ils sont très influents. La capitale ne s’appelle-t-elle pas Bouddhapest ?


    Hongrois être en été

    Alors que le Lac Balaton n’attire pas vraiment les nageurs en hiver, son voisin d’Heviz en voit s’ébattre toute l’année. C’est que sa température oscille entre 22 et 35°C selon les saisons, grâce aux sources chaudes qui l’alimentent. Certes on s’y baigne dans une ambiance soufrée qui pourra déplaire à quelques-uns, mais avec l’avantage de pouvoir soigner ou préserver ses articulations. Une expérience inoubliable que de se baigner en hiver avec 10°C dans l’air mais 24°C dans l’eau, dans une petite brume pas désagréable générée par la différence de température.


    Hongrois que c’est du champagne


    Hongrois entendre Jonasz

    « Même quand les dieux vous abandonnent, lac Balaton / Le sable est doux comme une pomme, lac Balaton ». C’est avec ces paroles de Michel Jonasz (d’ascendance hongroise) que j’avais entendu parler de ce lac, le situant vaguement en Europe Centrale, avant de le découvrir au cœur de la Hongrie. C’est tout l’intérêt du voyage que de situer un monument, une histoire, un nom qui n’avaient pas jusqu’ici de localisation bien précise dans mon esprit. Avec ses 67 km de long, le plus vaste lac d’Europe centrale ne devait pourtant pas passer inaperçu sur mes cartes de géographie !

    Nous nous sommes approchés au plus près du lac Balaton via la péninsule de Tihany. La route qui longe d’abord la côte, sa végétation lacustre et ses pêcheurs, s’élève ensuite 80 m au-dessus du niveau de l’eau. Là, une abbatiale bénédictine de 1754 héberge quelques jolis autels, tandis que l’hôtel juste à côté héberge une jolie terrasse surplombant le lac. Devant un tel spectacle, les petites tables décorées de bouquets de lavande séchée – une production locale – étaient irrésistibles. Avec un petit café et une pâtisserie locale, ce fut un moment magique.


    Hongrois pas si bien dire (de la poésie)

    Le poète et homme de lettres Rabindranath Tagore, premier lauréat non européen du prix Nobel de littérature en 1913, n’aurait peut-être pas pu terminer l’œuvre qui l’a rendu célèbre s’il n’avait pas bénéficié de cures thermales à Balatonfüred. La station balnéaire huppée du lac Balaton lui a édifié un buste et nommé un grand parc en son honneur.

    D’autres visiteurs célèbres sont honorés sur les murs du Panthéon de Balaton, juste en face de l’hôpital cardiologique de la ville, mais à vrai dire nous n’en connaissions pas un seul… D’autres statues nous ont davantage parlé – si l’on peut dire – comme ce pêcheur et ce capitaine de ferry qui gardent l’entrée du port, ce réalisateur hongrois immortalisé sur son dériveur, ou encore cette main qui sort tragiquement d’une colonne de béton en hommage aux victimes d’un naufrage de ferry en 1954 (voir ci-dessous).

    Les 3 vies du Pajtas

    Navire à vapeur construit en 1918 à Budapest pour transporter des passagers sur le Danube, le Pajtas y heurta malheureusement une mine au cours de la Seconde Guerre Mondiale et coula.

    Renfloué après la guerre, il fut reconverti en ferry sur le lac Balaton, avec une capacité en passagers augmentée de 150 à 200 personnes sans aucun test préalable. Ce devait être excessif car le 30 mai 1954, après plusieurs mouvements de balancier, il coula de nouveau, faisant plusieurs dizaines de victimes, en souvenir desquelles ce monument a été érigé.

    De nouveau renfloué, il reprit du service sur le Danube muni cette fois d’un moteur diesel et termina sa carrière en 1987 sur une rive du Danube. Pour couler des jours paisibles.


