Étiquette : randonnée

  • 159. Sans tête mais avec mains et jambes

    159. Sans tête mais avec mains et jambes

    Ce parcours commence par une petite mésaventure liée aux vents violents de la pampa argentine, qui ne nous empêchera heureusement pas de poursuivre notre voyage. Nous découvrirons des mains de 15 000 ans, la silhouette d’une montagne qui a inspiré un logo célèbre, un glacier qui avance alors que tous les autres reculent, un navire civil servant de cible aux avions de chasse et un lac mal nommé.

    Sans tête mais avec mains et jambes
    Le parcours décrit dans cet article, en version zoomable ici

    À ciel ouvert

    Panneau cocotier soufflé par le vent
    Les cocotiers sont plutôt rares dans le coin mais semblent un bon exemple pour démontrer la force du vent !

    Le vent est un problème en Patagonie. Ça souffle plus que de raison, presque en permanence, et Roberto est souvent bousculé par les rafales. Aux arrêts, nous devons nous garer précautionneusement face au vent pour en subir le moins d’influence, ou alors à couvert, notamment pour la nuit. Aujourd’hui, nous sommes en vigilance jaune pour vent fort, avec des pointes annoncées à 65 km/h. Après une longue série de lignes droites en plein désert, nous décidons de nous arrêter sur un petit décrochement de la route pour la pause déjeûner. Le vent souffle mais raisonnablement. Des nuages gris sombre approchent néanmoins de nous. Pour avoir un peu d’Internet dans cette zone plus blanche que blanche, je sors l’antenne Starlink sur le toit, par le lanterneau, et referme celui-ci au plus petit cran, pour ne pas avoir de prise au vent. L’antenne elle-même semble assez lourde pour ne pas pouvoir s’envoler. Mais lorsque le nuage est au-dessus de nous, le vent forcit brusquement, s’engouffre par la fine ouverture du lanterneau et libère le cran qui le maintenait en position basse. Nous n’avons rien vu venir. Un grand crac et … plus de lanterneau ! Claudie part à sa recherche et le retrouve 30 mètres plus loin. La paroi interne est partiellement cassée, la charnière aussi, mais l’extérieur semble intact. Ce qui nous permet de nous abriter temporairement de la pluie qui commence à tomber, un malheur ne venant jamais seul. Mais il faut maintenir le lanterneau à la main, ce qui n’est pas une solution pour rouler. Une fois l’averse passée, je prends plus d’une heure pour refaire une fixation temporaire en perçant des petits trous dans la paroi intérieure afin d’y passer une ficelle et solidariser le tout avec le socle du lanterneau. Avec un peu de chance, ça tiendra trois mois, le temps de revenir de notre prochain séjour en France avec la pièce de rechange, introuvable ici. La réparation n’aurait pas été possible, nous aurions du faire fabriquer une couverture provisoire par un artisan local, comme c’est arrivé à d’autres voyageurs que nous avons croisés. D’ici là, le lanterneau est condamné. S’il nous donne encore de la lumière et peut s’occulter la nuit, il ne peut plus s’ouvrir. On fera avec. Ou plutôt sans. Et puis nous avons trouvé une solution pour notre antenne Starlink : à condition de se garer face au Nord, elle fournit un signal tout à fait correct en la plaçant derrière le pare-brise.

    Les dégâts, après remise en place et fixation sommaire : pourvu que ça tienne !

    Haut les mains

    C’est dans les années 1960 qu’ont été découvertes sous des surplombs rocheux granitiques des centaines d’empreintes de mains réalisées il y a 15 000 à 11 500 ans par des tribus nomades de cette région isolée d’Argentine. La technique utilisée aux Cuevas de los Manos, projetant à la bouche ou avec une paille un mélange de pigments minéraux et d’eau sur une main posée sur la paroi, alliée au climat très sec de la région et à son isolement, ont permis une conservation exceptionnelle des œuvres malgré ces millénaires d’exposition au soleil. On retrouve également des scènes de chasse au guanaco, une sorte de lama sauvage, la proie favorite de ces tribus. Enfin quelques rares humains ou animaux stylisés complètent le tableau. Le site en lui-même est d’une grande beauté, avec d’impressionnantes parois rocheuses encadrant une véritable coulée verte au fond d’un canyon où coule la « Rivière Peinte ». Pour ceux qui voudraient faire un parallèle avec nos grottes Chauvet ou de Lascaux, l’art rupestre de ces dernières est encore plus ancien (-15 à -30 000 ans), mais comporte davantage de figures animales qu’humaines. En plus – j’avoue en pas y être allé – je suis à peu près certain qu’il n’y figure aucun guanaco.


    Le logo Patagonia en vrai

    La silhouette caractéristique du Mont Fitz Roy et le logo qui s’en est inspiré

    Nous voici arrivés à El Chaltén, la capitale argentine de la randonnée. Cette petite ville isolée au fond d’une vallée de 90 km de profondeur a tout d’abord été créée pour « occuper le terrain » en raison de la proximité avec la frontière chilienne. Mais, située aux pied d’une splendide chaîne de montagnes dont l’emblématique Mont Fitz Roy, elle a rapidement connu un succès touristique, au point d’accueillir chaque année 40 000 visiteurs alors qu’elle ne compte que 2 500 habitants. Et ce succès a été renforcé par la création par l’alpiniste français Yvon Chouinard de la marque Patagonia dont le logo représente le Fitz Roy. Ne croyez surtout pas d’ailleurs que la firme soit argentine ou chilienne. Elle est tout aussi américaine que Neutrogéna, dont les produits ont pourtant longtemps affiché une formule et un drapeau norvégiens. Sinon une fois là-bas nous avons fait comme tout le monde : de la randonnée. 4 heures de marche jusqu’au Lac Capri, dont le nom avait attiré Claudie mais qui ne s’est pas révélé à la hauteur. Partis sous un grand soleil, nous y sommes arrivés sous des rafales de pluie. Avant de retrouver le soleil à la descente. Il parait que c’est comme ça à El Chalten : on peut avoir les 4 saisons dans une même journée !

    Anecdote : Robert Fitz Roy était le capitaine du HMS Beagle lors du célèbre voyage scientifique qui a emmené Charles Darwin autour du monde entre 1831 et 1836. Il était lui-même un scientifique et a participé à cartographier la Patagonie. Pour autant, il n’a jamais vu la montagne qui a été baptisée en son honneur, 12 ans après sa mort, par l’explorateur argentin Francisco (Perito) Moreno. Ce dernier, bien qu’également cartographe renommé de la Patagonie, n’aurait jamais vu le glacier qui a été baptisé en son honneur et de son vivant… Ce qui nous amène au sujet suivant


    Le glacier qui continuait de grandir

    S’il n’y avait qu’un glacier à voir dans toute sa vie, ce serait le Perito Moreno, affirme le panneau d’informations au Glaciarium, le musée dédié aux glaciers à El Calafate, base logistique de la visite. C’est vrai que nous l’avions sur notre to do list (je préfère cette expression à l’inquiétante « à voir avant de mourir »…). Il a d’abord cette caractéristique exceptionnelle de continuer à grandir, alors que la grande majorité des glaciers de la planète reculent. Il peut avancer jusqu’à 2 mètres par jour lorsqu’il est en pleine forme. Cette avancée finit le plus souvent par l’effondrement spectaculaire de séracs dans la mer, mais parfois le glacier avance jusqu’à toucher la péninsule en face, formant alors un barrage naturel pour les rivières qui l’entourent, avec la montée des eaux qui va avec. Les dimensions nous laissent rêveurs, nous les ex-voisins de la Mer de Glace : 30 km de long, 5 km de large, 60 mètres au-dessus du niveau de l’eau et … encore une centaine de mètres au-dessous ! Nous avons été étonnés par ailleurs par la facilité d’accès : une route bien entretenue mène, en longeant une rivière qui charrie de gros blocs de glace bleutés, à un réseau de passerelles qui permettent d’approcher davantage le glacier que les bateaux qui circulent à distance raisonnable, craignant l’éventuel tsunami déclenché par une chute de sérac. Et de bien entendre les craquements et les chutes de glace qui ponctuent régulièrement le silence du lieu, du moins quand les touristes se comportent respectueusement comme cela a été le cas pendant notre visite.


