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  • 177. Pérou 2003

    177. Pérou 2003

    Voici donc la suite de notre voyage itinérant sac au dos avec nos 4 enfants en 2003, retranscrite ici en guise de flash-back pendant la pause quadrimestrielle de la team Roberto. Après l’Équateur, c’est maintenant le Pérou que nous allons découvrir en famille.


    Courriel du 19/11/2003

    Entrée au Pérou à pied

    Après avoir passé la nuit dans la petite ville de Macara, totalement paumée et insipide, mais ayant le double avantage de se trouver à 3 km de la frontière et de bénéficier d’un climat chaud (comme en témoignent les hamacs suspendus devant chaque boutique de la rue principale), nous avons franchi la rivière qui sépare l’Équateur du Pérou le plus simplement du monde, à pied, sur le pont qui l’enjambe. Il n’y a pas de quoi fouetter un chat, mais c’est tout de même un peu plus marquant que de passer devant le guichet d’un douanier dans un aéroport, non ? C’est en tout cas le début de notre aventure péruvienne !

    Franchissement à pied du pont qui sépare l'Équateur du Pérou
    Franchissement à pied du pont qui sépare l’Équateur du Pérou

    Trois rencontres

    La première étape dans le pays, de la frontière à la première ville significative située à deux heures de voiture de là, a été marquée par trois rencontres, deux bonnes et une mauvaise. Commençons par une bonne, bien sûr, celle d’un sympathique couple de parisiens en voyage de noces pour dix mois autour du Monde. Nous avons longuement discuté avec eux des modalités pratiques de leur voyage – ça ne s’improvise pas ! – et échangé nos expériences. Leur parcours (Etats-Unis, Mexique, Amérique du Sud jusqu’en Patagonie, Ile de Pâques, Tahiti, Australie, Asie du Sud-Est et Transsibérien) a de quoi en faire rêver plus d’un nous compris !

    Nous avions aussi avec nous dans la voiture un péruvien qui ne pouvait qu’être gentil et sympathique puisque prénommé Juan Miguel. Arrangeant comme tout, il se proposa même de nous faire faire la seconde étape à bord de sa propre voiture. Mais arrivés à la ville intermédiaire, point de véhicule promis, et voilà notre ami qui se met à arrêter tout ce qui passe à quatre roues et à négocier avec les conducteurs notre passage jusqu’à la ville voisine. Le problème pour nous était de nous caser tous dans le véhicule (c’est à dire 6 Augé + les jeunes mariés + lui + les 9 sacs à dos de ce petit monde), alors que pour lui et les conducteurs qui voulaient bien s’arrêter, il s’agissait davantage d’une question de prix.

    Heureusement, une petite dame qui passait par là, après avoir fait une risette à nos enfants, nous a assuré que la solution proposée par le monsieur n’était pas convenable et qu’il était plus simple (et moins cher) de prendre le bus. Elle nous a d’ailleurs accompagné elle-même à la station, située pourtant à plus de 500m de là. Adorable !


    Le désert du Pérou

    Arrivés enfin à la ville de Piura, nous avons réservé un bus de nuit pour rejoindre Lima en une quinzaine d’heures. Nous avons décidé en effet de visiter principalement le sud du pays, là où se rassemblent la majorité des sites touristiques. Le trajet jusqu’à la capitale nous a fait longer toute la plaine côtière, parfaitement désertique, avec des dunes de sable comme nous n’aurions pu en imaginer qu’au Sahara ou au Moyen Orient. Mais bon, voilà nos idées reçues remises en place…

    Traversée au petit matin, la banlieue de Lima nous est apparue assez sinistre, avec des kilomètres de maisons pas finies, de terrains vagues, de détritus, d’ateliers miteux, de pancartes déglinguées, le tout dans une ambiance de brouillard qui accentuait encore l’impression de décadence. On comprend mal pourquoi tous ces gens ont fui la campagne pour venir habiter ici.


    Lima, en mieux

    Nous sommes depuis deux jours dans la capitale, plus précisément dans le quartier colonial, et notre opinion sur la ville remonte sérieusement. Malgré les multiples tremblements de terre, les édifices civils ou religieux sont systématiquement reconstruits et affichent une présence imposante un peu partout. Des balcons fermés de bois sculptés ornent souvent les façades. Côté culturel, il semble y avoir de quoi s’occuper. Nous avons commencé par un joli musée sur les civilisations pré et post-colombiennes du pays. Nous avons bien approfondi nos connaissances sur les us et coutumes de ces gens-là. Nos enfants ont bien aimé la fabrication des momies assises, les déformations des crânes en ogives ou en anneaux, et les trépanations de crânes étonnamment réussies à cette époque (début de l’ère chrétienne) puisque des signes de réparation osseuse étaient observables.

    Rien de tout cela ne nous a coupé l’appétit, puisque nous sommes allés nous sustenter dès la sortie du musée d’empanadas (petits chaussons fourrés à la viande) et de cochons d’Inde EN CHOCOLAT, accompagnés de chicha morada, boisson sucrée à base de maïs violet. Très bonne, mais nous attendons mieux demain avec la visite de la région de Pisco.

    À bientôt….


    Courriel du 29/11/2003

    Boires et déboires à Pisco

    Les bus péruviens ne sont pas aussi performants qu’en Équateur, nous l’avons constaté à nos dépens. Les horaires sont fantaisistes, les annulations pour cause de remplissage insuffisant sont monnaie courante et le personnel est aussi aimable que le lama qui vient de cracher. Pour notre seule étape de Pisco, nous avons essuyé deux retards de plus de deux heures, le second s’étant même terminé par une annulation. Et tout ça pour découvrir que la boisson nationale est originaire en fait de la ville voisine d’Ica, devant son nom au port d’expédition vers l’Espagne qui, lui, figurait en grosses lettres sur les caisses ! Nous nous rattraperons de rage sur l’Inca Kola, l’autre boisson nationale péruvienne, plus vendue que sa concurrente nord américaine malgré sa couleur jaune fluo et son goût de médicament.


    La baleine, le singe et le colibri

    Cela sonne comme une fable de La Fontaine, mais les initiés auront reconnu quelques-unes des figures des fameuses lignes de Nazca, tracées en plein désert il y a plus de mille ans, et qui résistent à la fois aux intempéries (qui se résument ici à quelques minutes de pluie par an, ça aide !) et à la sagacité des scientifiques de tous bords, lesquels se demandent bien pourquoi on a tracé ces lignes visibles seulement du ciel bien avant la découverte de l’aéroplane. Les hypothèses les plus sérieuses vont du calendrier solaire géant aux pistes d’atterrissage pour extra-terrestres… La moitié d’entre nous souffrant du mal de l’air (le secret médical m’interdit de vous dire qui, non, non, n’insistez pas !), nous avons choisi de ne voir qu’un échantillon de ces lignes du haut d’un mirador, et cela nous a paru suffisant.

    L'une des figures de Nazca, vue d'un "mirador"
    L’une des figures de Nazca, vue d’un « mirador »

    Le retour des momies

    Nazca est aussi le site d’un cimetière pré-inca assez impressionnant, une étendue de sable de plusieurs kilomètres carrés parsemée d’ossements et de tissus âgés d’un millier d’années, d’où l’on extrait peu à peu des dizaines de momies assez bien conservées, avec encore la peau sur les os (après tant d’années sans manger, c’est normal) et plein de cheveux. Elles sont ensuite replacées dans les tombes, qui restent par contre à ciel ouvert afin que des détraqués comme nous viennent les photographier, ce qui ne devait pas être prévu dans le programme initial…


    Arequipa et Juanita

    Nous avons quitté les déserts côtiers, assez insipides en dehors des quelques curiosités sus-décrites, pour la belle ville d’Arequipa, située sur les contreforts de la Cordillère des Andes, aux pieds de trois volcans dépassant les 6000m d’altitude. Arequipa elle-même est à 2600m mais bénéficie pourtant de températures douces et d’un ensoleillement de plus de 300 heures par an. C’est dire que, là encore, rien ne pousse sans irrigation. Heureusement, les Incas sont passés par là et ont installé des aqueducs partout, après avoir essayé en vain de faire pleuvoir en sacrifiant des jeunes filles prépubères, comme la célèbre Juanita, retrouvée il y a quelques années dans un glacier des environs et exposée dans un musée de la ville.