    Hongrois que c’est fermé et puis non

    Nous n’hésitons pas à nous éloigner du lac d’une quarantaine de kilomètres pour nous rendre à Herend, capitale de la porcelaine hongroise. Le temps est splendide, la manufacture est là devant nous, toute bâtie de briques comme une usine et toute décorée de porcelaines comme une manufacture de porcelaine. Nous entrons dans le hall d’accueil, très classe, ça s’annonce bien. Mais nous retombons de haut – sans rien casser – en apprenant que les visites sont interrompues et ne reprendront qu’au mois d’août prochain c’est-à-dire, euh, dans 5 mois ! Nous sortons dépités, dégoûtés de Google qui annonçait l’établissement ouvert, ce qui était malgré tout le cas puisque seules les visites étaient fermées.

    Nous traînons le pas sur la petite place juste en face, dont le seul occupant est un superbe lion en céramique.

    Nous nous approchons d’une vitrine où quelques belles pièces de vaisselle sont exposée, cherchant tant bien que mal à prendre des photos pour nous consoler, en collant les appareils à la vitre pour éviter les reflets. Claudie, déjà deux vitrines plus loin, me lançe : « Viens, c’est ouvert ! ».

    Nous entrons alors dans une véritable caverne d’Ali Baba, avec des pièces plus merveilleuses, plus fines, plus délicates les unes que les autres. Nous passerons presque une heure dans cette grande boutique et repartirons avec deux petits animaux (oui parce que le service 12 couverts en porcelaine à stocker dans Roberto ç’aurait été plutôt osé) totalement consolés.


    Hongrois être revenu à l’époque soviétique.

    Amateurs d’urbex ou d’airsoft, voici un endroit incontournable à explorer : une ville fantôme complète avec barres d’immeubles, boutiques, bars, etc. Tout ça envahi à souhait par la végétation, s’effondrant peu à peu, encore accessible par des rues parsemées de nids-de-poules et partiellement couvertes d’herbes folles.

    Il s’agit d’une ancienne base militaire soviétique construite dans les années 60 pour héberger les militaires et leurs familles. Tout ce petit monde est gentiment rentré chez lui après l’effondrement de l’URSS en 1980. Maintenant ce sont les bâtiments qui s’effondrent, c’est ce qu’on appelle la double peine.

    L’endroit est facile à trouver, il suffit de taper sans vous tromper Szentkirályszabadja sur votre application GPS favorite. Si vous utilisez la dictée vocale ça va être un peu plus compliqué 😉


    Hongroise personne ici non plus

    A 15 km de là, une aventure similaire est arrivée à un bâtiment unique qui pourrait ressembler à un palais ou un château, mais qui est en fait une ancienne caserne destinée à un régiment d’artillerie. C’est un peu comme maintenant, il fallait mettre le paquet pour attirer les jeunes…

    Pendant la 2ème Guerre Mondiale, les jeunes nazis sont venus goûter à la vie de château, remplacés par les jeunes soviétiques après la guerre. Et quand l’URSS s’est disloquée, ce sont les jeunes du quartier qui sont venus prendre le relais. Mais la caserne-château n’a plus sa superbe d’autrefois, loin de là.


    Hongrois ce qu’on voit …et on a tort

    Pecs serait la seconde ville de Hongrie à visiter après Budapest, mais nous a laissés d’abord dubitatifs sur son intérêt. Ce n’était peut-être pas une très bonne idée de nous garer pour la nuit près de la gare car nous avons dû traverser quelques quartiers affreux pour nous rendre au centre-ville, heureusement de meilleure facture, notamment les bâtiments autour de sa grande place principale.


    Nous avons cru avoir la berlue en apercevant au sommet du toit de l’Église de la paroisse du centre-ville à la fois une croix chrétienne et un croissant de lune musulman. Et la confusion s’amplifie en pénétrant dans l’édifice, avec des fresques, des écritures, des éléments architecturaux et des symboles appartenant aux deux religions. On comprend bien que ce lieu de culte est passé de main en main au fil des siècles, passant d’église gothique à mosquée puis de nouveau église catholique. Lors de la dernière restauration, on a décidé de conserver une grande partie de son histoire et de ne pas faire table rase sur le passé comme à l’habitude. Intelligent et tolérant.