    Le Glaciobar

    Au sous-sol de l’intéressant musée de la glace dont on vient de parler se niche un endroit très spécial : le Glaciobar. Dans une véritable chambre froide où l’on accède munis d’une cape à capuche fourrée et de gants, où l’on ne reste pas plus de 20 minutes parce qu’il y fait -18°C se trouve un véritable bar dont l’ensemble du mobilier est en glace véritable, avec un igloo, une sculpture de rapace et tout ce qu’il faut pour servir des cocktails dans des verres … en glace aussi. Pas besoin de glaçons, donc. Certes, le concept n’est pas unique, mais ici, c’est le seul bar de ce type au monde ou la glace provient d’un glacier. Facile, il n’y a pas besoin d’aller chercher très loin !


    Ne m’appelez plus jamais Marjory Glenn

    Ce navire écossais construit en 1892 était très moderne pour l’époque et pourrait l’être encore aujourd’hui : avec une solide structure en métal, il ne disposait d’aucun moteur et se déplaçait à la voile. Une merveille sur le plan écologique. Paradoxalement, c’est une cargaison de charbon qu’il transportait en 1911 de Newcastle à Rio Gallegos en Argentine. Et c’est cela qui l’a perdu. Le charbon a pris feu, l’incendie n’a pu être maîtrisé et l’équipage a du faire échouer le bateau pas loin du port d’arrivée avant d’être secouru. Rouillant tranquillement sur la plage, le Marjory Glenn a connu un second choc inattendu en 1982 au moment de la guerre des Malouines : il a servi de cible d’entraînement aux avions de chasse de l’armée argentine avant d’aller se confronter aux Anglais. Ses flancs portent encore aujourd’hui les impacts de ces tirs effectués en rase-motte (les avions volaient à 5 mètres au-dessus du niveau de la mer pour échapper aux radars). Une drôle de vie pour ce bateau, ce qui ne nous aura pas empêché de dormir à ses côtés.


    Argentine insolite

    Je vous livre trois petites vidéos sur des situations insolites rencontrées sur notre parcours. Bon visionnage !


    Le lac de couleur

    Tout près de la frontière chilienne, une petite route mène à un massif volcanique qui héberge dans son cratère un lac renommé pour sa couleur bleue, à tel point qu’il a été baptisé Lago Azul (lac bleu, donc). Nous nous garons au centre des visiteurs en cours de construction, ce qu’il faut traduire par « bientôt ce sera payant », et empruntons le sentier qui mène à la crête du volcan. La caldera se découvre peu à peu et là, surprise, le lac bleu a disparu ! Enfin à la place c’est un lac d’un beau vert émeraude qui ne reflète ni le ciel, ni les parois basaltiques, ni la végétation rase et plutôt grise du cratère. Bon, j’imagine que c’est le même lac, qu’on n’a quand même pas remplacé toute l’eau juste pour faire une farce. Il est plutôt joli ce lac, mais je m’estime trompé sur la couleur. Et vu que nous n’avons rien payé, je ne peux même pas demander à être remboursé !


    Nous déjeunons sur place, histoire de consommer nos derniers aliments frais, car à la frontière chilienne que nous allons franchir tout à l’heure, la viande, les laitages, les fruits et légumes ne sont pas autorisés à l’importation. Et puis nous préparons tous les papiers nécessaires pour l’immigration, la douane, et le bureau de la circulation pour Roberto. Nous vous raconterons ça très bientôt, promis !

  • 155. De Fiambalá à Buenos Aires

    155. De Fiambalá à Buenos Aires

    Cette troisième partie de notre périple argentin sera bien entendu centrée sur nos retrouvailles avec nos amis quittés en Haute-Savoie 15 ans auparavant, et venus s’installer près de Mendoza. Mais nous aurons fait encore de belles découvertes dans ce pays qui est loin de nous avoir tout donné. A commencer par un avant-gardiste transport de charbon par télécabine, de multiples petits autels au bord des routes, et pas mal d’autres curiosités encore.

    Parcours de Fiambalá à Buenos Aires
    Le parcours décrit dans cet article, en version zoomable ici

    Le Cable Carril de Chilecito

    Cable Carril de Chilecito

    Chilecito, 30 000 habitants, est dominée à l’Est par une sorte de Christ Rédempteur perché sur une colline aux faux airs de Corcovado, mais c’est la traversée Sud-Nord qui intrigue davantage. Une immense avenue à double voie présente sur son terre-plein central un alignement de pylônes qui se perd à l’horizon vers le montagne. On s’attendrait à voir des cabines remplies de touristes circuler sur les câbles mais il n’en est rien. Il faut aller jusqu’à une extrémité de la ligne pour comprendre. La plus proche, au Sud, s’appelle la station numéro 1. Une grande construction sur 2 étages où des trains de bennes vides sont à l’arrêt. Il y a une centaine d’années en effet, un ingénieux système de transport avait été mis en place par des ingénieurs anglais, baptisé le Cable Carril, pour acheminer de façon la plus efficace et compétitive possible les minerais de cuivre, d’or, d’argent ou de plomb provenant de la mine La Mejicana située à 36 km de là et 4600m d’altitude. Arrivé à Chilecito, le minerai était soit fondu à proximité, soit transbordé sur un train de marchandises jusqu’au port chilien d’Antofagasta. Le système comptait neuf stations, chacune équipée de lignes téléphoniques, de bâtiments en pierre, de dortoirs, d’écuries et d’ouvrages hydrauliques. Seules les deux premières sont visitables, mais cela donne déjà un bon aperçu de ce système très en avance pour l’époque et qui a permis l’essor économique de la ville.


    Sanctuaires routiers

    Illustration sanctuaires routiers

    Depuis que nous roulons en Argentine, nous n’arrêtons pas de voir au bord des routes des petits groupements de drapeaux ou de rubans rouges. Et puis, à l’approche des montagnes, se sont rajoutés des amas de bouteilles d’eau en plastique, que l’on pourrait prendre à tort pour des dépôts sauvages. Mais il n’en est rien. Il faut savoir s’arrêter, s’approcher de plus près pour trouver au centre de ces groupement des petits autels abritant divers personnages manifestement vénérés. L’interrogation d’amis argentins associée à l’identification de photos sur Google Lens nous a permis d’identifier les 2 principaux, typiques du pays, et un outsider d’origine étrangère.

    Le personnage le plus courant, avec les drapeaux rouges, est Gauchito Gil, un soldat devenu hors-la-loi qui s’efforçait d’aider et protéger les pauvres. Suscitant l’admiration des Gauchos qui ont qualifié affectueusement celui qui s’appelait en réalité Antonio Mamerto Gil Núñez de « Gauchito », petit gaucho. La légende raconte que ce Robin des Bois espagnol était à l’épreuve des balles et accomplissait des miracles, même après sa capture et son exécution en 1878. L’aspect hors-la-loi a refroidi l’église catholique pour la canonisation, mais pas la population dont beaucoup le considèrent comme un saint et continuent à le vénérer au bord des routes. Notamment les camionneurs et les automobilistes qui déposent entre autres leurs bouteilles de vin devant les autels, en remerciement à Gauchito Gil de leur avoir évité un accident. Ceux qui diront que l’abandon des bouteilles de vin y est pour quelque chose sont de mauvaise foi…

    L’autre pilier de la religiosité populaire argentine est la Difunta Correa. Une jeune femme de la région de San Juan qui au cours des guerres d’indépendance a voulu rejoindre avec son bébé son mari enrôlé de force dans l’armée. Dans cette région désertique, elle est malheureusement morte de soif à mi-chemin. Mais lorsqu’elle fut retrouvée par des muletiers plusieurs jours plus tard, son fils, toujours allaité, était encore vivant : un vrai miracle qui a ému les Argentins et qui a été suivi d’autres miracles posthumes, conduisant au culte encore en vigueur aujourd’hui, débordant largement les frontières de la région et du pays. Là encore, ce sont des voyageurs qui s’arrêtent au bord des routes pour y déposer leurs offrandes. Mais pas de bouteille de vin ici, c’est déconseillé au cours de l’allaitement, mais des bouteilles pleines d’eau par centaines qui expliquent donc nos observations.