    Le Mont-Blanc dans un fauteuil

    Le must d’Arequipa, c’est l’excursion au Canyon du Colca, le plus profond du monde (3600m) et pourtant peu connu car découvert seulement en 1986. On y accède en cinq heures de bus par une route non revêtue et donc assez inconfortable, mais qui nous permet de franchir sans effort un col à 4910m d’altitude, un peu plus élevé que notre montagne nationale. Tout autour, des cimes bien plus élevées encore, c’est dire le gigantisme du lieu, tout au long de la route, des pampas arides parfois tachées de vert lorsqu’un torrent les traverse, et surtout, des colonies de lamas, alpagas et vigognes parfaitement intégrés au décor.


    Comment distinguer un lama d’un alpaga et d’une vigogne, et vice versa ?

    Avant ce voyage, nos connaissances sur les camélidés andins se limitaient au lama du capitaine Haddock. Désormais, nous savons qu’il en existe beaucoup d’autres, et notre œil exercé identifie les trois principales espèces à 30m. Bien que l’éventualité d’une rencontre dans l’hexagone soit faible, il nous est apparu opportun de vous communiquer notre expérience, au travers des différentes méthodes utilisables :

    1. méthode descriptive : une robe caramel et une allure élancée orientent vers une vigogne ; une épaisse tignasse noire ou blanche et une démarche pataude désignent plutôt un alpaga ; des couleurs multiples et une attitude hautaine sont des caractéristiques du lama.

    2. méthode géographique : si vous découvrez votre animal dans une pampa aride, c’est un lama (tout comme le capitaine, ils n’aiment pas l’eau) ; dans une réserve naturelle, c’est une vigogne (elle n’aime pas les gens) ; partout ailleurs, y compris dans les endroits les plus insolites comme un jardin public, une salle de restaurant, les bras d’une petite fille ou l’étal d’un boucher, c’est un alpaga (il aime tout le monde, et ça lui attire parfois des ennuis).

    3. méthode monétaire : profitez d’un moment d’inattention de l’animal pour lui dérober un peu de laine, et tentez de vendre votre récolte au marché le plus proche. Si l’on vous donne des dollars, c’est une vigogne, des soles, c’est un alpaga, une claque dans le dos, c’est un lama.

    4. méthode comparative : empruntez les lunettes de vue de votre petite sœur et observez l’animal à une distance raisonnable afin d’éviter les coups de pieds (de votre petite sœur). S’il ressemble alors plutôt à un mouton, c’est un alpaga ; à une biche, c’est une vigogne ; à un lama, c’est … un lama.

    5. méthode risquée : essayez de chatouiller la bête sous le menton. Si elle crache, c’est un lama ; si elle mord, c’est un alpaga ; si elle vous envoie une bonne ruade, c’est une vigogne.


    El condor pasa

    Le point ultime de notre excursion était le lieu-dit « la cruz del condor », que nos progrès en espagnol nous ont permis de traduire par « la croix du condor ». Il s’agit d’un éperon rocheux surplombant de 1200m le torrent qui coule au fond du canyon juste au-dessous, connu pour être fréquenté par les condors, les oiseaux-emblèmes du pays. Et nous en avons vu effectivement passer pas mal, planant majestueusement (2 à 3 mètres d’envergure tout de même) dans un silence parfait, les serres apparentes comme le train d’atterrissage d’un Airbus en finale, l’écharpe de plumes blanches bien ajustée autour du cou. Le long du sentier bordant le canyon, nous avons vu l’espace de quelques secondes « passer » l’un de ces oiseaux entre nous et le vide, sans un bruit, et avons subitement mis pour longtemps une image sur le titre de la chanson « El Condor Pasa ».

    À bientôt…


    Courriel du 6/12/2003

    Toujours plus hauts

    Après avoir franchi un col à 5000m cette fois, sans même nous en apercevoir (serions-nous blasés ?), nous sommes parvenus au point le plus au sud de notre parcours, le Lac Titicaca, dont le nom ne manque pas de ravir Achille, évidemment. C’est une véritable mer intérieure, sur laquelle naviguent de gros bateaux, que l’on s’attend peu à trouver à une altitude proche de celle de l’Aiguille du Midi. Pour échapper aux Incas, des populations s’y sont établies sur des îles artificielles entièrement faites de couches de roseaux empilées, qu’il faut renouveler régulièrement (de 2 à 8 fois par mois selon la saison) au risque de se retrouver rapidement les pieds dans l’eau. De plus, il faut surveiller attentivement les pieux d’eucalyptus qui ancrent les îles au fond du lac afin de les remplacer au moindre signe de défaillance, sous peine de se réveiller en Bolivie, juste de l’autre côté du lac, au premier coup de vent. Quelle précarité ! Nous avons apprécié pour notre part la façon très spéciale dont s’enfoncent les pieds dans le sol lorsque l’on marche sur ces îles, la traversée d’une île à l’autre sur un frêle esquif de roseau tressé, et l’atmosphère générale du lac, aussi riche en sensations que pauvre en oxygène.


    Le Machu Picchu, entre mythe et réalité

    1 – Le mythe : un petit train de bois débordant d’indiens aux habits multicolores, jouant de la flûte de pan ou buvant du café, monte péniblement la paroi abrupte d’une montagne, changeant de sens à chaque extrémité tellement la pente est forte. La route est longue, une journée ou deux peut-être, mais l’ambiance est joyeuse et les quelques touristes privilégiés sont invités à partager la chicha et les danses des autochtones. Au sommet apparaît, baignée de soleil et déserte, la cité mystérieuse des Incas, étonnamment intacte, comme abandonnée la veille par ses habitants effrayés par on ne sait quoi. L’atmosphère calme incite fortement à la méditation et personne ne souhaite en redescendre.

    2 – La réalité : 6 heures du mat devant la gare, les vendeurs nous assaillent pour nous proposer de l’eau, des pellicules photo et, plus inquiétant, des imperméables. Exhibant au contrôleur nos billets informatisés à 55 $ (l’équivalent de 4000 Km en bus dans le pays !), nous réussissons à leur échapper pour nous réfugier dans un train semi-moderne aux fauteuils confortables et inclinables, rempli de exclusivement de touristes puisque ce moyen de transport leur est réservé et imposé. 4 heures plus tard, le ghetto-sur-rails s’arrête et le « grupo » (« groupe » en espagnol, ça sonne un peu comme « troupeau », non ?) est transféré dans un convoi de bus à 9 $ (rappelons que la monnaie locale est le Sol) et hissé jusqu’à l’hôtel à 300 $ la nuit (mais là, ce n’est pas imposé, du moins pas encore…) qui marque l’entrée du site, c’est à dire … la billetterie. Délestés de 20 $ supplémentaires par tête, nous gravissons sans effort les dernières marches et commençons enfin notre visite. Nous essayons d’éviter au mieux les « grupos » éparpillés un peu partout mais surtout aux endroits précis que nous souhaitons prendre en photo. Au bout de 2 heures, le soleil nous abandonne, et une pluie torrentielle se met à tomber. Les imperméables de la gare ! Bon sang, mais c’est bien sûr ! Bien que correctement équipés (vous en doutiez ?), nous effectuons un retour quelque peu tristounet en ghetto-sur-roues puis en ghetto-sur-rails. Ce dernier se traîne interminablement dans la nuit, au point que – mais ne serait-ce pas fait exprès ? – des taxis-vautours viennent proposer leurs services dans les gares à ceux qui auraient encore quelques dollars à dépenser pour les ramener un peu plus vite à destination.

    Bon, redevenons positifs : Le site est d’une grande beauté, avec ses ruines remarquablement construites et bien conservées, ses cultures en terrasses d’un beau vert vif parfaitement alignées, l’ensemble trônant au sommet d’une montagne abrupte, elle-même surplombée de pitons rocheux baignés de brume. Le vide environnant, la vue vertigineuse sur les torrents très loin en contrebas renforcent encore l’impression d’isolement, et permettent de comprendre la découverte tardive du site en 1911 après 4 siècles d’oubli. Ce qui impressionne le plus, c’est le mystère qui entoure encore le rôle exact de cette citadelle construite puis abandonnée en un seul siècle alors qu’y vivaient près de 1200 personnes. Avec de tels vestiges, notre science ne devrait pas être aussi limitée ! En tout cas, ce sont toutes ces réflexions et ces images magnifiques qui nous resteront, et non pas les quelques tracasseries arnaquo-touristiques que nous avons rencontrées. Notre mémoire est heureusement sélective !