    Nous avons cru voir non pas double mais quadruple en arrivant devant la façade de la cathédrale du 11ème siècle, qui laisse dépasser 4 tours. La nef, la crypte, les sols, tout a été merveilleusement décoré au fil des années. On peut monter dans la seule tour qui fait office de clocher pour apprécier le panorama sur la ville. Mieux vaut éviter de rester en haut lors de la sonnerie biquotidienne de la plus grosse cloche, véritablement assourdissante. L’accès est d’ailleurs fermé à ce moment-là, attention de ne pas se faire piéger !


    Nous avons dû écarquiller les yeux devant les tableaux du maître de l’art abstrait géométrique Victor Vasarely, enfant du pays, joliment présentés dans un musée qui lui est dédié, ainsi qu’aux autres artistes de sa famille.


    Nous avons du ravaler notre impression d’en avoir trop vu en visitant une nouvelle exposition sur la porcelaine. Mais à Pecs, on ne jure que par la manufacture Zsolnay, crée en 1853, la plus importante de l’empire austro-hongrois en 1914. Elle fut aussi à la pointe de l’art et du design européen, fournissant des carreaux de faïence pour orner les monuments dans tout le pays, influençant le mouvement art nouveau (notamment avec ses pièces de verrerie décorées à l’éosine). Elle connut malgré tout un déclin rapide, en seulement quelques années, en raison de l’occupation serbe et de l’introduction du socialisme. Une petite production persiste, se visite même, mais là encore, ce n’était pas le bon moment. Nous nous sommes néanmoins régalés dans le musée.


    Hongrois que c’est fini, mais non !

    Nous quittons provisoirement la Hongrie, mais nous y reviendrons dans quelques mois, sur le retour de notre circuit européen. Il nous reste encore beaucoup de choses à apprendre sur le pays et bien sûr visiter sa mythique capitale. J’espère que mes petits jeux de mots répétitifs ne vous auront pas trop agacés. Mais avouez que les possibilités étaient limitées. A bientôt !

    Ci-dessous notre parcours en Hongrie, zoomable en cliquant ici.

  • 119. Fin du parcours slovène

    Nous quittons Bled et son lac de nouveau sous la pluie, en direction de la capitale qui sera riche en découvertes. De là nous nous dirigerons vers l’Est en direction de la Hongrie, admirant au passage Rogaska Slatina, ses thermes et sa verrerie, puis la charmante ville de Ptuj. Vraiment, la Slovénie nous aura conquis.


    Ljubljana et ses dragons

    La capitale de la Slovénie, dont le nom n’est pas si facile à prononcer que ça (i pour j et ou pour u, essayez-donc), se visite facilement à pied en 1 ou 2 jours, d’autant que son centre est largement piétonnier ..et que nous sommes en basse saison. Les façades baroques de nombreux édifices sont plutôt jolies malgré leurs couleurs très pays de l’Est (vert triste et jaune triste) que le temps un peu couvert ne flatte pas.

    Nous étions heureusement en pleine éclaircie en passant devant le cyanomètre, un appareil qui mesure le degré de bleu du ciel (pas nouveau, c’est le Genevois Horace Bénédict de Saussure, bien connu de nous autres anciens voisins du Mont Blanc, qui l’a inventé) mais qui est ici une œuvre d’art doublée d’une subtilité technologique puisqu’il est capable d’adapter sa couleur, tel un caméléon, au bleu mesuré du ciel.