    L’outsider, nous ne l’avons vu qu’une fois. Dans un autel plus petit pile entre ceux des personnages précédents. Contenant bizarrement 3 petites statuettes d’une sorte de légionnaire romain portant un plastron en argent, brandissant une croix dans sa main droite et tenant une grande palme dans la gauche. Au-dessous, sur une petite carte, la mention « San Expedito ». Ce saint peu banal aurait son origine … à la Réunion, où le Vatican aurait envoyé en 1931 une boîte contenant des reliques d’un martyre arménien mais non identifiées. La seule indication était le tampon « Spedito » (expédié) sur la boîte, générateur d’une rumeur qui a conduit à la grande popularité d’un saint devenu Saint-Expédit, ayant le rare pouvoir d’exécuter rapidement les vœux des croyants. La popularité aurait gagné les îles et religions voisines (les Hindous et les Mulsulmans l’ont adopté). Et manifestement aussi l’Amérique du Sud.


    Merveilles de la nature

    Découvrir un nouveau pays, c’est découvrir de nouvelles plantes, de nouveaux arbres, de nouvelles fleurs qui ne poussent pas chez soi. Et la variété semble infinie, au point qu’elle me semble dérouter les moteurs de recherche par image comme Google Lens par exemple, surtout lorsqu’on s’éloigne au Sud de l’équateur. Plus de la moitié des plantes présentées ici n’ont pu être identifiées. Je rage !

    Des trucs qui marchent chez vous les grands voyageurs ?


    Le refuge

    Nous avons connu Michel, Sandra et Julian lorsque nous habitions en Haute-Savoie. Michel était passionné de montagne et de parapente et voyageait pour cela en Argentine. c’est là qu’il rencontra Sandra, originaire du pays, avec qui il se maria. Ils eurent Julian qui était de l’âge de nos deux derniers enfants. Nous étions pratiquement voisins et nous voyions assez souvent. Nous avons passé ensemble le réveillon de l’an 2000, c’est dire. Le grand projet de Michel, c’était de tenir un refuge en moyenne montagne en Argentine pour aller vivre là-bas avec sa famille. Il acheta avec Sandra le Refuge de San Bernardo, au-dessus de Mendoza et passa des années à le remettre en service tout en l’exploitant chaque été, avec un certain succès. Et puis nos chemins se sont séparés. Nous sommes partis vivre dans notre île caribéenne. Michel a malheureusement succombé à une grave maladie. Sandra et Julian sont partis là-bas vivre à temps plein et poursuivre le travail que Michel avait initié. Nous nous sommes toujours dit Claudie et moi que si nous passions un jour en Argentine, voir en vrai ce refuge dont nous avions tant entendu parler était incontournable. Et puis l’occasion s’est présentée avec ce tour du monde : quinze ans après, nous avons revu Sandra et Julian et enfin visité ce refuge mythique !

    Nous avons été reçus à l’argentine, c’est à dire merveilleusement bien. Julian et son amie nous ont régalés du typique asado et d’un délicieux dessert maison. Sandra et son nouveau partenaire (depuis peu) nous ont emmenés en randonnée dans les magnifiques montagnes au-dessus du refuge. Nous avons apprécié l’aspect accueillant et chaleureux du bâtiment, imaginant tout le travail accompli en rénovation. Nous avons imaginé l’ambiance en saison quand les groupes arrivent et racontent leurs sorties en moyenne ou haute-montagne (le Cerro San Bernardo est à 4150m d’altitude).

    Il va falloir que nous programmions un séjour bis en haute-saison !


    Rando à 3000 m

    Illustration Rando à 3000

    Il fait bien frais ce matin. La température avoisinait zéro degré juste après le lever du soleil. Alors nous nous équipons chaudement car Sandra et Gonzalo nous proposent une randonnée dans le massif juste au-dessus du refuge. C’est d’ailleurs là que vont en premier les randonneurs de l’été à y être hébergés. Certains s’arrêtent là, d’autres poursuivent vers la haute montagne, avec des sommets à plus de 4000m à quelques heures de marche. Paradoxe de l’altitude, il nous faut ne pas oublier d’appliquer notre crème solaire. Même sans réflexion sur la neige, les UV augmentent de 11% tous les 1000m. Nous voilà partis à monter lentement mais sûrement sur le sentier qui part presque du refuge. Nous ne serons pas trop gênés par la neige, réduite cette année au fond des torrents et inhabituellement absente des pâturages cette année. On imagine bien la raison. Elle est tout de même bien présente en arrière-plan sur les sommets de la précordillère des Andes, comme ce Cerro San Bernardo à 4250m d’altitude à qui le nom du refuge fait référence. La vue est grandiose, aussi bien sur ces cimes que sur la vallée en contrebas. Arrivés dans une sorte de plaine perchée à 3300 m, nous trouvons quelques rochers plats pour nous reposer et prendre un petit remontant. Ce sera chocolat pour Claudie et moi, plus quelques sucreries argentines que nous offre Sandra, tandis qu’elle-même et Gonzalo vont savourer un maté. Je dois avouer que nous n’avons pas encore adopté la coutume. Qu’en ferions-nous après avoir quitté l’Amérique du Sud ? Pendant notre pause, des caracaras vont venir à notre rencontre. Ce sont des falconidés assez communs dans ces hautes plaine, et ils n’ont pas l’air trop farouches, venant juste quémander quelques miettes. Nous redescendons tranquillement par le même sentier et retournons nous mettre au chaud dans le refuge. Une belle balade, oui. Merci à nos hôtes !


    Le canyon de l’Atuel

    Nous au Cañon de l'Atuel
    Nous au Cañon de l’Atuel

    C’est encore Sandra et Gonzalo, alors que nous avions rejoint Mendoza, qui tiennent à nous faire découvrir le Cañon de l’Atuel, qui serait l’équivalent argentin du Grand Canyon de l’Ouest américain. La comparaison est difficile car nous avons vu le second par beau temps, chaleur écrasante et Colorado bien rempli, des conditions presque opposées à celles présentes aujourd’hui. N’empêche que cette vallée dans laquelle on circule entre de hautes falaises dont la couleur et les formes changent pratiquement tous les kilomètres nous a vraiment donné envie d’y revenir en période favorable. Les lacs à l’arrivée nous ont aussi rappelé les bouches de Kotor au Monténégro, les bateaux de croisière en moins. C’est véritablement un endroit extraordinaire, peu connu et donc peu fréquenté dans la partie la plus éloignée de Mendoza, qu’il faut absolument visiter lorsque l’on passe dans la région, surtout si le soleil est au rendez-vous. À noter que le parcours se fait sur un chemin de terre assez étroit par endroits, que des crues viennent parfois obstruer. Mieux vaut se renseigner à l’une ou l’autre des extrémités avant de se lancer dans la traversée du cañon.


    L’abus d’alcool etc.

    Mobilier urbain vinicole
    Mobilier urbain vinicole

    Les parents de Xenia, l’amie de Julian, tenant une entreprise vinicole (bodega) pas trop à l’écart de notre parcours, nous décidons d’aller la visiter. La Finca Ivonne, du prénom de l’épouse de son créateur, a démarré son activité en 1998 et fait partie d’une propriété familiale plus grande fondée elle en 1974. Cela reste une toute petite entreprise qui conçoit son vin de la plantation des vignes jusqu’à la commercialisation des bouteilles, ce qui permet d’avoir le contrôle sur toutes les étapes. Et notamment de miser sur l’agriculture durable, l’absence de pesticides ou d’additifs, laissant au maximum le vin travailler par lui-même. Tout cela nous est décrit par Luciano Martinez, l’œnologue familial, qui parle avec passion des ses produits. Les vins produits sont 3 rouges, issus des cépages malbec, cabernet-sauvignon et tempranillo, un blanc moelleux et un étonnant (pour nous en tout cas) vin orange. Ce dernier est élaboré en laissant fermenter un jus de raisin blanc avec la peau d’un raisin rouge. Cela donne effectivement une couleur orangée, tandis que la saveur est intermédiaire entre celles du blanc et du rosé. En tout cas bravo à l’entreprise pour sa philosophie bio et son caractère familial. Quant aux vins, nous n’avons pas encore goûté toute la sélection, mais nos premiers essais sont très satisfaisants : les vins argentins tiennent tout à fait la route face aux vins français. Enfin une façon de parler parce que la tolérance sur la route en Argentine, c’est zéro alcool.