    Cuzco

    Avant-dernière étape de notre périple, l’ancienne capitale des Incas garde, comparativement au reste du pays, d’assez nombreuses traces de cette civilisation : les ruelles étroites et pavées au caniveau central, les soubassements de nombreux bâtiments, typiquement inclinés vers l’intérieur pour résister aux séismes et faits de pierres bombantes taillées au dixième de millimètre près, parfois sur plus de 10 faces, pour permettre un ajustement parfait. Ce sont encore les aqueducs et les multiples fontaines présents en pleine ville tout comme dans la campagne environnante, et les cultures en terrasses de celle-ci. C’est beaucoup et peu à la fois. Les conquistadores se sont en effet employés à détruire méticuleusement, avec une rage inouïe toutes traces des civilisations antérieures pour les transformer en métal fondu ou en cathédrales. La décoration de celles-ci, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur, a beau être d’une richesse exceptionnelle, l’arrière-pensée omniprésente du pillage ne nous en laisse qu’une impression mitigée. La ville est néanmoins très agréable à parcourir. Elle regorge de boutiques d’artisanat en tous genres et jouit d’un bel environnement montagneux. Nous y avons consacré presque une semaine, excursion au Machu Picchu comprise, mais cela n’aura pas suffi à Achille, qui cherche toujours désespérément l’empereur mégalo.

    L’avant-dernière image, c’est l’école du matin sur le toit de notre hôtel à Cuzco, juste au-dessus de la place principale. Quel endroit magnifique pour étudier !

    Nous partons demain pour Lima, alors à très bientôt !


    Courriel du 13/12/2003

    Dernière semaine à Lima

    La fin d’un séjour de 2 mois est toujours marquée par quelques formalités du genre confirmation des billets d’avion, achat des souvenirs, ajustement fin des programmes scolaires en fonction des dernières informations de nos correspondants (merci à eux !), et rien de tel qu’une grande ville pour ça. La capitale du Pérou s’est révélée bien adaptée à la situation avec une échelle humaine, un quartier colonial bien agréable pour résider, pas mal de choses à visiter et de beaux marchés et magasins pour les souvenirs. Nous avons déniché un hôtel sympathique, ancienne bâtisse coloniale qui a gardé de cette époque une superbe façade aux balcons-jalousies de bois et un intérieur tarabiscoté avec des escaliers et des recoins partout. Les propriétaires ont de plus décoré leur établissement comme un musée polyvalent, avec des statues de toutes tailles (y compris des têtes de 3m de haut), des momies, des crânes couverts de mousse, des poteries pré-incaïques, des tableaux anciens à l’huile ou en photo sépia, des plantes vertes exotiques un peu partout profitant du patio central à ciel ouvert. À signaler enfin une faune assez riche, aussi bien empaillée que vivante, avec notamment des perroquets et tortues en liberté qui venaient faire causette aux enfants – à leur grand ravissement – dans la salle du petit-déjeuner. Et l’ensemble pour le prix d’un non pas 5 ni 4 ni 3 ni 2 ni même 1 étoile : moins de 15 euros la chambre à 5 lits ! De là, donc, nous avons rayonné vers les différentes curiosités de la ville, en particulier l’horrible plage municipale dont le gris du gravier rivalise en sinistre avec le marron de l’eau, les catacombes avec leurs caisses d’os bien rangés (le tri sélectif bien avant l’heure, en quelque sorte), le célèbre (allez, avouez que comme nous vous en ignoriez l’existence) musée de l’or péruvien, dont les trésors sont bien gardés puisque juste au-dessus se trouve aussi la plus grande collection d’armes au monde, et enfin tout simplement les rues commerçantes en cours de décoration en cette période de Noël, contrairement aux pays asiatiques que nous avions jusqu’ici visités.


    Le bonheur est au bout du mitigeur

    Quelques 13 heures de vol à 900km/h (non, non, nous n’avons pas fait faire cet exercice à nos collégiens) plus tard et plus loin, et nous voici de retour sur le plancher des vaches (d’Abondance bien sûr). S’il est trop tôt pour se risquer à un bilan de ce voyage – c’est en général la découverte des photographies et diapositives qui initie la première analyse – le moment est opportun pour découvrir ce qui nous a manqué. Vous n’imaginez pas, par exemple, à quel point l’autoroute de Genève à Saint-Gervais est bien revêtue et confortable, à quel point il est agréable de prendre une douche à exactement 38° ou encore à dormir dans son propre lit. Bien d’autres petits plaisirs comme cela vont nous revenir dans les prochains jours, que nous n’aurions jamais soupçonnés si nous n’étions pas partis. Quelques désagréments aussi, sans doute, mais nous n’allons pas nous plaindre…

    À ce propos, si nous avons rencontré un certain nombre de français-voyageurs comme nous, partis pour quelques mois ou une année (le tour du monde en une année sabbatique connaît apparemment un grand succès), il s’est toujours agi d’adultes sans enfants. Nous n’avons pas cette fois en 2 mois rencontré une seule famille en voyage. Serions-nous une espèce en voie de disparition ? Nous le regrettons car les obstacles sont de plus en plus limités (facilité des déplacements, élargissement des congés annuels, variété des destinations adaptable à la plupart des budgets) et sont sans commune mesure avec l’enrichissement global que nous procurent nos voyages. La prochaine destination est d’ailleurs déjà fixée…

    À bientôt, et merci de nous avoir lus

    Jean-Michel, Claudie, Amandine, Basile, Mélusine et Achille.

  • 176. Équateur 2003

    176. Équateur 2003

    Du 19 octobre au 13 décembre 2003, nous avons effectué un voyage itinérant sac au dos en Équateur et au Pérou avec nos 4 enfants âgés de 4 ans ½ à 13 ans, comme nous avions pris l’habitude de le faire à cette période-là. Ce voyage étant en période scolaire, nous communiquions avec les classes et avec notre famille par courriel (on disait encore e-mail à l’époque…) et l’ensemble de ces textes était ensuite réuni, illustré de quelques photos, dans un album de voyage. C’était un peu l’ébauche du blog actuel. Le temps de notre pause familiale, j’ai décidé d’insérer en guise de flash-back ce récit dans En Route Avec Roberto. Commençons par l’Équateur.


    Courriel du 18/10/2003

    En route pour la Mitad del Mundo !

    Bonjour,

    Nous voici de nouveau à l’heure fébrile du départ, quand tout est prêt et rien n’est prêt à la fois, quand le doute regagne du terrain sur la certitude, quand quelques craintes essaient de ternir les joies du départ.

    D’un intervalle de 2 ans entre nos précédents voyages nous sommes passés à moins d’une année, parce que nous venons de définir que la fin du raisonnable pour les absences scolaires était la transition collège-lycée, et qu’il fallait donc profiter au mieux des 2 années qui nous restaient. Non pas que nous y ayons été poussés par les enseignants, qui, bien au contraire, ne nous auront peut-être jamais autant soutenu que cette année. Des courriers élogieux aux administrations aux programmes scolaires plus que détaillés (parfois au jour le jour dans certaines matières alors que nous ne demandions que les grandes lignes), en passant par l’e-mail d’un professeur en congé de paternité s’excusant d’être en retard, ou enfin le coup de téléphone à la maison pour donner des précisions supplémentaires, tous se sont donnés pleinement, comme s’ils rêvaient un peu de partir avec nous… Nous les remercions en tout cas vivement et ferons de notre mieux pour que nos enfants ne prennent pas de retard.

    Du coup, la préparation n’a duré que 9 mois et n’a sans doute pas été aussi approfondie que d’habitude, ce qui est d’autant plus dommageable que nous changeons de continent et de climat. Certes nous avons relu Tintin au pays des Incas (au moins deux douzaines de fois pour Achille qui pourtant ne sait pas encore lire !), parcouru quelques guides touristiques, fouillé un peu dans la vie de Darwin et l’écosystème des Galápagos. Claudie a lu quelques livres concernant notre voyage et en a commandé quelques autres que nous lirons sur place. Certes la composition des sacs à dos n’est plus un casse-tête depuis longtemps et n’a nécessité que quelques adaptations dues à la croissance de nos enfants ou au climat envisagé. Notre questionnement vient surtout de cette nouvelle population que nous allons rencontrer :  les Équatoriens et Péruviens seront-ils aussi accueillants que les asiatiques ? N’allons-nous pas mettre nos enfants en insécurité ici alors que là-bas c’était si paisible ? La rébellion récente en Bolivie est-elle contagieuse ? N’aurons-nous pas de difficulté à communiquer en Espagnol plutôt qu’en Anglais ? Allons-nous souffrir du froid sous les tropiques ?