    En avançant dans la ville, nous allons apercevoir des dragons partout. Ils sont en fait l’emblème de Ljubljana depuis que Jason et les Argonautes en auraient combattu un dans les environs, de retour de leur quête de la Toison d’Or. L’hôtel de ville et le premier pont en béton de Slovénie en furent naturellement ornés, ce qui entraîna ipso facto les restaurants et les boutiques du quartier.

    La récupération la plus récente et la plus originale est celle du mystérieux artiste français Invader, dont je reparlerai un peu plus loin. Après quelques découvertes dans la ville et la visite de son château.


    Street art au sens propre

    Dans cette ruelle de la capitale slovène, le street art n’est pas sur les murs comme à l’accoutumée mais carrément au milieu de la rue. Au lieu de l’habituel caniveau central des rues moyenâgeuses, la rue des forgerons est parcourue de tout son long par une foule de petites têtes qui vous regardent. 700 visages aux expressions toutes différentes, comme les humains selon leur humeur. Il faut se pencher pour les dévisager, c’est peut-être ce qu’a voulu leur auteur, un célèbre sculpteur slovène, Jakov Brdar. A moins qu’il ne se soit contenté qu’on lui serre la main, celle qu’il a placée sur un poteau au début de la rigole. L’action déclenche paraît-il un flux d’eau qui transforme l’œuvre en fontaine, mais ça ne s’est pas produit le jour de notre passage. Le mécanisme était sans doute grippé, c’est de saison.


    Vie de château

    Présent depuis le XIIème siècle, le château a connu maintes transformations depuis, sous l’influence des différents envahisseurs du pays : Austro-Hongrois, Français (via Napoléon pendant 4 ans), Italiens, Yougoslaves puis touristes internationaux. Il abrite maintenant diverses attractions modernes, certaines incluses dans le billet d’entrée et d’autres pas, mais on peut visiter avec un bon audioguide la partie ancienne et aller au sommet de la tour apprécier le paysage urbain de la capitale.


    Puppetry Museum

    Pour en connaître toutes les ficelles, nous avons fait un petit tour au musée des marionnettes inclus dans notre visite du château. Car la Slovénie a une riche tradition dans ce domaine. Nous en suivons l’évolution au cours de l’histoire du pays, des marionnettes à gaine aux marionnettes à fils, avec une belle mise en scène des éléments exposés. Normal pour un art du spectacle.


    Invader

    Depuis le début de notre voyage, Claudie s’est mise à prendre des photos de petites mosaïques souvent discrètes découvertes par hasard en haut d’un mur lors d’une visite urbaine. Pas avec son appareil photo mais avec une application capable de reconnaître si l’œuvre photographiée est authentique, récompensant alors l’utilisatrice de quelques notes joyeuses et de points de bonus.

    C’est l’histoire étonnante d’un artiste de rue français dont on connaît le nom mais pas le visage, qui appose sur les murs des mosaïques de Space Invaders, un jeu qu’il avait apprécié dans son enfance, ou d’autres personnages. Depuis 1996, il a « envahi » (c’est comme ça qu’il qualifie sa démarche, généralement faite sans autorisation) les murs d’environ 80 villes du monde entier, mais aussi des endroits insolites comme le Musée du Louvre (10 mosaïques posées en 1 seule journée, retirées depuis), la lettre D du panneau Hollywood à L.A., les fonds marins de la Baie de Cancun, et même dans la Station Spatiale Internationale !

    Pour aider les explorateurs en herbe, certaines villes possèdent des cartes où sont localisées les petites céramiques. Celle de Montpellier permet de s’apercevoir (encore un des nombreux clins d’œil de l’artiste) que le parcours qui les relie dessine lui-même un Space Invader. Trop fort !

    Ah au fait, l’appli s’appelle FlashInvaders et pour les fans, Invader expose à Paris jusqu’au 5 mai 2024.


