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  • 173. De Cuzco à Nazca

    173. De Cuzco à Nazca

    Notre parcours en zigzags (le luxe d’avoir le temps de voyager) nous amène d’abord à Cuzco, le nombril du monde Inca, puis Nazca et ses célèbres géoglyphes que nous espérons pouvoir survoler en avion. Y parviendrons-nous ?

    Parcours de Cuzco à Nazca
    Parcours correspondant à cet article, en version zoomable ici

    Les 3 ponts (ou l’étroit pont) de Checacupe

    Un air de déjà vu ? En effet, un article et 10 km en amont, nous avions observé un ensemble de 3 ponts datant de 3 époques radicalement différentes, et notamment un frêle pont inca que, je vous rassure, nous n’avons pas tenté de franchir. À peine quelques tours de roues plus loin, c’est un nouvel ensemble de 3 ponts qui retient notre attention. Le pont inca cette fois semble de bonne facture et nous n’hésitons pas à le franchir. Paradoxalement, c’est le pont moderne, comme perché sur un frêle échafaudage, qui parait le plus fragile. Cette fois, c’est Roberto que nous n’y engagerons pas, même si le GPS nous incitait à le franchir. La ville est par ailleurs très mignonne, assez typée amérindienne si l’on en juge par la façade de l’église et ses croix incas, par les décorations plumaires sur les maisons et par le condor qui domine la ville telle un Christ rédempteur. Et si l’on n’était pas convaincu, un parc thématique achève la démonstration (voir ci-dessous)


    Un pneu, de tout…

    Non loin de là, dans le même village, se trouve une attraction inhabituelle : un petit parc thématique représentant personnages et animaux de la cosmologie andine, réalisés principalement avec 30 tonnes de pneus usagés et quelques autres matériaux, tous récupérés sur la route Panaméricaine entre la ville voisine et ici. Ce sont des artistes de Cusco qui ont œuvré, à l’initiative de la municipalité. Parmi ces « statues », on distingue la trilogie inca (condor, puma et serpent), d’autres animaux sacrés tels le lion, le jaguar et le lama, les apus – montagnes transformées en dieux – tutélaires de la ville, et quelques autres personnages tirés de légendes locales, comme ce coq mocco.


    Insolites


    Cuzco, le nombril du monde Inca

    Cuzco, est l’une des villes les plus emblématiques du Pérou. Perchée à 3 400 mètres d’altitude dans l’Altiplano andin, elle fut la capitale de l’Empire inca. Et même si ça n’a duré que trois siècles, les traces sont encore bien perceptibles aujourd’hui. En grande partie parce que les Incas savaient construire solide. Même si les Espagnols lorsqu’ils ont conquis la ville au XVIe siècle ont bâti leurs monuments sur les fondations des édifices incas tout en récupérant les pierres d’autres bâtiments, ils n’ont eu de cesse de reconstruire leur propre partie, régulièrement affectée par les tremblements de terre. Tandis que la base inca souvent était la seule chose qui tenait encore debout. On retrouve un peu partout en partie basse ces murs incas, dont les pierres s’assemblent si intimement les unes aux autres que l’on ne peut glisser une feuille de papier entre elles. La plus emblématique d’entre elle possède pas moins de 12 angles. Quel savoir-faire ! Il reste que les nombreux monuments coloniaux de la ville, même reconstruits, sont agréables à regarder et visiter. En 1983, Cuzco a été classée au patrimoine mondial de l’UNESCO.


    Manger une paire de cuy…

    La grande spécialité culinaire du Pérou, que l’on rencontre forcément dans une ville truffée de restaurants comme Cusco, c’est le cochon d’Inde, appelé ici cuy. Qui se prononce bien comme vous pensez. Lors de notre séjour précédent il y a 24 ans, avec nos enfants, possédant un cochon d’Inde à la maison, nous avions d’emblée écarté l’idée de déguster la chose. Mais avec le temps, sans enfant avec nous, il ‘était plus question de passer à côté de cette expérience gustative. Nous avons jeté notre dévolu sur le restaurant Mr Cuy (prononcer misteure couille) en plein centre-ville, spécialisé dans la cuisine de ces rongeurs. Bah finalement, passée la surprise de l’arrivée du plat, nous n’avons pas trouvé ça extraordinaire. Une chair rosée peu abondante et difficile à détacher, un gout entre le poulet et le lapin. Pas de quoi se pâmer comme un péruvien. L’accompagnement était très andin avec maïs blanc, pommes de terres, fèves, risotto de quinoa. Ne buvant pas d’alcool à cette altitude (ça favorise le mal des montagnes), nous avons opté pour la chicha morada, boisson andine associant maïs violet, ananas, pommes, cannelle, clous de girofle et citron vert. Plutôt bon quand ça n’est pas trop sucré.