    Mais tout aussi rapidement, les bons moments de nos voyages précédents nous reviennent à l’esprit. Tous nos enfants sont d’ailleurs très partants, à l’image de Mélusine qui écrit, dans une fiche de présentation de début d’année proposée par son institutrice, à la rubrique « Qu’est-ce que tu aimes faire ? » : « Voyager avec mes parents ». Tous regrettent évidemment d’abandonner leurs copains, leur école, leur maison quelque temps, mais tous apprécient tout autant la rupture avec le train-train quotidien, la découverte d’autres paysages, d’autres gens, d’autres habitudes, d’autres nourritures. Les 3 à 4 heures de travail scolaire quotidien sont denses mais laissent libres toutes les matinées pour partir en exploration, et toutes les fins de journées aussi. Le voyage est aussi l’occasion d’une vie de famille plus riche qui fait du bien à tous.

    Au programme cette année, rien de bien précis, comme d’habitude. Les circuits du genre « Journée n°7 : petit déjeuner continental et départ en bus à 7h pour X, visite au passage de Y et Z » ne sont pas pour nous. Arrivée à Quito 4 heures après avoir décollé de Madrid (avec le décalage horaire en plus, hélas), quelques jours à la « Posada del Maple », un petit hôtel réservé par Internet (vous pouvez allez voir, c’est www.posadadelmaple.com, ce serait amusant de vous faire un petit coucou devant la webcam s’il y en avait une…), et ensuite nous avons quartier libre jusqu’au 12 décembre à Lima. Quelle liberté ! Nous irons certainement voir assez rapidement la Mitad del Mundo (moitié du monde), un site touristique situé pile sur la ligne de l’Équateur pas du tout imaginaire à cet endroit et qui détaille toutes les particularités physiques de l’endroit : les œufs y tiennent paraît-il sur la tête d’une épingle, les chasses d’eau coulent sans tourbillon, les gens pèsent moins lourd, etc… Nous espérons pouvoir faire une escapade aux mythiques Iles Galápagos et traverser une partie du pays par l’Avenue des Volcans. Voilà le programme préliminaire pour vous mettre l’eau à la bouche.

    Si les accès à Internet sont aussi faciles qu’on le dit, nous devrions vous faire parvenir les prochaines nouvelles dans une dizaine de jours. Si pour une raison ou une autre vous ne souhaitez plus recevoir ces messages, nous le comprendrions très bien, et il suffit juste de nous le faire savoir.

    À bientôt donc,


    Courriel du 25/10/2023

    L´aventure commence à Madrid !

    L'aventure commence à Madrid : mais où est le sac à dos d'Amandine ?
    L’aventure commence à Madrid : mais où est le sac à dos d’Amandine ?

    Le risque de vol à la tire étant plus grand en Équateur qu’en Asie, nous avions largement insisté auprès de nos enfants pour qu’ils surveillent soigneusement leurs effets personnels. Le premier test grandeur nature a eu lieu à Madrid et a dépassé toutes nos craintes : Amandine a mis moins de 10 mn pour perdre son sac à dos, qui contenait évidemment tout son matériel scolaire et une bonne partie de ses vêtements… Le voyage commençait très fort ! Le retour au pas de course sur le lieu supposé de la perte (ah que nous avions belle allure !) n’a abouti à rien, pas plus que les appels à l’aide au personnel de l’aéroport peu intéressés manifestement par l’affaire. L’heure de notre correspondance approchant, il ne nous restait plus qu’à faire une croix sur nos affaires et rejoindre piteusement la porte d’embarquement. Les yeux humides d’Amandine ne lui avaient pas pour autant affaibli la vision, puisque, o miracle, elle aperçoit soudain au loin dans la zone d’embarquement d’un autre avion son bien le plus précieux du moment. À grands renforts de bras et de cris, nous réussissons cette fois à alerter les policiers de l’endroit, qui nous rendront bien volontiers le sac qu’ils auraient dû faire exploser en l’absence de son propriétaire… Ouf !


    ¡Buenos días, Ecuador!

    Nous découvrons Quito, la capitale du pays, étalée toute en longueur à 2850m d’altitude sous le volcan Pichincha qui, lui, frôle celle du Mont-Blanc. Si l’on excepte le quartier colonial qui garde le cachet de cette époque, l’architecture de la ville nous apparaît d’une grande monotonie, basée sur un élément essentiel : le cube de béton, décliné en plusieurs tailles et couleurs. Le quadrillage impeccable des rues renforce encore cette sensation d’uniformité, tout en rendant le repérage assez facile. La ville est vivement colorée, avec des mélanges parfois très réussis mais souvent très criards. La circulation est dense, et bus et taxis se comportent comment s’ils voulaient écraser le plus possible de passants. La population des rues nous ignore (où sont nos beaux sourires d’Asie ?), sans doute habituée aux mélanges de couleurs, mais lorsqu´on l’aborde dans les boutiques, l’amabilité est toujours de mise. Quelques indiens  »en tenue » (chapeau, tresse, poncho, …), manifestement cantonnés aux emplois subalternes, donnent pour l’instant la seule touche exotique à la ville. Le temps est plutôt agréable, avec un ciel bien dégagé le matin et plus chargé l’après-midi, des températures avoisinant 25 degrés dans la journée mais descendant rapidement le soir (petite laine obligatoire). La nourriture ne devrait guère poser de problème, puisque le plat national est le poulet-frites, mais nous ne manquerons pas de nous réorienter vers des spécialités locales … plus locales, si l’on peut dire. Notre seul vrai problème pour l’instant est la langue. Basile et Claudie qui ont étudié l’Espagnol comprennent bien l’écrit mais manquent de pratique à l’oral. Amandine et moi qui sommes débutants allons devoir faire des progrès rapidement car l’Anglais est très peu parlé.


    La Mitad del Mundo

    Nous partons en bus pour visiter ce site à 22 km au nord de Quito. L’animation ne manque pas à bord, avec des vendeurs de toutes sortes et des musiciens qui se succèdent.

    La Mitad del Mundo (le milieu du monde) est située à l’endroit exact où passe l’équateur, celui-ci étant matérialisé par une ligne jaune au sol. Nous ne résistons pas à la tentation de photographier nos enfants un pied dans chaque hémisphère. Nous visiterons aussi un musée consacré aux différentes étapes de la localisation précise de l’endroit par des savants français. A l’aide d’un sextant et de quelques instruments du même type, après 4 années de mesures, La Condamine au XVIIIème siècle ne s’était trompé que de quelques kilomètres. Si seulement il avait connu le GPS ! Le plus intéressant de tout a été l’observation directes des particularités physiques de cet endroit, liées à la situation géographique (cadran solaire à deux faces), à la plus faible gravité (des pèse-personnes prouvent qu’un adulte fait 2 kg de moins, un œuf tient en équilibre sur la tête d’un clou) et à la force de Coriolis (nous avons vu, de nos yeux vu, un lavabo se vider avec un tourbillon dans le sens horaire à à peine 1 mètre au sud de l’équateur, dans le sens contraire à 1 m au nord, et sans tourbillon lorsqu’il était pile sur la ligne, une démonstration éclatante).