    Rien à voir avec la Finca Ivonne, et heureusement d’ailleurs, je me suis permis de rajouter là quelques trouvailles de supermarchés concernant les boissons. Appréciez et consommez avec modération !


    Bivouac insolite

    En fait un autre bivouac insolite, du côté de St Raphael
    En fait un autre bivouac insolite, du côté de St Raphael

    Sur la route vers notre destination suivante, nous nous arrêtons en fin d’après-midi un peu à l’écart de la nationale, sur un chemin de terre près d’une entreprise de briquèterie. Un peu cachés de la route par des arbres, nous pensons être tranquilles la nuit venue. Mais un homme qui circule à vélo sur le chemin s’approche de Roberto et nous fait signe qu’il veut nous parler. Il nous dit que nous ne sommes pas en sécurité ici et que nous ferions mieux d’aller nous garer devant un bâtiment qu’il nous montre à 100 m de là. Voyant notre hésitation – davantage due à une incrédulité sur la réalité du danger qu’à une mauvaise compréhension des propos de notre cycliste – il nous propose de nous y conduire. Nous rangeons rapidement nos affaires et remettons le moteur en route. L’homme nous fait entrer en fait à l’intérieur de l’enceinte d’un grand bâtiment blanc affichant de belles colonnes devant sa porte d’entrée. Il rejoint un second, le gardien en fait, qui nous fait garer le plus près possible de l’entrée. C’est tout juste si nous ne débordons pas sur le sol en marbre. Nous discutons un peu avec nos hôtes. Nous apprenons que le bâtiment est une salle de réception assez chic. Le gardien s’empresse d’ailleurs de nous la faire visiter… Nous essayons d’aborder le thème de l’insécurité. L’homme au vélo nous montre la photo d’un camping-car d’un de ses amis, qui n’a pas l’air d’avoir été agressé du tout. On comprend qu’il aime les voyageurs nomades et qu’il souhaite nous rendre service. Peut-être que son copain le gardien s’ennuie aussi dans son grand bâtiment vide. La prochaine réception est pour dans seulement une dizaine de jours. Très gentils, ils nous proposent de nous brancher à l’électricité ou à l’eau, d’utiliser leurs toilettes… nous répondons sur le même ton que nous avons tout ce qu’il nous faut. Quel accueil ces Argentins ! Nous dormirons en tout cas à poings fermés, dans l’enceinte fermée du bâtiment et gardée toute la nuit par un agent de sécurité.


    Encore des salines !

    Salinas del Bebedero
    Salinas del Bebedero

    Nous arrivons vers la ville de San Luis, dans une grande région aride. A 42 km de là survit tout de même un petit lac salé dont l’étendue va et vient avec la pluviosité ou la fonte des glaciers. Lorsqu’il se retire, il laisse 6500 ha de sel de cuisine que les visiteurs peuvent ramasser à loisir, c’est gratuit. Il est tout de même préférable que l’extraction soit mécanisée, ce qui est le cas depuis 1900. Habituellement, le sel nouvellement déposé au fond de l’eau après évaporation et cristallisation est ramassé par des engins adaptés puis rassemblé en « montagnes de sel ». L’intérêt est que les précipitations suivantes vont laver le sel des impuretés et minéraux indésirables. Cela prend environ 1 an. Aux Salinas del Bebedero, c’est une usine moderne qui fait ce travail dans un processus plus sûr et plus rapide. L’usine est la plus grande de toute l’Argentine. Selon Wikipédia, le propriétaire des salines s’appelle Franco Selle. Ça ne s’invente pas !


    La Carolina

    Roberto garé sous le labyrinthe de pierre de La Carolina
    Roberto garé sous le labyrinthe de pierre de La Carolina

    Nommé ainsi, selon Wikipédia, « en l’honneur de Charles III d’Espagne » (y aurait-il un doute sur son orientation sexuelle ?), le village argentin de La Carolina est comme beaucoup d’autres un pur produit de la fièvre de l’or. Le filon a été épuisé en une cinquantaine d’années, vers le milieu du XIXe siècle. Mais un autre filon a suivi, celui de l’exploitation touristique de l’endroit. L’un des accès à la mine d’or, fermé lorsque nous sommes passés, a été sécurisé pour permettre la visite au public, qui se fait néanmoins avec casque et bottes. Il y a possibilité aussi d’orpailler dans le ruisseau qui traverse le village, sans grand espoir de trouver la pépite du siècle. Le village lui aussi a été réaménagé. On a remis des pierres sur les maisons qui n’en avaient pas pour rendre l’aspect plus harmonieux. On a saupoudré la rue qui traverse la ville de diverses attractions : bars, restaurants, glaciers, expositions-ventes de cristaux, labyrinthe en pierre et même un musée de la poésie. Tous les efforts esthétiques sont appréciables, mais nous n’avons rien trouvé de transcendant sinon une surface herbeuse au pied d’une montagne à l’écart de la ville pour passer la nuit en toute tranquillité. Enfin une fois que ce couple avec enfants, venu se garer juste à côté de nous alors qu’il y avait plein de place, ait terminé son pique-nique du soir bien après le coucher du soleil.


    La maison de la pierre peinte

    Le parking de la Maison de la pierre peinte
    Le parking de la Maison de la pierre peinte

    C’est un endroit un peu mystérieux, accessible sur la carte par un petit chemin en pointillés à peine visibles, et qui recèlerait des peintures rupestres. Aucune indication à l’embranchement du chemin avec la route, mais le GPS a l’air sûr de lui. A ce stade, nous ne sommes pas étonnés de trouver un chemin de terre, par endroits limité aux deux passages de roues, alors nous ne sommes pas étonnés davantage lorsque nous arrivons sur un terrain herbeux où broutent une cinquantaine de vaches. Nous garons Roberto au milieu de tout ça. Nous ne sommes que trois (Roberto et nous) à ne pas meugler, c’est dire l’ambiance ! Le site proprement dit se situe à mi-hauteur d’une falaise surplombante. Nous empruntons le petit escalier qui grimpe raide sur les rochers en faisant bien attention où nous mettons les mains (le câble qui fait office de main courante manque par endroits) et les pieds (des marches sont cassées, voire manquantes). La maison n’est autre que ce surplomb rocheux qui permettait aux autochtones présents 9000 à 5000 ans avant notre ère de s’abriter et de cuisiner. On retrouve d’ailleurs des mortiers au niveau du sol. Et la fameuse pierre peinte, ce sont des pétroglyphes de couleur rouge représentant des formes géométriques, une sorte de biche et peut-être un poisson. Malheureusement, la majorité ont été vandalisés, les visiteurs étant ce qu’ils sont, et la région ou le pays n’ayant pas les moyens de faire surveiller le site jour et nuit. Il est surprenant en effet que l’accès soit totalement libre pour des pétroglyphes de cette valeur.


    La vallée du gentil condor

    Un condor essaie d'impressionner Roberto à l'entrée du parc
    Un condor essaie d’impressionner Roberto à l’entrée du parc

    Qu’on se le dise, malgré son envergure imposante pouvant aller jusqu’à 3m, le condor des Andes est plus facile à voir qu’à photographier, surtout au smartphone. Car il vole généralement très haut, cherchant régulièrement les courants ascendants qui leur permettent de planer sans battre des ailes, soit 99% de leur temps de vol. Même à grande hauteur, les grandes ailes rectangulaires comme munies de petits doigts au bout sont assez caractéristiques, et l’on arrive volontiers à distinguer le petit col blanc qui tranche sur le noir du reste des plumes. Alors, quand nous sommes arrivés dans ce parc dédié aux condors, la Quebrada del condorito, et qu’on nous a donné le choix entre une balade de 4h aller-retour où nous aurions une petite chance d’en apercevoir en altitude, et une de 30 mn appelée parcours de découverte, nous avons opté pour la solution la moins courageuse mais peut-être la plus réaliste. Le seul condor que nous verrons, est celui qui, au bord de l’autoroute, annonce l’entrée du parc en déployant ses grandes ailes métalliques. Mais sinon on les aime bien ces condors, si typiques de la culture andine et si idolâtrés par les Incas. Charognards mais pas prédateurs, ils sont les grands nettoyeurs des pampas. En remerciement, les humains détruisent peu à peu leur milieu naturel et l’espèce est en danger. Le plus grand oiseau volant du monde en péril à cause du plus grand voleur du monde.