    Le quartier de San Blas

    On vous emmène faire un petit tour dans ce quartier pittoresque perché sur les hauteurs de Cusco. Du temps des Incas, c’est là qu’étaient logés les artisans de haut niveau. Les Espagnols ont maintenu la tradition, détruisant juste le temple inca local pour le remplacer par une église appelée San Blas qui donne son nom au quartier. Si l’on excepte l’ascension difficile de ces étroites ruelles – à 3 400 m d’altitude il faut souvent reprendre son souffle – la promenade est pleine de charme. Artisanat de qualité partout, décoration des rues soignée, aspect moyenâgeux lié aux pavés et caniveaux centraux : une vie de bohème. Le plus dur est de devoir ralentir le pas pour redescendre !


    1 arche, 3 croix, 3 cènes et 21 crèches

    C’est un petit moment de détente qui nous attend au Musée d’Art Populaire de Cuzco. Ce petit musée est dédié à la présentation des œuvres d’artisans locaux, aussi bien traditionnelles que contemporaines, avec des sculptures, des céramiques, des travaux sur métal, des retables et bien d’autres créations artisanales. Ce musée est géré par l’Institut Américain d’Art de Cuzco, une institution active depuis 1937, et il participe chaque année à l’organisation d’une foire qui se tient le 24 décembre de chaque année et qui fait un peu office de concours, notamment sur le thème de la Nativité. Pas étonnant donc d’y trouver de nombreuses crèches avec de multiples déclinaisons en matériaux, ethnies, humour.


    Sacsayhuamán

    Sacsayhuamán est l’un des sites archéologiques les plus impressionnants et mystérieux de la civilisation inca, situé à quelques kilomètres au nord du centre historique de Cuzco, au Pérou. Perchée à plus de 3 700 mètres d’altitude, cette forteresse domine la ville et offre une vue panoramique sur la vallée de Cuzco. Elle a été construite au XVe siècle, principalement sous le règne de l’empereur Pachacútec, qui a redessiné la ville de Cuzco en forme de puma, Sacsayhuamán représentant la tête de l’animal, symbole de puissance dans la culture inca. Le site servait à la fois de forteresse militaire, de lieu de culte dédié au dieu Soleil (Inti), et de scène pour des cérémonies religieuses et des rassemblements publics. On retrouve dans son architecture les fantastiques murs incas, avec ces pierres parfois énormes et pourtant intimement assemblées. Sur un côté, 3 murs forment des zigzags parallèles. Une astuce défensive pour les uns, les dents du fameux puma pour les autres. En face de la forteresse aux formes anguleuses, une colline couverte de nappes ondulées et striées tranche. On dirait de grands toboggans, et le plus curieux c’est que c’est bien l’usage qui a été fait des ces coulées de boues solidifiées. Des enfants Incas aux touristes adulescents, des milliers de postérieurs ont dévalé ces pentes depuis au moins 7 siècles. La roche étant humide, nous n’avons pas tenté l’expérience, mais j’avoue que l’idée m’a effleuré.


    Le coup du bébé alpaga

    Dans les zones les plus touristiques de Cuzco, la scène est commune : une femme en habits traditionnels Quechua (très colorés et avec cette sorte de grande galette sur la tête) portant un adorable bébé alpaga dans les bras vous propose de faire, moyennant quelques soles, la photo du siècle : vous avec cette peluche vivante dans les bras à côté d’une autochtone, faisant croire à votre entourage que vous venez de participer à « Rendez-vous en terre inconnue ». Certes, l’aspect pécuniaire est évident et peut donner des états d’âme (que nous avons eus). Et l’intérêt du bébé alpaga n’est pas évident. D’un autre côté, c’est peut-être la seule rémunération de ces femmes, et c’est aussi une façon d’affirmer leur identité. Alors pourquoi pas…