    Nos 4 enfants un pied dans chaque hémisphère
    Nos 4 enfants un pied dans chaque hémisphère

    Fin du séjour à Quito

    Ce samedi 25 octobre, nous avons récupéré le décalage horaire et sommes en pleine forme, heureux d’être là et savourant chaque instant. Hier, nous avons fait la connaissance avec la culture amazonienne, initiation à la sarbacane et à l’élevage de lamas incluses. Demain, nous partirons pour visiter les îles Galápagos, et inutile de dire que les enfants piaffent d´impatience. Nous allons sillonner l’archipel pendant 5 jours à bord d’un petit bateau de 10 places et rêvons déjà de rencontrer tortues, lions de mer, iguanes, albatros et une multitude d’autres animaux. Lorsque nous avons demandé à l’agence si nous étions certains de voir des animaux, ils nous ont répondu avec cette phrase merveilleuse : “Là-bas, ce sont les animaux qui vous regardent”

    À bientôt


    Courriel du 5/11/2003

    Escapade aux Iles Galápagos

    Embarqués avec six autres passagers et quatre membres d’équipage sur le Cormorant, nous avons croisé pendant quatre jours entres les principales îles de l’Archipel, séparées par quelques heures de navigation. Chaque matin et chaque après-midi, nous débarquions avec un petit canot sur une plage différente pour partir quelques heures en exploration. Nous avons vite compris que les touristes ici étaient tout juste tolérés, ne pouvant accéder qu’à des zones restreintes (10% de l’archipel) et dûment accompagnés d’un guide officiel, tellement l’écosystème est fragile. La moindre bestiole agrippée par mégarde sous nos chaussures – nous passons sur un tapis désinfectant à l’arrivée à l’aéroport – ou la moindre graine apportée innocemment dans nos bagages – fouille au départ avec confiscation des cacahuètes et autres gâteries – pourraient créer une catastrophe écologique et décimer toute une espèce. Les précédents sont hélas nombreux. En contrepartie de ces tracasseries, nous avons pu observer de vraiment très près, mais sans l’autorisation de toucher (les enfants se sont sentis très frustrés) une faune et une flore exceptionnelle, souvent uniques au monde : le mot endémique revient souvent dans la bouche du guide. Ne serait-ce que d’une île à l’autre, les espèces diffèrent déjà des quelques détails qui ont permis à Darwin d’élaborer sa célèbre théorie, ou plutôt de prouver celle de son grand-père, comme nous avons pu le lire. Nous nous sommes donc régalés d’observer à loisir des centaines d’otaries paressant sur les plages ou jouant dans l’eau, les tortues géantes qui ont donné leur nom aux îles, des colonies de flamants rose bonbon, des crabes rouges d’un côté et bleus de l’autre, une multitude d’iguanes marins ou terrestres de belle taille, des oiseaux de toutes sortes dont les célèbres pinsons de Darwin, les adorables fous à pattes bleues, les fous masqués, les mouettes de lave avec leurs yeux joliment cerclés de rouge, les élégants oiseaux tropicaux avec leur longue queue blanche et leurs becs rouges, des albatros en pleine parade nuptiale, les frégates au jabot rouge vif et les pélicans sympathiques qui suivaient le bateau. Et j’allais oublier l’oiseau moqueur qui venait boire dans le creux de notre main ! Côté sous-marin, nous avons pu entrevoir une baleine au loin, quelques tortues vertes sortant la tête de l’eau entre deux vagues, des inquiétants bancs de raies noires ou pastenagues frôlant nos pieds. Enfin, pour ceux d’entre nous qui se sont adonnés au snorkeling (plongée avec masque et tuba), les hauts fonds arboraient quelques beaux coraux, étoiles de mer fluorescentes, une myriade de poissons multicolores, et quelques requins-marteau ayant suffisamment à manger pour ne pas avoir la mauvaise idée de s’attaquer aux nageurs.

    Bien entendu, les appareils photos n’ont pas chômé, et nous espérons bien vous ramener de belles images. Pour nous, elles sont déjà gravées définitivement dans notre tête…


    L’avenue des volcans

    “Quitte à quitter Quito, quittons Quito par le bus, quitte à s’acquitter d’un ticket. C’est équitable, non ? Et qui t’es toi pour tiquer ? “ (dictée du 1er novembre : vous voyez bien que l’on fait travailler les enfants…)

    Ni la capitale, ni les Iles Galápagos n’étant représentatifs de l’Équateur, nous avons hâte de découvrir enfin ce pays. Nous avons décidé de le parcourir du nord au sud, par la sierra centrale (hauts plateaux andins) car les zones côtières à l’ouest sont très embrumées à cette époque de l’année tout en étant dangereuses par endroits, tandis que la forêt amazonienne à l’est est peu pénétrable. Le paysage se révèle d’emblée superbe, avec des zones vallonnées au centre, où l’on cultive avec peu de moyens toutes sortes de céréales, fruits et légumes dans des champs bordés de haies de cactus, et des reliefs montagneux en périphérie faits de montagnes abruptes et de volcans dont les plus élevés sont enneigés (Chimborazo : 6310m, Cotopaxi : 5897m). Une trentaine de volcans sont actifs, tel le Tungurahua qui émet actuellement de grosses volutes de fumée juste au-dessus de nos têtes. Il est d’ailleurs en alerte rouge depuis 1999, détruisant cette année-là une partie de la ville. Mais les habitants ont l’air assez sereins, alors nous aussi… D’autres volcans ont fait leur temps, comme le Quilotoa, dont nous avons visité la superbe lagune vert émeraude.


    Les villes restent les villes, avec leurs cubes de béton (cf. Quito), mais la population dans le cœur du pays est plus authentique, le meilleur témoin étant sans doute le taux de portage de l’élégant petit chapeau équatorien : 75% ici contre 5% à Quito. L’habitat en campagne est différent, avec des maisons en briques au toit pentu, ou bien des maisons dont le toit et les murs sont d’un seul tenant et habillés de chaume. La peau violacée et pelée des joues des autochtones témoigne de la rudesse de la vie et du climat. Le port du chapeau atteint ici 95%, y compris chez les enfants. Dans l’ensemble, les gens communiquent assez facilement.


    La Toussaint et la fête des morts

    La fête des morts est très populaire pour cette population chrétienne fortement pratiquante. Les cimetières où les caveaux sont placés tout en hauteur sont richement décorés à cette occasion. Les gens laissent trace de leur passage en agrafant une carte de visite sur un ruban accroché à la plaque funéraire, et il y en a souvent plusieurs dizaines. À noter aussi que l’on vend glaces et boissons à l’intérieur même du cimetière ! Parmi celles-ci, nous avons pu goûter à une préparation qui ne se consomme qu’à cette période de l’année : la colada morada, une délicieuse boisson chaude à base de fruits rouges (fraises, mures, myrtilles…) et de farine de maïs, accompagnée d’un petit pain au lait en forme de bonhomme.


    Baños

    C’est une agréable ville thermale qui nous amène une pensée émue pour nos collègues restés au travail. Nous nous baignons chaque matin dans une belle eau aussi chaude que jaune, “bouillante” d’après Achille pour le bassin à 54 degrés. Nous flânons dans les rues couvertes chaque jour d’un nouveau voile de cendres. Nous visitons la cathédrale et son prieuré construits en pierres volcaniques. Nous observons les pâtissiers étirer devant leur boutique des bandes de melcocha, une mélasse de canne à sucre transformée ensuite en bonbons colorés. La ville est entourée de montagnes abruptes, reliées l’une à l’autre par des tarabitas, nacelles suspendues à un filin tracté par un moteur de camion, que nous avons bien sur essayées : sensations fortes garanties. Nous allons essayer ce soir d’aller voir le volcan Tungurahua en activité, mais cela dépend du temps, assez couvert aujourd´hui. Nous vous en dirons plus la prochaine fois…

    À bientôt !


    Courriel du 11/11/2003

    Le volcan Tungurahua, suite et fin

    Nous nous présentons vers 20h30 à l’agence qui organise le tour, un peu inquiets car le ciel commence à se couvrir et qu’il s’agit de notre dernière chance puisque nous quittons la ville demain. Heureusement, on nous dit que c’est bon et nous partons derechef en 4×4 à l’assaut de la montagne située juste en face du volcan. L’ascension de celui-ci est interdite, et nous comprendrons peu après pourquoi. La montée se fait d’abord dans la brume, puis nous émergeons des nuages pour découvrir la masse sombre du volcan (plus de 5400m d’altitude) surmontée d’une colonne de fumée encore plus sombre.

    « Fuego ! Fuego ! » dit brutalement le chauffeur pointant le doigt vers la fumée tout en se rapprochant dangereusement du ravin. Mais nous avons beau scruter dans la direction indiquée, nous ne voyons rien.