    Slovenian Ethnographic Museum

    Nous terminons notre visite de Ljubljana, décidément très riche, et alors que la pluie commence à tomber, par ce superbe musée ethnographique qui est un excellent résumé de la traversée ce pays et nous donne plein de réponses à des interrogations que nous avions eues en cours de route. Il se présente comme un « musée des identités culturelles, un lien entre le passé et le présent, entre la culture traditionnelle et moderne ».

    Nous y avons retrouvé, entre autres, les greniers à foin trouvés partout dans la campagne, les façades peintes des tiroirs de ruches, des costumes de carnaval, des spécialités culinaires, de l’artisanat, des éléments de l’histoire du pays.

    Vraiment à conseiller à ceux qui veulent s’en imprégner.


    Mon cher Watson (suite)

    Voici un petit complément du sujet alimentaire évoqué dans l’article précédent, afin de contenter vos papilles avides.


    Rogaska Slatina

    Cette vile de l’est de la Slovénie est réputée pour son activité thermale et pour son artisanat du verre, autant dire deux grands pôles d’attraction pour nous.

    Si le premier nous a déçus, l’activité en basse saison étant tellement ralentie que nous n’avons même pas pu goûter l’eau (il aurait fallu attendre plusieurs heures l’ouverture de la buvette), nous avons été conquis par le second.


    Nous avons pu visiter la fabrique de verre en pleine activité, passant par toutes les étapes de l’élaboration du produit final, pour constater que chaque objet proposé ensuite à la vente était une œuvre d’art unique, faite à la main (ou à  la bouche pour la partie soufflage) de A à Z. Le travail par équipe nous a semblé à la fois répétitif mais nécessaire pour obtenir le juste enchaînement des actes pour arriver au produit fini. La fabrique aurait la plus forte production mondiale de cristal travaillé à la main (22 à 24 tonnes de verre par jour – 8 millions d’objets par an)


    Us et coutumes


    Pas un chat, ou presque

    Poursuivant notre route vers l’Est slovène nous faisons une halte pour la nuit à Ptuska Gora, un village réputé pour sa basilique exceptionnelle.

    Nous nous sommes sentis un peu seuls dans l’immense parking, certainement dimensionné pour une fréquentation accrue en haute saison. Et même pour la visite de la basilique le lendemain, nous étions encore seuls. Étonnant quand on lit que cette édifice « constitue le plus bel exemple d’église gothique à 3 nefs de Slovénie, érigée au rang de basilique en 2010 à l’occasion de son 600ème anniversaire ». Elle  héberge en outre sur son autel une sculpture unique de la Vierge de miséricorde abritant sous son manteau une multitude de personnages.

    A la sortie, heureusement, nous avons trouvé un chat sur les marches, contredisant la solitude exprimée dans le titre.


    Ptuj

    Cette ville au nom d’onomatopée, peu fréquentée par les touristes, mérite pourtant le déplacement. Elle est réputée pour son château, son carnaval, ses vignes et ses thermes et pourtant nous ne visiterons rien de cela ! La description des intérieurs du château nous a paru ennuyeuse, le carnaval était passé, les thermes ressemblaient sur les photos à des piscines ordinaires. Quant aux vignes, elles étaient encore en hibernation.

    Mais nous avons trouvé à la ville bien d’autres attraits. Une situation très photogénique sur la berge d’un fleuve (la Drava), un centre-ville très typé, des vestiges romains comme cette tour utilisée autrefois comme pilori, et un entrelacs de ruelles moyenâgeuses parsemées d’arcs reliant les maisons.

    Et nous l’avons bien regardée parce qu’il s’agissait de notre dernière visite en Slovénie.


    C’est parti pour la Hongrie, avec pour première étape le Lac Balaton si cher à Michel Jonasz. Mais chut, j’en ai déjà trop dit. Alors à bientôt !


    Ci-dessous comme d’habitude la carte du parcours correspondant à cet article et les boutons de liaison si vous voulez nous laisser un petit message, vous abonner pour être prévenu à chaque nouvelle parution, ou encore nous retrouver sur Instagram ou Polarsteps.