    Avant l’indigestion

    Le site de Pisac, à une heure de Cuzco
    Le site de Pisac, à une heure de Cuzco

    Les ruines incas abondent dans la région de Cuzco qui était le fief de cette civilisation. Notamment le long de ce que l’on appelle la Vallée Sacrée des Incas. Un billet groupé permet d’en visiter plusieurs, pour le bonheur des passionnés de vieilles pierres et le malheur des autres s’ils accompagnent les premiers. Je ne parle pas pour nous sommes entre les deux : si l’on s’émerveille des premiers vestiges rencontrés, on sature vite. Alors, comme on ne vous parlera pas du Macchu Pichu que nous avons décidé de ne pas revisiter, nous nous permettons de mentionner le site de Pisac, à 1 heure de Cusco. Un peu différent des précédemment cités, il se distingue par ses terrasses agricoles en demi-cercle, ses temples éparpillés, ses tours de surveillance et ses habitations reconstituées. Les magnifiques terrasses bien vertes ne sont entretenues aujourd’hui que par les alpagas (déjà photogéniques par nature, mais dans un tel décor…) mais servaient autrefois à cultiver maïs, pommes de terre, quinoa et autres plantes. Le site est immense et parcouru de chemins de randonnées, depuis lesquels la vue est époustouflante. Quelques passerelles et tunnels très pentus peuvent même générer un peu d’adrénaline. Tandis qu’un vertigineux pan de mur inaccessible de l’autre côté d’un ravin, percé de centaines de tombes malheureusement pillées, peut susciter, lui, un brin d’émotion. Allez, c’est fini, on ne parle plus des ruines Incas.


    Pisac, le village


    Flore et faune

    Les trouvailles sont quotidiennes, avec toujours beaucoup d’espèces jamais rencontrées auparavant.


    Le monolithe de Saihuite

    C’est un gros caillou trouvé au sommet d’une colline du sud du Pérou. Comme brisé en deux et avec une tranche très irrégulière, à la manière d’un fossile. Alors quelle bestiole préhistorique se cache à l’intérieur ? En fait il ne faut pas hésiter à employer le pluriel, car ce sont plus de 200 figures animales et végétales qui seraient présentes là. Ça paraît évident sur le dessin des experts mais beaucoup moins quand nos yeux profanes regardent le caillou. Par contre, lesdits experts n’arrivent pas à s’accorder sur la fonction du caillou : maquette de test pour le circuit de l’eau d’une ville, représentation symbolique de l’univers ou encore support d’adoration religieuse ? Moi je dirais zoo miniature pour la petite sœur du sculpteur. Jusqu’à preuve du contraire, ma version se tient.


    Élections prochaines

    Le 12 avril prochain, ce sera au Pérou le premier tour des élections présidentielles, en parallèle avec les législatives. Le président sera élu pour 5 ans au suffrage universel à 2 tours, comme chez nous quoi. Avec au moins 3 différences notables. La première est que les affiches électorales ne sont pas placardées à droite et à gauche, mais peintes sur une multitude de murs et autres bâtiments. Dont une ruine en pleine campagne juste derrière notre emplacement de bivouac. Nous avons pris en flagrant délit l’équipe venue peindre ces vieux murs. Cela dit, ils étaient peut-être en règle. La seconde différence, c’est que 35 candidats sont en lice, dont seulement 3 femmes. Et la troisième, last but not least, c’est que 7 ex-présidents sont soit incarcérés soit en cours de poursuites pour corruption… Le président élu en 2021 a été destitué moins de 2 ans plus tard pour « incapacité morale ». Sa colistière qui avait pris le relais a connu le même sort fin 2025, ainsi que le président du parlement nommé par intérim peu de temps après. La fonction semble éminemment éphémère ! Manifestement, la population n’en peut plus et souhaite évidemment du changement. Mais les partis politiques les plus en avance dans les sondages sont proches des sortants. A part une révolution, on ne voit pas trop comment la situation peut évoluer. Nous avions vu qu’en Bolivie, outre l’interdiction de la vente et de la consommation d’alcool, toutes les routes et aéroports nationaux étaient fermés les jours d’élections. Il ne semble pas que cela soit aussi radical au Pérou, mais nous nous interrogeons sur l’opportunité de sortir du pays avant les élections.