    « Fuego ! Fuego ! » dit-il encore une minute plus tard. En y mettant de la bonne volonté, nous trouvons effectivement que la base de la fumée présente vaguement quelques reflets rosâtres. Au bout de dix minutes de ce petit jeu, Claudie remonte déçue dans la voiture avec Mélusine et Achille qui ont froid, tandis que je me refuse encore à croire à l’arnaque. Le chauffeur vient alors nous soutenir le moral en nous offrant une petite tisane bien chaude allongée d’un peu de rhum et en nous racontant l’éruption de 1999 où la ville se réveillait chaque matin avec une couche de 25cm de cendres. Soudain, et je jure que le rhum n’y était pour rien, nous apercevons une gerbe rouge vif au-dessus du cratère, puis plusieurs autres, et nous suivons les yeux écarquillés la lave qui s’écoule rapidement sur les flancs du volcan, jusqu’à en couvrir un bon quart. Un grondement suit de peu, sourd et prolongé, impressionnant. Nous verrons ainsi plusieurs émissions pyroclastiques et écouterons le tonnerre qui les accompagne. Le guide nous explique que la lave recouvrirait tout en moins d’un quart d’heure si la colère du volcan s’accentuait… Du coup, au moment de redescendre en ville, plus personne n’est rassuré ! Mais, puisque vous lisez ces lignes, c’est que nous en avons réchappé…

    NB : Ni les photos du volcan ni les schémas des coulées historiques ci-dessus ne sont de nous : En 2003, nous ne voyagions qu’avec un petit appareil photo argentique compact incapable de réaliser de tels clichés. Mais les photos sont assez proches de ce que nous avons observé.


    Le petit train de Riobamba au « Nez du Diable »

    Son originalité tient principalement à la possibilité de voyager sur le toit, ce qui est d’autant plus intéressant que les paysages traversés sont fabuleux, avec des pampas arides comme des vallées fertiles encadrées par des montagnes gigantesques à 4 ou 5000 m d’altitude, et que le train circule sans parapet au bord de précipices vertigineux. Comme on dit, il n’y a qu’à bien se tenir ! Le trajet se termine sur une descente impressionnante (plus de 2000m perdus en quelques kilomètres seulement) en zigzag sur les flancs d’un gros rocher en forme de nez. L’appellation vient des pertes humaines importantes enregistrées lors de la phase de construction. L’arrivée se fait en plein centre-ville, les rails occupant le milieu d’une rue et les bâtiments de la gare s’insérant simplement entre deux maisons.


    Scènes de rue à Cuenca

    Troisième ville de l’Équateur, Cuenca est probablement la plus belle. Elle est d’ailleurs classée au Patrimoine mondial de l’Humanité par l’UNESCO. Peut-être plus épargnée que les autres cités par les tremblements de terre, elle a gardé un caractère colonial très marqué, avec des façades ouvragées aux balcons somptueux en fer forgé, des avant-toits peints et souvent sculptés, le tout avec de beaux mélanges pastel qui donnent un ensemble assez harmonieux.

    Le rythme de vie y semble un peu plus lent qu’ailleurs, et nous avons eu l’occasion de bien l’observer. D’abord, le symbole de l’Amérique du Sud, l’homme au sombrero qui somnole sur le pas de sa porte : il est bien là, à chaque coin de rue. D’autres autochtones dorment par terre ou mendient, ce qui dérange nos enfants. Les vendeurs de tout et n’importe quoi abondent sur les trottoirs, dans les bus, dans les jardins publics, et même dans les allées étroites et déjà encombrées des marchés, ce qui n’arrange rien. Ils ne sont néanmoins jamais envahissants, et puis il y a des côtés pratiques. Ainsi, si l’on a subitement l’envie de connaître son poids, il se trouve toujours quelqu’un avec un pèse-personne à deux pas de chez soi. Un problème malgré tout, c’est que beaucoup de ces vendeurs sont des enfants. Le taux de scolarisation est très bas en Équateur (30% je crois). C’est désolant, mais nous n’y pouvons pas grand-chose.

    La ville de Cuenca est tellement agréable que nous explorerons ses rues à maintes reprises, juste pour le plaisir de flâner. Elle est aussi un haut lieu culturel de l’Équateur qui a engendré beaucoup d’artistes et qui comporte pas mal de visites dignes d’intérêt. Une mention particulière pour le musée de squelettologie qui, outre des informations utiles pour comprendre comment s’adapte le squelette en fonction de l’environnement et du mode de vie des espèces, donne moult détails sur les circonstances de décès de certains des « animaux » exposés, comme l’éléphanteau mort au cours d’une représentation d’un cirque de passage dans la ville, ou l’oiseau ayant succombé à une crise cardiaque… Nous visiterons aussi une fabrique de « Panamas », dont chacun de vous sait que ces chapeaux sont originaires …d’Équateur, non ?


    Et ça mange quoi un équatorien ?

    Pas de difficulté pour se nourrir ici, on trouve à manger de tout, à toute heure et à tous les prix, un peu comme en Asie. Par contre, si la variété est abondante, la qualité de la cuisine laisse souvent à désirer, à moins peut-être de se cantonner aux grands restaurants, ce que notre budget ne permet pas. Le riz, le maïs, les haricots rouges, les pommes de terre et le poulet constituent la base de l’alimentation. On trouve un peu partout des « menus du jour », peu différents du matin au soir, comportant une soupe, un plat de résistance et une boisson pour la modique somme d’un euro, avec des quantités gargantuesques qui permettent de nourrir au moins deux personnes (européennes, pas américaines, c’est dingue ce qu’ils peuvent engloutir). Alors, inutile de dire que l’on ne se ruine pas pour manger. Par contre, on n’a rien sans rien, il faut à ce prix là supporter la télé braillarde qui semble quasi incontournable…

    A côté de ces plats de base, nous goûtons le plus souvent possible à des spécialités plus typiques, un peu moins grossièrement cuisinées, mais toujours avec les mêmes ingrédients essentiels. Nous avons découvert de nouveaux fruits exotiques dont nous ignorons encore le nom. Nous avons testé l’Inka-Cola, qui supplante presque au Pérou la boisson américaine à l’acide phosphorique, mais qui n’a rien à voir : couleur jaune fluo et goût prononcé de médicament. Nous avons osé la « chicha », boisson à base de yucca salivé par de vieilles indiennes pour en déclencher la fermentation. Enfin, nous avons préféré éviter, pour des raisons sentimentales, le cochon d’Inde rôti, fort apprécié ici le dimanche…


    Dernier trajet en Équateur

    Nous avons rejoint en bus la ville de Loja, sa jolie porte en forme de château et son parc d’attraction. Ici, les mini-monuments du monde et le petit zoo avec ses nandus (sortes d’autruches) ont fait le bonheur des enfants. Nous franchirons demain la frontière péruvienne. Très bientôt, nous ne pourrons plus employer l’expression « Ce n’est pas le Pérou ! »

    À bientôt au Pérou !

  • 174. La côte péruvienne

    174. La côte péruvienne

    Nous allons maintenant remonter la côte du Pérou jusqu’à la frontière équatorienne. Coincée entre l’Océan Pacifique et la Cordillère des Andes, c’est une longue bande de désert qui s’étend sur plus de 3000 km. Ponctuée ça et là de sortes d’oasis lorsque les rivières qui descendent des montagnes permettent l’irrigation. Mais partout ailleurs, c’est un paysage aride et purement minéral. La richesse de l’océan, renforcée par le courant froid de Humboldt, a favorisé il y a des millénaires le développement de nombreuses civilisations dont on retrouve pas mal de traces, et aujourd’hui la prospérité de la pêche (le Pérou est le second producteur mondial de poissons après la Chine) ainsi que l’hébergement de la majorité de la population du pays.

    Parcours Pérou 3 - La côte péruvienne
    Parcours correspondant à cet article, en version zoomable ici

    En premières lignes

    Les lignes de Palpa sont moins connues que celles de Nazca, et pourtant elles leur sont antérieures, tracées par le peuple Paracas précurseur des Nazcas. Plus souvent à flanc de colline, elles sont volontiers visibles depuis des petits sommets avoisinants. Nous avons pu en observer quelques-unes sans nous éloigner beaucoup de la route, notamment lors d’une pause déjeuner dans le désert où nous avons eu l’opportunité de garer Roberto sous l’unique pergola à des dizaines de kilomètres à la ronde.


    S’endormir au champ des baleines

    Nous nous garons pour la nuit près du centre-ville d’Ocucaje, le long d’un mur couvert de fresques de baleines et autres animaux marins. Y aurait-il une sorte de Marineland de l’autre côté du mur ? Sur ma carte, il s’agit plutôt d’une entreprise viticole fabriquant du Pisco. Pas étonnant puisque nous sommes dans la région d’Ica, là où est produit le fameux alcool national péruvien. La ville de Pisco n’en est que le port exportateur. Pour les baleines il faut une autre explication, que je vais trouver sur le site internet d’Ocucaje. On a retrouvé ici, dans un vaste bassin sédimentaire, de nombreux squelettes et fossiles de baleines et autres animaux marins datant pour certains de 36 millions d’années. C’est assez 😉 pour faire venir de nouveaux touristes qui en profiteront au passage pour déguster un Pisco sour.