    Córdoba

    Séance de maté devant le palais de justice Córdoba
    Séance de maté devant le palais de justice Córdoba

    Nous sommes ici dans la seconde ville la plus peuplée du pays, après Buenos Aires bien sûr. Córdoba compte 1,4 millions d’habitants, ce qui la situerait entre Bordeaux et Toulouse si l’on veut comparer. Naturellement très étendue, la ville est parsemée de grands espaces verts, à l’image de ce Parc Sarmiento où nous sommes venus nous garer. Tranquille le jour, les habitants venant principalement s’installer sur les pelouses pour y discuter autour d’un maté, quelle que soit la température (il faisait entre 10 et 15°C…), le parc s’est révélé malheureusement bruyant en première moitié de nuit, entre les passages de motos sans échappement, les séances de rodéo urbain et les discussions à voix haute des passants. Nous avons été à 2 doigts de bouger, mais c’est toujours un peu difficile de se relever du lit et de reprendre le volant, alors nous nous sommes contentés des bouchons d’oreilles. La visite du parc le lendemain, alors que tout calme était revenu, s’est révélée agréable, avec découvertes de quelques éléments symboliques de la ville comme ce Phare du Bicentenaire (de l’indépendance) ou cette étonnante Roue Eiffel dont l’immobilité est à l’égal de l’incertitude quant à son réel auteur, même si les Cordobeses – qui ne sont pas si gros – sont persuadés d’avoir une œuvre made by France.


    La visite se poursuit sur le thème des animaux domestiques, particulièrement choyés en Argentine, de la couleur souvent exprimée en architecture, puis par une exposition découverte par hasard sur notre chemin, où les animaux tentent de ressembler à des humains, à moins que ce ne soit l’inverse…



    Nous terminons notre visite par le cœur colonial de la ville, pas trop mal conservé, avec des édifices religieux et publics intéressants parsemés sur des rues souvent quelconques, hélas.



    La guerre prégnante

    Boulevard Héros des Malouines

    A plusieurs reprises, nous entrevoyons au bord de la route des panneaux « Port Stanley, 2500 km », « Port Stanley, 1975 km », etc. Mais où est donc ce Port Stanley ? Eh bien tout simplement aux Iles Malouines (Falkland pour le Royaume-Uni qui les occupe). L’Argentine est loin d’avoir digéré sa défaite lors de la guerre de 1982, qu’elle avait déclenchée en envahissant ces îles occupées par le Royaume Uni. Après 10 semaines de conflit, l’armée britannique évidemment plus puissante avait repris le contrôle des lieux tout en mettant les moyens pour repousser toute autre tentative : 2000 militaires sont là en permanence pour 2800 civils. L’Argentine revendiquait pourtant ce territoire, plus proche de ses côtes que de n’importe quel autre pays, pensant que l’attribution serait automatique lors de l’acquisition de son indépendance des colons espagnols vers 1811. Mais les Anglais qui avaient occupé les Malouines auparavant n’étaient pas d’accord, contrairement aux Français qui après 4 ans de présence acceptèrent de s’en séparer. A noter que ce sont nos compatriotes originaires de St Malo qui ont donné leur nom aux îles ! Quoi qu’il en soit, les Argentins revendiquent toujours activement en 2025 ce bout de territoire, que ce soit dans les rues du pays ou en actions diplomatiques.


    Miramar de Ansenuza

    Nous sommes au bord du plus grand lac d’Argentine, le Lago Mar Chiquita (la Petite Mer), qui est aussi l’un des plus grands lacs salés endoréiques du monde. C’est à dire ne se remplissant que par la pluviosité ou par des sources profondes, mais ne produisant pas d’eau par lui même. L’endroit où nous sommes, très asséché, aurait tendance à faire croire à un déclin proche de celui de la Mer Morte. Mais il n’en est rien : le niveau ne cesse de monter et de descendre depuis des siècles, avec un cycle d’environ 50 ans. Le niveau actuel est stable depuis 1980. Il a été jusqu’à 3 fois plus bas dans le passé ! La côte Sud du lac est la plus touristique, notamment la ville balnéaire de Miramar de Ansenuza, où l’on vient pour admirer entre autres les colonies de flamants roses, se faire peur dans un hôtel au passé troublant, ou encore déguster de curieuses spécialités culinaires…

    a) marche sur les eaux


    b) l’hôtel de tous les mystères

    Le Gran Hotel Viena de Miramar (province de Cordoba)
    Le Gran Hotel Viena de Miramar (province de Cordoba)

    c) tout à l’escabèche


    Le cimetière de Devoto

    C’est toujours notre roue de secours pour les bivouacs des week-ends, lorsqu’il nous faut éviter les centres-villes, les stades et les églises. Les cimetières affichent toujours un calme rarement démenti, sauf évidemment lors d’évènements comme les grandes fêtes religieuses. Nous voici donc sur le parking de celui de la ville de Devoto, avec asphalte et emplacements délimités s’il vous plaît, ç’est moins fréquent en Amérique du Sud que ça en a l’air. J’en ai profité pour rendre visite à nos voisins et observer un peu les rites funéraires argentins. Contrairement aux habitudes européennes, les défunts étaient ici rarement enterrés, mais plutôt placés dans des cases de béton numérotées, ce qui ne les change peut-être pas trop de leur vivant. Les plus riches se font construire de jolis édifices autour avec statues, petits anges et autres fioritures. Cela dit, les habitudes changent, la sévérité de la crise économique et l’évolution des mœurs conduisant à une très forte progression du taux de crémation. On est arrivés proche des 90% ici alors qu’en France ce serait plutôt dans les 50%. La crémation coûte ici dans les 400 €, ce qui n’est pas si loin du revenu moyen (485 €). Pour ceux qui restent, si j’ose dire, on va économiser sur l’entretien, et certains caveaux ou même chapelles – la crise frappe à toutes les portes – tombant en décrépitude. J’ai tout de même trouvé un caveau fleuri avec des oiseaux de paradis fraîchement coupés. Quel luxe !


    Visite éclair à Santa Fé

    Certes c’était un dimanche, et le repos dominical est particulièrement bien respecté ici, mais nous ne nous attendions pas à voir si peu de monde dans une ville de cette importance. Surtout, les quelques bâtiments à valeur historico-culturelle du centre, comme ce Couvent San Francisco à l’intérieur parait-il magnifique, étaient également fermés à la visite, ce qui n’est pas forcément blâmable un tel jour, encore faudrait-il que Google Maps donne les informations correctes. Nous avons transformé notre exploration urbaine en promenade autour d’un cours d’eau sans grand charme, mais bordé de pas mal d’arbres différents qui m’auront inspiré pour écrire le paragraphe suivant.

    a) désillusion en centre-ville


    b) arbres d’hiver … divers

    Les saisons étant inversées dans l’hémisphère Sud, nous sommes en plein hiver pendant que l’Europe subit son été le plus chaud jamais enregistré. Cela dit, étant à des latitudes équivalentes à celles de Casablanca ou Tunis dans l’hémisphère Nord, toute végétation n’a pas disparu. Nous côtoyons aussi bien des arbres ayant perdu toutes leurs feuilles que d’autres encore bien garnis voire couverts de fleurs ou de fruits. Avec bien sûr des espèces que nous n’avons pas l’habitude de voir en France.


    Nous sommes suivis !

    C’est l’histoire d’un chien qui nous a emboîté le pas un bon moment pendant notre visite de San Antonio de Areco. L’occasion de rappeler que, si les animaux errants sont nombreux en Argentine, ils sont rarement agressifs grâce à une population bienveillante qui leur laisse régulièrement de quoi se nourrir et se restaurer dans la rue.