    Pêche à la ligne

    Qu’est-ce que qui a bien pu passer par la tête de ce peuple Nazca lorsqu’il s’est mis à dessiner sur le sol des araignées ou des colibris de 50 m de long ou encore ce pélican de 285 m d’envergure alors que personne à l’époque (de -500 à +500 av./ap. J.-C.) n’avait la possibilité de voir ces œuvres dans leur globalité ? Distraire les dieux ? Distraire ou rebuter les extra-terrestres ? Personne n’a la réponse aujourd’hui et probablement personne ne l’aura demain. Les Nazca eux-mêmes ne soupçonnaient peut-être même pas que leurs petites rigoles creusées dans le sol seraient encore là 2000 ans plus tard, ni que des gaspilleurs d’énergies fossiles comme nous auraient la possibilité de voir leurs dessins depuis les airs en lieu et place des dieux ou des extra-terrestres espérés. En tout cas pour nous ça a été une chouette expérience. D’abord une revanche sur le fait de n’avoir pas pu les survoler lors de notre premier voyage, pour cause essentielle de budget insuffisant. Et puis le plaisir de découvrir tout ça depuis les airs, avec l’aide quasi indispensable du guide-copilote car on peut très vite manquer ces figures – malgré leur taille – si on ne regarde pas à l’endroit précis. Merci donc à l’équipage d’AeroMoche (oui ça fait bizarre, mais les Moche – prononcer motché – sont un autre peuple précolombien) de nous avoir fait découvrir ces étonnants géoglyphes et de nous avoir ramenés en vie, à défaut d’être en forme. En effet, l’alternance des rotations à angle élevé, une fois dans le sens horaire puis une fois dans le sens antihoraire autour de chacune des 21 figures afin que chacun puisse bien voir a chaviré l’estomac de 4 passagers sur 6. Dans la moyenne parait-il…

    Et ci-dessous une version en images statiques pour ceux qui auraient le mal de l’air ou du mal à charger la vidéo


    C’est avec Nazca que nous clôturons ce second parcours péruvien. Nous allons maintenant remonter le long de la côte en empruntant la route Panaméricaine. D’autres découvertes à suivre donc, ne nous abandonnez pas !

  • 172. Bienvenue au Pérou

    172. Bienvenue au Pérou

    Ayant traversé la frontière au niveau du lac Titicaca, à 3850 m d’altitude, nous ne changeons guère de décor. Les cultures sur les rives du lac sont peut-être plus nombreuses mais les petites maisons modestes aux parois de briques et aux toits de tôle sont les mêmes, et les chaînes montagneuses enneigées sont toujours là en toile de fond. Mais les différences ne devraient pas tarder à se manifester.

    Parcours correspondant à cet article, en version zoomable ici

    Puno, cité lacustre

    En dehors de l’hypercentre où subsistent quelques beaux bâtiments coloniaux, la ville est tout à fait quelconque. Comme d’habitude à l’arrivée dans un nouveau pays, nous y avons fait quelques courses essentielles : plein de diesel (c’est un bonheur de revoir plein de stations-service partout après les difficultés boliviennes), plein du frigo (il a fallu traverser le frigo vide) et achat d’une carte SIM pour Claudie. Il se dit sur les réseaux que les opérateurs n’auraient plus le droit de fournir des forfaits aux étrangers, et notre première tentative a semblé confirmer le fait. Mais nous avons trouvé apparemment le seul opérateur qui serait autorisé, Bitel, et qui nous a délivré un forfait sans histoire. Tout illimité 1 mois pour 10 euros, c’est moins cher qu’en France. Pour ma part, mon forfait Sosh couvre le Pérou.