    Les sorcières de Cachiche

    Cachiche est un ancien village dans la banlieue non pas de Marcheille mais de la ville d’Ica. C’était autrefois une forêt, dans laquelle se sont réfugiées quelques sorcières chassées par les conquistadors à l’époque coloniale. Nous nous rendons d’abord près d’un étrange palmier, dont six têtes rampantes ondulent près du sol comme les tentacules d’un poulpe. Une septième tête voudrait bien se rajouter aux précédentes, mais elle est régulièrement coupée par les habitants. Car selon la prophétie d’une des sorcières évincées, si la tête pousse, la ville d’Ica est détruite. D’ailleurs, en 1998, après un moment de négligence où la tête avait commencé à repousser, une aussi grave qu’exceptionnelle inondation a touché la ville. Depuis, le palmier est surveillé par les habitants d’Ica comme le lait sur le feu. Ou comme la potion magique dans le chaudron, terme plus approprié. Nous nous rendons ensuite au Parc des Sorcières de Cachiche, un lieu dédié aux sorcières du village, dont beaucoup sont en exercice et que l’on peut consulter. D’après les mentions au-dessous des statues, leurs pouvoirs sont surtout bénéfiques : santé, prospérité, nature, sagesse, amour, etc. La statue la plus vénérée est celle de Julia Hernandez Pecho, la vieille sorcière de 106 ans qui avait émis la prophétie. Étonnamment, elle apparait sous les traits d’une très jeune femme. Une preuve de ses pouvoirs ? A moins que son second nom ne soit synonyme d’espoir ?


    La fausse patate multicolore

    L’ulluco est une plante particulière à l’Amérique du Sud. Elle produit des tubercules qui ressemblent à de petites pommes de terre, avec la différence qu’elles sont multicolores pour une même récolte … et qu’il ne s’agit pas de l’une des 10 000 variétés connues de pommes de terre. Au contraire, l’ulluco est unique. Avec un goût proche par contre de celui des tubercules ramenés par Parmentier, l’utilisation est similaire : soupes, purées, cuisson à la vapeur et même chips ou frites. Bon appétit M’sieurs Dames !


    Le lac rose

    Nous sortons de la route Panaméricaine pour explorer le parc national de Paracas, occupant une péninsule et quelques îles. Ces dernières sont d’ailleurs surnommées les « Galápagos du Pérou », mais à l’inverse de ces dernières, on ne peut y débarquer. Comme nous n’avions pas envie de revoir des animaux marins mais de loin et d’un bateau plein de touristes, nous nous sommes contentés de la partie terrestre qui déjà vaut largement la visite. Une petite exception pour la route, toute en « tôle ondulée », éprouvante pour nous comme pour l’habitacle de Roberto. Le reste, c’est du désert, avec de belles dunes dans des mélanges de rose et de jaune, mais comportant un certain nombre de plans d’eau. Dont de belles lagunes d’un bleu profond tranchant sur le désert, ou encore rose bonbon, comme celle du célèbre Lac Rose sénégalais. La couleur est, c’est connu, liée à une microalgue, et permet de jolies photos. Le vent n’a pas permis de faire voler le drone, dommage. Pas sûr que ce soit autorisé d’ailleurs à cause de la réserve naturelle.


    La plage rouge

    Vous avez vu, nous restons dans les couleurs et dans l’exceptionnel. Cette « Playa Roja » ne payait pourtant pas de mine vue du premier observatoire que nous avons atteint. Mais c’était à cause du soleil de face. Lorsque nous sommes descendus au bord, du bon côté du soleil cette fois, la couleur rouge du sable est apparue dans toute sa splendeur. Jamais nous n’avions vu ça auparavant. Cette fois, la couleur n’est pas due à une algue mais tout simplement à celle du sable formé par les rochers bordant la plage. Nous avons eu l’occasion d’y observer quelques oiseaux, dont des urubus à tête rouge, emblématiques de la région et finalement parfaitement assortis à la plage.


    Pisco, juste un port


    Lima, juste une ville

    Nous n’avons fait que traverser Lima. Notre décision de ne pas nous y arrêter a reposé sur plusieurs arguments. D’abord nous avons déjà visité cette ville avec nos enfants il y a plus de 20 ans et elle ne nous avait pas laissé un souvenir impérissable. Ensuite parce que circuler avec Roberto dans la 4ème ville la plus embouteillée du monde ne nous tentait guère, sans parler d’y séjourner dans une chaleur étouffante. Rien que de traverser la ville en restant sur les différentes branches de la route Panaméricaine nous a confirmé dans notre choix. La conduite péruvienne est de l’ordre du chacun pour soi, aucune règle ne semble applicable et la police est totalement absente, si ce n’est pour des verbalisations abusives pour tout et n’importe quoi dans certains lieux heureusement identifiés sur notre application et que nous avons pu contourner. La notion de voie de circulation semble inconnue, le dépassement peut se faire aussi bien à gauche qu’à droite et parfois même sur le trottoir si besoin. Les poids-lourds n’hésitent pas à forcer le passage en vous collant à 2 ou 3 cm. Et je ne parle pas des klaxons permanents, des 2 et 3 roues qui se faufilent de façon encore plus périlleuse au milieu de tout ça et des trous dans la chaussée. Il faut être à la fois concentré et zen pour ne pas se laisser submerger par ce rodéo urbain. Et ça ne serait pas plus facile avec une voiture. Bref, vous aurez compris que ne n’ai pas eu vraiment le temps de prendre des photos, et Claudie était sans doute trop stressée pour ça aussi !


    Le palais du désert

    J’en ai déjà parlé, la bande littorale péruvienne n’est qu’un long désert. Au nord de la capitale, ça reste la règle et nous parcourons des centaines de kilomètres dans des environnements purement minéraux bordés de plages sauvages et immenses mais inaccessibles, aucun chemin n’y menant. C’est côté montagne que nous allons faire notre pause pour la nuit, au pied d’une construction qu’on dirait faite spécialement pour un décor de cinéma. Ce pourrait être le palais d’un seigneur pré-inca ou encore un hôtel abandonné. En réalité, c’est une sorte d’usine de triage de gravier et de sable, qui a effectivement été abandonnée et dont les intérieurs ont été comblés. Mais l’ambiance était surréaliste et l’isolement parfait.


    Le premier centre d’études anatomiques au monde

    Nous avons la chance apparemment de visiter près de Casma le plus ancien site urbain connu des Amériques déjà présent plus de 2000 ans avant notre ère. Faute de moyens, seule une toute petite partie a été dégagée, le Cerro Sechin (du nom du peuple de l’époque), révélant déjà des gravures peu communes le long du mur d’enceinte. Ce sont surtout des humains qui sont représentés, les uns en situation de guerriers avec haches, épées, etc. et les autres au titre de victimes très malmenées : membres arrachés, sang giclant des crânes, abdomens éventrés, yeux enfilés sur des brochettes et j’en passe. À y regarder de plus près, si j’ose dire, les experts estiment que ces probables victimes de guerre ont servi à des études anatomiques approfondies. On retrouve gravés dans la pierre des schémas de poumons, reins et autres colonnes vertébrales clairement identifiables. Si la cause peut être noble, j’espère au moins que les victimes étaient mortes au moment des études de cas…


    De beau à Moche

    À l’approche de la ville de Moche – pas de chance pour eux leurs ancêtres du 1er millénaire de notre ère s’appelaient comme ça – nous côtoyons (paradoxalement ?)  des kilomètres de haies en bougainvilliers. Quel luxe! La ville revendique haut et fort son appartenance à cette civilisation évoluée, en exposant le long d’une avenue tout son panthéon de divinités, totalement Moches donc. De l’énigmatique être mi-homme mi-crabe à l’imposant poisson humanoïde à l’air maléfique, en passant par le « décapiteur » responsable des sacrifices humains. Nous trouverons un peu plus loin un autre témoignage de cette civilisation : les poteries érotiques, dans une allée bordée de reproductions géantes devant lesquelles les familles décomplexées photographient volontiers leurs enfants. C’était Vendredi Saint en plus…


    Trujillo en technicolor

    Moche est une petite ville de la banlieue de Trujillo, capitale régionale et 3ème ville du Pérou de par le nombre d’habitants (820 000, environ la population des métropoles de Nice ou Toulouse). Comme beaucoup de villes péruviennes, l’architecture en périphérie est plus que quelconque. Mais le centre-ville se distingue par une profusion de couleurs dans les bâtiments coloniaux situés autour et à proximité de la Plaza Mayor. Quand on y rajoute les balcons en bois sculpté, les façades en adobe, les fenêtres artistiquement grillagées et les toits de tuiles rouges, cela fait un ensemble plutôt agréable à regarder. En ce week-end pascal, les églises étaient plutôt animées, et notamment le parvis de la cathédrale avec des reconstitutions de scènes de la vie de Jésus.