    Je ne suis pas un animal de compagnie

    Hasard ou pas, le jour où j’ai vu ce capybara en tricot – une tradition sud-américaine – j’ai reçu sur Instagram des nouvelles d’un groupe de ces rongeurs placides recueillis dans un refuge que nous avions visité au Costa-Rica après avoir échappé à un trafic d’animaux entre ce pays et le Panama. Si sympathiques qu’ils paraissent, les capybaras sont totalement incompatibles avec une vie d’animaux domestiques. Il était bon de le rappeler.


    Le déluge

    Nous sommes dans une grande traversée vers l’Est pour rejoindre une réserve naturelle renommée toute proche de la frontière Uruguayenne. En milieu d’après-midi, nous décidons de stopper dans un « balneario », une sorte d’aire aménagée au bord d’une petite rivière, dont les Argentins semblent assez friands, même si la qualité de l’eau n’est pas toujours au rendez-vous. Nous sommes hors saison, le terrain est déserté mais les installations sanitaires ou de pique-nique restent accessibles. Et gratuites si l’on n’y reste pas plus de 24 heures. Le gardien vient d’ailleurs nous accueillir. Nous lui confirmons que nous ne ferons que passer la nuit. Un camping-car argentin arrive un peu plus tard et s’installe près des sanitaires, pour avoir l’eau et l’électricité sans doute. « Un peu » de pluie étant annoncée pour la nuit, nous nous stationnons pour notre part au centre d’une petite clairière au sol ferme et en évitant la proximité avec les arbres. Effectivement en fin de nuit, ça crépite un peu sur le toit de Roberto, mais pas de quoi handicaper notre sommeil. Au moment de commencer le petit-déjeuner, nous nous félicitons de notre choix, car les arbres autour de nous ont les pieds dans l’eau, tandis que les roues de Roberto restent au sec. Enfin façon de parler. Mais moins d’une heure plus tard, l’eau a monté et s’est bien approchée de nous. Nous décidons d’accélérer notre départ, constatant d’ailleurs que nos voisins camping-caristes ont levé le camp bien avant nous. Nous avançons prudemment sur le sol de la clairière qui accroche bien, avant de nous engager sur l’allée principale du balneario, couverte de quelques centimètres d’eau qui n’handicapent pas notre progression, la surface bien qu’en terre étant bien tassée. Mais à la sortie du campement, qui se fait par un petit pont, la route en terre de 3 km qui rejoint la ville, parfaitement sèche et carrossable la veille, s’est transformée en torrent. Il ne semble pas très raisonnable de s’y aventurer. Nous apercevons au loin un tracteur sur la route qui vient dans notre direction. Nous décidons d’attendre qu’il s’approche de nous pour évaluer mieux l’état de la route. Qui se confirme catastrophique. Le tracteur nous fait des signes pour que nous reculions. Nous pensons qu’il souhaite que nous lui laissions la place pour traverser le pont, mais sous une pluie battante, le chauffeur et deux autres hommes viennent vers nous. Après une courte discussion, nous découvrons avec stupéfaction qu’ils sont venus à notre secours ! C’est sans doute le gardien d’hier qui a donné l’alerte. Ils accrochent des sangles au crochet de traction de Roberto et nous voilà partis sur le chemin boueux, remorqué par le tracteur. La rapidité de la prise en charge et le caractère sympathique voire hilare de nos sauveteurs font que nous n’avons pas eu le temps de nous sentir en danger. Épatants ces Argentins ! Un quart d’heure et des tonnes de boue soulevées plus tard, nous sommes déposés au début de la route goudronnée. Nous avons aperçu sur une route transversale le camping-car de la veille fortement penché sur un bas-côté. Les hommes du tracteur nous annoncent qu’ils vont aller le sortir de ce mauvais pas également. Merci en tout cas à la ville de Villaguay pour avoir été aussi proactifs. Nous ne sommes peut-être pas les premiers à qui ça arrive !


    Après la pluie le beau temps

    Après avoir roulé toute une journée sous la pluie au milieu de champs inondés, puis passé la nuit sous la pluie sur un parking en centre-ville d’une localité sans grand intérêt, nous repartons sous un soleil radieux qui pourrait nous faire oublier les récents désagréments. Mais la réalité nous rattrape vite : dès l’entrée de la ville de San Antonio de Areco, la route que nous devions emprunter pour accéder à notre lieu de stationnement est recouverte d’eau. Et tout le parc qui borde la rivière Areco. Nous devons trouver une alternative, mais heureusement, le reste de la ville est accessible normalement.


    San Antonio de Areco

    A un peu plus d’une centaine de kilomètres de Buenos Aires, San Antonio de Areco serait le sanctuaire de la culture gaucho. Nous n’en avons pas trouvé trace dans les rues et le musée dédié au phénomène Gaucho était inaccessible pour cause de débordement de la rivière Areco. Mais la ville a d’autres atouts, comme d’avoir un centre historique où l’architecture coloniale espagnole est bien conservée, un artisanat de l’argent en vogue et un peu d’art dans la rue. J’y ai ajouté un lien artificiel avec une viennoiserie qui divise la France, regardez bien le carrousel de photos jusqu’au bout !


    Quiz avec un E

    Sans lien avec une quelconque série télévisée, voici un petit quiz inspiré par un panneau urbain inconnu chez nous


    Le coup de la panne

    A l’approche de Buenos Aires, nous faisons une dernière halte à Luján, une ville devenue au fil des siècles le plus haut lieu argentin du catholicisme. Plus d’un million de pèlerins s’y donnent rendez-vous chaque année au début du mois d’octobre, effectuant pour beaucoup le trajet à pied depuis la capitale, une soixantaine de kilomètres. Rien d’unique dans le monde, mais tout de même, l’histoire est croustillante. Tout débuta en 1630, avant la création de la ville, lorsqu’un convoi transportant des statues religieuses s’arrêta pour une pause près de la rivière Luján. Et fut incapable d’en repartir le lendemain matin, ce qui fut attribué à la volonté de l’une des statues, une effigie en terre cuite de la vierge Marie. Ce que femme veut… Dieu le veut : une ville fut érigée là, puis une église, puis une cathédrale lorsque Notre-Dame de Luján fut déclarée en 1930 sainte-patronne de l’Argentine. Tout ça pour une panne de chariot. On retient tout de même que la cathédrale a été bâtie par un Français, avec du marbre de Carrare, des portes en bronze, des flèches en cuivre. Une bâtisse imposante qui domine la région de ses 106m de hauteur.


    Fantaisie policio-royale


    L’étape était longue, nous allons faire une petite pause d’un mois en France pour revoir la famille et les amis. Voilà pourquoi nous nous sommes rapprochés de Buenos Aires. Nous avons trouvé par nos réseaux un particulier qui hébergera Roberto dans sa ferme, située à un quart d’heure de l’aéroport, et qui nous y conduira. Alors à bientôt, dans deux mois peut-être, pour la reprise du voyage. Et encore merci de nous suivre.


  • 153. Argentine, une première pour Roberto

    153. Argentine, une première pour Roberto

    Si Claudie et moi pénétrons en Argentine pour la seconde fois, après notre séjour à Buenos Aires, c’est une première pour Roberto. Il va donc nous falloir trouver un sticker pour le 42ème pays de son périple. D’autres premières sont à suivre, comme des records d’altitude ou de circulation sur des routes non asphaltées.

    Argentine une première pour Roberto
    Le parcours nord-argentin décrit dans cet article – en version zoomable ici

    Passage de frontière plutôt rapide

    Comme pour les autres frontières de notre voyage, tout apparaît quelque peu désorganisé, à l’encontre de ce que nous avions observé en Amérique centrale. Pour la sortie du Paraguay ça commençait pourtant de façon assez simple avec contrôle des passeports et apposition du visa de sortie sans même avoir besoin de descendre de Roberto. 5 voitures devant nous, 10 minutes d’attente, ça allait. Mais il nous fallait ensuite faire annuler le permis de circuler de Roberto. On nous fait alors garer près des douanes, un agent inspecte rapidement l’intérieur sans même faire ouvrir les portes arrière, puis on nous envoie tout à l’opposé du bâtiment, vers le circuit d’entrée au Paraguay pour annuler ce permis. Il nous faudra demander à plusieurs personnes avant de trouver l’Algeco dédié à cette tâche… Un employé nous met un coup de tampon, nous dit que c’est bon et garde le papier. Nous retraversons tout pour récupérer notre véhicule désormais autorisé à quitter le Paraguay et nous nous engageons sur le pont qui mène en Argentine. Circulation à double sens à vitesse limitée et dépassements interdits, mais tout le monde s’en donne à cœur joie… Pas trop d’attente non plus de l’autre côté mais là aussi, une fois les passeports visés (aucun tampon, c’est tout dans l’ordi), il nous faut donner à l’employée chargée des enregistrements de véhicules les bons renseignements qui lui permettront de compléter notre permis d’importation robertesque. Elle nous demande combien de temps nous souhaitons. Nous tentons un an. Elle nous donne 6 mois, ce qui n’est pas si mal (c’est le double de nos propres visas !). Et nous voilà libres de circuler sur les routes de l’Argentine. Le passage de frontière aura pris au total une cinquantaine de minutes. C’est plutôt honorable.