    L’odyssée du Yavari

    Dans un port de Puno, un ancien navire à vapeur attend sagement au mouillage les rares visiteurs, en attendant un avenir meilleur. Son histoire peu commune nous a intéressés et nous avons eu envie de le visiter. Il a été commandé en Angleterre en 1861 par la marine péruvienne avec un autre bateau similaire. Mais pas question de lui faire traverser l’Atlantique par ses propres moyens, comment aurait-il fait pour rejoindre le lac Titicaca au beau milieu de la Cordillère des Andes ? Alors il a été transporté en 2766 pièces détachées, dont aucune ne devait dépasser es 1 750 kg, la charge maximale permise pour une mule (ce qui est déjà énorme !). Le transport maritime puis terrestre a pris 7 ans avec de nombreux imprévus, avant que le Yavari ne fut enfin assemblé, puis enfin lancé en 1870. Il fonctionnait initialement à la voile et avec une chaudière à vapeur alimentée par du fumier de lama. Désarmé, il fut revendu à une compagnie britannique qui installa un moteur diesel suédois, toujours en place et fonctionnel aujourd’hui. En 1975, le navire fut abandonné et commençait à sérieusement se dégrader lorsqu’il fut remarqué par une Anglaise qui organisa, via une association caritative, sa restauration avec l’objectif final de faire de petites croisières sur le lac Titicaca. C’est le second du navire, un véritable passionné, qui nous en a fait la visite. Malgré le peu de moyens dont il dispose il fait son possible pour entretenir ce qui existe et améliorer petit à petit le bateau. Nombre de pièces sont originales, et cuivres comme boiseries brillent comme au premier jour. Magnifique. J’adorerais faire une petite traversée du lac sur le Yavari !


    Dormir sur la paille ?

    Sur le papier, les îles flottantes des Uros, posées sur le lac Titicaca face à Puno, ont tout pour faire rêver : des îlots tressés en roseaux (la totora), des maisons dorées qui semblent flotter entre ciel et eau, et une culture ancestrale qui défie le temps. Les touristes s’y pressent, pensant découvrir là un mode de vie figé dans le temps, allant même jusqu’à « dormir chez l’habitant ». Dans la réalité, les habitants vivent tous à Puno, marre d’être toujours sur la paille… Ils reviennent le jour, juste avant les touristes, pour faire le petit-déj à ceux qui ont dormi là, ou surtout pour vendre repas et souvenirs aux autres. Certes la magie de marcher sur un sol qui s’enfonce sous les pas existe, tout comme celle d’observer une manière de vivre qui a bien existé autrefois, mais il est difficile de ne pas se rendre compte de l’organisation implacable qui est derrière tout ça. A vrai dire, ma critique ne se fonde que sur l’expérience que décrivent les gens sur les réseaux. Nous étions déjà allés sur les iles Uros avec nos enfants il y a 24 ans, et nous avons décidé de ne pas y retourner. Seul le drone y a fait un petit tour grâce à un stationnement nocturne opportun sur les hauteurs juste en face.


    Le cimetière inca-colla

    Connaissez-vous l’Inca-Kola, la boisson nationale gazeuse péruvienne qui devance – une exception mondiale – le Coca Cola ? On en voit partout ici, même dans les petites échoppes du site archéologique de Sillustani que nous visitons aujourd’hui. Si je me suis permis cette allusion, c’est pour faire un parallèle douteux avec les peuples qui ont géré ce site funéraire : d’abord les Collas, entre le IXe et le XIIIe siècle, puis les Incas entre le XVe et le XVIe siècle. Certaines tombes seraient encore antérieures, remontant aux Tiwanakus (Ve – IXe siècle). Dans tous les cas, il s’agit de chullpas, des tombes familiales en forme de tour possédant une petite entrée en bas que l’on refermait après y avoir introduit défunts et offrandes. On voit bien les différentes techniques de fabrication, notamment les rampes qu’utilisaient les Collas et la taille précise des pierres employée par les Incas. L’ensemble, situé sur une péninsule au milieu d’un lac, offre des paysages magnifiques.

    Habitation typique du peuple Colla, un peu avant d'arriver à Sillustani
    Habitation typique du peuple Colla, un peu avant d’arriver à Sillustani

    Retourné à la campagne (3 lettres)

    Une définition sympathique de mots croisés* qui m’amène à vous parler de la monnaie péruvienne : le sol, qu’on nomme aussi le PEN en code ISO mais je ne voudrais surtout pas faire de politique. 😁 Encore qu’il est amusant de vouloir convertir le PEN à l’euro 😉 Un Sol vaut quasiment 0,25 €, ce qui nous simplifie grandement la tâche pour les conversions puisqu’il suffit de diviser les prix par 4. 👌 On trouve habituellement au dos des billets et des pièces des animaux (jaguar, vigogne, colibri, condor, etc.) et plantes typiques ou endémiques (reine des Andes, quinquina, orchidées, etc.) du Pérou. 🐆🦙🦅🌺🌾 Ça donne envie de collectionner les billets, non ?