    Un jour aux courses

    C’est le moment de mon petit inventaire épisodique des rayons des supermarchés. Axé principalement sur les boissons. J’y ai déjà retrouvé le lait Gloria de mon enfance, je ne sais pas si c’est encore vendu en France. Gloria fait aussi dans la colada morada, cette boisson sucrée à base de maïs violet typiquement péruvienne. Pas besoin de chercher longtemps dans les rayons pour trouver de la Cusqueño, cette bière très populaire originaire comme son nom l’indique de Cuzco. Et puis l’inévitable Inca-Kola, disponible ici en pack de 2 fois 3 litres, témoignant de la forte consommation locale. Coca-Cola est jaloux de cette boisson qui lui vole la vedette, et c’est peut-être l’entreprise américaine qui pousse à la commercialisation de packs mixtes : 3 litres d’Inca-Kola + 3 litres de Coca-Cola. Avec une possibilité pour que la boisson locale ne perde pas la face : des packs de 6 litres d’Inca-Kola pour 3 litres de Coca-Cola. Cela dit, c’est plus la santé que la face qui est à perdre pour les péruviens, avec pas loin d’un kilogramme de sucre dans ce pack de 9 litres ! On termine sur une particularité bien sud-américaine avec ce rayon intitulé carnes y aves, soit viandes et volaille. Là-bas, attention, la volaille ça n’est pas de la viande !


    Chan Chan

    Nous faisons connaissance, toujours dans la banlieue de Trujillo, avec un nouveau peuple précolombien, les Chimú, qui ont vécu ici du IXe au XVe siècle de notre ère jusqu’à être absorbés par les Incas (dans le sens figuré, ce n’était pas des anthropophages !). Avant de disparaitre, ils ont largement eu le temps de bâtir un ensemble de 9 citadelles toutes en argile et paille. Ce n’est rien moins que la plus grande ville en adobe au monde, et elle a remarquablement survécu au temps. Seule l’un des citadelles est en cours de restauration. On peut y apprécier des murs décorés de motifs représentant la mer, les poissons et les oiseaux, les Chimú rendant hommage ainsi à leur dépendance à l’océan Pacifique et à leurs croyances animistes. Et puis de grandes salles de réunions administratives (tribunaux, etc.) ou publiques et un système avancé de gestion de l’eau, essentiel dans cette région pour transformer le désert en terres fertiles. Encore un site étonnant où beaucoup reste à découvrir.


    David et Goliath

    2 véhicules que tout oppose mais volontiers choisis pour la vie nomade. Faut-il privilégier l’aspect passe-partout ou le confort ? Et vous, seriez-vous plutôt David ou Goliath ?


    Retour sur la culture Moche

    Dans un musée qui leur est consacré, nous en apprenons un peu plus sur la culture Moche (ou Mochica, c’est plus joli) qui a prospéré sur la côte nord du Pérou entre 100 et 700 ap. J.-C. Cette société avancée était dirigée par une élite guerrière et religieuse, avec des prêtres, des artisans et des paysans. Leurs villes en adobe étaient entourées par des pyramides qui n’étaient accessibles qu’aux élites. La guerre préoccupait leur quotidien, tout comme le climat. Finalement nous ne faisons pas mieux, sauf qu’à l’époque pour faire pleuvoir, on sacrifiait des humains aux dieux des montagnes. Tout ceci se retrouve parfaitement illustré sur leurs poteries, un art dans lequel ils excellaient. Et à moindre degré dans des objets en métal dont ils maîtrisaient aussi la technique.

    Deux de ces pyramides sont d’importance archéologique majeure dans la région : celle du soleil (Huaca del Sol) et celle de la lune (Huaca de la Luna). Si la première est au stade zéro des explorations (elle était consacrée au pouvoir politique – on craint peut-être d’y découvrir des horreurs), la seconde a été en grande partie dégagée. Cette pyramide haute d’environ 21 mètres, entièrement construite en briques d’adobe, a, autour d’une cour intérieure, une apparence de gradins. Elle est composée en fait de plusieurs plates-formes superposées, chacune correspondant à une phase de construction différente. A chaque niveau, les murs sont décorés de fresques polychromes toutes originales et remarquablement conservées, représentant des divinités, des scènes mythologiques et des motifs géométriques. Une visite extraordinaire en immersion dans une civilisation disparue. Obligatoirement guidée mais par des gens compétents et utiles à la compréhension du site.


    Mur Murs documenteurs

    C’est par ce clin d’œil aux documentaires jumeaux d’Agnès Varda que j’aborde cette immense fresque historique proposée à ses habitants et peut-être aussi aux touristes par la ville de Chiclayo. Sur 390 m le long d’une avenue est illustrée l’histoire des civilisations précolombiennes Moche et Lambayeque. Conçues par des archéologues et des artistes locaux, ces fresques sont un véritable livre à ciel ouvert, un plus culturel indéniable pour la ville.

    Elles prolongent en fait une série de statues relatives à ces 2 civilisations et à leur divinités monstrueuses, que nous avons revues avec plaisir après notre première rencontre dans la ville de Moche.


    Toutous nus

    Depuis que nous sommes dans cette région du nord du Pérou, nous rencontrons d’étranges chiens totalement démunis de poils ou presque (parfois ils ont un petit toupet sur la tête ou le dos) comme s’ils sortaient tondus de chez un véto ayant suspecté une teigne généralisée. Ça leur donne un air à la fois maladif et attendrissant, d’autant que ce sont des animaux plutôt gentils avec les humains. Les civilisations pré-incas ne s’y sont pas trompées et ont élevé ce chien tout nu au rang d’animal sacré. Il existait donc déjà il y a 2 ou 3000 ans et figure sur des poteries de l’époque, aux côtés de prêtres notamment. On prêtait autrefois à ces animaux des vertus curatives liées à la chaleur que leur corps procurait en peau à peau avec les humains. De vraies bouillottes vivantes !


    Scanner à toute heure


    Vamos a la playa

    Le littoral péruvien, avec ses 3000 km, comporte de très nombreuses plages, dont la plupart sont aussi sauvages qu’inaccessibles, notamment dans le Sud. De toutes façons, les vagues fortes et la température basse de l’eau n’attire guère les baigneurs. Près des grandes villes du milieu du pays, c’est la pollution et l’insécurité qui posent problème, notamment autour de la capitale Lima. Finalement, les plages qui commencent à avoir un peu d’intérêt pour les touristes sont celles du nord, à proximité de la frontière équatorienne, où les courants tropicaux affrontent le courant froid de Humboldt venu de l’Antarctique, rendant l’eau tempérée en été (décembre à avril). C’est là que nous avons daigné faire trempette, du côté de la ville de Mancora. Une station balnéaire qui n’a rien à voir avec nos standards européens : rue principale défoncée et poussiéreuse, rues secondaires en terre et insécures. Comment imaginer que si la ville ne dispose pas des moyens pour entretenir sa voirie elle puisse mettre en place un réseau d’assainissement correct ? Nous nous sommes éloignés le plus possible du centre et des quelques affluents douteux, en nous installant dans la cour d’un petit hôtel pour pouvoir garder nos fenêtres ouvertes la nuit (29°C au plus bas, 37°C dans la journée !).

    L’ambiance générale était plutôt agréable, j’ai eu le temps d’observer quelques fleurs intéressantes, mais la chaleur nous a donné très envie de retourner dans les montagnes. C’est le bon moment pour quitter le Pérou et gagner l’Équateur ! A bientôt là-bas !