    Quelles routes !

    Notre première centaine de kilomètres se fera sur une route asphaltée en excellent état. Mais à la première bifurcation, une route en terre s’annonce, avec 158 km jusqu’à notre destination, un parc naturel. Et un peu moins pour rejoindre la première ville de l’autre côté de ce parc quelque peu isolé. Bah, c’est le prix à payer sans doute. Nous sommes plus rats des champs que rats des villes ! Nous faisons une première étape juste avant d’emprunter cette route. Histoire de mieux se préparer mentalement à l’affronter.

    La qualité de la route s’avère en fait très variable, de terre bien tassée mais très poussiéreuse à terre molle genre boue entrain de sécher avec des ornières profondes entre deux passages de roues. Lesquels, un rien tassés mais glissants, nous entraînant volontiers vers les ornières. Si nous glissons là-dedans, nous risquons de ne pas pouvoir en sortir … et de ne pas être secourus de suite. Nous n’avons croisé qu’une dizaine de véhicules sur les 158 km ! Il faut être particulièrement attentifs. Nous nous félicitons d’avoir des pneus tout neufs « spécial boue » sur les roues motrices de Roberto. En contrepartie de ces efforts, le paysage est relativement sauvage, la plupart du temps de grandes plaines où d’immenses troupeaux de bovins sont dispersés. Pas mal d’animaux semblent en liberté le long de la route ou la traversant : vaches, chevaux, cochons, moutons, oies, oiseaux de proie, nous aurons un peu de tout. Même une sorte d’autruche – sans doute un nandu – qui a couru un instant dans le champ à nos côtés avant de s’éloigner.

    Quatre heures après notre départ, mais pause déjeuner comprise, nous arrivons au camping du Parque Ibera. Après nous être installés, nous débarrassons l’arrière de Roberto, intérieur comme extérieur, de l’épaisse couche de poussière rouge qui s’est infiltrée. Il va vraiment falloir que nous améliorions l’étanchéité de nos joints de carrosserie sur les portes arrière. Nous nous renseignons sur les possibilités d’excursions. Ce sera un tour en bateau de 2 heures dans les marais de la réserve naturelle et plusieurs randonnées sur des petits sentiers aménagés. En attendant, nous profitons du camping et de son bel environnement lacustre, observant tour à tour des capybaras qui traînent près de Roberto, un magnifique ciel embrasé après le coucher du soleil, et la plupart de nos voisins argentins dînant au barbecue sur les tables extérieures, anorak fermé et capuche sur la tête parce que la température descend vers les 10°C. De notre côté, le chauffage tourne déjà !


    Sortie bateau : encore des espèces pour nous inconnues !

    Nous sommes une dizaine sur cette petite embarcation menée par un guide naturaliste. Au moteur pour les plus grands déplacements, ou à la perche lorsque nous approchons des animaux. Nous rencontrons d’abord un « cerf des marais » qui broute les pieds dans l’eau la végétation flottante. Puis un nombre impressionnant de caïmans, pas énormes sauf quand le bateau s’en approche de quelques dizaines de centimètres. Nous ne devrions pas nous inquiéter puisque de petits palmipèdes rougeâtres tout comme des capybaras leur passent sous le nez sans les faire broncher. Apparemment, ce sont de jeunes caïmans Yacaré qui ne se nourriraient que d’invertébrés et de petits poissons. À l’âge adulte, le régime alimentaire s’élargit aux vertébrés, dont j’ose vous rappeler que nous faisons partie. Plus loin, une sorte de gros dindon noir couve ses œufs, le regard inquiet quand l’embarcation se rapproche. Et encore des cerfs des marais. Et encore plus de caïmans. Une véritable infestation de crocodiles, pour reprendre la formule qui fait sens ici.


    Sortie pédestre : savoir persévérer

    Notre guide papier était très enthousiaste sur les randonnées qui démarrent à l’entrée du parc, nous annonçant des paysages exceptionnels et une multitude d’animaux venant prendre la pose devant nos smartphones (plus smart que phones d’ailleurs en l’absence quasi-totale de réseau mobile). La première randonnée était un parcours d’une vingtaine de minutes dans un sous-bois aux arbres étiquetés, dans le silence total de l’absence de toute faune. Une déception. Le second sentier qui comportait plusieurs variantes démarrait de la même façon, nous incitant dans un premier temps à suivre le trajet le plus court pour rentrer. Après réflexion et parce que nous avions envie de bouger, nous nous engageons dans la boucle longue. A peine 2 minutes plus tard, un cerf des marais apparait au bout du chemin. Nous nous immobilisons. Loin de s’enfuir, le cerf nous observe attentivement puis marche vers nous. Incroyable. Les cerfs européens sont bien plus craintifs que cela, avec raison sans doute. Mais le nôtre poursuit son approche, jusqu’à près de 5 mètres de nous, avant de s’engager lentement dans la végétation pour nous contourner. Nous verrons plus loin d’autres animaux de la même espèce, et puis aussi un capybara et quelques oiseaux. Finalement la persévérance a payé.


    Retour à la civilisation

    Où nous quittons notre parc naturel pour retrouver la ville … et encore des animaux ! C’est tout en images ci-dessous.


    La grande traversée

    La répartition des ressources touristiques ne répond à aucune règle, et notre prochaine zone d’intérêt se situe aux pieds de la Cordillère des Andes, à plus de 800 km de Corrientes. Nous allons traverser pendant une dizaine d’heures, et sur deux journées, les grandes plaines du centre de l’Argentine correspondant au bassin du fleuve Paraná, le second plus grand fleuve d’Amérique du Sud après l’Amazone. La vision porte à l’infini sur d’immenses pâturages où les vaches et moutons sont très dispersés, en alternance avec des champs de soja ou de canne à sucre. Quelques villages rompent la monotonie de la route, mais ils restent très espacés. Les lieux pour se poser la nuit ne sont pas si fréquents, limités souvent dans notre application aux parkings pour poids-lourds aménagés derrière les stations-service. Des lieux peu réjouissants auxquels nous préférons des espaces verts en bordure de village ou des parkings de cimetière, calmes la plupart du temps.


    Les couleurs arrivent !

    Le petit village de Purmamarca devant la montagne aux 7 couleurs

    Nous entrons dans cette région du Nord de l’Argentine classée au patrimoine mondial de l’UNESCO à la fois pour son importance historique (culture indigène bien préservée) et naturelle (montagnes colorées spectaculaires). Le premier site sur notre route s’appelle La Montagne aux 7 Couleurs, sur la commune de Purmamarca à 2000 m d’altitude. Je vous dirais volontiers que les photos parlent d’elles-mêmes, mais c’est par simplification excessive. Les 3 dimensions sont indispensables pour percevoir le côté grandiose du paysage, et les couleurs sur les photos ne reflètent qu’un instantané d’un éclairage qui change en permanence, en raison de la perturbation de ces derniers jours qui s’éloigne peu à peu. Le ciel des prochains jours est annoncé dégagé, tant mieux !