    *J’aimais bien aussi « Rencontré après la gamelle »…


    Arequipa, la ville blanche

    Nichée à 2 300 mètres d’altitude, aux pieds de trois volcans qui devraient pourtant la salir de leurs cendres, Arequipa est pourtant surnommée « la ville blanche » en raison de la pierre volcanique claire, le sillar, dont on se sert pour bâtir ses principaux édifices. Cette pierre a l’avantage en outre de se tailler facilement, ce qui permet d’orner au mieux les façades de ses édifices baroques, de ses nombreuses églises, de son immense cathédrale qui occupe à elle seule un pan entier de la Place des Armes (cas unique au Pérou) et de nombreuses cours intérieures plus ou moins ouvertes au public. De fait, Arequipa est souvent considérée comme ville la plus élégante du Pérou.


    Une ville dans la ville

    Le monastère de Santa Catalina occupe au sein d’Arequipa un quadra entier (c’est l’espace compris entre 4 rues qui se croisent, formant une véritable ville dans la ville, ce qui était encore plus vrai à l’époque de sa création, en 1850, lorsque ce monastère vivait en totale autonomie. A l’instar du couvent Santa Teresa que nous avions visité à Cochabamba en Bolivie, les novices entrées ici selon le souhait de leur famille et moyennant 100 pièces d’or par an, ne devaient plus prononcer un mot et devaient consacrer leur vie au travail et à la prière. Mais à l’inverse du couvent bolivien, elles avaient le choix au bout de 4 ans de poursuivre ou non leur vie monastique. Dans ce cas, elles avaient la possibilité, en fonction des moyens donnés par leur famille, de se construire un appartement de plusieurs pièces, d’y faire venir des servantes, agrandissant ainsi la ville peu à peu. C’est ainsi un dédale de ruelles que l’on parcourt, tout en passant d’un appartement à l’autre par des porches ou des ouvertures étroites. Les murs peints alternativement en bleu et ocre, les couleurs vives de l’abondant fleurissement et les jeux de lumière avec le soleil en font un lieu assez magique à parcourir. Tout en découvrant petit à petit les anecdotes de la vie monastique.


    Le bouclier bleu

    J’en avais déjà remarqué avant, mais ces petits logos plus fréquents à Arequipa qu’ailleurs, principalement sur les monuments historiques, ont fini par éveiller ma curiosité. J’avais pensé un moment qu’il s’agissait de repères sismiques, afin de détecter les mouvements éventuels des bâtiments après un tremblement de terre – une éventualité probable dans la région. Ou encore de guides pour scanner ces édifices d’intérêt historique. Mais quelques recherches m’ont amené vers une autre explication, qui remonte curieusement à la Seconde Guerre Mondiale. Afin de protéger les biens culturels d’un pays des dégradations liées à la guerre, aux exactions humaines ou encore aux catastrophes naturelles, la Convention de La Haye a mis en place en 1954 ce moyen d’identification. Apposé sur les toits ou les façades historiques, ce bouclier bleu est un véritable dispositif international destiné à signaler les biens culturels à préserver en cas de conflit armé. Ce marquage indique aux forces militaires que le bâtiment possède une valeur patrimoniale important et ne doit pas être pris pour cible. Ce n’est évidemment une garantie contre rien, mais cela peut contenir l’ardeur d’éventuels oppresseurs et guider les priorités de réparation ou préservation en cas de dommages. En Iran actuellement, sur recommandations de l’UNESCO on peint ou on dispose ces boucliers bleus sur les toits des 28 sites classés par l’institution afin que les pilotes de drones les identifient comme tels et les épargnent. Comme quoi, du Pérou à l’Iran il n’y a qu’un pas !