    La Pucará de Tilcara

    Tilcara, c’est la ville suivante de notre périple nord-argentin. Sans charme excessif, elle est surtout une base logistique pour les touristes venus visiter la région. Roberto assurant notre restauration, notre hébergement et nos déplacements, nous n’aurons pas besoin de stationner ici autrement que pour la visite de la Pucará, une ancienne forteresse préhispanique et même pré-Inca. Elle a en effet été bâtie par les indiens Omaguacas au Xe siècle, sur une colline de 60 m de haut assurant leur sécurité. Puis oubliée, comme pas mal de sites précolombiens, avant d’être redécouverte au début du XXe siècle et en partie restaurée. Il est clairement expliqué que les techniques de restauration ne reflètent pas celles d’origine, mais les plans dessinés par les archéologues sont respectés et nous permettent de découvrir l’organisation civile et religieuse de la forteresse. La visite vaut aussi – j’allais dire surtout – pour le décor en arrière plan des chaînes de montagnes de la Quebrada de Humahuaca, la fameuse zone protégée par l’UNESCO.


    C’est l’histoire d’un Mec

    Le Museo En los Cerros est un lieu à part. Géographiquement d’abord, car pour y accéder, il faut s’éloigner de la route principale de près de 5 km sur un chemin de terre et de cailloux. Artistiquement ensuite car ce musée s’est donné pour projet de montrer les œuvres de photographes argentins à l’endroit même où ils ont puisé leur imagination. Est-ce la difficulté d’accès ou bien le peu d’intérêt des touristes pour le sujet, mais nous étions les seuls à visiter les lieux. Les photos présentées sous verres un peu réfléchissants étaient peu …photographiables, mais si vous êtes intéressés par l’histoire de ce Mec, n’hésitez pas à visiter son site internet.


    Humahuaca, 3000m d’altitude

    Poursuivant notre progression dans la vallée qui monte lentement mais sûrement, nous atteignons Humahuaca, dont le nom signifie en Quechua « la tête du taureau ». Cela ne correspond en rien au dessin du village ou de ses limites, mais peut-être est-ce lié au fait que Humahuaca est le village principal de la région et le dernier jusqu’à la frontière avec la Bolivie. Les maisons en adobe de style colonial et les petites rues pavées (pour les principales), le grand escalier et la place principale toujours très animés, donnent beaucoup de charme à ce lieu même s’il est assez fréquenté par les touristes principalement argentins. C’est notre étape la plus au nord de notre parcours dans le pays. Nous prenons un peu de temps pour la visite, mais ce n’est pas pour le village que nous sommes venus ici, mais pour une toute autre raison. Soyez patients, je vais y venir…


    Escalade dans les couleurs

    Toujours à Humahuaca, comme si nous ne nous contentions pas de ses 3000 m d’altitude, de ses nuits fraîches (il a fait -3°C) et de ses jolies chaînes montagneuses en arrière-plan, nous nous lançons sur une piste de 25 kilomètres qui va grimper jusqu’à 4350 m d’altitude, record absolu pour Roberto qui n’a pas bronché (tout au plus j’ai passé en manuel la boîte automatique qui gérait mal les changements de vitesse, ne tenant sans doute pas compte de la moindre puissance du moteur avec l’altitude). Nous aurions pu faire le trajet en bus, mais nous avons privilégié notre liberté de mouvement aux contraintes horaires des transports en commun. Arrivés là-haut, nous voilà estomaqués devant la Serrania del Hornocal, plus couramment appelée la montagne aux 14 couleurs (7 de plus que sur notre site précédent, d’où le titre), vous comprendrez pourquoi sur les photos. Un lieu magique, un des plus beaux spectacles de la nature que nous ayons vus dans notre voyage.


    Escalade dans les couleurs (suite)

    Nous rejoignons par une route encore pittoresque les Salinas Grandes, une mer intérieure asséchée de 525 km² formée par le soulèvement de massifs montagneux de part et d’autre il y a 10 millions d’années. Elle s’est d’ailleurs soulevée en même temps puisque se situant à 3350 m au-dessus du niveau des océans actuels. Il en résulte une croûte de sel de 30 cm d’épaisseur sur laquelle on peut rouler, accompagnés d’un guide amérindien qui connaît parfaitement les lieux car à certains endroits la couche est plus mince et l’on peut se retrouver embourbés. Le blanc éclatant est presque aveuglant – les lunettes de soleil sont largement conseillées – et ressort merveilleusement bien sur le bleu du ciel et la ligne des montagnes lointaines. A distance des pluies de l’été, le sol se craquelle en dalles polygonales. Par endroits, quelques bassins naturels tranchent en couleur et en transparence avec le blanc dominant, tout comme les bassins segmentés rectangulaires utilisés pour la récolte du sel. De l’autre côté du secteur touristique, une usine est en fonctionnement, traitant le sel récolté et aussi le lithium, encore plus demandé depuis les années 2000, notamment par les voyageurs nomades comme nous pour les batteries-cellules de nos véhicules.

    Une excursion aux Salinas Grandes ne serait pas complète sans profiter des caractéristiques du lieu pour prendre quelques photographies humoristiques. Le large fond blanc permet de jouer sur la perspective, tandis que la lumière intense permet de fermer le diaphragme à fond et obtenir de grandes profondeurs de champ. Les guides accompagnant les visiteurs sont formés à exploiter ces deux propriétés, et réalisent les clichés avec votre smartphone ou votre appareil photo. Appréciez !


    En route vers Salta

    Comme dirait un commandant de bord, nous amorçons notre descente vers Ushuaia, à 4 400 km de là comme le dit un panneau sur la route 40 qui relie le Nord et le Sud de l’Argentine. Nous allons repasser par Purmamarca, là où se trouvait la montagne aux 7 couleurs, avec un ciel bien dégagé et une atmosphère matinale transparente nous incitant à nous arrêter pour reprendre quelques clichés. En voici deux pour l’exemple, c’est tellement beau !


    Bien avant Ushuaia, que nous espérons rejoindre vers le mois de Novembre, notre première étape sera Salta qui, comme le dit notre guide, a les attraits d’une grande ville et le charme d’une petite. Mais notre première préoccupation, arrivant peu après midi, est le déjeûner. Et comme nous n’avons pas envie de faire la cuisine aujourd’hui, nous nous cherchons un restaurant. Pas de problème, il y a le choix !


    Une fois restaurés, nous partons visiter la ville. D’emblée nous apprécions le caractère colonial assez bien conservé de son architecture et l’absence d’immeubles élevés dans le centre. La place centrale, appelée ici Place du 9 Juillet, le jour de l’indépendance obtenue en 1816, est comme toujours le centre de l’animation tout en offrant le maximum de bâtiments des siècles derniers. D’abord la cathédrale-basilique à la façade rose et blanche, très (trop ?) richement décorée à l’intérieur, puis le Cabildo (ancienne mairie, fermée aujourd’hui) et le musée archéologique de haute-montagne. Ce dernier est consacré à l’univers des Andes incas, avec des expositions sur la vie dans les montagnes et sur les figures emblématiques de la religion à l’époque, et tout un étage dédié à des momies d’enfants sacrifiés, dont 3 retrouvés au sommet d’un volcan à 6 739 m d’altitude, dont le gel a permis l’étude et la conservation. Nous ferons un tour et quelques emplettes dans la belle boutique du musée. Plus loin, nous verrons l’église San Francisco, superbe dans ses couleurs terre cuite et ivoire et détentrice du record de hauteur de toute l’Amérique du Sud pour son clocher de 64 m. On termine cette balade historique par le couvent de San Bernardo datant du XVIe siècle. Sans pouvoir y pénétrer, on apprécie pourtant sa façade si typique et sa belle porte en bois sculpté. Dans un parc, nous discuterons un moment avec un voyageur nomade argentin qui nous donnera quelques tuyaux sur notre futur parcours. Et puis nous finirons dans un petit marché où la droguerie « La Reine de la coca » nous a intrigués. L’achat et la détention de feuilles de coca, vendues ici, ne sont autorisés que dans le Nord de l’Argentine pour ses propriétés contre le mal des montagnes.


    Se termine ici cette première étape en Argentine qui nous a ravis, principalement par les paysages extraordinaires de cette région, mais aussi par la culture andine que nous avons eu plaisir à redécouvrir depuis notre voyage en Équateur et au Pérou il y a de cela euh 22 ans. Mais que le temps passe vite ! Le pays a sûrement encore beaucoup à nous apporter. Attendons la suite.