    La route du sillar

    Beaucoup plus écologiques que les Chinois ou les Etats-Uniens d’Amérique qui vont chercher leur marbre à Carrare (ce sont les premiers importateurs mondiaux), les Arequipeňos vont se servir en sillar …juste à côté de chez eux. Dans des carrières en périphérie de la ville d’où est extrait le sillar, cette fameuse roche volcanique claire qui habille les bâtiments du centre historique. C’est là que les retombées de cendres, de pierres ponces et de fragments de roches se sont déposées il y a environ 1,8 million d’années après une éruption cataclysmique du volcan Chachani. En se refroidissant lentement et en se compactant, ces épais dépôts ont donné naissance à une roche légère, poreuse et facile à tailler. Tout en étant résistante aux séismes, ce qui n’est pas une mince affaire ici. Le sillar a été utilisé dès l’époque coloniale et continue d’être employé aujourd’hui dans plusieurs carrières. Celle que nous visitons n’est pas la plus active. Elle a été aménagée pour des raisons pédagogiques, invitant un grand nombre d’artistes à réaliser des œuvres sur place afin d’attirer le touriste. Nous baladant au milieu de grandes falaises blanches, nous observons nombre d’animaux, de personnages, d’écussons réalisés en sillar. Une reproduction d’une zone du site de Petra a même été réalisée. Et devinez en quelle matière sont faites les toilettes ?


    Camélidés du Nouveau Monde

    Quittant Arequipa vers le nord en direction du réputé Cañon de Colca, nous allons circuler à des altitudes de plus en plus élevées, franchissant même un col à 4 910 m, plus haut que le Mont-Blanc donc. Un nouveau record pour Roberto qui grimpe sans rechigner. Nous avons appris à donner quelques coups d’accélérateur le matin avant de démarrer (le diesel semble avoir un peu de mal à arriver avec l’altitude, alors que les températures ne sont pas forcément négatives la nuit) et à gérer manuellement la boîte de vitesse en montée (le rendement inférieur du moteur en altitude semble mal géré par le calculateur de la boîte auto). Plus l’on monte et plus les camélidés andins monopolisent le paysage, voire la route… Que ce soit lamas, alpagas ou vigognes, nous avons un gros coup de cœur pour ces animaux aussi sympathiques que laineux. Ces espèces sont remarquablement adaptées à l’altitude, jusqu’à 5 000 m été comme hiver, grâce à leur toison et leur peau épaisse bien sûr, mais aussi à un système cardio-vasculaire qui s’est adapté : gros cœur (tiens, qu’est-ce que je vous disais sur la côte d’amour !) et concentration élevée en hémoglobine. Ça ne semble pas les déranger de galoper joyeusement dans les pampas alors que nous soufflons au moindre effort. Tout comme leurs congénères africains, ils se contentent de peu en nourriture et en eau. Si les vigognes sont volontiers sauvages, les lamas et alpagas sont volontiers domestiqués pour produire laine et viande. Les lamas servent en outre de bêtes de somme. Dans tous les cas, les bébés sont craquants !


    À l’approche de Yanque

    Yanque est un des nombreux villages pittoresques qui bordent le Cañon de Colca. La route qui y mène offre déjà de superbes paysages de cultures en terrasses. Le centre très tranquille est représenté par une petite place ornée de statues dont le thème est le folklore local, tandis qu’une vieille église se tient péniblement debout sur l’un des côtés, soutenue par des étais. Dommage car son portail tout blanc très travaillé augurait d’une visite intéressante. Mais dans l’état actuel on comprend que tout soit fermé. Nous verrons quelques autres églises dans un état similaire un peu plus loin. La forte sismicité locale doit y être pour quelque chose. Nous poussons un peu plus loin jusqu’au parking d’une randonnée un peu particulière. Elle mène vers le village abandonné de Uyo, d’où les habitants des peuples Collaguas (XIVe siècle) puis Incas (XVe-XVIe siècle) ont été chassés brutalement par les conquistadors qui leur ont intimé de mener une vie plus saine au village de Yanque un peu plus bas, sous-entendu près de l’église catholique et de ses enseignements. Alors que quand on connaît le mode de vie de ces populations andines à cette époque, en parfaite communion avec la nature, plus sain tu meurs ! Il reste aujourd’hui des murs encore bien solides, des rues bien dallées centrées par un bon système d’irrigation, et des terrasses qui sont toujours heureusement cultivées.


    El condor pasa pas (pero los caballos si !)

    Nous voilà installés au sommet d’une falaise sur le Cañon de Colca, tout proches de la Cruz del Condor, endroit réputé pour l’observation de ces rapaces géants emblématiques de la culture andine. Et parfaitement en accord avec celle-ci, ces charognards, à l’inverse des aigles ou des faucons par exemple, ne tuant pas leurs proies mais se contentant de nettoyer la nature des cadavres d’animaux qui s’y trouvent. En total respect de la nature. Mais qui dit nature dit caprices météorologiques et la brume qui nous enveloppe lors de notre arrivée n’est pas spécialement favorable à l’observation des condors qui ne volent guère dans ces conditions. Les heures les plus propices sont théoriquement le coucher du soleil (normal, ils rentrent chez eux) et surtout le début de matinée, lorsque les courants ascendants commencent à se former le long des parois du cañon. Mais à aucun de ces deux moments (oui nous avons passé la nuit ici) le ciel ne s’est dégagé. Pas de condor donc. En consolation, tout un groupe de chevaux sauvages est venu nous rendre visite dans la matinée, l’un d’eux venant même grignoter l’un des essuie-glaces de Roberto ! Les nuages se sont tout de même évaporés en fin de matinée, nous permettant d’apprécier le grand spectacle du Cañon de Colca. Et puis tout de même une petite récompense à notre attente : l’un de ces volatiles tant attendu a daigné faire son apparition, mais assez haut dans le ciel. Pas de gros plan mais juste de quoi ne pas rentrer bredouille.


    État des routes

    Nous sommes partis pour une grande traversée vers la ville de Cuzco. Notre itinéraire emprunte majoritairement des routes asphaltées, qui ne représentent pourtant que 17% du réseau péruvien. Nous faisons ce choix dès lors qu’il est possible grâce notamment à notre application de routage Osmand+ qui indique, ce que la plupart des autres ne font pas, l’état de surface des routes. Asphalté n’est pas toujours synonyme de route bien lisse, la présence très fréquente de nids-de-poule obligeant à une vigilance permanente lors de la conduite, même sur des routes à grande circulation. Régulièrement, nous devons circuler malgré tout sur des routes dites « compactées », constituées aussi bien de ciment que de gravier ou d’une terre battue bien tassée. C’est le cas aujourd’hui, pour une soixantaine de kilomètres qu’il faut parcourir à petite vitesse et en ayant coincé une bâche entre les portes arrière de Roberto afin que la poussière soulevée ne pénètre pas trop dans l’habitacle. Pour les routes en terre, que nous évitons comme la peste, c’est en fait du tout ou rien. Quelquefois orniéreuses et boueuses, à la limite du praticable par temps de pluie, elles peuvent tout aussi bien être plus lisses qu’une mauvaise route asphaltée. Mais c’est risqué. Les petites routes sont moins fréquentées que les grandes, parfois au point de croiser moins d’un véhicule à l’heure. En contrepartie, ce sont souvent elles qui offrent les plus beaux paysages.


    Intermède vidéo


    Les 3 ponts (ou l’étroit pont) de Cambopata

    Le symbole d’un appareil photo sur Google Maps nous conduit à nous arrêter dans cette petite ville qu’aucun guide papier ne juge digne d’intérêt. Nous allons y découvrir 3 ponts presque côte à côte. Un classique pont de métal appelé « pont moderne » qui recueille toute la circulation. Un joli pont de pierre construit par les conquistadors et baptisé de ce fait « pont colonial ». Nous y avons vu traverser des locaux avec leurs animaux. Et puis ce pont de corde datant lui du temps des Incas et s’appelant naturellement le « pont inca ». C’est évidemment celui qui nous intrigue le plus. Et qui parait le plus difficile à traverser. Déjà gravir l’escalier lui aussi en corde qui mène au pont lui-même nécessite un minimum d’agilité.

    Mais lorsqu’arrivés entre les deux piles on voit l’état du tablier, fait de petites branches d’à peine 1 cm de diamètre, la traversée parait hasardeuse, d’autant que le courant boueux qui passe au-dessous est assez violent. J’hésite. Vais-je tenter de franchir ce pont fragile ? Les Incas le faisaient bien, eux ? Vous saurez ça dans le prochain article… un peu de suspense que diable !